TURNING POINT
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Le point de non-retour
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Edit
Après avoir vu plusieurs de vos reviews, il nous semble important d'ajouter quelques petites précisions. Tout d'abord a une jumelle sur fictionpress avec des persos nommés Mathieu C. (Draco) et Samy J. (Harry). Ce sont des personnes réelles que nous fréquentions au quotidien et qui nous ont beaucoup inspirées. Cependant, il est vrai que nous crevions d'envie de publier sur fanfiction car nous fantasmions toutes deux (grâce à Amartia surtout qui a initié Tria au yaoi huhu) comme des bêtes sur le couple Drarry. Initialement, nous avions même prévu de ne publier que sur ffnet mais nous avons changé d'avis étant donné que c'était le "couple" Samy/Mathieu qui évoluait devant nos yeux, et non le couple Harry/Draco. Mais nous comprendrons très bien que certains d'entre vous trouvent que notre fic et nos persos originaux ont été dénaturés, nous leur conseillerons donc de s'en tenir à l'une ou l'autre des versions, selon leurs préférences. Nous vous rappelons aussi que la fic originale sur fpcom (vous pouvez la trouver sur le site sous le même nom) compte déjà quatre chapitres donc, si vous avez déjà commencé à lire sur ffnet, résistez à la tentation pour garder le suspens (s'il y a en un XD), et patientez pour voir ce qui va arriver à vos chéris préférés !!
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Disclaimer :
Patànous... toujours pas pour notre plus grand désespoir. Toujours à Rowling, pour son plus grand bonheur (on espère).
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Détail important :
Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ).
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Résumé :
Draco Malfoy et Harry Potter étaient les meilleurs amis du monde, jusqu'à ce que le premier découvre que Harry a couché avec un garçon (Olivier Dubois) un soir de beuverie (Non mais tu t'es vu quand t'as bu ? HEIN ? petit trip de Tria XD). De son côté, Draco cache aux autres et à lui-même un passé dont il a honte : à 14 ans, il a embrassé un de ses professeurs qui l'a repoussé violemment. Depuis, les seules relations intimes qu'il s'autorise à avoir sont de nature très violente et humiliante pour les filles qu'il force quasiment, les sodomisant sans leur demander leur avis.
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Bon ben voilà, mine de rien, ça avance vite !!
Pour cette fois-ci, il n'y aura pas de dédicace spéciale, juste un remerciement à vous tous, nos chers lecteurs (quoiqu'en dise Tria, on vous adore :-) ) parce que vous êtes à chaque chapitre plus nombreux à nous lire, à nous laisser des reviews et même à nous mettre en alerte ou en favoris. Si vous écrivez vous-mêmes et publiez sur fictionpress, alors vous comprendrez le bonheur que l'on a à chaque fois que notre CHÈRE boîte mail nous annonce une nouvelle review (ou autres :-) ).
Donc voilà, tout ça pour vous dire un GRAND MERCI en espérant que ce chapitre sera à la hauteur de vos espérances.
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Scène 4 : Goutte d'eau
- ... Car vous savez, Moi, j'ai bien connu Rita Skeeter ! Vous n'aurez qu'à aller voir mon site internet ! Vous y trouverez beaucoup de photos de moi en compagnie de personnalités influentes, lors de séances de dédicaces, par exemple, ou même lors de soirées privées ! Dernièrement, j'ai même croisé Gilderoy Lockart...
C'est ça, pensa Draco, et moi j'étais avec Tupac la semaine dernière (1).
Il aurait bien voulu formuler cette pensée à voix haute, ça aurait fait rire Harry. Malheureusement, ça faisait une semaine qu'ils ne se parlaient plus, et même s'ils s'asseyaient encore à côté par la force de l'habitude, leur communication avait été réduite en tout et pour tout à de brefs coups d'œil inexpressifs.
Et maintenant, il gardait pour lui les répliques mordantes qu'il aurait voulu asséner à ce pauvre Mr Binns, qui ne cessait de débiter des inepties plus grosses que lui, au lieu de parler de l'histoire des États-Unis.
Il jeta à Harry un regard en coin. Celui-ci était absorbé dans un nouveau dessin, ou peut-être faisait-il semblant de l'être pour ne pas se faire remarquer. Il passa une main dans ses cheveux noirs en bataille, ses yeux verts brillants s'étrécissant sous l'effet de la concentration.
