TURNING POINT

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Le point de non-retour

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Edit

Après avoir vu plusieurs de vos reviews, il nous semble important d'ajouter quelques petites précisions. Tout d'abord a une jumelle sur fictionpress avec des persos nommés Mathieu C. (Draco) et Samy J. (Harry). Ce sont des personnes réelles que nous fréquentions au quotidien et qui nous ont beaucoup inspirées. Cependant, il est vrai que nous crevions d'envie de publier sur fanfiction car nous fantasmions toutes deux (grâce à Amartia surtout qui a initié Tria au yaoi huhu) comme des bêtes sur le couple Drarry. Initialement, nous avions même prévu de ne publier que sur ffnet mais nous avons changé d'avis étant donné que c'était le "couple" Samy/Mathieu qui évoluait devant nos yeux, et non le couple Harry/Draco. Mais nous comprendrons très bien que certains d'entre vous trouvent que notre fic et nos persos originaux ont été dénaturés, nous leur conseillerons donc de s'en tenir à l'une ou l'autre des versions, selon leurs préférences. Nous vous rappelons aussi que la fic originale sur fpcom (vous pouvez la trouver sur le site sous le même nom) compte déjà quatre chapitres donc, si vous avez déjà commencé à lire sur ffnet, résistez à la tentation pour garder le suspens (s'il y a en un XD), et patientez pour voir ce qui va arriver à vos chéris préférés !!

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Disclaimer :

Patànous... toujours pas pour notre plus grand désespoir. Toujours à Rowling, pour son plus grand bonheur (on espère).

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Détail important :

Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ).

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Coucou !! Bon, on espère que ce 5ème chapitre sera à la hauteur de vos attentes, surtout n'hésitez pas à nous laisser une pitite review en bas à gauche ! (Personne nous aiiiiiiiiiime !!)

Bon, nous n'allons pas nous épancher plus longtemps parce qu'après tout, vous vous en foutez des blablatages de début de chapitre, je parie, alors plââce au cinquiêêêême chapîîîtreuhhh !!

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Scène 5 : "On est plus des enfants"

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Oh mon Dieu, ça va être une journée merdique ! pensa Harry en rentrant dans le réfectoire.

Encore une fois, Draco ne l'avait pas réveillé ce matin, ce qui lui laissait environ deux minutes et trente-trois secondes pour avaler de quoi tenir jusqu'à midi.

Le week-end était passé. On aurait pu croire qu'il aurait apaisé les tensions, mais au lieu de ça, chacun avait ruminé les évènements des derniers jours de son côté.

Et lorsque le lundi était revenu, ils étaient toujours engoncés dans l'épais silence des mensonges, des regrets et des reproches.

- Alors toi non plus tu t'es pas réveillé ?

Harry leva un regard mauvais vers Cédric qui lui souriait, deux fossettes enfantines creusant un peu plus ses joues blêmes.

Mais à quoi tu joues, putain !? Qu'est-ce que tu veux de moi ?

Harry se sentit pâlir, alors que Cédric avançait sa main vers lui pour attraper la boîte de céréales.

- Certainement pas pour les mêmes raisons que toi, Cédric.

Cédric eut un petit rire qui dégénéra vite en une quinte de toux.

- Eh oui, j'ai changé ! Je suis devenu un oiseau de nuit.

Il picora quelques céréales sans quitter Harry de ses grands yeux tout vides, puis repoussa son bol.

- Et toi ? Qu'est-ce que tu deviens ?

La cuillère de Harry s'immobilisa à mi-chemin entre son bol et sa bouche, et il regarda fixement Cédric.

Non mais je rêve ! Il fait vraiment comme si de rien n'était !

- Écoute, Cédric. Je me fous éperdument de ta vie, alors fous-toi de la mienne !

- Wow, relax Harry. On est plus des enfants. Je sais que tu veux pas me parler, mais on avait quoi, sept ans, à l'époque de ces conneries ? Y a prescription !

