Cela faisait deux heures qu'Evan tournait et retournait les évènements dans sa tête. Ses mots, cette promiscuité, son baiser. Il n'arrivait pas à assimiler ce qui c'était passé. Il l'avait embrassé. Non, rien à faire. Il avait beau se répéter cette phrase en boucle, rien n'y faisait. Tout ce qu'il retenait c'était la sensation de douce chaleur qui s'était emparée de lui lors de ce baiser. Baiser auquel il avait répondu…Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Il soupira et sourit faiblement. Il avait aimé, voilà ce qu'il lui avait pris ! Il avait aimé un baiser qu'un autre homme lui avait donné ! C'était la première fois ! C'était interdit ! C'est mal vu, mal venu ! C'était mal ! Alors pourquoi s'était-il senti si bien ? Le major se leva de son lit et fit les cent pas dans la pièce. Il avait aimé oui ! Mais ni son supérieur ni personne ne devait le savoir ! Il devait oublier ! Tout oublier ! Même s'il avait aimé… oh ça oui…

Cela faisait deux semaines maintenant qu'Evan était sorti de l'infirmerie. Deux semaines qu'il sortait le moins possible de ses quartiers. Pour ne pas croiser son supérieur. Il avait rassuré son équipe en lui disant qu'il avait besoin de repos. Mais quand Carson s'était lui aussi inquiété et était venu le trouver il y a de cela trois jours pour lui dire qu'il allait peut-être le garder un peu plus longtemps à la base, le major fut bien obligé de sortir plus souvent. Et c'est en rasant les murs qu'ils avaient repris une part plus active à la vie de la cité et avait participé avec son équipe aux briefings des missions qui l'attendaient. Mais l'angoisse était toujours là. Croiser le colonel aurait été… horrible. Pourtant il savait que cette situation ne pouvait pas durer. Ils seraient forcément amenés à se croiser sur la cité. Et auraient peut-être à collaborer en mission. Il fallait qu'il lui parle. Même si ça lui coûtait. Parce qu'ils auraient sans doute à oublier toute cette histoire pour de bon. Et que lui y pensait depuis presque deux semaines et qu'il n'avait pas forcément envie de l'oublier…Non, il le fallait. Le major soupira. Il ne savait plus. Il était perdu. Et il ne pouvait pas se le permettre.

« Major Lorne, est-ce que ça va ? »

Evan sursauta et se retourna.

« Teyla ?

- Vous venez prendre des forces au mess avant la mission cette après-midi ?

- Euh…. Oui.

- Vous voulez vous joindre à nous ? »

Le major sentit son pouls s'accélérer.

« Nous ?

- Oui Ronon, Rodney et John. »

Le cœur du militaire manqua un battement.

« C'est gentil, mais non. Je vais… aller retrouver mon équipe.

- Oh… comme vous voudrez. Mais si vous changez d'avis, vous savez où nous trouver. »

Evan acquiesça et sourit faiblement.

Quand Teyla entra dans le mess, le visage du major devint subitement très pâle.

Il était là… Il inspira fortement et fit un pas en direction de la cafétéria, puis un autre. Bientôt, trop vite à son goût, le major arriva sur le seuil. Il balaya les horizons, le cœur battant, la gorge sèche. Il trouva son équipe qui lui faisait de grands signes. Soulagé, il se dirigea vers elle. Mais alors que son attention s'était relâchée, ses yeux se posèrent sur Teyla, puis sur Ronon, Rodney et enfin… John. Au même moment le regard du colonel se posa sur lui et le sourire amusé qu'il arborait jusqu'à présent s'évanouit aussitôt. Il détourna aussitôt le regard et le porta sur son assiette. Evan sentit une sorte de … pincement au cœur et il rejoignit ses coéquipiers et amis.

Le repas des deux tables se déroula dans un calme peu habituel. Ronon et Rodney se demandaient pourquoi John avait subitement changé d'attitude. Seule Teyla semblait en avoir une petite idée. L'équipe du major Lorne, quant à elle, mettait ça sur le compte du stress de reprendre la mission. Quoi qu'il en soit, l'ambiance n'était pas là.

Evan n'osait pas regarder son supérieur. Il en avait pourtant envie. Pour savoir s'il lui en voulait, s'il le détestait ou encore s'il était aussi troublé que lui. Mais il avait trop peur de voir sa réaction. Au lieu de ça, il fixait résolument son plateau repas. La tension s'accumula et lorsqu'il ne se sentit plus la force de rester au mess, il se leva, bafouilla une excuse pour ses coéquipiers et amis et sortit rapidement de table. Il ne vit même pas que John était sorti de table.

