Chapitre 12 :

Le maître des poisons

DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, sauf Selena, Sunny, Arkon, Angelina et Cie.

Un grand merci à Ayame-Nightbreed, Tsukiyo2894, la-meurtrière-barbare, Lunastrelle, Nmfrter et Laeneth.

Ayame, j'ai écrit ce chapitre en pensant à ta question qui était : « Et quand verrons-nous les autres Ginns », ta review dans le chapitre 9. J'espère que ça commencera à y répondre.


« je sentis le poison qui corrompt mes sens et ma raison »

(Rousseau)

Les grottes des monts Nibel étaient un véritable labyrinthe pour qui ne savait pas s'y repérer. Autrefois, une famille de guides réputée avait pour habitude de conduire des ouvriers à travers le dédale de couloirs, pour les amener au réacteur Mako où ils allaient travailler.

Tifa Lockheart et son père avaient été les derniers guides de la ville, avant la Grande Catastrophe, comme disaient les habitants. Personne n'osait jamais parler de Sephiroth ni de l'incendie qu'il avait déclenché, il y avait maintenant dix ans.

Heureusement, depuis la victoire contre la Deepground, les souvenirs douloureux du passé s'étaient atténués. Les habitants continuaient de vivre à Nibelheim, et ils regagnaient de la confiance en eux depuis la victoire de Vincent Valentine contre Oméga.

Nul ne se doutait que, dans le dédale de couloirs des montagnes, des créatures semblables à Jenova préparaient un nouveau complot, pour détruire la planète une bonne fois pour toutes.

Debout sur la falaise d'une des montagnes, Tzakhi et deux de ses compagnons regardaient le spectacle en contrebas. Tous trois avaient enlevé leurs capuchons noirs, pour sentir leurs longs cheveux blancs voler dans le vent. Tobu, le voisin de droite de Tzakhi avait un visage blanc, signe qu'il était un mâle tout comme lui. Mais l'autre avait la peau bleue. Il s'agissait de Killièn.

Les trois Ginns regardaient les humains défiler dans les rues de Nibelheim, loin en contrebas.

« Tu crois qu'ils vont venir ? » demanda Killièn.

« J'en suis sûr. Ils ne peuvent rester inactifs », dit Tzakhi.

« Mais quand allons-nous passer à l'action ? » siffla Tobu.

Tzakhi se tourna vers son compagnon et plissa les yeux. Tobu était le plus jeune de tous, il était d'un naturel impatient. Il faudrait le surveiller.

« Nous devons la laisser agir. Elle seule sait comment s'y prendre », dit Tzakhi d'une voix ferme.

Tobu baissa la tête, signe que Tzakhi l'avait bien remis à sa place.

« Je ne veux que la satisfaire. Accomplir sa volonté », dit-il doucement.

« Nous aussi », dit Killièn.

Tzakhi reporta son attention sur les citoyens. Le chocobo d'un vieil homme venait de renverser l'étalage d'un marchand de fruits, près d'une maison. Des gens s'attroupèrent autour des deux hommes qui commençaient à se disputer.

« Regardez-les. On dirait des vers. Ils grouillent, ils sont dépourvus de grâce », dit Tobu.

« Toi aussi, tu agirais avec cette précipitation grotesque si ta vie se limitait à un siècle, ou encore moins », siffla Tzakhi.

Tobu haussa des épaules. Tzakhi fit la moue en voyant le vieil homme commencer à frapper le marchand.

« Mais tu as raison, on dirait des vers. Après tout, ils ne sont que de la vermine comparée à nous, créatures pures et parfaites descendues des nuages », dit-il.

Les trois Ginns acquiescèrent ensemble d'un mouvement de tête puis, dans un gracieux bruissement de cape, ils s'éloignèrent vers la grotte menant aux couloirs de la montagne.

XxXxXxXxXxXxX

Healen, une région spécialement aménagée depuis l'apparition des géostigmates. Des maisons de murs blancs, dont la forme vue de haut évoquait un météore, avaient été bâties sur les falaises, près des chutes d'eau.

C'était un bel endroit, près des plaines verdoyantes dans le nord-est du continent de Midgar.

Mais si l'on s'enfonçait plus profondément dans les falaises, on arrivait près d'un manoir. Là, près d'un grand lac, on découvrait une bâtisse plus petite mais d'architecture splendide à celle du manoir de Nibelheim.

