Chapitre 5 :
La Porte des Brumes
DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, sauf Céallio, Selena, Alicia, Corinne, Arkon, Sunny et la maîtresse de l'école.
« Le soir est en moi profond, et à jamais,
Bien des lunes blondes qui lèvent au nord,
tel un reflet assourdi, d'une voix douce,
en évoqueront le souvenir, et le souvenir encore.
Il sera ma promise, mon autre moi-même.
Une raison de partir à ma propre recherche.
C'est moi qui suis la lune montante du sud. »
Paul Klee - Journaux tunisiens.
Deux ans s'étaient écoulés depuis ce jour fatidique où Selena était allée en enfer et avait réussi à revenir à la vie sur Terre.
Bien qu'elle n'eût jamais parlé de ce qui lui était arrivé, Alicia se doutait que sa petite-fille avait dû vivre quelque chose d'horrible.
Selena n'était plus la même. Elle n'avait plus ce doux sourire mélancolique et rêveur d'antan. Ses yeux reflétaient sans cesse une lueur de colère et de chagrin contenus. Son visage était un masque d'amertume et de froideur. Comme si Selena avait perdu son innocence.
Même au collège, tout avait changé. Selena réagissait à la moindre provocation de Corinne et la haine qu'elle laissait éclater dans ses moments terrifiait tant sa vieille ennemie qu'elle n'osait plus l'embêter.
Selena se moquait de tout cela. Chaque nuit, elle refaisait le même maudit cauchemar : Céallio la frappait, elle tombait, son aile apparaissait, Ifalna la traitait de monstre puis la jeune fille tombait en enfer. Et là, elle voyait sa mère qui la regardait de loin.
Sa mère… Selena n'y comprenait rien. Lorsque la matéria dorée s'était logée dans son cœur, l'adolescente avait pu voir des bribes du passé de sa mère. Elle avait vu sa mort sous la pluie, devant la porte de l'hôpital, et elle avait vu ces mystérieux êtres aux mains blanches, vêtus de grandes capes noires.
Des serviteurs de la Calamité des Cieux. Ils étaient souvent revenus voir Selena, certaines nuits, quand la jeune fille était seule dans sa chambre. Elle avait fait leur connaissance et appris à les détester. C'étaient eux qui, chaque nuit, chantaient depuis la forêt du manoir et lui faisaient vivre ce même cauchemar dans son sommeil.
Parfois, Selena en faisait d'autres. Elle voyait des images étranges : les Cetras évoluant pour devenir humains, la fondation d'une société du nom de Shinra, un groupe étrange de personnes qui nommaient leur groupe Avalanche, un météore qui se dirigeait vers la planète, une matéria verte qui tombait dans l'eau, et… les dernières images étaient les pires.
Selena voyait un jeune homme blond, le chef d'Avalanche, déposer le corps d'une belle jeune fille brune dans un lac, devant les ruines d'Ajit, une des anciennes cités Cetra.
Cette jeune fille ressemblait à Ifalna, sans vraiment être elle. Et ensuite, Selena voyait un homme aux longs cheveux d'argent, armé d'un sabre, marchant au milieu des flammes consumant une ville.
Selena détestait ces visions. Elles lui rappelaient tout ce qu'elle avait perdu, en un sens. Elle ne pouvait plus revenir sur Gaïa, les pouvoirs qu'elle avait grâce aux cellules de la Calamité des Cieux avaient disparu. Elle était maintenant une terrienne avec une étincelle de pouvoir Cetra éteinte. Rien de plus.
Ifalna avait raison, elle ne pouvait rien devenir.
Néanmoins, même si elle n'osait se l'avouer, Selena continuait de garder espoir. Elle n'avait jamais oublié les enseignements d'Ifalna. Elle avait toujours le pouvoir de parler aux arbres, aux animaux et aux esprits. Sunny était là, son petit fennec existait toujours, la preuve que les pouvoirs de la jeune fille étaient toujours réels.
Mais la douleur du passé était toujours là, comme la rancœur. Selena ne pouvait pardonner à Ifalna ses mensonges, ni le fait de l'avoir laissée mourir une fois.
