TURNING POINT

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Le point de non-retour

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Disclaimer :

Personnages réels mais histoire inventée de toute pièce (enfin presque, il y a quand même quelques détails réels)

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Détail important :

Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ).

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Petit concours :

A part pour ceux qui ceux qui nous connaissent déjà : celui qui trouve qui nous sommes, puisque tous les personnages sont réels, aura droit à notre reconnaissance éternelle... et un chapitre lui sera spécialement dédicacé avec tout un speech à sa gloire. (Non, nous n'avons pas recours à tous les moyens pour vous faire lire notre histoire)

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Ben voilà, retour au tsoin-tsoin habituel de chaque début de chapitre... Manquant cruuuuellement d'inspiration, je me contenterai d'espérer que ce chapitre vous plaira autant que les autres. J'en profite aussi pour vous remercier de vos reviews, alertes, et autres marques de soutien, ça compte énooormément pour nous. Vous remarquerez sûrement l'apparition d'une nouveauté : la citation de début de chapitre. Et oui, on a trouvé ça tellement class qu'on a pas résisté à en mettre une. Désormais, chaque nouveau chapitre aura sa petite citation de début. N'hésitez pas à nous envoyer des citations qui vous plaisent et qui sont évidemment en rapport avec la fic ou juste le chapitre, pour les mettre en début des chapitres précédents.

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Scène 6 : Bouche à oreille

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"Quand les potins vieillissent, ils donnent des mythes" (Stanislaw Jerzy Lec)

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Draco sortit du lycée et s'adossa à un des piliers qui en encadrait l'entrée. Il resserra sa veste blanche sur sa poitrine en frissonnant, tandis que l'air encore vif des premiers jours de mars emplissait ses poumons.

Bientôt, l'air frais fut remplacé par la fumée âcre d'une Marlboro qu'il venait d'allumer, et son corps accueillit avec soulagement la dose de nicotine dont il avait besoin depuis plus de deux heures.

Son ventre gargouilla. Certes, il sortait du self, mais lorsqu'il avait vu Harry l'éviter et rejoindre une autre table, il n'avait rien pu avaler et était sorti de suite.

Il ne comprenait plus rien.

Vendredi dernier, juste avant de quitter l'internat, il avait vraiment cru que Harry et lui allaient se réconcilier.

Après tout, il avait refusé de dire qu'il ne voulait plus jamais le revoir, et il l'avait serré dans ses bras...

Alors merde à la fin !

Il était Draco Malfoy, il ne serrait pas les autres dans ses bras, et encore moins des hommes !

Harry aurait quand même pu prendre ça en compte avant de le planter comme un con avec son envie subite de "prendre l'air" !

Il aurait dû voir que Draco avait l'intention de lui pardonner...

- Draco ?

... mais c'était comme si tout ça n'avait eu aucune répercussion sur leur relation...

- Draco ?

... comme si ce moment n'avait pas compté pour Harry, alors que nom de Dieu, pour lui, il avait compté !

- Draco !

Deux doigts saisirent son menton et firent pivoter sa tête.

- Tu rêves ? demanda Pansy sans lâcher son visage.

Il la regarda quelques secondes, Pansy, une de ses plus fidèles admiratrices, des yeux de biche, de longs cils aguicheurs.

Il réfréna l'envie soudaine de saisir la main qui tenait son menton et de la tordre jusqu'à ce qu'elle gémisse de douleur.

Au lieu de ça, il lui répondit d'un ton sec :

- Peu importe.

Il attrapa sa main et dégagea son visage, tandis qu'elle battait frénétiquement des paupières.

- Tu sais, par rapport à Olivier, c'est pas du tout ce que tu crois !

Draco la fixa sans comprendre.

- Heu... Ah bon ?

- Enfin, je comprendrais que tu ne veuilles plus me parler après ça, mais j'étais bourrée et c'est pas ma faute...

Bordel, Pansy, mais de quoi tu parles ? Tant que c'est toi que ce connard se tape, ça me va. De toute façon, tu peux écarter les cuisses pour tous ces mecs du lycée, je m'en branle.

- ... coup d'un soir, tu sais... Parce que finalement, le seul qui ait jamais compté pour moi... c'est toi.

- Seigneur...

Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour que Harry soit là en ce moment ! Il aurait ouvertement éclaté de rire à la figure de Pansy.