Cet endroit était surtout plus gai, mieux entretenu. C'était là que vivait Ohana, la maîtresse de Rufus Shinra, ainsi que de nombreux serviteurs spécialement embauchés pour s'occuper d'elle et de sa fille, Angelina.

Personne ne connaissait vraiment Ohana. La jeune femme avait toujours vécu recluse, ne sortant que rarement de chez elle pour se promener en forêt.

Pourtant, les serviteurs du manoir l'aimaient beaucoup. En particulier les femmes. Ohana les traitait toujours comme des amies, elle était une maîtresse de maison de nature forte et elle donnait beaucoup de conseils à ses servantes sur la façon de séduire les hommes sans succomber à leurs émotions, la plupart étant d'innocentes jeunes filles qui devaient subir les avances du Turk Reno, chaque fois qu'il venait pour escorter le président lorsque ce dernier venait rendre visite à Ohana.

En fait, il venait surtout pour Angelina ces dix dernières années, pour s'assurer que la jeune fille continuait de progresser dans ses études.

Aujourd'hui, un matin comme les autres, rien ne venait troubler le calme dans le bois de Healen. Le manoir s'éveillait lentement, les serviteurs commençaient à travailler.

Dans la cuisine, on s'activait à préparer le petit-déjeuner. Dehors, un garçon allait à l'enclos des chocobos pour les nourrir.

Mais soudain, un bruit familier retentit au grenier. Tous les gens aux étages inférieurs levèrent les yeux au ciel. Il existait deux autres personnes venant parfois au manoir, pour voir Ohana et Angelina : les gobelins Pips et Quick.

Ils n'avaient jamais abandonné la jeune femme depuis le jour où Angeal était mort. Ils étaient restés pour la réconforter. Le président Shinra et les Turks ignoraient l'existence des gobelins, seuls les serviteurs les connaissaient. Mais eux, ils se moquaient un peu d'eux, parce qu'ils n'étaient que des parasites pour eux, des voleurs !

Le garde du manoir, Jack, était justement aux prises avec l'un d'eux ce matin. On entendait du bruit depuis la tour la plus haute, celle où se trouvait le grenier. Soudain, l'unique fenêtre donnant vue sur le lac s'ouvrit.

Quick apparut, un étrange paquet long et effilé dans les mains. On aurait dit un bâton enroulé dans un étui de soie noire.

« Attends, toi, reviens ! Attends que je t'attrape… » cria une voix d'homme dans le fond de la pièce.

Quick regarda autour de lui. Il aperçut, sous le rebord de la fenêtre, la branche d'un arbre. Il sauta pour atterrir dessus, quand une poigne de fer se referma autour du col de sa chemise.

Le gobelin fut soulevé devant le bord de la fenêtre, face au visage gras et chauve d'un homme d'une cinquantaine d'années.

« Je te tiens ! C'est la dernière chose que tu emporteras avec toi », dit Jack.

« Peuh ! Cause toujours, pauvre crétin ! » dit le gobelin.

« Tu as une sacrée grande gueule pour un petit gars », grinça l'homme.

Il saisit le cou du gobelin de son autre main, pour l'étrangler. Il sourit lorsqu'il entendit le pauvre petit homme gémir de douleur.

« Je vais me faire une joie de te donner une bonne leçon, enfin ! » dit Jack en levant son poing vers le ciel, pour le frapper.

Avec un sourire machiavélique, Quick leva haut son bâton de tissu devant lui.

« Moi d'abord, gros tas ! »

Et il frappa un bon coup sur la tête de Jack, qui le lâcha. Quick se reposa sur le rebord.

« Sers-toi toujours de ta tête ! » dit le gobelin sur un ton triomphant.

Puis il sauta et atterrit enfin sur la branche de l'arbre.

« À bientôt, Jack ! Bons baisers à ta femme ! » dit-il, tandis que son ennemi reprenait péniblement conscience.

Puis le gobelin s'enfuit dans les branches de l'arbre. Le gobelin sauta de branche en branche, d'un arbre à un autre, jusqu'à atteindre une petite cabane isolée près d'une grotte dans la falaise.

Là, il l'ouvrit et entra dans une salle plutôt coquette. Le sol était de terre, mais bien nettoyé, tous comme les murs jaune pâle. Une table longue et de grandes chaises étaient disposées au centre.

Des lits étaient alignés aux murs, tout autour, avec de grandes fenêtres donnant vue sur la forêt.

