TURNING POINT

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Le point de non-retour

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Edit

Après avoir vu plusieurs de vos reviews, il nous semble important d'ajouter quelques petites précisions. Tout d'abord a une jumelle sur fictionpress avec des persos nommés Mathieu C. (Draco) et Samy J. (Harry). Ce sont des personnes réelles que nous fréquentions au quotidien et qui nous ont beaucoup inspirées. Cependant, il est vrai que nous crevions d'envie de publier sur fanfiction car nous fantasmions toutes deux (grâce à Amartia surtout qui a initié Tria au yaoi huhu) comme des bêtes sur le couple Drarry. Initialement, nous avions même prévu de ne publier que sur ffnet mais nous avons changé d'avis étant donné que c'était le "couple" Samy/Mathieu qui évoluait devant nos yeux, et non le couple Harry/Draco. Mais nous comprendrons très bien que certains d'entre vous trouvent que notre fic et nos persos originaux ont été dénaturés, nous leur conseillerons donc de s'en tenir à l'une ou l'autre des versions, selon leurs préférences. Nous vous rappelons aussi que la fic originale sur fpcom (vous pouvez la trouver sur le site sous le même nom) compte déjà quatre chapitres donc, si vous avez déjà commencé à lire sur ffnet, résistez à la tentation pour garder le suspens (s'il y a en un XD), et patientez pour voir ce qui va arriver à vos chéris préférés !!

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Disclaimer :

Personnages réels mais histoire inventée de toute pièce (enfin presque, il y a quand même quelques détails réels)

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Détail important :

Homophobes s'abstenir (sauf ceux que ça peut faire changer d'avis ^^).

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Arghhhhhhhhhh désolées de publier aussi tard les gens, problèmes de coordinations sur nos PC respectifs !! Tout d'abord, voeux protocolaires de rigueur : Joyeux Noel bonne année et Bon anniversaire à Staline qui naquit un 21 décembre (^^). Voici donc comme promis le chapitre 9 :

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Scène 9 : Là ça fait mal...

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"If I kiss you where it's sore, will you feel better or will you feel nothing at all ?" (Regina Spektor)

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Luna, avec toute la bonne volonté du monde, se démena pour empêcher un énième but, et elle valdingua dans le filet en tenant le ballon contre son ventre.

- Wayyyyy !!!! crièrent les bleus.

- Ooohhhhh... râlèrent les rouges.

- Hhhmmfff, ajouta la pauvre Luna.

Quatorze paires d'yeux se tournèrent vers le professeur de sport qui laissa planer un silence dramatique avant de brailler, tel un supporter en transe :

- IL EST BON !!!! 3-0 !

- WAYYYYY !!!!!! hurlèrent les bleus.

- OOOOOOHHHH !!!! vitupérèrent les rouges.

Le professeur s'avança sur le terrain, agitant un index accusateur devant les mines déconfites de l'équipe perdante.

- Écoutez-moi bien, bande de mous du jarret, z'avez intérêt à trotter sec pendant la deuxième mi-temps, sinon j'te m'en vais te vous faire repiquer vot' terminale, moi !

Il prit quelques secondes pour apprécier l'effet de sa menace, puis il retrouva sa bonhommie habituelle :

- Bon allez ! Vous allez boire, et vous me ferez le plaisir de trouver des béquilles à votre stratégie boiteuse.

Les rouges marmonnèrent dans leur barbe, sachant pertinemment l'origine du problème, mais n'osant pas l'évoquer à voix haute, de peur des représailles.

Toutefois, Olivier finit par se faire porte-parole de l'opinion générale.

- C'est pas notre stratégie qui est boiteuse, c'est ces deux chieurs qui sont indisposés...

- Toi, tu fermes ta gueule ! répliqua Draco.

Le sang chaud de Olivier ne fit qu'un tour. Il jeta le ballon – geste inconsidéré qui acheva la pauvre Luna lorsqu'elle le prit sur son meilleur profil – avant de s'avancer vers Draco à grandes enjambées.

- Sinon quoi ? Tu vas me défigurer comme ton soi-disant meilleur ami, peut-être ?

- Oh la oh la, on se calme les jeunes, ou j'vous envoie chez le proviseur, et avec de l'élan !

Les deux garçons se toisèrent et Harry fit de son mieux pour ignorer superbement la scène.

Ne le regarde pas, il n'existe pas.

À vrai dire, c'était cette petite phrase – que Harry avait élevé au rang de doctrine – qui était la cause de leur défaite.

Il devenait en effet très difficile de maintenir un semblant de cohésion au sein d'une équipe lorsqu'un joueur avait délibérément choisi d'en ignorer un autre.

En revanche, cela donnait lieu à quelques scènes cocasses : Draco, porteur du ballon, acculé sans pitié dans un coin du terrain par les joueurs déchaînés de l'équipe adverse, avise le seul de ses coéquipiers se tenant à portée de ballon – Harry – et lui fait la passe dans une ultime action désespérée.

Ledit coéquipier, se rappelant à temps de "l'invisibilité" de Draco, se baisse soudainement pour faire semblant de renouer un lacet défait. Le ballon, qui lui était destiné, passe au-dessus de lui tel un boulet de canon et s'en va, sans surprise, percuter Luna de plein fouet.

Après que Harry lui soit rentré dedans deux ou trois fois comme s'il était fait d'air, Draco comprend que la rancune de son ami à son égard est telle qu'elle en entache même son légendaire esprit d'équipe, et il prend la mouche à son tour.

Ils s'ignorent donc mutuellement, la tension monte, les autres joueurs soufflent et s'exaspèrent, les balles se perdent et Luna agonise dans les cages...

Peu importe.

Harry entendit le coup de sifflet qui annonçait la deuxième mi-temps, et se remit à courir sans grande conviction.

