Chapitre V

Les vacances de Noël arrivaient à leur terme, au grand désespoir de Tony et Pepper qui ne pourraient plus se voir sans le désaccord de leur maison. En effet, il était l'unique Serpentard à être resté et Harry Potter était le seul Griffondor avec elle. Les Weasley passaient deux semaines en famille, Charlie rentrant de Roumanie pour quelque temps, et Hermione partait pour l'Australie avec ses parents. Même si son ami roux lui avait proposé de venir avec eux, l'élu avait jugé préférable de les laisser ensemble, se sentant de trop dans cette famille qui ne serait jamais la sienne. C'est ainsi qu'il avait passé la plupart de son temps avec les deux Américains, et si le début d'une solide amitié s'était formé entre la jeune fille et lui, le lien avec Tony s'était considérablement renforcé. Ils s'étaient entrainés tous les trois dans la Salle sur Demande, envahis par une motivation sans bornes de pouvoir se défendre lors d'une bataille future. Tous les matins, ils allaient courir une à deux heures autour du lac puis enchainaient avec deux heures intensives de Défense Contre les Forces du Mal. Le palladium de Tony lui permettait d'augmenter sa puissance et c'est grâce à lui qu'il pouvait se maintenir au niveau d'Harry. Pepper, si elle n'avait pas la force des deux garçons, était dotée d'une agilité supérieure à eux et leur donnait de sérieux problèmes en duel.

Le soir, Tony passait son temps à travailler sur l'armure. Grace au conseil de la rousse, elle avait une autonomie bien meilleure et les rayons étaient bien plus puissants. Depuis quelques jours, il essayait de trouver un moyen lui permettant de continuer à lancer des sorts malgré l'armure: il avait bien avancé et espérait terminer dans la semaine de la rentrée.


Draco Malfoy ne savait plus où il en était: sa tante Bellatrix lui avait annoncé qu'il allait être marqué à la fin de l'année scolaire, pour remplacer son père et rendre au nom des Malfoy le respect qu'on lui devait. Depuis sa discussion avec Tony, il avait réfléchit mais il pensait avoir plus de temps pour prendre sa décision. Comme lui, sa mère n'avait pas semblé enchantée par la nouvelle, mais elle avait tout fait pour le cacher à sa sœur. Malheureusement, elle n'avait pas été assez discrète et elle avait été tuée le jour de son départ pour Poudlard, afin de lui montrer qu'on devait obéir au maître. Si son père n'avait jamais fait preuve de tendresse ou de compassion envers lui, sa mère n'hésitait pas à le réconforter ou à le prendre dans ses bras durant les périodes difficiles. Il n'avait pas eu une enfance très heureuse mais sans sa mère il n'aurait pas eu d'enfance du tout. C'est le cœur lourd et remplit de doute qu'il retrouva ses camarades Serpentards et qu'il remit en place son masque d'arrogance. Dans la grande salle, il sentait le regard de son parrain lui brûler la nuque: en tant que mangemort du premier cercle, il était certainement au courant de la mise à mort de sa mère. Il pourrait peut-être aller le voir et lui parler, il considérait après tout Severus comme le père qu'il n'avait jamais eu, il l'aiderait surement à y voir plus clair et à faire le bon choix. C'était décidé: ce soir, et en dépit de son statut de fidèle au Lord, il irait parler au maître des Potions.


Plongé dans une préparation de Potion Tue-Loup, Severus Snape faillit ne pas entendre les coups frappés à sa porte. Mettant la mixture en stase pour la continuer plus tard, il se demandait qui pouvait bien le déranger à une heure pareille. Il revenait d'une réunion avec l'Ordre, Albus et Minerva était donc à exclure, Lupin ne devait passer que demain pour sa potion et il avait récemment fournit à Pomfresh tout le nécessaire en potions de soin. Il ne restait donc que la possibilité d'un de ses serpents. C'est pourquoi il ne fut pas surpris lorsque son filleul entra dans son salon: sans un mot, il s'assit sur le canapé avec la prestance caractéristique des Malfoy et attendit. Severus le connaissait bien, depuis qu'il était tout petit, il voyait Draco pratiquement toutes les semaines, et il était capable de voir quand quelque chose n'allait pas, mais il n'avait pas besoin de réfléchir à ce qui tracassait l'adolescent aujourd'hui: il savait que le matin même, Narcissa avait été exécutée. Malgré la froideur que Draco essayait de garder, il pouvait voir son teint blafard, ses cernes profondes, et surtout ses yeux: à travers leur couleur acier, un bon légilimens ne pouvait rater l'éclat de doute et de colère enfoui derrière une forte dose d'arrogance. L'espion n'avais jamais su comment réconforter les autres: était-il seulement possible de rendre les autres heureux quand nous même ne l'étions pas ? Malgré tout, c'est lui qui brisa le silence le premier:

- "Elle n'a pas souffert, elle a seulement reçu l'Avada.

