Bonjour tout le monde ! Merci pour les reviews, c'est génial, tout comme les favs et les follows. J'ai l'impression de vous apporter quelque chose avec cette histoire, et c'est génial.
Anw, ce chapitre t'es dédicacé, Obviously de mon coeur, parce que tu es la lumière dans le brouillard, et que tu es géniale.
Thème du chapitre : Go My Way - Krokus
Potts ne se souvenait pas avoir déjà été aussi en rage qu'en ce moment même. Elle avait cette sensation fourmillante qui rampait sous sa peau et lui donnait envie d'arracher des gorges avec les dents. Et curieusement, ça ne la dérangeait pas du tout. La rousse voyait le ballet des préparations s'opérer autour d'elle et sentait la fierté poindre. Ces hommes et ces femmes protégeaient la Terre, de toutes leurs forces et de toute leur foi. Et ça allait sauver un enfant.
La jeune femme vit Loki passer devant elle, les yeux brumeux mais étonnement conscient de son environnement, plus vif que la totalité de ces dernières semaines. Sa surprise s'éleva au rang d'incrédulité quand elle vit Stark, Thor et Munroe suivre le dieu. Ainsi, toutes les épaves du bunker venaient de se réveiller pour sauver la vie de Jim. Potts ne savait pas si elle devait en rire ou en pleurer. Qu'est-ce que ça disait d'eux ? Ils étaient des âmes ruinées par la guerre et la souffrance, qui trouvaient la force de se dresser contre l'adversité pour les quelques valeurs en lesquelles ils croyaient encore.
Alors que tout le monde se préparait, enfilant des protections et se harnachant d'armes plus efficaces les unes que les autres, Potts sentit une immense vague de chaleur parcourir son corps. Un frisson doux la cloua sur place alors qu'elle baillait et que les larmes lui montaient aux yeux. Et la constatation qui en découla la terrifia. Parce que pour la première fois depuis plus de quinze ans, elle était heureuse. Mais, heureuse comme dans « c'est le plus beau jour de ma vie ». Et que ça arrive à l'aube d'une opération suicide, c'était tragique et désespéré et elle s'en voulait.
Les jambes coupées, Potts dut trouver un siège et se prit la tête dans les mains. Elle était épuisée, grisée par l'adrénaline et ce simulacre de bonheur, mais épuisée. Une lassitude éreintante nouait chacun de ses muscles, lassitude dont elle s'était privée pendant toutes ces années. La rousse savait que si elle craquait maintenant, elle ne se relèverait jamais. Alors elle s'obligea à se redresser et à quitter la pièce pour s'apprêter. Potts prenait un risque énorme en emmenant la totalité des forces spéciales de la résistance à l'extérieur, à la rescousse d'un enfant. Si elle commettait la moindre erreur, jamais elle ne se le pardonnerait, et ce serait la fin de New-York.
Barton avait cette impression diffuse que tous ses gestes étaient vains, que chacun de ses mouvements ne menait à rien de spécial et que s'il continuait, il s'effriterait pour tomber en ruines. La douleur diffuse de ses blessures fantômes se rappelait à lui mais l'inutilité de sa tâche le renvoyait dans un monde aux nuances de gris, semblable en certains points à l'état nerveux dans lequel l'avait plongé Loki, quelques éternités auparavant.
Il vit Romanoff attacher une ceinture à poches autour de sa taille et y suspendre des fourreaux de lames et des holsters. Son regard coula le long de ses hanches larges, remonta à sa taille fine, caressa sa poitrine et atteint ses mèches folles qui repoussaient lentement. Potts avait annoncé que les cheveux ne nécessitaient plus d'être coupés ras puisqu'ils étaient entre eux et sans souche de vermine, réduisant les risques de contamination à zéro. Alors Williams, Romanoff et Potts, tout comme Loki et Thor, laissaient repousser leurs beaux cheveux.
Avec le sentiment d'accomplir quelque chose de grand, paradoxalement à son impression vaine de ne servir à rien, Barton se leva et se dirigea vers la rousse qui finissait d'enfiler son gilet pare-balles. Il l'appela doucement, lui faisant relever la tête, et termina de coller les velcros du gilet en kevlar à sa place. Le blond entendit le souffle de la jeune femme se faire tenu, avant de cesser totalement. Puis il sentit son regard s'accrocher à sa peau et il remonta les yeux vers son visage pâle.
Alors que le même bonheur qui avait agité Potts quelques minutes plus tôt l'emplissait, il attira Romanoff dans une étreinte serrée, écrasant son torse contre la dure protection qui recouvrait la jeune femme. La rousse lui rendit largement le geste, entourant son corps de ses bras finement musclés. Barton enfouit son nez dans le cou de Romanoff, respirant son odeur musquée qui mêlait poudre de canon, alcool, transpiration et savon. Et il fut heureux.
