- Tu veux qu'on sorte un peu ? me demande-t-il.

- De toute façon, il faut aller acheter les médicaments de Yokoyama.

- Alors on y va ?

- Hum. Il faut juste le prévenir.

Je retourne dans la chambre et ouvre la bouche pour lui expliquer, mais la referme sans qu'aucun son en soit sorti, car Yokotruc s'est rendormi. Dans son état, c'est ce qu'il a de mieux à faire. Je rebrousse chemin vers Yuya et l'informe de la situation. Il hoche la tête, sourit et glisse sa main dans la mienne pour m'entraîner vers l'entrée. Je descends avec lui et nous nous dirigeons vers la pharmacie. Après quelques mètres, le froid mordant me glace et, dans un réflexe dicté par l'habitude, je fourre mes mains dans les poches de mon manteau, entraînant celle de Yuya qui ne m'a pas lâché. Il me regarde, surpris, puis me dédie un grand sourire. Il est trop magnifique. Je fonds et en même temps, ce sourire me réchauffe de l'intérieur. C'est très curieux comme sensation.

La pharmacie étant située près du combini, nous y entrons rapidement en recevant une bouffée de chaleur due à la différence de température. Etant donné le froid extérieur, j'aimerais rester un moment dedans, mais le résultat final serait le même. Je me dépêche donc d'acheter les médicaments destinés à Yokotruc. J'espère que sa fièvre va vite baisser et que sa toux va se calmer. Ca doit être dur d'être alité comme ça. En plus, s'il n'est pas là, son cabinet vétérinaire est probablement fermé. A moins qu'il ne travaille pas seul.

- Satoshi ? Tu es avec moi ?

La voix douce de Yuya me tire de mes pensées un peu trop tournées vers Yokotruc.

- Quoi ? fais-je.

- Je ne sais pas, tu avais l'air très loin.

- Non, je suis là, je t'assure, dis-je en reprenant sa main pour la remettre à sa place initiale, c'est-à-dire dans ma poche avec la mienne. Le geste le fait rire. Tant mieux. J'aime l'entendre rire.

- Si on allait boire un truc chaud ? me demande-t-il.

J'opine. Je suis prêt à acquiescer à tout ce qu'il veut de toute façon. Il y a un café au bout de la rue, mais je préfère aller au combini. Koyama nous préparera un café à sa façon. Avec un biscuit. Miam.

Nous entrons dans la boutique au son de la clochette qui orne la porte et, comme à son habitude, le vendeur me dédie un grand sourire.

- Bonjour Ohno-san ! fait-il joyeusement. Oh, vous n'êtes pas seul aujourd'hui.

Il ne semble pas reconnaître Yuya, ce qui est étrange dans la mesure où le combini est tout proche de l'immeuble. Quoique, il voit peut-être plus Masuda-san en fait. Ca expliquerait tout.

- Tegoshi Yuya, enchanté, se présente mon cadet.

- Koyama Keiichiro. Moi de même.

- Koyama-san, vous pourriez nous préparer deux cafés s'il vous plait ?

- Bien sûr. Comme d'habitude, Ohno-san. Tegoshi-san, comment le voulez-vous ?

- Avec beaucoup de lait et de sucre, s'il vous plait.

- Ce sera un lait au café alors, plaisanta le vendeur.

- On peut dire ça, oui, sourit le plus jeune d'entre nous.

L'employé disparait dans l'arrière-boutique et mon compagnon se tourne vers moi.

- Il a l'air de bien te connaître.

- Ben je viens tous les deux jours depuis plus d'un an et je prends toujours la même chose, alors, à force, on a fait connaissance.

- Ah, je vois…

Un instant plus tard, Koyama revient et pose deux gobelets devant nous, chacun accompagné de l'un de ses fameux biscuits.

- Merci ! fais-je avec enthousiasme.