- Qui ? "

Severus savait qu'il ne parlait pas de sa mère mais de la personne qui l'avait tuée. Seulement lui-même ne savait pas. Depuis quelques temps, Voldemort semblait douter de lui et lui donnait de moins en moins d'informations, ce n'était plus qu'une question de semaines avant qu'il ne découvre qu'un traitre infiltrait ses rangs. En effet, depuis l'attaque du ministère, il soupçonnait qu'un de ses fidèles ait vendu la mèche: comment les membres de l'Ordre seraient-ils arrivés si vite dans le cas contraire ? Et qui de mieux que l'espion infiltré à Poudlard pour cela ? Le maître des Potions lui avait dit que c'était Dumbledore qui s'était rendu compte que des élèves manquaient, mais le Lord ne l'avait visiblement pas cru, et depuis, le doute planait dans le manoir du mage noir. Une nouvelle question de son filleul le sorti de ses sombres pensées:

- " Qui Parrain ? J'ai le droit de savoir...

- Je ne sais pas Draco, ils étaient plusieurs dans sa cellule la seule chose dont je suis certain est qu'ils ne l'ont pas torturée.

- Comment est-ce possible ? Tu fais partie du premier cercle !

- Le Seigneur des Ténèbres a quelques doutes sur mes allégeances.

- A-t-il raison d'en avoir ?

- Si c'était le cas, irais-tu voir le maître pour le lui annoncer ? Et dans le cas contraire, te sentirais-tu rassuré par ce fait ?

- Je ne sais pas Sev, je ne sais plus.

- Il est temps de faire un choix Draco: pour quelle cause es-tu prêt à mourir ? Quelles valeurs veux-tu défendre ? Qui veux-tu écouter et quels alliés aimerais-tu avoir ?"

Il regardait le jeune homme en face de lui: il était perdu dans ses pensées et semblait réfléchir. Depuis le bal d'Halloween, Severus avait remarqué que le Serpentard était perdu: il restait de plus en plus seul et ne cherchait plus Potter et sa bande. Il espérait sincèrement qu'il ferait le bon choix, il ne voulait pas qu'il fasse la même erreur que lui. Malheureusement, il ne pouvait pas prendre le risque de lui dire la vérité tant qu'un choix n'était pas pris. Il attendit ainsi quelques minutes, puis enfin, Draco reprit la parole:

- "J'ai appris depuis tout petit que les Sang Purs devaient dominer le monde. Seulement je ne suis plus sûr de cela: Tony Stark m'a démontré le contraire. Il m'a dit que les moldus étaient capable de grandes choses mais je ne voulais pas le croire: à mes yeux, s'était tout simplement impossible de vivre dignement sans magie. Pourtant, j'ai fait des recherches sur eux, et je dois admettre qu'il m'a dit la vérité. Tout ce que mon père m'a fait apprendre est-il faux ? Est-ce que les mariages entre Sang Pur ne sont pas dangereux pour la qualité du sang ? J'ai lu que toutes les familles nobles avaient toutes un lien de parenté plus ou moins lointain: les enfants nés de ces alliances n'ont-ils pas plus de chance de finir Cracmol ou d'avoir des problèmes génétiques ? Je ne veux pas que mes enfants aient des problèmes, comme je ne veux pas qu'ils vivent dans un monde en guerre. Tony m'a ouvert les yeux Parrain, je ne veux pas tuer des innocents, et je ne veux pas me soumettre: même si cela veut dire que l'on sera maintenant ennemis, je me battrais pour un monde libre et juste. Je sais qu'il me faudra du temps pour me faire accepter dans le camp de la lumière et que je devrais côtoyer Potter, les belettes et Miss-Je-Sais-Tout, mais au moins j'aurais des alliés qui ne me tireront pas dans le dos et sur qui je pourrais compter. Peut-être que je me fais des illusions et que seul Tony m'accueillera, mais au moins je me battrais pour une cause que je pense plus juste que celle du Lord."