« Mademoiselle Scott, pourriez-vous répéter ce que je viens de dire ? »
Selena cligna des yeux. Plongée dans ses pensées, elle n'avait pas réalisé que le professeur était descendu de l'estrade pour venir se planter devant elle.
Appréhensifs, les autres élèves assis aux bureaux autour d'elle la regardaient, attendant de voir la façon dont la jeune fille allait s'en sortir.
La jeune fille résista à la panique et, inspirant profondément, elle se concentra. Elle interrogea mentalement un fantôme présent dans la pièce, puis dit :
« L'hypoténuse est le côté opposé à l'angle droit du triangle rectangle. »
Le professeur inspira.
« Bien. Mais évitez de paraître aussi dissipée, le tableau est devant vous, pas vers la fenêtre que vos yeux fixaient. »
« Oui, monsieur. Désolée. »
Tandis que le professeur s'éloignait, Selena sourit et remercia mentalement les fantômes. Ils étaient nombreux et partout sur Terre, Selena l'avait découvert à l'âge de neuf, quand Ifalna lui avait appris à développer ses capacités médiumniques.
La Terre n'avait pas de Rivière de la Vie, les esprits ne pouvaient se réunir et faire un tout. Ils étaient dispersés dans l'espace et erraient, en quête d'un nouveau corps pour prendre une nouvelle vie.
Et Selena avait vite sympathisé avec certains d'entre eux, comme celui de l'école qui venait de lui souffler la réponse : Stuart, un adolescent au physique boutonneux, avec de grandes lunettes carrées. Il portait une de ces anciennes vestes de sportifs américains portaient dans les années cinquante, avec les initiales NYC dans le dos.
Ce dernier hantait l'école depuis toujours, il adorait traîner dans la bibliothèque du collège Lockwood. Et il s'était lié d'amitié à Selena, heureux de voir qu'il existait une élève dans cette institution qui pouvait le voir.
Il était même très utile pour la jeune fille lors des interrogations écrites et orales.
Le professeur finit sa leçon et dit aux élèves de résoudre un problème au tableau. La jeune fille sortit son cahier d'exercices comme les autres élèves, quand elle se figea.
L'air était devenu glacial, tout à coup. Elle se crispa. Ses sens magiques l'avertirent qu'un intrus était présent dans la salle.
La jeune fille leva la tête et balaya la salle du regard. Personne n'avait rien remarqué, évidemment. Stupides humains normaux…
Elle aperçut soudain une silhouette spectrale. Mais ce n'était pas Stuart. Cette personne était grande, vêtue d'une grande cape grise fermée par une fibule en forme de salamandre. Le tissu était moulant et reflétait sa silhouette élancée.
La jeune fille porta en réflexe la main à son cou où elle portait l'amulette Cetra que Légan, le sage du clan, lui avait offerte autrefois.
Selena plissa les yeux. Ce n'était pas un mort, sinon elle aurait pu voir à travers lui. Et ce n'était pas un des sbires de la Calamité des Cieux, leurs capes étaient noires et dépourvues de bijoux.
Cette personne… utilisait un sortilège qui le rendait imperceptible. Personne ne voulait le voir ni l'entendre ni le sentir.
Sauf elle, bien sûr, parce qu'elle était ce qu'elle était. La jeune fille le fixa, espérant qu'il finirait par la remarquer. Elle avait peur, malgré tout. Pourquoi dégageait-il une aura aussi terrifiante ?
Soudain, il la regarda. Elle frémit. Même si elle ne voyait que l'obscurité dans sa capuche, elle pouvait sentir la lourdeur de son regard.
« Toi… » dit-il.
Selena ne put réprimer un frisson. Il avait une voix sifflante et faible, elle avait l'impression d'entendre le vent. Ce n'était pas une voix humaine !
« Je t'ai retrouvée. »
Puis il disparut. Soudain, la cloche retentit, couvrant le cri de peur de Selena.
Pour la première fois depuis deux ans, la jeune fille avait eu peur.
