Merci pour les reviews, et merci à emicrazy pour son job de béta !
Partie 5
Blaine fixait Kurt avec un regard qui irradiait de colère et d'incompréhension. Kurt, lui, avait les yeux rivés sur un petit objet en argent qui cliquetait faiblement sur le bureau massif devant lequel il était assis. Les jambes croisées, les mains jointes posées sur ses cuisses, le regard dur. Complètement immobile.
Il s'était dénoncé de manière impulsive, sans aucune préméditation. Rachel l'avait ramené à lui en lui envoyant un jet d'eau dans le visage, et les directeurs des quatre maisons avaient réuni leurs élèves à peine une heure après la fin du match pour exiger qu'un coupable se dénonce. Toute l'école savait très bien que ça ne pouvait être qu'un Serpentard, mais les professeurs n'étaient visiblement pas au courant des tensions qu'il existait entre les élèves. Quand le professeur Rogue avait demandé une première fois si le coupable était parmi eux, aucun élève n'avait bougé, aucun n'avait émis le moindre son. Le regard sombre et froid du professeur avait alors balayé leurs rangs, et Kurt n'avait pas pu s'empêcher de frémir. En dépit de son style vestimentaire absolument désastreux, Rogue était loin d'être un idiot, et il ne mettrait pas longtemps saisir son trouble.
Kurt n'avait pas lâché cet oiseau sur Blaine, il ne l'aurait jamais fait. Mais s'il n'avait rien dit pendant le petit déjeuner, le garçon n'aurait probablement pas fait une chute de trente mètres, stoppée de justesse par les réflexes de ses professeurs. Il n'aurait pas perdu connaissance sous la puissance des sorts combinés qui l'avaient frappé. Il ne serait pas assis là, pâle et tremblant, les cheveux encore humide de la douche interminable qu'il avait prise pour se remettre de ses émotions. Et Gryffondor n'aurait peut-être pas remporté le match.
Kurt s'était dénoncé. Il avait levé la main au milieu de tous ses camarades silencieux, et avait porté la faute sur lui-même, et sur lui seul. Le professeur Rogue l'avait dévisagé pendant quelques interminables secondes d'un regard absolument dénué d'expression, et avait tourné les talons pour avertir les autres directeurs qu'ils pouvaient cesser leurs investigations. Il avait annoncé à Kurt qu'il était convoqué, et c'était tout.
Le professeur Dumbledore lui lança un regard perçant par-dessus ses lunettes en demi-lunes. Ses yeux bleus et pétillants d'intelligence l'observaient d'un air très calme, et pour Kurt c'était presque pire que s'il s'était mis à lui hurler dessus. Malgré tous les commentaires amers, voire haineux que ses camarades faisaient régulièrement sur le directeur, il avait toujours été impressionné par cet homme. Du moins, il le respectait.
"J'ai connu ta mère, Kurt." Sa voix douce et mélodieuse brisa un silence de plusieurs minutes. Kurt sursauta. Il s'était attendu à toutes sortes de phrases d'entame, mais certainement pas à celle-ci. "C'était une sorcière aussi ambitieuse que brillante pendant ses années à Poudlard. Douée et intelligente, vouée à un avenir prometteur. Mais elle était impulsive, et sa route a croisé celles des mauvaises personnes."
Kurt ne répondit pas et prit un air buté.
"Je te mentirais de manière odieuse si je te disais que ta mère n'a pas répandu le mal sur son chemin, pendant la guerre contre Lord Voldemort, et pendant les quelques années qui ont suivi."
Kurt et Blaine se raidirent et grimacèrent d'un mouvement commun.
"Elle a torturé et tué des gens Kurt. Elle en a soumis d'autres à sa volonté en utilisant les Sortilèges Impardonnables.
- Vous êtes là pour détruire ma mère devant moi ? demanda brutalement Kurt." Parce qu'il n'était pas prêt à entendre ça.
"Non, répondit calmement Dumbledore, sans le quitter des yeux. Je suis là pour te dire la vérité, pour que tu l'entendes de la part de quelqu'un qui était là, et qui a vu de ses propres yeux ce qu'il raconte. J'espère que ma parole compte plus pour toi que les rumeurs qui circulent dans la salle commune de Serpentard. Nous savons tous les deux que certains élèves de ta maison ont une interprétation toute personnelle des évènements qui se sont produits pendant la guerre.
