Esmée PDV

Ca a commencé à être long.

Je ne travaillais plus du tout, et j'étais seule à la maison toute la journée.

Je n'étais pas au repos strict, mais je m'allongeais fréquemment.

Je tournais quand même pas mal en rond…

Je me suis remise à la cuisine,pour le plus grand bonheur de tous, mais tranquillement.

J'ai trouvé un rythme : le matin, je préparais le repas du soir, et dans l'après-midi je faisais les collations pour le lendemain midi (ndla:aux USA les Lycéens apportent souvent un repas froid de la maison).

Et tous les jours en rentrant du Lycée, les enfants trouvaient un gâteau encore tiède. Souvent au chocolat...

Les garçons le dévoraient avec les doigts, debout dans la cuisine…

Je m'ennuyais quand même…

Le printemps arrivait tout doucement, et j'ai planté quelques fleurs dans les jardinières devant la maison, mais bien entendu il était hors de question de me lancer dans les travaux de jardinage conséquents auxquels je rêvais…

Je lisais beaucoup. Je profitais aussi du calme de la maison, qui n'allait pas durer bien longtemps !

Carlisle travaillait beaucoup, il accumulait les heures pour pouvoir avoir du temps libre après la naissance des bébés. C'était logique, mais il me manquait.

Les ados étaient assez sympas, mais ils restaient des ados à canaliser.

Rose, visiblement, se croyait investie d'une mission : s'occuper des bébés à ma place. Elle était maligne et le cachait du mieux qu'elle pouvait, mais je connaissais bien ma fille et n'étais pas dupe.

Je me montrais ferme, mais en même temps, je me disais que quand les bébés seraient là, un coup de main ne serait pas de refus. J'évitais donc de braquer la baby sitter potentielle…

Alice, elle, bouillait d'impatience qu'on connaisse le sexe des bébés pour pouvoir leur acheter des habits.

Ces enfants n'allaient manquer de rien.

Un jeudi en fin de matinée, alors que je lisais tranquillement un article sur Nate Berkus (ndla : c'est un architecte d'intérieur américain) mon téléphone a sonné.

C'était le Lycée :

« Mme Cullen ? Ici l'infirmerie, votre fils est malade, il n'a pas de fièvre mais il a très mal à la tête, il se mouche beaucoup également, pourriez-vous venir le chercher ? »

« Bien entendu, j'arrive ! »

J'ai troqué mes pantoufles contre des bottes et j'ai prit ma voiture.

J'étais étonnée, Jasper était rarement malade.

Mais en arrivant à l'infirmerie du Lycée, j'ai eu la surprise de découvrir Edward, et non pas Jasper, en train de m'attendre. J'ai été soufflée de constater qu'il avait visiblement dit que j'étais sa mère !

Je n'ai pas bronché, j'ai signé la décharge et je l'ai ramené à la maison.

J'ai appelé Carlisle, pour lui expliquer que son fils était souffrant, mais pas à l'agonie non plus.

Edward, une fois à la maison, s'est installé sur le canapé et je l'ai chouchouté.

Nous ne nous étions encore jamais retrouvé seuls.

Je lui ai pressé des oranges, et fait des crêpes au nutella.

Il paraissait ravi d'être malade.(ndla: tu m'étonnes^^)

Il a sommeillé devant la TV et je lui ai fait cuire un steak, et des pâtes.

Il a dévoré et j'ai été rassurée quand à son état de santé.

On a mangé ensemble, et on a discuté.

Quand j'ai appris que Bella n'était pas au Lycée ce jour-là parce que sa classe était en sortie à la bibliothèque de Port Angeles , j'ai comprit bien des choses.

« Elle t'a manqué ? »

« oh oui ! Quand je ne suis pas avec elle je me sens mal ! »

Je l'ai observé. Pas trace de malice dans son attitude. Edward ne supportait réellement pas d'être éloigné de Bella.

Ca m'a serré le cœur. Visiblement ,il se raccrochait à elle pour combler l'abandon de sa mère…

Bien sur, il en était très amoureux, mais leur relation était d'une intensité sans pareille.

