TURNING POINT
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Le point de non-retour
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Edit
Après avoir vu plusieurs de vos reviews, il nous semble important d'ajouter quelques petites précisions. Tout d'abord a une jumelle sur fictionpress avec des persos nommés Mathieu C. (Draco) et Samy J. (Harry). Ce sont des personnes réelles que nous fréquentions au quotidien et qui nous ont beaucoup inspirées. Cependant, il est vrai que nous crevions d'envie de publier sur fanfiction car nous fantasmions toutes deux (grâce à Amartia surtout qui a initié Tria au yaoi huhu) comme des bêtes sur le couple Drarry. Initialement, nous avions même prévu de ne publier que sur ffnet mais nous avons changé d'avis étant donné que c'était le "couple" Samy/Mathieu qui évoluait devant nos yeux, et non le couple Harry/Draco. Mais nous comprendrons très bien que certains d'entre vous trouvent que notre fic et nos persos originaux ont été dénaturés, nous leur conseillerons donc de s'en tenir à l'une ou l'autre des versions, selon leurs préférences. Nous vous rappelons aussi que la fic originale sur fpcom (vous pouvez la trouver sur le site sous le même nom) compte déjà quatre chapitres donc, si vous avez déjà commencé à lire sur ffnet, résistez à la tentation pour garder le suspens (s'il y a en un XD), et patientez pour voir ce qui va arriver à vos chéris préférés !!
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Disclaimer :
Patànous... toujours pas pour notre plus grand désespoir. Toujours à Rowling, pour son plus grand bonheur (on espère).
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Détail important :
Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ^^).
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Et ben voilà, mine de rien, on arrive déjà au chapitre 8. Eh oui, nos chers petits héros évoluent, des détails se précisent, des situations se dénouent (ou pas en fait XD, mais ça fait class dans la phrase). Enfin, on peut quand même dire pour ce chapitre que rien ne se simplifie. Et je crois que c'est le meilleur résumé qu'on puisse faire ;)
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Scène 8 : Chassez le naturel
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"Personne n'est plus faible que celui qui se croit fort" (Anonyme)
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- Non mais à quoi tu t'attendais, sérieusement ? Quand je vous ai trouvé, tous les deux, tu l'avais transformé en steak tartare ! Je comprends qu'il veuille plus te causer !
Draco jeta un regard torve à Cédric, qui trempait ses lèvres sèches dans un café noir.
Il avait du mal à croire qu'il était bel et bien en tête à tête avec lui dans le café du coin, parlant de ce qu'il s'était passé dans les vestiaires trois jours auparavant.
L'enchaînement de cause à effet qui avait conduit à cette situation inattendue était assez particulier.
Premièrement, Harry était revenu de l'hôpital très amoché : arcade et pommette recousues, lèvres ouvertes et traumatisme crânien.
Draco s'était senti tellement mal qu'il avait failli faire son sac et quitter le lycée définitivement, puis il s'était rendu compte que non seulement Harry ne lui parlait plus – ce qui semblait logique – mais qu'en plus il semblait avoir décidé qu'il n'existait plus.
Il passait devant lui sans lui jeter un seul regard, vivait dans leur chambre d'internat comme s'il était tout seul et ignorait les gens qui venaient lui demander ce qu'il s'était passé.
Draco avait l'impression d'être devenu un fantôme.
Cet état des choses l'avait conduit à passer le plus clair de son temps perché sur le mur de pierre – Harry n'y allait plus, jugeant sûrement que puisque Draco n'avait jamais existé, toutes leurs conneries en haut du mur n'avaient pas eu lieu non plus, et que par conséquent c'était juste un endroit dangereux et sans intérêt pour lui.
Plus attentif qu'il n'en avait eu l'air, Cédric avait fini pas remarquer l'exil en hauteur de Draco, ce qui avait eu pour conséquence directe un gros malentendu.
Cédric s'était présenté au bas du mur et avait dit :
- Wow, Mike Tyson ! Heu… Il fait beau non ? Je veux dire, j'ai vu un bourgeon qui fleurissait sur un arbre, et tout.
Draco l'avait regardé longuement, essayant de deviner quelle substance lui embrumait le cerveau.
- Je peux savoir ce qui te prend ?
Cédric avait levé les mains, comme pour signifier "pas d'affolement, je viens en paix".
- Rien du tout. Tout va bien. Je veux dire, la vie est belle, quoi.
Il avait réfléchi une dizaine de secondes, puis avait continué :
- Par exemple, Flitwick a la varicelle. Du coup, tac, pas d'histoire pendant deux semaines ! C'est pas génial ça ? Je veux dire, c'est le genre de trucs qui doit te rappeler que la vie, c'est mortel ! … Heu, désolé. Mauvais choix de mots. Je voulais dire que la vie, c'est cool.
C'était à ce moment-là que Draco avait commencé à comprendre. D'autant plus que Cédric avait enfoncé le clou juste après :
- Sérieux, mec, descends de ce foutu mur. Je suis sûr que ça va s'arranger. Et puis merde, j'en ai marre de ramasser des mecs en sang !
Cédric ressemblait tellement à un tragédien grec en disant ça, que Draco avait senti le fou rire nerveux le gagner, et Cédric, émerveillé, l'avait regardé rire aux larmes en pensant : "Ben dis donc, je devrais vraiment bosser dans le social, moi. Suis sacrément doué !"
