Bijour les gens !! Alors juste une petite paranthèse pour vous dire que moi (Tria) je reprendrai la fic en solo à partir de now. Car la courte histoire du duo Triaamartia se solde par un divorce... Mais un divorce à l'amiable ^^

Pour faire court (car je comprends que les coulisses de la fic vous laissent indifférents) on s'est rendues compte qu'écrire ensemble devenait vraiment trop compliqué et que traverser la moitié de Toulouse pour passer quatre heures à se prendre le chou sur un seul paragraphe perdait son charme avec le temps XD

Amartia m'a aimablement donné l'autorisation de reprendre le bébé toute seule car elle ne pensait pas trouver la foi de continuer à écrire, voici donc le premier chap' entièrement de ma plume. J'espère ne pas vous décevoir, et si c'était le cas vos remarques n'en serait pas mal prises pour autant ! ^^

Je tiens à remercier tous les revieweurs anonymes qui nous soutiennent depuis le début alors BIG UPPPPPPP LES GENNNNNNNS !!! Okay j'arrête. ^^

Bon eh bien voilà c'était tout ! Je vous laisse lire le chapitre, et encore merci de votre fidélité.

Scène 10 : Le point de non-retour

°O°O°O°O°O°

" Where do I go from here?
How do I find my way?
When is it loud and clear?
That there's no turning back
At the turning point " (Toto)

°O°O°O°O°O°

Les deux garçons étaient figés, le cœur battant à tout rompre, fixant la porte pour ne pas se regarder.

Mais bientôt, Draco sentit les yeux de Harry se tourner lentement vers lui.

Son pouls accéléra un peu plus, brouillant sa vue, mais il ne put pas lui faire face, pas foutu de soutenir ce regard pour lequel il aurait pourtant donné n'importe quoi, juste quelques minutes auparavant.

Qu'est-ce que tu faisais, Draco ? Nom de Dieu, tu l'embrassais… TU L'EMBRASSAIS, merde !! Oh, non… Il faut que je parte d'ici…

Mais le regard de Harry dans sa nuque le brûlait, l'obsédait, et comme on finit toujours par regarder ce qu'on ne veut pas regarder, il fit lentement demi-tour sur lui-même, fixant le sol avec angoisse.

Puis il leva les yeux.

Harry était plus proche de lui qu'il ne l'aurait cru.

Il le regardait comme jamais il ne l'avait regardé. Il ne cillait pas, et ses yeux étaient emplis d'une haine incendiaire. Mais quelque chose d'autre, quelque chose de plus fort encore brillait dans ses prunelles noircies, et ça paralysait Draco sur place.

Sa lèvre mordue était rouge de sang et une goutte coulait lentement sur son menton. Draco en sentit le goût âcre sur sa propre langue.

Sans le quitter du regard, Harry s'essuya la bouche du revers de la main, tachant la manche de sa chemise. À cette vue, Draco sentit le feu dans son ventre se ranimer, et ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser échapper un gémissement muet.

Reprends-toi, Draco... Reprends-toi...

Harry se rapprocha de lui, encore un peu, jusqu'à ce que Draco eut l'impression de ne plus voir que ces yeux aux immenses pupilles. Même sans le toucher, il lui semblait sentir sa chaleur contre sa peau. Le cœur battant à une vitesse absurde, il restait immobile, attendant malgré lui ce qui allait advenir et le redoutant encore plus.

Puis soudain, Harry attrapa la poignée de la porte derrière Draco, la tourna sèchement et entra dans la pièce d'à côté, lui frôlant l'épaule.

- Je suis prêt, Mme Pomfresh. Enlevez-moi ces points, qu'on en finisse.

o0o0o0o0o0o

- Donc... ton docteur dit toujours que tu peux pas faire sport ?

Cédric se retint à grand peine d'éclater de rire, ce qui eut pour effet de réveiller son horrible toux grasse.

Mon docteur, pensa-t-il, mais quel docteur ?

La dernière fois que Cédric avait vu un docteur, c'était il y a deux ans, et il s'était retrouvé illico presto en cure de désintoxication.

- Tu sais, Alicia, pas besoin d'être docteur pour voir que j'peux pas faire sport, dit-il, goguenard.

Alicia eut un sourire de moqueur et s'assit à côté de lui, dans le hall du lycée.

- Oh, je t'en prie, c'est pas parce que tu es un peu maigre et que tu tousses que ça doit te dispenser de courir comme tout le monde !

Cette fois, Cédric n'eut aucune envie de rire.

Il regarda la jeune fille avec suspicion avant de lui demander :

- Tu trouves que je suis juste... un peu maigre ?

Alicia haussa les épaules et lui répondit le plus naturellement du monde :

- Ben oui... mais ça, c'est pas grave. Parce que si tu venais quelques temps chez moi, je te ferais mon tajine aux amandes, ça te remettrait d'aplomb en moins de deux.

- Du... du tajine ?

Alicia fut soudain assaillie d'un doute effrayant.

- Tu... tu n'aimes pas le tajine ?

- J'ai jamais goûté.

- Tu verras, c'est super bon. Je t'en ferai un jour.

Ils se regardèrent quelques secondes sans ciller puis Cédric baissa les yeux.

Te fais pas trop d'idées, mon gars, se dit-il. Pourquoi une fille comme elle s'intéresserait à une espèce de loque comme toi ?

Ils restèrent silencieux.

J'aimerai bien y croire, pensa-t-il. Mais le jour où tu trouveras une recette de tajine, de coucous ou de n'importe quoi qui puisse me remettre d'aplomb...

Il pensa aux crises de tétanie qui le réveillaient au milieu de la nuit, aux affreuses diarrhées qui le pliaient en deux. Il pensa aux hallucinations propres à l'état de manque, aux démangeaisons, aux vomissements...

Soudain, Cédric entendit la voix étouffée de Draco en provenance de l'infirmerie, l'arrachant à ses sombres pensées.

Il eut un petit rire qui secoua ses maigres épaules.

- Pourquoi tu ris ?

- Non, c'est juste que... Harry est rentré dans l'infirmerie il y a quelques minutes.

- Et alors ?

- Ben... juste avant que tu arrives, j'ai vu Draco y rentrer aussi.

Les yeux de Alicia s'agrandirent :

- Et ça te fais rire ? Quand je pense qu'ils dorment toujours dans la même chambre à l'internat... ça me colle des frissons dans le dos ! T'imagines, si l'histoire des vestiaires se reproduisait ?

- Mouaip. Mais faut savoir vivre dangereusement.

- C'est pas drôle, Cédric.

- Je sais, soupira-t-il. Je sais, Alicia, mais j'ai joué le preux chevalier une fois, c'est déjà bien. Il n'y aura pas toujours quelqu'un pour arrêter Draco, c'est comme ça.

Alicia tourna la tête en direction de la porte de l'infirmerie.

- Ouais, c'est pas faux. Mais quand même... Punaise, c'est dingue. Harry a eut de la chance que tu passes par là !! C'est pas tout le monde qui traîne près des vestiaires des garçons une demi-heure après la fin du cours !

- Hum, c'est sûr, répondit Cédric. C'est sûr.

Il ne jugea pas utile de dire à Alicia qu'en vérité, il avait poireauté une demi-heure dans le couloir afin de pouvoir tenter une nouvelle fois d'avoir une discussion avec Harry lorsqu'il sortirait, puis que lorsqu'il s'était décidé à passer la tête à l'intérieur pour voir si celui-ci ne s'était pas noyé dans la douche, il l'avait vu couché sur le carrelage, Draco sur lui, s'appliquant à le défigurer avec une violence sidérante.

Elle eut un soupir.

- J'comprends pas ce qui leur est arrivé. Ils étaient vraiment super potes avant.

- Justement, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tout le monde m'a dit qu'avant mon arrivée, c'étaient "les meilleurs amis du monde", tu vois le genre. Mais moi, je les ai toujours vus se disputer ou se battre.

- Et ben en fait, on sait pas trop, mais ils ont commencé à se faire la gueule à peu près au moment où Harry a eu cette histoire avec Olivier.

Cédric eut un petit rire cynique.

- Ah oui... la fameuse histoire de la vidéo... Paraît que c'était un porno amateur assez bien réussi... enfin... d'après Crabbe.

Alicia planta soudain ses grands yeux dans ceux de Cédric, assaillie d'un second doute, plus effrayant encore.

- Mais, heu... toi, tu n'es pas...

- Quoi ?

- Ben, tu sais...

- Ah... gay ? Non, pas du tout. Par contre, Crabbe... c'est la terreur des vestiaires... on le surnomme Savonnetteman.

Alicia éclata d'un rire clair et Cédric la regarda en souriant.

Puis elle s'approcha de lui, et lui fit un baiser sur la joue avant de se lever.

J'y vais, on se voit demain. Et pour le tajine, j'étais sérieuse.

Elle lui fit un clin d'œil, et il la regarda s'éloigner, complètement hébété.

Sérieuse pour le tajine? pensa-t-il. Comment ça, sérieuse pour le tajine ?

Cédric avait beau sourire et essayer se persuader de sa sincérité, il avait du mal à croire qu'une fille comme elle puisse s'intéresser à lui.

Alicia avait toujours été très proche de Harry, et si elle avait dû s'intéresser à un garçon de son entourage, c'est plutôt sur lui qu'elle aurait jeté son dévolu. Pas sur un espèce de camé de pacotille qui sniffait tout ce qu'il trouvait pour calmer ses crises de manque depuis plus de trois mois...

