Merci beaucoup pour les reviews et merci à emicrazy pour la betaisation (oui, ça existe).


Partie 2

Kurt réajusta le nœud de sa cravate vert et argent avant d'entrer dans la Grande Salle. Il n'était qu'en deuxième année, mais la plupart des élèves le connaissaient déjà, même les plus anciens que lui.

Il avait découvert en arrivant l'année dernière que beaucoup de gens connaissaient déjà son nom, surtout parmi les autres Serpentard. Cela ne l'avait pas vraiment étonné, puisque Serpentard était la maison dans laquelle on retrouvait le plus de filiation, et les parents de ses camarades avaient fréquenté sa mère du temps où elle était à l'école. Et visiblement, elle avait fait parler d'elle à l'époque.

Il s'entendait relativement bien avec tous les élèves de sa maison, mais la compagnie qu'il préférait restait celle de Rachel Berry. C'était une petit brune animée et bruyante de son année, avec qui il partageait beaucoup de points communs, et notamment une ambition acérée qui faisait honneur à leur blason argenté. Il avait à peine posé le pied dans la salle que la jeune fille se précipita vers lui.

"Santana dit qu'il va falloir se mettre en binôme pour le cours de défense contre les forces du mal, s'écria-t-elle. Tu te mets avec moi ? Je n'ai aucune envie qu'un imbécile de Poufsouffle me rase un sourcil en envoyant son sort de travers.

- Bien sûr, répondit Kurt en s'arrêtant à sa hauteur. Nous avons un cours commun avec les Poufsouffle ?"

Rachel hocha énergiquement la tête. "Avec les Serdaigle et les Gryffondor aussi, en fait. Travaux pratiques, par année."

Kurt poussa un grognement méprisant pour montrer à quel point devoir partager une salle de classe avec des élèves d'autres maisons l'agaçait. Les Serpentard avaient beau avoir naturellement un esprit de compétition féroce, ils étaient néanmoins très soudés entre eux. Mais ils n'avaient aucune cohésion avec le reste des maisons, si ce n'est une vague cordialité avec les élèves de Serdaigle. Les seuls moments où ils prenaient la peine de penser aux autres, c'était quand ils passaient devant les sabliers remplis de pierres précieuses qui décomptaient les points gagnés et perdus par les élèves, et les matchs de Quidditch. Ils avaient besoin de vérifier régulièrement qu'ils étaient toujours en haut du podium.

Un élève qui passait à côté d'eux tourna la tête quand il grogna. Du coin de l'œil, il aperçut le jaune de sa cravate et se retourna pour lui lancer une remarque piquante, mais il le reconnut et se tut. Blaine. Le garçon lui adressa un signe de tête et un petit sourire timide, mais Kurt se contenta de le suivre des yeux, froid et immobile.

Leur amitié n'avait pas fait long feu. Elle s'était nettement refroidie quand Blaine avait été envoyé à Poufsouffle, et s'était définitivement éteinte dans la semaine suivante. Au moment où il avait passé les portes de la Grande Salle pour la première fois, quelques minutes avant la cérémonie de répartition, Kurt n'avait pas d'avis particulièrement négatif sur les Poufsouffle. Ce n'était pas une maison qui se distinguait par une vertu qu'il jugeait noble, comme les trois autres, et il aurait sûrement mal pris d'y être envoyé, mais il n'avait rien contre ses représentants. Une semaine parmi les Serpentard l'avait fait changer d'avis. Les Gryffondor étaient leurs ennemis historiques, et ils les détestaient pour leur arrogance et le favoritisme odieux dont ils faisaient toujours l'objet, mais ils leur accordaient un minimum de respect. Les Serdaigle étaient brillants, mais les Serpentard prenaient pour un énorme gâchis le fait qu'ils n'utilisent pas leur intelligence à des fins personnelles. Eux avaient la ruse, l'intelligence au service de l'ambition, et ils ne comprenaient pas l'utilité d'un savoir empirique. Enfin, les Poufsouffle... les Poufsouffle ne leur inspiraient que du mépris. Ils ne se distinguaient particulièrement dans aucun domaine, leur gentillesse envers tout le monde passait souvent pour un cruel manque de personnalité et Kurt se demandait parfois s'ils avaient un quelconque instinct de survie.

Quoi qu'il en soit, le blason qui brillait sur la poitrine de Blaine et celui qui brillait sur la sienne les avait séparés probablement à jamais, et il ne lui avait pas adressé la parole depuis plus d'un an. Pire, il lui lançait régulièrement des regards froids et méprisants pour le dissuader de tenter une approche. Se faire surprendre en train de parler avec un Poufsouffle serait le comble du déshonneur pour lui, et Blaine n'en valait vraiment pas la peine.

Rachel lui saisit le bras et l'entraîna vers leur table, près du mur. Kurt s'assit dos au mur pour pouvoir observer le reste de la salle, en écoutant d'une oreille distraite le torrent de mots qui sortaient de la bouche de son amie. Il se versa un verre de jus de citrouille en jetant un coup d'œil au ciel magique au-dessus de lui. Couvert, mais sec. C'était l'idéal pour un match de Quidditch, et il allait encore devoir se creuser la tête pour trouver une excuse pour ne pas y assister.

