Les étincelles de désir quittent le regard de mon compagnon, qui se redresse.

- Il faut te coucher, décrète-t-il. Rhabille-toi, je vais t'aider à remonter et à t'étendre.

- Désolé…

- Pourquoi tu t'excuse ? Tu as du attraper la maladie de Yokoyama-san en le soignant, voilà tout.

- Oui, mais…

- Chut. Remet tes vêtements. Il ne faudrait pas que ça empire.

Je me relève et récupère mes affaires qu'il a laissé tomber sur le sol. Je réalise alors confusément que j'étais presque nu devant lui alors qu'on est ensemble depuis très peu de temps et ça me gêne beaucoup. Ce qui n'est pas logique puisque je l'aime. Je me rhabille rapidement. Je sens qu'il faut que je m'allonge et sans tarder. Nous sortons de son appartement et remontons jusqu'au mien. Je commence à frissonner, c'est mauvais signe.

- Il faut éviter que tout l'appartement soit infecté, dis-je. Je vais m'installer dans la chambre de Yokotr… Yokoyama.

- Mais il n'y a qu'un seul lit, objecta Yuya, apparemment repris par la jalousie.

- Il y a un futon dans le placard de l'entrée, indiqué-je.

Il n'ajoute rien et m'aide à aller jusqu'à la chambre de mon colocataire dont il pousse la porte. Un rai de lumière transperce la pénombre, éclairant le visage pâle de mon compagnon d'infortune, qui se protège les yeux.

- C'est… (il tousse) l'heure des médicaments ?

- J'aurais bien voulu que ce ne soit que ça, marmonné-je en me laissant lourdement tomber sur le sol non loin de lui, pendant que mon petit ami va chercher le futon.

- Qu'est ce qui se passe ?

- Bronchite…

- Tu as attrapé la mienne ?

- A votre avis ?

Ce sont mes yeux troublés par la fièvre qui me jouent un tour ou il sourit là ? Cet espèce de [censuré] est content que je sois malade ! A cause de lui en plus ! J'hallucine complètement…

- Ne vous sentez pas trop coupable surtout, lancé-je, sarcastique. Je m'en voudrais de vous faire éprouver des remords.

- On est susceptible ? demande-t-il.

Je m'abstiens de répondre, ça lui ferait trop plaisir.

- Pourquoi tu es venu dans ma chambre ?

- Limiter l'infection à une seule pièce, marmonné-je de nouveau.

La tête me tourne. Il faut que j'arrête de parler et que je m'allonge sans tarder. J'ai froid, alors que je mourrais de chaud il n'y a pas un quart d'heure. Je me demande si je ne suis pas plus atteint que Yokotruc. Le sol, c'est dur. Que fais mon Yuya avec le futon ? Je n'ai pas plus tôt songé à ça, qu'il revient en portant le matelas, la couette et l'oreiller. Il est si chargé qu'il ne doit même pas voir où il va, mais je ne peux pas l'aider. Si je me lève, je sens bien que je vais tomber. Pour lui laisser la place de tout installer, je me décale en roulant sur moi-même, dans l'incapacité même de me redresser car la pièce parait tanguer comme un bateau pris par la houle.

- N'essaye pas de te lever, me recommande Yuya en déposant son fardeau sur le sol, avant de le mettre en place. Il m'aide ensuite à me glisser sous la couette. Dans la chambre, il doit faire une chaleur infernale, mais je meurs de froid au point de claquer des dents.

J'entends un claquement de langue agacé, mais je ne peux pas dire s'il émane du Yokotruc ou de mon Yuya. D'ailleurs, je ne suis pas sûr d'avoir envie de le savoir.

- Repose-toi, me dit mon compagnon, d'une voix curieusement dépourvue de toute chaleur. Peut-être que la fièvre baissera toute seule.

J'en doute sérieusement mais ne dis rien. Je ne veux pas l'obliger à faire le garde-malade. S'il attrape la même bronchite, je m'en voudrais trop. La porte se referme et la pièce redevient sombre, le silence se faisant, seulement troublé par le son de mes dents qui s'entrechoquent. Kamisama que j'ai froid… J'ai l'impression d'être congelé de l'intérieur, comme si j'étais en plein blizzard. Et à côté de ça, Yokotruc a l'air d'irradier comme un chauffage central. C'est injuste.

- Reste pas si loin si t'as froid, lance-t-il soudain dans un murmure.

- He ?

Comme je ne comprend pas ce qu'il entend par là, il ouvre un peu sa couette et tapote la place à côté de lui. L'explication monte doucement à mon cerveau. He ? He ? Heeeeeeee ? Non mais c'est quoi son trip ? Il délire encore à cause de la fièvre ou quoi ?

