Note de l'auteurJe n'ai finalement pas réussi à lutter contre mon esprit qui me disait de me limiter à une seule "scène". Ma main, comme possédée, s'est mise à courir sur le papier. Puisqu'il en est ainsi, si cette "scène" vous plait, j'en écrirais encore une autre, qui sera la dernière. Je vous laisse juger de mon travail. Et je remercie tous ceux qui m'ont lu et encore plus, ceux qui m'ont laissé un petit mot gentil. Et je remercie également le Glee Cast dont la version de Smooth Criminal a donné le rythme à mon écriture.


I have nothing:

Assis dans le canapé de son salon, Blaine regardait une émission idiote à la télévision en serrant dans une main son téléphone portable. Il avait réussi à se libérer pour le midi et était rentré à l'appartement afin de prendre un repas décent. Le jeune homme jetait de temps à autre des regards angoissés vers la grosse horloge qui se trouvait dans son dos. L'aiguille de métal indiquait onze heures et tandis qu'il voyait les minutes défiler, Blaine sentait l'inquiétude l'envahir. Cela faisait une heure que Kurt aurait du l'appeler pour lui dire qu'il était bien arrivé à l'audition mais le portable du jeune homme était resté silencieux. Ce n'était pourtant pas dans les habitudes de son compagnon de ne pas être ponctuel.

Alors que le générique de fin défilait sur l'écran, accompagné d'une musique aigrelette, Blaine regarda de nouveau son téléphone. Il constata qu'il n'avait aucun message et cela ne fit que renforcer l'angoisse qui s'installait en lui. Le jeune homme essaya encore une fois de joindre Kurt et tandis qu'il collait son oreille contre le téléphone, un minuscule espoir naquit en lui. Cependant, au bout de quelques minutes, il tomba sur la messagerie de Kurt. Alors, Blaine soupira et raccrocha. Il avait déjà laissé plus de trois messages en moins d'une heure, un de plus ne servirait à rien. Alors, en maudissant son compagnon de ne pas lui donner de nouvelles, Blaine se leva, glissa son portable dans sa poche et se dirigea vers le coin cuisine.

Puisque Kurt ne donnait pas de nouvelles de lui, Blaine n'allait pas l'attendre pour manger. Il fallait qu'il soit de nouveau au travail pour treize heures. Le jeune homme ouvrit la porte du frigo, sortit deux œufs ainsi qu'un sachet de cœurs de laitues et ouvrit les placards à la recherche d'une poêle. Dans son dos, la télévision chantait maintenant les mérites d'une nouvelle crème anti-âge. Blaine haussa les sourcils et leva les yeux au ciel : les publicités l'insupportaient grandement. Ayant enfin trouvé une poêle, il ouvrit le sachet de salade et versa la moitié de son contenu dans une assiette propre qui traînait à portée de main.

Une musique résonna dans la pièce, le faisant sursauter. Il pensa aussitôt qu'il s'agissait de son portable et le sortit de sa poche avec précipitation. Mais rien n'apparaissait sur le fond d'écran indiquant qu'il avait un appel. D'ailleurs, songea-t-il, ce n'était pas la sonnerie de son téléphone portable. C'est alors que le jeune homme compris qu'il s'agissait du téléphone fixe qui se trouvait sur un coin du comptoir. S'il n'en reconnaissait pas la sonnerie, c'était sans doute parce que son amant l'avait changé, agacé par la précédente. Cela ressemblait bien à Kurt. Blaine saisit le combiné et le porta à son oreille, persuadé qu'il s'agissait de son compagnon.

- Allo ?

- Monsieur Anderson ?

La voix était grave et hésitante. Ce n'était pas Kurt.

- Lui-même, répondit Blaine. Que puis-je pour vous ?

- Vous devriez vous asseoir Monsieur Anderson.

Le cœur de Blaine s'emballa mais il décida de ne pas suivre le conseil de la voix.

- Votre compagnon a eu un accident. Sa voiture a été percutée par un poids lourd.

Les jambes de l'ancien Warblers se dérobèrent sous lui et il n'eut que le temps de se rattraper au comptoir. A l'autre bout du combiné, l'homme continuait à prononcer des mots que Blaine ne comprenait plus. Il ne pouvait s'agir que d'une farce, de la plaisanterie la plus idiote qu'on en lui ait jamais faite. Kurt ne pouvait pas avoir eu un accident, c'était impossible. La personne qui lui parlait devait avoir composé un mauvais numéro. Kurt était encore à son audition, trop occupé pour donner des nouvelles à son compagnon et c'était la seule explication à son silence. D'ailleurs, il allait bientôt appeler, lui annonçant qu'il avait obtenu le rôle.

- Vous devez faire erreur, coupa Blaine d'une voix tremblante.

- Vous êtes bien le compagnon de Kurt Hummel ?

