Chapitre 16
Rattrapé par les évènements
Je suis réveillé en sursaut par la sensation de mains qui courent avidement sur mon corps seulement couvert par la blouse d'hôpital et pousse un hurlement de terreur. Je me redresse, le cœur battant à en exploser, un filet de sueur froide coulant le long de mon dos, le regard empli d'épouvante cherchant une silhouette dans la pénombre de la chambre. Mais je suis seul. Il n'y a rien. Le silence, dans l'hôpital, est si total que ça m'effraye encore plus, alors que je le connais par cœur à force de le côtoyer toutes les nuits. Mais jamais en tant que patient…
Je me rallonge lentement et reste à fixer le plafond un moment, puis soudain, tout me revient dans les moindres détails, comme si j'y étais encore, même des détails qui m'avaient échappés sur le moment. Tremblant comme une feuille, je me recroqueville en claquant des dents malgré la douceur régnant dans la pièce. Les calmants ne font plus effet et mes nerfs, qu'ils avaient endormis, lâchent. De grosses larmes se mettent à rouler sur mes joues sans que je cherche à les arrêter. Une dizaine de secondes plus tard, la porte s'ouvre brusquement.
- Toshi ?
Sho. Alerté par mon cri sûrement. Ramassé sur moi-même comme je suis, je ne le vois pas, mais je sens son regard, sûrement paniqué, m'ausculter.
- Qu'est ce qui se passe ?
- Sh… Sho, donne-m… moi un c… calmant, demandé-je entre deux claquements de dents, espérant que le produit rendorme les épouvantables souvenirs.
- Je ne peux pas, Toshi… On a déjà dépassé la dose maximale autorisée en vingt-quatre heures, répond mon ami d'un ton sincèrement désolé, en sortant une couverture du placard pour la poser sur moi. Ce serait dangereux.
- Je m'en f… fiche, réponds-je de même. Si ça me t… tue, je n'au… aurais pl… plus à vi… vre avec ç… ça…
- Ne dis pas n'importe quoi, fait-il en s'asseyant sur le bord du lit.
Je n'ajoute rien. Sho est mon ami, mais comment pourrait-il comprendre que j'ai l'impression d'être encore moins qu'un objet ? D'être sali à jamais ? Comment comprendrait-il que je me fais horreur parce que mon corps a réagi aux ignobles caresses ? Comment réaliserais-t-il que je suis détruit de l'intérieur ?
- Tout ce que je peux te donner, c'est un somnifère.
- Non !
Ma réaction a été vive par rapport à la banalité d'une proposition que nous faisons sans cesse dans l'exercice de nos fonctions. Mais si je me rendors, je vais tout revivre encore et encore, je le sais. Déjà qu'éveillé ce n'est pas brillant…
- D'accord, pas de somnifère, calmes-toi, fait-il gentiment en posant la main sur mon épaule.
Révulsé par l'anodin contact, je m'écrie de nouveau « non ! » et le repousse si fort, qu'il tombe du lit et s'écrase au sol. Du sol carrelé, il se retourne et me dévisage, totalement effaré. Les tremblements de mon corps s'amplifient, devenant incontrôlables et je me sens mal. J'ai la nausée. Tendant le bras, j'attrape le bassin placé près du lit et me met à rendre tout ce que j'ai mangé et pas mangé la veille, inquiétant Sho encore davantage. J'ai encore l'impression de sentir les répugnants passages de leurs membres en moi et le moindre contact décuple cette ignoble sensation. Je repose le bassin le plus loin possible de moi, serre convulsivement les bras autour de mon buste et un sanglot me secoue comme un raz de marée.
- Toshi, murmure Sho qui s'est relevé, en constatant mes réactions.
Je sais qu'il est désemparé, mais je ne suis pas en état de faire quoi que ce soit pour lui. L'impression d'être pire qu'un prostitué ne s'en va pas et empire même. C'est trop. Trop d'horreur, trop de souffrance… je n'en peux plus. Je veux que ça s'arrête.
- Sh… Sho…
- Hum ?