Draco se surprit à se demander pourquoi il était si peu enthousiaste à l'idée de faire entrer une fille dans son lit depuis Cho. Il était impossible qu'il ne sache pas qu'au sein de la gent féminine, il était considéré comme un pur canon de beauté.
Et pas qu'au sein de la gent féminine, visiblement, se dit-il en posant son regard sur un Dubois à l'air renfrogné au fond de la classe.
Il affichait depuis une semaine un joli dégradé de noir aux légers reflets violacés autour de la boursouflure de son œil droit.
Draco ne put empêcher un profond sentiment de satisfaction de l'envahir, sachant que cette blessure lui avait été infligée par un Harry dans une colère noire.
Ce sentiment de satisfaction fut bientôt rejoint par un sentiment de fierté : c'était son meilleur ami qui avait tabassé cette tafiole ! Il revint brutalement à la réalité. Son "meilleur ami" avait aussi BAISÉ avec cette tafiole.
Un mélange de colère et de dégoût le saisit soudain à la gorge. Ça faisait une semaine, maintenant.
Une semaine qu'il se levait tous les matins en le haïssant et une semaine qu'il se reprenait en s'interdisant de mettre un véritable terme à leur amitié.
Une semaine qu'il attendait une explication qui ne venait jamais, et qu'il baissait les yeux chaque fois qu'il se retrouvait face à lui de peur de céder à l'envie de le frapper, de lui faire mal.
Une semaine que les questions des curieux l'humiliaient car il ne pouvait pas y répondre.
Et ce crétin de Mr Binns, au lieu de compatir à sa triste situation, s'était embarqué (pour la deuxième fois en une semaine) dans le récit passionné de l'avènement des premiers téléphones dans son pauvre patelin du fin fond de la Creuse.
Draco eut un petit rire cynique et blasé sans vraiment s'en apercevoir. Puis son regard se perdit dans le paysage, de l'autre côté de la fenêtre.
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Par habitude, Harry faillit lui demander pourquoi il ricanait. Heureusement, il se retint juste à temps, ce qui fit qu'il ouvrit la bouche en direction de Draco avant de la refermer prestement comme un autiste, et de reporter son attention sur son dessin.
J'hallucine... L'ambiance est tellement tendue que ç'en est presque palpable, et il trouve le moyen de se bidonner.
Soudain, il eut un accès de mauvaise foi :
C'est de sa faute ! Il devrait voir que je culpabilise !
L' œil d'Olivier en était d'ailleurs le reflet. Mais il se reprit :
Allons, tu es le meilleur ami du pire homophobe de ce lycée ! Tu t'attendais à quoi, après qu'il t'ai vu en train de... avec... l'autre ? A ce qu'il t'offre des roses ?? Tu sais très bien qu'il attend une explication, patiemment, et toi tu es incapable de lui en fournir une parce que tu as trop honte d'avoir AIMÉ ça !
Sous la véhémence de son propre sermon, il rentra la tête dans ses épaules, alors que des images de la vidéo lui revenaient en force.
Étrangement, il se demanda si elles revenaient aussi à Draco. Puis il se traita d'idiot, évidemment qu'elles lui revenaient.
Il lui semblait qu'il ne le percevait plus que comme le Harry de la vidéo, et que chacun de ses regards était empli de dégoût, d'une haine contenue si intense qu'elle faisait briller ses yeux.
J'aurais dû castrer ce putain de connard d'Olivier au lieu de lui exploser l'œil ! Putain...
J'aurais dû savoir que cette salle était filmée, j'aurais dû me douter qu'Olivier n'aurait aucun mal à obtenir la vidéo par le videur. Et j'aurais dû me douter que si je prétendais qu'il ne s'était rien passé, il se vexerait et n'aurait aucun remord à la diffuser.
Il voulait juste me baiser pour s'en vanter, il n'en a rien à foutre du mal que ça peut faire.
Il repensa à la dispute qu'ils avaient eue dans les vestiaires, après le dernier cours de sport. Il avait laissé les autres élèves se changer pour le retrouver seul dans les vestiaires et mettre ses idées au clair.
Il en avait marre, marre, MARRE que Draco lui fasse la gueule.