Angelina, Selena, Aéris, Pips et les argentés étaient là, tous assis autour de la table et occupés à discuter.

« Kadaj ! » dit Quick.

Le jeune homme tourna son regard vers la porte d'entrée.

« Quick ! » dit-il.

« Tadaaaaam ! Je l'ai eu ! » dit le gobelin.

« Oh ! Vraiment ? »

Acquiesçant, Quick monta sur la table et lui tendit l'objet qu'il avait emporté. Avec des mains fébriles, comme un enfant ouvrant un paquet cadeau, Kadaj ôta la gaine de tissu et sourit en voyant son fidèle Souba, rangé dans son fourreau noir.

« C'est bien mon sabre, dit le jeune homme. Mais Quick, comment as-tu… ? »

« Heu… Mieux vaut que tu l'ignores, mon gars », dit le gobelin.

« Bah, peu importe. »

« Bon, alors, quelle est la suite du programme ? » dit Angelina, une fois que le jeune homme se fut rassis.

« J'ai interrogé la planète sitôt notre arrivée hier soir, dit Aéris. Il semblerait qu'il y ait une forte activité dans la Rivière de la Vie à Nibelheim. »

« Eh bien, puisque nous n'avons aucune autre piste pour le moment, direction Nibelheim ! » dit Kadaj.

Tous revirent une dernière fois leur équipement. Aéris avait reçu un ancien bâton de combat sorti du coffre de Selena, l'adolescente avait une arme identique, Angelina avait pris un nouveau violon chez elle, les garçons avaient déjà leurs armes, comme les gobelins… Leur stock de matérias était complet, ils ne manquaient de rien.

Satisfaits, tous se levèrent et se mirent en cercle au centre de la pièce. Encore une fois, Selena utilisa la magie de sa matéria d'ambre.

Dans un éclat de lumière, ils apparurent au pied du chemin qui traversait les plaines, pour les mener au pied du Mont Nibel.

Le Mont Nibel… Tous ne purent réprimer un frisson devant ces imposants pics de roche noire. Une forte aura verdâtre flottait sur ce paysage sinistre. Une puissante odeur de Mako régnait dans l'air, mais on ressentait aussitôt la solitude, le froid du passé dur et implacable qui avait causé la mort de milliers de gens par le passé.

Aéris était la plus sensible à tout cela, de par ses pouvoirs. Percevant son trouble, Kadaj posa une main rassurante sur l'épaule de la Cetra qui le remercia d'un sourire.

Tous se remirent en marche sans dire un mot, mus par la volonté d'aller de l'avant. Tandis qu'ils empruntant le chemin montant graduellement à travers les montagnes, ils ne sentirent par le regard de deux personnes se poser sur eux, l'une amie, l'autre ennemie.

Un aigle noir, qui planait dans le ciel au-dessus d'eux et les regardait de ses yeux de chat vert. Et un Ginn, Tobu, depuis l'ouverture dans l'une des montagnes devant eux.

XxXxXxXxXxXxX

Le petit groupe d'adolescents progressait lentement mais sûrement à travers les chemins de la montagne. Ils avaient parfois dû passer à travers quelques grottes, et ils avaient eu la chance de trouver des matérias sauvages.

Aéris conduisait le groupe d'un pas sûr, guidée par la voix des esprits, qui était très forte dans ces montagnes.

Ils arrivèrent bientôt dans une grotte différente des autres. Ici, le ciel était visible à travers une cavité dans le plafond.

Une cascade de mako coulait au centre. C'était magnifique. Le liquide vert fluo coulait gracieusement en un trait fin et régulier au sol, formant une étrange sculpture évoquant une main qui se tendait vers le ciel, pour caresser les rayons du soleil perçant l'obscurité des tunnels.

« C'est magnifique », murmura Selena.

Aéris, les gobelins et les argentés la regardèrent. Il était rare de voir Selena afficher un air aussi admiratif et heureux. La jeune fille était heureuse de voir que, malgré le fait que les humains aient tant défiguré Gaïa par la technologie et la modernité, il restait des endroits magiques où la Rivière de la Vie pouvait encore librement s'exprimer.

« Oui, à peu près autant que les œuvres d'art qui décorent mon manoir », dit Angelina, avec un air hautain.

Tout le monde leva les yeux au ciel. Ils avaient déjà appris à leurs dépens qu'Angelina était comme ça, relever ses sarcasmes était une pure perte de temps.