- Quoi ? Pansy. On va pas se marier, tu sais ? J'ai pas besoin de tes excuses. Et puis... je prends pas les restes d'un pédé.

Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas sourire devant la spectaculaire décomposition de la moue séductrice de sa groupie n°1.

Elle tourna les talons avant de se figer à la vue d'un Harry perdu dans ses pensées qui passa sans même les voir.

- Oh... Draco ? À propos de "restes d'un pédé", vous ne vous parlez toujours pas avec Harry ? C'est dommage... tu as l'air bien seul sans lui !

Puis, satisfaite de sa pique, elle lui adressa un sourire venimeux et s'éloigna.

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Harry s'assit tout en haut du mur de pierre qui faisait face au lycée.

D'habitude, Draco et lui aimaient bien cet endroit, car de là, ils avaient une vue imprenable sur les allées et venues des autres lycéens.

Cette vue d'ensemble sur le macrocosme du lycée avait permis, au fil des années, de récolter un nombre incalculable d'informations stratégiques : qui avait fait quoi avec qui dans quel buisson, qui cachait son herbe sous quel banc, qui vendait quoi sous le porche de la cathédrale qui jouxtait le lycée.

Et également de repérer les éventuelles futures conquêtes de Mathieu...

Harry regarda Pansy s'éloigner, et Draco la suivre des yeux.

Il soupira.

Je parie que tu vas te la faire, celle-la aussi, pas vrai Draco ?

Puis il se traita de con. De quel droit pouvait-il lui en vouloir ?

Son ami avait toujours couché avec qui il voulait, ça n'avait jamais dérangé Harry auparavant. Alors pourquoi commencerait-il à s'en soucier maintenant ?

Son érection impromptue de vendredi dernier lui revint à l'esprit, comme elle l'avait fait toutes les cinq minutes durant le week-end.

Et comme toutes les cinq minutes durant le week-end, Harry eut la très nette impression de recevoir une décharge électrique au creux de l'estomac.

Pourtant, il s'était lentement mais sûrement persuadé que cette foutue érection n'avait en tout et pour tout aucun rapport avec le fait que c'était Draco qu'il serrait dans ses bras lorsqu'elle s'était manifestée.

C'était juste une réaction purement physiologique, due au fait qu'il n'avait serré PERSONNE dans ses bras depuis TRÈS longtemps.

Ouais, la frustration, quoi... ou l'émotion... ou la fatigue, merde, je sais pas ! Il y a forcément une raison, on bande pas contre son meilleur ami comme ça !

Lorsqu'il sortit enfin de ses pensées, il s'aperçut que l'après-midi de ce mercredi était bien avancée.

Le soleil devait déjà commencer à descendre dans le ciel, mais celui-ci était si gris et si lourd qu'aucun rayon ne pouvait traverser le mur de nuages.

Il soupira. Avant, les mercredis après-midis, ils s'amusaient.

Se sentant observé, il baissa les yeux et constata que Pansy le fixait d'un œil torve depuis le bas du mur.

- J'peux savoir comment t'es monté là-haut ?

Harry leva les yeux au ciel.

- En volant.

- Haha, c'que t'es drôle ! Bon, ça te dirait pas de descendre de ton perchoir ?

Harry la regarda de haut, le fait étant qu'il ne pouvait guère faire autrement.

- Qu'est-ce que tu me veux ?

- Oh, juste un peu de réconfort. Entre "restes de pédé", comme dit Draco, je pensais qu'on pourrait se comprendre.

En moins de dix secondes, Harry était de nouveau sur la terre ferme.

- Eh ben, quel athlète, commenta Pansy.

- Commence pas. J'suis pas d'humeur. Dis-moi ce que t'a dit Draco.

En quelques instants, Pansy se composa une moue séductrice de fortune :

- Hmmm... ça peut se négocier... Tu me donnes quoi en échange ?

Harry inspira lentement en fermant les yeux.

Allons. On ne frappe pas les femmes. C'est contraire à ton éthique.

- Pansy, j'ai pas envie de jouer à ton petit jeu. Vu la gueule que tu tires, Draco a dû te foutre un vent phénoménal. Donc t'es vexée et tu ferais n'importe quoi pour lui faire du mal, même faire ta langue de pute auprès de son meilleur ami. C'est triste, parce que t'imagines même pas le nombre de filles qui se sont retrouvées dans ton cas... Bref, on sait tous les deux que tu finiras bien par me dire ce qu'il t'a dit. T'en crèves d'envie. Alors épargne-moi ton numéro et crache ton venin.

