Esmée PDV
Les chamailleries incessantes entre Edward et Rosalie continuaient de plus belle. Mais il me semblait que c'était moins violent, plus amical qu'avant.
J'étais fatiguée, parce que quand j'ai passé les 7 mois de grossesse, j'avais déjà le sentiment d'être enceinte de 13 ou 14 mois.
Jasper m'avait une fois comparée à une éléphante.
Il ne l'avait jamais refait, sans doute en rapport avec le fait qu'il avait reçu mon verre d'eau dans la tête, mais force était de constater que mon ventre était impressionnant.
Carlisle était content, parce que les bébés, contrairement à ses deux précédents jumeaux, allaient être d'un poids de naissance correct.
J'avais du mal à me mobiliser, désormais.
Mais j'arrivais quand même encore à faire quelques activités.
Un soir de juin, je me suis littéralement traînée au magasin de puériculture pour aller réceptionner le lit spécial que nous avions commandé.
Un lit d'enfant à barreaux, en pin, avec des motifs de lapins gravés à la tête et au pied, mais de largeur supérieure à la normale pour que les bébés puissent y dormir ensemble la première année de leur vie.
Jasper et Alice étaient allé au cinéma en amoureux, et étaient partis tôt dans l'après-midi.
Du coup, c'est Edward et Rosalie qui sont venus avec moi.
Emmett était à son entraînement de foot et Bella était chez Angela pour un exposé et Edward, sans aucune exagération, l'a appelée au moins 80 fois en 2h00…
Rosalie a conduit pour aller à Port Angeles et nous avons discuté de tout et de rien.
J'étais soulagée qu'Edward soit accroché à son téléphone comme un moule à son rocher, cela évitait les tensions entre eux qui, enfermés dans une voiture, devenaient assez vite apocalyptiques.
Dans le magasin, nous avons attendu notre tour un moment, et Rosalie est partie de son coté faire un tour, tandis que je restais près de la caisse, à regarder les peluches sur un présentoir.
Edward était vers le fond du magasin, plus précisément vers les petites voitures…Héhé ! Grand gamin…
J'ai entendu les éclats de voix, avant de voir quoi que ce soit, et j'ai reconnu la voix de ma fille.
Je me suis dirigée vers le bruit, aussi vite que mon ventre d'orque obèse me le permettait.
J'ai très vite vu Rose, en train de remettre en place assez vertement un jeune homme qui lui manquait visiblement de respect…
« Je te dis que j'ai un copain, et que je veux que tu me laisses tranquille, c'est clair, non ? »
« Allez, fais pas ta pute, t'as des nichons de rêves, j'veux y goûter moi aussi ! »
J'ai ouvert la bouche pour insulter copieusement le malotru, quand Edward s'est subitement matérialisé à coté de nous.
Ses yeux qui lançaient des éclairs et sa mâchoire serrée, signe de colère intense, le rendaient effrayant. Je l'ai trouvé immense, tout à coup, et très impressionnant.
Il a passé son bras autour des épaules de Rose et s'est adressé au garçon :
« Tu as un problème ? »
L'autre a paniqué dans les grandes largeurs :
« Non, c'est cool ! Je savais pas qu'elle avait un mec ! Relax ! »
Edward s'est approché d'un pas et a dit, d'une voix vibrante :
« D'abord, elle t'a dit plusieurs fois qu'elle a un copain, ensuite, son mec c'est pas moi, je suis son frère, et j'ai très bien entendu que tu as traité ma sœur de pute, alors tu dégages, t'as comprit ? »
L'autre a détalé, tentant de sauver les apparences :
« Tu devrais la tenir, ta frangine ! »
« Ta gueule ! »
Ont crié en chœur Rose et Edward.
Edward s'est alors tourné vers sa… « sœur » :
« Ca va ? »
« Ouais…Euh…Merci… »
« De rien. J'plains Emmett quand même… »
« Personne ne s'approche de moi quand il est avec moi ! »
« Ouais, je sais, j'ai vu ! »
« C'est comme pour Bella, en fait ! »
Il a sursauté :
« QUOI ? »
Rose a levé les yeux au ciel :
« Ben oui, ta petite chérie se fait draguer, ça t'étonne ? »
« Non, mais ça m'inquiète ! »
« Edward…. »
Trop tard. Il avait déjà dégainé son téléphone.
Nous sommes repartis après avoir payé le lit, et Edward l'a chargé dans le coffre, en kit.
A la maison, j'ai assisté, attentive et amusée, à une splendide séance de manipulation made in Rosalie.
A peine arrivés, elle a aidé Edward à transporter les morceaux du lit dans la chambre des bébés, qui était déjà tapissée en jaune, avec des motifs style dessins d'enfants, et dont le sol était du parquet clair.