Harry sentit sa colère enfler brutalement et son poing s'abattit sur la table, ce qui réveilla l'intégralité des retardataires qui finissaient de déjeuner.

- CES CONNERIES !?

Sa voix haussa encore d'un ton.

- Je te signale que j'ai failli ne jamais me remettre de ces "conneries", et vu ce que toi tu es devenu, tu n'es pas prêt d'y arriver ! Alors au moins, aie un minimum de considération pour toi-même et ne réduis pas ce qui te détruit à de simples "conneries" !

- "Ce qui me détruit" ? Mais c'est moi qui suis venu te voir, c'est moi qui ai engagé la conversation. Les apparences sont trompeuses, Harry, parce que de nous deux, c'est moi qui ai grandi et c'est moi qui ai guéri. C'est moi qui assume tout ça maintenant. Toi, derrière ton mètre quatre-vingt et ton corps d'Apollon, tu es resté le gosse mort de peur de l'été 97.

Un lourd silence tomba sur la table, et Draco, du fond du réfectoire, vit Harry hésiter entre sortir en trombe ou frapper Cédric.

Sans vraiment réfléchir, il se leva et se dirigea vers eux. Lorsqu'il arriva à leur niveau, il les fixa tranquillement de ses yeux froids, récoltant des regards assassins de la part des deux garçons.

- Draco, si tu viens pour me faire chier, t'as vraiment l'oscar du mauvais timing.

- Harry, si tu crois que je fais ma vie en fonction de la tienne, tu te mets le doigt dans l'œil.

Après ce bref échange amical, il se tourna vers Cédric.

- Si ça te dit de visiter le lycée, c'est maintenant.

- Visiter le lycée ? Je suis arrivé la semaine dernière, tu crois peut-être que je t'ai attendu ?

- Écoute, on m'a demandé de le faire. Si tu veux pas, c'est ton problème, mais viens pas chialer si t'as envie de pisser au milieu de la nuit et que tu te retrouves à la cave... ou à l'internat des filles.

Il jeta un regard en coin à Harry, qui tiqua, avant de leur tourner le dos et d'aller poser son plateau sur le tapis roulant.

Cédric le suivit des yeux quelques secondes, puis il reporta son attention sur Draco.

- C'est mon problème. J'te dis que j'ai déjà tout visité. Et puis de toute façon, les cours commencent dans une minute alors je... Ho, je te parle !

Mais Draco était déjà en train de quitter le self, ignorant complètement sa réponse.

Cédric se demanda quel était le problème de ce type, qui venait interrompre une conversation plus que sérieuse avec une excuse plus que futile.

Enfin, peu importait. Au moins, il avait pu parler à Harry... Et même s'il avait dû prêcher le faux pour savoir le vrai, il savait maintenant où Harry en était.

Et il n'était pas bien. Comme lui.

En son for intérieur, Cédric ne pouvait s'empêcher d'être satisfait : plus Harry irait mal, plus vite il accepterait la proposition qu'il lui ferait.

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Le jeudi qui suivit, Hermione arriva en cours de philosophie totalement hystérique.

- Hé les meufs, Journée Potins !!

- Rhôô ! Vas-y, raconte !

Harry arrêta de griffonner sur sa table et tendit l'oreille, tandis qu'Hermione déballait ce qui était visiblement le dossier de l'année.

- À c'qui paraît, Cédric, le nouveau, il se serait fait renvoyer de son ancien bahut parce qu'apparemment, c'est un gros junkie !

Une vague de jouissance secoua le troupeau des filles coagulées entre elles.

- Il aurait passé un an dans un centre de redressement pour usage de drogues, et il aurait galéré comme un malade pour entrer dans ce lycée !

- Ah ouais ?

- Mais... demanda Luna, pourquoi est-ce qu'il tenait à venir dans ce lycée ? Il y en a sûrement d'autres qui l'auraient accepté plus facilement !

Hermione lui jeta un regard torve, visiblement contrariée :

- Ben j'sais pas. On s'en fout ! Il doit sûrement connaître des gens ici, c'est tout.