Toutefois, Draco n'avait pas mis longtemps à ruiner ses plans de carrière :
- Si je comptais vraiment me suicider, ton discours sur les bourgeons m'aurait plus achevé qu'autre chose. Mais merci.
De situation inhabituelle en situation inhabituelle, ils s'étaient retrouvés à discuter bourgeons puis à faire l'éloge de la varicelle, et puis, finalement, à boire un café en discutant de ce qu'il s'était passé dans les vestiaires.
Non pas que Draco soit du genre sociable, ni que ça lui plaise d'en parler, mais au moins, il n'avait plus l'impression d'être un fantôme.
Et puis Cédric était un junkie un peu barjot sur les bords, ce qui voulait dire qu'il s'abstiendrait de juger Draco trop durement, considérant le fait que lui-même n'était pas très clair.
- Heu, mec, t'es toujours avec moi ?
Cédric claqua des doigts devant le visage de Draco.
- Je te disais qu'il fallait pas t'attendre à un gros poutou, sachant qu'il est quand même passé près de la fracture du crâne !
Draco soupira.
- Je sais. Je sais…
- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé exactement ?
Draco rougit si violemment que Cédric pensa qu'il allait prendre feu.
- Je t'ai dit… Mppfmff. On s'est disputé à propos d'une connerie et ça a dégénéré.
Cédric afficha l'air perplexe de celui qui voit qu'il y a comme une vieille erreur dans l'équation :
- Je me demande si le fait qu'il était à poil a son importance, ou si c'était juste une coïncidence. Genre "je me suis battu avec mon meilleur pote la dernière fois, et – chose hilarante qui n'a aucun rapport bien sûr – il était nu comme un vers à ce moment-là ! C'est fou, non ?"
Draco le regarda, consterné par sa propre bêtise.
La prochaine fois que tu mens, pauvre idiot, essaie de prendre tous les détails en compte.
Cédric se racla la gorge avant de poursuivre :
- Donc. Est-ce qu'il y a… un… un… un truc entre vous ?
Puis il rentra la tête dans ses maigres épaules, comme s'il craignait que son outrage lui vaille un coup sur la tête.
Draco prit le temps d'inspirer calmement avant d'articuler :
- Non.
Le jeune homme attendit, espérant certainement un complément d'informations plus détaillé, mais rien ne vint.
- Mmmh, fit-il au bout d'un moment. Je vois.
Un silence tomba sur leur table comme une chape de plomb, et Draco se mit à agiter la jambe convulsivement.
Allez. Demande-lui. Merde, c'est le moment ou jamais, demande-lui…
- Cédric ?
- C'est moi.
- Heu… je me demandais si…
Draco s'interrompit, se rappelant qu'il était nul pour aborder les sujets délicats en douceur, et décida d'y aller franchement :
- Qu'est-ce qu'il s'est passé entre Harry et toi ? Tu as couché avec lui ?
Cédric manqua de s'étrangler avec sa propre salive :
- Quoi ? Qui t'a dit ça ?
Draco serra les dents.
- C'est vrai, alors ?
- Non ! Moi et Harry ? Haha ! Hahaha !
Cédric ravala précipitamment son début de fou rire devant le regard mauvais que lui jeta l'autre garçon.
- Hnn, je veux dire… Non. Pas du tout.
Draco se décrispa sensiblement, mais ne lâcha pas l'affaire pour autant :
- Mais vous vous connaissiez avant. Et je sais que tu lui as proposé un marché.
Le garçon secoua la tête.
- Écoute. Si Harry ne t'en a jamais parlé, je ne peux rien dire. C'est à lui de le faire.
Draco baissa les yeux et se mit à tripoter la nappe avec fébrilité.
- Peut-être… Mais je voudrais juste comprendre. Parce qu'il ne me dira rien. Je voudrais qu'il m'explique, mais je crois qu'il n'a plus confiance en moi…
Le cœur de Draco se serra.
Et maintenant encore moins. J'aurai de la chance s'il me reparle un jour…
Il repensa à ce qui avait déclenché sa crise, revit la main de Harry sur son jean tendu, et une honte fantastique fit se contracter son estomac.
D'habitude, il arrivait à garder cette partie de lui sous contrôle. Un contrôle si puissant qu'il en avait à peine conscience.
Mais cette fois, les choses étaient allées trop loin.
- Moi je crois juste qu'il a très peur de ta réaction. Sois patient. Il t'en parlera peut-être un jour.
Soudain, une terrible perspective traversa l'esprit de Draco :
- Dis-moi juste que tu ne l'as pas mêlé à une histoire de drogue.
Cédric resta silencieux.
- Cédric, je vais te tuer si tu me dis pas que j'ai tort dans moins de dix secondes.
- On se calme. Harry n'est pas mêlé à une "histoire de drogue", comme tu dis. Maintenant, arrête de me poser des questions là-dessus. J'ai besoin de lui pour régler une affaire personnelle qui nous concerne nous deux uniquement, et il te racontera s'il veut.
Draco regarda Cédric. Il était maigre, c'est vrai. Ses cheveux châtains lui tombaient dans les yeux et sa peau était encore plus pâle que la sienne, ce qui le faisait ressembler à un anémique qui aurait été privé de soleil pendant des années.