À ce moment-là, il sentit une main se poser sur son épaule, et s'était retourné avec un sourire plein d'espoir. Il avait vite déchanté : au lieu de se plonger dans les prunelles argentées attendues, son regard était tombé sur celles un peu trop gourmandes d'un beau brun impatient.
- J'ai toujours voulu le faire dans les vestiaires, pas toi ? lui avait-il susurré.
Harry avait senti le rouge lui monter aux joues.
- Arrête ça de suite, Olivier.
- Oh allez... Me dis pas que samedi soir ne t'a pas laissé de bons souvenirs...
Le ton était monté, et Harry lui avait bien fait comprendre qu'il ne se passerait plus rien. Si seulement il avait su... il aurait pu anticiper la réaction d'Olivier et éviter la diffusion de la vidéo.
Coucher à nouveau avec lui aurait évité bien des problèmes, pensa-t-il avec amertume.
Trois jours d'exclusion, un mot à son oncle et sa tante (il ne voulait même pas penser à la tête de tante Pétunia lorsqu'elle lirait le motif de ladite exclusion : "comportement exhibitionniste et volontairement provocateur"), deux heures de colle tous les mercredis jusqu'à la fin de l'année (heures de colle pendant lesquelles Draco ne serait pas là pour l'aider à affronter Rusard), tous ces regards moqueurs ou choqués (voire intéressés) de la part des élèves comme des professeurs, mais surtout... le regard de Draco.
Seigneur, il aurait volontiers fait la pute pour s'épargner tout ça.
Enfin, ce qui était fait était fait : il avait tenu tête à Olivier et s'était barré en lâchant un "Fous-moi la paix ! J'me casse, j'ai plus rien à te dire"
Il soupira et reporta son attention sur son dessin, écoutant vaguement la litanie toujours aussi peu intéressante de Mr Binns.
Oui, il aurait vraiment dû le castrer.
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- Mr Binns, je pourrais vous parler s'il vous plaît ?
Le professeur dévora la jeune pionne de ses yeux porcins, visiblement enchanté que quelqu'un d'autre que Rusard lui manifeste de l'attention.
- Mais bien sûr, ma chère Susan !
Draco le regarda lui faire un sourire spécial "vieux-papi-pervers-a-une-touche", avant de le voir se dandiner hors de la classe.
Il jeta un coup d'œil à Harry, qui avait cru bon de s'endormir sur sa table. Personne ne s'en étonnait plus, ils avaient compris que Harry avait l'extraordinaire faculté de s'endormir n'importe où, à n'importe quel moment et dans n'importe quelle circonstance.
Et cette tendance s'était même aggravée depuis l'histoire de la vidéo.
Il passait ses nuits à fixer le plafond les yeux grands ouverts et ses journées à lutter contre le sommeil.
Et Draco le savait.
Quelques minutes plus tard, Mr Binns rentra à nouveau dans la salle :
- ÉCOUTEZ-MOI !!
Toutes les conversations cessèrent, et vingt-trois paires d'yeux stupéfaits se tournèrent vers lui. Son cri tonitruant arriva même à réveiller Harry, ce qui était une première dans le monde de l'enseignement.
- Un nouvel élève intègre la classe à partir d'aujourd'hui. Draco, puisque tu es interne, tu seras chargé de lui faire visiter l'établissement et l'internat.
Draco hocha la tête, et son regard glissa vers le nouveau venu. Il comprit soudain la raison de tous les gloussements des filles de la classe : Harry et lui allaient avoir un sérieux rival.
C'était le tombeur parfait, tendance grunge. Il était châtain clair, et sa peau était plutôt claire, exception faite de deux cernes violacés qui soulignaient ses grands yeux bleus.
Il était maigre, et son jean troué aux genoux tombait de ses hanches, lui donnant un air négligé qui avait son charme.
Il était plutôt grand, assez pour dépasser Susan d'une bonne tête et Draco lui-même de quelques centimètres. Il arborait un air neutre d'indifférence totale, à la fois vis-à-vis des gens qui l'entouraient et de l'endroit où il se trouvait.
Soudain, il sembla se rendre compte qu'on attendait qu'il se présente, il récita donc d'une voix éteinte :
- Je m'appelle Cédric Diggory, j'ai 18 ans et... c'est tout.
Un silence suivit cette déclaration.
- Bien, reprit Binns. Tu n'as plus qu'à te trouver une place !
