Partie 3

"Rappelle-moi depuis quand les elfes de maison sont autorisés à étudier à Poudlard ? demanda Kurt à Rachel d'une voix très audible."

Blaine venait de passer devant eux dans le couloir, accompagné par deux de ses nouveaux amis, un garçon asiatique de Serdaigle et une très jolie fille blonde de Gryffondor. Le garçon ne réagit pas et continua à regarder droit devant lui, mais les traits de son visage se durcirent instantanément. Ses amis en revanche tournèrent la tête pour adresser à Kurt un regard noir. Celui-ci leur répondit par son habituel petit rictus sarcastique. Les plaisanteries sur la taille de Blaine étaient les plus faciles à trouver et fonctionnaient à chaque fois.

"C'était donc ça... réfléchit Santana d'un air songeur. Je me suis toujours demandé pourquoi leur salle commune était près des cuisines. Tu crois qu'il va bientôt se pointer habillé avec une taie d'oreiller, lui aussi ?"

Elle ricana à sa propre moquerie tandis que Kurt suivait le trio des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse. Depuis qu'il avait découvert le lien entre leurs mères, il avait déclaré à Blaine une guerre ouverte et unilatérale. Il avait fait en sorte que le garçon devienne la cible privilégiée des moqueries des Serpentard. Et il n'avait pas eu beaucoup de mal : Blaine était aimable et serviable avec tout le monde, tous les professeurs - sauf Rogue - l'appréciaient, et il était à Poufsouffle. C'était des conditions suffisantes pour le mettre sur la liste noire des Serpentard.

Bien sûr, Kurt avait insisté pour qu'il connaisse la raison de ce déferlement de haine. Blaine avait eu la mauvaise surprise de trouver une beuglante sous son oreiller, qui lui avait hurlé dessus – Kurt avait demandé à Rachel de prendre sa voix la plus perçante – l'intégralité de l'article de Sorcière Hebdo avant de lui exploser au visage.

Le garçon avait aussitôt essayé de parler à Kurt, mais celui-ci l'envoyait toujours balader avec une remarque cruelle et un regard noir. Blaine était même allé jusqu'à prendre le risque de s'aventurer à la table des Serpentard, mais il était reparti de là bâillonné avec sa cravate avant d'avoir pu adresser le moindre mot à Kurt. Le capital sympathie de Kurt avait parallèlement augmenté parmi les Serpentard, et Blaine était rapidement devenu l'ennemi numéro un de la maison – prenant ainsi la place de l'attrapeur de Gryffondor, qui en était à son dix-septième séjour à l'infirmerie. Le pauvre garçon ne pouvait plus ni entendre ni respirer à cause de la forêt de poils qui lui était mystérieusement poussé dans le nez et les oreilles.

Plusieurs fois, Kurt avait poussé le vice jusqu'à accepter de parler à Blaine, seulement pour l'attirer dans un piège et l'enfoncer encore plus profondément. Il avait commencé par des remarques assassines, mais il en était arrivé à utiliser plusieurs fois la magie contre lui. Après tout, il avait besoin d'un cobaye pour pratiquer les sorts qu'ils apprenaient en défense contre les forces du mal.

Ce qui l'intriguait cependant, c'était l'absence de réaction de Blaine. Jamais le garçon ne répliquait méchamment à ses remarques, jamais il ne lui lançait un sort pour se défendre, jamais il n'allait se plaindre à l'un de ses professeurs. Kurt savait que la rancune n'était pas le trait de caractère prédominant chez les Poufsouffle, mais il n'aurait jamais pensé que le garçon se laisse à ce point marcher sur les pieds. Il voulait un adversaire à sa taille, il voulait que Blaine réagisse. Il voulait une justification pour frapper plus fort et venger sa mère. Car il avait l'impression que chaque mauvais coup qu'il faisait à Blaine participait à combler le vide qu'avait laissé sa mère. Parfois, dans ses rares moments de remords, il trouvait cette théorie stupide. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de continuer, et Blaine lui mettait les nerfs en boule en refusant de se battre. Et si Blaine avait cru que son calvaire s'achèverait avec la fin de leur deuxième année, il avait eu tragiquement tort.

