TURNING POINT

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Le point de non-retour

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Disclaimer :

Personnages réels mais histoire inventée de toute pièce (enfin presque, il y a quand même quelques détails réels)

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Détail important :

Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ^^).

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Voilà, pas grand chose à vous dire, à part qu'on espère, comme à chaque fois d'ailleurs que ce new chapitre va vous plaire. Encore un grand merci pour toutes vos reviews. Chacune d'entre elles nous fait énormément plaisir et n'oubliez pas, même un tout petit mot nous donne l'impression de gagner notre salaire du mois XD.

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Scène 7 : Sweet Dreams (are not made of this)

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"Everybody's lookin' for something" (Annie Lennox)

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Le jour qui suivit, la rumeur atteignit ses connaissances proches, et Draco commença à recevoir des regards stupéfaits.

Le deuxième jour, elle se propagea encore, et des gens qu'il connaissait à peine se mirent à lui lancer des vannes grasses et des coups d'œil accusateurs.

Et lorsque lundi revint, la rumeur avait évolué, muté, et elle touchait maintenant l'intégralité du lycée, corps enseignant inclus.

Où qu'il aille, des quolibets et des insultes fusaient sur son passage, et il était impudiquement dévisagé par des gens qu'il ne connaissait même pas.

Draco jeta un œil à la pendule au-dessus du tableau blanc : 11 h 35 min. Encore 4 jours, 12 heures et 25 minutes avant le week-end...

- Eh Harry, pourquoi tu restes avec ce pervers ? Viens à côté de nous, il reste une place au fond !

À côté de Draco, Harry se retourna et regarda Neville qui lui souriait d'un air niais, entouré de tous leurs amis. Ils faisaient bande à part au fond de la classe, regroupés autour de Pansy, plus rayonnante que jamais.

Exaspéré de devoir fournir des explications, Harry se contenta de leur adresser un monumental bras d'honneur. Puis il se retourna vers Draco :

- Tu sais, faut quand même lui reconnaître une chose, à Pansy. C'est qu'elle est douée dans ce qu'elle fait.

Draco faillit lui faire un pauvre sourire, mais il s'abstint, voyant que Mr Flitwick s'était dangereusement rapproché de Harry.

- Dites donc, vous deux !

Harry fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec le profil de féculent de leur légendaire professeur d'histoire.

- Déjà que vous vous faites sacrément remarquer en ce moment, ayez au moins la décence de raser les murs dans mon cours !

Harry attendit qu'il se fût éloigné pour reprendre sa respiration et essuyer les postillons qui l'aveuglaient.

Draco ne put s'empêcher d'étouffer un petit rire.

Si Harry n'avait pas été là, il n'aurait pas été sûr de pouvoir supporter tout ça. Et il regrettait amèrement de ne pas avoir su lui rendre la pareille au moment où il en avait besoin.

Enfin, la cloche sonna.

Midi. Plus que 4 jours et 12 heures.

Tous deux se dirigèrent vers le self, bien que Draco n'ait pas grand appétit.

- Tu veux pas qu'on rentre à l'internat ? demanda-t-il soudain. Je préfèrerais manger quand il y aura moins de monde...

Draco savait qu'il avait l'air piteux.

- Non, ça ne changera rien, lui répondit Harry, d'un ton qui se voulait moralisateur mais qui n'arrivait qu'à être compatissant.

- Eh, Draco, si jamais un jour tu t'approches de ma sœur, t'es mort ! retentit une voix derrière eux.

Draco se retourna brusquement vers le rugbyman qui venait de parler, les poings serrés.

- Arrête, lui dit Harry en le retenant pas le bras. Arrête, Draco, ça sert à rien.

Draco aurait voulu frapper cet énième enfoiré qui venait de le menacer, le faire hurler de douleur, qu'il paye pour tous les autres, ceux qui donnaient à sa vie un avant-goût d'enfer.

Mais lorsque son regard plongea dans celui de Harry, il se calma.

- Ils finiront par la fermer d'eux-mêmes. Une rumeur, ça finit toujours par s'essouffler, il faut juste que tu sois patient. Viens, on va manger.

Doucement, Harry l'attrapa par le poignet et l'entraîna vers le self, mais Draco le retint.

- Harry.

Lorsque son ami plongea ses yeux vert brillants dans les siens, son pouls s'accéléra subitement.

- Je... C'est cool que tu sois là.

Il ne répondit rien, mais son regard devint plus intense.

Soudain, Draco se rendit compte que la peau de son ami, contre la sienne, était brûlante.