- Eu… thanasie-moi…
Il y a un gros silence.
- Quoi ? fait-il en réalisant ce que je viens de dire.
Je ne répète pas, je n'en ai pas la force et il a très bien entendu. Je sais que c'est horrible de demander ça à un ami, mais c'est ce que je veux. En finir définitivement. Pour cesser de souffrir, de penser, de revivre.
Soudain, sa main claque contre ma joue. Pourtant je ne bouge pas. Je me contente de lever mes yeux noyés de larmes sur lui. Sa mâchoire est crispée et ses yeux lancent des éclairs. Si un regard pouvait tuer, je serais déjà mort. J'aimerais bien.
- Ca va pas de dire un truc pareil ? Je veux plus jamais t'entendre dire une horreur de ce genre, Satoshi !
Je ne réponds pas. Les larmes coulent de plus belle sur mes joues.
- En plus c'est lâche et très égoïste de dire ça. Tu as pensé aux gens qui tiennent à toi ? Jun, Masaki, moi… Koyama-san aussi. Et puis Yokoyama-san. Tu l'aime, non ? Tu crois qu'il serait content de t'entendre parler comme ça alors qu'il t'a sauvé ? Alors que rien ne s'est encore passé entre vous ?
Je ne répond rien et me mure dans le silence. J'ai décidé d'en finir et je le ferais malgré lui. Quitte à ce qu'il me déteste à titre posthume. Il faut juste que j'attende le bon moment pour agir. Il m'observe encore un moment, puis soupire et quitte la pièce sans un mot de plus. Il est fâché et ça c'est un fait vraiment rare. Le silence retombe, me laissant à ma solitude et mes idées plus que noires, mais je ne vais rien tenter tout de suite. Je connais trop bien Sho. Il est capable de revenir toutes les dix minutes pour vérifier que je ne fais pas de bêtise.
Je ferme les yeux et fais semblant de dormir un long moment. Si mes calculs sont exacts, il a maintenant terminé son service. Il est donc l'heure de tout arrêter. Je me lève avec précaution, arrache l'aiguille du goutte à goutte plantée sur le dos de ma main et me faufile hors de la pièce. L'avantage d'être hospitalisé sur mon lieu de travail, c'est que je sais exactement où aller et quoi faire. Je n'ai qu'un but : la pharmacie du secteur trois. Il suffira juste d'une « erreur de dosage » pour que je ne me réveille jamais de ma sieste. Il ne me faut que quelques minutes pour rejoindre la pièce que je vise. Je referme la porte, m'empare d'une seringue que je tire de son emballage stérile, puis regarde les flacons étiquetés posés sur une étagère, cherchant lequel me tuera le plus rapidement. Mon choix fait, je plante l'aiguille dans le couvercle, tirant le piston pour remplir la seringue au maximum de sa contenance. Je repose la fiole et m'apprête à sortir aussi furtivement que je suis entré, lorsque la porte s'ouvre brusquement.
- Vous voyez, il est là ! s'exclame Sho à l'intention de Jun et Aiba.
- Attrapez-le ! fait ce dernier à nos deux amis plus musclés que lui.
Aussitôt dit, aussitôt fait, Sakurai et Matsumoto fondent sur moi comme des rapaces, s'emparant chacun de l'un de mes bras malgré mes efforts pour tenter de leur échapper.
- Masaki, la seringue ! fait l'amant de l'interpelé.
En une seconde, Aiba m'arrache ma délivrance et la vide, avant de la jetter.
Je savais que t'allais faire une connerie, me dit Sho. Je te connais pas coeur. Tu nous laisse pas le choix, Toshi...
Je n'aime pas son ton. C'est le ton qui veut dire « on t'empêchera malgré toi d'attenter à tes jours ».
- Secteur sept ? interroge Jun.
- Secteur sept, confirme Sho en hochant la tête.
Je les fixe l'un après l'autre, les yeux écarquillés. Le secteur sept ne fait pas partie des leurs. C'est celui dans lequel se trouvent en général les patients mentalement atteints, qu'il faut immobiliser à tout prix pour éviter qu'ils ne se blessent. Le secteur psychiatrique. Or je ne suis pas fou, bien au contraire.
