Et voilà! Retour dans le présent! J'espère que vous aimerez ce chapitre!

Bonne lecture!


- Cloud, mon adorable Cloud, je t'ai enfin retrouvé.

Ledit Cloud ne daigna pas regarder le général Sephiroth, qui venait de prononcer ces paroles, et ouvrit sa porte. Il savait qu'il ne devait pas lui parler. Quelque chose de terrible pourrait arriver s'il le faisait. Néanmoins, alors qu'il avait contre toutes attentes réussi à entrer dans sa chambre, la porte fut retenu juste avant qu'il ne la ferme complètement. L'argenté avait posé son pied dans l'encadrement de la porte, et une partie de son visage était visible. Il lança, sur le même ton :

- Cloud, m'aurais-tu oublié, par hasard?

Le blond leva le regard sur l'homme qui lui parlait, par curiosité cette fois. Le même malaise de la dernière fois le reprit, mais cette fois-ci ses genoux flanchèrent, ce qui lui fit relâcher la poignée qu'il tenait fermement. Sephiroth en profita pour se glisser à l'intérieur de la pièce. La porte se ferma d'elle-même alors qu'il marchait jusqu'au lit, où il s'assit en croisant les jambes.

Le silence se poursuivit un moment, Cloud étant incapable de le briser et Sephiroth savourant la vue du jeune homme affalé par terre, incapable de bouger. Finalement, ce fut le tortionnaire qui parla en premier :

- Tifa, qu'elle s'appelait?

Cloud tiqua. Il se sentit envahi par la colère, une colère brute, insoutenable. Il accumula enfin la force de parler, pour s'écrier, d'une voix rauque :

- Ne parle pas d'elle!

Un sourire hautain vint se ficher sur le visage du quadragénaire, mais il se tut comme on le lui avait demandé. Il se leva cependant de son siège et s'approcha, mine de rien, de son fils adoptif. Ce dernier leva enfin les yeux sur la silhouette qui se penchait légèrement sur lui et une nausée insoutenable l'envahit, tant qu'il ne put se retenir de vomir. Heureusement, il eut le réflexe de se pencher, évitant de salir ses propre vêtements.

Un rire bref éclata dans la pièce, alors que le bruit de régurgitation résonnait toujours. Quand enfin plus rien ne pouvait possiblement sortir de lui, Cloud s'essuya légèrement la bouche sans relever le regard. Un silence insoutenable s'installa. La vision du blond était complètement noircie, et ses sensations amoindries, comme s'il était en dehors de son propre corps. Tout ce qu'il pouvait sentir était qu'il tremblait violemment.

Le général brisa enfin le silence tendu de la pièce :

- Tu me dois la vie, Cloud. Sans moi, tu serais en prison à l'heure qu'il est.

Le blond ne réagit nullement, comme s'il n'avait rien entendu, alors qu'il avait pourtant bien compris. Seulement, il ne pouvait construire aucun sens avec ces mots. S'il les comprenait séparément, il n'arrivait pas à les assembler pour pouvoir les analyser. Son cerveau était trop embrumé. Alors il resta inanimé et se laissa glisser peu à peu jusqu'à se retrouver en position fœtale. À ce moment-là, pour lui, plus rien n'existait. Rien. Qu'un vide, et une légère impression d'enfin comprendre, mais quoi au juste?

- Tu es pathétique, Cloud, lui susurra une voix qu'il ne connaissait que trop bien. Ce n'est pas ainsi que je t'ai élevé.

Le blond sentit avec une très grande acuité le souffle qui lui parvint sur la joue. Son corps au complet s'effaça, ne laissant de place que pour cette seule perception. C'était si peu, et pourtant, il avait l'impression confuse de connaître ce souffle sur sa joue, de l'avoir senti de la même façon, des milliers de fois peut-être. Et cette voix... cette voix qui lui martelait des mots qu'il ne comprenait pas, qui n'avaient aucun sens, qui n'en portaient aucun.

Il vit lentement sa main – cette main – s'approcher de lui, juste au-dessus de lui, et se déposer, presque doucement, sur son épaule, qui s'enflamma immédiatement. Les yeux de Cloud étaient ailleurs, mais ils voyaient très bien le turquoise des iris devant lui, qui le scrutaient comme avant, mais quel avant? Les doigts du général effectuèrent, très lentement, le trajet jusqu'à sa joue. Sans perdre le bleu de ses yeux, le plus jeune ne put sentir que cette caresse, presque tendre, qui le fit frissonner pour une raison à laquelle il ne voulait pas – ne pouvait pas – songer.