Je dois avoir des petites étoiles dans les yeux et avoir l'air d'un gosse à qui on vient d'offrir une sucrerie, mais tant pis. Je commence par engloutir la pâtisserie et écarquille les yeux.

- Oh ! 'ous a'ez an'é a 'e'ette ? fais-je, la bouche pleine.

- Quoi ? font en même temps mes deux cadets en riant à moitié.

J'avale et répète.

- Vous avez changé la recette ?

- Ah, sourit oui j'ai voulu tester quelque chose. Ca vous plait ?

- C'est un régal.

- Tant mieux. Vous avez fini tous les biscuits de la boîte ?

- Oh non. Je les fais durer.

- Vous n'avez pas besoin de vous priver. Je vous en referais quand vous voudrez vous savez.

- C'est gentil mais je ne voudrais pas abuser.

- Vous n'abusez pas du tout, je vous assure, me rassure-t-il.

Je m'apprête à ouvrir la bouche pour répondre, quand je sens les mains et les bras de Yuya s'attacher étroitement à mon bras. Je tourne la tête vers lui, surpris et le vois fusiller Koyama du regard, une moue décidée sur le visage.

- Yuya ? fais-je.

- J'ai à faire dans les rayons, déclare soudain Koyama, avant de s'éloigner vers le fond de la boutique.

Une fois qu'il est parti, la voix mécontente de mon compagnon s'élève, sans qu'il ne me lâche.

- Ca se voit…

- He ? De quoi tu parle ?

- Qu'il te fait les yeux doux.

- Quoi ? Mais non.

- Tu trouve pas ça louche son attitude ?

- Ben… non.

- Bah moi si.

- Yuya, tu es… jaloux ?

Ca me parait totalement inconcevable. Et pourtant, tout porte à croire que…

- Ben je vois un autre homme te faire des propositions que je devrais être le seul à pouvoir te faire, donc…

- He ?

- Tu peux pas lui dire de te laisser tranquille ?

- Mais Koyama-san est très gentil et il ne fait rien de mal. Il s'est juste aperçu que j'aimais ses biscuits et voilà tout.

- Ca se voit qu'il est amoureux de toi.

Je le fixe. Je ne sais pas si je dois être flatté qu'il soit si jaloux, ou triste parce qu'il veut que je m'éloigne d'un de mes amis. Oui, parce que même si ça parait étrange parce qu'on se côtoie finalement assez peu, je considère Koyama-san comme un ami. Mais je ne peux pas me résoudre à être sec avec Yuya alors que je l'aime, donc je ne dis rien, baisse la tête et m'empare de mon café pour me donner une contenance. Je suis un peu déçu en fait, sans bien savoir pourquoi. Est-ce que j'ai peur que cette réaction ne soit que les prémices d'autres plus graves ? Non, il ne faut pas que je pense comme ça. Il ne pense certainement pas à mal.

- Désolé, s'excuse-t-il d'une petite voix. Je n'avais pas l'intention de… enfin…

- C'est pas grave, fais-je avant de boire quelques gorgées de ma boisson.

- Mais je vois bien que tu es déçu… Ce n'est pas ce que je veux…

Je lui ébouriffe les cheveux sans rien dire puis, après quelques minutes, lui dis :

- Ton lait au café va être tout froid si tu ne le bois pas.

- Pardon, Satoshi… Je suis désolé.

- Je t'ai dis que ce n'était pas grave. Oublie ça, d'accord ?

- D'accord…

Je termine mon café et jette le gobelet dans la poubelle située à côté du comptoir.

- Koyama-san, on y va. A bientôt.

Immédiatement, l'interpelé émerge d'entre les rayons. Ses cheveux châtains sont légèrement ébouriffés, ce qui me conduit à déduire qu'il était en train de nettoyer les allées.

- Oh très bien. Prenez soin de vous, dit-il en souriant.

- Promis, fais-je avant de me diriger vers la porte en compagnie de Yuya.