Sans mot dire, Harry finit par lâcher son poignet, et ils reprirent le chemin du self.

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Draco passa sa langue sur sa glace au caramel pour la neuvième fois. Et oui, Harry avait compté, et cela le consternait.

Mon pauvre Harry, je sais pas vraiment ce qui cloche chez toi, mais compter le nombre de coups de langue que ton meilleur ami passe sur sa glace... franchement, ça craint.

Pourtant son regard restait inexorablement fixé sur ces lèvres si délicatement dessinées que venaient assombrir le caramel.

Mais ça va vraiment pas mon vieux !

Douzième coup de langue de Draco. Déglutition difficile de Harry.

ARRÊTE !!

Harry se flagella mentalement :

Tu le mates alors qu'il mange une glace... Ça fait tellement cliché ! Tu es pathétique. Il commence à peine à accepter la possibilité que tu aies pu aimer le faire avec un mec et toi, tu ne peux pas t'empêcher de fantasmer ouvertement...

Ses pensées continuèrent sans lui au moment où il vit Draco passer doucement sa langue sur ses lèvres, dans un mouvement quasi inconscient, pour en enlever la glace fondue qui les faisait briller.

Putain de merde, pensa-t-il assez originalement.

Harry se perdait littéralement dans la contemplation de son meilleur ami lorsque celui-ci céda soudain à l'envie irrépressible de mordre dans son cornet à pleines dents.

Harry porta la main à son entrejambe avec une mimique de douleur. Douleur qui n'était, et il le savait, que purement psychologique, mais pas moins vive pour autant.

- Ben quoi ? Y a un problème ?

- Hein ?... non c'est juste que tu fais vraiment des trucs tue-l'amour des fois.

Draco n'eut pas le temps de se demander en quoi manger sa glace le plus innocemment du monde pouvait être tue-l'amour, car ce fut le moment exact que choisit Cédric pour asseoir sa maigre carcasse à côté de Harry.

- Salut ! Ça baigne ?

Harry le regarda, perplexe. "Salut ! Ça baigne ?" sonnait à peu près aussi faux dans la bouche de Cédric que "Prends-moi ! Oh oui ! Prends-moi" dans la bouche de Sœur Anne-Thérèse, la vieille nonne rachitique qui hantait la cathédrale devant le lycée.

- Qu'est-ce que tu veux ? avança-t-il, sur la défensive.

- Eh ben, c'est pas la politesse qui t'étouffe, toi. J'te signale que la dernière fois qu'on s'est parlé, tu m'as aimablement balancé ton poing dans la mâchoire. Alors je fais ce que je peux pour repartir sur de nouvelles bases.

Ce mec est vraiment un cas.

Harry avait beau chercher, il ne comprenait pas comment il fonctionnait.

Il ne comprenait pas si la lueur qu'il voyait dans ces yeux sans vie était de l'espoir, du désespoir, de la malice ou de la provocation.

- Qu'est-ce que tu veux ? réitéra-t-il.

Le repas s'était à peu près bien passé. Personne ne leur avait fait de remarque désobligeante. Et Draco avait réussi à ingérer plus qu'une boulette de mie de pain.

Ce foutu junkie n'allait pas tout faire foirer maintenant.

- Moi ? Rien du tout. Je voulais juste savoir... pourquoi tu prends pas de glace ?

Il se fout de ma gueule !

- J'aime pas les glaces.

Un léger sourire vint flotter sur les lèvres de Cédric alors qu'il se grattait convulsivement les bras.

- Allons, tout le monde aime les glaces. Moi je les adore, mais la dernière que j'ai mangée remonte à bien longtemps.

Draco, en face d'eux, avait suspendu toute activité masticatoire, trop occupé qu'il était à se demander si Harry et Cédric étaient réellement en train de partager leurs opinions sur les glaces.

Soudain, l'expression de Cédric se durcit et il arrêta de se gratter pour poser ses mains à plat sur la table.

- T'affole pas. Je vais pas ruiner plus longtemps votre petit dîner aux chandelles. Je voulais juste te rappeler que je ne laisse pas tomber. Réfléchis à ce que je t'ai demandé.

Il se leva aussi subitement qu'il s'était assis et ses traits se radoucirent.

- Tu tiens le coup Draco ?

De stupeur, celui-ci faillit lâcher son cornet dans le reste de chili con carne.

- Euh... oui. Merci.

- Y a pas d'quoi. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

Comprenant que Draco ne voyait pas le rapport, Cédric s'expliqua.

- Cette merdeuse de Pansy s'est aussi chargée de ma réputation.

- Ah. Okay.