En tachant de prendre l'air désinvolte, je lui ai demandé :

« C'est toi qui a dit à l'infirmière que j'étais ta mère, ou c'est elle qui en a conclut ça parce qu'on a le même nom de famille désormais ? »

Il a rougit et a avoué :

« C'est moi qui lui ai dit ! »

Je lui ai sourit :

« Tu as bien fait ! »

Il a finit les crêpes, et a bu un capuccino avec moi.

Je le voyais hésiter, avoir envie de me parler de quelque chose, et je me suis douté que sa maladie devait avoir un rapport avec ce qu'il avait sur le cœur.

Il a littéralement tourné et viré une partie de l'après-midi.

Je tachais de paraître ouverte et souriante, afin qu'il n'hésite pas à venir se confier à moi.

Et puis, finalement, vers 15h00, il est venu me rejoindre dans mon bureau…

« Euh, Esmée, je me disais…Si tu es d'accord…Et Jasper et Rosalie aussi bien sur, et puis mon père…Alice y'a pas de souci…Je veux pas faire mon bébé non plus, hein, ni te mettre mal à l'aise, mais enfin, euh… »

Il se rongeait les ongles, visiblement au comble de la nervosité…

« Tu peux tout me dire, Edward… »

« Est-ce que… »

Il a prit une grande inspiration.

« Est-ce que ça te gênerait pas si, des fois, enfin, quand tu veux… »

Nouvelle grande inspiration.

« Je pourrais peut-être, mais t'es pas obligée de dire oui, hein.. »

« Edward, vas-y parce que je commence à m'inquiéter, là ! »

Alors, pale et en sueur, s'adressant à mon écran d'ordinateur plutôt qu'à moi, il m'a demandé :

« Est-ce que je peux t'appeler maman ? »

Je ne m'y attendais tellement pas que je suis restée la bouche ouverte, sidérée.

Il a mal interprété ma surprise et a commencé à reculer, désemparé :

« Non, mais c'était pas une bonne idée, oublie et »

Je me suis levée et l'ai prit dans mes bras :

« Mais pas du tout ! Au contraire c'est une excellente idée ! Oui bien sur ! Avec joie ! »

Son sourire et sa joie m'ont fait à la fois plaisir, et mal aussi.

Edward avait manqué d'amour maternel, autant que Rosalie avait manqué d'autorité paternelle.

Au début, il ne m'a appelée ainsi qu'à voix basse, et en cachette des autres.

J'adorais la façon dont il prononçait maman : avec respect et aussi une pointe d'étonnement…

Mes deux enfants biologiques avaient l'habitude de le crier à tort et à travers, et bien souvent leur « maman » résonnait comme un ordre, ou une plainte.

Mais dans la bouche d'Edward, ce mot prenait tout son sens…

Pendant plusieurs jours, cela a été un secret entre nous.

Parallèlement, et paradoxalement, Edward était en colère.

Pour la première fois, il a parlé de lui-même de sa mère biologique.

Avec une haine sans nom, qui laissait deviner à quel point il aurait voulu pouvoir l'aimer encore.

Carlisle était affolé par la violence de ses propos. Même Rosalie ne se risquait pas au moindre commentaire quand Edward en parlait.

A juste titre, Carlisle en a conclu que ma grossesse, et notre vie en famille, faisaient ressortir ses émotions.

Nous espérions qu'en parler apaiserait enfin ses souffrances.

Et puis, finalement, il s'est vendu tout seul…

En plein milieu du repas, il m'a tout bêtement demandé le sel…

« Maman, tu peux me faire passer la salière steplé ? »

« Bien sur… »

Il ne s'est pas rendu compte de ce qu'il avait dit, et ne l'aurait sans doute pas fait,si toute la tablée ne l'avait dévisagé avec stupeur.

Il a regardé tout le monde, surpris :

« Ben quoi ? Qu'est ce j'ai fait ? »

Alice et Jasper ont commencé à rire, ce qui m'a rassuré quand à la réaction de mon fils.