Il ne pouvait pas se concentrer.

Il ne pouvait plus se concentrer pour quoi que ce soit depuis trois jours, en vérité. Les images de Draco et Milli contre l'arbre lui revenaient sans cesse...

C'était horrible.

Voilà la seule chose sensée qui lui venait à l'esprit.

C'était vraiment horrible.

Il avait été parfait. Sa prestation avait été digne d'une star de porno, et pas une seule fois il ne s'était montré violent, comme Harry s'y était attendu.

Oui, Draco avait été parfait, du début jusqu'à la fin, et Harry en avait la nausée.

Nom de Dieu... ses gestes délicats, son comportement si... normal, si attentionné, la douceur avec laquelle il lui avait fait l'amour...

Ce n'est pas comme ça qu'il avait fait avec les autres.

Harry en avait eu mal partout.

T'as vu ? Garde bien ça à l'esprit, Harry. Il aime les filles. Il aime... cette fille, apparemment.

Harry réceptionna tant bien que mal la balle que Olivier venait de lui envoyer et la passa à Katie, puis replongea dans ses pensées.

Et puis Draco s'était effondré en pleurant, et à la fureur viscérale de Harry était venue s'ajouter la frustration de ne pas comprendre.

Mais merde Draco, tu ne pleures jamais pourtant ! J'ai passé trois ans avec toi, je suis sensé savoir un minimum comment tu fonctionnes...

"C'est trop dur... c'est trop dur..."

Mais qu'est-ce qui est trop dur ? POURQUOI tu pleurais, bordel ?

- Putain Harry ! Fais un peu gaffe à c'qui s'passe et essaie de rattraper les balles, nom de Dieu.

- Désolé, grommela Harry.

À certains moments, malgré lui, et toute sa bonne volonté, son regard allait se poser sur Draco et il revoyait l'expression complètement décomposée de son visage.

Il le revoyait crier dans la nuit des bouts de phrases sans queue ni tête, se prendre la tête entre les mains et hurler, encore et encore.

Il avait mis du temps à comprendre pourquoi cela l'avait tant affecté, puis il avait réalisé qu'il savait déjà :

Il est très malheureux, depuis toujours. Mais je n'ai jamais su voir à quel point.

Et alors, dans ces moments-là, aussi improbable que cela puisse paraître, Harry avait des remords.

Il ne savait en identifier la cause, pas vraiment du moins – peut-être un sentiment de culpabilité mal placée – mais lorsqu'il le regardait, il sentait fondre sa colère et son envie de le faire payer pour ce qu'il avait fait.

Il voulait juste... Il ne savait pas bien. De la tranquillité. De la sérénité.

Pour lui-même, mais surtout pour Draco, même si jamais ils ne se reparlaient.

Juste... arrêter le massacre.

Une main se posa sur son épaule, chaude et moite à travers son maillot rouge.

- Harry.

Olivier lui souriait doucement, son beau visage froissé par une expression gênée.

- Tu rêves encore.

Harry grommela quelque chose et se détourna, recommençant à courir vers ce qu'il supposait être le porteur de la balle, mais Olivier le rattrapa en quelques longues enjambées.

- Hey, écoute, je sais que t'es pas en super forme en ce moment. C'est pas totalement de ma faute, je sais… Mais…

Harry pila, et planta ses yeux dans les pupilles d'un noir d'encre du beau garçon.

- Mais quoi ?

- Mais… si c'est pas entièrement à cause de moi, ça l'est sûrement en partie, alors ben… je voulais m'excuser pour ce que j'ai fait, la vidéo et tout. C'était vraiment con de ma part.

Harry eut un petit rire sarcastique :

- "Vraiment con" ? Non, c'était pas "vraiment con", c'était méchant, égoïste, et inconsidéré. C'était complètement fou, Olivier, c'était du gros n'importe quoi. Même si je m'en suis remis, il y a des fois où j'arrive pas à croire que tout ce foutu lycée nous a vu en train de nous branler.

- Je sais, répondit piteusement Olivier. Je sais.

- Non, tu sais pas. Lâche-moi. On est au milieu d'un putain de terrain de handball, c'est pas le moment de me faire tes excuses à deux balles. J'ai pas que ça à foutre.

Harry se remit à courir anarchiquement, prenant au hasard une direction et faisant semblant d'avoir suivi quelque chose au match durant les dernières vingt minutes.

- D'accord, fit Olivier, le rattrapant tant bien que mal. D'accord, je te fous la paix. Mais entre nous… Moi, au moins, je t'ai fait mes excuses.

Harry pila de nouveau si brutalement que Olivier lui rentra dedans, et ils manquèrent se cogner la tête.

- Et ça veut dire quoi, ça ?

Olivier resta près de lui, le fixant sans ciller.

- Ça veut dire que j'ai peut-être été con, mais au moins je le reconnais. Lui, il t'a frappé jusqu'à te laisser des cicatrices, mais est-ce qu'il t'a demandé pardon ?

Olivier avança timidement sa main et la posa sur son bras.

- Ouvre les yeux, nom de Dieu. Il n'en vaut pas la peine.

Harry repoussa la main de Olivier sans répondre, et il ne vit pas celui-ci le regarder partir avec des yeux remplis d'amertume.

L'ambiance sur le terrain empira encore, puisque pendant que Harry courait comme un automate, Draco, qui avait tout suivit de son échange avec Olivier, décida apparemment de faire de son mieux pour tacler le joueur "par inadvertance" le plus souvent possible.

Pansy, de son côté, sembla particulièrement motivée pour arracher un maximum de cheveux à Millicent, et Ron crut le moment opportun pour faire du gringue à la pauvre Luna qui, à la pointe du glamour, s'enfonçait désespérément du coton dans les narines pour stopper l'hémorragie.