Soudain, un rire résonna dans la grotte.

« Je ne t'avais pas vue aussi admirative depuis fort longtemps, Selena. »

L'adolescente leva les yeux et fit la grimace. Tous suivirent son regard et virent, une sur corniche rocheuse au-dessus d'eux, un Ginn.

C'était Tobu. Il les regardait avec un sourire insolent, ou plutôt regardait Selena. Les poings sur les hanches, il affichait un air de conquérant.

« Tzakhi m'a raconté comment tu as réveillé cette petite Cetra, dit-il en désignant Aéris d'un mouvement de tête. Alors, tu as pardonné Ifalna ? »

« Toujours aussi puéril et méprisant, à ce que je vois, Tobu », dit Selena sur un ton froid.

Le Ginn inclina la tête en un salut moqueur. Il observa ses compagnons. Son sourire s'accentua en voyant qu'ils étaient tous sur la défensive, leurs mains frôlant leurs armes.

« Économisez vos forces, je ne vais pas vous combattre. Je voulais seulement vous prévenir. »

« Nous prévenir ? » dit Aéris.

Le Ginn haussa les sourcils, un pli gris sur son visage blanc.

« Jenova s'apprête à se réincarner. Et une petite réunion de famille va avoir lieu. »

« Arrête avec cette histoire ! Jenova n'est pas notre mère, nous avons ouvert les yeux le jour où Aéris est venue recueillir nos âmes ! » dit Kadaj.

Le Ginn parut un bref instant surpris, puis il éclata de rire. Ce rire était atroce : le bruit des ongles crissant sur l'ardoise.

« Pauvre idiot ! Je ne parlais pas de cette famille-là, mais de la tienne, Selena ! »

L'adolescente fronça les sourcils. De quoi parlait-il ? Elle ne comprenait pas. Le Ginn sauta sur une deuxième corniche, un mètre plus haut sur sa gauche. Il tendit son bras gauche en avant et s'inclina.

« Sur ce, je vous salue, jeunes gens ! »

Et il disparut dans un bruissement de cape, une ombre s'engouffrant dans la roche.

Prise d'inquiétude, Selena reprit la route en courant, suivie par ses amis qui lui crièrent de l'attendre. Mais Selena n'écoutait rien. Elle voulait savoir, à tous prix !

Après de nombreux couloirs et chemins à découvert, ils arrivèrent dans une cuvette face au réacteur Mako.

L'imposant tour de métal était vieille et rouillée. Sa hauteur et son volume étaient intimidantes. L'odeur de Mako était si forte qu'elle en était étouffante.

Surmontant son trouble, Selena courut vers les escaliers, quand soudain, une déflagration retentit.

La jeune fille leva ses bras devant son visage pour se protéger, mais déjà elle sentait la chaleur de puissantes flammes noires lécher son visage.

Deux puissants bras entourèrent fermement sa taille et la tirèrent en arrière. Loz et la jeune fille revinrent en un éclat de lumière bleue près du reste du groupe, qui était resté en retrait.

En haut de l'escalier, tous virent quatre Ginns qui leur faisaient face. Tobu, Killièn étaient là, ainsi qu'un autre homme et une femme Ginn. Mais Tzakhi manquait à l'appel.

Où pouvait-il être ?

« Vous ne passerez pas. La résurrection de notre reine va avoir lieu ici, et nous ne pouvons vous laisser l'empêcher », dit Killièn.

Tous sortirent leurs armes, prêts à se battre. Les Ginns ne réagirent pas, leurs visages demeuraient de pierre.

« Tobu, tu disais t'ennuyer, ces derniers temps, n'est-ce pas ? » dit Killièn.

« Compris, sœurette. »

Les Ginns disparurent, tous sauf Tobu, qui s'avança jusqu'au bord de l'escalier.

« Vous allez découvrir mes pouvoirs. »

Kadaj brandit son sabre et se mit à courir vers l'escalier pour monter.

« Kadaj, non ! » cria Selena.

Trop tard. Le jeune homme venait d'atteindre le haut de l'escalier. Il leva son sabre pour frapper Tobu, mais celui-ci saisit brusquement son poignet, d'une seule main.

L'adolescent allait réagir, quand il sentit une chaleur fulgurante naître dans son poignet, puis se répandre le long de son bras.

« Tu es aussi jeune et impétueux que je l'étais autrefois », dit le Ginn avec mépris.