Une minute plus tard, le flot quotidien de chouettes et de hiboux envahit la grande salle, et Kurt les regarda d'un air absent. Son père lui envoyait une lettre par semaine, mais il savait qu'elle n'arriverait pas avant deux jours. Quelque chose claqua violemment sur la table juste à côté de lui, le fit sursauter brusquement et propulsa un peu de son jus de citrouille dans son assiette.

"Regarde ça, Kurt, lui ordonna Santana." Kurt lui répondit par un regard noir, premièrement parce qu'on ne lui donnait pas d'ordre, et deuxièmement parce le jus de citrouille avait failli tâcher son uniforme impeccable.

"C'est quoi ? demanda-t-il d'un ton un peu agacé.

- C'est ce dont je t'ai parlé l'autre fois. Un article sur la mort de ta mère.

- Je ne pense pas que Sorcière Hebdo ait quoi que ce soit à m'apprendre sur ma mère. Merci, Santana, grommela Kurt en jetant un rapide coup d'œil au magazine plié qu'elle venait de laisser tomber devant lui.

- Justement, lis."

Comme il ne semblait pas décidé à obéir, elle poussa Rachel pour s'asseoir à califourchon sur le banc à côté de lui – pour tourner délibérément le dos à la jeune fille.

"Comme tous les ans, Sorcière Hebdo remet le prix de l'année à une sorcière s'étant particulièrement distinguée... blablabla... une reconnaissance de portée internationale... ah, voilà. C'est une sorte de vieille aigrie qui parle, écoute ça. Ce prix ne représente plus rien depuis que la guerre est terminée, nous déclare Cassandra Dudragon. Quand on pense qu'on remet aujourd'hui ce prix à l'inventrice du chaudron multifonction en kit, alors que des femmes comme Isabella Anderson l'ont reçu il y a moins de dix ans ! Belle progression dans le fémin...

- Santana... coupa Kurt, sincèrement ennuyé à présent.

- Tais-toi, Hummel. J'en arrive au moment crucial.

- C'est pas trop tôt..."

Santana l'ignora et reprit sa lecture. "Nous rappelons à nos lectrices vivant dans une grotte qu'Isabella Anderson a reçu cette distinction il y a quatre ans pour avoir vaincu en duel Elizabeth Hummel, qui faisait alors partie des derniers partisans encore actifs de Vous-Savez-Qui, et... Kurt, c'est la mère de Anderson ! Blaine Anderson !"

Kurt s'était figé, mais après un court temps de réflexion, il choisit de hausser les épaules.

"Ça ne veut rien dire. Il doit y avoir des centaines de Anderson dans le pays et...

- Regarde la photo, le coupa Santana en lui brandissant le magazine sous le nez."

Le regard de Kurt parcourut rapidement la page et se posa sur une photo en noir et blanc, dans le coin en bas à droite. Elle représentait un couple, composé d'une femme brune et souriante qui adressait un signe de main chaleureux au lecteur. L'homme à côté d'elle, coincé dans un costume définitivement pas sorcier, avait l'air un peu mal à l'aise. Il était étrangement immobile par rapport au reste de la photo, comme s'il s'était figé au moment où le flash était parti. C'était une attitude typique des moldus. Mais ce que pointait l'ongle manucuré de Santana, c'était le petit garçon qui s'accrochait à la main de sa mère et regardait timidement l'objectif en se dandinant sur place. Ses boucles brunes étaient inratables. Et même sur la photo en noir et blanc on pouvait dire que ses yeux étaient d'une couleur inhabituelle. Il était impossible de le nier : c'était bien le garçon avec qui il avait partagé son premier trajet en train pour l'école.

Une vague de haine heurta Kurt de plein fouet quand il observa ce petit garçon blottit contre sa mère. Au moment où cette photo avait été prise, il avait le même âge que Blaine et sa mère était morte. Alors que celle de Blaine était rentrée lui raconter une histoire le soir avant de s'endormir, lui avait pleuré dans les bras de son père parce qu'il ne voulait pas s'endormir, parce qu'il la voyait mourir encore et encore dans ses cauchemars. Alors que la mère de Blaine avait joué dans son salon avec son fils par un après-midi glacial de novembre, lui avait marché à côté du cercueil de la sienne et lui avait fait ses adieux définitifs. La mère de Blaine avait été là quand il avait reçu sa lettre, elle lui avait dit au revoir sur le quai de King's Cross. Elle l'attendait sûrement à chaque début de vacances, et elle serait là pour le féliciter quand il recevrait ses BUSE et ses ASPIC. Elle serait présente à chacun de ses anniversaires, à son mariage, à chacune des étapes importantes de sa vie. Celle de Kurt ne verrait jamais son fils grandir, elle n'aurait jamais l'occasion d'être fière de lui. Et Kurt ne reverrait jamais son sourire radieux et aimant. Son cœur ne se gonflerait plus jamais devant la fierté qui brillait dans ses yeux. Bien sûr il lui restait son père, mais le vide que sa mère avait laissé derrière elle, il le ressentirait toute sa vie. A cause de celle de Blaine.

Kurt leva lentement les yeux vers la table des Poufsouffle. Blaine était en train de rire avec une jeune fille blonde à l'air un peu stupide, complètement inconscient du regard que le jeune Serpentard braquait sur lui. Car chaque parcelle du visage de Kurt brûlait de haine. Si ses yeux avaient pu lancer des sortilèges impardonnables, Blaine se serait humilié devant toute l'école, avant de mourir dans d'atroces souffrances.