- Non ! J'ai toute ma tête ! me rebellé-je tandis que tous deux me traînent à l'étage supérieur. Je n'ai pas besoin d'aller en psychiatrie !
- Désolé, Toshi, tu nous laisse pas le choix, répète Sakurai. C'est pour ton bien qu'on fait ça.
Je vois Aiba courir en avant, certainement pour prévenir Imai-sempai, qu'ils lui amènent un patient. Imai-sempai... Il est réputé très peu commode et totalement incorruptible. Moins de cinq minutes plus tard, mon ami revient accompagné de notre aîné... et vu ses sourcils froncés, Masaki a du tout lui raconter.
- Mettez-le en 734, elle est libre, dit-il à Sho et Jun qui me tiennent toujours.
Je sais très bien ce qui m'attend si je met un pied dans cette chambre. Et je refuse. Je refuse parce que m'immobiliser est le meilleur moyen de me refaire penser à ce qui s'est passé. Je ne veux pas. Je ne veux plus. C'est précisément pour ça que j'ai fais cette tentative désespérée. Mais ça n'a pas l'air de traverser l'esprit de mes amis. Malgré ma résistance, ils m'allongent sur un lit et me maintiennent, alors que notre collègue referme autour de mes poignets, de mes chevilles et de ma taille, d'énormes liens de cuir semblables à des ceintures. En moins de deux minutes, je ne peux plus remuer du tout.
- Non ! Non ! Vous ne comprenez pas ! essayé-je de les raisonner, mon coeur tambourinant comme un fou dans ma poitrine.
- On fait ça pour ton bien, répète seulement Sho, avant de sortir avec son amant et Jun.
A son tour, Imai-sempai quitte les lieux et je reste seul. Je sais très bien que crier ne servira à rien car toutes les chambres de ce secteur sont parfaitement insonorisées. Le désespoir m'envahit de nouveau et des larmes roulent de nouveau sur mes joues sans que, entravé, je puisse rien faire pour les arrêter.
Le temps passe, mais attaché comme je le suis, je n'ai aucune idée des heures ou des minutes qui défilent. Dans le silence assourdissant de la pièce, j'ai entamé une lutte sans merci contre le sommeil. Je ne dois pas m'endormir. Je ne VEUX PAS m'endormir. J'essaye de penser aux cas de mes patients pour m'occuper l'esprit. Mariko-chan... Ishigaki-san... Tadami-san... Asakusa-san... Okamoto-san... Ichi... yama...-san...
Une fois de plus, je suis réveillé en sursaut par mon propre cri, provoqué par l'ignoble sensation que Tegoshi et son comparse sont encore en moi. Mon souffle est saccadé et rauque, je sens un filet de sueur froide couler de ma nuque sur l'oreiller. J'ai la nausée mais je ne peux même pas appeler Imai-sempai, puisque je suis attaché. Je n'en peux plus... Pourvu qu'il ait la bonne idée de venir... N'ayant pas d'autre façon de me rendre compte du temps qui passe, je commence à compter les secondes, ce qui m'empêche aussi de penser à autre chose. J'en suis rendu à mille trois cent vingt, quand la porte s'ouvre enfin sur mon aîné. Je n'ai plus envie de vomir, mais je suis en colère.
- C'est comme ça que vous vous occupez de vos patients, sempai ? lui reproché-je. J'avais besoin de votre aide et vous n'étiez pas là !
- Vous n'êtes pas réellement un patient, Ohno-san, répond-il froidement. Vous êtes simplement là en attendant de revenir à la raison. J'avais de vrais patients à voir.
- J'avais la nausée ! J'aurais pu m'étouffer avec mon vomi !
- Mais ce n'est pas arrivé, alors cessez tout ce bruit.
- Et si j'étais mort ?
- Je croyais que c'était ce que vous vouliez comme un égoïste ?