Et quand, une éternité plus tard, il desserra son étreinte pour se reculer légèrement et que la rousse prit son visage en coupe pour plaquer ses lèvres contre les siennes, il sentit tout ce qui restait du soldat en lui exploser en millions de confettis roses et brillants. La seule chose à laquelle il aspira à cet instant fut de rester pour toujours dans les bras de Romanoff et de boire un chocolat chaud cannelle-chantilly. Et Barton se promit qu'à la fin de la guerre, il emmènerait la russe au café du coin et qu'ils en boiraient un à la paille. Rose, la paille.
Si les deux espions avaient cette impression tenace d'être seuls au monde, ce n'était pas exactement le cas et les deux tiers du bunker avaient les yeux fixés sur eux et leur démonstration d'amour dégoulinante d'espoir. Espoir visiblement communicatif puisque tout le monde reprit sa tâche avec une ferveur nouvelle, terminant les préparatifs de la mission en un temps record. Cependant, certains soldats eurent plus de mal à détacher leur regard du couple heureux.
Williams, d'abord, qui avait vu son mari quitter le bunker Delta un matin et ne pas revenir le soir, ne recevant de lui que la moitié de sa plaque et la certitude qu'il avait donné sa vie pour la cause la plus juste qui soit. Tout le monde était d'une gentillesse extrême avec les veuves et les veufs, au moins pendant les trois mois qui suivaient la mort du compagnon ou de la compagne. La blonde avait d'abord prit ça pour de la simple compassion. En s'approchant du commandement, notamment avec Logan ou Stark, elle avait apprit qu'il s'agissait plus de ne pas perdre deux soldats d'un coup, dont un par dépression, que de réelle pitié.
Néanmoins, cette sensation de soutien était agréable et l'avait empêché de sombrer. Ce qui ne s'améliorait pas en voyant le sourire béas qui étirait les lèvres de Romanoff alors que Barton s'éloignait pour finir de se préparer.
- Williams ! s'écria Logan, à l'autre bout de la pièce. Bouge-toi un peu les fesses et viens me donner un coup de main !
Encore une fois, comme toujours avec le mutant, la blonde ne sut pas s'il avait deviné les pensées qui lui traversaient l'esprit ou s'il avait vraiment besoin d'aide. Mais cela lui suffisait de savoir que quelqu'un avait besoin d'elle et se souciait de son moral. Quelle que soit la vraie réponse à la question.
Williams n'étaient pas la seule dans ce cas. Munroe et Thor se serraient les coudes en tentant vainement de ne pas exploser pour fracasser le bonheur des deux espions contre un mur, les-dits espions en prime. La discrétion était quelque chose qui caractérisait bien plus la mutante que Thor, et sa relation avec Wagner n'avait pas été ce qui sautait aux yeux au premier regard. Cependant, il était difficile d'ignorer le lien fort qu'ils partageaient quand le mutant bleu attardait sa main sur la hanche de sa compagne et qu'elle plongeait ses yeux gris dans les siens. C'était de ces amours qui ne se racontent pas mais qui se regardent avec une mélancolie mêlée d'envie.
La perte de Wagner n'avait pas seulement réduit les espoirs de vie future de Tornade à zéro, elle avait également sapé tout ce qui lui permettait de tenir le coup et lui donnait envie de voir un jour la Terre sortir de ce conflit sans fin. À quoi bon si tout ce qui avait une bonne raison d'y survivre s'échinait à se briser définitivement ? La jeune femme noire n'était pas une optimiste dans l'âme et la mort de son compagnon avait achevé de la convaincre du manque de fondement de leurs espoirs. Cependant, il y avait quelque chose qu'elle pouvait faire avant de se laisser aller définitivement. Il y avait dehors, ce petit garçon qui n'avait rien demandé à personne et qui avait besoin d'aide. Et c'était pour lui qu'elle se battait avec la mort.
Quant à Thor... si la bonne humeur et la joie de vivre étaient autrefois ce qui le caractérisaient, il y avait cette accumulation de choses qui faisaient qu'il n'avait plus envie de rien à part se rouler en boule dans un trou de souris, y pleurer toutes les larmes de son corps et ne plus jamais en sortir. Première chose, et pas des moindres, Loki. Son frère, son tout petit, minuscule, fragile petit frère. Blessé au Tuenoir. Souffrant l'Enfer, voguant dans un brouillard de médecine midgardienne où il s'enfonçait parfois pendant des heures. Il n'en revenait toujours pas que les asgardiens se mettent à utiliser cette arme prohibée. Ce qui l'amenait à la seconde chose.
Les troupes de son peuple, de son propre père, faisaient des ravages sur cette si belle planète qu'il aimait tant, tuant sans pitié et réduisant en esclaves des milliers d'humains. C'était pire que de la barbarie, c'était de la cruauté. Perpétré par son propre peuple, dirigé par sa famille, envers toutes les valeurs en lesquelles il avait toujours cru. Si Thor n'avait pas été aussi détruit, aussi fatigué par cette petite guerre qui lui aurait paru un claquement de doigts dans d'autres circonstances, il aurait été directement à Asgard, au péril de sa vie, pour tuer son Père et arrêter ce massacre.