- Oui mais je …

- Alors Monsieur Anderson, continua la voix avec une douceur soudaine, je vous assure qu'il n'y a pas d'erreur.

Le décor vacilla autour de Blaine. Il se laissa glisser au sol et un gémissement s'échappa de ses lèvres. Ses mains furent prises de violents tremblements, si bien qu'il dû faire un terrible effort pour garder le téléphone au niveau de son oreille. Son cœur battait si rapidement qu'il lui sembla qu'il essayait de s'échapper de sa poitrine. D'atroces images défilaient dans sa tête, dans un flot ininterrompu, lui donnant la nausée. Blaine ferma les yeux et, au prix d'une grande peine, posa d'une voix blanche la question à laquelle il n'était pas sur de vouloir une réponse :

- Co … comment va-t-il ?

- Monsieur Hummel est entre la vie et la mort, Monsieur. Je …

Blaine sentit son cœur s'arrêter et le combiné glissa de ses mains pour aller s'écraser sur le sol, dans un bruit sourd. Le jeune homme étouffait, il cherchait l'oxygène qu'il ne trouvait pas. La mort ne pouvait pas lui enlever Kurt, il ne pouvait pas partir maintenant ! Il y avait Blaine et Kurt. Kurt et Blaine. Ensembles, personne ne pouvait les atteindre. Ils veillaient l'un sur l'autre. Jamais ils ne se diraient au revoir. Ils se l'étaient promis. Non, Kurt ne pouvait pas mourir. Il ne pouvait pas rompre leur pacte et laisser Blaine affronter seul le monde. Ils avaient toujours été ensemble et ils devaient le rester.

L'image de Kurt s'imposa alors à son esprit. Il était tel que Blaine l'avait vu pour la dernière fois, avant qu'il ne parte, le matin même. Il portait la tenue choisie par son amant et l'écharpe de Blaine était soigneusement enroulée autour de son cou. Kurt souriait, ses yeux azurs dans ceux de son compagnon. Blaine lui avait fait promettre de l'appeler dès qu'il arriverait sur le lieu de l'audition, à l'autre bout de New York. L'ancien membre du Glee Club avait serré son amant dans ses bras, longuement, et l'avait embrassé, le remerciant encore une fois de son soutien. Puis, il était monté dans sa voiture, avait claqué la portière et était parti.

Une petite voix à l'intérieur de Blaine lui murmura : « Tu ne lui as même pas dit combien tu tenais à lui avant qu'il s'en aille ». Alors les larmes vinrent rouler sur les joues de Blaine, traçant des sillons humides sur sa peau exsangue. Son cœur se serra, dans une douleur innommable. Le jeune homme se recroquevilla et prit sa tête entre ses mains qui, étrangement, ne tremblaient plus. Hormis l'image de Kurt qui occupait son esprit, l'ancien Warblers ne parvenait plus à penser à rien. Il lui semblait que son univers s'écroulait sur lui-même, aspiré dans un trou sans fond, annulant ainsi toute possibilité de retour à la normale. Kurt ne pouvait pas mourir, c'était impossible.

Et pourtant, c'est ce qui risquait de se passer. Et si Kurt devait mourir alors son compagnon voulait être à ses côtés. Ce ne pouvait être autrement. Il voulait lui tenir la main jusqu'à son dernier battement de cœur. Peut importait que Kurt puisse ou non le reconnaître, l'entendre ou lui parler. Il voulait lui parler, le rassurer, lui dire que tout irait bien. C'est ce qu'il avait toujours fait et aujourd'hui ne serait pas une exception. Envisager la mort de Kurt brisait Blaine et il n'avait aucune envie de se retrouver devant le corps abîmé de son compagnon. Mais il devait aller retrouver Kurt, il en avait besoin, tout comme son amant avait besoin de lui en ce moment.

Comme dans un rêve, Blaine essuya ses larmes et repris le téléphone qui gisait à quelques centimètres de lui. Lorsqu'il approcha son oreille du combiné, un souffle régulier lui indiqua que son correspondant était toujours en ligne. Lorsqu'il prit la parole, la voix du jeune homme était étonnement ferme et grave :

- Où est-il ?

- Au Elmhurst Hospital Center, répondit l'homme.

Blaine lança le téléphone sur le canapé sans prendre la peine de le raccrocher. Il avait eu le renseignement qu'il voulait et il n'avait pas besoin d'écouter encore parler l'homme. Il attrapa les clés de sa voiture qui étaient dans une corbeille près de l'entrée et ouvrit la porte. Le jeune homme n'avait pas pris le temps de troquer ses chaussons contre une paire de chaussures mais cela lui était égal. L'ancien Warblers claqua la porte derrière lui, omettant de la fermer, et descendit les marches en courant, bousculant au passage l'un des habitants de l'immeuble. Son cœur battait plus vite que jamais et les larmes avaient recommencé à perler aux coins de ses yeux.