XxXxXxXxXxXxX
Dans le salon du manoir Lockwood, tout était tranquille. Assise dans un fauteuil près de la cheminée, Alicia lisait un livre. Sunny dormait à ses pieds, petite boule de fourrure rouge blottie contre ses pieds pour la réchauffer.
C'était la fin de la journée, l'horloge murale indiquait dix-sept heures et demie. Les cours devaient être finis, Selena allait bientôt rentrer.
Dehors, le soleil se couchait. C'était le début de l'automne anglais, on était en octobre, le vingt. Le soleil se couchait, le ciel avait une belle teinte orangée. Dehors, par la fenêtre, Alicia pouvait voir le soleil se coucher, immense boule dorée, coupée en deux par la ligne noire du sol.
Mais soudain, une ombre passa, couvrant un instant l'éclat du soleil. Alicia cligna des yeux. Quelqu'un… était passé devant la fenêtre ? ! Mais cela s'était passé si vite, c'était incroyable !
La vieille femme vit Sunny se redresser, près d'elle, et se mettre à grogner.
Alicia fronça les sourcils. Inquiète, elle se leva et se dirigea vers la cuisine, pour prendre le plus gros couteau accroché au mur. Elle se retourna, quand elle sentit une main se plaquer violemment sur sa bouche, et un bras lui enserrer la taille.
XxXxXxXxXxXxX
Selena monta les marches menant au couloir des passagers de l'autobus. Comme d'habitude, Corinne et son gang avaient les places du fond, tout un banc spacieux pour elles seules.
Selena prit une place au milieu sur la gauche. Elle s'assit et, tandis que le bus quittait le collège, la jeune fille laissa ses pensées dériver.
Elle regarda les maisons du village défiler. Puis les arbres du bois. Lockwood était un endroit isolé par la campagne anglaise, mais en même temps proche des villes et agréable.
Alors que le bus avait fait la moitié du chemin menant à l'arrêt de la jeune fille, celle-ci ressentit soudain une douleur à la poitrine. Comme une sensation de brûlure.
Elle gémit. Que se passait-il ? Elle eut un flash. Lorsqu'elle était face à la rivière, en enfer, alors que la matéria d'ambre entrait en elle… Pourquoi, après plus de deux ans, la douleur se réveillait-elle subitement ?
Prise d'un mauvais pressentiment, la jeune fille se leva et marcha jusqu'à la portière. Dès que le bus s'arrêta, elle sortit et courut vers le manoir.
Elle traversa le couloir pavé à travers les immenses buissons de dahlias et arriva devant le manoir. Elle gravit les marches et entra.
Le hall d'entrée avait l'air normal… Il faisait sombre, le soleil était couché maintenant, le ciel avait une teinte violette tirant sur le bleu.
Mais rien n'était allumé. Normalement, à cette heure-ci, sa grand-mère était dans la cuisine, occupée à faire le dîner.
« Grand-mère ? Je suis rentrée ! Tu es là ? »
Selena marcha jusqu'à la cuisine. Arrivée sur le pas de la porte, elle se figea.
Les placards étaient ouverts, les assiettes étalées sur le sol en mille morceaux avec les verres, et le grand couteau de cuisine était planté sur la table.
L'adolescente vit soudain le placard sous l'évier s'agiter. Quelque chose était enfermé à l'intérieur et donnait des coups !
La jeune fille saisit le couteau et se mit en garde. Lentement, elle tendit la main vers la poignée pour ouvrir le battant. Mais soudain, celui-ci s'ouvrit de lui-même et la jeune fille fut surprise de voir Sunny sauter dans ses bras en couinant de douleur.
« Selena ! Danger ! Danger ! » dit le fennec, tremblant de tous ses membres.
« Je sais, Sunny ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Le fennec sauta de ses bras et, tout en dressant sa queue de feu en l'air, il ferma les yeux. Des flammes s'échappèrent de sa fourrure et formèrent une petite forme humaine évoquant Alicia, et une autre plus massive, mais impossible à définir.
L'étranger attrapa Alicia, et l'entraîna vers une nouvelle forme que les flammes représentèrent comme… un cercle de pierres dressées !
