Les heures sont passées avec une lenteur infinie aujourd'hui. Nous avons conduit ce matin Sirius à la gare de Kings Cross et ma mère a été horrifiée par le nombre de moldus que nous y avons vu. Mon père a pesté contre le monde tout court. C'est vrai qu'il y avait beaucoup de gens sur le quai de gare. D'ailleurs, un garçon avec des lunettes et les cheveux en bataille m'a bousculé sans même s'excuser.
J'envie quand même Sirius d'être monté dans ce train. Il m'a serré la main mais il a à peine dit au revoir à papa et maman. Il est monté dans son wagon, il a vaguement agité la main et puis le train est parti.
J'ai pleuré. Je m'étais promis de ne pas le faire et je me suis mordu l'intérieur de la joue pour me retenir mais j'ai pleuré quand même. Quand il a vu ça, mon père m'a envoyé une claque sur l'arrière du crâne.
« Sois un homme, Regulus. Ne montre pas à ces sangs-de-bourbe que tu as des faiblesses. Jamais ! »
J'ai acquiescé puis nous sommes rentrés à la maison en transplanant. Je n'ai pas osé demandé à mon père ce que c'est qu'un sang-de-bourbe. Il avait l'air de mauvaise humeur.
Je suis monté dans ma chambre et je suis resté là.
Mon précepteur ne reviendra pas avant la semaine prochaine mais sans Sirius, j'ai l'impression qu'il n'y a plus grand chose à faire à la maison. Il n'est plus le chef de nos jeux et puis c'est moins drôle tout seul. Quant à Kreattur, ce n'est même pas la peine d'espérer pouvoir jouer avec lui. Il me laisse toujours gagner. Je l'ai bien remarqué. D'ailleurs, il ne s'en cache pas tellement non plus.
Et puis, niveau jouets, je ne suis pas très riche. J'ai beaucoup de livres, parce que mes parents estiment qu'on apprend plus avec des livres qu'avec des jouets. Je n'ai même pas une baguette à étincelles comme ma cousine Narcissa. En plus, elle ne joue jamais avec, elle dit tout le temps que c'est fait pour les garçons. J'ai juste une vieille peluche en forme de vivet doré mais il a perdu une bonne partie de son rembourrage. Il n'a plus de forme. Il est nul.
Ma mère m'appelle tard pour le souper. Je descends les escaliers quatre à quatre. Je n'aime pas la faire attendre. Ça la met de mauvaise humeur et après je me fais disputer.
Nous dînons tous les trois dans la salle à manger. Ça me fait bizarre de voir la place de Sirius vide.
« Est-ce qu'il est déjà arrivé à Poudlard ? »
J'essuie un regard fatigué de ma mère et un plus dur de mson père. La règle est de ne pas parler à table, c'était réservé aux grandes personnes. Mais j'avais cru que l'arrivée imminente de Sirius à Poudlard pourrait justifier une petite entorse au règlement. Visiblement pas.
Kreattur dépose un bol de soupe fumant devant moi. J'y plonge ma cuiller en faisait la grimace. De la soupe aux poireaux, je déteste ça.
« Il arrivera à quelle heure ?
_ Regulus ça suffit ! Ton frère enverra un hibou quand le Choixpeau l'aura envoyé à Serpentard. Tu le sauras bien assez tôt. »
Et immédiatement, mon père entame avec ma mère une discussion sur la nouvelle réglementation lancée par le ministère. Je ne comprends pas un traître mot de ce que racontent mes parents mais apparemment, ils s'inquiètent au sujet de certains objets et grimoires qu'ils ont en leur possession.
« Nous sommes des Black ! s'écrie tout à coup père en tapant du plat de la main sur la table tandis que Kreattur débarrasse la soupe pour la remplacer par des assiettes de viandes. Nous ne craignons pas ces maudits parvenus du ministère ! »
Je pique mon rôti du bout de ma fourchette. La discussion m'ennuie profondément. J'attends avec impatience le hibou de Sirius. Par-dessus l'épaule de ma mère, je consulte la grande pendule qui tic-taque inlassablement. Il est presque vingt heures. Dès que j'aurais fini mon repas, mes parents vont m'envoyer au lit et je louperai probablement le hibou. Je croise les doigts sous la table et mentalement exhorte mon frère à se dépêcher un peu.
Mais le repas se termine après un morceau de tarte à la groseille sans qu'un seul hibou ne soit arrivé. Je brûle d'envie de questionner davantage mes parents. Mais je dois rester assis à table jusqu'à ce qu'ils m'autorisent à partir. Et alors je pourrais parler. Je m'agite sur ma chaise pour leur rappeler ma présence. Malheureusement, ils semblent bien trop absorbés par leur conversation. D'autant que ma mère s'est mise à parler de ma cousine Androméda. C'est l'un de ses sujets de prédilection. Elle trouve toujours quelque chose à dire sur elle, quelque chose de méchant.