Le souffle se rapprocha, ainsi que la bouche qui l'émettait, des lèvres du jeune SOLDAT. Elle le frôla pendant un court instant durant lequel son cœur ne put battre. Il ne comprenait qu'une chose, et c'était qu'il connaissait cette bouche, ce visage, ces yeux, et qu'il ne voulait à aucun prix les revoir – mais alors pourquoi restait-il en place, sans bouger, comme s'il n'attendait qu'un baiser?

Le visage s'éloigna enfin un peu du sien, ce qui mit fin temporairement à sa torture intérieur, avant que d'autres mots lui parviennent, des mots que, cette fois, il put comprendre :

- Tu m'appartiens. N'essaie pas de me fuir, je te retrouverai toujours.

Sur ces mots, Sephiroth se releva complètement. Il enjamba la trace de vomissure sur le sol et sortit enfin de la pièce, laissant derrière lui une véritable loque. Cloud ne put se relever, et ne tenta même pas de le faire. Échoué sur le sol comme un bateau à la dérive, il revoyait plusieurs évènements sans queue ni tête, dont certains qu'il avait pourtant oublié.

Une table, une seringue, un rictus, une main qui se promenait sur lui, pour le toucher, peut-être, ou pour l'examiner, pour lui faire mal, pour adoucir la douleur, peu importe, et puis son nom c'était Cloud, Cloud, la seule chose qu'il savait, il s'y accrochait, Cloud ça voulait dire quelque chose, il en était certain, mais quoi? Il voulait demander, mais pas à lui, il voulait demander à sa maman, son nom à elle c'était quoi, il voulait savoir, et puis pourquoi on lui faisait faire ces exercices, c'était quoi ces trucs qu'on foutait dans ses bras pour qu'il tire, qu'il tire encore, et puis ce couteau qu'on le forçait à utiliser sur des mannequins, puis ces paroles qui le félicitaient, ou lui disaient quoi faire, pour lui c'était pareil, et ces nuits où il ne comprenait plus rien, où il ne dormait pas vraiment, pas tout à fait, où il dormait dans un coma, était-ce vraiment des nuits d'abord, et puis ce visage qui ne se préoccupait pas de lui, qui le regardait comme s'il était un objet, cette main qui le touchait toujours avec des gants. Un jour c'était quelqu'un d'autre, il l'avait compris, ce n'était pas la même silhouette, elle lui parlait vraiment celle-là lui disait des choses qu'il ne comprenait jamais, qui ne voulaient rien dire, et elle l'appelait par son nom, Cloud, Cloud, c'était la seule chose qu'il comprenait, elle l'appelait Cloud et lui faisait mal, trop mal, affreusement mal, son nom lui faisait mal, il voulait demander, mais quoi, il ne savait pas, la question restait inachevée dans sa tête, peut-être pourquoi, peut-être, et puis il avait arrêté de réfléchir, d'essayer de comprendre, il devait partir, s'en aller, c'était aussi simple, il devait tout laisser, partir, plus loin encore, se défaire de ses liens, tuer tout le monde, dans une effusion de sang, pourquoi pas, appliquer ce qu'on lui avait appris, tout ce qu'on lui avait appris, juste survivre, parce que c'était le plus important, il s'appelait Cloud et il devait survivre, il se le rappelait pour éviter de l'oublier, ne pas oublier qu'il s'appelait Cloud et qu'il devait s'en sortir, survivre à ce cauchemar et s'en sortir, savoir qui était sa mère et oublier cette silhouette qui l'appelait par son prénom, mais se souvenir du prénom, très important, Cloud Cloud Cloud ne pas oublier, surtout pas, prendre le scalpel et découper, ne pas oublier Cloud, sortir de la pièce, survivre, parcourir les couloirs, Cloud Cloud Cloud, voir l'air extérieur et survivre.