Il la fixa pendant les quinze ou vingt secondes qu'il lui fallut pour comprendre ce qu'elle venait d'entendre.

Enfin elle déglutit péniblement, avant de sortir :

- Oh, ça va... Vous êtes aussi aimables l'un que l'autre Draco et toi ! Je comprends mieux pourquoi c'était ton meilleur ami !

- Il l'est toujours, souffla Harry. Dis-moi ce qu'il t'a dit.

Elle leva le menton puis le regarda avec un air de pimbêche satisfaite, et elle ne sut jamais que pour la deuxième fois de l'après-midi, elle fut sur le point de se faire casser un membre.

- Il ne m'a rien dit de spécial. Je voulais juste te demander... Est-ce que tu sais que depuis quelques temps, des rumeurs sur lui circulent au lycée ?

Ses yeux pétillaient d'une malice qui exaspéra Harry.

- C'est de ça que tu es venue me parler ? D'une rumeur ? Pansy, il y a des dizaines de rumeurs qui courent sur Draco. Elles sont toutes fausses.

- Ah oui ? demanda Pansy, un petit sourire aux lèvres. C'est étrange, parce que toutes ses ex-conquêtes sont d'accord pour dire qu'il y en a au moins une de vraie.

Harry eut un petit rire sarcastique.

- Toutes ses ex sont des folles ou des menteuses pathologiques.

Le sourire de Pansy s'agrandit.

- Bien sûr. C'est ce que je pense, et c'est ce que pense la plupart des gens. Ils se disent que cette rumeur est le délire d'une bande d'hystériques énamourées qui veulent attirer l'attention sur elles. Et quelque part, Draco les a très bien choisies... Personne ne croit ce qui sort de leurs bouches, donc son petit secret est protégé. Mais récemment, j'ai rencontré cette fille, Nastia, une russe qui n'est pas du lycée. Et elle m'a raconté exactement la même chose que les autres à propos de Draco. Quasiment mot pour mot.

Elle appuya cette dernière phrase avec délectation, à grand renfort de gestes emphatiques, puis s'arrêta pour laisser la tension dramatique atteindre son apogée.

Harry leva les yeux au ciel.

Il aurait voulu la planter là et rentrer au lycée, mais sa curiosité était piquée au vif.

Il se rappelait de cette russe. C'était la fille avec laquelle Draco avait rendez-vous le soir où... enfin. Où il avait trop bu et s'était malencontreusement retrouvé contre un connard incroyablement doué de ses mains.

- Pansy, tu comptes tourner longtemps autour du pot ou tu vas finir par me dire ce que t'a dit cette fille ?!

Elle adopta une moue faussement surprise, haussant ses sourcils (trop épilés) et écarquillant ses grands yeux (trop maquillés).

- Oh, tu n'es pas au courant, donc ? Pourtant, je croyais qu'entre meilleurs amis, on se disait tout... Enfin je ne juge pas.

Elle battit des paupières, son sourire hypocrite prenant des proportions inquiétantes.

- Enfin bref. Cette fille, Nastia. Elle m'a dit qu'elle pensait que Draco était le parfait coup d'un soir, jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans sa chambre et qu'il se métamorphose complètement.

Harry lui jeta un regard perplexe.

- Comment ça ?

- Eh bien selon elle, il a complètement changé de comportement lorsqu'ils sont passés aux choses sérieuses. Il est devenu très violent, brutal, et il... il l'a...

- Quoi ?

- Eh ben tu sais, quoi... Il l'a... heu...

- Quoi ? Sodomisée ??

- Voilà.

Harry éclata de rire et s'apprêta à remonter sur le mur pour couper court à la conversation.

- C'est ça, ta rumeur ? Draco n'est pas très doux en temps normal, alors c'est pas vraiment une surprise qu'il soit un peu sauvage au lit !

Pansy le rattrapa par un pan de son tee-shirt avant qu'il n'ait eu le temps de regagner son promontoire.