Cédric tourna les talons, laissant place à un silence pesant. Draco finit tranquillement sa glace en attendant que Harry veuille bien lui fournir une explication sur ce qui venait de se passer.

Mais celui-ci, mal à l'aise, fixait obstinément la table. Draco avala le bout de son cornet, s'essuya méticuleusement la bouche et chacun de ses doigts, puis reposa sa serviette bien à plat sur son plateau.

- Putain de merde, Harry. Tu vas me dire ce qui s'est passé entre vous deux.

Draco n'avait pas prévu que cela sorte aussi violemment – sa question en était devenue un ordre catégorique – mais il n'en pouvait plus. Il FALLAIT que Harry lui explique.

Sinon il continuerait indéfiniment à se faire des films. Il était fatigué de les imaginer ensemble tous les deux, en train de s'embrasser, de se toucher.

Ça l'obsédait.

Sans même lever les yeux Harry répondit à mi-voix :

- Désolé. Ça, je peux pas.

Draco soupira. En temps normal, ils se seraient disputés. Mais il n'était pas idiot. Il savait qu'une dispute, même bénigne, aurait pu démolir leur fragile relation. Il ne pouvait pas risquer ça.

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Sa petite main en visière pour se protéger du soleil d'août, Harry regarda son beau château de sable, puis, dans un éclat de rire, envoya valdinguer le tout d'un coup de pied.

"NOOON !" hurla derrière lui une voix enfantine.

Harry se retourna et regarda victorieusement un petit blond à la mine horrifiée.

"Si !"

Le blondinet examina les ruines sableuses pour voir si c'était réparable, puis il secoua la tête.

"Mais pourquoi t'as fait ça ?"

"Z'avais envie" répondit Harry.

Cette explication parut suffire au petit garçon qui, oubliant tout sacrilège, lui tendit sa main en se présentant.

"Je m'appelle Cédric."

"Harry."

Imitant les grandes personnes, ils se serrèrent cérémonieusement la main.

Puis soudain, Cédric n'était plus là. Harry ne tenait qu'une poignée de sable, et une soudaine bourrasque la lui projeta dans les yeux.

Pris de panique, il se mit à courir les yeux fermés, dans toutes les directions, et lorsqu'il les rouvrit, il était perdu.

Où qu'il regarde s'étendaient des buissons de lauriers roses, tous semblables les uns aux autres.

Il allait se mettre à pleurer lorsque Cédric surgit d'entre deux buissons.

"Eh Harry ! Viens !"

Les buissons de lauriers roses s'évaporèrent soudain, et une allée de camping ensoleillée se matérialisa.

"Je vais te montrer ma collection de coquillages."

Cédric le prit par la main et l'emmena fermement vers son mobile home.

Mais bientôt, il s'arrêta.

"Harry. Je sais plus lequel c'est..." gémit-il.

Le soleil avait disparu.

Où qu'ils regardent se tenaient des mobile homes, tous semblables les uns aux autres.

Ils allaient se mettre à pleurer lorsqu'un homme surgit d'entre deux bungalows.

Harry plissa les yeux pour voir son visage – il savait qu'il faisait peur – mais les traits de l'homme étaient comme floutés, impossibles à saisir.

Ils étaient comme ces étoiles que l'on ne discerne que lorsqu'on ne les regarde pas directement.

"Vous êtes perdus ?"

Harry n'aimait pas cet homme. Il aurait voulu partir d'ici, quitter ce labyrinthe inquiétant.

Mais Cédric, à côté de lui, s'avança vers l'inconnu.

Il avait les joues rondes et roses des enfants épanouis et ses grands yeux bleus innocents étaient pleins d'espoir.

"Je voulais juste lui montrer ma collection de coquillages..."

Le visage brouillé de l'homme changea légèrement de forme et Harry comprit qu'il leur souriait.

"Je vais vous aider à rentrer chez vous. Mais avec la chaleur qu'il fait, vous aurez bien envie d'une petite glace avant de partir ?"

Harry ferma les yeux. Il avait encore du sable dedans et il n'arrivait pas à l'enlever...

Il entendit le petit Cédric acquiescer :

"Oui ! Une GLAAACE !"

Non pas ça, Cédric. C'est une mauvaise idée.

Il le savait. Il n'était qu'un petit garçon, mais il savait qu'il ne fallait pas suivre les inconnus.

Il sentit Cédric lâcher sa main. Il aurait voulu voir où il partait et le retenir, mais il ne pouvait ouvrir les yeux.

"Et toi ?"