Trois coups de sifflet hargneux se décidèrent enfin à mettre un terme à la véritable foire qu'était devenue la deuxième mi-temps.

- Vous commencez à me FRISER LA MOUSTACHE !!!

Les joueurs regardèrent piteusement le sol, Harry y compris.

- Je sais pas c'qui vous arrive aujourd'hui, mais si z'avez décidé de faire de l'antijeu, ça va FUMER DANS LES CHAUMIÈRES !

Argh ! pensa Harry. Lorsque la moustache et les chaumières s'en mêlaient, il devenait urgent de se ressaisir. Sinon, Mr Jordan passerait aux couilles et aux bulles, et là, la situation serait bel et bien irrécupérable.

- Non mais vous vous rendez compte que dans deux semaines vous serez notés pour le bac ?

Il les regarda un par un avant d'ajouter :

- Alors motivez-vous, ramollis du bulbe !!!

Les joueurs s'acheminèrent lentement vers les douches, se jetant des regards meurtriers à la dérobée.

Harry, peu enclin à rejoindre la cohue bruyante des vestiaires, s'attarda sur le terrain pour ranger les ballons qui trainaient.

Du coin de l'œil, il avisait discrètement Draco, et ses poings se serrèrent lorsqu'il vit Millicent s'approcher de lui avec un air malicieux.

De son côté, Draco n'était pas plus enchanté de l'attention que lui portait la jeune fille, mais il fit un effort pour paraître civilisé lorsqu'elle lui lança :

- C'est fou comme les rumeurs vont vite ! J'hésitais à parler à mes amies de ce qu'il s'était passé entre nous parce que ce sont de vraies commères, mais en fin de compte, je crois que ça t'aura plutôt rendu service ! Les gens commencent à comprendre que Pansy n'est qu'une mythomane de plus qui ne cherche qu'à t'attirer des ennuis. Je crois que sa crédibilité et cette rumeur à ton sujet vont sérieusement en prendre un coup.

Elle souriait avec une complaisance non feinte.

- Et puis... elle est jalouse comme un pou. Elle ne supporte pas que tu l'aies repoussée à elle, et pas à moi...

Elle se rengorgea d'une manière à la fois horripilante et touchante de naïveté, et Draco déglutit, un peu désarçonné par cette tirade.

Elle a tout raconté...

- Ça explique bien des choses, se dit-il. Pourquoi quelques filles avaient osé l'approcher ces derniers jours, par exemple, ou pourquoi il pouvait à nouveau passer dans un couloir sans entendre fuser des commentaires humiliants sur sa santé mentale.

- Oh... C'est... c'est bien, bégaya Draco, d'une part parce qu'il le pensait vraiment, d'autre part parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre.

- Oui, fit Millicent en rougissant. Hmm, et bien... voilà. Oh, il faut que je te dise. Cette rumeur, j'ai toujours trouvé ça bizarre. Comment Pansy aurait pu vouloir coucher avec toi si elle avait été persuadée que cette histoire était vraie ? Elle aurait tenté sa chance, au risque de se faire maltraiter ?

Elle eut un petit gloussement.

- C'est complètement illogique ! Rien que ça, ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille.

Tenter sa chance au risque de se faire maltraiter…

Instinctivement, Draco chercha Harry du regard. Comme il s'y attendait, il n'était pas monté avec les autres, et traînait sur le terrain en aidant le professeur à ranger les ballons et les maillots.

- Oui, c'est... illogique, bégaya-t-il sans vraiment y penser.

- Draco, je voulais te demander si...

Millicent enroulait nerveusement une mèche de cheveux blonds autour de son doigt, et Draco détourna difficilement son regard de Harry pour l'écouter.

- ... tu crois que ça serait possible de... je sais pas... de sortir au cinéma, peut-être ? Ils passent un film d'art et d'essais qui a l'air sympa.

- ...

- Ça te dit ? Ou si tu préfères autre chose, c'est pas grave, moi tout me va, tu sais.

Elle lui jeta un regard plein d'appréhension, et pour la première fois, Draco pris la peine de choisir ses mots avec tact pour ne pas blesser une fille qui lui faisait des avances.

- Milli. Écoute, tu es une très jolie fille, mais... je ne suis pas... comment dire... Toi et moi, ça ne peut pas marcher. Je suis...

Il eut un petit rire jaune.

- Je suis trop chiant pour qu'on puisse me supporter à long terme, et puis de toute façon, je suis incapable de gérer une relation sérieuse.

Millicent détourna le regard, essayant de cacher sa déception.

- Mais... ça vaudrait le coup d'essayer, tu crois pas ? C'était tellement bien, au parc... Je pensais... Tu... tu n'as pas aimé ?

Oh Seigneur, Draco n'avait pas du tout envie de répondre à cette question, pour la simple raison qu'il n'en savait rien.

Il ne pouvait tout de même pas lui avouer qu'il n'avait pas aimé lui faire l'amour, mais qu'en revanche, fantasmer sur Harry avait été l'une des choses les plus délicieuses qu'il n'avait jamais osé expérimenter...

Il frissonna, eut honte, se ressaisit et choisit de mentir à moitié, puisqu'apparemment c'était la seule solution :

- Si, j'ai beaucoup aimé. Mais sortir ensemble... c'est pas une bonne idée.

Millicent baissa les yeux, une expression de douleur contenue sur le visage, puis eut un petit rire dépité.

- Je savais que tu dirais ça.

Draco la regarda, sa frange brune tombant dans ses yeux marrons. Elle était si petite, si fine…

Comment avait-il pu ne pas la briser ? Ne pas lui faire mal ?

Il réalisa soudain que Millicent avait ses défauts, mais que quelque part, elle était la première fille avec laquelle il avait couché.