- Ce... c'était une bonne mère, rétorqua Kurt en sentant une boule lui monter progressivement dans la gorge.
- Peut-être, dit Dumbledore. Sans doute, si tu le dis. Mais ça n'efface pas tous les crimes qu'elle a commis. Et je te prie de ne pas te dispenser seul des marques de politesse quand tu t'adresses à moi, Kurt.
- Elle ne méritait pas de mourir. Elle ne méritait pas de se faire assassiner... professeur, ajouta froidement Kurt en évitant de regarder Blaine.
- Personne ne mérite de mourir, Kurt. Mais parfois tu n'as pas le choix. Parfois, la légitime défense ne laisse pas le choix. C'est pour défendre sa famille qu'Isabella Anderson s'est battue contre ta mère. C'est pour sauver ceux qu'elle aimait. Peut-être que Blaine ne serait pas là aujourd'hui, si ta mère avait gagné."
Kurt ouvrit la bouche, puis la referma sans un mot. Sa mère n'aurait jamais assassiné un petit garçon de huit ans. C'était impossible. Pourtant, quelque chose en lui savait que Dumbledore avait raison. Dumbledore avait trop souvent raison.
"Le fait est, Kurt, que quoi qu'ait pu faire ta mère, qui qu'elle ait été, ça n'a aucune importance pour définir qui tu es aujourd'hui. Tu étais trop petit pour comprendre ce qu'il se passait lors de la guerre, et il serait complètement absurde de te définir par les actions de ta mère. Tu es arrivé au monde dans ce foyer, tu as rendu à ta mère l'amour qu'elle t'a donné, mais tu n'as jamais été le moins du monde responsable de ses actes. Dire le contraire serait l'hypothèse la plus absurde et la plus injuste du monde, tu ne crois pas ?"
Kurt remua sur sa chaise. Il n'était pas stupide, il voyait exactement là où Dumbledore voulait en venir.
"Tu comprendras alors aisément qu'il en est de même pour Blaine. Blaine n'est pas plus responsable que toi des actions de sa mère. Beaucoup de personnes ont des raisons tout à fait légitimes d'en vouloir à la tienne, Kurt. Mais aucune de ces raisons n'est recevable si elle se reporte sur toi. Je crois qu'il est assez facile pour toi de t'imaginer dans la situation de Blaine. Tu es un jeune homme intelligent, Kurt, et j'ai confiance en ton discernement."
La lèvre inférieure de Kurt tremblait légèrement à présent. Il n'osait toujours pas regarder Blaine, mais il savait que le garçon ne l'examinait plus avec un air furieux. Il détestait ce côté de Blaine. Il était tellement compréhensif et si peu rancunier que c'en était insupportable. Le Serpentard méritait qu'il le déteste, et il prenait presque sa gentillesse pour de la pitié.
"Je suis convaincu qu'un élève de troisième année, aussi brillant soit-il, ne parviendrait pas à libérer seul un animal de classe trois utilisé pour les cours des années supérieures, poursuivit Dumbledore d'un ton presque guilleret. Tu as choisi de te dénoncer, et je respecterai ce choix en ne punissant pas les véritables coupables. En revanche, je veux que tu présentes tes excuses à Blaine pour tout ce que tu as à te faire pardonner depuis votre première année.
- N... non, professeur... je... protesta faiblement la voix rauque de Blaine.
- C'est à Kurt que je m'adresse, Blaine, répondit Dumbledore d'une voix inhabituellement dure. Et reprends un bonbon au citron, tu es terriblement pâle et je vais me faire disputer par Madame Pomfresh. "
Il avait dit ça d'un ton tellement égal que Blaine mit quelques secondes à déterminer s'il avait bien compris. Le silence plana pendant plus d'une minute dans la pièce, et l'un des tableaux sur le mur se mit à toussoter plus ou moins discrètement.
"Kurt ? insista le professeur Dumbledore d'une voix douce."