- Alors c'est un junkie ? Oh mon Dieu, c'est énorme !

- En même temps, dit Katie, pas besoin d'être un génie pour le deviner ! T'as vu comme il est maigre, et tous ses tics nerveux ? Et puis bizarrement, il ne met que des manches longues...

- Katie, répondit Luna avec son air blasé, on est en février. Il va pas se balader topless. C'est peut-être parce qu'il a froid qu'il met des manches longues, et pas parce que ses avant-bras ressemblent à du gruyère.

- Non mais regarde Harry, il est bien en tee-shirt au beau milieu de l'hiver, lui !

Harry sentit les regards d'une demi-douzaine de greluches converger vers lui, et se remit prestement à noircir la table.

Un long silence admiratif s'ensuivit, soudainement interrompu par un puissant "Hhaba !" qui était le signe distinctif des hoquets nerveux de Luna.

Dieu que cette fille est distinguée, pensa Harry. Pas étonnant qu'avec des spécimens comme ça, certains mecs virent de bord.

- Ouais, enfin, pour Cédric... Vous avez beau dire, mais il est quand même super beau.

Harry cessa d'écouter lorsque la conversation s'orienta sur les opinions esthétiques de Alicia, et jeta un bref coup d'œil au jeune homme blond qui fixait le prof du fond de la salle d'un regard éteint.

Comment a-t-il osé me faire la morale mardi dernier ? Il a tourné la page, mon cul ! Tout le monde voit bien que c'est un putain de toxico...

Ce qui s'est passé en 97 lui colle à la peau.

Il avait passé toute la semaine à l'éviter, mais visiblement, en plus d'être devenu héroïnomane, Cédric était devenu sacrément chiant.

Il persistait à vouloir rétablir un contact amical avec Harry, pour une raison qui lui paraissait obscure.

Harry était convaincu que déterrer les cadavres du passé ne pouvaient avoir que des conséquences néfastes.

Soudain, il sentit un regard se poser sur sa nuque comme une main glacée.

Il se retourna lentement et soutint le regard atone de Cédric.

Pourquoi tu ne veux pas comprendre que c'est mieux comme ça ?

Harry et Cédric se regardèrent un moment, chacun essayant vainement de comprendre l'autre et Draco, depuis sa place, commença à compter les secondes :

1, 2, 3. Ses mâchoires se crispèrent.

6, 7. Il serra les poings.

10, 11, 12. Il se retint de sauter sur Cédric.

13, 14. Harry baissa les yeux.

15. Enfin, Draco se remit à respirer.

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Le soleil brillait fort dans le ciel et le petit Harry regardait la mer en plissant les yeux.

Devant lui, sur le sable chaud, se dressaient fièrement les tours d'un château incrusté de coquillages. Des algues dorées avaient été disposées autour en guise de forêt maléfique, et un soldat de plomb, brandissant fièrement sa mitraillette, était planté au sommet de la plus haute tour : c'était la princesse.

Harry regarda son œuvre encore quelques secondes puis, dans un éclat de rire, envoya valdinguer le tout d'un coup de son petit pied.

"NOOON !" hurla derrière lui une voix enfantine.

Il se figea. Le soleil avait disparu, et des vagues violentes venaient lui lécher les pieds.

"NOOOOOON !!"

Il ne voulait pas se retourner. Il ne voulait pas voir ça.

Mais l'enfant continuait de crier et lentement, Harry commença à tourner la tête...

J'ai peur. Arrête de crier. J'ai tellement peur...

Et soudain, il était face à deux grands yeux bleus tout vides.

"On est plus des enfants."

Arrête.

"On est plus des enfants."

Tais-toi.

"On est plus des enfants."

Il hurla, hurla encore, pour couvrir le son de cette voix, et l'odeur de sa propre peur.

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- Harry... Harry, eh ! Réveille-toi.

Ses paupières se soulevèrent brutalement et son regard plongea dans deux sphères d'un gris brillant.

