Chapitre IV
Sous un autre nom
o*o
Quelque part au Pérou, sous un soleil de plomb. Le Père Noël avait atterri et stationné son traîneau aux alentours désertiques de la Colline Blanche, non loin de la ville de Trujillo. Au devant de cette colline imposante, s'élevait ce que voyaient les humains comme une pyramide à cinq degrés à moitié en ruines, haute d'une vingtaine de mètres, que l'on avait nommée depuis à présent des siècles la Huaca de la Luna, ou le Temple de la Lune, près de laquelle fut ouvert un site archéologique, aujourd'hui fermé au public. Ce que les humains ignoraient, c'étaient que leur vision de cet édifice était très loin de la réalité. En quelque sorte. La véritable apparence du temple n'était visible qu'aux yeux des légendes et des esprits. Aussi, Bunny s'émerveilla en observant le paysage, bien que ce ne fût pas la première fois qu'il se rendit sur le site.
Devant les deux gardiens, la pyramide dominait de plus d'une cinquantaine de mètres de hauteur et était en parfaite état. Chaque degré était finement travaillé sur de la terre crue et avait une surface polie, décoré avec soin de peintures rupestres et colorées, représentant pour la plupart des scènes de cérémonies et de sacrifices, héritage laissé par les peuples aztèques vivant autrefois. Le monument resplendissait de teintes et de fraîcheur sous les violents rayons du soleil arrivant presque à son zénith. Tandis que le froid de l'hiver commençait à se répandre à travers les pays du Nord, l'hémisphère Sud touchait donc de peu les jours d'été, comme ce jour-là où une accablante canicule assaillait le pays. Chaudement vêtu, Nord fut vite transpirant et se hâta de retirer son chapka et sa fourrure avant de crever sous la chaleur. Quant au Lapin de Pâques, habitué au climat estival de son domaine, il ne fut pas le moins du monde affecté par la température élevée. Il en avait justement profité pour faire une petite remarque sarcastique au Père Noël, concernant sa tendance vestimentaire.
Ils arrivèrent au pied de la pyramide, puis entamèrent d'escalader les étages. Car, autre point qu'il fallait préciser, la Huaca de la Luna dans sa véritable forme n'avait pas d'entrée. Même si les méthodes ont été employées pour ne pas attirer trop l'attention des humains, en offrant la vision d'un édifice historique détérioré par le temps, toutes les précautions étaient bonnes en vue de se cacher aux yeux des mortels. Aussi, il n'existait qu'un moyen pour s'introduire dans la pyramide, dont seuls les esprits les plus privilégiés avaient connaissance. Bien entendu, Nord et Bunny en faisaient partis. Ainsi, ils gravirent le temple – non sans difficulté en ce qui concernait le Gardien des Merveilles, du fait de son tour de taille pour le moins encombrant. Ce qui l'obligea à solliciter l'aide de Bunny – jusqu'à atteindre le douzième degré. En référence aux douze jours lunaires constituant une année. Nord profita d'une petite pause pour souffler et essuyer son front en sueur. Cette chaleur était décidément trop extrême pour lui, vivant au milieu des glaciers en temps normal. Puis il se releva, mit sa main en visière pour observer brièvement la position du soleil et saliva son doigt avant de l'élever au-dessus de lui pour détecter la direction du vent. Bunny l'observa faire, sans un mot. Mais il ne se retint tout de même pas pour montrer son impatience, en tapotant de sa patte. Il avait déjà dû prendre beaucoup sur lui pour venir jusqu'ici, alors il n'avait pas l'intention d'y traîner.
- Bien ! s'exclama Nord, satisfait. Si je ne me trompe pas, nous devons donc partir d'ici.
Il se décala de quelques pas vers la gauche, Bunny à sa suite.
- La Lune tourne dans le sens antihoraire, c'est bien cela ? interrogea Nord, une fois en position en regardant une petite montre à gousset qu'il avait sur lui.
- Jusque-là, elle n'a pas changé ses habitudes, lui répondit Bunny.