- Harry ! T'es con ou tu le fais exprès ? Tu minimises grave, là !! Je te dis qu'il lui a fait très peur. Et cette fille n'est pas du genre à s'effaroucher pour des conneries. Au contraire, elle m'a même dit qu'elle était plutôt dévergondée au lit, mais là... Il n'a même pas pris la peine de la déshabiller, il lui a arraché son string et l'a prise par derrière sans lui demander son avis, merde, c'est quasiment du viol !! Il l'a griffée dans le dos, puis quand il a eu fini, il l'a virée de chez lui en l'insultant ! Elle m'a dit que jamais elle ne s'était sentie aussi humiliée, et que si elle avait su qu'il la considérerait plus mal qu'une pute à deux balles, au moins elle aurait aimé qu'il la paye !

Harry s'arrêta et se tourna vers elle, désemparé.

- Elle en rajoute, Draco n'est pas comme ça. Il est peut-être violent, mais il n'est pas...

Il n'est pas quoi ?? se demanda-t-il. Pas du genre à quasiment violer une fille ?

Il secoua la tête, puis passa une main dans ses cheveux d'un noir de jais. Qu'en savait-il ? Draco ne lui parlait pas de ça.

- Non, Harry. Elle n'en rajoute pas. Elle dit exactement la même chose qu'une dizaine de filles dans ce lycée.

- Putain, Pansy ! s'énerva-t-il soudain. Je sais pas, peut-être, okay ? J'en sais rien !!

- Il n'avait pas envie qu'on lui rappelle le nombre de filles qui étaient passées dans le lit de Draco. Ça l'énervait. Ça le... bref. Et puis cette conversation le mettait mal à l'aise, il aurait aimé se boucher les oreilles.

- Eh merde, Pansy. Lâche-moi. Je veux plus en entendre parler, dit-il en reprenant son ascension.

Pansy eut un petit rire :

- Oh, mais que tu le veuilles ou non, tu en entendras parler...

Il soupira et sauta à terre avant de se pincer l'arrête nasale en fermant les yeux.

- Bien sûr, elle n'allait pas en rester là. Il aurait dû s'en douter.

- Fais attention, Pansy, quoi que tu aies derrière la tête, fais très attention.

Elle se rapprocha de lui, ondulant du bassin comme une anguille et oscillant dangereusement sur ses talons aiguilles.

- Je vais répandre la plus grosse, la plus juteuse rumeur VÉRIDIQUE de toute l'histoire du lycée : "Ce beau-gosse de Draco Malfoy, un des mecs les plus populaires et des plus adulés, est un espèce de taré psychopathe et brutal qui viole ses victimes." Ça sonne bien, non ?

- C'est parfait, oui. Tu devrais vraiment bosser pour "La Gazette".

Harry fit semblant d'avoir l'air détaché, alors que son ventre commençait méchamment à se contracter.

- Mais personne ne te croira. Personne n'a cru ses ex.

- Tu me sous-estimes, Harry. Je suis peut-être une belle salope, mais je ne suis pas bête, et c'est dommage que Draco ne s'en soit pas rendu compte, parce que je vais le lui faire payer au prix fort. Toutes les rumeurs que je colporte ont toujours été fondées. Les gens ont confiance en moi. Ils m'écoutent.

Il la regarda sans ciller. Cette salope allait rajouter un sacré paquet d'huile sur le feu...

Comme s'ils en avaient besoin.

- Je serais toi Pansy, je ne ferais pas ça.

- C'est une menace ? lui demanda-t-elle, narquoise.

- Non. Mais les rumeurs sur la vie sexuelle de quelqu'un peuvent faire énormément de ravages. Il ne mérite pas qu'une fille comme toi répande de telles saloperies sur son compte.

- Oh, que c'est touchant ! Ceci dit, venant du mec que tout le lycée a vu jouir dans les mains d'Olivier en direct live, je veux bien le croire.

Harry sentit sa patience s'effriter à la vitesse grand V.

- Écoute-moi, espèce de sombre conne, t'as pas intérêt à raconter quoi que ce soit...

- Sinon quoi ?

Le sourire de chatte de Pansy atteignit ses oreilles.

- C'est trop tard, Harry. J'ai déjà commencé.

Elle eut un petit rire de gorge.

Pendant une longue minute, Harry écouta diminuer le claquement de ses hauts-talons sur le goudron à mesure qu'elle s'éloignait de lui.

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Draco avait passé la majeure partie de l'après-midi à errer dans le lycée et s'était surpris à prendre machinalement la direction de l'internat des filles.

Puis il s'était soudain rappelé qu'il n'était pas avec Harry et que sans lui, les excursions en territoire féminin perdaient toute leur saveur.