Kadaj regarda son bras. Une puissante fumée sortait de son poignet, là où la main du Ginn le recouvrait. L'adolescent gémit.

Soudain, une boule de feu apparut depuis le bas de l'escalier, et monta jusqu'aux deux combattants.

Tobu relâcha Kadaj. Ce dernier, étourdi par la douleur, chancela et dégringola les escaliers.

Loz le reçut dans ses bras et l'allongea au sol. Yazoo regarda son bras gauche. Le cuir de sa veste avait fondu à l'endroit où le Ginn l'avait touché. Une odeur piquante et âcre se dégageait des bords. Sa peau avait disparu, on pouvait voir ses veines palpitantes.

« Son bras a fondu ! » dit Angelina, à travers ses mains plaquées sur sa bouche.

« C'est le pouvoir de Tobu, dit Selena. Il est le maître des poisons. »

« Je m'occupe de le soigner », dit Aéris.

Elle tendit la main vers la blessure du jeune homme, quand le vent se mit à souffler depuis le réacteur. Le ciel se couvrit de nuages. Tobu leva les yeux et parut satisfait.

« La cérémonie a commencé. L'esprit de Jenova est en chemin ! »

Furieuse, Selena se leva et tendit son bâton vers le Ginn.

« Je ne sais pas ce que vous complotez au juste, mais je ne vous laisserai pas faire ! »

Tobu fit la moue.

« Oh ? Tu veux me battre ? Amusant ! Voyons si tu peux protéger tes amis de ça ! »

Il tendit soudain la main vers eux. Un puissant nuage de fumée noirâtre en jaillit. La fumée s'anima, prenant la forme d'un dragon qui se dirigea vers eux, ouvrant grand sa gueule.

Angelina se posta devant ses amis et leva son archet vers le ciel.

« À moi de jouer ! Prélude de l'esprit du vent ! » dit-elle en positionnant ses doigts sur les cordes.

Elle se mit à jouer de son violon. Une mélodie douce, aérienne résonna dans la cuvette où était installé le réacteur. Un souffle de vent jaillit des cordes et repoussa le nuage de fumée, qui reflua vers l'entrée du réacteur.

Tobu haussa un sourcil. Cette fille avait dévié son attaque avec sa musique ? Il perçut une puissante maîtrise de l'air chez elle.

« Hum… Je n'avais pas prévu ça. Oh, mais c'est bien, très bien même ! Je vais pouvoir jouer plus longtemps que prévu ! »

Il plongea la main dans sa tunique noire et en sortit une fiole.

De son côté, Aéris achevait d'utiliser la magie d'une matéria de soin pour guérir Kadaj. Le bras du jeune homme se referma. Il ouvrit les yeux et se redressa, un peu étourdi.

« M… Merci », dit-il en refermant sa prise sur son Souba.

« Et moi ? Personne me remercie ? » dit Angelina en se tournant à demi vers eux, tout en continuant de jouer.

Selena allait répliquer que cette fille ne cherchait que les remerciements, quand elle vit Tobu lever le bras vers le ciel. Un objet brillait dans sa main.

« ANGELINA, ATTENTION ! »

Elle se jeta sur la musicienne et la repoussa en arrière. Une fiole éclata au sol devant tous. Un curieux liquide verdâtre sortit du flacon. Au contact du sol, celui-ci se mit à mousser, comme si la terre ferme devenait poussière au contact de cette substance.

« Oh non ! Le poison de la mort ! » gémit Selena.

« C'est quoi, ça ? » dit Angelina.

« Un poison qui brûle tout ce qui touche. Une fois mis dans le sol, rien ne l'arrête ! Il peut faire fondre une ville entière ! »

Aéris parut un instant prendre peur et reculer, quand elle se ravisa.

Elle était une Cetra, elle appartenait à un peuple capable de soigner la Planète.

Faisant quelques pas en avant, elle planta son bâton dans le sol. Une forte lumière bleue jaillit du corps de la jeune femme, entoura son bâton en un gracieux tournoiement, puis fondit dans le sol.

Au contact de la substance verte, il y eux des éclairs, comme si les deux forces s'opposaient. Un instant, tous ne purent voir l'un ou l'autre prendre l'avantage.

Puis, enfin, la substance verte se mit à diminuer. Le rayon bleu referma les plaies dans le sol.

Selena et ses amis poussèrent des cris joie. En haut de l'escalier, Tobu serra les dents. Cette fois, il commençait à en avoir assez !