Il fut tellement soulagé de ne pas se retrouver nez à nez avec les deux yeux sans vie de son rêve que spontanément, il se redressa avec l'intention de serrer Draco dans ses bras tremblants.

- Putain, t'as même décidé de me faire chier la nuit, maintenant.

Cette phrase le ramena brutalement à la réalité et lentement, il se rallongea en murmurant :

- Désolé, je crois que j'ai fait un cauchemar.

Draco n'avait pas voulu être méchant. C'était la vérité. Lorsque des cris l'avaient tiré du sommeil, il avait eu peur.

Pendant quelques secondes, il avait oublié qu'il n'aimait pas le contact physique et qu'il tenait en horreur toute démonstration d'affection.

Il aurait juste voulu toucher Harry pour le réconforter, lui faire comprendre qu'il était là.

Mais lorsque Harry avait ouvert ses yeux d'un vert si intense, Draco l'avait revu plaqué contre le mur de la salle VIP, puis contre celui de la salle de bain.

Il avait revu sa main striée de cicatrices, sur ce torse...

Alors, les mots avaient jailli de sa bouche.

- Tu CROIS que tu as fait un cauchemar ? Tu hurlais comme un malade, Harry !

- Pardon.

Harry se tourna vers le mur. Draco, qui s'attendait à une répartie beaucoup plus véhémente, le regarda quelques secondes sans rien dire.

Puis, machinalement, il répondit à voix basse :

- C'est rien.

Il esquissa un pas vers son lit, puis soudain, la curiosité l'emporta sur la rancune.

- Tu rêvais de quoi ?

En guise de réponse, Harry ramena ses jambes en position fœtale dans un bruit de draps froissés, et Draco se sentit très con. D'une part parce qu'il refusait de s'avouer qu'il avait mal au cœur, et d'autre part parce qu'il s'en voulait. Pour... plein de choses.

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La journée du lendemain se déroula dans une ambiance étrange, dans un calme inquiétant qui précédait soit les réconciliations soit les rafales de coups de poings.

Harry et Draco n'avaient pas reparlé du cauchemar, ils ne s'étaient pas reparlé du tout, d'ailleurs.

Mais le matin, Draco avait réveillé Harry en lui touchant l'épaule.

Et à 10 heures, Harry lui avait tendu une cigarette (pour qu'il arrête de se faire craquer les doigts) que Draco avait accepté avec un timide hochement de tête.

Tous deux avaient royalement ignoré Olivier et ses regards rancuniers, et lorsque Cédric s'était approché de Harry avec la très ferme intention de lui parler, Draco lui avait fait comprendre qu'il avait tout intérêt à aller traîner ailleurs.

À midi, il avait failli rompre l'accord de paix tacite (1), tellement il mourait d'envie de savoir d'où Harry connaissait le nouveau.

Il n'osait pas trop y penser, en vérité, car la dernière fois que Harry lui avait caché quelque chose, c'étaient ses frasques avec le joueur de foot. Si c'était le même genre de "lien" qui unissait Harry à Cédric, Draco était certain qu'il ne le supporterait pas.

Rien que d'imaginer cette hypothèse, son ventre s'était contracté violemment.

Harry et Cédric...

Des mains bronzées dans des cheveux châtains clairs...

Le visage de Harry qui se froisse sous la vague de plaisir, ses lèvres rougies qui effleurent une peau claire...

À 14 heures, Draco était parti prendre l'air dehors au lieu d'aller en littérature. Il en avait vraiment besoin.

Harry ne POUVAIT PAS avoir eu une... enfin, une relation avec ce type.

Parce que sinon, Draco se sentirait obligé de leur faire regretter.

Maintenant, il était 15 heures, et chacun préparait son sac pour rentrer chez lui le week-end, autrement dit, Harry entassait pêle-mêle tout un tas de tee-shirts sales dans un sac informe, tandis que Draco pliait soigneusement ses jeans d'un air concentré.

- Harry, il faut qu'on parle.