Mais surtout, ce qui interpellait Draco, c'était cette expression qui hantait son visage même lorsqu'il riait, la même qui venait parfois alourdir les traits de Harry.
Cette expression d'épuisement profond et de lassitude incurable, comme si tous deux portaient des pierres sur leur dos depuis des années, et qu'ils se savaient condamnés à les toujours.
Draco choisit de ne pas insister plus et Cédric changea de sujet :
- Loin de moi l'idée de te porter le coup fatal, mais... Pansy raconte partout que les flics t'ont embarqué. Enfin, elle a raconté pire, je sais.
Draco ne savait pas trop si c'était une bonne chose ou pas, mais cette nouvelle ne lui fit ni chaud ni froid.
Pansy pouvait bien raconter tout ce qu'il lui passait par la tête. Ce qu'en pensaient les autres, la masse indistincte des élèves qu'il côtoyait tous les jours, il s'en fichait.
C'était du moins ce qu'il avait décidé. Vue la chute libre qu'avait amorcé sa popularité, il n'avait plus les moyens de faire autrement.
- T'as un casier judiciaire, alors ?
- Ouais, murmura Draco, fixant les remous que faisait la cuillère dans son café. Ouais, un casier judiciaire... coups et blessures.
Nom de Dieu.
En tant que majeur, ses parents n'avaient pas été convoqués, mais ça ne changerait rien au fait qu'il devrait les mettre au courant, tôt ou tard.
"Salut P'pa. J'ai pas eu mon bac, mais en revanche, j'ai un super casier judiciaire !"
"M'man, à propos de projets d'avenir, j'ai rendez-vous le 5 mai pour mon conseil de discipline, et la psy du lycée exige de me voir une fois par semaine jusqu'à mon expulsion, qui sera sans doute définitive."
- Est-ce que... Harry a porté plainte ? osa Cédric.
- Non. Non... Il n'a pas voulu.
C'était ce qu'avait dit le flic. Un petit maigre, plus proche de Charlot que de l'image qu'on se faisait d'un représentant des forces de l'ordre, l'avait informé :
"Le mec que t'as tabassé ne veut pas porter plainte. Je sais pas si tu réalises ta chance, petit con."
Draco, du bout de lèvres, avait demandé si Harry avait demandé quoique ce soit d'autre.
"Ouaip. Quand on lui avait demandé s'il refusait la plainte parce qu'on l'avait menacé d'une quelconque manière, il a dit que non. Puis il a dit que la seule chose qui le retenait, c'était qu'il n'y a pas longtemps encore, t'étais son meilleur ami."
Draco en était resté muet, le cœur planté sur un cactus, sachant qu'il en méritait chaque épine.
- Ça va ? demanda Cédric, fronçant ses sourcils blonds.
- Mmmh.
- Il n'a pas porté plainte, donc ? Mouais. Ça m'étonne pas...
Son regard se perdit dans le vague.
- Harry n'est pas du genre à porter plainte.
Draco ne releva pas cette étrange déclaration.
Je vais payer pour les cafés. Il est bientôt dix-huit heures, il faut qu'on rentre à l'internat.
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- Oui… attends, ahhh…
Harry était de nouveau contre lui, nu. Il bougeait lentement son bassin contre le sien en gémissant doucement, et Draco mordait son épaule pour ne pas crier.
Puis il sentit une main défaire les boutons de son jean, un par un, passer avec une infinie lenteur sous l'élastique de son boxer…
Il l'aurait supplié. Il aurait fait n'importe quoi pour que Harry le prenne dans sa main et lui fasse tout ce dont il avait besoin…
- Harry… Harry…
Il sentit une langue chaude descendre dans son cou et enfin, les doigts s'enroulèrent autour de son sexe dressé.
- ahh…ahhh…
Draco fut secoué de la tête aux pieds par l'orgasme, ce qui le réveilla – trop tard, malheureusement.
Il resta sans bouger une demi-minute, terrifié à l'idée que Harry, dans le lit d'à côté, ait pu entendre un gémissement suspect qui l'aurait réveillé.
Lorsqu'il fut certain qu'il dormait toujours, Draco s'autorisa à attraper un mouchoir pour réparer les dégâts le plus silencieusement possible, et quand ce fut fait, il se laissa mollement retomber sur son oreiller.
Ça ne va pas. Ça ne va plus du tout…
Il n'avait jamais fait de rêve érotique auparavant. Et lorsqu'il se remémora celui-ci, et surtout l'effet qu'il lui avait fait, le désespoir le gagna.
C'est pas possible… c'est pas possible…
Il remonta la couverture sur son visage, la gorge nouée.
Il faut… je dois… Il faut que je me trouve une fille.
Il se demanda avec angoisse quelle fille allait bien vouloir de lui, avec la réputation de violeur psychopathe que Pansy lui avait faite endosser.
Peut importe. J'ai BESOIN d'une fille. Ça me remettra les idées en place.
Il tourna la tête vers Harry, dont il distinguait à peine la silhouette endormie dans le noir de la pièce.
Il faut que tu me sortes de la tête…
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Ron examina attentivement le visage de Harry.