- Cert… ainement p… pas, refusais-je, mes dents jouant toujours une symphonie en gla-gla majeur.

- Sois pas idiot. Tu claque des dents alors que je meurs de chaud. C'est un… (il tousse) échange de bons procédés : tu vas me rafraichir et toi tu vas te réchauffer.

J'hésite beaucoup. Je n'ai pas vraiment envie d'une telle proximité avec lui, mais il a vraiment l'air d'avoir chaud… Tant pis, j'ai trop froid. Je me redresse tant bien que mal en prenant appui sur le lit et me glisse à l'intérieur. Je sens immédiatement la différence de température et un frisson me secoue. Il va me falloir quelques minutes avant de m'y habituer.

Le temps passe en silence. J'ai un peu plus chaud maintenant, mais pas encore assez. Je jette un regard presque envieux au torse luisant de sueur de mon colocataire et actuellement voisin de lit. Je viens d'avoir une idée pour me réchauffer. J'inspire pour me donner du courage, puis me colle étroitement à lui. Il est chaud comme une bouillote, c'est agréable. Je soupire de bien-être.

- Désolé, m'excusé-je, mais j'ai trop froid.

- C'est pas grave, je comprend.

Je ne sais pas si c'est mon imagination, mais j'ai l'impression qu'il y a de la satisfaction dans sa voix. Malgré moi, cherchant à me réchauffer davantage, je pose ma joue sur son épaule nue et brûlante, puis ferme les yeux. Je le sens refermer les bras sur moi, mais je suis trop bien dans mon douillet cocon de chaleur pour m'en formaliser. Je veux juste rester comme ça un peu. Rien qu'un peu. Juste… quelques… minutes…

Je relève la tête un moment plus tard. J'ignore combien de temps s'est écoulé, mais j'ai du m'assoupir, blotti contre lui, avide de sa chaleur. Je le dévisage. Il s'est endormi lui aussi et je n'ai plus froid. Pourtant, je ne m'écarte pas. Je ne suis même pas gêné, alors que j'aurais toutes les raisons de l'être. Je ne comprends pas mes réactions. Elles sont totalement à l'opposé de ce qu'elles devraient, à l'opposé de celles que j'ai eu vis-à-vis de lui depuis le départ. Je me trouve louche et je n'aime pas ça.

En essayant de ne pas le réveiller, je me défais de son étreinte et tente de glisser jusqu'au futon. Il m'en empêche.

- Reste, souffle-t-il.

Je le fixe, interloqué. Comment ça « reste » ? Je me sens piquer un far monstrueux et remercie mentalement l'obscurité qui la dissimule. La porte s'ouvre au même moment et j'entends des voix familières. Les gars sont venus. Merde…

- Ne, Oh-chan, est ce que tu… commence Aiba avant de s'interrompre, littéralement statufié.

- Heu… je crois qu'on dérange… fait Nino avant de faire reculer Jun, Sho et Masaki.

La porte se referme. Qu'est ce qui leur prend ? Qu'est ce qu'ils ont cr… He ? He ? Heeeeeeeeeee ? Non mais non ! Je m'extirpe des bras de Yokotruc qui me retient toujours. Il faut que je leur explique, que je leur dise que ce n'est pas ce qu'ils croient ! Je ne veux pas qu'ils pensent que Yokotruc et moi… Non ! Non non non non non non non ! Certainement pas !

J'essaye de me relever, mais j'ai la tête qui tourne.

- Laisse-les croire ce qu'ils veulent, souffle soudain mon colocataire. Quelle importance ?

- Comment ça « quelle importance » ? Je ne veux pas qu'ils pensent que vous et moi…

Minute… Stop, arrêt sur image. Comment il sait à quoi je pensais ? C'est flippant.

- Même s'ils… (il tousse) le pensent, toi tu sais qu'il ne s'est rien passé.

- Mais ils savent qui j'aime, ils vont me croire infidèle.

- Encore une fois, si toi tu sais que tu ne l'es pas, où es le problème ?

- Parce que ce sont mes amis et que… Rah, je ne sais pas pourquoi je parle avec vous, vous ne comprenez rien.

- Ah non ?

- Non.

Je me relève et chancèle comme si j'étais ivre. Je dois être dans un bel état.

- Fais pas l'idiot et recouche-toi. T'es en état de rien du tout là.