Harry ne voyait rien, mais il sentait que l'homme s'était rapproché. Il était tout près maintenant, trop près, et sa voix semblait résonner au creux de son oreille.

"Et toi petit, tu ne veux pas de glace ?"

"J'aime pas les glaces !" hurla-t-il.

Mais ce n'était plus la voix d'un petit garçon. C'était la voix d'un jeune homme de dix-huit ans, mais elle tremblait autant que celle d'un enfant apeuré.

Lentement, Harry souleva ses paupières rougies et irritées.

"Allons, tout le monde aime les glaces."

En un éclair, le visage de l'homme lui apparut distinctement, à quelques millimètres du sien.

C'était un visage ordinaire, ni remarquable, ni effrayant.

Pourtant, chaque détail emplissait Harry d'un profond dégoût et d'une peur sans nom, et il ne pouvait s'empêcher de hurler.

Il sentit ses jambes se mettre en mouvement pour laisser le plus de distance possible entre ce visage et lui, mais au moment même où il se retournait pour s'enfuir, il fut stoppé net.

Le petit Cédric le regardait, ou tout du moins ses yeux étaient posés sur lui, car son regard était si inexpressif qu'il avait du mal à croire qu'il le regardait vraiment.

Il avait même du mal à croire qu'il s'agissait bien de Cédric.

Harry avait cessé de hurler et tout était incroyablement silencieux.

Sans vie, Cédric mangeait mécaniquement son sorbet à la fraise.

Il était décharné et deux gros cernes violacés venaient assombrir sa peau cireuse.

Les tendons de son cou ressortaient comme un robot dont on aurait vu les rouages.

Et dans ses yeux qui ne clignaient jamais, Harry pouvait voir les stries de petits vaisseaux éclatés.

- ... de merde, Harry !

Le soudain éclat de voix et la secousse qui s'en suivit l'arrachèrent à son cauchemar.

- Draco ? demanda-t-il d'une voix pâteuse.

Harry se frotta les yeux et fut surpris de ne pas y trouver du sable.

- Tout va bien. Tu faisais un cauchemar.

Harry ouvrit les yeux et vit que Draco le tenait par les épaules, assez pâle et l'air inquiet.

- Ça va ?

- Ouais, j'crois.

Harry se redressa dans son lit et inspira à fond pour calmer les battements de son cœur. Puis il leva les yeux pour regarder Draco.

Celui-ci eut un petit rire nerveux :

- Espèce de con ! T'as failli me faire crever de peur !

Il reprit sa respiration.

- Je te jure... tu hurlais des trucs incompréhensibles et tout d'un coup tu t'es arrêté de respirer...

Il redevint sérieux et fronça les sourcils.

- Tu es sûr que ça va ? Je veux dire... tu m'as vraiment fait peur.

Harry le regarda longtemps sans rien dire.

Puis lentement, il tendit la main vers son visage. Son pouce vint doucement caresser le pli d'inquiétude qui lui barrait le front, et dans un souffle, il murmura :

- T'inquiète pas. Je vais bien.

Harry sentit une petite étincelle crépiter au creux de son ventre et la reconnut instantanément. C'était le genre d'étincelle qui pouvait aisément mettre le feu aux poudres.

Ça aurait dû l'affoler, mais au lieu de ça, une chaleur apaisante se répandit au fond de lui.

Et il su qu'il avait envie de laisser glisser sa main derrière sa nuque, de l'attirer à lui, et de l'embrasser.

Cependant, il plongea son regard dans les yeux brillants de Draco, et aussi tranquillement qu'il avait porté la main à son front, il la reposa sur ses genoux.

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Harry, je comprends plus rien.Tu maigris à vue d'œil, tu ne veux pas me dire d'où tu connais ce Cédric, tu fais des cauchemars, tu te réveilles en criant... et puis tu... tu poses ta main sur moi...

Draco regarda Harry se pelotonner sous sa couette et comprit qu'il était temps de regagner son lit.

Le geste de Harry ne l'avait pas rebuté, au contraire. Il l'avait juste secoué, comme une décharge électrique.

Il se sentit un peu idiot, parce qu'il savait que d'ordinaire, un geste aussi doux lui serait apparu comme une atteinte personnelle.

Mais à présent, il comprenait que faire preuve de douceur n'était pas forcément synonyme de faiblesse.

Dans des moments comme celui-ci, ça pouvait faire du bien.

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Le lendemain, comme tous les matins, Draco se réveilla avant l'heure.

Et comme tous les matins, il se tourna vers Harry avec l'intention de le réveiller. Mais lorsqu'il vit que celui-ci dormait paisiblement, il n'en eut pas le courage.