Par une sombre association d'idées, Cédric en vint à ressasser pour la énième fois ce qui l'avait amené dans ce lycée.

Trois mois déjà qu'il avait quitté Strasbourg, et rien ne s'était passé comme il l'avait souhaité. Il avait quitté une ville qu'il connaissait sur le bout des doigts, sa mère, ses amis. Ses dealers. Il avait sacrifié tout ça pour retrouver Harry, et celui-ci refusait systématiquement d'écouter sa proposition.

Aujourd'hui, Cédric était fatigué.

Il voulait que tout ça se termine. Il voulait se sentir bien à nouveau, pour la première fois en dix ans de cauchemars. Il voulait s'en sortir, guérir, recommencer à zéro, reprendre du poids et plaire à des filles, même... Alicia, peut-être.

Il se prit la tête entre les mains.

C'étaient des projets de junkie, il le savait. Ils avaient peu de chance d'aboutir, mais sans l'aide de Harry, ils étaient véritablement voués à l'échec.

La fin de l'année approchait, et il n'allait pas pouvoir le poursuivre indéfiniment...

Il fallait que toute cette histoire finisse.

Tout à coup la porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée et Cédric se dressa sur ses pieds comme un ressort, s'attendant à voir un jeune homme sanguinolent se traîner hors de la pièce.

- Draco ?

Celui-ci ne semblait certes pas sortir d'un combat de catch, mais en revanche, il avait l'air complètement déphasé et sous tension.

- Ça va ?

- Hein ?

- T'as l'air bizarre, ça va ?

Draco le contourna et poursuivit son chemin, marmonnant un vague " Ouais, non, si... si. Faut juste que j'aille me coucher. Bonne nuit. "

Cédric regarda sa montre : 16 heures 38. Ah oui, quand même.

- Euh... oui, bonne nuit.

Il regarda la silhouette du jeune homme s'éloigner dans le couloir, et lorsque celui-ci tourna et disparut, une idée germa dans sa tête.

Draco... Draco, Draco, Draco !

Il se demanda comment il n'y avait pas pensé plus tôt. C'était Draco, la solution à son problème.

o0o0o0o0o0o

Draco claqua violemment la porte de sa chambre et se mit à faire les cents pas comme un somnambule.

Bon, maintenant ça suffit. Tu te calmes. Tu t'assieds. Tu fais quelque chose de sensé, bordel !

De manière très prévisible, il fit exactement le contraire, et se mit à faire des allées venues de son lit à la salle de bain, du bureau à l'étagère et de la porte à la fenêtre.

Il fallait qu'il parte. Il ne savait pas si c'était la meilleure solution, mais c'était la seule issue qui lui paraissait possible. Il ne pouvait pas rester et risquer de croiser Harry, pas après ce qui venait de se passer à l'infirmerie...

Ma valise ! Elle est où, cette putain de valise !

Il ouvrit précipitamment son armoire, la fouilla et la referma, bredouille. Il se pencha pour regarder sous son lit, mais à part une vieille paire de chaussettes, rien ne s'y trouvait.

- Mais nom de Dieu, je l'ai quand même pas...

Il tourna la tête pour vérifier qu'elle ne se trouvait pas sous le lit de Harry mais comme il ne l'y vit pas non plus, il faillit se relever, lorsque quelque chose retint son attention.

C'était un tas de papiers froissés. Rien de phénoménal en soit, mais ce qui intrigua Draco fut que malgré le fait que Harry soit peu soigneux, il n'était pas du genre à garder une pile de feuilles déchirées sous son lit.

Il tendit le bras et ses doigts se refermèrent sur du papier glacé.

Qu'est-ce que...

Lorsque ses yeux se posèrent sur des morceaux de photos, il fut sidéré de faire face à son propre visage, détendu et souriant.

Elles passèrent une à une entre ses doigts ; c'étaient uniquement des photos de lui, et parfois de Harry et lui. Il s'attarda sur celles du photomaton qui avaient été déchirées en trois, coupant sans pitié leurs visages de papier.

Il les regarda longtemps. Bien qu'il les ai vues pendant tant de temps au-dessus du lit de Harry, il avait l'impression de les redécouvrir, et son cœur se serra.

Tu ne les as pas jetées...

C'était la première chose qu'il avait vue en rentrant dans leur chambre lorsque Harry avait commencé à l'ignorer totalement. Ce mur si blanc, si froid, comme un vide dans la pièce.

Il n'avait même pas osé regarder dans la corbeille, tout comme il n'avait pas osé regarder dans les yeux de Harry, sachant très bien ce qu'il y aurait trouvé.

Mais tu ne les as pas jetées.

Machinalement, il essayait de rassembler les morceaux, mais ceux-ci étaient trop nombreux et lui glissaient des mains, tombant sur le sol froid avec un bruit mat.

Soudain, le bruit d'une porte qui s'ouvre et des éclats de voix lui parvinrent depuis le couloir. Il se releva brusquement, jetant un coup d'œil anxieux vers la porte.

Ma valise !

Il mit à sac tout son côté de la pièce avant de se rappeler qu'il l'avait simplement posée sur le haut de l'armoire. Pour la première fois, Draco passa outre sa maniaquerie et jeta ses affaires en vrac dans la valise, vidant ses tiroirs à la hâte, entassant ses affaires de toilettes et ses cours.

Il eut un regard furtif en direction de la porte avant de tirer sur la fermeture éclair de sa valise pour tenter tant bien que mal de la fermer.

Harry allait rentrer d'un moment à l'autre, et Draco ne voulait surtout pas être là quand il passerait la porte.

Il empoigna sa valise et se dirigea d'un pas décidé vers la porte, sortit dans le couloir et s'arrêta soudain.

Non. Non, non, non. Tu ne t'arrêtes pas, tu ne fais pas demi-tour et tu sors de cet internat de merde.

Mais il restait planté là comme un épouvantail, sa valise lui étirant le bras.

Oh, et merde...

Il fit volte-face, revint dans sa chambre en vitesse, ramassa les photos du photomaton qui gisaient sur le sol.

Si je ne prends que celles-là, il ne s'en rendra pas compte.

Draco serra les morceaux dans sa main. Puis il se leva, attrapa sa valise, prêt à partir pour de bon cette fois. Sauf que la porte s'ouvrit avant qu'il n'ait eu le temps de faire un pas.

Face à lui, Harry se tenait dans l'encadrement. Son regard alla de la valise de Draco aux photos déchirées dans sa main, et ses yeux s'agrandirent de stupéfaction.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Il ne répondit pas et fixa le sol, les joues brûlantes.

- Draco, tu... tu fais quoi, là ? dit Harry d'une voix hésitante.

- Laisse-moi passer, murmura-t-il.

Mais le garçon le repoussa au milieu de la pièce lorsqu'il voulut sortir, lui faisant lâcher sa valise, et Draco recula instinctivement contre le mur. Pendant quelques instants, il crut que Harry était sur le point de le frapper, mais lorsqu'il le regarda, il réalisa qu'il était plus effrayé qu'autre chose.

Harry se rapprocha de lui, tendit sa main vers celle de Draco et attrapa son poignet, lui prenant fébrilement les photos des doigts.

- Tu... Rends-les moi. D'où tu fouilles dans mes affaires, merde... Je...

La voix de Harry tremblait bizarrement alors qu'il replaçait les photos sous son lit, et Draco n'osa pas faire un geste pour partir.

- Désolé, dit-il dans un souffle.

Harry se redressa lentement et lui fit face, les yeux plein de défi.

- Désolé de quoi ? De m'avoir frappé, d'avoir fouillé dans mes affaires, de m'avoir mordu la lèvre jusqu'au sang ou de m'avoir embrassé ensuite ?

Draco reçut la réplique comme un coup de poing dans le ventre.

- Je... je t'embrassais pas, articula-t-il faiblement. Je voulais te... je voulais te faire réagir, tu ne me parlais plus, tu...

- Arrête. Putain, arrête, Draco...

Harry se rapprocha de lui et posa sa main sur son bras avec une extrême précaution.

- ... Tu m'embrassais, et tu as gémi. Et la dernière fois, dans les vestiaires... tu bandais contre moi.

À ces mots, Draco retira son bras précipitamment, et il vit s'agrandir les yeux de Harry.

Il croit que je vais le frapper de nouveau.

- Je bandais pas, répondit-il. Non, non.

- Si.

Prudemment, Harry avança sa main et la reposa sur lui. Draco sentit une boule se former dans sa gorge, mais il fit l'effort de se contenir et laissa la main sur son épaule.

- Tu veux partir ? C'est pour ça que t'as fait ta valise ?

- Ou.. oui.

Il aurait aimé ne pas bégayer. Harry rapprocha encore leurs visages, lentement, craignant que cette situation ne dégénère d'un moment à l'autre.

- Pourquoi tu prenais mes photos ? murmura-t-il.

- Je sais pas. Harry, lâche-moi...

Draco avait du mal à respirer, et il savait ce que ça signifiait.

- Est-ce que tu sais au moins pourquoi je les ai enlevées du mur ?

Il avala difficilement sa salive.

- Parce que... depuis que je t'ai frappé, tu... tu veux plus me voir ?

Harry eut un petit rire nerveux.

- Si seulement...

Il approcha doucement ses lèvres de son oreille et murmura :

- Je les ai enlevées parce que je t'ai vu avec Millicent dans le parc. Je te jure, je pensais pas qu'un truc comme ça pouvait faire aussi mal.