VRAIMENT couché.

Il se pencha vers elle, lui fit un baiser sur la joue.

- Je suis désolé. On peut toujours faire l'exposé sur Descartes, si tu veux.

Elle se mit à rire malgré elle, mais Draco vit que ses yeux brillaient.

- Oui. D'accord.

Elle renifla et lui sourit de bonne grâce, visiblement très mal à l'aise, puis lui rendit son baiser et pris la direction des vestiaires des filles.

Draco soupira.

Quel connard je fais. Quel misérable enfoiré.

Machinalement, il se mit à marcher pour quitter le terrain, essayant de ne pas regarder Harry et échouant lamentablement.

Celui-ci portait uniquement le maillot de son équipe en guise de tee-shirt, et lorsqu'il enleva celui-ci pour le ranger avec les autres dans le grand sac de leur professeur, le cœur de Draco trébucha.

Il préféra se dépêcher de retourner aux vestiaires, et accéléra le pas.

- Draco Malfoy !

Il s'immobilisa, se demandant dans un accès de paranoïa si son professeur avait surpris son regard déplacé.

- Quoi ? fit-il, le cœur dans la gorge.

Il se retourna lentement, et se retrouva nez-à-nez avec un Mr Jordan bienveillant. Une tape réconfortante s'abattit sans pitié sur son épaule et il chancela.

Bienveillant, mais bourru. Très bourru.

Il essaya de lui pardonner de lui avoir démit l'épaule, après tout, enseigner le rugby et le karaté 9 heures par jour à des bœufs n'allait pas sans quelques déformations professionnelles.

- Ça va, garçon ? Tu boites !

Draco fronça les sourcils. Effectivement, maintenant qu'il y pensait, il avait mal à la cheville.

Un instant, il se demanda s'il était possible que quelqu'un de trop préoccupé par ce qu'il se passait dans sa propre tête puisse peu à peu perdre conscience de ce qu'il se passait dans son corps.

- Ça va oui. Merci. J'ai dû me faire mal en...

... faisant des croches pattes à cet enfoiré de Olivier qui pense qu'à se faire mon meilleur pote, Harry, vous savez celui que j'ai défiguré alors qu'il était à poil dans les vestiaires.

- ... en courant.

- Écoute, je ne sais pas si tu seras là pour... enfin, tu sais, avec le conseil de discipline qui se profile à l'horizon

Mr Jordan jeta un regard anxieux à Harry pour vérifier qu'il soit bien trop loin pour entendre puis continua sur le ton de la confidence.

- ... je veux pas me montrer pessimiste hein garçon, loin de là, mais si t'es exclu avant de passer le bac, je pourrai toujours te faire une lettre de recommandation si tu veux entrer dans une école de sport. Je me souviens bien de tes performances au stage sportif de l'an dernier, tu sais ! Tu ferais un formidable joueur de criquet, petit. C'est sincère.

Nom de Dieu, pensa Draco, c'est le compliment le plus horrible qu'on m'ait jamais fait.

- Oh, heu... Ah. C'est gentil Monsieur, mais en fait, je suis plutôt intéressé par, comment dire... la philo...

Draco avait conscience de littéralement briser son professeur par tant de franchise, mais merde, c'était la vérité, et puis il aurait préféré mille fois devenir gigolo que d'entamer une carrière de joueur de criquet.(1)

- De… de la… PHILO ?

Les yeux de Mr Jordan étaient tellement écarquillés qu'ils s'avançaient dangereusement dans leurs orbites, menaçant Draco d'une imminente attaque oculaire.

- Je... eh bien, oui, de la philo.

Le professeur en demeura coi quelques secondes, scrutant Draco comme si celui-ci venait de lui annoncer qu'il souhaitait créer sa propre ligne de vêtements pour perruches ou devenir gardien de phare au Cap Horn. (2)

- Ah bon, finit-il par articuler. De la philosophie ? Ah bon ah bon. Très bien. Ah bon ah bon. Mouais. Bon eh bien garçon, c'est bien que tu aies trouvé ta voie et que tu l'assumes. Quoi qu'il en soit, je sais pas si ces "philosophes" ont beaucoup besoin de leurs pattes, mais tu ferais mieux de monter illico presto à l'infirmerie montrer cette cheville, elle m'a l'air d'être foulée !

- Oh, non, le rassura Draco. Vraiment, ça va passer tout seul. C'est pas grave.

Il s'apprêta à tourner les talons lorsque sa cheville céda soudain, et il manqua s'écraser comme un sac de patates.

Mr Jordan fronça les sourcils et planta ses poings massifs sur ses hanches, évoquant Mr Propre d'une manière sidérante.

- Oh que oui tu vas y aller, garçon, parce que si tu t'étais pas déjà fait une entorse en jouant, tu viens de t'en faire une sous mon nez. Alors hop hop hop !!! Tu montes voir Mme Pomfresh, et je te préviens je lui demanderai si t'es passé.

Puis il abattit pour la seconde fois une paume de la taille d'une poêle à frire sur la pauvre carcasse de Draco, et ajouta pour la forme :

- Sale mioche !

Invoquant Sainte Patience, Draco quitta le terrain et se dirigea en boitillant et en maugréant vers l'escalier qui menait au premier étage, là ou se trouvait l'infirmerie.

Mr Jordan rejoint Harry qui finissait de ranger le matériel, essayant de ne pas fixer avec trop d'insistance les parties blessées de son visage.

- Ben dis donc, pensa-t-il, il t'a sacrément arrangé, le Draco... Pauvre gosse. Dire qu'ils t'ont trouvé nu, en prime... Je me demande bien ce qu'il s'est passé entre vous.