Mais Rosalie ne l'a pas entendu de cette oreille :

« Tu. As. Appelé. MA. Mère. Maman ! »

Edward a rougit, mais a affronté Rosalie :

« Ca te fait tomber les dents?"

A grogné Edward.

"Non! Mais t'es pas gonflé de l'appeler comme ça!"

"Tu peux appeler mon père papa si tu veux!"

"J'ai pas besoin de ta permission pour l'appeler papa si je veux!"

"Et toi t'as rien à me dire si j'appelle ta mère maman!"

Rosalie en est resté la bouche ouverte, coincée.

"Edward 1-Rosalie 0!"

A commenté Alice en riant.

"Attend, Rose est plus combative que ça!"

A ajouté, non sans raison, Jasper.

Rosalie a ouvert la bouche mais elle n'a jamais rien eu le temps de dire.

Parce que j'ai poussé un cri.

Pas pour faire cesser la discussion qui me semblait au contraire passionnante, mais parce qu'un léger coup dans mon ventre venait de me faire sursauter.

Carlisle a bondit, faisant paniquer toute la table :

« Quoi ? Tu as mal ? »

« Maman ! C'est les bébés ? »

« Couche toi ! Ca va aller ! »

J'ai repoussé tout le monde et j'ai finit par réussir à en placer une :

« CA VA ! J'ai juste reçu un petit coup de pied ! »

Ils en sont tous restés muets.

« C'est normal ! J'en suis à un peu plus de 3 mois ! »

Rosalie s'est levée en même temps que Carlisle et ils sont venus poser la main sur mon ventre.

Rien ne s'est passé.

J'ai ri.

Carlisle a alors doucement appelé :

« Jane ? Viens faire coucou à papa ! »

Un léger mouvement a alors parcouru mon ventre et Rosalie a crié de surprise et de ravissement.

Carlisle souriait de toutes ses dents.

Alice et les garçons tendaient le cou pour mieux voir.

Jasper a été le premier à réagir :

« Vous comptez en appeler un Jane alors ? »

J'ai éclaté de rire :

« Oui, enfin s'il y a une fille bien sur ! »

Alice a avancé le museau :

« Jane…C'est…Enfin c'est moche… »

Carlisle a regardé sa princesse :

« C'est peut-être moche mais ça nous plait à Esmée et à moi, et c'est le principal ! Je te rappelle que tu adores ton prénom, et c'est moi qui l'ai choisit ! »

Rosalie a alors déclamé, goguenarde :

« Carlisle 1- Alice 0 ! »

Tout le monde a rit, même Alice.

Et Edward a continué à m'appeler maman.

J'ai quand même demandé à Jasper si ça ne le dérangeait pas. Il a eu l'air étonné que je lui pose la question :

« C'est entre lui et toi, moi je trouve ça bien, il en a besoin je pense. Et puis tu seras toujours ma mère, de toutes façons ! »

J'ai été impressionnée par sa maturité, encore une fois.

Je redoutais plus la confrontation avec Rosalie mais quand je lui ai posé la même question qu'à son frère, elle s'est contentée de hausser les épaules :

« Rose…Ca doit être dur, de ne pas avoir de mère… »

« Ouais. C'est pour ça qu'il me pique la mienne ! »

« ROSALIE ! »

« Non, j'rigole, c'est bon… »

Curieusement, elle n'a pas insisté.

Ca m'étonnait, mais au bout de quelques jours j'ai comprit.

On a tous comprit.

Carlisle venait de rentrer, avec la tête à l'envers.

On savait tous, quand il affichait ce genre d'expression, qu'il avait perdu un patient.

Aucun d'entre nous n'a posé de questions, mais Rosalie lui a servit un grand verre de limonade avec du jus de citron dedans.

Il l'a remerciée et elle a répondu :

« De rien, papa… »

Jasper, Alice et Edward l'ont regardée comme s'ils ne l'avaient jamais vue, Carlisle s'en est étouffé avec sa boisson et Rose a rougit, mais n'a pas baissé le regard.

Je n'ai pas commenté mais j'ai sourit.

Une victoire de plus.

Finalement, peut-être que ces bébés allaient naître dans une vraie famille…