Selena comprit le message. Il existait un cercle de pierres celtiques au nord-est de Lockwood.
La jeune fille prit une lampe torche dans un des tiroirs de la cuisine, puis sans se débarrasser du couteau, elle courut dehors, suivie par Sunny.
Tous deux coururent à travers bois jusqu'à la colline au nord-est. Là, elle s'arrêta devant le spectacle qui s'offrait à elle.
Il faisait nuit, maintenant. Le ciel était noir, et la lune formait un croissant. Les nuages défilaient devant elle, avec un aspect menaçant, comme des serpents noirs.
Et sur la colline se dressaient treize pierres. Les deux premières à l'entrée en portaient une troisième, faisant office de dolmen. La brume qui régnait dans l'espace rendait ce lieu encore plus surnaturel.
Selena prit une profonde inspiration, puis elle sortit de l'orée des bois. Sunny la suivait de près. Il avait peur, mais ne pouvait se résoudre à quitter sa maîtresse. Après tout, il était né d'elle, jamais il ne pourrait se résoudre à la quitter.
La jeune fille regarda les pierres. Elles étaient ordinaires et pourtant, certains superstitieux du village disaient parfois que, lors de certaines nuits, elles pouvaient s'illuminer d'écritures magiques, le savoir des esprits d'un autre monde.
Selena n'y avait jamais vraiment cru ou non, elle n'y accordait pas d'importance. Elle n'aimait pas penser à la magie, cela lui rappelait trop son douloureux passé lié aux Cetras.
La jeune fille franchit la porte du cercle et arriva devant la pierre faisant office de table au centre du cercle.
Quelqu'un se tenait là. L'homme en cape grise.
« Bienvenue, Selena Scott, Prêtresse de l'Aube. »
Selena tiqua sur cette curieuse appellation, mais n'en afficha rien physiquement.
« Où est ma grand-mère ? Qui êtes-vous ? »
La silhouette en cape grise ne réagit pas.
« Je suis venue te proposer un marché, mon enfant. »
« Un marché ? »
Un bruit de pas la tira de son attention. Elle leva les yeux et vit, sur les pierres les plus proches de l'homme, cinq silhouettes vêtues de capes noires.
« Encore vous ! » dit la jeune fille.
Les cinq formes s'inclinèrent de façon ironique.
« Ça faisait longtemps, Selena », dit l'une des formes, la plus à droite.
La jeune fille fusilla du regard Killièn, celle qui avait essayé de l'enlever lorsqu'elle n'était qu'une enfant, et qu'elle avait utilisé ses pouvoirs pour traverser le miroir et arriver sur Gaïa.
« Prête à rejoindre le Clan des Nuages ? » dit une autre silhouette, la troisième au centre. Cette dernière avait une voix masculine. Il s'agissait de Tzakhi, le chef du groupe. Il était de loin le plus dangereux, Selena le savait. Lorsqu'il parla, Sunny se mit à grogner, tandis que Selena raffermit sa prise sur le couteau.
« Je ne serai jamais l'une des vôtres ! De toute façon, je n'ai plus le sang de votre reine, la Calamité des Cieux, en moi ! La Rivière de la Vie m'a purifiée, et je lui en suis reconnaissante depuis toujours ! »
Selena vit les mains des cinq créatures se crisper, de colère. La sixième personne en cape grise, elle, émit un gloussement.
« Tu t'obstines à vouloir suivre le chemin de la Lumière ? Pauvre enfant crédule ! Mes cinq compagnons m'ont prévenu : tu es têtue et résistante. Alors, j'ai apporté un bon moyen de pression. »
Il recula, révélant la table de pierre. Et dessus, allongée et ligotée, se trouvait Alicia. Selena frémit. Oh non, pas sa grand-mère !
« Rejoins-nous, ou elle mourra », dit l'étranger.
Selena serra les dents. Heureusement, elle n'en était pas à sa première confrontation avec les créatures. Et autrefois, elle avait reçu une formation au combat grâce à Ifalna et les Cetras. Elle pouvait s'en sortir, mais elle allait devoir s'y prendre de façon subtile.
