CHAPITRE 6 : Mon frère le déshonnoré
Ma tante Araminta me serre dans ses bras et m'ébouriffe les cheveux en riant.
« Mon Reg à moi, s'écrie-t-elle. Tu as drôlement bien grandi ! »
J'éclate de rire. J'adore ma tante. De tous les membres de ma famille, Sirius mis à part, c'est elle que je préfère. Elle est toujours gentille, elle a toujours un mot pour moi et quand elle vient, elle ne me parle pas comme si j'avais soixante-quinze ans.
Araminta est la cousine de ma mère. C'est une dame très influente, elle travaille au ministère. Je ne l'ai jamais vue avec un mari ou avec des enfants. Un jour j'ai demandé à ma mère si c'était parce qu'elle était déjà vieille. J'ai été puni pour avoir dit des choses qui, visiblement, ne se disent pas. Du coup, je ne sais toujours pas pourquoi elle est seule. En tout cas, elle dit toujours que quand je serai grand elle me fera entrer au ministère.
Elle pince ma joue. Je n'aime pas quand elle fait ça et je grimace un peu.
« Est-ce que tu as été sage cette année ?
_ Oui ma tante ! »
Dans la famille, il est hors de question d'appeler les gens tonton ou tata ou quoi que ce soit d'autre de familier. Il faut vouvoyer et toujours se montrer respectueux. Elle sourit et s'apprête à m'ébouriffer encore les cheveux lorsque je la vois se figer. Dans mon dos, j'entends des pas. Je me retourne pour voir Sirius émerger depuis l'escalier de la cuisine. Il a la mine défaite et ses yeux sont encore un peu gonflés et rougis par les larmes. Il se tient très droit mais je sais qu'il est à l'agonie d'être monté dire bonjour. Il déteste la famille et ce n'est pas seulement les parents.
Ma tante fait la grimace en le voyant. Elle tousse.
« Bonjour Sirius.
_ Bonjour tante Araminta. »
Et l'échange s'arrête là. Kreattur fait son apparition, le nez au ras du sol. Mon frère profite de la diversion pour retourner à la cuisine.
« Puis-je prendre votre manteau ? »
Ma tante ne s'abaisse pas à parler à un elfe de maison. Elle se débarrasse de son manteau de fourrure et le lui jette négligemment après quoi nous montons au salon. Père l'a décoré avec le sapin que Sirius et lui ont monté dans la journée. Il dit toujours qu'il aimerait un petit arbre discret avec juste quelques boules et guirlandes et pourtant chaque année, il prend le sapin le plus imposant possible, rempli de décorations magiques qui s'illuminent. Certaines fredonnent même lorsqu'on les effleure du bout de la baguette – à condition d'être en âge d'avoir une baguette évidemment.
Sitôt débarrassé du manteau, Kreattur trottine derrière nous pour venir servir à ma tante un verre de cherry. Je me suis toujours demandé quel goût ça pouvait avoir mais je n'ai jamais osé réclamer. Sirius en un bu un jour, clandestinement il va sans dire. Il devait avoir huit ou neuf ans, je ne me souviens plus très bien. Il avait bu la moitié de la bouteille en une rasade. Il était tellement ivre ce jour-là que mes parents ont immédiatement compris ce qu'il avait fait et sa punition avait été sévère. Je me souviens aussi qu'il avait été malade toute la nuit et que je m'étais promis de ne jamais trop boire.
Mes parents font leur apparition à ce moment-là, vêtus de leurs plus belles robes de sorciers. Ils ont fier allure, se tenant côte à côte. Mon père embrasse la main de ma tante. J'ai toujours envie de rire quand il fait ça. Je trouve que ça fait ridicule. Mais il paraît que c'est ce que les hommes doivent faire. Ma mère se tient plus digne. Kreattur leur sert un verre à eux aussi et tout le monde s'installe dans les canapés. Tout le monde sauf Sirius, toujours cantonné à la cuisine, ce que ma tante ne manque pas de remarquer.
« Quelle bêtise votre aîné a-t-il donc encore fait ? »
Ma mère pince les lèvres. Elle dit toujours qu'elle a honte de mon frère et ce soir, je crois que la simple mention de son prénom lui donne des frissons d'horreur. J'aime mieux ne pas trop me faire remarquer. Assis au fond du canapé, je balance négligemment mes jambes dans le vide. Je m'ennuie, les conversations des grands sont pour moi sans intérêt. Tandis que mon père raconte les nouveautés au sujet de la honte que leur inspire mon frère, je rêve de pirates et d'aventuriers partis à la recherche de la toison d'or. Quand je serai grand, j'ai envie d'être un chasseur de trésor, de trouver les objets magiques les plus rares au monde et de donner mon nom à une potion. Ça, ce serait la classe.
A nouveau la sonnette de la porte d'entrée retentit et Kreattur jaillit de nulle part pour dévaler les escaliers. Je bondis du canapé pour le suivre et m'apprête à descendre à mon tour quand mon père me retiens par la manche.