Il parcourut la salle du regard et, avant d'aviser un place libre tout au fond de la classe, ses yeux s'arrêtèrent sur le garçon à côté de Draco.
Le temps sembla se figer pendant quelques secondes, alors que les deux se dévisageaient.
Draco n'en crut pas ses yeux quand il vit Harry devenir plus blanc que la feuille sur laquelle il dessinait.
Il avait l'air à la fois terrifié et hébété, comme si le blond était une créature monstrueuse qu'il avait déjà vu auparavant, peut-être dans un cauchemar.
Cédric, quant à lui, conserva son air neutre, mais une lueur étrange agrandissait ses prunelles toujours fixées sur Harry.
Au bout de quelques instants qui refroidirent considérablement l'atmosphère – qui n'était déjà pas aux cotillons – Harry détourna le regard et baissa la tête. Cédric se dirigea vers la place libre à côté de Olivier, le silence pesant de la salle uniquement troublé par le froissement de son jean.
- Bien, reprit Mr Binns, je vous disais donc que j'ai été impliqué dans le plus gros complot politique de la deuxième moitié du XXe siècle...
Ainsi, le cours replongea dans sa léthargie habituelle, exception faite de Harry qui triturait nerveusement les coins de sa feuille, encore plus pâle que cinq minutes auparavant.
Malgré lui, Draco se sentait légèrement inquiet. Ce n'était pas dans le caractère de Harry de réagir comme ça sans raison apparente.
Est-ce qu'il connaît ce type ? Il me l'aurait quand même dit s'il fréquentait des junkies.
Car, pour Draco, ça ne faisait aucun doute : vu l'état physique de ce Cédric Diggory, celui-ci ne devait pas se contenter de crapoter sur une clope à la menthe le samedi soir.
En même temps, je ne vois pas pourquoi il m'en aurait parlé alors qu'il ne m'avait pas dit qu'il avait couché avec un mec...
Cette pensée lui serra le cœur, plus de tristesse que de colère à présent. Certes, il détestait les tafioles. Mais ce n'était pas une raison pour mentir ni pour trahir son meilleur ami.
Mais visiblement, on a pas la même conception du rôle de meilleur ami. Il me ment comme un arracheur de dents...
Connaissait-il seulement Harry Potter ?
La voix froide de sa conscience s'éleva à l'intérieur de lui : Et lui, tu crois qu'il te connaît, peut-être ? Tu crois que tu es bien placé pour lui faire la morale ?
A côté de lui, Harry était maintenant plus pâle que la mort, et même Mr Binns cru bon de s'en inquiéter :
- Heu, Harry ? Ça va pas ? Tu veux aller à l'infirmerie ?
Harry émit un gargouillement d'approbation.
- Bon, Ronald... Toi qui es grand et fort, tu l'accompagnes à l'infirmerie.
- Heu, ouais... dit le garçon d'un air nonchalant.
Draco vit Harry se lever maladroitement et, les habitudes ayant la vie dure, il eut soudain envie de lui donner une accolade réconfortante et de l'escorter jusqu'à la porte.
Mais ce fut Ron qui s'en chargea, et Harry referma la porte sans un regard pour lui.
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La voix hésitante et monocorde de Ron résonna dans le couloir :
- Mais... tu le connais, le nouveau ?
Harry évinça la question et répondit :
- Inutile d'aller à l'infirmerie. Je... envie d'aller vomir...
Il pressa le pas vers les toilettes, ignorant les protestations de Ron, qui eut juste de temps de le rattraper avant de le voir vomir tripes et boyaux dans le lavabo.
Il ne put retenir une moue de dégoût.
Entre deux spasmes, Harry releva la tête et se retrouva nez à nez avec son reflet.
Calmement, avec une froide objectivité, il se mit à l'observer à la lueur jaunâtre des néons.
Harry en aurait presque ri s'il ne s'agissait pas de son propre reflet. Il aurait dit que le mec en face avait sérieusement besoin d'une cure de sommeil. Et accessoirement de soulager sa conscience, aussi.
Il passa une main sur son visage pour essuyer les gouttes de sueur qui lui coulaient sur les tempes.
Cédric Diggory. C'était la goutte d'eau.
Une minuscule goutte d'eau, qui allait déclencher un monstrueux ras-de-marée et balayer en un instant ce qu'il avait mit des années à reconstruire. Balayer le fragile équilibre qu'il essayait de maintenir tant bien que mal depuis cet été-là, en 97.