Le major longea le couloir qui menait au transporteur le plus proche et se retrouva bientôt près des quartiers du personnel militaire. Le corridor était désert. Et alors qu'il tournait à l'angle du mur de ses appartements, une voix l'appela.

« Major. »

Evan se figea sur place et ferma un bref instant les yeux avant de se retourner. Il fit face au colonel Sheppard.

Les deux hommes se regardèrent un long moment.

John s'était enfin décidé. Au bout de deux longues semaines. Il avait enfin eu le cran de lui parler. Mais maintenant qu'il était en face de lui, tous les discours et les phrases toutes faites qu'il s'était entraîné à prononcer durant quinze jours s'évanouir.

Evan déglutit difficilement. Toutes les sensations qu'il s'efforçait de réprimer depuis deux semaines remontèrent à la surface. Et lorsque John s'approcha de lui, il ne put plus bouger. Il resta comme pétrifier. Il attendait autant qu'il redoutait les paroles qu'il allait prononcer.

Le colonel fit un autre pas vers lui puis après avoir jeté un œil à droite et à gauche, chuchota :

« Il ne s'est rien passé, ok ? »

Evan se sentit transpercé par son regard et son cœur se serra à lui en faire mal à ces mots.

« Oui Monsieur, s'entendit-il répondre.

- Bien. Je pense aussi qu'il faudra du temps avant de se reconsidérer comme… des collègues. »

Nouveau coup de massue pour le major. Ils n'étaient même plus amis. Et de nouveau il s'entendit répondre :

« Oui monsieur. »

John hocha brièvement la tête et le croisa pour retourner à ses quartiers.

Les yeux dans le vague, Evan tentait de se remettre de ces mots. Mais en vain. Et le vague sentiment qu'il essayait de dissimuler derrière des excuses comme la fièvre ou la lente cicatrisation de ses blessures éclata de nouveau en lui. Il avait aimé cet échange. Il avait aimé ce baiser. Et maintenant il devait tout oublier. C'était la demande, l'ordre venant de son supérieur, de son ami… et surtout de l'homme pour qui, il ne se le cachait plus, il éprouvait des sentiments. Contre toute logique, toute règle, toute morale

John entra dans ses quartiers. S'il avait pu claquer la porte, il l'aurait fait. C'est ça qui lui manquait sur cette cité ! Il ferma les yeux, se retourna et cogna un grand coup dans un mur. Avec son pied. Epargnant ainsi son autre main. Il voulait encore en avoir une pour manger ou prendre sa douche !

Il soupira et se rendit à sa fenêtre. Deux semaines. Ca faisait deux semaines qu'il cherchait à lui parler de ce moment d'égarement. Deux semaines qu'il préparait un discours pour lui expliquer que ce qui était arrivé ne devait plus se reproduire. Que tout ça était arrivé… comme ça. Sans raison. Mais surtout deux semaines qu'il se demandait quel ton il adopterait le moment venu. Et là… il avait été froid. Si froid. Il l'avait à peine regardé. Il avait été dur alors que c'était lui qui avait fait le premier pas. C'est lui qui aurait dû s'excuser de ce geste incontrôlé et il avait fait l'inverse. Il l'avait agressé ! Bon sang, il ne tournait pas rond ! Depuis cette mission il sentait que quelque chose avait changé en lui. Quelque chose qui l'avait fait vibrer il y a deux semaines mais qui lui faisait peur maintenant.

Il secoua la tête. Non, c'était bien ainsi. Il avait mis les choses au clair ! Les choses pourraient reprendre comme avant. Avec du temps. Mais enfin de compte tout irait mieux.

oooooooooooooooooooo

« Teyla attention !! cria John en la plaquant au sol, évitant ainsi le rayon d'un darth.

- Il faut revenir à la porte ! hurla Ronon sans cesser de tirer sur les vaisseaux ennemis, de plus en plus nombreux.

- McKay ?

- Je suis là Sheppard !

- Qu'est-ce que vous faites planté là ?! Retournez à la porte et en vitesse ! »

Sous le feu ennemi, le scientifique ne réagit pas tout de suite.

« McKay, bougez-vous ! ordonna-t-il en se redressant. »

Le canadien sursauta et courut en direction de la porte, Ronon le couvrant. Un nouveau bruit se fit entendre. Les darths revenaient !

« Teyla dépêchez-vous ! »

Les deux atlantes coururent à leur tour en direction de la porte que Rodney venait tout juste d'activer. Le code envoyé, ils franchirent la porte.