- Très bien ! Nous sommes donc mardi, le deuxième jour de la semaine. Sachant qu'un jour lunaire fait environ quinze jours terrestres, l'entrée du temple se trouvera alors trente pas vers la droite.
Les Gardiens s'exécutèrent, Nord veillant à décompter précisément le nombre de pas qu'ils effectuaient. Lorsqu'il posa pied au trentième pas, il se tourna face au mur. À l'instant où il le frôla du doigt, celui-ci se mit à se mouvoir, la surface s'agitant comme de fines vagues et devenant de plus en plus translucide. Au bout de quelques secondes, le mur avait entièrement disparu, laissant découvrir un long couloir menant au cœur de la pyramide, éclairé par des torches enflammées suspendues aux façades, aux côtés de fresques et de mosaïques de couleur en tout genre, profilant des scènes de légendes des plus connues. En pénétrant dans le couloir, Bunny avait vaguement reconnu une représentation des chevaliers de la table ronde. Le Père Noël et le Lapin de Pâques arrivèrent enfin, découvrant une ambiance tout à fait autre qu'à l'extérieur. Oubliés les degrés en terre crue et les pierres en argile fondant l'édifice à l'extérieur, ils se retrouvèrent à présent dans une salle de taille colossale s'étendant sur toute la superficie intérieure de la pyramide. Leurs pieds foulèrent un sol marbré aux teintes rosâtres et grisées, tellement lisse qu'il reflétait leur silhouette très distinctement. De multiples meubles taillées dans de la pierre blanche luisante décoraient le lieu avec harmonie, ainsi que quelques plantes typiques du pays. La salle était éclairée par de la lumière naturelle, grâce à un réseau de gigantesques miroirs reflétant les rayons du soleil depuis l'extérieur, rappelant le principe usé des égyptiens de l'Antiquité pour illuminer les palais et les temples. Il y régnait un grand silence, brisé uniquement par quelques souffles de vent qui étaient parvenus à s'infiltrer dans le sanctuaire. Un silence de respect, comparable à celui lorsque l'on s'introduisait dans une cathédrale.
Les deux Gardiens ne perdirent malheureusement pas leur temps à contempler la beauté des lieux et s'avancèrent vers un bureau en marbre blanc orné de dorures, derrière lequel était installé un petit gobelin, reconnaissable par sa peau verdâtre, ses oreilles exagérément grandes et pointues, son petit nez crochu et ses membres difformes. Muni d'une monture de lunettes dorée, il avait la tête penchée sur des parchemins sur lesquels il écrivait à la plume avec rapidité et concentration. Aussi, il ne fit guère attention à Bunny et Nord qui s'étaient présentaient devant lui. Voyant que la créature ne réagissait toujours pas, Nord racla la gorge bruyamment à son attention.
- Qui dois-je annoncer ? fit le gobelin d'une petite voix traînante – et curieusement insupportable.
- À ton avis, nabot ? lui répondit Bunny, agacé.
Le gobelin daigna enfin à lever la tête de ses parchemins. Il sursauta presque lorsqu'il reconnut le Père Noël et le Lapin de Pâques se tenir devant lui. Il posa alors sa plume.
- Oh oui, bien sûr ! Le maître vous attendez.
Il descendit de sa chaise et contourna le bureau pour se mettre en face des Gardiens. À cet instant, il parut plus minuscule que lorsqu'il était assis, face à leur taille imposante, mais n'en fut pas plus intimider.
- Si vous voulez bien patienter, dit-il en désignant les sièges d'apparence confortables placés au centre de la pièce. Je vais le prévenir de votre arrivée.
Le gobelin quitta la salle, laissant seuls Nord et Bunny.
- Je ne me souviens pas l'avoir déjà vu celui-là, remarqua le Gardien de l'Espoir.
- Sans doute un nouveau, pensa Nord. Luer sait se montrer clément, aussi il a l'habitude de solliciter les services des esprits oubliés ou en détresse.
- Clément, clément… c'est surtout un manipulateur, grommela Bunny.