Harry n'était pas quelqu'un de faible, c'est du moins ce qu'il se plaisait à penser. Il pouvait endurer toutes sortes de maux sans se plaindre, et en guérir.
Il savait garder le sourire. Mais là, Cédric Diggory... c'était la goutte d'eau.
- Heu, Harry ? Ça va mieux ?
La nonchalance du jeune homme était à peine mâtinée d'une touche d'inquiétude.
- Génial, je pète la forme. Je te prends au bras de fer quand tu veux.
Ron eut un rire jaune, et baissa les yeux sur les bras de Harry, qui, appuyés sur le rebord du lavabo, le soutenaient en tremblant.
Un silence gêné s'installa entre eux, et ce fut au tour de Ron de se mettre à pâlir.
Au bout d'un moment, il bégaya :
- Enfin... T'inquiète... Ça doit juste être une gastro, ou un truc du genre... un virus, une saloperie, ou juste une gastro... oui, c'est sûrement une gastro. L'infirmière. On va voir l'infirmière ? Tu devrais aller voir l'infirmière, vraiment... Tu sais...
- Wow, wow, Ron... C'est plutôt moi qui devrait te demander si ça va. T'as l'air un peu déstabilisé, là.
Ron se tordit nerveusement les mains.
- Heu... écoute, en fait... je voulais te demander.
Oh non, pitié... pas encore une déclaration d'amour, se dit Harry. Il en avait reçu plus d'une depuis l'épisode de la vidéo... et de tous genres confondus. Mais Ron ? Et après m'avoir vu vomir, en plus ? Je savais que ce mec était bizarre, mais...
- Je voulais te demander... Tu aimes les filles, n'est-ce pas ?
Oh, ça y est, c'est reparti.
Il soupira, puis se rinça rapidement la bouche avant de quitter les toilettes, Ron sur ses talons.
- Attend ! Je veux pas te faire chier avec ça, je veux juste savoir...
- Écoute, Ron, va te faire foutre !
- ... comment tu fais pour avoir autant de succès avec les filles ?!
Il l'avait dit avec tellement de désespoir que Harry se retourna, se demandant s'il devait rire ou pas.
- Quoi ?
- Elles sont toutes à tes pieds... Je veux dire, je me fous de savoir si tu préfères les mecs, c'est juste... commenttufaisquoimerde ??
Harry le regarda stupéfait.
Mais bordel, qu'est-ce qu'il dit ?
- Du calme, Ron... t'es aveugle ou quoi ?
- Faut croire que oui.
- Regarde-toi ! Binns l'a bien dit, tu es grand et fort, fit-il d'un air cynique avant de tourner les talons.
- Tu te fous de ma gueule ??
Harry soupira en se retournant. Sa vie s'écroulait devant ses yeux, et il se retrouvait conseiller de cœur. Mais Ron, aussi étrange que cela puisse paraître, était bien placé dans son estime. Ainsi, il lui répondit le plus sincèrement possible :
- Putain, Ron, ouvre les yeux. Y a que toi qui ne voit pas que t'as du succès. Je connais au moins deux filles dans cette classe de crétins qui te kiffent, et encore je parle pas du reste du lycée.
Pendant la vingtaine de secondes qui suivit, Harry se demanda si Ron avait avalé ses cordes vocales.
- ... ah bon ? Mais... QUI ?
Harry eut un petit sourire, lui asséna une tape dans le dos, et repartit.
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Draco fixait la porte de la chambre depuis maintenant une bonne heure, lorsqu'enfin celle-ci s'ouvrit pour laisser entrer Harry, complètement trempé.
Il s'immobilisa sous le regard assassin du garçon, qui continuait de le fixer sans bouger.
- Quoi !?
- "Quoi !?" Tu me demandes "Quoi !?" Mais tu sais que t'es vraiment qu'un pauvre con ?
Harry soupira, déjà las. La dernière chose dont il avait besoin à ce moment-là, c'était une dispute. Il venait de passer plusieurs heures sous la pluie à essayer vainement de prendre du recul sur la situation et de faire le point.
Maintenant, il voulait juste avoir chaud et dormir.
- Fous moi la paix, Draco.
Il se dirigea vers la salle de bain, avec la ferme intention de se changer, mais une main sur son épaule le retourna et le plaqua contre le mur.