Cédric se tenait dans l'embrasure de la porte, appuyé contre le mur. Il jeta un regard insistant à Draco, qui jeta à son tour un regard insistant à Harry, lequel n'eut aucune réaction pendant les quelques secondes qui suivirent.

Puis il se racla la gorge.

- Hmm, Draco, tu peux...

Un instant, Draco faillit refuser. Il ne voulait pas les laisser seuls.

Il leur lança un regard de colère contenue, puis ferma la porte derrière lui avec un claquement sec.

Une fois dans le couloir, il fixa le mur comme s'il essayait de voir à travers, et plus les minutes passaient, plus les battements de son cœur s'accéléraient, faisant enfler la boule rouge de sa colère.

Aucun son ne lui parvenait de l'intérieur de la chambre, et des images pires les unes que les autres assaillirent son imagination.

Mais qu'est-ce qu'ils foutent...

Par réflexe, il se rapprocha de la cloison et tendit l'oreille.

Je le savais... Ça ne pouvait être que ça.

En un dixième de seconde, sa colère se transforma en une haine féroce, alors que l'image mentale d'un Harry embrassant à pleine bouche un autre garçon l'empoisonnait.

Et puis soudain, un éclat de voix lui parvint.

- ... n'as pas le choix, Harry ! Faut que tu fasses ce que je te dis !

- Tu peux aller te faire foutre ! Tout ça c'est à cause de toi, alors va te faire foutre !

- Comment tu peux m'accuser de ça ? Tu crois que je voulais que ça se passe comme ça ? T'es qu'un putain de lâche, Harry !

Draco ouvrit la porte au moment où le poing de Harry s'abattait sur la mâchoire de Cédric.

Contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre, il ne s'effondra pas comme une loque. Il riposta aussitôt avec toute la violence nerveuse de sa maigre stature, et atteint Harry d'un coup de poing à l'estomac.

Celui-ci se courba en deux, le souffle coupé et Cédric en profita pour le projeter violemment contre le mur.

Sans réfléchir, Draco saisit soudain le bras du blond et l'empêcha de frapper à nouveau.

- N'essaie même pas, lui dit-il, sa voix mortellement calme.

Ses pommettes hautes, ses traits fins et anguleux semblaient figés, comme dans un masque de colère froide.

La pression de sa main sur l'avant bras de Cédric lui coupait la circulation et faisait pulser les veines à son poignet.

Celui-ci le regarda quelques secondes, et comprit qu'il ne plaisantait vraiment pas.

- Je te préviens Harry. On en reparlera.

Sur ce, il dégagea son bras et sortit précipitamment de la chambre.

Lorsqu'il eut claqué la porte, on n'entendit plus que la respiration saccadée de Harry, qui se tenait le ventre contre le mur.

Et maintenant, qu'est-ce que je fais ? pensa Draco.

Les horribles images de Cédric dans les bras de Harry flottaient encore dans les méandres de son imagination et il mourait d'envie de partir d'ici, mais ses pieds refusaient de bouger.

Demande-lui des explications. Demande-lui d'où il connaît Cédric. Demande-lui s'il va bien, bordel, mais dis-lui quelque chose !

Mais il ne voulait pas savoir, ou plutôt, il savait déjà trop bien.

Il continua donc d'écouter le souffle de Harry, sans ouvrir la bouche.

- Tu t'es bien amusé, Draco ? finit-il par lui demander, en se redressant pour le regarder dans les yeux. Ça t'a plu ?

Mais de quoi est-ce qu'il parle ?

- C'est à ça que tu penses maintenant, en me regardant ? Est-ce que tu penses "Génial, j'étais aux premières loges pour assister à un lynchage de pédé" ?

L'expression de souffrance de Samy autant que ce dernier mot achevèrent de paralyser Draco.

Bordel, mais qu'est-ce que je viens de dire ?

Harry n'avait plus mal au ventre. Paradoxalement, une violente nausée lui serra soudain l'estomac.