J'ai bien remarqué que mon ami n'a pas adressé un regard à mon cadet et il n'est pas bien difficile de comprendre pourquoi. A sa place, j'aurais certainement réagi de la même façon. Nous sortons de la boutique et rebroussons chemin vers l'appartement dans le plus grand silence. Je sens Yuya se rapprocher timidement et fourrer sa main dans ma poche pour entrelacer nos doigts. Je lui souris mais reste pensif. J'espère que la fièvre de Yokotruc n'a pas empiré pendant notre absence. Je hâte le pas malgré moi. Mais juste parce qu'il fait froid, hein. Je suis pas du tout en train de m'inquiéter pour ce poison de Yokotruc. Je sens Yuya lutter pour rester à ma hauteur, mais il ne se plains pas et nous rentrons à nouveau dans l'immeuble. Je monte les escaliers quatre à quatre en laissant mon cadet derrière moi et pousse de nouveau la porte.

- Tadaima ! fais-je même s'il est trop loin et trop faible pour pouvoir crier « okaeri ».

D'ailleurs il est probable que même bien portant, il ne me souhaiterait jamais un bon retour. Bref, ce n'est pas la question. J'ouvre avec précaution la porte de sa chambre, au cas où il dormirait encore, mais il semble réveillé. Je m'approche.

- Comment vous sentez-vous ?

- Tu étais sorti ?

- Il fallait bien aller chercher vos médicaments.

Il sourit légèrement. Qu'est ce que ces foutus papillons font à tournoyer dans mon ventre ? Dégagez !

- Alors j'avais raison… Tu (il tousse) t'inquiétais…

Je ne réponds rien et sort les médicaments du sachet en plastique, avant de regarder l'ordonnance pour voir quelle quantité et à quel moment les lui faire prendre. Là, on est sur mon terrain. Je passe mes nuits à faire ça donc je suis calé en la matière.

- Vous allez commencer par le sirop, décrété-je avant d'aller chercher une cuillère et un verre d'eau dans la cuisine.

Je passe devant Yuya qui me regarde faire en silence, l'air admiratif, mais revient près de mon patient. Je passe derrière lui, m'agenouille et l'aide à se redresser légèrement, avant de le caler contre moi et verse une cuillère du liquide épais dans la cuillère, puis l'approche de ses lèvres. Il l'avale sans broncher, ainsi que la suivante, avant d'être secoué par une quinte de toux. Je le laisse dans la même position, pour m'emparer d'une boîte de cachets, dont je retire une plaquette, puis prend l'un d'entre eux.

- Ouvrez la bouche, dis-je du ton gentil mais ferme que j'utilise d'ordinaire avec les patients dont j'ai la charge.

- Hai…

Sa voix n'est qu'un murmure. J'ai l'impression qu'il va se rendormir. Pourtant, il doit prendre ces remèdes. Je dépose donc la gélule dans sa bouche, puis approche le verre dont je fais couler une partie du contenu entre ses lèvres. Il déglutit le tout et ferme les yeux.

- C'est tout pour le moment. Reposez-vous maintenant, dis-je en le remettant en position allongée.

Je me redresse ensuite pour quitter la pièce, mais une main agrippe mon t-shirt. Surpris, je me retourne et le regarde, étonné.

- Ne me laisse pas seul…

C'est bizarre, j'ai une impression de déjà-vu.

- Il vaut mieux que vous soyez seul pour vous reposer.

- S'il… (il tousse) te plait…

- Ecoutez-le, Yokoyama-san. Satoshi sait ce qu'il dit, intervient alors Yuya.