Le professeur se sentait très concerné par toute cette histoire, sachant que le drame avait eu lieu dans les vestiaires, donc sur son "territoire", et dans des circonstances plutôt étranges.

Un flic, une espèce de Charlot avec un képi planté sur ses feuilles de chou, était venu lui demander s'il était en mesure de donner la moindre explication sur les raisons qui auraient pu pousser Draco Malfoy à frapper son ami.

Le flic devait espérer mettre la main sur un quelconque trafic de drogue, mais Mr Jordan n'avait rien dit.

Bien que, loin d'être bête, il avait sa petite idée.

- Bon et toi, Harry, tu comptes planter la tente sur le terrain de handball ou tu vas finir par rejoindre les autres ?

Harry sourit, et son professeur pensa que même avec ces vilaines coupures, ce gamin devait faire des malheurs.

- Non, j'allais y aller, répondit-il. De toute manière, il faut que j'aille à l'infirmerie. Mme Pomfresh m'a donné rendez-vous à 16 heures pour m'enlever les points de suture à l'arcade. Il paraît que j'ai de la chance dans mon malheur. Je cicatrise bien.

Mr Jordan eut soudain l'air très ennuyé, et il se mit à tortiller ses gros doigts.

- À… à l'infirmerie, tu dis ?

- Oui. D'ailleurs je ferais mieux de me bouger, sinon je vais rater mon rendez-vous. Et me trimballer avec du fil plein le visage un jour de plus, non merci !

- Mais… mais…

Mais il n'y avait pas de mais. Harry et ses points de sutures avaient mis les voiles vers l'infirmerie tout comme Draco venait de le faire, et Mr Jordan croisa les doigts très forts pour ne pas qu'un nouveau drame éclate par sa faute chez Mme Pomfresh.

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"BI, HOMO, MAL DANS VOTRE PEAU ? PARLEZ-EN À L'INFIMIÈRE PSYCHOLOGUE."

Assis dans la salle d'attente de l'infirmerie, Draco regardait fixement l'affiche que Mme Pomfresh avait accrochée parmi les autres, celles qui représentaient les différentes sortes de champignons comestibles et qui prévenaient des dangers de la consommation de psychotropes.

Cette phrase était écrite en caractères gras sur un fond arc-en-ciel – dont Draco ignorait complètement la signification – et en bas à droite posait un jeune garçon et une femme plus âgée, visiblement en grande conversation.

"PARLEZ-EN."

En parler ?

Draco se sentit terriblement amer.

Bien sûr, en parler ! Quelle idée de génie, pas vrai ?

Cette putain d'affiche a été faite par des hétéros qui ne comprendront jamais rien à rien, pensa-t-il. Merde à la fin… En parler, c'est pas la solution, c'est LE PROBLÈME.

À quoi elle s'attendait, l'infirmière ? À ce que toutes les pédales de ce foutu bahut viennent lui chialer sur l'épaule ?

"J'ai vu votre affiche dans la salle d'attente. Tout à coup, j'ai réussi à mettre de côté 18 ans de doutes, de honte, de peur d'être jugé et d'efforts pour cacher à moi-même et aux autres ce que je suis vraiment, tout ça dans le but de vous parler de ma sexualité, à vous qui ne me connaissez pas mais qui, je n'en doute pas, saurez trouver une solution à mon problème. Même si moi, après tant d'années, je n'ai pas réussi. Parlons, donc. Je suis sûr qu'après ça, tout ira mieux pour moi."

Draco fit un "pfff" hargneux.

Harry pouvait en parler, lui.

Enfin. En quelque sorte.

Disons que Harry ne parlait pas vraiment, il agissait.

Il n'était pas… complexé par ce qu'il était. Peut-être qu'il l'avait été au début, mais maintenant, il s'était accepté.

Qu'il soit bi, homo ou même qu'il soit juste en train de traverser une passade, il n'était pas "mal dans sa peau". Sa sexualité n'était plus un problème majeur pour lui.

Draco aurait même parié qu'il s'aimait comme ça à présent, et que si un hétéro n'aurait pas voulu devenir homo, Harry n'aurait pas voulu redevenir hétéro non plus.

Il n'avait plus peur du regard que portaient sur lui ses camarades, il en jouait même parfois, se testant et testant les autres garçons timidement. Il prenait enfin confiance en lui.

Cela rendait Draco terriblement malheureux, d'abord parce qu'il était jaloux de ceux que Harry regardaient avec un peu trop d'insistance, et peut-être aussi parce qu'il aurait tellement aimé, au fond de lui, être capable de faire pareil.

Même si cela, bien sûr, il ne se l'avouait pas.

Mais il y avait eu toute une succession de faits dans la vie de Draco qui faisait qu'il était ce qu'il était, à savoir un pédé capable de faire la cour la plus acharnée à une fille pour la mettre dans son lit, mais pas foutu de regarder un garçon dans les yeux si celui-ci se tenait à moins d'un mètre de lui.

C'était foutrement paradoxal, il fallait l'avouer.

Mais ce dont il n'avait pas conscience, c'était que proportionnellement à ce qu'il avait vécu, ça ne faisait pas de lui un lâche, ni un faible.

Depuis ce soir là, le soir où il avait fait l'amour avec Millicent, les choses avaient changé.

Pas drastiquement, bien sûr, rien de visible, rien qui fasse trembler les montagnes, mais à l'intérieur de Draco, quelque chose avait bougé.

Comme si, après des années sous sédatif, il avait décidé de se réveiller.

Bien entendu, la peur était toujours là, et parfois même plus que jamais, mais pour la première fois il avait pris conscience d'une chose, c'était que plus encore qu'être normal, il voulait être heureux.

Évidemment, il ne formulait pas clairement cette pensée. Ce n'était à ce stade qu'une impression floue.