Il se dirigea donc vers leur chambre, espérant vaguement y trouver une occupation qui aurait détourné ses pensées de Harry, pour un moment au moins.

Qu'est-ce que tu pourrais faire ? se demanda-t-il. Tu peux prendre une douche. C'est bien une douche.

Il entra dans la salle de bain, se regarda dans le miroir, puis oublia complètement ce qu'il était venu y faire.

Tu pourrais lire. T'as plein de livres à lire pour la philo...

Il ressortit de la salle de bain et ouvrit le tiroir de la table de chevet. Il prit un livre au hasard.

Sartre. « L'existentialisme est un humanisme ».

...

Non.

Il referma le tiroir.

Tu pourrais faire tes devoirs.

Il se rappelait vaguement d'un vieux T.P d'histoire qui devait atteindre le stade final de décomposition quelque part au fond de son bureau.

Il serait peut-être temps de le finir.

Plein de bonne volonté, il empoigna papiers et stylo et s'attela à la tâche.

Cependant, après un trou noir d'une dizaine de minutes, il fut atterré de constater que son devoir sur les accords de Yalta s'était progressivement transformé en une œuvre d'art moderne à l'effigie d'un Roosevelt légèrement destroy : un tag.

Vaincu, il laissa son regard se perdre à travers la fenêtre. Au bout de quelque temps, il jugea cette absence d'occupation satisfaisante, et se leva pour venir coller son front contre la vitre.

Par réflexe, il regarda le mur du fond, qui faisait face au lycée. Harry et lui avaient pris l'habitude d'y monter en escaladant les pierres, et de là-haut, ils pouvaient tout voir.

"Si je tombe, tu crois que je meurs ?"

Il revoyait Harry lui poser cette question, ses deux bras tendus au-dessus du vide.

Draco ne s'était même pas donné la peine de mesurer la distance qui les séparait du sol.

"Tu tomberas pas. Je te rattraperais."

Harry lui avait adressé un sourire éclatant et avait esquissé quelques pas vers lui, gardant son équilibre tant bien que mal.

"Non, tu tomberais avec moi."

Harry avait continué à sourire en avançant vers lui, et Draco avait continué à le regarder.

Il soupira, son souffle venant se cristalliser sur la vitre.

Il ne savait pas si Harry se souvenait de ce moment. Lui il s'en souvenait bien.

Deux silhouettes au pied du mur attirèrent soudain son attention.

Il reconnut la première instantanément : un corps musclé et élancé, des cheveux en bataille, cette manière féline de bouger...

La deuxième était visiblement une fille, et même une vraie pintade, si on en jugeait par sa mini-jupe microscopique.

Pansy ? Mais qu'est-ce qu'elle fout avec Harry ?

Le cœur de Draco s'accéléra lorsqu'il la vit agripper un pan du tee-shirt de Harry.

Qu'est-ce qu'elle lui veut, cette folle ?!

Il se crispa, serrant les poings.

Laisse-le, pauvre idiote, il préfère les mecs...

Il réalisa soudain ce qu'il venait de penser.

Enfin, non ! Il a juste eu une... interaction avec un mec.

Le visage de Cédric Diggory s'imposa à lui.

Bon, d'accord, peut-être deux. Mais c'étaient des erreurs. Juste des erreurs. Après tout, il y a eu Cho et plein d'autres avant elle...

Étrangement, cela ne le fit pas se sentir mieux. Et puis Harry s'était lui-même qualifié de "pédé" lors de leur discussion de vendredi dernier.

Draco avait réussi à se convaincre qu'il avait dit ça sous le coup de la colère, mais...

Avec une espèce d'appréhension, il regarda la silhouette féminine tourner langoureusement autour de Harry.

Pédé ou pas, repose ta main sur lui et je descends te casser le poignet.

Ainsi, pour la troisième fois de la journée, Pansy échappa de peu à une grave fracture.

Il se força à détourner le regard.

Bon. N'y pense plus.

Et puis ça te fait chier qu'il couche avec des mecs, ça te fait chier qu'il couche avec des filles...

Il fait ce qu'il veut, non ? Qu'est-ce que t'en as à foutre !

Il s'assit sur son lit, rivant son regard sur le mur d'en face pour l'empêcher de vagabonder à travers la fenêtre.

Harry avait collé plusieurs photos dans un coin, près de son lit.

"Oh non, pitié, tu vas pas tapisser la chambre de photos !" se rappelait-il lui avoir dit, interrompant Harry dans sa frénésie patafixienne.