- C'est sûr, tu cicatrises vite. Les plaies aux lèvres ont beaucoup diminué, et je pense qu'ils vont pouvoir t'enlever les points de suture à l'arcade. Par contre, au niveau des yeux…
- Je sais, le coupa Harry.
- Mais non mais faut pas t'inquiéter, hein. C'est juste que t'as dû prendre un sacré coup au niveau du crâne et que maintenant, l'hématome descend. Y a trois jours t'avais une énorme bosse au front, maintenant t'as deux magnifiques coquards et dans quelques temps, t'auras les joues d'un hamster…
Ron, si t'arrêtes pas de suite de jouer aux infirmières, c'est toi qui vas prendre un "sacré coup sur le crâne".
Ron se tint coi et remua sur son banc, mal-à-l'aise, alors que Harry allumait une cigarette.
Il détourna le regard lorsque celui-ci se posa sur Olivier qui le fixait bizarrement depuis le banc d'à côté.
Qu'est-ce que t'as, toi ? Tu veux peut-être te rapprocher pour mieux contempler les dégâts ? J'suis sûr que t'as beaucoup moins envie de me sauter contre un mur, là !
Dubois secoua doucement la tête, un air désolé sur le visage et Harry fit semblant de ne pas s'en apercevoir.
Il faisait une chaleur étonnante pour cette fin avril, et il regrettait amèrement de ne pas pouvoir porter une écharpe qui aurait caché une partie de son visage gonflé et bleui.
Mais la honte de passer devant les autres avec une tête méconnaissable était incomparable à celle qu'il avait ressentie lorsqu'il s'était réveillé à l'hôpital, nu sous le drap dont on l'avait recouvert.
D'abord, il s'était demandé ce qu'il faisait là, puis tout lui était revenu avec une netteté confondante.
Draco qui l'avait traité de traînée, son obstination à vouloir qu'il se rhabille, les choses terriblement vexantes et humiliantes qu'il avait dites…
Il avait voulu lui clouer le bec, le provoquer, le pousser à bout.
Mmm, bien joué mon gars. Ça a marché.
Il avait… Oh Seigneur. Il avait enlevé son boxer et s'était collé à lui.
Mais nom de Dieu, qu'est-ce qui m'a pris ?
Et puis… – Harry avala péniblement sa salive – et puis ça avait dégénéré.
Dès qu'il s'était retrouvé contre Draco, il avait commencé à perdre pied. Après avoir accepté l'idée qu'il avait envie de lui, il avait passé des jours à se persuader que rien ne se passerait entre eux parce que Draco n'était pas comme ça.
Et pire, parce que s'il avait su que Harry avait envie de lui, plus jamais il ne lui aurait parlé.
Et là, soudainement, se retrouver nu contre lui après tout ce temps à s'interdire d'y penser… Ça lui avait fait tourner la tête.
Puis Draco s'était débattu, alors Harry avait essayé de le retenir, et leurs mouvements étaient devenus très ambigus… Jusqu'à ce gémissement.
Ce foutu gémissement, pensa-t-il.
En moins de dix secondes, Harry était devenu dur comme une brique. Jamais il n'aurait cru que Draco puisse gémir comme ça.
C'est alors qu'il s'était aperçu que lui aussi bandait et sa phénoménale crise de nerf s'était ensuivie.
Harry secoua la tête.
Mais il avait une érection. J'en suis sûr. Merde, je peux pas avoir fantasmé au point de me l'inventer…
Comme à chaque fois qu'il se répétait cette petite phrase depuis son retour de l'hôpital, il fut soudain assailli par tout un éventail d'émotions.
La première était une joie extatique. – Draco bandait contre moi ! –
La seconde était une folle angoisse – Oh lala ! Oh putain ! Oh lala ! – qui était généralement suivie par un doute affreux – C'est pas possible ! C'est pas possible –, lequel engendrait inévitablement un accès de pessimisme – Oh non ! Oh non ! Oh non ! Oh non ! – qui achevait de le plonger dans une abyssale perplexité – Merde alors. –
- Tiens, Draco.
Harry se tourna précipitamment vers Ron.
- Quoi ? Où ??
Puis il se rappela qu'il était sensé ignorer Draco complètement :
- Enfin… je m'en tape.
Le fait d'ignorer son existence ne partait pas vraiment d'une décision calculée, pour ainsi dire. Mais Harry avait tellement haï Draco de l'avoir envoyé à l'hôpital, que faire comme s'il n'existait pas s'était révélé être le seul moyen pour ne pas céder à l'envie de le tuer.
Certes, il savait que Draco ne contrôlait pas ses crises et qu'il les regrettait toujours, mais il ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir férocement.
Parce qu'il avait pensé… Il ne savait pas.
Il avait pensé que peut-être parce que c'était lui, parce qu'il était son meilleur ami, Draco aurait trouvé un moyen de se contrôler.
Harry ne comprenait pas que justement, c'était parce qu'il s'agissait de lui et pas d'un autre que Draco perdait toute maîtrise de soi.
Puis il s'était rendu compte que l'ignorer littéralement était bénéfique en deux points : premièrement, ça évitait d'avoir à parler de ce qui s'était passé AVANT sa crise et deuxièmement, ça faisait enrager Draco.
Harry le savait, et ça lui faisait un bien fou.