Comme si un système de survie s'était enclenché pour lentement le sortir de la dépression permanente dans laquelle il était englué depuis si longtemps.

Enfin quoi que ce soit, c'était là.

Et Draco respirait mieux.

Un jour, sans qu'il le veuille vraiment, il s'était surpris à penser :

Nom de Dieu, Colin fait vraiment gay avec ce chapeau.

Rien d'extraordinaire, si ce n'est qu'il s'était rendu compte que pour la première fois de sa vie, il avait utilisé spontanément le mot "gay" – en pensée, d'accord, mais c'était un grand pas quand même – au lieu des "pédés" et autres "lopettes" qu'il utilisait d'habitude à tort et à travers.

Draco en était resté sidéré, mais il ne s'était pas repris.

Oui, il fait... gay. Il est gay.

Gay.

Gay, gay, gay, gay, gay. Le mot avait longtemps tourné dans sa tête.

Une autre fois, et c'était là son progrès le plus flagrant, Draco était en train de feuilleter un magazine en salle d'étude au lieu de faire ses devoirs lorsqu'il s'était arrêté sur une page où posait un Jared Leto torse nu.

Il est beau.

C'était vrai. Hétéros ou pas, les autres devaient aussi le penser, non ?

Que ce soit un œil de fille ou de garçon qui regardait le torse fin et les yeux bleus de Jared Leto, c'était un fait auquel il ne pouvait échapper.

Il était beau.

Il... Il me plaît.

Draco était loin d'en être fier. Cependant, il n'en tirait plus non plus une haine morbide de lui-même. C'était juste... comme ça.

Ainsi, très lentement, Draco changeait.

Au mépris de l'éducation religieuse sévère qu'il avait subit pendant les 15 premières années de sa vie, au mépris de cet horrible cours de catéchisme sur Sodome et Gomorrhe qui l'avait terrifié.

Au mépris de son père.

Au mépris de cette histoire qu'il lui avait raconté un jour pour le prévenir du sort qu'ils réservaient aux tapettes, lui et ses amis, lorsqu'ils étaient jeunes.

Et au mépris de tous les cauchemars que ça lui avait donné.

Le regard perdu dans le vague, Draco n'entendit pas la porte de l'infirmerie s'ouvrir, puis hésiter, avant de se refermer lentement.

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Oh merde merde merde, pensa Harry en voyant son ex-meilleur ami installé dans la salle d'attente.

Plusieurs pensées traversèrent son esprit en même temps :

Je peux pas rester, tant pis je m'en vais.

Peux pas laisser les points plus longtemps !!

Il est là il va me parler oh non oh non...

DU CAAAALME, tu l'ignores comme d'habitude et tout se passera bien !

Ça va foirer…

Pourquoi est-ce qu'il est là ? Qu'est-ce qu'il a ?

Nom de Dieu fais quelque chose, reste pas planté comme une souche !

Lorsqu'il se décida enfin à entrer en mouvement pour aller s'asseoir sur la deuxième chaise dont disposait la salle d'attente – en face de Draco, évidemment – Harry bénit les cieux pour avoir fait que celui-ci soit plongé dans une très grande réflexion au moment où il avait paniqué.

Sinon, il se serait aperçu que malgré tous ses efforts pour l'ignorer, sa stratégie était bancale, et qu'il était loin d'être indifférent à sa présence.

Dès qu'il fut assis cependant, il reprit contenance, et lorsqu'il sentit le regard glacé de Draco le transpercer jusqu'à l'os, le sien alla nonchalamment vagabonder par la petite fenêtre qui donnait sur l'église.

Puis il se concentra très fort, et espéra que ses mains arrêteraient bientôt de trembler.

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Draco cligna des yeux plusieurs fois.

Harry ? Mais qu'est-ce qu'il fout là ?

Son pouls s'accéléra si rapidement que son cœur lui fit mal.

Merde, merde, je peux pas rester là… Et puis j'ai plus mal à c'te foutue cheville, de toute manière, j'aurai jamais dû venir ! Vite allez, il faut que je sorte d'ici…

Il s'apprêtait à se lever en trombe lorsque deux choses le retinrent :

Premièrement, Mr Jordan lui ferait voir les pierres si Mme Pomfresh lui disait qu'il n'était pas passé, deuxièmement, Harry aurait été trop content.

Draco bougea donc légèrement sur sa chaise, mais ne se leva pas.

Merde, quand même.... C'est déjà assez dur de le voir m'ignorer à l'internat, pas vraiment envie de faire des heures sup'…

Il regarda Harry à la dérobée.

Nom de Dieu.

Il était tellement beau. Et comme il s'y attendait, celui-ci ne lui prêtait aucune attention, et agissait comme s'il était tout seul dans la salle d'attente.

Draco regarda les cicatrices.

Si Harry avaient sûrement peur qu'elles restent, lui, il en était terrifié. Ce n'était pas que Harry était défiguré, loin de là.

Mais il ne voulait pas que Harry pense à ce qu'il lui avait fait à chaque fois qu'il se regarderait dans une glace. Draco ne savait pas ce qu'il aurait donné pour réparer ça.

Elles n'étaient pas trop grosses, pourtant.

Il en avait une petite à la lèvre inférieure qui s'était apparemment refermée toute seule, et une autre à la pommette dont les fils avaient été enlevés assez vite. Les deux plus grosses étaient à l'arcade droite. C'étaient deux coupures qui zébraient sa peau, et bien que très propres et nettes, elles devaient bien totaliser dix points chacune.

Draco sentit son cœur se serrer douloureusement.

Merde… Si tu savais ce que je m'en veux.

Il se sentit tellement mal, tout à coup.

Il ne s'était même pas excusé.

Même pas un mot, pas un regard désolé.