Cloud s'éveilla en sursaut. Il lorgna le plafond un bon moment, reprenant difficilement ses esprits. À chaque réveil, c'était plus pénible que la fois précédente. Il sentait qu'il ne pourrait pas passer au-travers d'autant de crises en si peu de temps. C'était plus qu'il ne pouvait le tolérer. Sa force mentale se drainait à chaque fois qu'il se relevait pour entrer dans la douche et effacer ces instants de folie. Bientôt il plongerait la tête la première dans la démence.

Après avoir tout nettoyer, son corps comme sa chambre, et s'être habillé, il sortit enfin de la pièce où il étouffait. Revoir Zack, c'était tout ce qui lui importait. Revoir son sourire innocent et ses yeux remplis d'amour. Pour oublier. Oublier qui il était.

Il pénétra dans la cafétéria et repéra la silhouette qu'il voulait tant voir. Après avoir pris son plateau, il s'installa face à lui sans dire un seul mot. Le brun leva la tête et lui sourit, ce qui mit du baume au cœur du blond. Comme d'habitude, Zack, complètement dans l'ignorance, débitait le plus de débilités possible. L'important n'était pas d'avoir une conversation. C'était seulement de ne pas laisser la place au silence.

Le brun avait toujours eu peur du silence. Pour une raison tout-à-fait obscure, il lui semblait oppressant. Il parlait pour ne pas avoir à entendre le vide, pour oublier à quel point il n'avait rien à dire. Parler était pour lui un moyen d'éviter l'essentiel, d'en faire abstraction, parce qu'une chose dont on ne parle pas est une chose qui n'existe pas. Et s'il ne parlait pas du malaise de Cloud, s'il ne parlait pas du fait qu'ils ne s'étaient pas encore avoué leur amour, c'était que toutes ces choses n'existaient plus.

Fuir, encore et toujours, il ne connaissait que cette solution. Il avait trop peur pour voir autre chose. Pour une fois qu'il avait celui qu'il aimait entre les mains. Pour une fois qu'il connaissait le bonheur. Il ne voulait rien perdre, même si pour cela il devait taire l'essentiel sous une panoplie de mots sans aucune importance.

Leur repas terminé, tous deux se dirigèrent vers leurs entrainements.

~xxx~

Cloud venait de prendre une décision.

C'était trop dangereux. Il voulait la présence de Zack, elle lui était nécessaire, mais c'était trop dangereux pour lui qu'il le côtoie encore. Il avait eu ses instants de bonheur, cela devrait lui suffire. Depuis que le général était là, il ne pouvait absolument pas se permettre de continuer à le voir. Sephiroth avait délenché quelque chose en lui, une chose à laquelle il ne voulait pas penser, mais qui était définitivement funeste.

Mais comment repousser le jeune chiot qu'était son petit ami? Comment diable le dégouter, pour qu'il ne vienne plus lui parler?

Le blond n'en avait aucune idée. C'était pourquoi, en face de son copain, à l'heure du diner, il réfléchissait intensément. Zack le remarqua, mais ne fit aucun commentaire. Il ne voulait rien voir. Rien du tout. Il se fermerait les yeux s'il le fallait.

Leur nourriture engloutie et leur plateaux déposés, le brun invita son amour à venir une fois de plus dans sa chambre. Il ne refusa pas, se disant que c'était une occasion de lui faire comprendre qu'ils devaient se séparer.

C'est ainsi qu'ils arrivèrent dans la pièce. Le silence resta un moment, avant que Cloud ne lance, avec une voix un peu enrouée :

- Zack, il faut que je te dises quelque chose.

L'interpelé se retourna devant lui, mais baissa les yeux. Il n'avait pas la force de dire qu'il ne voulait rien entendre. Ni celle de dire quoi que ce fut.

- J'ai...

La phrase resta en suspens dans la pièce. Cloud voulait avouer son crime, pas pour l'absoudre, mais pour dégouter son vis-à-vis. Néanmoins, les mots restaient bloqués dans sa gorge. Comment avouer pareille vérité? À celui qu'il aimait?

Le brun prit son courage à deux mains et s'approcha de lui. Il engagea pour la première fois un baiser. Bientôt tous deux oublièrent leurs soucis et s'embrassèrent tendrement. Dans leur petit univers, ils étaient bien, heureux. C'était tout ce qui leur importait maintenant. Être heureux. Peu importe les conséquences.

Ils fuyaient, par manque de force, de courage. Ou par trop d'amour.