Tout recommença dès leur premier cours commun de potions, en septembre. C'était la matière où les Serpentard régnaient en maître, grâce à leur motivation supplémentaire pour briller aux yeux de leur directeur et grâce au favoritisme scandaleux que leur témoignait le professeur Rogue.

"Pourquoi est-ce que la potion de Fabray a l'air beaucoup mieux réussie que la mienne ? demanda Rachel en louchant sur le chaudron de la Gryffondor.

- Parce que Chang et Anderson l'aident, répondit Santana d'une voix aigre." Sa propre potion ressemblait plus à du métal fondu qu'au délicat breuvage translucide qu'ils étaient censés obtenir.

Kurt jeta un coup d'œil au chaudron d'Anderson, puis de nouveau au sien. Il grimaça. Anderson avait beau avoir un niveau plus que correct dans toutes les autres matières, il ne pouvait pas être meilleur que lui en potions.

"Mr Hummel, concentrez-vous sur vos ingrédients au lieu de vous laisser dissiper par vos camarades, lui dit le professeur Rogue de sa voix glaciale en passant devant sa table." Il avait dit ça dans un murmure, mais chaque syllabe était parfaitement compréhensible.

"Je n'arrive pas à piler ma noix de tagua, professeur, expliqua Kurt d'un ton poli. Peut-être que quelqu'un pourrait m'aider. Quelqu'un qui est bien avancé."

Les yeux noir de Rogue parcoururent rapidement la salle et se posèrent sur Blaine, qui avait presque fini sa potion et ajoutait les derniers ingrédients avec soin en surveillant le sablier.

"Anderson, venez aider Mr Hummel à piler sa noix de tagua, ordonna Rogue sans hausser la voix."

Blaine mit quelques secondes à réagir, mais le regard que lui lança Rogue suffit à lui faire comprendre que c'était bien à lui qu'il s'était adressé.

"Je... j'aurai fini dans cinq minutes... tenta-t-il en regardant désespérément sa potion qui commençait déjà à pâtir du manque d'inattention.

- Est-ce que ma phrase était au futur, Anderson ? demanda Rogue.

- N... non, professeur."

Visiblement furieux de cette injustice, Blaine laissa tomber sa potion et s'approcha de Kurt. En une minute, il avait pilé correctement la noix. Il en fit un petit tas, précisément au moment où Santana éternua et envoya la poudre voler autour d'eux. Blaine lui adressa un regard brillant de larmes de colère, mais ne dit rien. Il était en territoire ennemi, de toute façon.

"Professeur, je n'ai plus de noix ! s'écria Kurt, faussement scandalisé." Derrière eux, la potion de Blaine commençait à émettre un bruit bizarre, et le garçon n'osait pas se retourner pour voir ce qu'il en restait. Rogue se tourna lentement vers Blaine.

"Anderson, j'aimerais que vous sortiez de ce cours et que vous n'y reveniez pas sans une raison convaincante pour justifier votre présence. Vous êtes en troisième année, et j'aimerais pouvoir faire abstraction d'incidents aussi stupides que celui-ci dans mon cours."

Kurt crut que pour une fois Blaine allait répliquer, mais ils savaient tous que s'opposer au professeur Rogue était parfaitement inutile, voir dangereux. Blaine nettoya son chaudron – dont le contenu ressemblait maintenant à de la boue en ébullition – d'un coup de baguette et rassembla ses affaires pour les ranger dans son sac. Tous les élèves s'étaient figés, les mains en l'air pour certains, et l'observaient avec de grands yeux ronds. Il bouillait littéralement de rage devant cette injustice monstrueuse, mais il s'obstinait à fixer son bureau pour ne pas croiser le regard taquin de Kurt. Il prit quand même l'initiative de poser son compte-rendu inachevé sur le bureau du professeur Rogue. Kurt attendit qu'il revienne pour laisser négligemment traîner son pied, et le garçon s'étala de tout son long dans un vacarme d'étain sur le sol dur de la pièce. Rouge d'humiliation, Blaine prit bien soin de ne pas lever les yeux vers le professeur avant de quitter la pièce.