Je ne l'écoute pas et me tiens au mur pendant que je me traine vers la porte. Je me sens soudain basculer vers l'avant. Il a raison, je me casse la… J'écarquille les yeux, car il a soudain bondi de son lit et me retient. Ses bras sont passés autour de ma taille et il me maintient contre lui. Je me fige. J'ai chaud tout à coup. La fièvre fait effet je crois. Il était si loin et je me voyais déjà le nez par terre, comment il a pu arriver si vite ? Aucune importance. Je suis troublé, ça ne servirait à rien de le cacher, mais je ne m'en explique pas la raison. Que se passe-t-il en moi ?

- Merci, soufflé-je, ne sachant quoi dire d'autre.

Je me sens idiot, surtout que je sais maintenant qu'effectivement, je n'ai pas la force de rester debout.

- Reviens te coucher, baka. T'es malade alors joue pas au héros.

Je déteste l'avouer, mais il a encore raison.

- C'est bon, vous pouvez me lâcher maintenant.

- Non.

- Non ?

- Non. Si je te lâche, tu vas vraiment te casser la figure.

Je le sens me ramener vers le lit et nous laisser tomber dessus. C'est bête, mais je ne proteste pas. Je me sens bien dans ses bras en fait, alors puisque de toute façon je ne suis pas dans mon état normal, autant en profiter. Après tout, je ne fais rien de mal.

Il rabat la couette sur nous en murmurant qu'il vaut mieux que je n'ai pas de nouveau froid. Je hoche la tête sans rien dire et ferme les yeux. Je sens ses lèvres frôler ma tempe, mais je ne le repousse pas. Son torse nu est calé contre mon dos, l'épousant avec une perfection surprenante. Peut-être à cause de la fièvre, ça ne me surprend pas vraiment. Pire, j'apprécie. Vraiment. Je suis malade, sinon je n'y trouverais aucun agrément, c'est évident. Il a chaud. Il est chaud. Comme une bouillote. Je le sens à travers mes vêtements. J'ai trop chaud maintenant, mais je ne bouge pas, c'est bizarre. La fièvre fait faire des choses bizarres.

Le temps passe. Son souffle est devenu profond et régulier. Il s'est endormi. Sans me lâcher. Je n'ose pas trop remuer, de peur de le réveiller. Depuis quand j'ai autant d'égards pour lui ? C'est nouveau ça.

J'entends la porte d'entrée s'ouvrir. Qui ça peut être ? Des pas dans le couloir font légèrement craquer le parquet. Les gars sont revenus ? Ou les amis de Yoko puisqu'ils semblent tous s'être donné le mot aujourd'hui ? La porte s'entrouvre, je ne vais pas tarder à être fixé. Le rai de lumière provenant du salon m'agresse les yeux et je m'en protège de la main.

- Satoshi, tu dors ? J'ai…

La voix de Yuya. Yuya ! Je l'ai oublié avec tout ça ! il s'est interrompu. Il me fixe, les yeux écarquillés, puis s'approche. Il a un regard… que je suis incapable de définir, mais qui me fait froid dans le dos. Pourquoi ? Je n'ai rien fais de mal.

- Qu'est ce qui se passe ici ? siffle-t-il d'un ton qui n'a rien de doux ni de tendre.

D'un geste vif, il écarte la couette et referme les doigts sur mon poignet dans une étreinte d'acier, avant de tirer avec une force que j'étais loin de lui soupçonner. Arraché à l'étreinte de Yoko, je tombe du lit et le fixe, effaré, alors qu'il me surplombe d'un air menaçant.

- Y… Yuya ? couiné-je presque tant ma voix est déformée par la stupeur.

- C'est comme ça que tu m'aime, Satoshi ? demande-t-il.

Sa voix est si dure et froide… Où est mon Yuya ? Je ne le reconnais pas dans l'homme qui me fait face. Ca me fait presque peur. Personne ne peut changer si vite…

- C'est comme ça que tu m'aime ? reprend-t-il de même. En te jetant dans ses bras dès que j'ai le dos tourné ?

Ah alors c'est ça, il est juste jaloux… Je peux facilement le détromper.

- Ce n'est pas ce que tu cr…

- Je crois ce que je vois ! Tu es à moi, tu m'appartiens ! explose-t-il.

He ?

- Satoshi n'est pas un objet. Tu n'as aucun droit sur lui, Tegoshi-kun.

La voix de Yoko. Forcément, la secousse l'a réveillé.

Mais, une seconde… il vient de m'appeler « Satoshi » ? Depuis quand il m'appelle par mon prénom ?

- Toi, la ferme ! vocifère mon cadet à l'intention de mon colocataire. C'est à lui que je parle !