Avec un soupir, la jeune fille s'avança et tendit son couteau, pointe vers le bas.
« Très bien, je capitule. Tenez. »
L'étranger resta immobile un instant puis, lentement, tendit la main vers le couteau. C'était le moment que Selena attendait.
Soudain, elle saisit son bras de sa main gauche libre, et de l'autre, lui mit le couteau sous la gorge.
Les cinq formes sur les pierres émirent des cris de protestation et bondirent vers elle.
« Sunny ! Attaque Supernova ! » cria Selena.
Le fennec bondit vers sa maîtresse en poussant un cri puissant. Son corps s'enflamma, créant des vagues de flammes qui enflammèrent toute la colline.
Tous furent projetés au sol. Surmontant le choc, Selena se redressa et courut jusqu'à la table dressée. Le feu avait rongé les liens de sa grand-mère, mais elle était toujours inconsciente.
La jeune fille posa doucement les mains sur ses épaules pour la secouer, quand elle sentit soudain une poigne de fer la saisir à la gorge et la soulever.
Tzakhi se tenait devant elle, serrant avec force son cou. Elle put voir ses yeux luire de rage dans l'obscurité de sa capuche.
« Sale peste ! » siffla l'ennemi.
« Arrête ! » dit l'homme à la cape grise.
Il s'exécuta et lâcha, ou plutôt lança avec violence la jeune fille sur la table, à côté de sa grand-mère.
« Puisque tu refuses de m'obéir, je vais t'obliger à venir avec moi, Selena. Et ta grand-mère viendra aussi. Maintenant, allons-y. »
À travers l'obscurité qui s'était emparée des yeux de la jeune fille, celle-ci vit l'étranger lever une main humaine vers le ciel.
Les treize pierres dressées s'illuminèrent, se couvrant de runes. La jeune fille ne put rien voir de plus. Ses yeux se fermèrent, de fatigue. Sunny avait trop utilisé de ses forces pour déchaîner le feu. Il était une partie d'elle, et utilisait sa force.
Selena sentit le sol de pierre dure et froide disparaître sous elle. Le vent se mit à souffler. Une sensation de chute incroyablement rapide se fit sentir. Elle comprit qu'elle tombait dans le vide.
Mais, soudain, après un moment, elle sentit le froid environnant disparaître. Le noir disparut, faisant face à une lumière blanche si forte que Selena ne put garder les yeux fermés.
Elle vit quelque chose de jaune et blanc devant ses yeux. Curieuse, elle tourna la tête et fut surprise de voir qu'il s'agissait de fleurs.
Tiens ? Elle était dans un champ de fleurs. Curieuse, elle se redressa et regarda autour d'elle. Où avait-elle atterri ?
« Selena ? » dit une voix douce.
L'adolescente fit volte-face, et ouvrit des yeux ronds de surprise ? Ifalna ? ! ?
Non… Cette femme lui ressemblait, mais elle était plus jeune et différente.
« Qui es-tu ? » demanda Selena.
La jeune femme parut surprise par le ton agressif de l'adolescente. Mais elle répondit, avec un léger sourire amusé :
« Je suis Aéris Gainsborough. Enchantée, Selena. Ma mère m'a beaucoup parlé de toi. »
« Ta mère ? »
« Ifalna. »
Sa fille, c'était donc ça… Selena jaugea Aéris du regard.
Elle avait de grands yeux verts et de longs cheveux bruns tressés en natte, retenue par un ruban rose. Rose comme la longue robe qu'elle portait, boutonnée sur le devant. Une petite veste en jean rose foncé complétait sa tenue, avec des chaussures de marche et des bracelets aux poignets. Un ruban noir ornait son cou, noué par un nœud papillon. Elle devait avoir vingt-deux ans au maximum, soit cinq ans de plus que Selena. Son visage reflétait la bonté et le calme.
Selena sentit des sentiments complexes l'assaillir. D'une part, la jalousie. Ifalna avait donc eu une fille, une vraie, quelqu'un qu'elle aimait sincèrement. Et de la peur, aussi. Selena avait peur que la fille soit aussi hypocrite que la mère, envers elle.
« Qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que je fais là ? Où sont les membres du Clan des Nuages et ma grand-mère ? »
Aéris ouvrit la bouche pour répondre, quand elle baissa les yeux. Elle sourit et se pencha pour caresser Sunny.
« Oh, c'est ton fennec ? Il est si mignon ! »
Selena frémit. Comment Sunny pouvait-il s'approcher de cette ignoble Cetra ?
« Ça suffit ! » dit-elle, agacée de voir Sunny se rouler sur le dos pour laisser Aéris lui gratter le ventre. « Aéris, réponds-moi ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Où est ta mère, d'abord ? Elle est trop lâche pour venir me voir. »
Aéris parut choquée par ces mots et baissa tristement les yeux.
« Ma mère est morte quand j'avais cinq ans. »
Selena se fit violence pour ne pas crier. Ifalna… morte ? ! Alors… L'adolescente baissa la tête, les poings serrés si fort que ses ongles se plantèrent douloureusement dans sa paume.
« Elle a rejoint la Rivière de la Vie. Moi, je suis morte aussi, il y a de cela deux ans, mais mon esprit ne peut fusionner avec la Planète, car j'ai encore des choses à faire. Et c'est pour cela aussi que je t'ai rattrapée. »
« Ah bon ? Comment ça ? » dit Selena d'une voix fatiguée.
« Vois-tu, j'ai combattu la Calamité des Cieux avec des amis, il y a maintenant deux ans. Elle s'est fait appeler Jenova, à cette époque, pardonne-moi donc si à l'avenir j'emploie ce nom. Bref, Jenova est morte, mais elle a utilisé des gens pour essayer de détruire la planète. Des humains, je veux dire. Tu as vu l'un d'eux dans tes rêves, sans doute, non ? Un homme aux longs cheveux argentés. »
Selena acquiesça. En effet, elle connaissait ces rêves par cœur puisqu'elle avait vu ces choses chaque nuit pendant deux ans.
« Il s'agit de Sephiroth. Un Soldat, et un ancien ami de ton père, Genesis. »
En entendant cela, l'intérêt de Selena redoubla.
« Je n'entrerai pas trop dans les détails, mais ton père et Sephiroth ont tous deux été manipulés par Jenova, elle leur a fait croire qu'ils n'étaient que des monstres et qu'ils devaient détruire Gaïa pour que les Cetras dominent le monde que les humains leur avaient volé. »
Selena haussa un sourcil, avec une moue désabusée. C'était le plus gros tissu de mensonges qu'elle n'avait jamais entendu ! Jenova, une Cetra ? Quelle blague !
« Sephiroth m'a tuée il y a deux ans, puis il est mort une fois, avec l'esprit de Jenova. Mais ils ont réussi à revenir avec l'aide de trois autres humains, assez semblables à Sephiroth physiquement : Kadaj, Loz et Yazoo. Ils ont fait la réunion avec les restes du corps de Jenova et ont pu ramener Sephiroth et Jenova, un bref instant. Et là, mes amis ont réussi à les vaincre, une fois de plus. »
« Ton histoire se termine bien du point de vue de tes amis, même si les… pantins ne s'en tirent pas, mais où est le problème, Aéris ? Je ne vois toujours pas pourquoi tu m'as appelée. »
Aéris se mit à se tordre les mains. Selena reconnut tout de suite ce geste, Ifalna faisait le même chaque fois qu'elle s'apprêtait à demander quelque chose d'embarrassant.
« Je veux… que tu ailles sur la planète de Jenova pour les sauver. »
« Pardon ? ! ? » dit Selena.
« Vois-tu, Jenova n'est pas venue seule sur Gaïa. Elle avait cinq serviteurs, tu les connais, n'est-ce pas ? »
Cinq… Selena frémit. Elle faisait allusion au Clan des Nuages, de Tzakhi ?