J'ai presque oublié sa présence tellement il est resté silencieux tout le temps que je m'occupais de son « grand frère ». Je me lève donc et me dirige vers la porte, puis referme celle-ci. Mon cadet se dirige vers moi, passe les bras autour de ma aille et se serre contre moi. Je souris. J'aime quand il fait ça. C'est alors que la sonnette retentit. Je sursaute violemment et fusille la porte du regard. Qui est le gêneur ? Ca va pas non ? Il va me le réveiller ! Je me dégage doucement de l'étreinte de mon compagnon et vais ouvrir. En moins d'une minute, l'entrée est envahie de gens. Bruyants. Un, deux, trois, quatre, cinq, six… Six hommes ont fait irruption, parlant à haute voix comme s'ils étaient seuls au monde. Où ai-je déjà vu ces visages ? Des flashs me reviennent de l'arrivée mouvementée de Yokotruc à l'appartement. Ah, ses amis bruyants… Il ne manquait plus qu'eux.

- Dites… commencé-je.

- Il est où Yoko ? me coupe un homme de grande taille (le monde s'est ligué pour faire des hommes plus grands que moi, j'en ai marre) dont je suis incapable de me rappeler le nom.

- Tacchon, sois un peu poli, le rabroua un autre dont les cheveux lui arrivaient aux épaules, en lui donnant une tape sur la tête. On dit bonjour quand on arrive quelque part. Excusez-le, ajoute-t-il à mon adresse, alors que je les regarde, halluciné.

- Bonjour ! me salue joyeusement un autre, aux courts cheveux roux.

- Désolés de débarquer à l'improviste, dit un quatrième, à peine plus grand que moi.

- Heuuuu…

Je voulais les rembarrer et leur dire de partir, mais je suis tellement ahuri, que j'en perds mes mots. Je n'ai jamais vu des gens si… si… Je n'ai même pas de mots pour les décrire.

- Bonjour, me salue un cinquième avec une drôle de coupe de cheveux en forme de boule. Où est Yoko s'il vous plait ? On est venus le voir.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Il est très faible et a besoin de se reposer. Vous ne feriez que le fatiguer.

- Mais on est venus pour ça, proteste le dénommé… Tacchon ? (qu'est ce que c'est que ce nom bizarre ?).

- Je comprends, mais j'ai été chargé de veiller sur lui, alors vous comprendrez que je ne puisse pas vous permettre de le déranger. Il vient de s'endormir. Vous êtes trop nombreux.

- Et si on y va un par un ? intervient le dernier qui n'avait pas encore parlé. C'est Yoko qui nous a appelés après tout.

Il a fait ça ? Bon sang mais il ne comprend rien ce Yokotruc… Qu'est ce qui n'est pas clair quand je dis « reposez-vous » ? Je soupire. Ils sont là de toute façon, alors autant faire avec.

- Un par un. Et pas plus de cinq minutes, fais-je en croisant les bras.

- Woh on dirait un père protecteur envers sa fille, rigole celui qui est à peine plus grand que moi.

Je fronce les sourcils.

- Désolé d'avoir une conscience professionnelle.

- Ne vous vexez pas, temporise le rouquin. Ryo n'a pas voulu être méchant. Il est juste un peu moqueur.

- On peut y aller ou pas ? s'impatienta le dénommé « Tacchon ».

- Je vous l'ai dis : un par un et pas plus de cinq minutes à chaque fois, insisté-je fermement.

- J'y vais !

Je n'ai même pas le temps d'ajouter autre chose, qu'il s'est déjà précipité. Je ne veux pas que Yokotruc s'agite, alors je lui emboite le pas, ce type m'a l'air un peu trop survolté pour la tranquillité nécessaire à mon patient. Je reste pourtant à la porte sans avancer davantage dans la pièce. Je ne veux pas non plus faire l'indiscret. J'interviendrais seulement si c'est nécessaire.

- Salut Yoko, fait « Tacchon » à mi voix. Comment tu te sens, mon vieux ?

Malgré la pénombre régnant dans la chambre à cause des rideaux tirés et la distance, je vois Yokotruc sourire légèrement.

- On va dire que j'ai… (il tousse) connu mieux… Tu es seul ?