C'est le deuxième qui me traite d'égoïste. Vouloir cesser de souffrir est donc si mal ? Suis-je donc condamné à me souvenir sans cesse, parce que des gens tiennent à moi ? Si c'est le cas, c'est injuste...
- Ecoutez, Ohno-san, reprend-il devant mon silence, je comprend que ce qui c'est passé soit insoutenable pour vous. Mais vous suicider ne changera rien. Ce qu'il faut c'est relativiser. Et pour ça, il faut que vous parliez à quelqu'un.
- A quelqu'un... Vous voulez dire...
Il hoche la tête et je secoue la mienne.
- Oh non. Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non. Je ne ferais pas de thérapie, hors de question.
- Mais enfin réfléchissez, c'est en en parlant que vous vous délivrerez de cette épreuve. Plus vous gardez tout ça pour vous, pire c'est et vous ne vous en sortirez jamais. Vous voulez donc vivre dans la crainte permanente ?
- Non...
- Dans ce cas, soyez raisonnable et allez voir Kimura-sensei. Je lui parlerais de votre cas si vous voulez.
J'hésite. C'est certainement stupide, mais j'hésite vraiment. Raconter ma vie à un parfait inconnu ne m'enchante guère, mais ai-je vraiment le choix ? Pas vraiment. Je crois que Imai-sempai ne me délivrera pas avant d'avoir obtenu ma parole que je verrais ce « fameux » Kimura-sensei. Et même dans l'hypothèse où il le ferait, Jun, Sho et Masaki ne me laisseraient pas en paix tant que je n'aurais pas accepté. Je crois qu'on appelle ça avoir le couteau sous la gorge. Je soupire lourdement.
- Très bien j'irais. Mais détachez-moi, par pitié, c'est juste insupportable.
- Hum... Je suis navré, Ohno-san, mais j'ai bien peur de ne pas le pouvoir avant que vous ne soyez bien réellement dans son cabinet.
Heeeeeeee ?
- Ce qui veut dire... quand ?
- Il est à peine quatre heures du matin, il va falloir patienter.
- Quand ? répété-je, au bord de la panique.
- Je vais voir avec lui. En espérant qu'il puisse vous prendre aujourd'hui. Sans mauvais jeu de mot.
Merci pour la précision concernant quelque chose à laquelle je n'avais même pas pensé...
- Il pourra... n'est ce pas ? fais-je d'un ton plein d'espoir.
- Ca dépendra de son planning. En attendant, essayez de vous détendre.
- Me détendre alors que je suis attaché pire que je l'étais à ce moment-là ? N'importe qui pourrait entrer et me faire ce qu'il voudrait !
Ma terreur est si audible, qu'il se sent obligé de me rassurer.
- Vous êtes en sécurité ici, Ohno-san. Personne ne vous fera de mal.
Mais comme ses paroles restent sans effet, il m'injecte un somnifère et je sombre presque instantanément dans un sommeil sans rêve.
Dire que cette première séance a été un calvaire est un euphémisme. Non que le médecin soit désagréable ou autre chose du même style, mais raconter mes craintes me les a fait revivre et il a donc fallu faire de nombreuses pauses, le temps que je me calme à chaque fois. Ce qui a eu pour conséquence que la séance d'une heure en a duré plus de deux. Une vraie torture.
- Ce sera suffisant pour aujourd'hui, Ohno-san. Vous reviendrez demain à la même heure.
J'écarquille les yeux, éberlué.
- Ca veut dire que... je ne peux pas rentrer chez moi ?
- Vous êtes encore psychiquement instable. Je ne pense pas que ce serait une bonne chose de vous laisser sortir.
- Mais...
- Soyez raisonnable et retournez dans votre chambre.
- Celle du secteur sept ?
- Hum, non je ne pense pas que vous soyez réellement suicidaire, donc la chambre de contention n'est pas vraiment utile. De toute façon tout est sous clé et vous êtes dès à présent placé sous surveillance.
- Surveillance ? Mais de qui ?
- D'une personne extérieure que vous ne pourrez pas circonvenir comme vous pourriez éventuellement le faire avec vos amis.