- Quoi ?

Draco s'immobilisa.

- Que... qu'est-ce que tu as vu ?

- Tout. La promenade. La baise. Et la suite.

Pendant le court silence qui suivit cette phrase, Harry regretta ce qu'il venait de dire, pensant que ces mots allaient sans aucun doute provoquer une nouvelle crise. Il faillit s'écarter de lui, le laisser partir finalement, mais il en fut incapable.

Oh et merde Draco, j'ai pas peur de toi. J'ai déjà des cicatrices plein la gueule de toute manière, une de plus ou une de moins...

Il voyait bien que Draco avait le souffle court, maintenant, et qu'il se faisait de plus en plus pâle, mais il décida de s'en foutre une bonne fois pour toutes. Il plongea ses yeux dans les siens et lui posa la question qui lui brûlait les lèvres :

- C'est quoi qui était "trop dur" ?

- ... hein ?

- Quand tu pleurais, là-bas, dans le parc, tu n'arrêtais pas de répéter "C'est trop dur". J'ai réfléchi pendant des heures pour comprendre de quoi tu parlais, mais je comprends toujours pas. Qu'est-ce qui est "trop dur", Draco ?

Draco esquissa un mouvement vers la porte, mais Harry le re-plaqua aussitôt contre le mur.

- Non. Tu restes là.

- Harry, tu sais très bien ce qu'il va se passer si tu me laisses pas partir.

Harry le regarda fixement quelques secondes puis murmura à son oreille :

- Te sers pas de ça comme excuse, Draco. Je te conseille vivement d'essayer de te contrôler, parce que crise ou pas, je te laisserai pas partir. Et devine quoi ? Moi aussi je sais frapper.

Puis, contre toute attente, il se pressa un peu plus contre lui. Draco sentit les mains chaudes lâcher ses poignets et venir se glisser sous son blouson ouvert, juste au-dessus de ses hanches. Le sang se mit à battre un peu plus fort à ses tempes, et il essaya de parler de la voix la plus sûre possible.

- Arrête ça. Arrête ça, de suite. Ça t'est peut-être égal que je te frappe, mais pas moi.

- Ça me va droit au cœur, dit ironiquement Harry, et ses mains remontèrent un peu plus, jusqu'aux épaules, faisant lentement tomber le blouson au sol. Alors, tu vas me le dire ? C'était d'être doux avec elle, qui était trop dur ?

Draco sentit les lèvres du garçon happer le lobe de son oreille, son souffle chaud dans sa nuque, et il ferma les yeux très fort.

- ... ou de faire semblant d'aimer la toucher ?

Quand il les rouvrit, sa vue s'était brouillée. Il n'avait plus beaucoup de temps, maintenant...

Calme-toi. Tu peux y arriver. Respire, ne panique pas.

Les doigts de Harry passèrent sous son tee-shirt, contre son ventre, et il sentit ses muscles se contracter à ce contact.

- Putain... lâcha-t-il, incapable de se retenir.

Harry planta son regard dans le sien.

- ... ou alors... c'est ça, qui est trop dur ? De faire semblant de ne pas aimer quand MOI je te touche ? C'est pour ça que tu pleurais, pas vrai ? Parce que tu t'es rendu compte que t'aurais beau essayer toute ta vie, tu n'aimerais jamais les f...

- ARRÊTE !! JE VEUX PAS, MERDE !!!!

Draco agrippa les mains sous son tee-shirt et les repoussa violemment, puis lutta pour se dégager, heurtant Harry aux côtes et à la poitrine.

- MAIS PUTAIN DRACO, TU BANDES !!!

Harry essayait tant bien que mal d'immobiliser ses membres.

- Tu bandes ! Tu crois que je le vois pas ?!

Il pressa son entrejambe contre la sienne.

- Tu crois que je le sens pas ?

Draco cessa peu à peu de se débattre. Il se sentait si fatigué, tout à coup. Si las. Il pencha sa tête en arrière, contre le mur, et ferma les yeux.

Harry lui lâcha lentement les poignets, puis passa une main derrière sa nuque, approchant ses lèvres de la peau blanche de son cou. Lorsqu'elles s'y posèrent, un long frisson descendit le long du dos de Draco. Il se cambra, son jean tendu venant appuyer un peu plus contre celui de Harry, et il retint un soupir qui se bloqua dans sa gorge.

Oui, putain, c'était trop dur.

Avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait, un sanglot le secoua, et les larmes étaient là, de nouveau.

- Chhh... chuchota Harry, caressant doucement sa nuque. Chhh...

Puis il releva la tête et regarda Draco.

- C'est tellement dommage. Se punir à ce point pour quelque chose que tu contrôles pas...

Il posa ses doigts sur le visage de Draco et essuya ses larmes, sans cesser ses caresses. Ils se regardèrent un moment, en silence, leurs souffles mêlés. Draco ne se sentait plus prêt à exploser d'un moment à l'autre, il avait juste peur, tellement peur que ça en devenait irrationnel.

- Je... Je... bégaya-t-il.

Il ne savait même pas quoi dire. Son cœur lui faisait mal à force de battre comme ça contre ses côtes, et il voulait juste que Harry comprenne...

Comprenne quoi ? Il ne savait pas non plus. Qu'il comprenne qu'il avait peur, qu'il était terrifié. Qu'il bandait, peut-être, mais qu'il n'était pas prêt, parce qu'il n'était pas comme lui. Pas aussi fort, aussi sûr. Toute son angoisse dut se voir à travers ses longs cils humides, car Harry lui serra la main, doucement.

Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ? pensa-t-il avec appréhension. Et le regard de Harry lui répondit très clairement : "Brûler les étapes."

Draco sentit les larmes couler à nouveau sur ses joues. Il ne voulait pas...

- Hé, chuchota Harry. Ça va aller, Draco... Je te promets que tu vas aimer...

Il l'embrassa délicatement sur la joue, le long de la mâchoire, frôla son cou de ses lèvres. Draco pleurait silencieusement, essayant faiblement de le maintenir à distance.

Harry lui prit les mains, doucement, et les écarta. Puis il roula du bassin, légèrement, juste assez pour que Draco le sente.

Non, pensa-t-il.

Mais son corps répondit instinctivement, et il se colla un peu plus à lui.

Il le vit se mordre les lèvres pour étouffer un soupir. Puis des mains descendirent dans son dos, plus empressées, plus fébriles, elles empoignèrent ses fesses et rapprochèrent encore leurs deux corps.

Draco sentit son ventre se tordre et le sang pulser vers son sexe, et il gémit sans même s'en rendre compte, un son étouffé de plaisir se mêlant à des sanglots muets. Harry ne lui laissait pas le temps de penser, pas le temps de réfléchir.

Et c'était ce dont il avait besoin, cesser de penser quelques minutes, mais son esprit lui criait de se ressaisir et tout ce qu'il pouvait faire, c'était gémir de plaisir en pleurant comme un idiot, parce que son corps réagissait de manière volcanique à quelque chose qui lui paraissait si énorme, si insurmontable, et pourtant si bon...

- ... Harry...

La bouche dans son cou laissait des baisers de plus en plus fiévreux, se posant sur la veine qui pulsait à toute allure, si fort que Harry croyait tenir son cœur entre ses lèvres.

- J'en ai tellement envie... Draco... putain...

Ces mots pétrifièrent Draco autant qu'ils l'excitèrent. Il s'agrippa aux bras de Harry, à la fois pour le repousser, encore et toujours, mais aussi parce qu'il avait l'impression de tomber.

- Arrête... arrête, s'il te plaît... Je suis pas prêt pour ça !

Harry approcha sa bouche de la sienne et aspira son souffle. Un éclair creusa les reins de Draco :

Il va m'embrasser...

Le regard de Harry le cloua sur place, et il se mit à haleter.

Allez... fais-le...

Il en crevait de honte, mais tout son corps se tendait vers Harry, et ses lèvres s'entrouvraient déjà pour accueillir sa langue. La bouche de Harry s'immobilisa à deux centimètres de la sienne.

Harry, merde...

Une plainte rauque lui échappa et il vit le regard de Harry vaciller, mais celui-ci ne l'embrassa toujours pas. Et tout à coup, il se rendit compte que des doigts déboutonnaient fébrilement son jean, frôlant le tissu tendu sur son sexe. Une vague d'adrénaline déferla dans ses veines et il plongea un regard paniqué dans celui de Harry, qui brillait d'une lueur primaire.

- Pas ça... Non... Non, arrête ! soupira Draco précipitamment.

- Nononon, tais-toi... Tais-toi...

Draco tenta vainement de l'arrêter, mais les mains tremblantes de Harry le repoussèrent et firent glisser son jean le long de ses jambes. Résigné, il le regarda faire, à la fois hypnotisé, terrifié et affreusement excité.

- Harry... haleta-t-il. Harry, je...

Une main chaude se pressa contre son entrejambe et il gémit lascivement.

- ... ahhh...

- Putain... murmura Harry en enfouissant sa tête dans le creux de son cou. J'en crève...

Il le caressa à travers le tissu de son boxer, les mouvements lents de son poignet rythmés par les soupirs de Draco. Puis la main passa à l'intérieur de son caleçon et saisit enfin son sexe brûlant. Draco sentit son dos s'arquer.

Ne t'arrêtes pas... Ahhh...