Je sais pas trop ce qui s'est vraiment passé dans ces foutus vestiaires, mais quoi qu'il en soit, tu vas payer au prix fort pour m'avoir défiguré.
- Là, dit Ron en pointant son doigt vers le lycée. Il vient de sortir de l'internat avec Milli.
Harry feignit l'indifférence totale, alors que son pouls s'était subitement accéléré.
- Mpfff, répondit-il.
Ayant appris par Cédric quelques détails sur ce qu'il s'était passé dans les vestiaires, Ron classa Draco parmi les "sujets à éviter lors d'une conversation avec Harry".
Non dénué de cynisme, il pensa ensuite que lesdits "sujets" comprenaient déjà Olivier, les vidéos pornos, Cédric, la sexualité en général, l'état de son visage, sa subite perte de poids, et sa récente visite à l'hôpital.
En conséquence de quoi il devenait très dur d'avoir une conversation sereine avec lui, comme on peut l'imaginer.
Alors que Harry essayait de regarder Millicent et Draco sans en avoir l'air, Ron fut surpris d'un soudain accès de bravoure :
- Mais merde, Harry ! Pourquoi est-ce que tu fais pas des efforts pour sourire un peu ! T'es sensé être un gai luron !
Il se mordit la langue, réalisant trop tard qu'il venait de mettre les deux pieds dans le plat, abordant le sujet le plus tabou de tous.
Harry s'approcha de lui et grogna :
- Je suis sensé être un gay quoi ??
- Nononon, s'empressa d'expliquer Ron, je veux dire un joyeux drille, un joyeux drille !
Harry afficha un air suspicieux et marmonna dans sa barbe :
- Un joyeux drille, mrllbmml, joyeux drille…
Puis, l'expression n'évoquant selon lui aucune insulte homophobe, il jeta à Ron un dernier regard courroucé et reporta son attention sur Draco.
Il portait un débardeur noir et un jean foncé qui laissait dépasser l'élastique de son boxer "Hugo Boss", noir également. Rien d'extraordinaire en somme, mais Harry le trouva splendide.
Puis il le vit s'approcher de Millicent avec ce regard si typique, cette démarche qu'il avait appris à reconnaître, et son humeur se fit plus morose encore.
Le débardeur et le boxer "Hugo Boss", c'est pour elle, pas vrai ?
Il soupira, essayant de se persuader que ça allait.
Ce n'est qu'une fille parmi tant d'autres. Et puis la rumeur a bien contaminé des esprits, elle ne voudra pas.
Mais lorsque Draco passa une main sur la taille de la jolie brune, et que celle-ci ne le repoussa pas, Harry sentit sa tentative d'auto-persuasion partir en fumée.
Oh merde, c'est pas sensé faire si mal…
Draco aurait pu lui enfoncer une épine dans le cœur à grands coups de burin, ça n'aurait pas été moins douloureux.
Et si c'était la bonne ? Elle lui a toujours plu, pensa-t-il avec anxiété. S'il tombait amoureux d'elle ?
Harry n'était pas quelqu'un de jaloux. Pourtant, sur le moment, étrangler Millicent avec son string ne l'aurait pas dérangé outre mesure.
C'est quoi mon problème ? J'ai envie de lui, okay. C'est une chose, mais ça s'arrête là ! Merde, ce mec m'a littéralement démoli la tronche, il encule les filles sans leur demander leur avis et il est complètement déséquilibré ! Qu'est-ce que je peux bien lui trouver ??
Mais Harry n'était pas honnête avec lui-même.
Draco n'était pas que ça, il le savait. Et il savait aussi très bien ce qu'il lui trouvait.
C'était dans cet air serein qu'il avait lorsqu'il dormait, ou dans les fossettes qui creusaient ses joues quand il souriait, parfois.
C'était dans ce qu'il disait et dans la manière dont il le disait, dans sa façon distinguée de tourner les pages des livres, dans son humour sarcastique et désabusé…
Harry soupira.
C'était dans tout ce qu'il était, dans tout ce qu'il faisait.
Il lui plaisait vraiment.
Tout à coup, il se rendit compte que Draco avait passé un bras autour de la taille de Millicent, et que tous deux se dirigeaient vers le parc.
Non mais tu nous fais quoi là ? Le coup de la balade romantique en guise de préliminaires ?
Ça ne ressemblait pas à Draco.
- Eh Harry, tu vas où ? demanda Ron.
- Heu, je… J'ai des devoirs à faire, répondit-il, ayant vaguement conscience que 1) c'était l'excuse la plus improbable au monde, 2) qu'il s'apprêtait à suivre son meilleur ami pour l'espionner, ce qui n'était pas très bien.
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Draco essayait de ne pas se focaliser sur sa main posée sur la hanche de Millicent d'une manière qu'il espérait nonchalante et désabusée.
C'est bien. Elle trouve ça normal. C'est comme ça que sont sensés faire les…
Les quoi ? Les garçons normaux ? Ceux qui ne prennent pas les filles de force ? Draco respira profondément pour se calmer, n'écoutant qu'à moitié le babillage de la jolie brune à côté de lui, tant il se concentrait pour avoir l'air "normal".