Et il osait lui en vouloir de ne pas lui accorder la moindre attention !

C'était déjà bien beau qu'il ne soit pas venu au lycée avec une batte de baseball pour le massacrer…

Il doit penser que tu ne regrettes même pas ce qu'il s'est passé et que la situation te convient parfaitement, pauvre con.

Tu rentres dans son jeu, tu essaies de l'ignorer à ton tour pour te venger - histoire de lui faire un peu plus mal si c'est possible - mais t'excuser, non, surtout pas...

Putain, mais regarde-le !

Mais Draco avait beau se faire violence, regarder les marques sur le visage de Harry en se disant c'est toi qui les a faites,les mots ne sortaient pas.

Mais t'as peur de quoi ? De le perdre ? Mais tu L'AS perdu, Draco. T'as plus rien à perdre, maintenant.

Fais-le. Excuse-toi.

Il ne pouvait pas.

Il compta jusqu'à trois.

Recompta.

Il souffla intérieurement et recompta encore, mais il ne put ouvrir la bouche. Le cœur au bord des lèvres, il regarda à nouveau les cicatrices.

Fais-le.

Rien ne sortit.

Pas ici… Pomfresh va venir d'un moment à l'autre, je peux pas le faire… Je peux pas le…

- Harry je suis désolé !

Draco se rendit compte qu'il avait crié, mais au moins il l'avait dit. IL L'AVAIT DIT, bordel.

- Hum… Je suis désolé, répéta-t-il, plus doucement.

Harry n'eut pas l'ombre d'un haussement de sourcil dans sa direction. Un silence affreusement gênant s'ensuivit.

- Tu… Tu ne veux toujours pas me parler ?

Harry ne répondit rien, et continua de fixer la vitre avec un air absent parfaitement maîtrisé.

Cette fois-ci, Draco se leva pour quitter la salle pour de bon. Il ne voulait pas rester là une seconde de plus, à s'humilier pour rien.

Mais il venait à peine de poser sa main sur la poignée lorsqu'il fit demi-tour et se planta devant Harry.

- Écoute, je sais pas ce que je dois faire pour que tu me pardonnes. Je m'en veux, Harry, t'imagines même pas.

- ...

- Je suis désolé. Putain…je suis vraiment, vraiment désolé.

- ...

- Parle-moi. Même si c'est pour m'insulter. On a besoin de se parler.

Mais silence, toujours.

Il attendit.

Il attendit une minute, peut-être dix, il ne savait pas.

Petit à petit, il sentait sa gorge s'assécher et sa respiration s'accélérer, saccadée, mais Harry ne dit rien.

Les nerfs de Draco commencèrent à lâcher, lentement mais sûrement.

Il avait envie de hurler.

- Okay, frappe-moi, hurle, mais fais quelque chose !

Pas de réponse.

- Harry ! Putain de merde, ARRÊTE ÇA !!!

Voyant qu'il n'avait aucune réaction, Draco se pinça l'arrête nasale et ferma les yeux.

- T'es trop fort à ce jeu-là. J'en peux plus. Merde, si tu veux pas me parler, au moins... regarde-moi.

Mais pas de regard.

- Harry. Je suis pas mort, et je suis pas un putain de fantôme. Alors regarde-moi.

Draco se pencha, cherchant son regard, et ne trouvant que deux sphères vertes absorbées dans la contemplation silencieuse d'autre chose que lui.

Il jura et se prit la tête entre les mains pour ne pas cogner dans le mur.

- Mais qu'est-ce que je dois faire, hein ?! Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?! Dis-le-moi, je te jure que je le ferai.

Pas de réponse.

- Regarde-moi.

Il se planta devant lui, prit son poignet dans sa main et serra de toutes ses forces, lui-même surpris par ce contact auquel il n'était plus habitué.

- Regarde-moi ! Je t'ai dit que je te demandais pardon !! Harry... Pardon, pardon, pardon, pardon...

Il guetta le plus petit signe de capitulation de la part du garçon, mais rien ne vint. Cependant, il ne lâcha pas son poignet.

- Tu fais chier, MERDE !!

Je t'ai dit ce que j'avais sur le cœur ! Je t'ai dit que je ferai n'importe quoi pour que tu m'excuses ! Alors ARRÊTE maintenant, ARRÊTE !!

Draco devenait fou de frustration. Ses jointures blanchissaient tellement il serrait fort.

Et dans un silence désespéré, il se haït un peu plus, car une fois encore, il sut qu'il faisait mal à Harry.

Regarde-moi… Regarde-moi…

Mais comme pour le narguer un peu plus et sans se départir de son air neutre, Harry tourna complètement la tête, empêchant Draco de voir son visage.

- NON !! Tu vas me REGARDER !!

Mais il ne réagit pas, et ce fut la fois de trop.

Draco se sentit lâcher prise.

L'envie nerveuse de hurler bloqua sa respiration, brûla sa gorge.

Alors, sans réfléchir, il tira violemment sur le bras de Harry, le mit debout puis le poussa en arrière, faisant tomber sa chaise et renversant les magazines sur la table basse d'à côté.

Harry trébucha, se retint au mur, et Draco se jeta contre le garçon, saisissant son menton et le forçant à lui faire face.

Mais les yeux bruns semblèrent regarder à travers lui comme ceux d'un aveugle.

Alors, Draco craqua complètement. Il avança brusquement son visage vers celui de Harry et plaqua sa bouche contre la sienne avec une violence sauvage, enfonçant ses dents dans les lèvres entrouvertes.

Tu peux faire semblant de ne pas me voir et de ne pas m'entendre, mais tu ne peux pas faire semblant de ne pas me sentir !