Il balançait ses hanches en avant, essayant désespérément d'accélérer les mouvements de Harry, mais celui-ci continuait d'aller et venir lentement sur son sexe, serrant légèrement la chair tendue et faisant coulisser la peau fine, caressant le gland gonflé. Mais soudain Harry recula, et Draco, tétanisé, le regarda s'agenouiller.

- Qu'est-ce que tu f...

Il s'interrompit, le souffle court. Il savait très bien ce que Harry faisait. Et le voir comme ça, à genoux devant lui, les lèvres luisantes et les pupilles dilatées... Draco déglutit difficilement. Il était si dur maintenant que c'était douloureux, et rien que d'imaginer cette bouche ourlée sucer et embrasser son gland faillit le faire venir. Puis il vit que Harry était très pâle.

Il avait l'air d'avoir tellement peur, tout à coup. Sûrement presque autant que lui. Mais il ne baissa pas les yeux lorsqu'il s'approcha de son sexe. Lentement, avec des gestes mal assurés peut-être, mais il ne baissa pas les yeux. Lorsque les doigts hésitants de Harry caressèrent ses cuisses, Draco sentit la boule de panique enfler dans sa gorge. Il ferma les yeux, se forçant à rester calme.

- Fais pas ça... Je t'en supplie, relève-toi.

Un instant, il espéra que Harry allait réellement lui obéir. Mais bientôt des doigts s'enroulèrent autour de son sexe dressé.

Il se mordit le poing pour s'empêcher de gémir.

Il va le faire. Il va vraiment le faire...

Son cœur battait à tout rompre et il n'osait toujours pas ouvrir les yeux. Puis un souffle chaud et tremblant vint caresser sa peau, et enfin les lèvres humides de Harry se posèrent sur lui, glissèrent autour de lui, lentement, et l'engloutirent.

Il ne sut pas s'il cria, s'il pleura ou s'il gémit, mais il se sentit donner un violent coup de rein, pour s'enfoncer plus profondément dans cette bouche si pleine, si nouvelle...

Des mains le maintinrent contre le mur pour l'empêcher de rouler des hanches et la chaude moiteur l'enveloppa entièrement.

C'était tellement mieux que tout le reste, que toutes ces filles qu'il avait oubliées, tous ces contacts sans désir, sans saveur. C'était mieux que tout ce qu'il avait jamais imaginé, tellement plus doux, plus chaud... C'était Harry.

Il ouvrit les yeux, et le regarda. Il était tellement beau. Draco ne sentait plus qu'il avait peur. Il était sûrement terrifié, mais à ce moment-là, tout ce qu'il savait c'était que les lèvres roses de Harry glissaient sur son sexe, que sa langue s'attardait lascivement sur son gland, que ses doigts caressaient le bas de son ventre, et qu'il n'allait pas tarder à venir.

- Oui... gémit-il entre deux respirations saccadées. Oui ...

Ça allait trop vite, beaucoup trop vite. Il aurait aimé rester dans sa bouche pendant des heures. Mais des gémissements étouffés commencèrent à monter de la gorge de Harry, et tenir plus longtemps devint une vraie torture.

Une boule de chaleur insupportable le fit se cambrer.

- Je vais... Aaaahhhhh...

Ses ongles s'enfoncèrent dans les épaules de Harry. Il se contracta et jouit brutalement, la décharge de l'orgasme se répercutant dans tout son corps. Une vive douleur traversa ses genoux lorsqu'il tomba à terre, mais il ne la sentit même pas. Sa vue était brouillée, ses sens comme altérés par l'explosion dans son ventre.

Il était presque tombé sur Harry, et il eut vaguement conscience de sa chaleur contre lui, sous ses doigts. Il s'agrippa à lui, cherchant son souffle avec difficulté, puis une main se posa sur son bras.

- ... ça va ?

Harry le regardait, aussi essoufflé que lui. Plus les secondes passaient, plus une dérangeante sensation de vide emplissait Draco. Le sol sous ses pieds lui parut soudain glacé et l'atmosphère étouffante.

Le désir dans les yeux de Harry l'angoissa et lui serra la gorge, et la peur revint finalement comme une grande claque. Une goutte de sperme, minuscule mais tellement visible en cet instant, brillait au coin de la lèvre de Harry.

Oh non, c'est pas vrai... qu'est-ce que j'ai fait, merde !

Il lâcha le garçon, s'écarta de lui en le repoussant et se rhabilla aussi vite qu'il le put.

- Où... Où tu vas ?

La voix de Harry était rauque et saccadée. Il transpirait l'envie par tous les pores de sa peau, et Draco ne put s'empêcher de voir le renflement au niveau de sa braguette. Il détourna vite le regard, horrifié. Il ne venait pas de voir ça, il ne venait pas de FAIRE ça, il ne venait pas de...

Son cœur battait toujours à un rythme effréné, mais plus du tout pour les même raisons. Il fallait qu'il parte... Il aurait déjà dû partir il y a longtemps.

Il se releva d'un bond et marcha vers la porte, sans penser ni à ramasser son blouson ni à prendre sa valise, obnubilé par une seule chose : mettre le plus de distance entre eux. Entre les mains de Harry, la bouche de Harry, les soupirs de Harry et sa propre mémoire.

Harry ne le regarda pas s'en aller. Il n'avait pas besoin de le voir faire pour comprendre qu'il partait. De toute manière cela n'avait été qu'une question de temps. Il fixait simplement le mur blanc devant lui, où subsistait encore quelques traces de patafix, tiraillé par son érection douloureuse. Il aurait aimé qu'il reste, qu'il le touche comme lui l'avait touché...

Il passa la langue sur sa lèvre, et son goût lui emplit la bouche à nouveau.

On y est, pensa-t-il. Ça y est. C'est le point de non-retour.

Il déboutonna son jean, glissa la main dans son boxer, et bascula sa tête en arrière.

o0o0o0o0o0o

Cédric marchait dans les rues de la ville en tentant vainement de se protéger de la pluie. Nous étions jeudi. Une journée entière, quasiment heure pour heure, s'était écoulée depuis qu'il avait vu Draco en sortant de l'infirmerie.

Depuis qu'il avait décidé de l'intégrer à son plan.

Il n'était pas allé en cours aujourd'hui. De toute manière, ce n'était pas comme si Cédric avait été un élève modèle jusqu'à présent... Il n'aurait pas son bac, c'était couru d'avance.

Il failli déraper sur le trottoir détrempé et se retint au couvercle d'une poubelle, enfonçant ses doigts dans de la pourriture.

Il regarda sa main et failli fondre en larmes comme un idiot. Il voulait quitter cette ville, ses rues qu'il n'aimait pas et qui le lui rendaient bien. Il voulait rentrer à Lille.

Il pensa à sa mère qui était restée là-bas, à la promesse qu'il lui avait faite.

"Je dois aller dans le sud de la France, Maman. Le soleil me fera du bien. La chaleur me soignera."

Elle l'avait regardé avec ses grands yeux bleus, et elle avait dit non, une mère n'envoyait pas son fils vivre à l'autre bout de la France parce qu'il avait des problèmes avec la drogue.

Elle s'était mise à pleurer, comme à chaque fois qu'elle prononçait ce mot, c'était plus fort qu'elle.

"Mais j'en ai besoin, Maman. Tu te rappelles de l'été qu'on a passé dans le sud, en 97 ? Tu te rappelles du soleil ? Ça me ferait du bien."

Elle avait continué à pleurer, mais Cédric avait bien vu que ses yeux s'étaient éclairés faiblement lorsqu'il avait parlé du soleil de cet été là. Il avait su qu'elle dirait oui. Elle n'avait plus la force de dire non pour grand chose, de toute manière. Si son fils unique pensait que c'était la solution, alors il fallait essayer.

"Je te promets que là-bas, j'étudierai. J'ai déjà trouvé un lycée. Sors moi du centre, Maman. Sors moi d'ici. J'y toucherai plus. Si tu me laisses partir, je te jure que j'y toucherai plus jamais et que j'étudierai. J'ai déjà trouvé un lycée..."

Avant qu'il ne parte, elle avait dépensé bien plus qu'elle n'aurait dû et elle lui avait acheté un stylo encre en bois magnifique, avec une plume en argent. Elle essayait de se dire qu'il serait fier d'écrire avec un stylo comme ça, et qu'il réussirait son année.

Elle l'avait regardé partir en pensant très fort au soleil du sud de la France.

Cédric frissonna de la tête aux pieds lorsqu'une grosse goutte de pluie tomba dans la nuque. Il empoigna un vieux journal et essuya sa main, puis pensa à ce magnifique stylo encre qu'il avait gardé cinq jours, très exactement.

Un espèce de paranoïaque dépressif lui avait revendu de l'héroïne coupée et recoupée à son arrivée, et lorsqu'il avait eu finit de la faire chauffer, il s'était rendu compte qu'il n'avait pas de seringue.

Il avait pris le stylo et une grande cartouche vide dans sa trousse de gamin bleue et jaune, avait aspiré tant bien que mal l'héroïne liquide en faisant des appels d'air avec la cartouche, puis l'avait replacée dans le stylo et charcuté son bras jusqu'à ce que la pointe en argent s'y enfonce d'au moins un demi centimètre.

Puis il avait pressé la cartouche et répété l'opération quatre fois, avec l'air détaché d'un chirurgien aguerri qui opère une tumeur bénigne.

Il s'était réveillé plus tard, la peau de son avant bras dure comme du cuir, un espèce de cratère sanguinolent au creux du coude, au beau milieu duquel trônait la partie supérieure de ce superbe stylo.