Kurt lui laissa par la suite quelques semaines pour se remettre de l'incident, puis recommença de plus belle. Avec l'aide involontaire de Brittany, il fit remplacer l'encre de Blaine par de l'encre temporaire, et le garçon eut la très mauvaise surprise de découvrir son parchemin vierge quand il le tendit au professeur McGonagall le jour où elle était supposée les ramasser. Il se débrouilla pour introduire un niffleur par les fenêtres basses de la salle commune des Poufsouffle, mais il rata son coup en se trompant de dortoir : le niffleur retourna la chambre des filles en cherchant dans leurs bijoux. De son côté, Santana s'amusait à lui lancer des chaussettes pour le "libérer" de sa fonction d'elfe de maison, afin qu'il quitte l'école. Blaine commença alors à répliquer faiblement en leur répondant par des remarques piquantes, mais Kurt était sur-entrainé en matière de duel verbal. Un matin où ils l'avaient poussé à bout, il envoya un sort à Santana qui transforma le toast qu'elle s'apprêtait à manger en petit blaireau qui sema la panique à la table de Serpentard avant d'être recueilli, protégé et adopté par les première année de Poufsouffle. Mais ce fut son seul et unique coup d'éclat, car le regard que lui lança l'ensemble de la table de Serpentard quand ils se furent remis de la panique générale suffit à le décourager de recommencer.

Kurt trouva l'occasion de venger son amie quelques semaines plus tard, pendant les vacances de Noël. Pour la première fois en trois ans, il avait décidé de passer Noël au château avec les autres troisième année, et il fut surpris de constater que Blaine avait eu la même idée. Kurt ne pouvait pas rater une opportunité pareille.

Quelques jours avant la fête la plus attendue de l'année, Kurt attendit Blaine dans le hall, un gros paquet enveloppé de kraft sous le bras. Il voyait les flocons tomber drus par les fenêtres de la salle, mais il savait que Blaine était dehors. Il venait d'obtenir le poste d'attrapeur de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle, et il s'entrainait plus que tous les autres joueurs réunis, quelque soit la météo et quelque soit son niveau de fatigue. Sa persévérance inattendue l'avait fait vaguement remonter dans l'estime de Kurt, mais il n'atteignait pas encore le niveau des trolls et des acromentules sur son échelle personnelle.

Kurt patienta devant les sabliers en faisant habillement tourner sa baguette entre ses doigts fin, et il gratifia celui de Poufsouffle d'un petit sourire satisfait quand il vit qu'ils étaient bons derniers. Serpentard et Gryffondor étaient au coude à coude en tête, et étonnamment, Serdaigle peinait à les rattraper. Enfin, il entendit l'une des portes s'ouvrir et se retourna. Blaine apparut, son balai à la main, trempé de boue et frissonnant de froid. Il referma la porte derrière lui et se figea en apercevant Kurt.

"Peut-être que vous devriez mettre vos matchs aux enchères, suggéra Kurt depuis le fond du hall. Je pense que l'équipe de Serpentard serait prête à vous offrir une cinquantaine de points contre la victoire assurée. Ça nous permettrait d'économiser nos joueurs pour les vrais matchs. Les autres maisons devraient avoir un peu pitié et devraient se montrer plus généreuses. Si vous obtenez quelque chose comme trois cents points en tout, vous pouvez espérer passer devant Serdaigle à la fin de l'année. Pour une obscure raison, ils sont visiblement moins bons que d'habitude. C'est l'occasion ou jamais de ne pas finir derniers...

- Qu'est-ce que tu veux, Kurt ? demanda Blaine d'une voix fatiguée."

Kurt saisit le paquet à deux mains et le lui montra.