Ses mains passèrent d'elles-mêmes derrière sa nuque et accentuèrent encore plus la pression, et bientôt Draco sentit la chair fine s'ouvrir et le goût ferreux du sang dans sa bouche.

Réagis… Réagis… Réagis…

Et plus les secondes passaient, plus Draco mordait profondément, désespérément, fermant les yeux très fort.

Réagis… Réagis… Harry…

Il se pressa contre lui, un peu plus encore. Il essayait de tout son être de se concentrer sur la morsure pour oublier qu'il crevait de peur.

De peur que finalement, Harry ne gagne, et n'arrive à le décourager. De peur que plus jamais il ne lui parle, que plus jamais il ne le regarde.

Jamais.

Alors, ce serait ça, le prix à payer ? Être rayé de sa vie littéralement, drastiquement ? Être oublié, remplacé, remplacé encore…

Ses mains s'agrippèrent à lui comme à une bouée de sauvetage.

MAIS RÉAGIS PUTAIN !!

Puis tout à coup, il sentit un infime tressaillement parcourir le corps contre lui.

Son cœur accéléra violemment. Il mordit encore un peu plus fort.

Le tressaillement devint alors un vrai frisson de douleur, qui contracta le ventre de Harry.

Draco retint son souffle.

Allez… allez, Harry…

Enfin, un long gémissement de douleur résonna dans la pièce silencieuse.

Enfin.

Draco fut tellement secoué que pendant quelques secondes, il ne put ni ouvrir les yeux, ni bouger.

Merci.

Merci, merci…

Puis un nouveau gémissement plus pressant vint mourir entre leurs lèvres, et il se rendit compte qu'il mordait toujours comme si sa vie en dépendait.

Harry posa ses mains sur son torse et le repoussa avec fébrilité, tentant par réflexe d'échapper à la douleur.

Alors, lentement, il cessa de mordre, et sa langue vint doucement caresser la lèvre blessée.

Il sentit le souffle de Harry se bloquer dans sa gorge puis reprendre, anarchique.

Il est perdu. Il ne comprend plus…

Mais Draco aussi était loin d'y voir clair. Tout ce qu'il savait, c'était que les mains de Harry essayaient toujours de le maintenir à distance, et que lui ne voulait pas être repoussé.

Pas tout de suite.

Sans réfléchir, il se pressa contre lui comme pour sentir chaque fibre de son corps, entoura son cou de ses bras, et lentement, passa à nouveau sa langue sur ses lèvres.

Trop lentement.

Il sentit tout son corps prendre feu en quelques secondes, son ventre se nouer et sa respiration cesser complètement.

Oh…

Harry avait brusquement arrêté de le repousser, mais Draco continuait sa caresse, indéfiniment, trop enivré par le goût de sa peau pour s'arrêter là.

Il sentait les doigts se crisper sur sa poitrine, griffant son t-shirt spasmodiquement.

Oooh, putain…

Draco ne s'entendit même pas gémir. Il voulait plus, maintenant, vite…

Soudain, la porte s'ouvrit et vint cogner contre le mur.

- Je finis de recoudre Luna et je suis à v...

Draco se sépara de Harry en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner de l'œil, et Mme Pomfresh s'étrangla avec sa salive, faisant tomber son rouleau de sparadrap.

- Oh, je, pardon. Je… Pardon, répéta-t-elle.

Draco la regardait, horrifié, incapable de prononcer quoi que ce soit.

- Bien, heu, Harry, continua l'infirmière en chevrotant, ramassant son sparadrap maladroitement. Dès que tu es près, tu peux rentrer… J'ai presque fini avec Luna. Enfin, tu… Je… Quand tu es près, hein.

Si en telle circonstance Draco n'avait pas été totalement dépourvu d'humour, il n'aurait certainement pas pu s'empêcher de penser qu'elle aurait dû avoir l'air plus jovial que ça.

Après tout, elle venait de trouver deux mecs en train de s'en rouler une sur sa putain d'affiche pro coming-out…

Cependant, Draco était littéralement paralysé de honte, et il n'était pas capable d'aligner deux pensées cohérentes.

Elle referma la porte, évitant soigneusement de les regarder en face.

Un affreux silence s'installa.

Les deux garçons étaient figés, le cœur battant à tout rompre, fixant la porte pour ne pas se regarder.

Mais bientôt, Draco sentit les yeux de Harry se tourner lentement vers lui.

Son pouls accéléra un peu plus, brouillant sa vue, mais il ne put pas lui faire face, pas foutu de soutenir ce regard pour lequel il aurait pourtant donné n'importe quoi, juste quelques minutes auparavant.

Qu'est-ce que tu faisais, Draco ? Nom de Dieu, tu l'embrassais… TU L'EMBRASSAIS, merde !! Oh, non… Il faut que je parte d'ici…

Mais le regard de Harry dans sa nuque le brûlait, l'obsédait, et comme on finit toujours par regarder ce qu'on ne veut pas regarder, il fit lentement demi-tour sur lui-même, fixant le sol avec angoisse.

Puis il leva les yeux.

Harry était plus proche de lui qu'il ne l'aurait cru.

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Pffouuu !! Le moment qu'on redoute le plus : avez-vous aimé ? avez-vous pas aimé ? c'était mieux ou pire ? Allez, coupez court à notre attente insupportable... vous savez, le petit bouton en bas à gauche **grands yeux innocents pleins d'espoir et d'appréhension**

1 : qui est un sport tout à fait honorable, chers lecteurs et joueurs de criquet qui nous lisez… NON ne partez paaaaas !!! XD

2 : qui sont des métiers tout à fait honorables, chers lecteurs et dizaïneurs en herbe/ gardiens de phares qui nous lisez… Nessa chérie, les lecteurs demandent le divorce. Ils disent qu'on fait de la discrimination sportive et professionnelle.