« Vous l'aurez voulu, sale vermine ! Voici mon poison ultime : Seïdj'an ! »

Selena parut terrifiée en entendant ce mot.

« COUVREZ-VOUS ! » hurla la jeune fille de toute la force de ses poumons.

Ses amis la regardèrent sans comprendre. Ils virent Tobu sortir de sa tunique une corne de fer noir, et souffler dedans. Un puissant nuage de poudre orange en jaillit et envahit l'espace.

Tous se couvrirent le nez. La fumée se mit à brouiller leur vision. Ils avaient l'impression d'évoluer dans un brouillard orangé.

Aéris perdit bientôt de vue ses compagnons. Elle vit la poudre se poser sur ses bras nus et ses jambes. Elle en sentit tomber sur sa peau et puis se mettre à la picoter.

Elle prit peur et ferma les yeux, s'attendant déjà à sentir son corps brûler au contact de cette poudre. Mais il ne se passa rien. Ce poison brouillait-il les sens ?

Elle vit la fumée se dissiper. Une forme sombre et floue apparut devant elle. Qui était-ce ? Prise de panique, elle brandit son bâton et tenta de frapper l'inconnu. Elle vit un sabre à double lame parer son coup et tenter de la toucher au bras.

Il fallait qu'elle le tue. Elle ne savait pas de qui il s'agissait, elle ne savait plus pourquoi elle était là ni comment, une seule chose comptait à présent dans son esprit embrumé : tuer !

Elle recula. Soudain, elle sentit un liquide froid et humide asperger son visage. Sa vision se fit plus claire. Elle vit Kadaj devant elle, le visage couvert de la substance. Ses beaux cheveux argentés étaient maculés par la substance. Il avait le regard flou et la regardait avec l'air affolé, comme un animal traqué.

Aéris sentit quelqu'un la tirer en arrière. Elle reconnut Selena. Cette dernière avait une matéria d'eau dans sa main, qui brillait.

« Ça va ? Si tu as encore de l'énergie, sers-t'en pour l'asperger, je suis claquée ! » dit-elle.

« Mais que… ? »

« Seïdj'an est un poison qui te fait tuer tout ce qui est vivant ! Tu te bats sans distinguer l'ami de l'ennemi ! Allez, dépêche-toi ! »

Aéris ne se fit pas prier. Elle regarda la matéria, puis secoua la tête négativement.

« Non, j'ai mieux ! Grand Évangile ! »

La jeune fille se concentra. Des éclairs sortirent de son corps. Elle fit tournoyer son bâton, puis le leva vers le ciel.

Deux petits anges de lumière apparurent autour d'elle et se mirent à l'entourer de leur doux rayon d'or. Au contact de la poudre qui se dégageait de leurs ailes, des fleurs poussèrent autour d'elle.

Puis la pluie se mit à tomber. Le brouillard orange disparut. Les compagnons des deux jeunes filles apparurent, couverts de la substance orangée.

Pips et Quick étaient par terre et se battaient comme des fous. Angelina était à terre, Yazoo au-dessus d'elle. Il la tenait par la gorge et s'apprêtait à l'égorger avec le tranchant de son Velvet Nightmare. Angelina tenait d'ailleurs son archet dans les mains. Il était taché de sang, et la tempe droite de Yazoo était ensanglantée.

Loz tenait lui-même la tête de son frère d'une main et se préparait à le frapper violemment de son poing gauche.

Dès que la pluie les toucha, tous clignèrent des yeux puis, lentement, ils se libérèrent de leurs étreintes meurtrières et se regardèrent, ahuris.

« On a failli… ? » murmura Yazoo, choqué.

« Quel cauchemar ! » gémit Angelina. Elle fut prise de tremblements.

Les gobelins coururent se réfugier dans ses bras. Loz aida Yazoo à se relever.

Selena s'approcha de Kadaj. Il était tombé à genoux et avait la tête baissée.

« Kadaj, ça va ? » dit doucement la jeune fille.

L'adolescent leva la tête vers elle, puis haussa des épaules. Lentement, il se redressa. Tous se tournèrent vers l'entrée du réacteur. Tobu avait disparu.

Il était sans doute parti pour assister à son mystérieux rituel de résurrection, tant il était sûr de sa victoire.

Mais non, ils étaient toujours là. Ils avaient survécu. Et ils allaient enfin entrer dans ce réacteur.