Le lendemain, il l'avait échangé contre une seringue à un baba cool défoncé. C'était quand même plus pratique.

Cédric remonta les rues qui se rapprochaient du lycée, passa devant le parc, la pluie dans les yeux et le vent dans son dos maigre.

Il essaya de se rappeler de la première fois où il avait pris de la vraie drogue, pas de la fumette ou une double dose de Valium.

Il ne s'en souvenait plus. C'était une nuit qui s'était noyée dans toutes celles qui avaient suivit. Pourtant, se dit-il, c'était ma première fois. Je devrais m'en rappeler.

Mais rien à faire, il ne s'en rappelait pas.

Tant pis. De toute manière, on accorde toujours trop d'importance aux premières fois.

Il passa devant l'église qui faisait face à l'internat, et celle-ci sonna 16h00. Il s'arrêta sous le porche, surveillant les allées et venues des élèves et cherchant la tête blonde de Draco parmi les parapluies qui se massaient devant l'entrée du lycée.

Il crut l'apercevoir plusieurs fois, et à chaque fois son cœur faisait un bond dans sa poitrine.

Calme-toi, s'ordonna-t-il. C'est foutu de toute manière, Harry n'acceptera jamais. Tu n'as rien à perdre.

Mais Draco ne se montrait pas, et à 16h30 Cédric attendait toujours. C'est pas possible, se dit-il. Il sort toujours fumer à la récréation. J'ai pas pu le rater.

Cédric sortit de sous le porche de l'église et s'avança vers le lycée, ayant l'impression de passer sous une cascade.

Tous les élèves étaient rentrés en cours maintenant.

Eh merde. Il soupira, et des gouttes d'eau s'envolèrent de ses lèvres. Au pire, il le verrait à l'internat ce soir. En attendant, il allait retourner traîner dans les rues.

Mais lorsqu'il fit demi-tour, ses yeux se posèrent sur le mur de pierre. Une silhouette y était juchée, toute rabougrie, et ses contours paraissaient altérés par la pluie battante.

Draco ? Non de Dieu, pensa Cédric, ce mec est encore plus spécial que je pensais. Qui est-ce qui reste dehors par un temps pareil ? … À part moi ?

Il inspira profondément, essayant de ne pas trop penser, et marcha jusqu'au pied du mur.

- Draco, qu'est-ce que tu fous encore là-haut ?

Le garçon ne répondit pas. Pendant quelques secondes, Cédric se trouva passablement ridicule, le nez en l'air, fixant avec espoir une paire de semelles qui pendait trois mètres au dessus de sa tête.

- Draco ? répéta-t-il, haussant la voix.

Au bout d'une minute, il se demanda si Draco n'était pas entré en catatonie à cause du froid. Il avança ses mains osseuses et agrippa la paroi aux pierres glissantes, chercha ses prises avec hésitation.

- Tu fais chier... Merde, je vais me tuer...

Il tira sur ses bras et ses pieds quittèrent le sol. Il monta un mètre, puis un autre, ses doigts crispés sur les pierres visqueuses comme des dos de poisson. Lorsque ses coudes se posèrent sur le haut du mur, enfin, il tremblait comme une feuille.

- Ça va? Cool. Parce que au cas où t'aurais pas vu, moi, j'ai failli crever.

Sa voix était saccadée. Il eut le sentiment d'être un long vers de terre qui se contorsionnait pathétiquement lorsqu'il essaya de s'asseoir à côté de Draco sans tomber.

Quand il se fut installé, Draco tourna vers lui son visage décomposé et murmura quelque chose d'inaudible.

- J'entends pas, répondit Cédric.

- J'ai dit que t'avais intérêt d'avoir une bonne raison pour venir me faire chier jusqu'ici.

Cédric le regarda et le trouva misérable. Il tremblait de froid, ses cheveux blonds étaient complètement trempés et de courtes mèches collaient à son front. Son visage était crayeux, aussi froissé que ses habits sales, et Cédric se demanda s'il avait dormi sur le trottoir.

- Putain, ça craint. T'as l'air en plus mauvais état que moi...

Il ne se dérida pas et continua à fixer l'horizon, où des nuages de plus en plus noirs s'amoncelaient. Cédric se racla la gorge et tritura le jean humide qui cachait ses jambes maigres.

- Je vois que t'as pas eu la meilleure des journées.

- Et perspicace, avec ça.

Le garçon haussa les sourcils et leva les mains dans un signe pacifique.

- Je viens en paix. Pas besoin de démarrer au quart de tour.

Draco ne répondit rien, mais Cédric vit son regard vaciller quelques secondes, puis il se prit la tête entre les mains, passant ses doigts dans ses cheveux mouillés.

- Qu'est-ce que tu veux, Cédric ? T'as pas escaladé ce mur pour rester sous la pluie à me faire la causette, si ?

- Non, bien sûr que non, loin de moi cette idée. Mais va savoir, ta présence doit faire resurgir chez moi des notions rudimentaires de bonnes manières...

Il sourit et vit le visage du garçon se relaxer un tout petit peu.

- Alors, dis-moi, qu'est-ce qui t'arrive?

L'expression de Draco redevint glaciale en un quart de seconde.

- T'es quoi, maintenant ? Ma meilleure copine ? Mon "confident" ?

Il appuya le dernier mot d'une grimace et d'un "tsss" méprisant. Cédric leva les yeux au ciel, soupira de manière tragique.

- Tu préfèrerais peut-être que je te décapsule une petite bière et que je te dise que c'est toutes des salopes ?

Draco le regarda, abasourdi.

- Pardon ?

- Ben quoi, c'est pas ça, ta hantise ? "Faire pédé" ? C'est pas parce que je te demande pourquoi tu te sens mal qu'on devient deux tapettes qui parlent chiffons, espèce de pauvre con.

Draco pinça les lèvres et détourna la tête. Cédric se tut.

Il ne sut pas combien de temps il resta là à mettre à l'épreuve son étanchéité, mais toujours est-il que lorsque Draco parla enfin, il ne sentait plus ni ses pieds ni ses mains.

- Je...

Sa voix était éraillée et hésitante. Lorsque Cédric tourna son regard vers lui, il avait l'air écartelé entre l'envie de vider son sac et celle de se taire et partir.

- Je crois que Harry et moi...

Il le vit joindre les mains pour les empêcher de trembler.

- Je crois qu'on a... Qu'il m'a...

Cédric failli tomber du mur et s'écraser sur le goudron. Pas besoin d'en entendre plus pour comprendre, mais il laissa Draco patauger dans la semoule, juste pour voir s'il avait la force de finir sa phrase.

- Je crois qu'il m'a fait une fellation...

Draco s'arrêta, tétanisé.

Il n'entendait plus le bruit de la pluie. Le vent dans le clocher s'était essoufflé. Les pas rapides des quelques passants s'étaient assourdis, et même les feuilles ne tremblaient plus sur leurs branches.

Il sut que sa voix avait fusé comme une comète dans cet affreux silence, et que la terre entière avait entendu ce qu'il venait de dire. Les yeux du monde entier le regardaient avec une surprise choquée, le toisaient avec dégoût...

Il avait le vertige.

Tout ce vide sous mes pieds... Tout ce vide...

La voix de Cédric lui fit l'effet d'une grande claque.

- Tu crois qu'il t'a fait une fellation ? Wow. Je sais pas comment il s'y est pris mais normalement, c'est pas le genre de truc qui porte à confusion, tu sais ?

Cédric espérait que par cette réplique, Draco comprendrait qu'il se foutait bien de ce qu'il pouvait faire au lit avec qui que ce soit, mais il n'obtint pas le résultat escompté.

Voyant le regard vitreux et les mâchoires crispées du garçon, il posa une main sur son épaule.

- Écoute... Les gens s'en foutent. Je m'en fous. Alors pourquoi tu te mets dans cet état ?

- ...

- Il t'a fait mal ?

- … Non.

- Tu as aimé ?

- ...

- Tu as aimé ?

Il entendit à peine le "oui" de Draco, aussitôt aspiré par le vent.

- Ben alors c'est quoi le problème, exactement ?

Draco se tourna vers lui, une expression de profonde fatigue sur le visage.

- J'apprécie l'effort. Mais tu sais très bien que les choses ne sont pas aussi simples que ça.

Ce fut au tour de Cédric de se taire. Bien sûr que les choses n'étaient pas aussi simples. Mais quelques fois, quand on faisait comme si elles l'étaient, elles finissaient par le devenir.

Puis il pensa à le raison pour laquelle il était venu voir Draco en premier lieu.

Non... se dit-il. Les choses ne sont pas simples. Et je suis désolé, Draco, mais je vais devoir les compliquer encore plus.

- J'ai quelque chose à te raconter.

o0o0o0o0o0o

Harry évita de justesse le stylo bic qui siffla à côté de son oreille et heurta le mur du fond de la classe, derrière lui. Les élèves éclatèrent d'un rire univoque et Mme Trelawney lui jeta un regard satisfait.

- Bien, je vois que ma nouvelle passion pour les fléchettes porte ses fruits. J'ai réussi à vous réveiller... C'est triste que Spinoza n'ai pas pu en faire autant.

Samy lui accorda un sourire.

- Désolé.

Les coins de sa bouche molle se soulevèrent à leur tour, sans grande passion. Puis elle changea de sujet.

- Savez-vous quand est-ce que Draco reviendra ? On ne le voit qu'en pointillé, ces temps-ci, et je dois avouer qu'il faisait bien avancer le cours...