Kurt ferma les yeux quelques secondes, et les rouvrit pour les fixer sur Blaine. Le regard que le garçon fixait sur lui ouvrit une brèche abyssale dans sa poitrine. Ses yeux ambrés étaient doux et chaleureux, et encourageants. Quand le directeur lui avait demandé de faire ses excuses, Kurt avait immédiatement pris ça pour une humiliation extrême. Mais maintenant que Blaine le regardait ainsi, il se sentait capable de supporter cette épreuve.
Il se tortilla un peu sur sa chaise, inspira deux fois sans parvenir à sortir le moindre mot, et se lança.
"Je... je suis désolé. Sin... sincèrement désolé, Blaine. Pour... t'avoir ignoré, puis pour t'avoir fait du mal. Pour les parchemins plein d'encre magique, pour les plumes ensorcelées, pour le niffleur dans ton dortoir, pour les dragées à la crotte de nez dans ton pudding, pour... pour les livres..." La voix de Kurt se brisa et il se tut pour ne pas se mettre à pleurer. Ses yeux se voilèrent et il appuya son pouce et son index de chaque côté de l'arrête de son nez pour retenir les larmes de couler. Blaine se tortilla sur sa chaine, et Kurt crut un instant qu'il allait se lever pour le prendre dans ses bras. Si seulement...
"Blaine ? demanda le professeur Dumbledore sans quitter Kurt des yeux.
- J'accepte tes excuses, répondit précipitamment Blaine. Moi aussi j'ai fait des choses dont je ne suis pas fier et..."
Mais Kurt lui fit signe de se taire. Il avait toujours pris la facilité qu'avaient les élèves de Poufsouffle à pardonner comme une marque de faiblesse, mais en l'occurrence il bénissait ce trait de caractère. Blaine ne semblait étrangement pas déterminé à faire durer son supplice.
"Que l'angoisse que tu as ressentie lors du match te serve de leçon, Kurt, reprit Dumbledore. J'espère qu'à l'avenir tu te laisseras guider par la raison, au lieu d'écouter tes émotions. Sauf... sauf bien sûr si tu tombes amoureux, acheva-t-il d'un ton badin."
Il avait dit ça avec tant de légèreté que Blaine rit. Kurt remercia le professeur dans un marmonnement et se leva pour s'enfuir du bureau d'un pas empressé. Il avait à peine atteint la dernière marche des escaliers en colimaçon qu'il fondit en larmes. C'était trop pour une seule journée, trop pour une seule personne. Il entendit à peine les pas de Blaine qui lui couraient après dans le couloir.
"Kurt !"
Kurt se figea, honteux de ses larmes. Mais il savait qu'il ne pouvait pas les cacher à Blaine, alors il se retourna. Le garçon s'arrêta de courir quand il vit son visage, et s'approcha lentement de lui. Pour la seconde fois, Kurt crut qu'il allait le prendre de ses bras. Il le souhaita de tout son cœur. Mais Blaine se contenta de le regarder avec un air désolé.
"Je voulais juste te dire... que je ne dirai rien aux autres... de ce qu'il s'est passé dans le bureau de Dumbledore."
Kurt sonda son visage pendant quelques secondes à travers ses larmes, et décida qu'il était sincère.
"Mais j'ai quelque chose à te demander en échange, poursuivit le garçon brun.
- Je n'aime pas trop qu'on me fasse chanter, répondit Kurt d'une voix dure.
- Mais tu n'as pas vraiment le choix. Attends que je te dise de quoi il s'agit, avant de te braquer."
Kurt essuya ses larmes d'un geste sec et se planta devant lui dans l'expectative. Blaine prit alors un air timide, et le Serpentard se sentit légèrement décontenancé. Il allait finir par avoir sérieusement peur des mots qui s'apprêtaient à sortir de la bouche de Blaine.
"Est-ce... est-ce que tu veux aller au bal de Noël avec moi ?
- Quoi ?
- Est-ce que tu veux aller au bal de Noël avec moi ?"
Kurt le dévisagea avec des yeux ronds, persuadé qu'il se moquait de lui. Mais Blaine avait l'air très sérieux, et il fut bien forcé de considérer sérieusement sa question.
"Quel bal de Noël ? Nous sommes en février, Anderson, et de toute façon nous n'avons le droit d'y aller qu'à partir de la...