Qu'est-ce que je viens de DIRE ??

En face de lui, Draco semblait avoir été propulsé dans une autre dimension par une gigantesque claque.

C'est fini. Il va partir, maintenant. Il va te laisser…

L'amertume et la peur lui brûlèrent les yeux, et il se décolla du mur.

Il va partir…

Ce fut son tour de chercher quelque chose à dire, des mots au hasard, n'importe quoi, pour retarder ce moment.

- C'est injuste, Draco.

Les mots sortirent en s'entrechoquant, rauques et éteints.

- C'est tellement injuste…

Ce qui était arrivé en août 97 était injuste, et que cela le poursuive encore aujourd'hui, c'était injuste.

Que Cédric Diggory l'ai retrouvé était injuste, parce que tous ses efforts pour l'oublier n'avaient pas été récompensés, parce que toute sa volonté à combler l'immense faille dans le mur de sa vie n'avait été que fumée.

Mais par-dessus tout, ce qui était injuste, c'était qu'au moment où il avait le plus besoin de Draco, au moment où il se rendait compte qu'il avait été le seul repère stable de toute son existence, celui-ci s'apprêtait à lui tourner définitivement le dos.

Et ça pour une raison si injuste que Harry avait envie de hurler et de le secouer, de lui faire aussi mal que possible, pour qu'il comprenne.

Qu'il expérimente une fraction infinitésimale de ce que Harry ressentait quand il le toisait avec tout ce dégoût, tout ce mépris dans le regard.

- C'est injuste que je doive supporter tes regards condescendants à longueur de journée. Au cas où t'aurais pas remarqué, je suis VRAIMENT dans la merde, et j'ai pas besoin que tu viennes compliquer les choses. Puisque tu me méprises tellement, pourquoi tu me lâches pas un peu ?

Il fit un pas vers lui, et Draco continua de le fixer sans bouger.

- Pourquoi tu te fourres toujours dans mes affaires ? Dès que Olivier me regarde tu montres les dents et quand Cédric vient me parler tu te ramènes comme un garde du corps avec des excuses bidons pour nous séparer !

Il fit encore un pas, serrant les poings.

- Tu crois quoi, que je suis devenu une pauvre lopette sans défense ? Que j'ai besoin de ta protection ? Va te faire foutre, Draco!! J'ai besoin de personne, et certainement pas de toi !!

Il fit encore un pas, puis un autre, puis encore un autre, et plus il avançait, plus sa gorge se nouait.

- Puisque ce que j'ai fait te dégoûte tellement, puisque tu veux tellement me laisser tomber, pourquoi tu le fais pas une fois pour toutes ?! Ben vas-y Draco, qu'est-ce que t'attends ?? Oh, excuse-moi, tu préfères peut-être m'humilier un peu plus avant, attendre que quelqu'un d'autre essaie de me casser la gueule pour voler à mon secours ?

Il était si près et semblait tellement hors de lui que Draco pensa qu'il allait le frapper.

- Je ne voulais pas t'humilier, articula-t-il doucement, presque à voix basse.

- BIEN SÛR ! Putain, bien sûr que tu voulais pas m'humilier, tu faisais juste ton devoir de bon samaritain, c'est ça ??

Draco ne voulait pas se battre. Pas contre Harry.

- Arrête. Calme-toi.

Harry fit encore un pas, et Draco leva les mains, s'apprêtant à le repousser.

- Écoute, Draco. Écoute-moi bien. Je suis fatigué. Toute ma vie se casse la gueule, et toi au lieu de m'aider tu m'achèves. J'en peux plus, putain, tu comprends, ça ??

Sa voix tremblait.

Ses mains aussi.

- Alors on règle ça une bonne fois pour toutes, okay ? Dis-moi "Je ne veux plus jamais te voir, sale pédé".

Draco le regardait, abasourdi.

Quoi ? Non…Je ne veux pas te dire ça…

- DIS-LE MOI !!

Draco sursauta.

Non.

