Le satédien s'éclipsa, non sans jeter un regard suspicieux à John. Qu'est-ce qu'il avait en ce moment ?!

Tandis qu'il l'auscultait, le médecin jeta un regard à son patient qui n'avait décidément pas l'air en très grande forme. Des cernes sous les yeux, les traits tirés… toutes ces marques de fatigue n'étaient pas uniquement dues aux missions… reprises il y a très peu de temps.

« J'aurais peut-être dû vous garder à l'infirmerie un peu plus longtemps.

Non, pourquoi, je vais bien.

Colonel… »

John soupira et rabattit son t-shirt après que Carson eût fini de l'examiner.

« Bon, je suis peut-être un peu fatigué, mais je vais bien.

Vous savez que je me suis résigné à ne plus vous ordonner d'aller voir le psychologue de la base parce que malgré les missions parfois éprouvantes que vous menez, vous semblez toujours reprendre le dessus.

Oui et merci d'ailleurs.

Mais là je me dis qu'une ou deux séances pourraient vous faire le plus grand bien.

J'ai besoin de sommeil Beckett, pas d'un psy, répondit-il en se levant du lit.

Et moi je pense que votre fatigue et votre manque de sommeil sont causés par votre dernière mission avec le major Lorne. »

A ce nom, il frémit. Il aurait voulu nier et dire que ça n'avait rien à voir, mais le ton n'y aurait pas été. Il préféra se taire, d'autant que la proposition de Carson, ou plutôt son ordre, rejoignait l'idée qui lui était venue plus tôt dans la journée.

L'écossais le regarda du coin de l'œil tandis que le militaire se dirigeait vers la sortie.

« Première séance cet après-midi colonel.

Oui, oui, lança-t-il en quittant la pièce. »

Carson soupira. Il ne s'était pas montré très réticent… Il savait sans doute qu'il en avait besoin. Tout comme le major Lorne…

John regarda sa montre. Il était 15h. Il se leva de son lit où il avait passé la première moitié de son après midi. Après midi… il n'y couperait pas. Il faudrait qu'il aille voir la psy. Mais, étrangement, cette idée le répugnait moins que les autres fois. Peut-être parce qu'il savait que cette fois il en avait vraiment besoin. Ou plutôt il savait que c'était sa dernière chance pour arriver à reprendre un rythme de vie normal avec des nuits de plus de 3 heures.

C'est résigné qu'il ouvrit la porte de ses quartiers.

Plongé dans ses pensées, il réfléchissait à la façon dont il devrait parler de ses problèmes de fatigue et des visions d'horreur qui peuplaient ses nuits en se dévoilant le moins possible. Il finissait d'élaborer sa stratégie lorsqu'il entendit un bruit étouffé. Il fronça les sourcils et stoppa sa marche. Le bruit ne cessait pas. Il tendit l'oreille et avança d'un pas. Puis d'un autre. Le bruit s'amplifiait, même s'il était toujours sourd. Le militaire n'hésita plus et se dirigea vers l'endroit d'où provenait ce qui ressemblait de plus en plus à des… sanglots.

Ses pas le conduisirent jusqu'à un sas de transport. Il passa la main devant la paroi et les portes s'ouvrirent… sur le major Lorne.

Sitôt qu'il entendit le bruit des portes, Evan se tourna face à l'écran, et dos à John.

« Major ? Qu'est-ce que vous faites là ?

Rien, je m'apprêtais à retourner dans mes quartiers, répondit-il d'une voix qu'il voulait neutre, mais qui était enrouée par les sanglots. »

Le colonel mit un moment avant de se reprendre. L'entendre… pleurer et en avoir la confirmation lui serrait le cœur.

« Major, retournez-vous.

Evan, retournez-vous. »

Un soupir s'éleva dans les airs et le major obéit. John recula d'un pas lorsqu'il vit son visage boursoufflé et ses yeux rougis à cause des larmes.