Ses cauchemars avaient continué une bonne partie de la nuit et savoir qu'il ne pouvait rien y faire l'avait consterné.

Il était resté là, les yeux grands ouverts, à l'écouter gémir.

Pendant de longues heures il avait hésité à le réveiller à nouveau. Mais qu'aurait-il fait après?

Me recoucher, tout simplement. Qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ?

Il regarda Harry.

Peut-être que j'aurais dû le toucher comme il l'a fait hier soir.

Il se rappela cette main chaude sur son visage.

Peut-être que ça lui aurait fait du bien.

Un instant, il eut honte de ne pas l'avoir fait. Mais en était-il seulement capable ? Jamais il n'avait fait ça. Il n'aurait pas pu le réconforter, il aurait été trop brusque… trop maladroit…

Il jeta un coup d'œil au réveil : 7 h 00. Il devait réveiller Harry.

Il se glissa hors des draps et se pencha sur son ami pour lui secouer l'épaule, comme il le faisait habituellement.

Mais il interrompit son geste, ses doigts à quelques millimètres de son épaule nue.

Il lui paraissait si calme, si détendu, comme il ne l'avait pas été depuis bien longtemps.

Sa tête, inclinée sur le côté, était nichée au creux de son bras, et une respiration régulière s'échappait de sa bouche entrouverte, rose et pleine. (1)

Draco le trouva tellement beau qu'il en eut le souffle coupé. Alors, lentement, ses doigts vinrent se poser sur la peau nue.

Ils la frôlèrent doucement, tremblants au rythme vif de ses pulsations cardiaques.

Ne te réveille pas, pas tout de suite…

Les doigts remontèrent le long de l'épaule, puis caressèrent la clavicule, et Harry fut parcouru d'un frisson.

Non, attends… pas encore…

Encore quelques centimètres et les doigts dansaient sur son visage, effleurant sa cicatrice sur son front.

Comme hypnotisé, Draco contemplait l'ascension de sa main, à la fois effrayé et extatique.

Il n'était pas brutal ni maladroit comme il l'avait craint. Et son cœur se gonfla comme un ballon prêt à éclater.

Puis soudain, la sonnerie du réveil retentit et il sursauta violemment, retirant sa main.

Je deviens barge… Je fais n'importe quoi.

Il se racla la gorge et secoua l'épaule de Harry, un peu rudement.

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Les jours suivants, l'ambiance oscilla entre "étrange" et "tendue", et Draco savait que c'était de sa faute.

A chaque fois qu'il posait les yeux sur Harry il revoyait sa peau mate sur l'oreiller blanc, et sa propre main blanche sur l'épaule bronzée.

Il repensait à ce qu'il avait ressenti, comme si pour la première fois, depuis des années, il échappait à ce Draco qu'il avait pris l'habitude d'être, celui que les gens côtoyaient jour après jour.

Alors, une profonde honte l'envahissait et tous ses gestes s'imprégnaient de violence, il devenait impétueux sans raison apparente.

Et plus il était exécrable, plus Harry essayait de le réconforter.

Et plus Harry essayait de le réconforter, plus il prenait peur, et plus il se braquait.

Alors les yeux de son meilleur ami se voilaient de tristesse, et Draco baissait les siens pour ne pas le voir, regrettant amèrement de s'être emporté.

Lorsque Harry le regardait avec cet air déçu et blessé, Draco avait beau lutter, un autre souvenir qu'il avait enfoui du mieux qu'il avait pu remontait à la surface, et il revoyait cette même expression calquée sur le visage d'un autre homme.

Le seul homme qui, Harry mis à part, avait compté pour lui, et qui l'avait rejeté.

Dans ces moments-là, la honte se faisait si cuisante qu'il avait l'impression qu'elle n'était pas qu'un sentiment, mais quelque chose de vivant qui le rongeait de l'intérieur.

Dans ces moments-là, il perdait pied complètement, et là où un œil extérieur ne voyait qu'un garçon séduisant en train de manger ou de faire son sac, lui se noyait littéralement, accomplissant ces rituels quotidiens avec une rigueur mécanique quasi-désespérée.

Dans ces moments-là, une seule phrase tournait en boucle dans son esprit :

J'ai changé. Ce n'était pas vraiment moi… Je ne suis pas un homo. J'ai changé. Ce n'était pas vraiment moi…

- Draco?

Harry lui souriait, narquois, au milieu du troupeau en sueur des garçons revenant de l'option sport.

- T'attends que je vienne t'aider à te déshabiller ou quoi ?