- Pour qui tu te prends ?
Un éclat d'acier de mauvais augure brillait dans ses pupilles étrécies.
- Ça fait trois heures que tout le monde te cherche ! Les pions passent me faire chier deux ou trois fois par heure pour voir si tu es rentré ! T'étais où, putain ?
Harry le repoussa, sarcastique.
- Oh, je suis vraiment désolé d'avoir été la cause de tant d'emmerdements, Draco. Maintenant fous-moi la paix, je vais me changer.
Il lui tourna le dos, pénétra dans la salle de bain et enleva son tee-shirt humide.
- Tu sais ce que t'es, Harry ? T'es qu'un putain d'égoïste !!
A l'intérieur de la salle de bain, le cœur de Harry se serra. En guise de réponse, il colla son front contre la cloison et se mit à crier :
- Genre t'étais inquiet, Draco ! Putain, t'en a rien à foutre de là où j'étais, t'as juste les boules de ne pas avoir pu passer une bonne soirée tranquille !
Il n'avait pas fini sa phrase que Draco déboulait dans la salle de bain, la porte heurtant violemment le mur. En moins d'une seconde, il avait saisi Harry à la gorge et le plaquait contre le mur, écumant de rage.
Il ouvrit la bouche pour sortir la répartie cinglante qui lui brûlait la langue, puis soudain il prit conscience de la proximité de leurs deux corps, de son tee-shirt collé contre le torse humide de Harry.
Alors, il oublia ce qu'il voulait lui dire.
Harry le regardait, dans l'expectative, une expression mitigée de colère et de tristesse amère peinte sur son visage.
Mais qu'est-ce qu'il fout ? Pourquoi est-ce qu'il ne bouge pas ?
Draco ne lui paraissait plus énervé, juste complètement décontenancé, et la pression de sa main sur sa gorge avait subitement diminuée.
Pourquoi est-ce qu'il ne dit rien ?
Alors, il fut assailli par une soudaine sensation de déjà-vu, et compris qu'il en était de même pour Draco.
Ils revoyaient tous deux les images de la vidéo, et leurs corps les reproduisaient sans le vouloir, leurs gestes de haine se calquant involontairement sur des gestes de passion.
Chacun soutint le regard de l'autre pendant plusieurs secondes qui semblèrent une éternité. Puis le silence se fit pesant.
Enfin, Draco détourna le regard et lentement, la main qui serrait la gorge chaude glissa sur la peau humide et bronzée. Une étrange caresse, fruit d'une pulsion violente et d'une ébauche de mouvement de recul.
Un long frisson parcouru alors Harry de la tête aux pieds alors qu'il suivait du regard ces longs doigts blancs qui descendaient sur sa poitrine.
Il avait froid.
Mais soudain, il se rendit compte que Draco ne le touchait plus, qu'il n'était plus contre lui, ni même dans la salle de bain.
Harry resta immobile quelques instants, le cœur battant, se demandant s'il ne venait pas de rêver la scène étrange qui venait d'avoir lieu.
Puis il se regarda dans le miroir en face de lui, et vit les marques blanches qu'avaient faits les doigts de Draco sur son cou.
Il me déteste.
Il se changea rapidement puis sortit de la salle de bain, constatant que Draco avait éteint la lumière et s'était couché.
Il me déteste. Il m'aurait frappé si le dégoût ne l'en avait pas empêché.
Le plus silencieusement possible, il se glissa dans ses draps, puis ferma les yeux.
Derrière ses paupières closes se reforma alors l'image des longs doigts glissant sur sa peau, et du sillon glacé qu'ils y avaient laissé.
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Dans le lit d'à côté, Draco fixait l'obscurité comme un aveugle, la même image repassant en boucle dans son esprit comme un effet de permanence rétinienne, gravée au fer rouge.
Les cicatrices de sa main droite - celle qui avait prodigué l'étrange caresse - semblaient le brûler comme au premier jour.
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(1) : Tupac Shakur, rappeur américain mort en 1996
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Ça y est, le moment fatidique du jugement est arrivé... (roulements de tambours). Donc, en gros, que vous aillez trouvé ce chapitre encore mieux ou... au contraire, moins bien que tout ce que vous avez lu auparavant... eh ben... vous connaissez le chemin, quoi ! petit bouton en bas à gauche.