A la grande surprise du blond, son parrain ne semblait pas contrarié. Au contraire, il avait un rictus qui, quand on le connaissait, s'apparentait le plus à un sourire. Comment cela était-il possible ? Ils n'étaient clairement plus dans le même camp et cela faisait sourire le maître des potions comme si c'était une bonne nouvelle, comme s'il était heureux de pouvoir l'affronter prochainement ! Avant de pouvoir lui poser la moindre question, son parrain lui répondit:

- "Draco, es-tu sûr de toi ? Il n'y aura pas de retour en arrière possible, les autres Serpentards ne traiteront comme un traître et tu perdras tous tes privilèges. Tu devras obéir au directeur et surtout, tu seras contre père.

- Je sais tout ça, et je n'ai jamais eu de père. Comment le qualifier comme tel quand il me lançait des Doloris ?

- Bien. Alors il faut je te dise une dernière chose: le Seigneur des Ténèbres a bien raison de douter de moi..."

S'il avait eu des réticences avant de lui avouer cette vérité, le sourire que son filleul affichait effaça ses dernières craintes.


Une semaine plus tard, dans la Salle sur Demande, Tony observait son travail avec fierté: son armure était terminée. Elle étincelait de rouge et d'argent, et était prête à l'emploi. Après un travail de plus six mois elle était enfin finie, et n'attendait plus que lui pour décoller. Pepper devait absolument voir ça: après tout, elle avait participé à sa création et il voulait partager avec elle ce moment. Il la chercha pendant une dizaine de minutes avant de la trouver en haut de la Tour d'astronomie, en larmes. Ce fait lui enleva toute la joie ressentie et le glaça. Il s'approcha d'elle doucement et la prit dans ses bras, avant d'essayer de la réconforter. Comment avait-il pu négliger cette information ? Totalement plongé dans l'avancé de l'armure, il avait oublié qu'aujourd'hui était l'anniversaire de la mort de la famille de la rousse. Un an que Voldemort avait massacré le village entier de cette famille, un lieu moldu sans histoire, juste pour instaurer un sentiment de terreur. Un an qu'elle était orpheline et qu'elle devait subvenir seule à ses besoins. Un an qu'elle avait perdu un morceau d'elle-même et il n'avait pas été là. Il pouvait sentir les larmes couler au travers de son t-shirt noir, il pouvait sentir les sanglots qui ne la quittait plus, il pouvait surtout sentir le chagrin qui émanait de son corps et le besoin de chaleur. Alors malgré son in expérimentation pour réconforter autrui, il resserra son étreinte et lui chuchota des mots doux, d'une voix calme, il lui dit combien ses parents pouvaient être fiers de ce qu'elle était, il lui dit que du ciel ils l'observaient et que jamais elle ne serait vraiment seule, qu'ils seraient pour toujours dans son cœur, et que tant qu'il battrait une part d'eux persisterait. Une fois qu'elle commença à se calmer, il lui prit la main et l'entraîna dans son sanctuaire. Il revêtit l'armure et Pepper lui jeta un regard surpris: les yeux rougis par les larmes versées, elle se demandait où il voulait en venir. Quand il la prit dans ses bras, elle comprit, et sa peine fut bientôt remplacée par une excitation: ils allaient voler, sans balais, sans avions, juste elle, lui et l'armure. Il lui l'emmena faire le tour du château et du parc, et quand la nuit tomba et qu'ils purent voler au milieu des étoiles et de la lune, elle sut que son deuil était fait: une page se tournait.

Une fois de retour dans la Salle sur Demande, Tony enleva son armure et ils se fixèrent un moment, les yeux dans les yeux. Comme lors du bal, plus rien n'existait en dehors de l'autre, en dehors de son visage, de ses yeux, de son nez, et de sa bouche. C'est en même temps qu'ils se rapprochèrent, et sans se quitter du regard, ils pressèrent doucement leurs lèvres contre celles de l'autre. C'était doux, c'était timide, c'était pleins de tendresse, mais surtout: c'étaient eux.