- Tiens ! s'exclama soudain le Père Noël, en regardant derrière son compagnon. Ça par exemple !
Bunny se retourna, intrigué, et aperçut à l'autre bout de la pièce un homme semblant assez âgé, qui venait d'apparaître, semblant se diriger vers la sortie. Son crâne était quelque peu dégarni, mais il lui restait pas mal de cheveux au-dessus des oreilles et de la nuque, aussi blancs que sa courte barbe nuageuse. Ses yeux brillaient d'une vive lueur bleue, traduisant l'énergie de cet homme, malgré les rides de la vieillesse. Il portait une toge en lin et était chaussé de sandales en cuir abîmées par l'usure. De sa main gauche, il faisait tourner avec énergie ce qui paraissait être un trousseau de clefs en or. En entendant l'exclamation de Nord, il tourna la tête et distingua les deux Gardiens.
- Saint Pierre ! s'écria joyeusement Nord, à son attention.
- Saint Nick ! répondit l'homme, rieur, en s'avançant vers eux, les bras grands ouverts. Comment te portes-tu, mon vieil ami ?
- Ma foi, plutôt bien ! Quelque peu débordé à l'approche de Noël, mais toujours en forme !
- Je vois ça, je vois ça ! Bunny, c'est un plaisir de te revoir !
- Pareillement, répondit l'interpellé, avec respect.
- Comment s'est passé la Cérémonie du Carême cette année ? lui demanda Nord.
- À merveille, à merveille ! se réjouit Saint Pierre, un sourire enfantin sur ses lèvres. Surtout le dernier jour après le chemin de la croix, le buffet était goûteux, composé de toutes les sortes de fromage du monde entier. Un régal ! Après quarante jours de jeun, vous vous doutez bien que j'en ai profité ! Et le vin également était exquis ! La dernière cuve de Saint-Émilion, ça c'est une valeur sûre !
- Fais gaffe quand même à ton régime, plaisanta Bunny.
- Ne t'en fais pas, tu sais bien que je sais être raisonnable ! dit-il, malgré les regards sceptiques de Nord et Bunny. Bon, je vous laisse ! Gabriel vient de m'appeler d'urgence. Apparemment, il y aurait un flot de personnes qui attend de rentrer au Paradis. Décidément, de nos jours, les gens meurent de plus en plus vite !
Le sourire amusé de Saint Pierre suite à sa dernière remarque ébranla quelque peu le Lapin de Pâques et le Père Noël. Ils suivirent du regard le gardien des clefs sortir de la pyramide, sans un mot, jusqu'à ce qu'il disparaisse de leur champs de vision.
- Eh ben ! Toujours aussi barjot celui-là, commenta Bunny. Mais j'aime bien ce type !
Nord ne put s'empêcher de s'esclaffer de rire. Il fut interrompu par le retour du gobelin qui les invita à se rendre auprès de son maître, en désignant le mur qu'il venait de traverser.
Lorsque les deux Gardiens passèrent à travers le fronton, ils ressentirent comme une sorte de gargouillis dans leur estomac et une légère migraine qui s'estompa aussi vite qu'elle n'était apparue. Ils longèrent ensuite un autre couloir, tout aussi décoré, jusqu'à un escalier qui menait tout en haut de la pyramide. Ils l'escaladèrent pour enfin faire face à de grandes portes en argent, gardé par un jeune homme dont la peau était lisse comme du verre, transparaissant diverses couleurs qui se mouvaient et parcouraient tout son corps d'un rythme lent, donnant l'impression que celles-ci étaient vivantes. Ses yeux étaient entièrement jaunes, pourvus de petites pupilles noires, et ses oreilles étaient finement pointues. Hormis cela, il possédait des vêtements aussi normaux que ceux portés par les jeunes gens humains et avait une courte chevelure brune. C'était sans doute tout ce qu'il y avait de normal chez cette personne. Nord et Bunny reconnurent Samrhiek, une créature polymorphe – qui avait actuellement adopté une forme plus ou moins humaine - faisant office de protecteur du représentant de l'Homme de la Lune, auquel il serait très attaché. Malgré son jeune âge - en apparence du moins - il toisa les Gardiens avec un regard supérieur et fort peu aimable. Il resta planté devant la porte, silencieux en continuant de les fixer avec son air hautain. Bunny perdit vite patience.