Pour avoir l'air de penser que sa main était exactement où elle devait être, alors qu'il n'avait qu'une seule envie : pousser la fille très loin de lui pour mettre fin à ce contact hypocrite, à cette proximité sensée signifier "j'apprécie ce moment et je veux qu'on aille plus loin" alors qu'elle n'était en réalité qu'une pathétique mise en scène…
Un gros mensonge, si gros que même lui – qui n'avait pas son pareil pour se voiler la face – n'était pas dupe.
La situation lui paraissait tellement ridicule, lui, tout raide, un sourire crispé plaqué sur le visage, et elle si naïve, qui agitait ses mains fines pour illustrer ses propos frivoles…
Il savait que ce n'était pas comme ça qu'il aurait dû se sentir. Tout aurait dû lui paraître naturel, fluide, évident… comme durant cette minute hors du temps, lorsque Harry dormait et qu'il l'avait… touché.
Cette caresse lui avait paru si juste, si… vraie… alors que maintenant, avec cette fille, tout sonnait si faux.
Tu n'en as pas envie Draco.
Il repoussa cette pensée. Un garçon normal en aurait eu envie. Pourquoi lui non ?
Ils entrèrent dans le parc alors que le soleil baissait dans le ciel, baignant les grands arbres d'une belle lumière rose et jaune.
- … C'est comme ça que je me suis rendue compte que j'avais peut-être un lien de parenté avec Descartes !
Millicent ajusta une bretelle de son soutien gorge puis battit des mains comme une gamine surexcitée.
- C'est pas trop cool, ça ??
Draco failli lui demander si c'était une blague, puis se fit violence :
- Plus cool, tu meurs.
- Et attends, puisque je sais que tu t'intéresses à la philosophie, on pourrait peut-être faire un exposé sur lui ensemble, ça te dit ?
Eh ben voilà, je meurs.
Draco failli tourner les talons et la planter là, mais il se ravisa au dernier moment.
Il lui fallait essayer. Il fallait que Harry lui sorte de la tête par n'importe quel moyen, et puis aussi…
Il voulait se prouver qu'il n'était pas taré. Qu'il pouvait faire l'amour, et ne pas violer.
Ainsi, au lieu de partir, il l'enlaça et rapprocha leurs corps.
Millicent arrêta son monologue et le regarda, l'air soudain effrayé.
- Que… qu'est-ce que tu fais ?
Draco répondit d'une voix très incertaine :
- Je te prends dans mes bras, parce que… parce que, heu… j'en ai envie ?
Millicent se radoucit, mais Draco voyait bien qu'elle avait peur, et mit de la distance entre eux pour ne pas l'effrayer davantage.
- Draco, écoute…
Non, non, non, ne me repousse pas… Il faut que tu m'enlèves son goût de la bouche…
- … je t'apprécie beaucoup. Tu le sais. Mais je ne suis pas sûre de vouloir aller plus loin.
On y arrivait. Draco l'avait vu venir gros comme une maison depuis le début, et il s'était préparé.
- Pourquoi ?
- Parce que… Parce que je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. J'en ai envie, mais…
- Mais quoi ? la pressa Draco.
- Il y a cette rumeur…
Nous y voilà donc.
- Tu as peur que je te force ?
Elle ne répondit rien, mais sa position et son air craintif parlaient pour elle.
- Milli. Je me suis comporté en mec normal jusqu'ici, et ça ne va pas changer. Faut pas que t'aies peur.
Il la vit scruter les environs pour voir si quelqu'un passait.
Ouais. Ben va falloir te montrer plus convainquant, mon grand.
- Milli…
Il s'approcha d'elle le plus doucement qu'il put, pour ne pas l'effrayer, puis posa délicatement ses lèvres sur les siennes. Elle recula sensiblement, mais se laissa faire.
Lorsqu'il rompit le baiser, il murmura :
- Tu vois. C'était un baiser normal. N'aie pas peur.
Il l'embrassa de nouveau, tout aussi délicatement, et cette fois, elle ne recula pas.
Puis il l'embrassa encore, encore, encore, tout doucement, jusqu'à ce qu'elle finisse par céder et par entrouvrir ses lèvres.
Et alors, Draco ne sut plus quoi faire.
Son premier et dernier vrai baiser était vieux de quatre ans…
L'image fugitive de son professeur le repoussant lui traversa l'esprit et, plus pour arrêter d'y penser qu'autre chose, il posa ses lèvres sur celles de Millicent et fit doucement glisser sa langue sur la sienne.
Elle aimait ça.
Elle venait de poser ses mains sur son torse, et sa respiration se faisait plus anarchique.
Draco, de son côté, se haïssait en silence, parce que loin d'aimer ça, il aurait juste voulu la jeter dans l'herbe et la prendre par derrière.
Vite.
Mal.
Juste pour en finir.
Mais au lieu de ça, il l'attira un peu plus contre lui et continua son baiser du mieux qu'il le put.
Je ne te forcerai pas. Je ne forcerai plus personne.
Millicent gémit, une espèce de petit gémissement qu'il trouva ridicule.
Il fit taire la petite voix dans sa tête et appuya Millicent contre l'arbre le plus proche.
Il ALLAIT avoir envie. C'était juste que les préliminaires n'étaient pas son genre…
Millicent interrompit le baiser :
- Attends ! Attends…
- Quoi !! Je veux dire, qu'est-ce qu'il se passe ?