Une lueur de nostalgie assez comique vint flotter dans ses yeux ternes.

- … Il n'a rien de grave, j'espère ? continua-t-elle.

Harry déglutit difficilement. La brusque apparition de Draco dans la conversation n'était pas trop à son goût.

- Il... Il... Je ne sais pas.

Tout le monde le fixait.

- Je ne sais pas ! répéta-t-il, les paumes vers le ciel.

- Si vous le voyez, dites-lui d'arrêter ses bêtises. Son conseil de discipline est dans 5 jours. S'il a une chance de s'en sortir, qu'il ne la gâche pas avec un taux d'absences astronomique. Cet enfant est peut-être majeur, mais il reste complètement irresponsable.

Harry acquiesça.

C'est ça, pensa-t-il. Je lui dirai.

Mme Trelawney pensa brièvement à l'autre jeune homme, Cédric. Peut-être aurait-elle dû demander de ses nouvelles à lui aussi... Elle secoua la tête.

Ce sont des adolescents, se dit-elle. Juste des adolescents. Ils rentreront.

Et, tranquillisée, elle retourna à son tableau noir et à ses craies.

Harry replongea dans sa rêverie éveillée dès qu'elle eut le dos tourné .

Chaque soir depuis trois jours, il rentrait à l'internat le cœur battant la chamade. Il poussait la porte doucement, espérant que Draco serait rentré, et à chaque fois il se faisait l'impression d'un amputé qui soulève le drap et en priant pour qu'une nouvelle jambe ai repoussé de son moignon à vif.

Voyant que Draco n'était pas dans la chambre, Harry se couchait sans manger et passait les rues de la ville en revue dans sa tête, se demandant où est-ce qu'il pouvait bien être. En espérant qu'il soit toujours dans cette ville, qu'il ne soit pas parti SI loin...

Il n'était pas rentré chez ses parents, Harry en était certain. Sa mère était une femme complètement effacée qui passait son temps à récurer la grande maison qu'ils habitaient, l'œil vide et sans un mot. Et Draco n'aimait pas son père, c'était tout ce que Harry savait. Il était moins bien chez lui que partout ailleurs.

Mais où est-ce que tu es, putain...

Tout à coup, un bruit léger le ramena sur terre. Il baissa les yeux. Une feuille blanche, roulée et tenue par une ficelle verte avait atterri sur le bord de sa table. Il soupira et jeta un regard exaspéré à Olivier, qui se tenait une table plus loin.

- Écoute Olivier, est-ce que j'ai l'air d'être d'humeur à...

- Non. Mais je tente ma chance.

Il souriait, l'air un peu gêné.

- S'il te plaît. Je te demande pas la lune. Juste... Ouvre-la, d'accord ?

Harry leva les yeux aux ciel et arracha la ficelle sans précaution, puis déroula le papier, et resta sans voix.

Nom de Dieu...

C'était un dessin magnifique.

Il représentait un gros bouquet d'orties aux longues feuilles vertes dentelées, ceintes par du fil barbelé hérissé en pointes menaçantes. Et au milieu, à peine visible noyé dans toutes ces piques vertes et grises, un timide bouton de rose rouge.

À côté du bouquet, Olivier avait écrit à l'encre noire : "Je m'y piquerai autant qu'il le faudra, mais donne-moi une nouvelle chance de t'atteindre."

Harry était sidéré. Olivier avait dû passer des heures sur cette feuille pour dessiner quelque chose d'aussi beau. Il leva les yeux vers lui, n'ayant aucune idée de ce qu'il allait dire.

Le jeune homme aux yeux pétillants le regarda une dizaine de seconde ouvrir et fermer la bouche comme un poisson, avec aux lèvres un espèce de sourire polisson. Puis il vérifia que Mme Trelawney assommait toujours les premiers rangs avec une obscure théorie philosophique, et il se glissa sur la chaise libre à côté de celle de Harry.

- J'ai besoin d'une réponse, murmura-t-il.

Harry regarda dans ses jolis yeux noisettes, hésita une infime seconde puis le repoussa, mais sans agressivité.

- J'ai pas de réponse. Y a pas de réponse du tout, Olivier.

- Bien sûr que si. Dis-moi juste que tu ne me fermes pas toutes les portes.

- Non. Je suis désolé. Laisse-moi.

Olivier pencha sa tête vers lui, et murmura à son oreille :

- "Autant qu'il le faudra"...

Harry s'écarta, gêné.

- Putain, Dubois... Arrête de faire ton Latin Lover à deux francs cinquante.

Dubois ne put s'empêcher de réprimer un sourire.

- Latin Lover... Non mais je rêve... dit-il à voix basse. Tu peux parler, Monsieur je-rabats-mes-mèches-scintillantes-sur-mon-front-héroïquement-marqué-d'une-cicatrice-à-longueur-de-journée !!

Harry lui asséna un coup de poing dans la cuisse.

- Sale pédé, s'insultèrent-ils d'une même voix.

Ils rirent tous les deux.

- Putain, murmura Harry. C'est dingue, j'ai l'impression de pas avoir ri depuis un demi siècle. Je suis sûr que je vais choper des courbatures aux joues à cause de toi...

Olivier lui fit un sourire triste, deux fossettes contrites se creusèrent aux coins de ses lèvres fines.

- Hé. Regarde-moi. C'est pas parce qu'il est pas là que t'es tout seul.

Harry ne répondit pas. Ils se regardèrent quelques secondes sans rien dire, puis le garçon prit son courage à deux mains.

- Harry...

- Pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ?

La voix morne de Mme Trelawney était montée d'un ton, et Harry sursauta.

- Monsieur Olivier Dubois, votre migration inopinée sera tolérée si vous pouvez me répéter ce que je viens de dire.

Olivier pris l'air aussi sûr de lui que possible.

- Heu... vous parliez de la philosophie... spinozienne ?

Les élèves se mirent à rirent.

- Bien essayé, mais non. Harry, pouvez-vous m'expliquer de quoi nous sommes en train de parler pendant que votre voisin regagne sa place ?

- Désolé, dit Harry en secouant la tête. Je sais pas.

- Je parlais du désir, Monsieur Potter. Cette notion philosophique que nous étudions depuis maintenant deux semaines. Ça vous dit quelque chose ?

- Je... Oui...

- C'est ça. Je disais, plus précisément, que ce que chaque être humain désire le plus au monde, ce n'est ni le bonheur, comme le suggérait Hermione, ni la satisfaction systématique de ses moindres désirs, comme le suggérait Alicia. C'est encore moins une Xbox 360, comme Crabbe l'a aimablement proposé.

Elle parut attendre une réaction de la part de Harry, qui finit par hausser les sourcils, misant sur la polysémie de cette expression pour ne pas faire de faux pas.

- Vous savez ce que c'est, Harry ?

- Hum, non.

Mme Trelawney remonta ses lunettes sur son nez et parcouru la classe entière de son regard de chouette, qui semblait s'être illuminé légèrement.

- Notez tous. Ce que l'être humain désire le plus au monde, c'est être désiré par l'autre. Eh oui ! Vous avez tous l'air sceptique, mais si vous y pensez, vous verrez que c'est évident.

Olivier tourna la tête vers Harry. Mais celui-ci regardait loin par la fenêtre, vers le mur de pierre.

o0o0o0o0o0o

La sonnerie mit fin au cours quelques années plus tard, selon l'horloge interne de Harry, et il rangea ses affaires avec des gestes las. Mais au moment de prendre le dessin de Olivier, sa main s'immobilisa, et il en fut incapable.

Si je le prends, il va s'imaginer que...

Il jeta un coup d'œil rapide vers le mexicain et vit qu'il le regardait.

- C'est pas comme si c'était un contrat de mariage, Harry, le rassura-t-il.

Puis, mal à l'aise, il passa une main dans ses mèches châtaines, ce qui lui conféra un air négligé et sexy, il fallait le reconnaître.

- Je l'ai fait pour toi, alors prends-le.

- Heu... Je... d'accord. Merci. Je te l'ai pas dit tout à l'heure, mais t'as un bon coup de crayon.

- Et toi, t'es un bon coup tout court.

Harry écarquilla les yeux de surprise, puis éclata de rire.

- Je rêve, dit-il en secouant la tête.

Mais il glissa soigneusement le dessin dans son sac.

Olivier le regarda partir et resta planté comme un demeuré dans la classe, un sourire béat au lèvres, jusqu'à ce que Mme Trelawney le fiche dehors.

Harry, de son côté, tourna dans le couloir en même temps que tout un troupeau de garçons qui montaient poser leurs affaires avant d'aller prendre l'infect dîner qui les attendait à la cafétéria.

Les escaliers de l'internat résonnèrent sous leurs pas. Pour la première fois depuis trop longtemps, Harry ne se précipita pas vers sa chambre en espérant y trouver Draco. Il marchait paisiblement et celui-ci, pour un petit moment, avait cessé d'empoisonner ses pensées.

Il n'envisageait pas forcément d'aller manger avec les autres, mais il n'envisageait pas non plus de fermer les volets et de se rouler en boule sur son lit en attendant que demain vienne.

Il pensait à la rose, au milieu des orties et du barbelé, et souriait doucement.

Puis il se reprenait :

Arrête. Olivier est un connard, il t'a baisé, puis il n'a pas supporté que tu le repousses et il a diffusé la vidéo devant tout le lycée.

TOUT LE LYCÉE, HARRY.

Mais à peine cette remontrance achevée, il pensait au dessin entre son livre d'histoire et ses cours de philosophie.