Evan, mort de honte, regardait partout sauf en face de lui.

Des bruits de pas se firent alors entendre dans le corridor. Le colonel réagit rapidement et entra à son tour dans le sas. Les portes se refermèrent, plongeant les deux militaires dans le noir seulement éclairé par la faible lumière du panneau.

« Qu'est-ce qui vous arrive ? reprit John en chuchotant.

Rien Monsieur. Juste un passage à vide.

Evan… répondez-moi. Ce sont vos blessures ?

Non… enfin si… un peu. »

John soupira et effleura du doigt l'endroit de la cité où étaient répartis les quartiers des militaires. Un instant plus tard, les portes s'ouvraient.

Pas très à l'aise, le colonel, posa une main dans le dos d'Evan pour l'inciter à sortir. Le major frissonna. Fichue blessure !

Les deux atlantes firent quelques pas sans un mot. John ne sachant trop quoi dire et Evan était trop gêné pour dire quoi que ce soit.

Lorsqu'ils arrivèrent devant les quartiers du major, le colonel passa sa main devant la paroi et les portes s'ouvrirent.

« Allez vous reposez d'accord ? dit John en lui souriant faiblement. »

Evant hocha la tête et entra. Il se retourna et eut enfin le courage de le regarder dans les yeux.

« Merci Mon…

John !

Merci John. »

Les portes se refermèrent presque aussitôt. Le colonel ferma les yeux et se passa une main dans les cheveux. Ca lui avait fait tellement étrange … de l'entendre pleurer. Il avait sentit son cœur faire une embardée ! Et quand il avait vu ce visage baigné de larmes…il n'avait eu qu'une envie : le prendre dans ses bras. Bon sang, Carson avait raison : il lui fallait un psy et en vitesse !

Mais alors qu'il allait repartir, il entendit de nouveau des pleurs étouffés. Cette fois, son instinct fut plus fort que sa raison et c'est sans hésiter qu'il entra dans les quartiers de son subordonné, mais surtout ami.

Evan se retourna aussitôt qu'il entendit des bruits de pas. Il n'eut pas le temps de dire ou de faire quoi que ce soit. John ferma les portes automatiquement et posa une main sur son épaule avant de l'attirer doucement à lui pour ne pas lui faire mal. L'instant d'après, il passa son autre bras autour de sa taille.

Le major ne réagit pas tout de suite. Mais quand il sentit John le serrer un peu plus contre lui, il ferma les yeux, refoulant les larmes menaçant une nouvelle fois de couler, et lui rendit son étreinte.

Les deux hommes restèrent ainsi de longues secondes. Il n'était pas besoin de mots. Il était là pour lui. Il était là avec lui.

C'est le colonel qui se détacha le premier. Un bras toujours autour de la taille du major, il le fit asseoir à ses côtés sur le lit.

Leurs joues étaient rouges. De gêne, oui, mais aussi … de quoi exactement ? Aucune des deux ne savaient… ou ne voulaient savoir.

« Dites-moi, reprit John d'une voix apaisante. »

Evan baissa les yeux. Il ne s'était jamais montré aussi faible en face de quelqu'un d'autre. Et s'il y avait bien une chose qu'il ne voulait pas que son supérieur voie de lui, c'était bien ce côté… faible.

« J'ai parlé avec la psy.

Et c'est que la première séance, sourit John. »

Mais sa tentative d'humour passa inaperçue.

« Je sais que c'est confidentiel, reprit-il au bout d'un instant. Mais si ça vous a mis dans cet état, c'était que ça devait vraiment être éprouvant. »

Le major soupira.

« Elle m'a demandé de lui raconter ce qui s'était passé durant la mission. »

John garda le silence, le laissant aller à son rythme.

« Et quand je lui ai raconté… non rien.

Non, allez-y. »

Evan prit une inspiration et reprit, de plus en plus mal à l'aise.