Le regard d'animal pris au piège était de retour.
- Je… Je veux pas…
- Milli, regarde-moi. Je te jure que je vais pas te faire de mal.
Il la voyait hésiter, partagée entre sa peur et son envie, et il passa à l'artillerie lourde :
- Comment je pourrais vouloir gâcher ce moment alors que j'en ai envie depuis si longtemps ?
Il fit glisser ses doigts dans les longs cheveux noirs, la regardant le plus tendrement qu'il le pouvait.
Seigneur, il se faisait vomir…
De toute manière, ça ne servait à rien... elle n'allait pas vouloir. Même si elle voulait, elle refuserait de le faire ici, dans le parc.
Et si elle refusait, il savait qu'il serait incapable de recommencer ce petit jeu jusqu'à ce qu'elle craque, pour la simple raison qu'il ne tiendrait pas jusque là.
Ça lui coûtait trop d'efforts.
Mais cette fois, il la vit fondre, et ce fut elle qui l'embrassa, un peu plus empressée que tout à l'heure.
Il passa une main hésitante sur son sein et le palpa, espérant que c'était comme ça qu'il était sensé faire.
Elle gémit encore, plus fort que la fois d'avant, et il sentit qu'elle avait posé une main sur son entrejambe et qu'elle le caressait à travers son jean.
Il se raidi et se retint de l'écarter.
- Ça va ? demanda Millicent, hésitante.
Elle commençait à s'inquiéter de son manque de réaction.
- Oui, oui. Ça va, répondit Draco.
Il paniquait.
Détends-toi. Détends-toi. Ça va venir.
Millicent continua sa caresse, et il sentit un début d'érection gonfler légèrement son caleçon.
Détends-toi…
Ça y était. Ça venait. Il en aurait presque rit de soulagement. Il allait y arriver. Il n'était pas taré !
Il se concentra pour continuer à durcir, tout en défaisant les boutons du jean moulant de Millicent.
Celle-ci gloussa :
- Pourvu que personne ne vienne se promener à cette heure-ci.
Draco aurait voulu répondre qu'au contraire, il espérait que toute la ville les verrait forniquer pour qu'ils sachent tous qu'il en était capable, mais il s'en abstint.
Il la pénétra à moitié dur, espérant que la nouveauté de la sensation suffirait à l'exciter, et elle se cambra contre lui.
C'était très doux. Et chaud. Et humide. Et ce n'était pas ce dont il avait besoin.
Il sentit son érection faiblir à vitesse grand V.
Oh non, merde…
Il commença à aller et venir, en désespoir de cause.
Pense à des choses qui t'excitent… N'importe quoi, quoi que ce soit qui te fasse de l'effet !
Il s'imagina une fille, jolie, avec une belle paire de fesses rondes comme il les aimait.
Mais putain Draco, une jolie fille avec un beau cul, tu en as une devant toi, et elle ne te fait pas bander ! Pense à autre chose, vite !
Il se concentra, essayant de ne pas écouter les petits cris de Millicent, qui n'allait pas tarder à se rendre compte de ce qui lui arrivait – ou ne lui arrivait pas, d'ailleurs.
Il ferma les yeux, et inspira calmement.
Laisse-toi aller…tout va bien. Tout va bien.
Se laisser aller ? Il n'était même plus sûr de savoir le faire. Ça faisait des années que tout ce qu'il faisait, disait, pensait, était contrôlé avec une sévérité draconienne…
Lâche prise. Ça va aller.
Puis tout à coup, il prit conscience que le barrage qu'il avait mis des années à construire venait de se fissurer irréversiblement.
NON !
Trop tard.
Il vola en éclat, et Draco fut submergé par un déferlement continu d'images qu'il avait fait tant d'efforts pour séquestrer et oublier – des couvertures de magazines gays qu'il s'était forcé à ignorer, des photos d'hommes nus, un morceau de film qu'il avait arrêté de regarder parce que l'acteur principal embrassait un autre homme…
De la peau brune qui frissonne sous ses doigts.
Une bouche gonflée et entrouverte.
Les images de la vidéo de surveillance, un garçon qui fait l'amour sans savoir qu'il est filmé, l'expression sur son visage, le mouvement saccadé de ses hanches au moment de l'orgasme…
Ce même garçon nu contre lui, le bruit de son souffle dans son cou, l'odeur de sa peau, le mouvement de son bassin contre le sien, la brusque décharge de plaisir qui s'ensuit…
Puis ce garçon, toujours. Mais ces images-là n'avaient pas réellement existé.
Elles s'étaient justes formées dans une petite partie de l'imagination de Draco sans qu'il en ait vraiment conscience.
Il est debout, devant lui, nu.
Et il le regarde avec ces yeux-là, ces yeux trop brillants dont le vert de l'iris a été avalé par le noir de la pupille…
Il se caresse. Ses mains glissent sur son torse lisse et bronzé, descendent plus bas, sur son ventre, et il gémit lorsqu'elles atteignent son pubis.
Puis il porte une main à sa bouche et passe lentement sa langue sur sa paume, sans quitter Draco des yeux.
Celui-ci le regarde lécher chacun de ses doigts, complètement hypnotisé.