Celui-ci avait rigolé, appuyant comme un forcené pour faire tenir une énième photo.

"Mais putain Harry, t'en as mis au moins deux cent cinquante !"

"Oh arrête, y en a qu'une vingtaine."

"On dirait une chambre de fille..." avait maugréé Draco.

Harry l'avait regardé droit dans les yeux, un petit sourire en coin, avant de coller soigneusement une nouvelle photo.

"Je t'emmerde. J'aime ces photos."

Draco s'assit sur le lit de Harry pour mieux les regarder. Au fil du temps, certaines s'étaient couvertes de traces de doigts, à force d'être tripotées par leurs amis de l'internat.

Mais Draco dut reconnaître que c'étaient quand même de belles photos.

Il n'y avait pas de photo de ses parents, il n'en parlait jamais beaucoup.

Mais il y avait de nombreuses photos de ses cousins et cousines, des gamins qui riaient en s'éclaboussant dans une piscine... et eux.

Il y avait des photos de leurs amis, Alicia Spinnet qui faisait des grimaces, Cho Chang qui souriait timidement en faisant coucou, Dean Thomas qui riait comme un bossu...

Et eux, encore.

Lorsque les yeux de Draco se posèrent sur les clichés qu'ils avaient fait au photomaton, un sourire nostalgique vint flotter sur ses lèvres.

Qu'est-ce qu'ils avaient ri, ce jour-là. Apparemment, le photomaton n'avait pas été conçu pour contenir deux personnes, ce qui expliquait que l'un d'entre eux se retrouvait inexorablement écrasé contre l'écran.

Il y avait aussi des photos d'un chien couché sur une terrasse, et d'autres de gens qu'il ne connaissait pas, ou très peu.

Et eux, toujours.

Eux au beau milieu d'une bataille de mousse à raser, ici, à l'internat.

La main de Draco en gros plan, lorsque pris d'un accès de timidité, il avait refusé de se laisser prendre en photo.

Eux se faisant des croche-pieds au cours d'une partie de foot... eux perchés sur le mur de pierre...

Draco s'allongea sur le lit de Harry sans quitter les photos des yeux.

Il se sentait idiot d'avoir charrié Harry. Lui aussi, il aimait ces photos. Il faudrait qu'il pense à le lui dire lorsqu'ils se seraient réconciliés.

Ouais. Quand il me reparlera, je lui dirai.

Bientôt, les visages heureux de tous ces gens se mirent à tournoyer devant ses yeux et ses paupières finirent pas se fermer.

Il se laissa bercer par les souvenirs, et s'endormit.

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- Qu'est-ce que tu fais sur mon lit ?

- Hnn ?

Qui me parle ?

- Draco, qu'est-ce que tu fous sur mon putain de lit ?

Draco s'extirpa douloureusement de son sommeil, ayant la très nette impression d'avoir des paupières en fonte.

- Mais quel lit ?

- MON lit, Draco. Tu dors sur mon lit.

Draco se releva brusquement, regardant autour de lui d'un air embrumé.

- Heu... Ah. Ah oui mais non.

Il vit Harry le regarder avec des yeux ronds et sut que c'était le moment de fournir une explication.

- Nonon mais c'est pas ça, c'est juste que... enfin, tu vois, je voulais juste voir les photos et je... ben... j'crois que j'me suis endormi...

Il se sentit soudain affreusement gêné, et se leva d'un bond.

Oh merdemerdemerde, mais quel con, MAIS QUEL CON !!

- Je... désolé. Désolé. Je vais prendre une douche, bégaya-t-il, sans pouvoir regarder Harry dans les yeux.

Il se dirigea vers la salle de bain.

- Draco.

À contrecœur, il se retourna, l'air coupable.

- C'est pas grave. Faudrait qu'on parle, tu crois pas ?

Sans vraiment en avoir conscience, Draco adopta ce que Harry interprétait comme étant sa position de défense habituelle : mains dans les poches, dos voûté, regard fixe et inexpressif.

Harry essaya de paraître plus décontracté mais sa voix tremblait. Il aurait juré que Draco entendait les battements de son cœur tant ils étaient assourdissants.

Il avait réfléchi longtemps après que Pansy soit partie, et il était parvenu à la conclusion qu'il devait parler à Draco.