« Un maître de maison accueille ses invités dignement, Regulus. »
Son regard sévère est braqué sur moi. Je déglutis. Mon père est encore en colère contre Sirius et je sais qu'il ne me fera pas de cadeau si je refuse de lui obéir. Je n'ai pas très envie de passer le réveillon de Noël assis dans la cuisine à attendre que le temps passe et à manger les restes froid de la dinde. J'acquiesce.
« Oui père. »
Et je me rassois dans le canapé, déçu de ne pouvoir profiter d'un peu d'animation. Mes parents ont l'air satisfait et ma tante se lance dans le récit d'une histoire censée être croustillante au sujet d'une jeune sorcière qu'elle appelle Potiche et dont le mari semble avoir des vues sur quelqu'un d'autre. Ma tante rit aux éclats. Moi je trouve que la pauvre Potiche a bien des misères. Je ne comprends pas ce qu'il y a de drôle.
Les adultes sont des gens méchants. Ils aiment visiblement le malheur des autres.
Kreattur revient. Il est cette fois accompagné de mon oncle Cygnus et de sa femme Druella ainsi que de mes cousines Bellatrix et Narcissa. Mon oncle est un homme très froid. Il dit toujours qu'il dresse ses filles à la baguette. Mon père le charrie parce qu'il n'a pas eu de fils et généralement ça se termine sur une dispute quand mon oncle dit qu'il préfère avoir deux filles plutôt qu'un fils comme Sirius. La vérité c'est qu'il a trois filles mais Androméda n'est plus censée faire partie de la famille. Comme mon frère, elle n'est pas allée à Serpentard mais le choc a été moindre dans la mesure où elle est allée à Serdaigle. Par contre, elle est tombée amoureuse d'un né-moldu avec qui elle est finalement partie l'année dernière. Là encore, je ne comprends pas bien pourquoi mais il ne faut pas aimer les moldus ni les nés-moldus.
Ma tante Druella est aussi sèche qu'une peau de crapaud cornu. Elle pince tout le temps les lèvres ce qui donne l'impression qu'elle a toujours mal au ventre. Sirius l'appelle Tante Durella parce qu'elle ne sourit jamais et qu'elle a toujours une remarque à faire. Avec elle, on n'a jamais le droit de sortir de table pour aller jouer et il ne faut pas parler trop fort. Il ne faut pas non plus se tromper dans l'ordre des couverts.
Mes cousines, elles, tiennent un peu de leurs deux parents. Bellatrix a vingt ans et si je l'adorais quand j'étais tout petit, je dois avouer qu'elle me fait un peu peur maintenant. Ce soir, elle a l'air encore plus impressionnant avec sa robe argentée aux mille reflets et ses cheveux noirs qui tombent sur ses épaules. Elle me sourit et vient s'asseoir à côté de moi en prenant bien soin de ne pas froisser ses vêtements.
Narcissa est plus jeune et elle, c'est ma cousine préférée. Elle a seize ans et elle va entamer sa sixième année à Poudlard. J'ai entendu dire qu'elle avait magnifiquement réussi ses BUSE. Elle a des cheveux tout blonds et je trouve ça marrant parce que les Black ont généralement les cheveux noirs. Elle a aussi une peau très blanche. Quand j'étais tout petit, je lui ai demandé un jour si elle était faite en porcelaine comme les poupées.
Tout le monde s'installe dans le salon et Kreattur fait le tour des invités pour servir à boire. Bellatrix prend un verre de Cherry mais Narcissa décline poliment.
Dans l'heure qui suit, arrivent également mon grand-père Arcturus II. C'est le seul de la famille qui veut impérativement que l'on mentionne le numéro dans son prénom. Gare à qui ne le dit pas. Viennent ensuite ma tante Dorea et son mari, Lucretia, la sœur de mon père qui est toujours toute seule aussi étant donné que ses trois maris sont morts – j'ai un jour entendu ma mère dire qu'elle était une veuve noire, mais ma tante n'est pas noire du tout. Mon autre grand-père est là également, le père de ma mère, Pollux. Je l'aime bien lui, il a toujours des tas d'histoire à raconter sur la guerre de Grindelwald. Il me fait asseoir devant lui et il commence toujours ainsi :
« Regulus, je vais te raconter une histoire que tu n'as jamais entendue. »
Et j'adore quand il fait ça.
Enfin, il y a ma tante Charis et son mari Bartemius que tout le monde appelle Barty. Et leur fils, Junior. Il déteste qu'on l'appelle comme ça et il m'a dit un jour qu'il en voulait atrocement à ses parents de l'avoir baptisé Junior. Il a vingt et un ans maintenant et il ne parle que des Mangemorts. Je sais qu'il a été accepté il y a peu dans le groupe.
En arrivant, Barty me tape sur l'épaule.
« Alors Reg, prêt pour les Mangemorts ? »
J'acquiesce mais en réalité je ne sais pas si je le suis réellement. Après tout, je n'ai que dix ans et les Mangemorts me semblent terrifiants.
Nous nous installons tous au salon. On est un peu serré mais ça va encore. Ma mère interpelle notre elfe qui a fini maintenant de distribuer boissons et canapés.
« Va chercher Sirius. Il est temps pour lui de faire face. »
Kreattur s'incline et disparaît. Je m'accroche au rebord du canapé. Ce qui va suivre ne va probablement pas me plaire.