Mais lui au moins, il s'excuse. Il fait amende. Il reconnaît qu'il a été con. Il ne te donne pas l'impression d'être de la merde, il te fait rire, il ne te laisse pas des cicatrices à chaque fois qu'il te touche, il fait tout ce qu'il peut pour te faire comprendre qu'il tient à toi, et il ne part pas quand ça va mal.

Il est là, lui.

Rasséréné par par ce pamphlet, Harry releva la tête et poussa la porte de sa chambre. Mais cette fois-ci malheureusement, Draco était là, lui aussi.

o0o0o0o0o0o

Harry regarda le garçon en face de lui sans véritablement y croire.

- Draco ?

- Harry, faut qu'on parle.

Harry le fixait comme une apparition, répétant ses mots dans sa tête. "Faut qu'on parle." Il fallait qu'ils parlent. Il fallait qu'ils parlent ? Il...

- Pourquoi tu ris ?

Draco, sidéré, le regardait avec des yeux grands comme des soucoupes.

- Je... tenta Harry, la voix incertaine. Il faut qu'on...

Il ne put pas continuer, et éclata littéralement de rire. Et voir Draco le fixer comme si un troisième œil était apparu au milieu de son front n'arrangea rien à l'affaire : son rire devint un vrai fou rire nerveux.

- Oh mon Dieu... oh non, c'est pas possible...

- Mais merde, de quoi tu parles ? Je déconne pas, Harry, il faut qu'on parle, arrête de rire !

Harry redevint sérieux à une vitesse terrifiante. Il agrippa Draco par l'encolure de son pull et le colla contre le mur si violemment que leur étagère en trembla.

- Ferme ta gueule. Tu m'entends, sale con ? Surtout, tu fermes ta gueule.

Il l'aurait tué. Il sentait toute la colère, la peur et les regrets qu'il avait ressassé pendant ces derniers jours se transformer en adrénaline et pulser dans chacun de ses muscles. Il aurait donné n'importe quoi pour le massacrer.

- Regarde-toi. T'es pathétique. C'était quand la dernière fois que t'as vu un lit ou pris une douche ?

- Harry...

- TA GUEULE, j'ai dit !! PUTAIN !!

Il le lâcha pour ne pas céder à l'envie de l'étrangler.

- Tu... Tu disparais pendant des jours, tu donnes des nouvelles à personne, je sais pas si tu vas revenir ou si t'es en train de crever la gueule ouverte sur le trottoir, puis tu te pointes comme une fleur dans ma chambre pour me dire QU'IL FAUT QU'ON PARLE ? NON MAIS TU TE FOUS DE MA GUEULE !?!

- Je ...

- EST-CE QUE TU TE RENDS COMPTE QUE T'ES VRAIMENT UN SALE CONNARD ?

- Harry, je suis désolé...

- Oh, bien sûr, c'est pas grave, Draco. Je t'excuse, tout est oublié, depuis les cicatrices sur ma gueule jusqu'à ta fugue prolongée ! Tu veux que je te fasse ton lit et que je te raconte les derniers ragots qui circulent sur toi, OU TU PRÉFÈRES QUE JE TE SUCE DIRECTEMENT ?

Draco le regarda comme s'il venait de lui coller une baffe retentissante.

Harry ne lui ferait pas de cadeau, et il savait qu'il le méritait.

Il se sentait tellement con... Il n'aurait jamais dû rentrer. Il aurait dû revenir chercher ses affaires et lui foutre la paix, définitivement...

Le regard haineux de Harry parcourut son corps sans pitié, remarquant chaque triste détail. Il lui disait qu'il avait perdu du poids, qu'il était sale, qu'il sentait la sueur rance et la rue. Il lui montrait ses habits tâchés et son pull déchiré à l'épaule, ses cernes qui ressemblaient à deux traînées grotesques de mascara...

Draco se demanda ce que montrait son propre regard, et le baissa aussitôt.

Les deux garçons restèrent silencieux. Puis Harry lui tourna le dos et entreprit de vider son sac sur son bureau et de ranger ses affaires avec des gestes rageurs.

- Bon, tu restes là pour le plaisir où tu me dis ce que t'as à me dire ?

- … Non.

- Quoi, "non" ?? dit Harry en fermant violemment son tiroir.

- Non, je vais pas te dire ce que j'ai à te dire, parce que c'est vraiment important et que je veux que tu sois calme pour en parler.

Il continua avant que Harry n'ait eu le temps de cracher une autre réplique venimeuse :

- Écoute. Je vais prendre une douche et me changer. S'il te plaît, ne pars pas pendant ce temps. Tu pourras me haïr tout ce que tu veux après, mais... ça me rend malade, alors laisse-moi t'en parler, okay ? Je partirai après, si tu veux plus me voir.

Draco triturait les manches sales de son pull, soutenant son regard. Harry hésita, puis il marmonna quelque chose en montrant la salle de bain du doigt, et tourna les talons pour aller s'allonger sur son lit.

- Je reviens, dit doucement Draco.

- Dans dix minutes ou dans trois jours ?

Il se mordit la lèvre sans répondre. Puis il murmura :

- Je suis désolé.

Il hésita, pensa à rajouter : "Tu m'as manqué. Même si c'est pas partagé, ça me fait du bien de te revoir" ; ou même "Ça fait trois jours que je pense qu'à toi à chaque putain de seconde de la journée, que je te revois penché sur ma queue et que j'en rêve la nuit sur les bancs du parc..." mais il se contenta de le regarder un peu plus longtemps que d'habitude. Puis il s'enferma dans la salle de bain et pria pour que le reste de la soirée ne tourne pas au drame.

o0o0o0o0o0o

Draco se regarda dans le miroir, objectivement. Il ne vit rien de particulier, à part que l'angoisse raidissait ses traits comme l'eau froide fige le fer en fusion.

Il t'attend. Vas-y.

Seigneur, qu'est-ce qu'il avait peur. Il l'imaginait de l'autre côté de la porte, couché sur son lit, attendant qu'il vienne lui parler...

Si tu savais... Si tu savais que je sais...

Il pensait à ces deux années avec lui, les revoyait d'en haut, avec du recul. Il avait cru le connaître. Et même maintenant, en le regardant, en observant son visage qu'il connaissait par cœur, il n'arrivait pas à se dire que ce que Cédric lui avait raconté était vrai.

Il ne voulait pas le croire, c'était impossible. Harry, le Harry qu'il avait connu comme son frère...

Il se prit la tête entre les mains.

Que ce soit vrai où pas, parle lui en, et tu seras fixé. Mais par pitié, sors de cette foutue salle de bain.

Il respira un grand coup, ignora les divers signaux qui lui indiquaient qu'il paniquait, et ouvrit la porte.

Une odeur de savon le suivit jusqu'à son lit, où il s'assit du bout des fesses. Harry se redressa comme un culbuto.

- Bon. Finissons-en, dit-il.

Draco s'éclaircit la voix, et balbutia :

- Merde... c'est trop con, Harry... comment est-ce qu'on a pu passer deux ans ensemble sans s'apercevoir qu'on était tous les deux malheureux ?

Harry le regarda, perplexe.

Un long silence emplit la chambre des deux garçons. Draco sentit les mots s'effilocher dans sa tête, partir en fumée, et plus il essayait de les retenir plus ceux-ci se faisaient glissants.

- Je... Je... dit-il après un moment. Écoute. Je sais que c'est difficile à croire, étant donné que j'arrête pas d'agir comme un connard de première, mais je te promets que je serai là pour toi autant que je peux. C'est tout ce que je peux te dire... Je...

- Draco, qu'est-ce qu'il y a, merde ! C'est quoi le pr...

- Cédric m'a tout raconté.

Comme dans un affreux ralenti, Draco vit l'expression de Harry se figer, puis s'effriter lentement, et s'effondrer comme un masque de poussière.

Oh non... C'est vrai alors...

- Quoi ? fit Harry d'une voix blanche. Qu... Quoi ?

Draco ne répondit pas, complètement abasourdi.

C'est vrai... Merde, mais c'est pas possible...

- D... de quoi... qu'est-ce qu'il t'a dit ?

L'été 1997, balbutia Draco. L'été... quand vous vous êtes connus... il m'a parlé d'un type...

- Tais-toi. C'est des conneries.

Le visage de Harry était livide. Draco hésita un long moment avant de poursuivre.

- Je crois que non.

- Et moi je crois que tu ferais mieux de partir.

Sa voix résonnait comme un murmure éthéré dans la pièce.

- Je peux pas.

- Si tu peux. Tu te lèves, tu marche jusqu'à la porte et tu sors de ma putain de chambre tout de suite.

- Pourquoi tu me l'as pas dit ?

- Mais putain, il n'y a rien à d...

- Tu étais mon meilleur ami. J'aurais pu t'aider.

- Ou pas. Sors d'ici.

Draco se leva sans réfléchir, mais au lieu de partir, il s'assit en tailleur sur le lit de Harry, tout près de lui .

- Il l'a retrouvé. Le malade qui vous a fait ça. C'est pour ça qu'il est venu dans le sud. Tu devrais accepter ce qu'il te demande, Harry. Faire un procès à ce type. Il dit que tout seul personne ne le croira vu son problème de dope, mais si tu l'aides à témoigner, vous...

- Si tu sors pas de mon lit, je te jures Draco je vais te tuer.

- Mais comment tu peux vivre en sachant que ce taré est en liberté ? Qu'il peut recommencer n'importe quand ?