« Quand je lui raconté… et les souvenirs… et les sensations… me sont revenus. »

Le colonel hocha la tête. Il voyait très bien ce qu'il voulait dire. C'est pour ça aussi qu'il redoutait d'aller voir la psy. Lui non plus ne voulait pas craquer. Lui non plus ne voulait pas qu'elle sache que cette fois là il avait eu peur. Bien plus qu'il n'aurait dû…

« C'est pour ça que c'est mieux de se confier à un ami. On a moins… honte de se laisser aller, reprit le colonel au bout de quelques secondes.

Sauf votre respect…ce n'est pas le cas. »

John se redressa un peu. Il s'était laissé aller à trop de familiarités avec son subordonné et il l'avait mis mal à l'aise. Il se recula et s'apprêtait à se lever quand Evan reprit la parole.

« Je ne me sens pas moins … gêné. »

John se rapprocha de lui.

« Je ne vous juge pas. Vous savez qu'on passe tous par là.

Pas vous.

Pas moi ? Vous pensez vraiment que je ne craque pas des fois ? »

Le major releva vers lui un regard interrogateur.

« Vous ?

Bien sûr ! C'est ma soupape de sécurité pour ne pas craquer en mission. Sauf que… enfin personne ne le voit et… personne ne le sait. Donc… si vous racontez ça à quelqu'un… je nierais tout. »

Cette remarque arracha un sourire à Evan.

« Vous savez… reprit John, hésitant. Moi aussi cette mission m'a beaucoup marquée.

Vraiment ?

Et bien…oui. Je suis responsable…

De rien du tout. On en a déjà parlé.

Oui, mais… c'est plus fort que moi. Vous voir entre les mains de cette reine !

Vous avez déjà vu Teyla ou Ronon être confrontés aux Wraiths.

Oui, mais là c'était différent. »

Evan fronça les sourcils. John se mordit la langue. Pourquoi ? Il n'avait pas besoin de savoir ce qu'il ressentait ! Il ne laissait jamais personne savoir ce qu'il ressentait !

« Différent?

Oui… J'ai eu peur pour vous. Comme rarement, avoua le colonel en se rapprochant sans même s'en rendre compte. »

Le major fut troublé par ces mots, mais encore plus par la proximité qu'instaurait son supérieur. Proximité qu'il ne cherchât pas à fuir.

« Mais je vais bien.

Non, vous n'allez pas bien. Cette blessure… ces souvenirs, c'est ma faute. »

Evan posa une main sur sa cuisse.

« Non, ce n'est pas votre faute ! Monsieur…

John, murmura-t-il.

John… »

Et là… pourquoi ? Comment ? Poussés par quelle force… ? Aucun des deux ne le sut. Aucun des deux ne s'en rendit compte, ne vit… leurs visages se rapprocher, leurs souffles se mêler… leurs lèvres se rencontrer.

Aucun des deux ne ferma les yeux. Du moins au début. Ce fut Evan qui se laissa aller le premier et savoura cet échange.

John, lui, garda les yeux ouverts. Et lorsqu'il sentit son subordonné répondre à son baiser, il se détacha rapidement.

Le major ouvrit les yeux, le cœur battant.

Le colonel l'observa un moment, ne sachant que faire. Ce n'est que lorsqu'Evan resserra son étreinte sur sa cuisse que John se leva subitement.

« Je… dois y aller. »

A peine ces mots furent-ils prononcés que le militaire s'enfuit des quartiers du major, laissant ce dernier le visage teinté de stupeur et fixant, abasourdi, la porte de ses quartiers.