Y a-t-il un stade au dessus de l'effarement ? Parce que si c'est le cas, je l'ai non seulement atteint mais largement dépassé. Il était si doux et tendre il y a encore quelques heures… Il est schizophrène ou quoi ? C'est la seule explication à un si radical changement de personnalité…

- J'ai bossé trop dur et trop longtemps pour en arriver là. Pas question d'abandonner, marmonne-t-il entre ses dents.

Je n'ai pas l'occasion de me demander ce qu'il veut dire par là car, de nouveau, mon poignet est pris dans l'étau d'acier de sa main et il m'entraine hors de la chambre. Je trébuche à chaque pas, mais il ne ralentit pas et ne tourne pas davantage la tête vers moi. A cet instant précis, j'ai l'impression d'être un jouet, un pion qu'il peut balader à sa guise. Je tente de me libérer de son emprise, mais peine perdue, il faut croire que j'ai moins de force que lui, d'autant que je suis affaibli et que les siennes semblent décuplées.

- Yuya, laisse-moi, dis-je en m'efforçant de rendre ma voix plus ferme.

Mais il n'écoute pas et me traine malgré moi jusqu'à ma chambre, om il me propulse littéralement sur mon lit. Avec une seule main. D'où tire-t-il cette force ? je ne comprend pas. Certes je ne suis pas bien gros, mais quand même, cinquante trois kilos, ce n'est pas rien et il n'est pas bien plus épais que moi. Je me redresse pour me relever, mais il s'assoit à califourchon sur moi, me repousse en arrière sans douceur et bloque mes bras au dessus de ma tête alors que, une fois encore, j'essaye de me libérer.

- Oh non, mon cher Satoshi, fait-il, une lueur quasi démoniaque dans les yeux. Je t'ai alors je ne te laisserais pas t'échapper. Pas maintenant que je suis si près du but. C'est pas si souvent que j'ai un jouet si intéressant, alors je compte en profiter longtemps.

Je tilte sur le mot.

- Jouet ? fais-je d'une voix faible, commençant à prendre conscience de la situation.

Et si je la comprends correctement, elle n'est pas belle du tout.

- Jouet. Tu n'as quand même pas sérieusement cru toutes les niaiseries que je t'ai débitées ? fait-il.

Niaiseries ? Tous ces « je t'aime », ces mots doux, ces tendres étreintes n'ont donc été que des mensonges ? je sens mon cœur se briser en un millier de morceaux dans ma poitrine et le sang refluer de mon visage.

- Si ? reprend-t-il avant d'éclater d'un rire cristallin qui me fait très mal tant il est méchamment moqueur. Comme il est romantique, ce petit, ce serait presque mignon.

Il me tapote la tête avec une affectation insultante et je sens les larmes me monter aux yeux. Il s'est moqué de moi… Rien n'était vrai. Tout ce temps, mes sentiments n'ont jamais eu la moindre importance pour lui. Il a joué avec moi depuis le début…

- Pourquoi ? réussis-je à articuler malgré la boule de chagrin qui m'obstrue la gorge.

- Parce que depuis le premier jour, j'ai décidé que je t'aurais et que j'étais prêt à tout pour ça. J'ai attendu plus d'un an en jouant la comédie. Avoue que tu y as cru sans te douter de rien. Non, en fait pas besoin de confirmer, ça se voit. Oh il va pleurer le pauvre petit ToToshi-chan. Comme c'est triste…

Un ricanement satanique lui échappe et je détourne la tête pour ne plus voir ce démon dissimulé sous un visage d'ange. Je suis incapable de répondre et du reste, c'est inutile, je suis anéanti. Pour une fois que je tombe amoureux, il faut que ce soit d'un salaud.

Il ne dit plus rien et défait mon pantalon. Aussitôt, je le fixe de nouveau, les yeux écarquillés de stupeur… et de panique car je viens de comprendre ses intentions.

- S'il te plait, non…

Je sens sa main se frayer un chemin sous mon boxer. Je ne veux pas… Je refuse de tout mon être ce qui est en train de se produire, ce qui va manifestement arriver. Une de mes mains libérée, je la pose sur sa poitrine et tente de le repousser. Peine perdue. Non seulement je n'y parviens pas, mais il me gifle violemment.

- Joue pas à ça ! crache-t-il.

- Yuya, je t'en prie, ne fais pas ça… l'imploré-je une fois encore.

Pantin dont il tire les ficelles à sa convenance, je suis totalement à sa merci puisqu'il n'écoute rien. Il glisse la main sous mes fesses. Plus rien ne pourra l'arrêter maintenant…