Je ne comprends pas. Androméda est ma cousine préférée. Elle nous donne souvent des bonbons et ne manque jamais de nous envoyer des cartes pour nos anniversaire. Elle nous appellent « poussin » ou « chaton ». Ça fait toujours rire Sirius.
Je balance mes jambes sous ma chaise. J'ai envie de monter dans ma chambre et puis je commence à avoir sommeil. Il est neuf heures passées maintenant.
« Regulus, monte dans ta chambre, dit tout à coup ma mère. Et va te coucher. Allez, dépêche toi.
_ Bonne nuit. »
J'obéis immédiatement mais je me prends mon temps pour monter les escaliers. Le hibou de Sirius n'est toujours pas là. J'enfile mon pyjama avec une lenteur infinie puis je finis par tirer les rideaux devant ma fenêtre et par me mettre au lit. Mes parents ne viennent jamais me souhaiter bonne nuit ou me border. D'aussi loin que je me souvienne, ils ne l'ont jamais réellement fait, même quand je suis malade. C'est à se demander si je leur importe vraiment.
Je remonte mes couvertures sur mon nez et tends l'oreille. Pour mieux guetter l'arrivée du hibou de Sirius, j'ai laissé ma porte de chambre entrouverte. J'aurais aimé pouvoir charger Kreattur de me réveiller lorsqu'il arrivera mais j'ai peur qu'il ne me trahisse en en parlant à mes parents. Ce ne serait pas la première fois après tout. Un soir de Noël où je tentais d'apercevoir le Père Merlin, quand j'y croyais encore, il en a parlé à mes parents. Je sais que ce n'est pas contre moi mais tout de même. J'avais été vexé.
Le sommeil me gagne et mes yeux se ferment tous seuls.
« … honte ! Jamais je n'aurais osé imaginer ça de l'un de mes fils ! »
La voix de mon père me réveille en sursaut. Je me frotte les yeux, me redresse sur mon lit et consulte l'heure. Il est presque onze heures.
« Il va voir ce qu'il va voir aux vacances celui-là ! Quelle honte ! »
Je repousse mes couvertures et me glisse sur la pointe des pieds hors de mon lit. Apparemment, le hibou de Sirius est enfin arrivé. Mais les nouvelles ne semblent pas bonnes. J'ouvre doucement ma porte en prenant bien soin de ne pas la faire grincer. La voix de ma mère monte jusqu'à moi.
« Pourquoi est-ce qu'il n'a pas envoyé son hibou lui-même ? Pourquoi est-ce Bellatrix qui s'en est chargé ? »
La voix furieuse de mon père lui répond :
« Parce qu'il n'ose pas nous annoncer lui-même ce qu'il a fait ! »
Mon cœur se serre dans ma poitrine. Qu'est-ce qui s'est passé ? Mais je ne me pose pas la question bien longtemps. Un bec cogne contre mon carreau. Surpris, je sursaute puis referme la porte et file à ma fenêtre. Un hibou moyen duc attend. Il a un message à la patte. J'ouvre mais ne le laisse pas entrer. S'il fait du bruit, il va alerter mes parents. Je prends le message.
« Allez ! dis-je. File, je n'ai rien pour toi de toute façon. »
Il déploie ses ailes et s'envole. Mais avant de partir, il me pique le haut du crâne avec son bec. Je fais de grands gestes pour le faire s'envoler et me retiens de crier. Maudit oiseau ! Il m'a fait mal. Je referme la fenêtre et allume la lumière de ma lampe de chevet. Le message est de Sirius.
Salut Reg,
Comment s'est passée ta journée tout seul avec les parents ? Pas trop de mal j'espère ? Je t'écris vite fait mais n'en parle pas à papa et maman, ils vont sûrement être en colère. Poudlard, c'est génial et je me suis déjà fait un ami. Il s'appelle James, il est trop cool. On n'arrête pas de rire. Je suis sûr que tu t'entendras bien avec lui. Dans mon dortoir il y a un autre garçon qui s'appelle Peter mais il ne parle pas beaucoup.
Je suis trop content ici. C'est super et puis je me sens libre.
Je t'embrasse très très fort, tu me manques,
Sirius.
PS : au fait, le Choixpeau m'a envoyé à Gryffondor, c'est trop génial.
Alors voilà certainement la raison de la colère de mon père. Tous les Black sont allés à Serpentard sauf ceux dont on n'a pas le droit de parler.
Est-ce que Sirius en fait partie maintenant ?
J'entends des pas dans l'escalier. Paniqué, j'éteins ma lampe, me jette sous mes draps et cache le message sous mon oreiller. Il m'a envoyé un hibou, mais pas aux parents. C'est Bellatrix qui s'est chargée d'expliquer à mes parents dans quelle maison Sirius a été envoyé.
J'ai peur.
Et si le Choixpeau refusait de m'envoyer à Serpentard moi aussi ?