- ... quatrième année. Je parle du bal de l'an prochain."
Kurt prit encore une bonne minute pour le dévisager avec un air incrédule. Une bonne centaine de questions se percutaient dans sa tête, et il n'arrivait pas à en sortir une de sensée.
"Tu... tu veux qu'on y aille... ensemble. Toi... et moi. En tant que cavaliers.
- Oui. S'il te plait."
Un sourire timide se dessina sur son visage. Kurt ne savait pas quoi dire. Les yeux implorants du garçon lui coupaient le souffle.
"Tu... tu sais ce que les gens vont dire ? D... deux garçons, un Serpentard, un Poufsouffle...
- Ils se diront que nous sommes magnifiques. Ils se diront qu'ils sont jaloux. Ils se diront que c'est forcément sincère, parce que nous ne prendrions pas ce genre de risque juste pour nous afficher.
- Et c'est sincère, si tu es en train de me faire du chantage ?
- Oh, allez, Kurt. Tu as vraiment l'impression que je te mets la pression, là ?"
Kurt marqua une pause pour laisser son regard divaguer quelques secondes, puis il revint sur Blaine.
"Tu sais que c'est dans presque un an ?
- Oui. Ça nous laisse le temps de faire officiellement et progressivement la paix."
Kurt se mordilla la lèvre inférieure. Décidément, il avait réponse à tout.
Il hésitait toujours. Qu'allait penser Santana ? Et Rachel ? Rachel l'encouragerait sans doute. Et pour peu qu'elle réussisse à mettre le grappin sur Finn Hudson d'ici là, elle aurait du mal à descendre de son petit nuage rose pour le remarquer. Mais les autres Serpentard ? Les professeurs ? Ils seraient tous présents, lors du bal.
"S'il te plait, Kurt, répéta Blaine en avançant d'un pas vers lui."
Il fit alors un geste incroyable, il lui saisit la main. C'était tellement osé, tellement impudent de sa part, et tellement naturel à la fois. Kurt n'eut même pas le reflexe de retirer sa main, ou même de frémir. Il laissa les doigts chauds de Blaine se serrer sur les siens.
"Je... c'est ce que je veux depuis le premier jour, dans le Poudlard Express, confessa le Poufsouffle dans un murmure. Je t'en prie, accepte. Tant pis pour les autres, tant pis pour ce qu'ils pensent. On a bien droit à ça, non ?
- D'accord, souffla Kurt avant même de réaliser qu'il avait parlé."
Les yeux de Blaine s'illuminèrent, et un sourire radieux envahit son visage. Et Kurt dut admettre que c'était magnifique à voir.
"Tu promets ? demanda Blaine d'une petite voix excitée.
- Oui, répondit Kurt avec un léger sourire."
Il savait qu'il allait amèrement le regretter, sans doute dans quelques heures à peine. Mais sur le moment, il se félicitait d'être l'origine du visage rayonnant de Blaine. Il crut qu'il allait se mettre à sautiller sur place.
"A... à plus tard, alors, lui dit Blaine."
Il tourna les talons et s'éloigna dans le couloir.
"Pourquoi est-ce que tu n'es pas à Gryffondor ? lui lança Kurt en le voyant partir d'un petit pas joyeux." Il était sincèrement étonné par son courage et son culot. Et Blaine méritait de porter de l'or au lieu de bronze.
"L'humilité, Kurt. L'humilité, répondit Blaine avec un petit sourire goguenard."
Et il disparut au coin du couloir. Kurt resta un moment seul, planté là dans le silence le plus total. Puis il tourna lentement sur lui-même et jeta un coup d'œil aux murs qui l'entouraient.
"Le premier qui dit quoi que ce soit avant que Blaine et moi n'ayons réglé les choses nous-mêmes, je lui refais le portrait à l'encre indélébile, déclara-t-il d'une voix forte et claire à l'adresse des tableaux qui l'entouraient."
Quelques occupants firent semblant de bailler et de se réveiller, mais il savait parfaitement qu'ils avaient suivi chaque mot de leur conversation. Satisfait de son petit effet, il tourna les talons et partit dans la direction opposée de celle de Blaine.