Mais il était épuisé, épuisé comme tous les autres, peut-être même un peu plus. Les millénaires de son existence ravageaient ce qui restait d'espoir au fond de son cœur, et la perte de Jane, la trahison de sa famille et la blessure de Loki n'arrangeaient pas les choses. Ce que son cœur lui dictait allait à l'encontre de ce que son corps se sentait capable de faire. Le blond ne rêvait plus que de repos. De repos éternel, s'il le fallait.
Plongé dans ses sinistres pensées, pas plus reluisantes que celles des autres membres les plus détruits du bunker, il manquait la plus importante des actions qui arriva en ce jour si spécial où les troupes du bunker Delta se dressaient, assumaient leur faiblesse dans ce trou-à-rats, et sortaient pour sauver la vie du seul d'entre eux qui avait encore une chance sur cette terre brûlée.
Dans un coin du bunker, Loki montait mécaniquement son arme de poing, s'aidant de ses dents puisque son bras ne répondait pas. À quelques dizaines de pas de lui, Stark terminait de sangler sa poche à munitions contre sa cuisse. Le génie acheva rapidement son geste et se tourna vers Loki qui bataillait avec son arme, déterminé. Il s'avança vers le dieu, lui prit l'objet des mains et le monta à sa place en quelques mouvements précis et nets. Loki le fixa comme si une deuxième tête lui avait soudain poussé.
Stark lui remit l'arme dans les mains, se saisit d'un gilet pare-balles qu'il passa autour du corps presque amorphe du dieu et attacha les velcros d'un geste sec. Quand il releva la tête, le visage dur mais emprunt d'une sorte de douceur qui n'appartenait qu'à lui, Loki ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Le génie secoua la tête, refusant les mots qui n'étaient pas encore sortis. Alors doucement, sans bruit, Loki se mit à pleurer.
Stark ne dit pas un mot. Il se contenta de prendre une chaise de derrière un bureau et de s'asseoir près du dieu, recroquevillé sur une caisse de munitions. Puis il plaça un bras autour des épaules tremblotantes du brun et le rapprocha de lui, collant leurs épaules et embrassant doucement le front de Loki. Il n'y avait rien à pardonner, parce qu'aucune faute n'avait été commise. Et quelle que soit la culpabilité que le dieu pouvait ressentir, il ne la méritait pas, et il souffrait suffisamment avec sa blessure comme ça pour que le poids des remords ne vienne pas alourdir son fardeau.
De derrière son bureau où Potts organisait l'opération avec un tacticien alfe, la jeune femme contempla la scène avec la sensation que désormais, rien ne pourrait plus les défaire. Ils étaient tous devenus invincibles, et cette force inébranlable leur ferait gagner la guerre. Enfonçant une dernière épingle sur une carte, elle fixa son plan quadrillé de recherches d'un œil critique. C'était définitivement le meilleur plan qu'elle pouvait trouvait. La rousse n'en garantissait pas la réussite, mais c'était tout ce qu'elle pouvait offrir avec les armes en sa possession.
Et ce serait suffisant, parce que même s'ils ne trouvaient pas Jim, s'ils ne le trouvait pas vivant, ils seraient toujours suffisamment pour aller arracher quelques cœurs au bunker Alpha. Et que la Terre aille se faire foutre. On s'était largement passé d'eux avant que l'Activité ne commence, maintenant ils n'étaient plus que de la chair à canon. Alors ils allaient se comporter comme telle. Et faire un carnage. Peu importe que ce soit dans les rangs des ennemis ou dans leurs propres rangs ces notions se confondaient étrangement ces jours-ci.
Se redressant de son plan de travail, Potts adressa un sourire à l'alfe à ses côtés avant de prendre la parole, attirant l'attention d'un bunker tout entier.
- Je vois qu'on est prêt ! Allez les filles, on va aller chercher Jim, butter quelques enculés d'aliens et quand on reviendra, je vous paie ma tournée. Est-ce que c'est pas le meilleur plan du monde, ça ?
Si les cris du cœur et les lueurs dans les yeux pouvaient parler, une ode à la gloire de la résistance et de ses dirigeants résonnerait entre ces murs. Et alors, les larmes qui coulaient sur les joues de Potts, en écho à celles qui faisaient briller les yeux de tous les soldats, auraient un sens. Une signification. Un message, qui hurlerait à la face du monde qu'ils étaient le putain de bunker Delta, et que personne, personne ne pourrait leur retirer ça.
Voilà pour ce nouveau chapitre. J'ai adoré l'écrire. Vraiment. Essayer d'insuffler un peu d'espoir dans ce magma de déprime déprimante ne fut pas du gâteau, mais c'est pour ça que j'aime cette histoire.
J'espère que vous avez apprécié aussi, j'attend votre avis !
Stelpa.