- Qui ? répété-je.
Pour toute réponse, le psychiatre se leva et alla ouvrir la porte de son bureau.
- Entrez, inspecteur, dit-il.
Inspecteur ? Ne me dites pas qu'il... Et pourtant si. Derrière la porte, dégoulinant de pluie et les cheveux plaqués sur le crâne, se tient Yu. Où ce fichu médecin a-t-il pris l'idée saugrenue de demander à mon colocataire de me surveiller ?
- Je me suis dis que vous seriez plus à l'aise avec quelqu'un que vous ne connaissez pas aussi intimement que Sakurai-san, Aiba-san ou Matsumoto-san.
Très très très très [...] très mal raisonné, doc. Rien n'aurait pu être pire. Car le malaise entre Yu et moi ne s'est pas estompé. Il n'y qu'à regarder sa mine contrite pour le comprendre.
- Inspecteur, je vous laisse le soin de reconduire Ohno-san à sa chambre.
Un coup de massue n'aurait pas eu d'autre effet, autant sur lui que sur moi. Nous quittons le psychiatre et le retour se passe dans le plus grand silence. Je ne sais pas quoi dire pour débloquer les choses, lui non plus et quand nous arrivons à la chambre, les seules choses qui ont été échangées, ce sont des regards. Furtifs pour la plupart. Comme si se regarder franchement, c'était déjà trop en dire. La porte de la chambre se referme sur nous et soudain...
- Pourquoi tu as fais ça ?
- Pourquoi tu as accepté ?
Nos questions ont fusé en même temps, mais la réponse à la sienne me paraît si évidente, que je ne comprends même pas qu'il ait besoin de la poser.
- A ton avis... fais-je d'une voix sourde, en évitant de le regarder.
- Et tu crois que j'aurais voulu te perdre comme ça ? Tu tiens si peu à moi, Satoshi ?
- Et toi, quelle est ta raison ? demandé-je sans répondre à sa question. Tu n'es plus en service je pense.
- Veiller sur toi n'est pas une raison suffisante ?
- Je suis un grand garçon.
- Qui a essayé de se suicider.
Un silence.
- Qui t'as appelé à la rescousse ? Le doc ? Sho ?
- Kimura-sensei. Sur les conseils pressants de ton ami Sakurai apparemment. Il devait penser que j'arriverais à t'empêcher de faire une autre connerie. J'espère y parvenir.
Il y a un nouveau silence, puis je demande :
- Pourquoi ?
Je sais, on en revient à notre précédent sujet de conversation, mais j'ai tellement envie, tellement besoin d'entendre ces mots de sa bouche...
- Tu le sais bien...
- S'il te plaît, dis-le, le supplié-je presque.
Oui, dis-le. Que j'ai au moins une petite lumière dans les ténèbres où je me noie actuellement.
Il paraît réfléchir, puis s'approche de moi jusqu'à se trouver à quelques centimètres seulement. Il baisse la tête pour me regarder dans les yeux, nos souffles se mêlent et le monde, autour de nous, semble s'être arrêté. Mon coeur bat si fort qu'il doit l'entendre, j'ai les mains moites et les fameux papillons dans l'estomac. On dirait que les clichés de shojo se vérifient. Sauf que je suis un homme. C'est louche.
- Satoshi, je...
Allez, Yu, tu peux le faire.
- Je... t'aime.
Ses bras se referment autour de moi et il me serre contre lui dans une étreinte aussi tendre que rassurante. Et je lutte pour ne pas me débattre ni le repousser alors que des images, que j'essaye d'éliminer, m'assaillent.
- Je t'aime, Satoshi, murmure-t-il à mon oreille.
C'est alors une lutte acharnée qui s'engage en moi, mon esprit me poussant à le toucher à mon tour, tout en me faisant comprendre que si je commence comme ça, il va finir par me toucher d'une autre façon. C'est cette seconde probabilité, qui me décide à m'écarter. Loin.
- Moi aussi... mais s'il te plaît, ne me touche pas.