Enfin, de sa main mouillée, il saisit son membre tendu, et se mord la lèvre en gémissant. Son poignet fait de lents va-et-vient.
Il ferme les yeux, une expression tourmentée sur son visage. Inconsciemment, il balance ses hanches en avant, et sa main accélère la caresse.
Il gémit plus fort.
Draco sent l'orgasme du garçon approcher. Il sent la vague de plaisir qui enfle et creuse ses reins...
Puis soudain, il sent l'éclair blanc dans son ventre et crie en même temps que le garçon, ne sachant plus quel orgasme est le sien.
Puis c'est le noir, enfin.
- Draco ?
Une toute petite voix le ramena à la réalité. Millicent et lui étaient au sol, ayant visiblement glissé de l'arbre.
- Ça va ? Tu trembles…
Elle avait l'air inquiet. Il la regarda, ses cheveux noirs étalés dans l'herbe, ses longs cils maquillés…
Tu l'as fait. Tu vois ? T'as réussi.
- Oui, ça va.
Il se releva et l'aida à faire de même, puis reboutonna son jean en silence.
Soudain, elle avança sa main vers lui et enleva un brin d'herbe de ses cheveux, souriant timidement.
- Je voulais te dire que j'étais désolée. J'écouterai plus les rumeurs.
Elle eut un petit rire, puis rougit.
- Du moins, pas à ton sujet.
Le silence retomba.
Dis au moins quelque chose. Fais un effort, allez. Elle mérite au moins ça de ta part.
- Merci.
Il ne savait pas vraiment pourquoi il venait de dire ça, et elle n'avait pas l'air de comprendre non plus.
- Merci de quoi ?
- De… de m'avoir fait confiance. De m'avoir laissé une chance.
Elle se balança nerveusement d'un pied à l'autre, ses yeux évitant ceux de Draco.
- De rien… Draco ? Tu ne penses pas que je suis… je veux dire… une fille facile ?
- Tu es une fille normale. C'est sain d'aimer faire l'amour. C'est… normal.
Le compliment paru la toucher profondément, et elle l'embrassa sur la joue avant de lui dire qu'il fallait qu'elle rentre.
- Vas-y, répondit-il.
La nuit était presque tombée, et l'air s'était rafraîchi.
Lorsqu'elle eut disparu dans le parc, Draco s'approcha de la mare, le cœur très lourd, et lança un caillou dans l'eau.
Tu devrais sourire. T'as réussi, non ? Ça veut dire que tu es normal…
Un autre caillou suivi le premier, éclaboussant rageusement les nénuphars, et Draco se prit la tête entre les mains.
ARRÊTE ! Tu n'as PAS réussi ! Tu as pensé à lui tout le long, putain de tafiole, alors arrête de faire semblant !
De toutes ses forces, il lança un troisième caillou. Celui-ci vint briser son reflet avec le bruit d'une gifle, et Draco éclata en sanglots.
Il était tellement fatigué de tout ça…Tellement fatigué d'être mal tout le temps, de se battre si fort pour être quelqu'un d'autre…
- C'est trop dur… c'est trop dur, putain…
Des larmes brouillaient sa vue, coulaient sur ses joues sans s'arrêter, et il tomba à genoux dans l'herbe.
- C'était tellement injuste…
Il payait si cher pour quelque chose qu'il n'avait pas choisi, passant sa vie à faire des efforts qui ne donneraient jamais de résultat parce qu'il ne POUVAIT PAS changer, parce que personne ne peut supporter d'être son propre tyran chaque jour de sa vie.
Il hurla des mots incompréhensibles en avalant le sel de ses larmes, il hurla encore et encore des insultes contre lui-même, le monde entier… personne.
Le désespoir lui brûlait les yeux et la gorge, l'empêchant de respirer, mais il continuait de hurler.
"Il n'y a que les pédés qui chialent", dit la voix de son père à l'intérieur de sa tête. "Tu entends, Draco ? Que les PÉDÉS !"
Mais il l'insulta lui aussi, lui cria de la fermer et de le laisser tranquille.
Et il continua de pleurer, parce que quelque part dans les vestiaires des garçons, Draco avait définitivement perdu sa capacité à se mentir à lui-même.
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Harry le regarda très longtemps, immobile dans l'obscurité, jusqu'à ce que Draco s'arrête enfin de pleurer.
Puis il rentra à l'internat, referma la porte de la chambre derrière lui et se dirigea comme un somnambule vers le mur où il avait affiché les photos d'eux.
Les premières furent enlevées avec des gestes mesurés et à peine fébriles.
Celles qui suivirent furent décollées du mur avec un peu plus de rudesse, et enfin, les dernières furent déchirées avec une fureur incontrôlée.
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EDIT : On a modifié les trois dernières lignes. En fait, dans la première version, Harry devait se précipiter dans les toilettes pour vomir, mais on a pensé que c'était pas très très class, et du coup on a replacé les photos. Voilà !
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Voilà, un nouveau chapitre qui s'achève. Nous espérons qu'il vous aura plu (et soulagés aussi de ne pas voir Harry mort ;) ben oui, on est pas complètement sadiques non plus). Allez, maintenant, assouvissez votre envie frénétique de vous jeter sur le petit bouton en bas de la page !!