- Tu rigole ? Les autres sont là aussi, mais ton cerbère là (il me désigne du menton) il veille sur toi comme une poule sur ses poussins.

Oi ! Il raconte quoi celui-là ?

Un petit rire douloureux échappe à Yokotruc à la comparaison formulée par son ami, se muant en une quinte de toux qui doit lui déchirer la gorge. Il ferait mieux de ne pas parler, ce crétin… Mais évidemment si je lui dis, il fera exactement l'inverse par esprit de contradiction.

- C'est un peu ça, fait le malade une fois la quinte passée. Mais tant mieux…

Quoi ? Comment ça « tant mieux » ? Qu'est ce qu'il veut dire par là ?

- T'es vraiment dans un sale état mon pauvre Yoko…

- Merci de ta sollicitude, Yoshi…

- Bah c'est vrai. Les autres diront pareil quand ils seront autorisés à entrer.

- D'ailleurs il faut que vous le laissiez, intervins-je.

Ca ne fait pas cinq minutes, mais ce type m'agace, je ne sais pas pourquoi.

- Elles sont rapides, vos minutes, proteste le géant en se redressant.

Je m'en fiche. Je m'en fiche complètement. Il l'a assez dérangé comme ça à mon goût. Comme je lui tiens la porte, il se sent obligé de sortir. Parfait, au moins il n'insiste pas.

- Si l'un de vous se sent le courage d'affronter Masque de Mort, le Chevalier d'Or gardien de la quatrième Maison du Sanctuaire, qu'il y aille et bon courage à lui, dit-il à l'adresse de ses amis en sortant.

Chevalier d'Or de quoi ? De quoi il parle ? Je ne comprends rien. Les amis de Yokotruc sont vraiment bizarres…

- Toi, il faut VRAIMENT que t'arrête Saint Seiya, lui dit le dénommé Ryo. Ca devient n'importe quoi.

- Et pourquoi Masque de Mort en particulier ? C'est pas sympa pour Ohno-san, fait à nouveau le rouquin qui semble être le plus gentil du lot.

- Bah lui ou un autre ça revient au même. Bref bon courage à qui veut y aller, rétorque le géant.

- Allez j'y vais, décréta la moqueur nommé Ryo.

- Ne le fatiguez pas, le prévins-je en lui emboîtant le pas.

- Oui oui, j'ai compris.

La porte de la chambre de Yokotruc s'ouvre à nouveau et il se glisse à l'intérieur à pas de loup. Bon, au moins il est plus discret que « Tacchon », c'est déjà ça.

- Yoko ? murmure-t-il en se dirigeant vers le lit de son ami.

Mais son appel reste sans réponse.

- Il a du se rendormir, chuchoté-je. Il ne fait qu'alterner les périodes de sommeil et de veille.

- Je vois…

Il fait demi tour, quitte la chambre et revient au salon où je le suis après avoir soigneusement refermé la porte. Alors que Ryo explique à ses amis qu'il vaut mieux laisser Yokotruc se reposer, je regarde autour de moi, réalisant enfin quelque chose : Yuya n'est plus là. Je suis trop bête. J'étais si absorbé dans mon rôle de garde-malade, que je l'ai totalement zappé. C'est impardonnable. Où est-il allé ? Mon regard dérive sur le gentil rouquin et je décide de m'adresser à lui.

- Excusez-moi, vous savez où est parti mon compagnon ? lui demandé-je.

- Le petit mignon ? Il a dit que comme vous étiez occupé, il rentrait chez lui.

- « Petit mignon » ? relève alors l'un de ses amis dont j'ignore le nom. Bah alors, Hina, t'as viré de bord ?

- Baka… rétorque ledit « Hina » (ils sont tous des surnoms ou quoi ?). C'est pas parce que je suis hétéro que je sais pas voir la beauté dans mon propre sexe.