"C'est arrivé pour toi." Une lueur de panique justifiée s'alluma dans yeux mordorés de Blaine. "Ce sont des livres reliés sur les créatures magiques d'Extrême-Orient. Magnifiques.

- Comment tu as eu ça ?

- J'ai peut-être demandé à Brittany de me l'apporter en lui disant qu'il contenait un ronflak cornu et que je savais justement comment les dresser à chanter des caroles. Je savais que tu apprécierais la surprise...

- Qu'est-ce que tu veux, Kurt ?"

Kurt jeta un coup d'œil au paquet, qu'il avait soigneusement refermé après l'avoir soigneusement déballé pour voir ce qu'il contenait. "Wingardium Leviosa, murmura-t-il tranquillement." Le paquet s'éleva un peu au-dessus de sa tête, tout juste hors de portée de Blaine. Le garçon brun le suivit des yeux, visiblement inquiet.

"Dis-moi, Blaine, reprit Kurt d'une voix qui aurait pu glacer le lac entier, et le calmar géant avec. C'est le cadeau de Noël que tu comptes envoyer à ta mère ?"

Le silence de Blaine fit office de confirmation.

"J'aurais adoré offrir un si beau cadeau de Noël à ma mère, moi aussi. Sincèrement, Blaine. Dommage... – il poussa un soupir exagérément déchirant – dommage qu'elle soit morte. Dommage que ta mère l'ait tuée.

- Kurt...

- Approche, Anderson."

Ses livres flottaient encore quelques centimètres au-dessus de la hauteur maximale qu'il pouvait atteindre en levant les bras, et Blaine n'eut pas d'autre choix que d'obéir. Il savait que Kurt n'attendait qu'une chose, qu'il sautille pour essayer de récupérer son paquet. Mais il n'allait pas lui offrir cette satisfaction. Il s'approcha de Kurt d'un pas hésitant. La fatigue eut raison de sa crainte, et il se contenta de prendre un air ennuyé et impatient.

Mais Kurt lui lança un petit regard abattu qui réchauffa immédiatement les traits du visage de Blaine. Le garçon accéléra légèrement le pas pour le rejoindre. Il n'était plus qu'à une dizaine de mètres quand Kurt se tendit d'un coup et cria "Peeves !"

Blaine ne dut son salut qu'à une montée d'adrénaline et des réflexes surentrainés. Il se jeta en arrière au moment où une demi-douzaine de bombabouses explosa sur le sol, à l'endroit exact où il se trouvait quelques secondes avant. Il évita l'explosion mais il n'avait pas eu le temps de sortir sa baguette pour lancer un sort de protection, comme Kurt. Sa tenue de Quidditch jaune était ruinée. Le caquètement jubilatoire de Peeves résonna dans le hall, et le visage de Kurt se fendit d'un rictus satisfait.

Mais Blaine n'attendit pas la suite. Il en avait assez. Les yeux rivés sur le paquet qui flottait toujours en l'air, il empoigna son balai et...

"CONFRINGO !"

Le paquet explosa dans un vacarme assourdissant, et les deux garçons furent propulsés chacun à un bout de la pièce. Kurt se releva rapidement, les oreilles sifflantes, le visage figé dans une expression de choc. Il avait lancé le sort par réflexe, et ne s'était pas attendu à une détonation aussi puissante. Des bouts de livres calcinés flottaient paresseusement dans les airs, et Peeves gloussait tant et plus en faisant des pirouettes au-dessus de leurs têtes.

Blaine resta tétanisé sur le sol froid du hall, la bouche ouverte, les yeux exorbités alors que ce qu'il restait de son cadeau de Noël se consumait devant son visage. Kurt recula de quelques pas, encore plus pâle que d'habitude. Puis il se retourna et s'enfuit en courant en direction des cachots.

Il ne vit pas Blaine se relever avec difficulté et fondre en larmes. Le garçon tituba pour récupérer son balai à travers le brouillard qui lui voilait les yeux, et s'enfuit lui aussi avant que Rusard n'arrive pour l'accuser d'être responsable de ce massacre.