« Ils ont un nouvel allié, un homme anormalement puissant, qui répond au nom d'Arkon. Il a réussi à venir sur Gaïa, il a capturé l'âme de Kadaj, Loz et Yazoo, et les a ramenés à la vie sur la planète de Jenova. Cette dernière y est retournée, elle panse ses plaies et se prépare à revenir à la vie dans un nouveau corps. Nous devons empêcher cela. »
« Tu veux m'envoyer là-bas pour arrêter Jenova et tuer tout le monde ? » dit Selena, méfiante.
« Non, pas tout le monde. Kadaj et ses frères ne savent rien, ils sont perdus en plein milieu de la planète, et ils me cherchent. Quand ils sont morts, j'étais venue accueillir leurs âmes pour les aider à fusionner avec la Rivière de la Vie, mais Arkon les a capturés et emmenés. Je dois y aller. Or, je ne peux pas le faire sans toi, Selena. »
« Pourquoi moi ? Je ne suis pas Cetra, ta mère me l'a répété plusieurs fois ! Je ne suis personne, Aéris ! »
« C'est faux, Selena. Tu n'es ni humaine ni cetra, tu possèdes un pouvoir unique. Et Arkon t'a jeté un sortilège qui te permet d'aller là-bas. Quand je t'aurais relâchée, tu vas reprendre ta route vers cette planète. Et ta grand-mère aussi est prisonnière, sur cette planète ! Je t'en prie, aide-moi. Tu as le pouvoir de ramener à la vie, Selena. La matéria de ta mère te permet de créer tout ce que l'esprit imagine. Je dois aller aider Kadaj et ses frères, je dois arrêter Jenova ! S'il te plaît…
Selena fit la moue. Alors, elle allait devoir aider la fille de celle qui l'avait trahie ? Cette idée l'écœurait.
Elle fit volte-face et lança : « Je m'en fiche, débrouille-toi toute seule ! Je… Aaaaaaaargh ! »
Elle sentit soudain sa poitrine la brûler.
Oh non ! Ça recommence, comme dans le bus…
« Selena ! Qu'est-ce qu'il y a ? »
Lorsque la main d'Aéris se posa sur son épaule, Selena la prit pour la repousser.
« Laisse-moi ! Je… »
Elle sentit soudain le flux de traction revenir. Oh non ! Elle reprenait la route vers la planète de Jenova !
La dernière chose que Selena vit avant de sombrer à nouveau dans le noir, ce fut le visage surpris et inquiet d'Aéris.
Et voilà ! Je sais, je suis sadique, je termine sur une note de suspens atroce.
Bah, une petite bande-annonce pour vous filer quelques idées.
Bande-annonce :
Selena : « Aéris ! ! ! Qu'est-ce que tu m'as fait ? »
Un immense défilé de roche brune, des plantes et des insectes étranges, d'un noir épais. Tout n'est que solitude et ombre, ici.
Aéris : « Mais rien, nous étions en train de parler, tu as eu mal puis… »
Selena ouvre les yeux. Aéris est près d'elle, observant une des fleurs noires avec curiosité. Elle se retourne et sourit à l'adolescente qui la boude.
Inconnu à la cape grise : « Hum, il semblerait que quelqu'un ait profité de ma magie pour voyager jusqu'ici. Une passagère clandestine ? »
Trois jeunes hommes aux cheveux gris marchent le long d'une des falaises de roche brune, quand soudain ils tendent l'oreille, percevant un bruit étrange.
Selena : « C'est pas ma faute, elle m'a agrippée ! Et pour le confort, on repassera, hein ! Je vais me plaindre à l'agence de voyages ! »
Un énorme dragon noir jaillit devant les trois garçons, et les repousse d'un coup de patte.
Allongé sur le sol de pierre dans une grotte, Kadaj ouvre péniblement les yeux, et voit Selena penchée au-dessus de lui, ses mains émettant une lueur douce et dorée.
Aéris : « Attends, ne me laisse pas seule ! Prochain épisode : Le Royaume des Nuages. Selena, par pitié, attends ! »
Aéris apparaît dans l'ouverture de la grotte et regarda la scène avec un sourire. Selena paraît gênée et recule loin de Kadaj, qui la regarda sans comprendre, puis il fixe Aéris avec surprise et espoir.