Draco se rendit compte qu'il était planté comme une souche dans les vestiaires, depuis au moins deux bonnes minutes.

- Quoi ? Heu, non. Nonon, désolé, j'ai juste… eu un beug.

Harry eut soudain l'air contrit.

- T'as l'air complètement crevé. Je suis désolé, j'ai encore dû te réveiller toute la nuit.

- C'est pas grave. Ça va.

Draco entreprit de retirer ses chaussures de sport, et soudain, il se retourna vers son ami.

- Harry, j'aimerais vraiment que tu me dises de quoi tu rêves.

Harry évita soigneusement de le regarder dans les yeux, et il répondit :

- Je m'en souviens jamais.

Depuis quelques temps, Draco s'était rendu compte qu'il remarquait beaucoup de détails chez Harry qu'il n'avait jamais vu auparavant. Comme ces trois grains de beauté au coin de son œil droit, ou cette légère moue boudeuse lorsqu'il mentait.

Moi je crois que tu t'en souviens très bien.

Sans plus de cérémonie, Harry enleva son tee-shirt et son short et se dirigea vers les douches.

Draco le suivit des yeux.

Et il n'était pas le seul.

Plusieurs conversations cessèrent, et quelques garçons le regardèrent passer, certains avec admiration, d'autres d'un regard gourmand.

Qu'est-ce que vous comptez faire, hein ? Aller le rejoindre pendant qu'il prend sa douche ?

Cette simple pensée lui déclencha des envies de meurtres qui furent décuplées lorsqu'il vit Dubois prendre à son tour la direction des douches.

Le sang battant à ses tempes, il se dépêcha de se changer et s'assit sur le banc, scrutant l'entrée des douches avec hargne.

- Tu n'es pas obligé de monter la garde, tu sais ? Il va pas se faire violer…

Cédric lui adressa un sourire qui se fana bien vite au vu du regard assassin que lui lança Draco.

- Wow, sérieux, prends un Lexomil (2)… murmura-t-il avant de sortir des vestiaires.

Draco continua de fixer les douches, attendant patiemment que Harry en ressorte, et résistant tant bien que mal à l'envie d'aller voir ce qu'il s'y tramait.

Ça durait beaucoup trop longtemps.

Il le vit revenir enfin, uniquement vêtu d'un boxer et dégoulinant d'eau.

Crabbe, un grand gaillard à l'allure rustre, sortit après lui.

Aux yeux de Draco, la scène qui suivit sembla se dérouler au ralenti.

Lentement, il vit Crabbe pencher la tête vers Harry, approcher ses lèvres de son oreille et murmurer quelque chose.

Puis ses yeux glissèrent, délaissant leurs visages pour regarder leurs corps, et Draco vit la main de Crabbe frôler le poignet de Harry.

Ce même poignet qu'il avait serré la dernière fois avant d'aller au self, ce foutu poignet qui l'avait brûlé comme s'il avait saisi une barre de métal chauffé à blanc…

Il se retint de ne pas balancer son poing dans le mur derrière lui.

Ça aurait pu aller. Si Harry et cette stupide armoire à glace s'en étaient arrêtés là, la colère de Draco aurait pu diminuer puis mourir dans son ventre.

Mais au lieu de ça, son regard revint se poser sur leurs visages et sa colère se diffusa dans ses veines à la vitesse d'un poison violent.

Harry regardait Crabbe droit dans les yeux et lui souriait d'un air… complice ? ... charmeur ?

En une fraction de secondes, Draco était debout, face à eux, les muscles tendus comme des câbles.

Tu te fous de ma gueule ?

Harry tourna vers lui son visage encore humide et cessa de sourire.

- Heu… oui ?

Il ne répondit pas, et continua de le fixer.

- Hum. Je vais vous laisser, tenta faiblement Crabbe. Je crois qu'on m'appelle…

Il s'éclipsa sans tarder, refermant la porte des vestiaires et laissant les deux garçons, seuls, se regardant en chiens de faïence.

- Il y a un problème ? finit par demander Harry.

Draco suivit le chemin d'une goutte d'eau dans son cou, enfonçant progressivement ses ongles dans ses paumes.

- Rhabille-toi, ordonna-t-il, sa voix aussi coupante qu'une lame de rasoir. T'as l'air d'une traînée.

Pendant une seconde, Harry resta bouche bée, se demandant s'il avait bien entendu.

- RHABILLE-TOI ! cria soudain Draco.

- T'es complètement malade.

- T'es peut-être pédé, mais je te laisserai pas devenir la pute du lycée !