Mais je ne les écoute déjà plus. Rentré chez lui… Crétin, débile, imbécile, idiot, stupide… Bête… Je suis BETE ! Il faut que j'aille le voir, que je m'excuse. Je me sens trop mal. Comment j'ai pu oublier celui que j'aime au profit d'un Yokotruc ?

Je dois paraitre agité, car « Hina » se tourne vers ses amis, les pressant de sortir. Il semble avoir compris que je veux juste voler jusqu'à Yuya. Je sors en même temps qu'eux, la clé dans ma poche et descend les escaliers en courant. Mon cœur bat très vite, mais la course n'est pas en cause, j'ai juste peur. Peur que tout finisse à peine commencé, parce que j'ai été assez idiot pour l'abandonner un long moment. Je frappe à sa porte. Va-t-il ouvrir ? Une minute plus tard, son adorable visage apparait devant moi. Il semble surprit mais pas en colère.

- Satoshi ? Je te pensais avec Yokoyama-san et ses amis.

Je ne réponds rien et le serre fort contre moi. Un peu trop fort peut-être, car il s'écarte légèrement de moi et me regarde, l'air inquiet.

- Ca ne va pas ?

- Pardon… fais-je, le nez dans son cou.

- Mais… de quoi tu t'excuse ?

- Je t'ai laissé en plan, marmonné-je de même.

Sa peau est douce, chaude et il sent terriblement bon. Je me demande bien ce qu'est son parfum.

- Baka… C'est pas grave, sourit-il. Tu étais un peu occupé, voilà tout. Viens, entre, on ne va pas rester devant la porte ouverte. Les amis de Yokoyama-san sont encore là ou ils sont partis ?

Tout en parlant, il referme la porte et m'entraîne à l'intérieur de l'appartement, me laissant à peine le temps de me déchausser, puis il me fait asseoir sur le canapé où il se blottit contre moi. Je referme aussitôt les bras sur lui, il pose la tête sur mon épaule et je l'embrasse dans les cheveux. Il est trop adorable.

Un moment passe, mais je ne sais pas combien de temps, car il s'efface quand je suis avec lui. Il lève finalement la tête et me regarde dans les yeux. Je ne sais pas si c'est parce que je l'aime que je m'imagine des choses, mais j'ai l'impression que ses prunelles noisette pailletées d'or recèlent… du désir ? Non, je dois faire erreur. Ca ne peut pas être ça. Mon regard dérive sur ses lèvres pleines bien trop tentantes. Je meurs d'envie de l'embrasser et je ne le fais pas. Je ne sais pas pourquoi. On dirait que quelque chose me retient.

- Satoshi… embrasse-moi… fait-il d'une voix différente en se pressant davantage contre moi.

Je tressaille. A-t-il lu dans mes pensées ou… Non c'est impossible. Il veut juste un baiser, alors je vais le contenter. Je mets une main en coupe sur sa joue et pose doucement mes lèvres sur les siennes. Elles sont si soyeuses… je l'avais presque oublié. Elles semblent aussi épouser les miennes à la perfection, ce que je n'avais pas remarqué jusqu'à présent. Je mordille sa lèvre inférieure avec l'impression délicieuse de goûter le meilleur des fruits et les sens s'entrouvrir tandis que, du bout de la langue, je les parcours avec délices. Elles sont sucrées. Pour de bon. Ce n'est pas une image ou une comparaison poétique, elles sont vraiment sucrées et je ne m'explique pas comment c'est possible. Lentement, je m'insinue entre elles à la découverte de ce pays inconnu que je devine déjà délectable et y cherche son occupante. Je la trouve et l'enlace, la cajole, la frôle sans cesse avec tendresse, mais elle ne reste pas immobile. Ses réactions, pourtant, sont moins calmes que les miennes, car elle accentue tous mes mouvements, les rendant plus fougueux et passionnés. Je suis surpris car je le pensais trop innocent, mais répond tout de même au tour nouveau qu'a pris notre baiser. Soudain, je le sens se redresser sans cesser de m'embrasser et se mettre à califourchon sur mes genoux. Je rouvre les yeux et fixe l'or de ses prunelles, interdit.