- Putain, Draco, DIS-LE !! C'est ce que tu veux, NON ??

Harry avança encore, si bien que leurs visages ne furent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

NON.

Draco plaqua ses mains sur son torse pour le repousser, et il sentit le cœur de Harry battre si fort qu'il crût un instant le tenir dans sa paume.

Alors, il le poussa loin de lui, de toutes ses forces. Harry recula de quelques mètres et ses yeux étincelèrent.

- Tu supportes plus que je sois près de toi, pas vrai ? Qu'un PÉDÉ t'approche, ça te fais péter les plombs, hein, Draco?

Soudain, il se colla à lui, agrippant son dos et respirant contre son visage. Pendant un instant, Draco le regarda dans les yeux, paniqué, puis le repoussa encore plus violemment que la fois d'avant.

- Mais pourquoi tu me repousses, putain !! Il te suffit de me dire que tu ne veux plus jamais me voir et je partirai de moi-même !!

Il l'enlaça soudain, violemment, plaquant leurs torses l'un contre l'autre. Draco essaya de se dégager, mais Harry le serrait si fort qu'il n'avait aucune prise pour le repousser.

- Harry, merde, lâche-moi !!

Celui-ci articula près de son oreille :

- DIS-LE et je te jure, je te lâche pour toujours.

Mais Draco ne dit rien.

Sans réellement en avoir conscience, il sût qu'il ne ferait pas de crise, et qu'il n'en aurait même pas les symptômes.

Sa panique se calma petit à petit, au fur et à mesure qu'il réalisait une chose : rien ne sortirait de sa bouche.

Rien.

Certes, un garçon le serrait dans ses bras, et il pouvait sentir sa chaleur, son odeur et les battements précipités de son cœur, mais ce garçon c'était Harry.

Sans réellement en avoir conscience, il sût qu'en un sens, il préférait l'avoir beaucoup trop près de lui que beaucoup trop loin.

Sans réellement en avoir conscience.

Les secondes passaient.

Harry ne bougeait pas, Draco continua donc à se taire, et écouta.

D'habitude, il détestait le silence parce que pour lui, ça voulait dire "tension dans l'air" ou "maison vide", le bruit de toute sa vie. C'était froid, dur, implacable.

C'était pour ça qu'il appréciait Harry, parce qu'avec lui, les silences n'étaient que d'infimes pauses qui se noyaient dans les éclats de rire, lesquels se noyaient eux-mêmes dans le chaos chaleureux et bruyant qui le suivait partout où il allait.

Avec lui, il pouvait enfin se poser, oublier quelques temps sa propre vie, son propre silence.

Mais ce silence-là était différent, et Draco l'appréciait, car il était rempli de battements de cœurs, de respirations de plus en plus régulières.

C'était chaud, doux… et rassurant.

Les minutes passèrent.

Mais Draco ne dit rien.

Enfin, Harry bougea. Pas de beaucoup.

Draco sentit juste ses bras se resserrer imperceptiblement autour de lui, sa respiration se bloquer puis reprendre, moins régulière.

Il lui fallut une dizaine de secondes pour comprendre que Harry pleurait.

Il PLEURAIT.

Le cœur de Draco se serra douloureusement : ça faisait presque trois ans qu'ils se connaissaient, qu'ils étaient les meilleurs amis du monde, et JAMAIS Draco n'avait vu Harry pleurer.

Un jour, il lui avait même dit qu'il n'avait pas pleuré depuis l'été de ses 7 ans.

Puis il lui avait demandé depuis combien de temps lui-même n'avait pas pleuré et Draco n'avait pas répondu, mais Harry l'avait vu jeter un coup d'œil aux cicatrices de sa main droite.

Tout contre lui, les spasmes silencieux continuaient. Enfin un sanglot rauque vint flotter dans le silence, trop faible pour le briser.

C'était un son étrange, comme si après avoir passé plus de dix ans sans pleurer, Harry avait oublié comment faire.