Il l'attrapa par le bras et serra si fort que Harry commença à paniquer.

- Mais merde Draco, qu'est-ce qui te prend !?

Draco l'attira à lui brusquement, et sa voix baissa d'un ton.

- Tu crois que je vois pas tes petits jeux ? Et comment ils te regardent ? Ils veulent tous te sauter ! Ils veulent te…

Un violent choc dans le dos lui coupa subitement la respiration.

Harry venait de le plaquer contre le mur avec force, un genou entre ses cuisses et un avant-bras contre son torse.

Leurs visages étaient si proches qu'il pouvait voir les fils dorés qui veinaient ses pupilles vertes – encore un détail qui lui avait échappé jusque là…

- Et quel est le problème, exactement ? Ben vas-y, explique-moi.

Draco hoqueta, essayant de retrouver son souffle.

Tu comprends pas. Je veux plus qu'un mec te touche… Ça me rend malade, putain, pourquoi tu comprends pas ça ??

- Mais Crabbe… lâcha-t-il d'une voix étranglée. Tu peux pas… Merde, mais qu'est-ce que tu lui trouves ?

Harry ne répondit pas tout de suite. Il le regardait bizarrement, ses yeux parcourant son visage sévère.

- Rien, commença-t-il lentement. Lui, je ne lui trouve rien.

Draco sentit son souffle chaud contre sa bouche, et soudain, il prit conscience avec une terrible clarté que la cuisse nue de son ami frottait contre la sienne.

- Rhabille-toi, Harry, murmura-t-il précipitamment.

Celui-ci ne fit pas un geste : il le garda plaqué contre le mur en le regardant fixement.

Puis il murmura en retour :

- Avant, tu t'en foutais. Tu te rappelles ? On se battait en caleçon tout le temps.

Draco ne répondit pas. Il essayait désespérément de regarder autre chose que ces yeux sombres et cette bouche, trop près de son visage, de ne pas penser à cette cuisse nue contre lui, entre ses jambes…

Fébrilement, il tenta de repousser Harry.

- Lâche-moi…

- Mais t'as peur de quoi ? souffla-t-il. Merde, je vais pas te violer...

- Lâche-moi, lâche-moi…

Mais Harry immobilisa ses bras et le pressa un peu plus contre le mur.

- Je voudrais juste que ça redevienne comme avant… Que tu arrêtes d'avoir peur que je te touche et de croire que je me tape tous les mecs que je croise… Draco, regarde-moi.

Il leva les yeux, faisant de son mieux pour soutenir le regard de son ami.

- Je sais que tu fais d'énormes efforts pour moi, et tu peux pas savoir à quel point je t'en suis reconnaissant. Je sais aussi que même si j'essaie de te changer les idées, ce que raconte Pansy te tape sur les nerfs. Mais il faut que tu prennes sur toi. Je veux PAS qu'on se dispute de nouveau, Draco. Parce que je sais pas si tu t'en es rendu compte, mais la dernière fois, j'en ai vraiment chié.

Harry bougea encore, et le haut de sa cuisse vint appuyer sur l'entrejambe de Draco, qui déglutit difficilement.

- Ouais. Maintenant, tu me lâches et tu te rhabilles.

Un long silence s'ensuivit, et Draco regarda se faner l'expression de Harry.

Désolé. Je sais, je te déçois, je me comporte vraiment comme un connard et ça te rends triste, mais il faut VRAIMENT que tu me lâches, maintenant…

Il sentit son ami relâcher sa prise légèrement et chercha dans ses yeux un signe de capitulation, mais il n'en trouva guère.

Au contraire.

Harry lâcha ses poignets mais resta contre lui, le regardant toujours droit dans les yeux.

Et tout à coup, le cœur de Draco s'arrêta.

- Harry, nom de Dieu ! Mais qu'est-ce que tu…

Harry avait passé deux doigts sous l'élastique de son boxer, le faisant glisser le long de ses jambes, et la voix de Draco mourut dans sa gorge lorsqu'il se pressa à nouveau contre lui, complètement nu.

- Tu vois, chuchota Harry en enfouissant sa tête dans son cou, maintenant, t'as le droit d'être mal-à-l'aise.

Draco aurait voulu hurler. Il sentait les doigts de Harry dans le bas de son dos, pressant leurs bassins l'un contre l'autre.

- Harry, je… non…

Il ne pouvait pas parler.

Il n'était même pas sûr de pouvoir penser.

Jamais, pendant les deux années qu'il avait passé à côtoyer Harry, jamais ils ne s'étaient retrouvés aussi proches physiquement, et cette soudaine proximité l'atteignit comme une gifle en plein visage.