Pendant ce temps, j'ai bu un verre d'eau et j'ai retiré mes chaussures en gémissant.
Edward s'est fait un thé avant d'aller chez Bella.
Sauf que Rosalie, devant nous, a téléphoné à Bella…
« Bee ? Oui, ça y est, le lit est là ! Mais bon, en kit, forcément. Je ne sais pas trop quand il va être monté, toute seule je ne peux pas. Et ma mère doit se reposer, Carlisle va rentrer tard, Alice, Jazz et Ed sont pas dispos, Em' finira tard son entraînement, enfin c'est pas grave mais bon… »
« …. »
« Vraiment ? Tu ferais ça ? »
« ….. »
« OH t'es adorable Bella ! MERCI ! Edward vient te chercher ! »
Elle a raccroché et a regardé son …. « frère » d'un air satisfait :
« Il fait que tu ailles chercher Bella, elle s'est proposée pour m'aider à monter le lit des bébés ! »
Edward a ouvert la bouche pour protester mais Rose lui a cloué le bec :
« M'man, vu qu'on risque de finir tard, Bella pourra rester dormir ? »
« Oui… »
« Oh super ! Merci maman ! »
A crié Edward, avant de sortir à toute allure pour chercher Bella.
Quand il a eu disparu avec la Volvo, j'ai applaudi ironiquement ma fille.
Celle-ci, rayonnante, a commenté avec simplicité :
« Suffit de savoir comment prendre les gens ! »
J'ai ri.
Ils ont passé la soirée à monter le fameux lit.
Bien sur, Edward s'est joint aux filles, ce qu'avait forcément prévu mon Machiavel de fille !
Le résultat était à la hauteur de nos attentes.
Ca prenait forme.
Dans tous les sens du terme…On avait tout le matériel, des vêtements pour 15 bébés, et on avait tous bien avancé dans notre tête : ces bébés allaient être bien accueillis.
Il ne restait plus qu'à attendre.
Je n'espérais qu'une seule chose : que Jane et le petit bonhomme n'allaient pas se disputer comme Edward et Rose…
Carlisle PDV
Quand le mois de juillet est arrivé, Esmée a squatté la piscine à longueur de journée.
Elle avait les jambes lourdes et enflées, et l'eau fraîche lui faisait du bien.
J'étais impatient, désormais.
J'avais hâte de voir mes enfants !
Les ados commençaient à angoisser un peu.
Edward, surtout, qui venait de se trouver une mère, avait visiblement peur de la perdre au profit de deux aliens braillards.
Alice, Jasper, Edward, Emmett et Bella ont subit la dictature de Rose, qui les a obligés à s'entraîner à changer des couches sur un poupon.
J'ai même filmé la scène, promettant de passer la video au mariage des bébés, pour prouver à quel point ils étaient attendus avec sérieux et impatience.
Emmett, qui tenait énormément à Rosalie, a obtempéré avec humour, pour garder la face, et les filles n'ont eu aucun problème à se prêter au jeu, mais Jasper et Edward ont bien tenté de faire des difficultés.
Mais Rosalie s'est servie d'Alice et Bella pour les contraindre et ça a marché du tonnerre, il faut bien l'avouer.
Esmée, depuis la piscine, s'est découvert une subite attirance pour les nems.
On aimait tous beaucoup ça, mais ma femme en mangeait 6 ou 7 fois par jour.
On allait s'approvisionnait à Port Angeles, parce qu'il n'y avait aucun traiteur chinois à Forks, et on a finit par les acheter par 100 et les congeler.
Jasper, devant le spectacle de sa mère trempant ses nems dans la sauce soja d'un air ravi, a suggéré qu'on mixe des nems dans les biberons des bébés, une fois ceux-ci nés.
Tout le monde a rit, sauf Esmée, trop occupée à croquer dans un autre nem, et Rosalie, qui n'a pas apprécié que l'on suggère que les bébés puissent boire autre chose que le lait de leur mère.
Il était très visible qu'elle aurait donné énormément pour pouvoir allaiter elle-même ces enfants.
Esmée n'arrivait plus à dormir la nuit, ce qui est classique en fin de grossesse, et elle souffrait de plus en plus du dos, et l'un des bébés, Jane, apparemment, appuyait beaucoup sur sa vessie.
Je l'ai vue changer, physiquement.
Son visage était marqué par la fatigue, elle avait un ventre énorme, bien entendu, et depuis plusieurs jours elle avait recommencé à vomir.
Autant de signes que la naissance approchait à grands pas.
J'ai alors comprit que je ne pouvais plus échapper à LA discussion.