Arrivé de l'autre côté…

« Bon sang Teyla ! Vous les avez pas senti ou quoi ? »

La jeune athosienne sursauta face à la violence inattendue des propos de John.

« Si, mais…

- Alors comment ça se fait qu'ils nous soient tombés dessus comme ça !

- Sheppard, calmez-vous, intervint Ronon.

- Et vous ?! Vous visez aussi mal que Mackay en ce moment ! Vous irez faire un tour à la salle d'armes ! »

Le satédien fusilla le colonel du regard.

Elizabeth, qui avait assisté à toute la scène, descendit rapidement les marches.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle en interrogea Rodney du regard. »

Le scientifique haussa les épaules.

« Je vais vous dire ce qu'il y a ! Vous m'avez refilé une équipe de bras cassés ! »

Sur ce, il tourna les talons et se dirigea vers une des sorties de la salle de la porte.

« John ? John ?! appela la dirigeante. »

Sans succès.

« Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? demanda-t-elle une seconde fois.

- Il est comme ça depuis une semaine, se lamenta Rodney.

- Bon, je règlerai ça plus tard, soupira Elizabeth. Allez voir Carson et reposez vous un peu. Débriefing dans deux heures. »

John était hors de lui. Une source d'énergie soi disant phénoménale que McKay savait exactement où trouver ! Résultat : aucune source, mais des Wraith à profusion ! Un traquenard !

C'est furieux qu'il entra à l'infirmerie.

« J'ai rien, alors grouillez-vous ! »

Carson sauta de sa chaise et jeta un coup d'œil à ses infirmières. Rodney avait dû encore faire des siennes…

« Je vais faire aussi vite que je peux colonel. »

John regardait droit devant lui, furieux ! L'écossais comprit qu'il était non seulement inutile, mais aussi dangereux, de lui demander ce qui c'était passé. Il se contenta donc de se dépêcher d'ausculter le militaire. 5 minutes plus tard, il ressortait de l'infirmerie, en croisant Teyla et Ronon sans même les voir.

« Le briefing est prévu dans 2 heures, lança tout de même l'athosienne. »

Aucune réponse ne lui parvint.

« Il m'en veut vous croyez ? demanda Rodney.

- Il en veut à tout le monde, constata Ronon. »

Teyla fronça les sourcils, le regard fixant le couloir vide. Quelque chose clochait oui. Mais depuis bien plus d'une semaine…

« Où est John ?

- Il ne va pas tarder Elizabeth, la rassura Teyla.

- On pourrait finir ce débriefing rapidement ? J'ai des expériences qui m'attendent.

- Vous allez déjà commencer par me dire ce qui s'est passé, dit la dirigeante en s'asseyant.

- On attend pas Sheppard ?

- Non, Ronon. Vu l'état dans lequel il est, je préfère commencer cette réunion calmement. »

Et durant la demie heure qui suivie, les trois atlantes expliquèrent à leur supérieure les évènements. Ils étaient arrivés à l'endroit où devait se trouver la source d'énergie détectée quand des wraiths leur étaient tombés dessus, venant de partout. Teyla avait à peine eu le temps de les sentir avant qu'ils n'attaquent.

« Vous pensez donc que c'était un piège ?

- C'est évident, intervint Ronon.

- Tous les Wraiths de la galaxie doivent savoir qu'on cherche des sources d'énergie ! soupira Rodney.

- Il faudra être encore plus prudent à présent, conclut Teyla.

- Mais où est John ! demanda Elizabeth en consultant sa montre.

- C'est pas plus mal qu'il soit pas là.

- Ronon, le gronda l'athosienne.

- Quoi ? Vous allez pas me dire que vous attendiez sa venue avec impatience.

- Est-ce que l'un de vous sait ce qu'il a ?

- Elizabeth, c'est Sheppard dont on parle, lui rappela Rodney. C'est un militaire ! Il est impulsif, soupe au lait.

- Non, ça c'est vous, le coupa Ronon, un sourire amusé aux lèvres.

- Il a un problème Conan. Euh… non j'ai rien dit, se rattrapa-t-il face au regard soudain noir du satédien.

- Bien, merci à tous. Cette réunion est terminée. »

Les atlantes se levèrent et prirent congé. Elizabeth resta un moment seule. L'attitude de son chef militaire la préoccupait. Il fallait qu'elle aille lui parler.

TBC

Tite review ?

Merci à Clio pour ses conseils et ses remarques