John courrait plus qu'il ne marchait dans les couloirs, en direction de ses quartiers. En ignorant les saluts de ses subordonnés et les bonjours des autres membres de l'expédition. Son cerveau était en ébullition, son sang bouillait dans ses veines et battait à ses tempes. C'est dans un état indescriptible qu'il se réfugia dans sa chambre, le souffle court. Il regarda partout autour de lui avant de verrouiller mentalement sa porte. Il se précipita dans la salle de bain et se mit la tête sous l'eau froide. Ce n'est qu'au bout de plusieurs secondes qu'il coupa l'arrivée d'eau. Il ne releva pas pour autant la tête. Il avait peur de croiser son reflet. Son regard. Il avait peur de lire dans ses yeux quelque chose qui n'avait pas lieu d'être. Qui ne devait pas exister. Il ferma les yeux et prit une serviette. Il se redressa et reposa la serviette sur le bord du lavabo. Ses yeux étaient toujours clos. Il prit une grande inspiration et les ouvrit lentement. Enfin, il fixa son regard et se sonda. Il approcha son visage du miroir. Les jointures de ses mains posées de part et d'autre du lavabo étaient blanches.

« Bon dieu Sheppard, qu'est-ce que t'a foutu !! »

Il tourna brusquement les talons avant de faire tout aussi rapidement volte face et donner un coup de poing dans la glace. Le verre se fissura. John étouffa un cri et son sang commença à couler entre ses doigts. Il prit la serviette et enveloppa sa main. Il devait aller à l'infirmerie, il le savait. Mais il n'aurait pas la force de recroiser Evan … ou qui que ce soit d'autre. Alors… il prit sa trousse de secours et après avoir enlevé les bouts de verre incrustés dans sa peau et désinfecté ses plaies, il banda sa main.

Assis sur son lit, perdu, son regard glissa vers sa table de nuit… vers la photo de lui et son père. Et pour la première fois de sa vie, il s'adressa à elle.

« Papa… qu'est-ce que j'ai fait ?»

Il ne s'était jamais senti aussi seul, aussi désemparé, aussi perdu. Il savait toujours quoi faire face aux ennemis qu'ils rencontraient ou qui attaquaient la cité. Il agissait en militaire parce que c'est ce qu'on lui avait appris à faire, parce que c'est comme ça qu'il savait raisonner et qu'il résonnait le mieux. Mais ce qu'il venait de faire il y a quelques minutes à peine…Jamais jusqu'à aujourd'hui il n'aurait pensé le faire. Qu'est-ce qu'il lui avait pris !! Embrassé un… Il ferma fortement les yeux. Non, il n'arrivait pas à finir sa phrase. C'était tellement impensable, irréel ! Il n'avait pas pu faire ça ! Il passa machinalement la langue sur ses lèvres, retrouvant le goût salé des larmes d'Evan. Il serra les poings. Qu'est-ce qu'il allait penser de lui maintenant ? Et s'il le disait à toute la base ? Et si les membres de son équipe venaient à l'apprendre ? Et si Elizabeth l'apprenait ?! John sentit son cœur s'accélérer. Personne ne devait savoir ! C'était un moment d'égarement, un moment qui n'arriverait plus jamais ! Il fallait qu'il en parle à Evan et qu'il lui donne l'ordre de ne rien dire ! Parler à Evan… c'est justement parce qu'il avait voulu lui parler qu'il s'était retrouvé dans cette situation ! Il prit sa tête entre ses mains.

« Papa, qu'est-ce que je fais ? »

A cet instant, des coups retentirent à la porte des quartiers du militaire.

« Oui ? demanda-t-il d'une voix qui se voulait dégagée.

John, vous êtes là ? »

La psy ! Elle le traquait jusque dans ses quartiers maintenant ?

« Vous pouvez revenir plus tard ?

Non John. Si vous me demandez ça, c'est que vous avez besoin de parler. Et je suis là pour ça. »

Le militaire soupira bruyamment et ferma les yeux. Un instant plus tard, la prote se déverrouillait.

« Entrez, dit John en se composant un visage qu'il voulait aussi neutre que possible. »

Et alors que la psy entrait un mot d'ordre résonna dans l'esprit du colonel : Personne !! Personne ne devrait savoir !

TBC

Alors? Cela vous plait-il?

Dites moi non et j'arrête 0o