- JE VEUX JUSTE QU'ON ME FOUTE LA PAIX !

Ses lèvres tremblaient, et ses yeux se remplirent de larmes.

- Pourquoi vous comprenez pas ça ? Je veux JUSTE être tranquille. Que Cédric fasse son truc dans son coin s'il veut, mais qu'il me lâche ! J'ai passé 10 ans à essayer d'aller bien et d'oublier cette saloperie, je vais pas tout foutre en l'air maintenant.

- Oui. Tu as réussi si admirablement, ce serait dommage de tout gâcher.

Harry le regarda, amer, les larmes coulant sur ses joues en traçant des sillons humides.

- Oh, ta gueule. Je devrais te foutre une droite pour ce que tu viens de dire, t'en es conscient ? Essaie de te remettre d'un truc pareil, pour voir. Comme si tu pouvais savoir ce que ça coûte.

Il se tut un instant, ravala ses larmes, puis ajouta :

- Je vais mieux que Cédric de toute manière, non ? Alors foutez-moi la paix, tous les deux.

Les yeux de Draco parcoururent le profil de Harry, son corps ramassé sur lui-même. Tout chez lui était masculin, ses traits, la largeur de ses paumes, sa voix, ses muscles, l'odeur de sa peau...

Pourtant, à cet instant, il avait l'air revêche d'un gosse qui met toute la mauvaise foi du monde à se persuader qu'il a raison. Et pendant une seconde Draco le vit, le petit Harry de sept ans qui faisait des pâtés de sable sur la plage.

Et il comprit que Cédric avait dit la vérité.

Son cœur se serra douloureusement.

Comment j'ai pu ne pas le voir... Comment j'ai pu passer à côté de ça, merde, mais quel con...

Ce n'était pas de sa faute, mais il se sentait affreusement coupable. Il aurait fait n'importe quoi pour le voir aller mieux. Il préférait le voir hurler, frapper et saigner plutôt que de le voir pleurer, parce que contre les larmes, il ne savait pas quoi faire.

Il le regardait s'essuyer les yeux, profondément mal-à-l'aise. Rien de ce qu'il dirait ne sonnerait juste, rien de ce qu'il ferait ne serait approprié...

Puis il se rappela de quelque chose qu'il avait fait, une fois. La seule chose qui soit appropriée dans un moment comme ça.

Fais-le. Allez.

Mais la dernière fois, il dormait... Là, il va me voir ! Il va me repousser...

Il ne pouvait pas. Un contact physique intime dont il serait l'initiateur lui semblait être quelque chose d'énorme, de paralysant, et la sensation de se changer en statue de pierre l'étreignit soudain.

Arrête de penser, bordel, et fais-le.

Il était ridicule. Tant de mal pour un si petit geste...

Doucement, précautionneusement, il avança sa main vers Harry, et elle se posa comme un papillon sur son épaule. Elle descendit lentement sur son bras, et son cœur battait n'importe comment lorsque Harry tourna la tête vers lui.

- Je peux savoir ce que tu fais, là ?

La main se figea, glacée. Harry la repoussa d'un geste sec.

- Ne me touche pas. Ne me touche plus.

Draco sentit distinctement chaque mot faire son chemin jusqu'à son cœur comme autant de poignards aiguisés. Il ne venait pas d'entendre ça, ce n'était pas possible.

- Je voulais juste... murmura-t-il. Je...

- Dégage de mon lit.

- Mais...

- Putain, Draco, casse-toi !

La voix de Harry était tranchante. Il ne pleurait plus. Comme un aveugle, Draco regagna son lit.

Il lui rappelait tellement quelqu'un, à cet instant... Le regard dur, accentué encore par les cicatrices, les traits tirés, la même pointe d'acier dans la voix...

"Casse -toi..." C'était toujours la même chose... Toujours la même chose...

Tu vois ce qui arrive ? dit une voix dans sa tête. Tu vois ce qu'il se passe, quand tu te laisses aller ? Pourquoi ça ne te sert pas de leçon une bonne fois pour toutes ?

Il l'étouffa tant bien que mal, mais sa vue s'obscurcissait déjà. Il se leva, marcha vers la porte, sachant très bien ce qui allait se passer s'il restait là. Mais avant de quitter la pièce, il dit sans se retourner :

- Il s'appelle Tom Jedusor. Cédric l'a retrouvé en cambriolant la salle où ils archivent toutes les coordonnées et les détails du séjour des vacanciers, au camping où vous étiez en 97. Il vit à Marseille, c'est un conseiller fiscal.

Sa propre voix lui devenait inaudible à présent, les battements de son cœur lui martelaient les côtes. Il continua avec une voix d'outre-tombe, dérapant sur chaque mot :

- Il a deux enfants. Deux petits garçons.

Il ne voyait plus Harry, juste un mélange flou de couleurs délavées, comme si un peintre avait jeté une bassine d'eau sur sa toile. Ses ongles s'enfoncèrent dans le bois de la porte.

Il avala douloureusement sa salive. Sa gorge le brûlait.

- Je te reverrai sûrement pas, alors je te souhaite de t'en sortir et de foutre ce type en taule. Je reviendrai chercher mes affaires le jour de mon conseil de discipline.

Il referma la porte derrière lui, partit dans le couloir, descendit de l'escalier et sortit de l'internat aussi vite qu'il le put.

Harry n'entendit ni ses cris ni le bruit sourd de ses poings qui s'écrasaient contre le mur de pierre.

o0o0o0o0o0o

Harry avait rêvé de Draco durant ces derniers jours. Seulement de lui, à vrai dire. Il était partout, tout le temps, dans tous ses rêves, et Harry se réveillait tour à tour fou de rage, désespéré, mort de peur ou excité à en pleurer de frustration. Ses nuits étaient un calvaire.

Mais cette nuit-là, il ne rêvait pas de Draco. Son corps était parcouru de mouvements nerveux sous le drap, assailli de souvenirs fantômes.

Il était dans un bungalow. Depuis trop longtemps, des heures sûrement. Combien d'heures ? Maman lui avait appris à lire l'heure, mais il était trop angoissé pour se souvenir comment on faisait.

Il fixait sa montre, essayant de trouver refuge dans la constance des petites aiguilles.

Il avait bien entendu les cris, au début.

Mais en mettant toute son énergie à regarder la plus petite des aiguilles, à voir si elle avait dépassé le quatre ou si elle avait dépassé le cinq, il les entendait moins. Ou peut-être était-ce parce que Cédric avait désormais une grosse main plaquée sur sa bouche.

Voyons, la longue aiguille. C'était toujours elle qui gagnait, Maman avait dit. Pendant que la petite parcourait un millimètre, elle parcourait la moitié du cadran, et si on la regardait attentivement on pouvait même la voir bouger...

Harry la regarda tellement fort qui lui sembla être aspiré par sa montre. Plus de glaces fondues sur la table en bois vernie, plus de télé allumée avec le volume à fond. Plus de porte d'entrée verrouillée ni de store baissé, d'obscurité sur fond de jingle publicitaire, juste des rouages imperturbables.

Puis une main se referma sur son poignet, cachant sa montre, et il se retrouva attiré contre un corps chaud à l'odeur forte, à la peau brillante de sueur.

Il vit à peine son tout nouvel ami qui se tenait au mur devant lui en pleurant, il n'entendit que très vaguement la voix douce de l'homme qui le serrait contre lui. Des mains lui enlevèrent ses habits avec des gestes délicats, mais il garda sa montre au poignet.

Et tout à coup, la solution lui revint. Il fit rapidement le calcul, comptant sur ses doigts pendant que les mains touchaient son corps d'enfant. Il était 16h43, et on pouvait aussi dire qu'il était 17h00 moins... 17 minutes. 17H00 moins 17 minutes ! C'était assez drôle. Il faudrait qu'il le dise à Maman en rentrant.

Mais ça voulait dire que le monsieur avait gardé Cédric plus d'une heure... C'est tellement long, une heure. Harry espéra qu'il ne le garderait pas aussi longtemps, parce qu'il devait rentrer à l'heure, quand la petite aiguille serait sur le 6 et la grande sur le 12... Il savait qu'on disait 18h00, mais c'était plus facile de s'en souvenir comme ça. Maman lui avait appris cette technique.

Il continua de fixer sa montre avec obstination, même quand l'homme le toucha à un endroit très intime. La troisième aiguille – l'aiguille des secondes – était sa préférée, juste à cause de son nom. La "trotteuse". C'était un nom bizarre, quand même, ça.

Soudain, une main se pressa sur sa bouche et une affreuse douleur le déchira en deux, mais il ne dit rien.

Il commença à compter les secondes.

oOoOoOoOoOo

Voilà ! J'espère que ça vous a plu. J'ai fait de mon mieux pour ne pas oublier les noms des persos originaux de ci de là, si vous en voyez n'hésitez pas à me le dire, parce que bon ça craint un peu ^^. Pour ceux qui se font du soucis en ce qui concerne le tournant singulièrement dramatique qu'est en train de prendre l'histoire, ne vous inquiétez pas, il y aura un happy end !!! XD Je n'aime pas quand le glauque et le morbide durent trop longtemps. ça commencera à s'arranger au chapitre prochain...

Sinon je vous souhaite une bonne année à tous et m'autosouhaite un max de rivious ! (subtile manière de vous dire qu'il vous faut m'en laisser ^^)

Des bisous à tous et see you dans trois semaines !

Tria.