Ça faisait longtemps qu'il aurait dû le faire, mais chaque fois que l'occasion se présentait, il commençait à paniquer et se persuadait que ce n'était pas le bon moment.

L'histoire de Pansy avait cependant été le catalyseur qui l'avait poussé à se décider.

Lentement, Harry alla s'asseoir sur son lit, et attendit que Draco vienne s'asseoir sur le sien.

Ils se regardèrent un moment, aussi morts de peur l'un que l'autre, luttant pour ne pas partir en courant.

Mais chacun resta sur son lit, redoutant la discussion qui allait suivre.

Contre toute attente, ce fut Draco qui parla le premier :

- Tu te rappelles, au début de l'année, quand je t'avais fait chier pour pas que tu colles des photos sur le mur ?

Harry le fixa, ses grands yeux verts écarquillés, puis lâcha un "Oui ?" suspicieux.

- Ben... en fait, certaines sont pas trop mal. J'aime bien celles du photomaton.

Harry crut que sa mâchoire allait se fracasser sur le sol. Un tel aveu de la part de Draco était une première, notamment dans un moment pareil.

Il le regarda froisser nerveusement le coin de son oreiller, fuyant son regard, l'air horriblement mal à l'aise...

Harry se surprit soudain à vouloir le toucher, poser ses mains sur lui... ou juste le prendre dans ses bras.

- Oui... c'est vrai qu'elles sont bien, celles-là, répondit-il d'une voix un peu trop enrouée.

Un silence gêné flotta quelques instants, puis Draco se racla la gorge.

- De quoi tu voulais qu'on parle ?

Harry réalisa qu'il fixait Draco un peu trop intensément, et baissa les yeux avant de dire :

- Je te préviens, ça risque de pas être agréable.

- Merci, mais j'avais comme un pressentiment, répondit Draco du tac au tac.

Harry ne put s'empêcher d'avoir un petit rire nerveux, et Draco le regarda, un léger sourire crispé creusant deux fossettes sur son beau visage.

- Pansy est venue me voir tout à l'heure, reprit Harry, l'air soudain grave. Apparemment, elle sait de source sûre ce que tu fais lorsque tu couches avec une fille.

- Comment ça, ce que je fais ? demanda Draco soudain légèrement agressif.

Harry le regarda fixement.

- Elle sait que tu les encules très violemment sans leur demander leur avis, puis que tu les vires comme des traînées.

Draco eut le souffle coupé. Il crut que son cœur ne se remettrait jamais à battre, tant il ne s'y attendait pas.

Oh non... pas ça... Ne me dis pas que tu es au courant pour ça... Tu vas me prendre pour un fou...

- Oh, ça, murmura-t-il enfin avec plus de difficultés que quelqu'un qui vient de se prendre un coup de poing dans le plexus solaire.

Draco semblait si mal que Harry regretta d'avoir parlé si crûment.

- Alors c'est vrai ? lui demanda-t-il doucement.

Pour toute réponse, Draco ferma les yeux et pencha la tête en arrière, s'appuyant contre le mur.

- Draco ? insista Harry.

Celui-ci se redressa tout à coup, plantant son regard dans le sien.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Harry ? Que oui, c'est vrai ? Que j'ai eu tort ? Que je regrette ? Tu veux que je te dise que j'ai honte mais que j'en ai besoin ?!

La gorge de Harry se noua, alors qu'un sentiment de profonde tristesse l'envahissait.

- Mais pourquoi tu fais ça ? souffla-t-il.

- MAIS PUTAIN HARRY ! Lâche-moi ! Lâche-moi, okay ?

Harry sursauta. Draco se leva d'un bond, l'air à la fois terrifié et hors de lui, et Harry crut qu'il allait le frapper.

Mais au lieu de ça, il prit sa tête entre ses mains et se mit à marcher de long en large au milieu de la chambre.

- Merde, tu dois me prendre pour un taré...

- Quoi ? Non ! dit Harry précipitamment. Non, pas du tout ! C'est juste que... Je me dis que tu dois aller vraiment mal pour avoir besoin de faire quelque chose dont tu as honte... C'est ça qui me rend triste.

Draco s'immobilisa avant de se retourner vers Harry, ses yeux brillant d'une lueur de défi.

- Premièrement, je vais bien, et deuxièmement, je n'ai pas besoin de ta pitié !

Harry se leva à son tour et s'approcha de lui.