Draco ne sût pas vraiment comment cela se faisait, mais à un moment donné, il réalisa qu'il était sur le point de serrer Harry à son tour.

Ses bras ballants s'élevèrent lentement, frôlèrent son dos, hésitèrent une seconde…

Puis Draco s'aperçût qu'il serrait Harry aussi fort que Harry le serrait, fort à lui faire mal, à lui couper le souffle, à en imprimer le contour de ses mains dans la chair de son dos.

Je suis désolé. Putain, Harry, je suis vraiment, vraiment désolé…

Draco ferma très fort les yeux et ne vit pas Harry ouvrir brusquement les siens, le menton sur son épaule.

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Que Draco le serre dans ses bras, c'était la dernière chose à laquelle il s'était attendu.

C'était violent et ça faisait mal, mais Harry ne s'en aperçut pas.

Il sentit juste que ça lui faisait un bien immense, comme un filet d'eau fraîche sur une brûlure affreuse.

Il ferma les yeux. Il ne voulait plus penser à rien.

Tu m'as manqué.

Les minutes passèrent.

Mais tout à coup, Harry ouvrit les yeux.

Quelque chose n'allait pas.

Entre ses cils humides vint luire un éclair de panique.

Oh non… pas ça !

Désespérément, il essaya de se focaliser sur autre chose que le souffle de Draco dans son cou, et le frisson le long de sa colonne vertébrale.

De toutes ses forces, il tenta de ne pas penser aux mains de Draco dans son dos, aux doigts de Draco, ces longs doigts blancs qui avaient glissé sur son torse humide quelques soirs auparavant…

Oh non, non, NON !!

Ça ne pouvait pas lui arriver… Pas ici, pas maintenant !

Pas… avec Draco!!

Soudain il eût très peur.

Non, pas avec lui. PAS avec LUI.

Il se força à respirer lentement, profondément. Il inspira, fermant les yeux, et l'odeur de Draco tourbillonna dans ses narines pour s'inscrire définitivement dans sa mémoire.

Il sentait le poivre…

Et derrière le poivre, timide, se cachait l'odeur bleutée de la menthe.

Harry expira en se mordant la lèvre.

Rapidement, trop rapidement, son érection atteint un stade critique, et il sût que s'éloigner de Draco devenait impératif.

Il s'écarta de lui d'un seul coup, forçant le barrage de ses bras serrés autour de lui.

Draco sursauta et le regarda comme s'il venait de se réveiller, une expression étrange sur le visage.

Il sait. Il s'en est aperçu…

Il aurait dû s'expliquer, mais rien ne sortait. Il ne savait pas quoi dire.

Il ne savait même pas comment il en était arrivé là, il ne COMPRENAIT même pas.

La honte faisait battre le sang à ses tempes, et il était incapable de le regarder dans les yeux.

- Je… j'ai… bégaya-t-il.

Il leva les yeux rapidement pour constater que Draco n'avait plus l'air de celui qu'on éveille en plein rêve.

Il avait l'air blessé, et en colère.

- Tu as… quoi ? lui demanda-t-il sèchement.

Il le regarda, sa peau claire, ses yeux, sa bouche rose étirée en deux pointes aristocratiques…

Je crois… Je crois que j'ai envie de toi.

Merde, Draco, je suis désolé… Je sais pas ce qui se passe.

- J'ai… besoin d'air.

Et il sortit de la pièce, les joues brûlantes.

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(1) Accords de PÉTASSSSIIIITE !! Mouhahahaha (ne pas nous prendre pour des folles... clin d'œil mutuel entre les auteuzes)

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Bon ben voilà, les carottes sont couites, comme dit le vieux dicton triaamartiaïen. C'est la fin des haricots... Harry a eut une érection, morbleu !! Certes, ça ne respecte pas du tout les convenances antiques, mais ça nous plaît bien, et c'est TRÈÈÈÈS réaliste. (Ne pas nous reprendre pour des folles, re-clin d'œil mutuel des auteuzes... ben oui, mais bon, on a pas pu résister :-))