Jusqu'à présent, elle comme moi avions gentiment louvoyé, parfaitement conscients qu'il faudrait pourtant en parler un jour.
Je suis allé lui acheter un beau bouquet de roses, histoire de la mettre dans de bonnes dispositions.
Puis, je suis allé trouver les 6 ados qui se baignaient gaiement et je leur ai filé plusieurs billets pour aller se boire un milk shake en ville.
Rosalie n'a pas été dupe :
« Qu'est ce que tu vas faire à maman ? »
« Juste lui parler un peu ! »
« Papa, ne me prend pas pour une huître ! »
« Ecoute Rose, elle t'en parlera elle-même, c'est mieux, mais ne t'en fais pas, je ne veux que le mieux pour les bébés ! »
C'était les mots magiques à prononcer.
Je crois qu'en alléguant que « c'était le mieux pour les bébés », j'aurais convaincu Rosalie de faire boire du sang humain de force à sa mère, s'il l'avait fallu…
Je suis allé retrouver ma femme, qui trempait dans la baignoire, pour changer un peu de la piscine.
Je lui ai tendu le bouquet de fleurs et elle a fondu en larmes.
Je n'ai pas eu le temps de dire ouf qu'elle m'a attrapé par la cravate et m'a tirée vers elle, aspergeant ma chemise au passage, pour un long baiser fougueux.
J'étais ravi, bien entendu, mais aussi décontenancé : depuis une semaine, dès que je tentais la plus petite approche vers elle, elle me traitait quasiment de pédophile, et là…
Là elle donnait l'impression qu'elle allait me violer dans la baignoire.
J'ai réussit à l'entraîner jusque sur le lit, ou j'ai retrouvé son corps avec bonheur.
Elle était bien ronde de partout, surtout au niveau de la poitrine (le ventre étant bien entendu hors concours) et je n'ai pas boudé mon plaisir ! La prochaine fois, elle ne voudrait probablement pas, alors…
J'ai souri en la voyant se transformer en furie assoiffée de sexe.
J'ai prit mes précautions en lui faisant l'amour, pour ne pas risquer de déclencher l'accouchement.
Mais elle ne l'entendait pas de cette oreille et elle m'a fait donné un rythme plus soutenu qui m'a fait perdre mes moyens, et nous a fait accéder l'un comme l'autre à l'orgasme en peu de temps…
Je suis resté un moment à ses cotés, vidé et heureux.
Je l'ai regardée, et je l'ai trouvée plus belle encore, malgré ses traits tirés.
J'ai déposé un baiser sur ses lèvres :
« Je t'aime »
« Moi aussi, Carlisle »
Je suis allé récupérer le bouquet et je me suis rallongé à ses cotés, une main sur son ventre.
J'ai soupiré et j'ai du prendre une expression plus sérieuse parce qu'elle s'est tendue à mes cotés :
« Esmée, je sais que tu as toujours pensé avoir une autre césarienne, mais j'en ai parlé avec ton obstétricien, et il pense que c'est tout à fait possible d'envisager une voie basse, mon amour. Ce serait mieux, pour les bébés, et pour toi aussi ! »
Elle a soupiré.
« J'ai 39 ans, Carlisle, je n'ai pas spécialement envie de passer 20h00 en travail à souffrir ! »
« Certes, mais je te rappelle l'existence de la péridurale, et justement, une césarienne est d'autant plus risquée qu'on avance en age… »
Elle a grogné :
« On verra… »
« Tu veux dire quoi, exactement, par on verra ma chérie ? »
« On ne programme pas une césarienne, mais le jour J, si je la réclame, je l'aurai ! » (Ndla : compte là-dessus, ma pauvre ! Ta césa, si elle est pas programmée, le jour J tu accouches sauf si problème médical ! Ce qui est normal d'ailleurs ! Perso pour mon premier accouchement j'ai supplié pour qu'on me césarise, on me l'a refusé, bien sur, et aujourd'hui j'en suis ravie, bien que j'aie à chaque fois accouché sans péridurale, pour la simple mais bonne raison qu'on a pas réussi à me la poser !)
J'ai silencieusement triomphé, mais je n'ai rien dit.
Pour lui changer les idées, parce que je la sentais un peu anxieuse, je lui ai dit :
« Alors, ce petit garçon, comment on va l'appeler ? »
Elle a soupiré :
« Je me demande si on va pas laisser les enfants choisir ! »
J'ai mimé l'effroi :
« Tu veux tant que ça déclencher une guerre nucléaire à Forks ? »
Nous avons rit, et j'ai humé longuement l'odeur de ses cheveux.
Il ne nous restait plus, désormais, qu'à attendre que la nature fasse son œuvre, et que nos enfants arrivent, au moment où ils seraient près.
Nous, nous l'étions.