- Qu'est ce que tu fais ? soufflé-je.

- Shhhht… murmure-t-il en prenant le contrôle de la situation.

Cette fois, c'est vraiment lui qui m'embrasse et ses gestes sont si experts, si langoureux, que je me demande s'il est vraiment aussi innocent que je le crois. Je passe les bras autour de sa taille fine pour le serrer contre moi, tandis qu'il abandonne mes lèvres pour poser les siennes sur ma mâchoire, et descendre dans mon cou. A ma grande surprise, je le sens aspirer ma peau, dans l'intention manifeste d'y laisser une marque. Je n'ai pas l'habitude, pourtant je ne le repousse pas. C'est assez agréable pour qu'il continue. C'est d'ailleurs ce qu'il fait, descendant de plus en plus, tandis que ses mains se glissent sous mon t-shirt pour caresser mon ventre, passant sur mes abdominaux.

- Ta peau est douce… chuchote-t-il.

Je ne contrôle plus grand-chose et, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que je ne vais carrément plus rien contrôler du tout d'ici très peu de temps. Ses mains remontent lentement sous mon vêtement, ses doigts dessinant des arabesques au fur et à mesure de son ascension et je retiens presque mon souffle. Non, en fait je suis presque certain qu'il n'est pas innocent du tout. Il a bien trop l'air de savoir ce qu'il fait. Et étrangement, c'est loin de me déplaire. Ses mains délicates remontent toujours plus haut tandis qu'il revient m'embrasser. Je tressaille lorsqu'il effleure mes tétons et retiens un léger gémissement alors que l'un de ses doigts passe et repasse dessus pour les faire durcir, ce qui ne tarde pas à se produire.

Je le sens sourire dans mon cou. Visiblement, mes réactions le ravissent… et elles me déconcertent. Plus il me touche, plus j'ai l'impression d'être devenu hypersensible. Il fait glisser ma chemise de mes épaules, caressant mes bras au passage et mordille le lobe de mon oreille, me déclenchant un soupir. Il fait ensuite lentement remonter le bas de mon t-shirt sur mon buste et j'abandonne toute lutte. Qu'il fasse ce qu'il veut de moi, j'en serais ravi. En signe de reddition, je bascule la tête en arrière sur le canapé et ferme les yeux alors qu'il m'ôte le vêtement. Mes paupières ont beau être serrées, je sens son regard me scruter avec intensité et mes pommettes s'enflammer malgré moi. Je suis dans tous mes états comme si je n'avais jamais fais ça de ma vie, mais c'est vrai que ce n'était pas arrivé depuis longtemps et surtout avec quelqu'un que j'aime.

- Tu es beau… murmure Yuya en faisant de nouveau glisser ses mains sur moi.

Beau ? Moi ? Alors ça c'est bien la première fois qu'on me le dit. Je suis si surpris que je rouvre les yeux. Je n'ai pas le temps de répondre quoi que ce soit, car il reprend le baiser et appuie doucement sur mes épaules pour m'allonger. Non seulement il sait ce qu'il fait mais aussi ce qu'il veut apparemment. Et ce qu'il veut c'est moi. Sauf que là, j'ai beau trouver ses caresses plus qu'agréables, je n'ai le temps de rien, tout va trop vite et ça me met mal à l'aise. Pour le coup, j'ai un peu l'impression d'être un jouet entre ses mains, de ne pas avoir mon mot à dire face à une volonté maintenant plus qu'évidente. Tandis qu'il poursuit et que mon cœur, ce traître, bat à un rythme effréné, je me rends compte que son regard, à cet instant, recèle autre chose que du désir, bien que je n'identifie pas quoi et que son sourire est teinté de… satisfaction ? Triomphe ? Non, je me trompe certainement. Il m'aime autant que je l'aime, donc c'est impossible… n'est ce pas ? J'hésite à le repousser tant que j'ai encore la possibilité et la volonté de le faire. Bien sûr que j'ai envie de lui aussi, mais il faut que je lui dise que c'est trop rapide, que je veux prendre mon temps avec lui, que… Mais ma raison me quitte un peu plus à chaque nouvel attouchement, à la vitesse même où mon souffle s'accélère. Si je ne l'arrête pas maintenant, il sera trop tard…