À ce moment-là, il essaya de crier quelque chose pour que Harry le laisse tranquille, mais celui-ci le fit taire d'un brusque mouvement de bassin, appuyant son corps nu contre son entrejambe.

Un éclair passa dans les reins de Draco, et il se cambra violemment.

Harry haletait dans son cou.

Non, non…

Il ferma les yeux très fort, complètement terrorisé, incapable de maîtriser le soudain afflux de sang vers son sexe.

Je ne suis pas une tafiole ! Je ne suis pas…

Lorsqu'il rouvrit les yeux, Harry le regardait, les pupilles dilatées et le souffle court.

- LÂCHE-M…

Harry plaqua une main sur sa bouche, étouffant son cri et roula des hanches une seconde fois. Le dos de Draco se creusa de nouveau et un gémissement rauque s'échappa de sa gorge, puis une panique incontrôlable le gagna lorsqu'il se sentit durcir un peu plus.

Soudain, Harry enleva sa main de sa bouche et la passa sur son jean tendu, complètement ébahi.

Oh non, non, NON !

La peur vrilla l'estomac de Draco, lui donnant la nausée.

- Draco… Tu… balbutia Harry, les yeux ronds comme des soucoupes.

Le sang se mit à cogner à ses tempes, laissant un goût de fer dans sa bouche, et avant qu'il ait pu faire quoi que ce soit pour essayer de se calmer, la crise était là.

Sa vue s'obscurcit, puis devint floue, et les sons se firent lointains et étouffés.

Sa tête commença à tourner, ses membres à fourmiller, et son souffle se fit plus irrégulier.

Il sentit les lèvres de Harry bouger dans son cou, un murmure distordu et incompréhensible parvenant à ses tympans.

Puis soudain, une décharge électrique familière parcourut ses membres, et il projeta Harry à l'autre bout de la pièce avec cette force incroyable que peuvent parfois provoquer les crises de nerfs ultra-violentes.

Un éclair de douleur traversa plusieurs de ses muscles sous l'effort, et il se rendit compte qu'il hurlait.

À travers le brouillard qui obscurcissait sa vue, il vit le corps nu de Harry reculer contre le mur d'en face à mesure que lui-même se rapprochait, et ses poings se serrèrent tout seuls

Harry lui parlait, il le savait. Des sons emplissaient l'air, comme des babillages étranges ou une mélodie incohérente, mais ils étaient aussitôt couverts par les battements assourdissants de son cœur.

Il fit encore quelques pas et bientôt, Harry ne put plus reculer.

Le besoin sauvage de faire mal le saisit à la gorge et Draco leva le poing, ayant vaguement conscience que pour la première fois, il allait frapper Harry.

Puis il balança son poing, le heurtant violemment au visage.

Harry ne fit rien pour se défendre.

Sa tête cogna contre le mur avec un bruit mat qui résonna dans la pièce, et Draco le rattrapa avant qu'il ne s'effondre au sol.

Puis il le frappa de nouveau, encore une fois, encore une autre.

Le sang écarlate finit par recouvrir ses cicatrices blanches.

Il frappait toujours, ne sentant même plus l'impact de la chair contre la chair, ne voyant pas le carrelage que chaque coup aspergeait un peu plus de sang visqueux.

Enfin, deux mains le saisirent aux épaules et le tirèrent en arrière, l'éloignant tant bien que mal du corps de Harry.

- ARRÊTE ! ARRÊTE ! cria derrière lui une voix qu'il connaissait.

Il se débattit quelques secondes, puis les battements de son cœur commencèrent à se calmer, et sa vue se fit moins floue.

Il regarda Harry qui avait glissé au sol, inconscient, de longues traînées pourpres maculant son visage et son torse.

Oh, qu'est-ce que je t'ai fait…

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Ben voilà, un nouveau chapitre qui s'achève. Nous vous promettons au prochain chapitre une brusque évolution dans le personnage de Draco... ce qui fera sacrément avancer l'histoire. Merci d'avoir lu jusqu'ici et honneur aux quelques Chinois qui ont le courage de nous lire (ben oui, nous sommes cosmopolites). Non, sérieux, les gars, félicitations ! Vous nous épatez, là !

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(1) : Nous remercions chaleureusement Barbie® qui est pour nous une source d'inspiration perpétuelle et que nous sponsoriserons jusqu'au trépas… quoique les gens en disent ! Fi de l'opinion publique !... XD

(2) : Lexomil : anxiolythique, calmant