Ce chapitre a été écrit et publié par Qyume dans "les joyaux de la nuit".


Luna sourit.
Étrangement, alors que l'orage grondait doucement au loin, alors que le vent torturait la cime des arbres, alors que la pluie commençait à souiller de ses gouttes de chagrin les pierres des murs environnants, elle ne pouvait s'empêcher de trouver l'air frais et lourd merveilleusement euphorisant.
Le monde était incroyablement beau.
Elle détourna son regard de la fenêtre. Assise en tailleurs sur la moquette bleue de sa chambre, elle serrait dans ses mains une petite lettre. La dernière de Pansy. Elle ne l'avait pas remarqué les premières jours ou elle avait été posée sur son bureau, sans doute par une chouette ou un hiboux cachotier. Elle hésitait un peu à la lire une nouvelle fois, mais...

...C'était vrai. Ses amies avaient tout fait pour la faire cesser ses comportements irresponsables (elle en avait conscience, mais ça aurait été se mentir que d'affirmer que ce coté d'elle ne l'attirait pas). elle en était très touchée, peut être avait elle l'impression d'exister pour quelqu'un. De compter. D'être, sinon précieux, du moins important. Puis, lorsqu'elle avait été obligée de leur mentir pour se couvrir, elle s'était sentie vaguement gênée. Elle n'avait pas de scrupules à mentir, elle ne se sentait pas vraiment concernée par ce que croyaient les autres, mais elle n'aimait pas l'idée d'être obligée de le faire.
Elle passa sa main sur son bras, puis, sur son flanc gauche, où ses dernières marques cicatrisaient tranquillement.

Elle prit sa plume et la mâchouilla un instant, cherchant l'inspiration.

"Chère Pansy,
Je sais à peu près ou sont mes limites. Je les cherche. Je finirais bien par les trouver, et alors, je ne les franchirais pas, même pour jouer.
Je ne prétendrais pas être très mature, ni prudente, ni avoir un instinct de survie particulièrement développé. par contre, je suis capable de reconnaitre une frontière qu'on ne peut pas passer, et de l'éviter.
Ne vous détruisez pas pour moi. Ceci est une supplique. Je suis seule responsable de ce qui arrive. Ne vous détruisez pas à cause de moi et de la culpabilité. S'il vous plait.
S'il vous plait.

Chère Hermione. Chère Pansy.
Laisseriez vous s'écrouler votre bonheur parce que j'ai décidé de jouer avec le mien?
J'ai pris, il y a quelques jours, une décision. Je ne vous promettrais pas de le faire, car j'en ai marre des promesses parjures. mais je vous promet que je ferais de mon mieux. Peut être est ce trop peu. Peut être non.
Je veux me séparer de ma lame. Je veux qu'elle cesse de me hanter. Je veux la lâcher.
Chère lame...
C'est peut être, comme me le souffle une voix dans ma tête, le choix de la facilité. Oui, c'est celle de mes deux amies que j'aurais le moins de difficulté à abandonner. Mais je me suis attachée à Ana. Je n'y peux rien. Je suis devenue une de ses nombreuses facettes.
Et cela ne vous concerne en rien....
Ana fait partie de moi comme je fais, désormais, partie d'elle. Il ne s'agit plus que d'un jeu étrange. Elle n'a pas les mêmes racines que Sca. Il ne s'agit que de moi.
Pansy... Je te supplie de ne pas te faire quitter par Milli. Tu l'aimes. Elle t'aime. Ces mots sont difficiles à ecrire mais... mais vous êtes incroyablement belles ensembles. Vous rayonnez. C'est magnifique. Comment ne pas être charmée par le spectacle que vous offrez, toutes les deux?"

Elle hésita. Elle posa sa plume un instant. Observa la pluie qui coulait le long des carreaux. Réfléchit.

"Je me demande..."

...

"Je me demande.
Je ne trancherais plus la chair de mes bras lorsque j'irais mal. Mais, en contrepartie, je continuerais à, parfois, régurgiter les aliments dont j'aurais du assimiler les éléments nutritifs. Je pense que c'est équitable, comme marché... Voila.

Luna"

Luna se retourna vers la fenêtre et porta la plume à sa bouche, peignant sa bouche d'encre noire. Puis elle se lécha les lèvres pour en effacer son grimage, et reposa sa plume.
Le soir était tombé, elle se sentait calme. Elle attira la couverture de son lit à elle, s'en enroba sommairement, comme une barrière contre l'extérieur. Elle lui enverrait son message le lendemain. Elle s'endormit roulée en boule dans sa couette, en position fœtale, le visage collé contre le carreau trempé.
Elle ne sut pas vraiment comment elle s'était retrouvé dans son lit le lendemain matin.