- Yuya, je… Il faut que…

Je n'ai pas la possibilité de poursuivre, car un nouveau baiser, plus fougueux encore que les précédents, m'en empêche. J'y réponds de tout mon être, pourtant, une sensation désagréable s'installe en moi alors qu'il continue à me caresser, descendant de plus en plus sur mon buste. Une sensation de malaise. Pourquoi ai-je l'impression qu'il cherche à m'empêcher de l'empêcher de poursuivre ? Mais non, je me fais des idées, c'est n'importe quoi.

Un gémissement interrompt le cours de mes pensées. Le mien. Je suis si concentré pour mettre de l'ordre dans ce qui se passe dans ma tête, que j'oublie presque que lui ne s'est pas arrêté, bien au contraire. Et j'ai beau penser qu'il faut que je l'arrête, je ne l'ai toujours pas fait. Pourquoi ? Tandis que je continue à me poser des questions, mon esprit semble de scinder en deux : la partie encore capable de réfléchir et celle déconnectée de la réalité à cause des caresses trop expertes dont il continue de me couvrir. Et plus ça va, plus la seconde partie parait gagner du terrain sur la première étant donné les plaintes qui franchissent mes lèvres sans discontinuer. Je suis gêné de me laisser aller de cette façon, mais le moyen de faire autrement ? Je ne le connais pas. Mon cœur bat si fort, qu'il doit même l'entendre d'où il se trouve et je suis sûr que ça lui fait plaisir de m'affoler autant. Je lève les bras pour pousser sur ses épaules et, ainsi, l'éloigner de moi. Je n'aurais pas grande difficulté à y parvenir, il est si frêle… mais je les laisse retomber sans rien avoir tenté. A quoi bon lutter contre quelque chose que je veux autant que lui, même si je pensais que ça viendrait plus tard ? Je ne l'ai repoussé à aucun moment, pourtant il doit sentir qu'intérieurement, j'ai renoncé car ses gestes prennent davantage d'assurance et, bientôt, sans qu'il ait cessé ses attouchements à aucun moment, je me retrouve en boxer. Les battements de mon cœur s'amplifient tellement qu'il me semble qu'il va quitter ma poitrine. J'ai chaud et en même temps, j'ai des sueurs froides. Comme si j'avais peur. Alors que ce n'est pas le cas. Cherchez l'erreur. J'ai vraiment chaud maintenant. Trop chaud. Ce n'est pas normal, même dans cette situation. Une idée me traverse l'esprit. J'espère que… Non, pas si vite… A moins que…

- Yuya… attend… s'il te plait…

- Hum ? Quoi ? fait-il d'une voix suave qui contraste étrangement avec sa frimousse d'ange.

- Je… Je crois que je ne suis pas… bien…

Il semble douché et me regarde d'un air effaré.

- Quoi ? fait-il, visiblement perdu.

- Touche mon front, s'il te plait…

- Hein ?

- Fais-le, s'il te plait.

Il semble ne pas comprendre ma démarche, mais s'exécute… et retire aussitôt sa main, les yeux écarquillés.

- Tu es brûlant !

C'est ce que je craignais… La bronchite carabinée de Yokotruc m'a contaminé… Génial, il ne manquait plus que ça, vraiment. Comment casser ce premier moment intime avec mon Yuya… Je soupire. Ca faisait longtemps. Je veux pas être malade. Je suis jamais malade d'habitude. Tout ça, c'est la faute de Yokotruc !