- Draco, arrête. Écoute-moi. Je comprends si tu veux pas m'en parler. Mais il faut que tu saches que Pansy a été très vexée que tu l'aies repoussée, et elle va se venger en mettant tout le lycée au courant.

Draco eut l'impression qu'un énorme gouffre s'ouvrait sous ses pieds.

- Quoi ?

- Je suis désolé. Mais il fallait que je te le dise. Parce que quoi que tu penses, moi, je te laisserai pas tomber.

Lentement, complètement abasourdi, Draco revint s'asseoir sur son lit.

- Je suis vraiment désolé. Les rumeurs, surtout quand elles sont fondées, je sais ce que ça fait. Je voulais pas que tu sois pris au dépourvu.

Draco ne dit rien, les yeux perdus dans le vague. Il savait qu'il n'avait que deux solutions. Soit il massacrait Pansy, soit il quittait le lycée.

Mais il ne pouvait faire ni l'un ni l'autre.

Il resta donc assis plusieurs minutes à digérer ce qu'il venait d'entendre.

Harry n'osait rien faire, se demandant si Draco était en train de raisonner calmement ou s'il s'agissait d'une sorte de calme avant la tempête.

Putain Draco, mais si seulement tu me parlais un peu, je pourrais peut-être comprendre...

Mais Draco ne dit rien. Pensant qu'il avait besoin d'être seul, Harry finit par se diriger vers la porte. Mais au moment où il posa sa main sur la poignée, il fut stoppé net.

- Alors, t'es pédé ?

Draco n'avait pas dit ça sur un ton agressif, c'était juste une question comme les autres. Peut-être un peu bourrue et maladroite, mais juste une question comme les autres.

Harry comprit que même si ça lui coûtait énormément, Draco voulait en parler.

Ne serait-ce que poser cette question au lieu de le laisser partir avait dû être très difficile pour lui.

Harry se retourna et s'adossa à la porte, essayant tant bien que mal de soutenir son regard.

- Dis-le moi, putain, reprit celui-ci. Tu me dois bien ça.

Harry resta silencieux plusieurs secondes, le cœur battant la chamade. Puis il passa une main dans ses cheveux et souffla :

- Je sais pas.

À son grand soulagement, Draco ne se jeta pas sur lui pour le frapper. Il eut juste l'air très suspicieux :

- Comment ça, tu sais pas ?

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Draco ? J'en sais rien.

Harry baissa les yeux.

- Je suis peut-être pas homo. Mais j'ai aimé. Ce que j'ai fait avec Olivier, j'ai vraiment aimé.

Rapidement, il jeta un coup d'œil à Draco. Cette fois, il avait l'air complètement choqué, et son regard le transperçait de toutes parts.

La respiration de Harry s'accéléra brutalement.

- Je suis totalement perdu.

Le silence s'installa, et Harry entendit Draco déglutir difficilement. Il pouvait presque sentir les efforts surhumains qu'il fournissait pour ne pas péter un plomb.

Son visage avait perdu toute couleur et il paraissait entièrement figé. Peu à peu cependant, il reprit contenance.

Harry jeta un regard anxieux à ses mains crispées sur le drap, mais bientôt ses doigts se détendirent et Draco eut juste l'air extrêmement fatigué.

- D'accord, finit-il par murmurer. Merci de m'avoir prévenu pour Pansy.

Sous les yeux ébahis de Harry, il se leva et se dirigea vers la salle de bain.

- Que... Qu'est-ce que tu fais ?

Draco se tourna vers lui et répondit d'une voix atone.

- Je vais juste prendre une douche et aller me coucher. Tu peux aller au self, si tu veux, moi j'ai pas très faim.

- Oh... heu. D'accord.

Harry se mordit la lèvre avant de risquer :

- ... à tout à l'heure, alors ?

Draco planta ses yeux gris-argent dans les siens.

- À tout à l'heure.

Puis il ferma la porte de la salle de bain et Harry poussa un soupir de soulagement.

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Bref, voilà !! N'oubliez SURTOUT pas de reviewer (non, je ne fais pas de forcing XD), même s'il vous a moins plu que les autres, même si vous n'avez pas pour habitude de reviewer... ce serait sympa de nous laisser une petite trace de votre passage, histoire qu'on connaisse un peu mieux l'avis de nos CHEEEERS lecteurs. En tout cas, merci de continuer à nous lire et à dans un chapitre pour la suite des aventures de Harry et Draco !!