- Hé mec ! Range-nous vite ce regard, on vient pas ici pour faire un attentat !
- Voyons Bunny, tenta calmer Nord.
Samhriek réprima un soupir nonchalant, puis se décida à se tourner pour saisir l'énorme anneau en argent de l'une de deux portes à la taille considérable. Bien qu'elle semblait lourde, le polymorphe ouvrit la porte avec facilité, puis pénétra à l'intérieur, suivit de Nord et Bunny. La pièce dans laquelle ils venaient de s'introduire était de même allure que la précédente, hormis le fait qu'il se trouvait en son centre un large bassin arrondi où suintait l'eau la plus claire et la plus pure qui pouvait exister.
L'antichambre se situait au dernier étage de la pyramide, elle avait donc pour plafond le sommet de cette dernière. Sauf que le plafond en question était ouvert, de la même forme et largeur que le bassin, laissant la lumière du soleil s'infiltrer à l'intérieur. À l'autre bout, au-delà du bassin, se trouvait un gigantesque Globe tournant, semblable à celui se trouvant dans la demeure du Père Noël.
De l'autre côté, trônait une balance dorée d'une taille tout aussi démesurée, devant une large fresque divisée un deux parties contrastées, figurant ce qui semblait être une scène de combat. Un côté où des couleurs chatoyantes régnaient, ainsi que des personnages joyeux – on pouvait y distinguer les Gardiens de l'Enfance, ainsi que d'autres mythes bienveillants - de l'autre des couleurs ténébreuses, accompagnées de représentations de créatures démoniaques – parmi elles se trouvaient une reproduction parfaite du Croquemitaine. Ainsi, les deux camps des esprits se confrontaient avec ténacité et sans scrupules. Les énormes plaques de la balance ne supportaient aucun poids, pourtant elles n'étaient pas en équilibre. La balance était en effet légèrement penchée sur la droite, vers le côté sombre de la fresque. En voyant cela, le Père Noël se mit à redouter que quelque chose de grave se préparait.
Au devant se trouvait la silhouette d'un homme de taille moyenne vêtu de blanc, les étoffes de son habit descendant jusqu'au niveau de ses chevilles, aux cheveux gris avec quelques mèches noirs. Une ceinture tressée de fil d'argent et ornée de pierres de lune cintrait sa taille, et portait un talisman composé des mêmes pierres autour du cou. L'homme se tenait dos aux Gardiens et à Samhriek, en silence. Il semblait méditer, en observant l'état de la balance.
- Maître Luer, appela le polymorphe.
L'homme se retourna. Son visage était carré, son menton légèrement prononcé. Il semblait âgé d'une cinquantaine d'années, comme le témoignaient les quelques fines rides sous ses yeux et près des commissures de ses lèvres. Ses yeux luisaient d'une lueur argentée, comparable à celle de la Lune. Il sourit, l'air apaisé. À cet instant, toute la gentillesse du monde transparaissait à travers son visage bienveillant. Tel était ce qu'inspirait Luer Silveris, le représentant de l'Homme de la Lune sur Terre. Ce dernier s'avança vers les nouveaux venus d'un pas calme et assuré.
- Nicholas. Bunnymund. Je suis ravi de vous revoir, dit Luer, souriant. Vous avez fait vite.
Bunny fit une grimace, sans répondre au salut de l'homme.
- Que se passe-t-il, Luer ? demanda Nord, quelque peu inquiet.
- C'est vrai que tu n'as pas l'habitude de nous inviter pour nous annoncer une bonne nouvelle, rajouta Bunny, d'une voix monotone.
Le Lapin de Pâques sentit Samhriek se froisser à son côté, prêt à lui sauter à la gorge. Autant pour le tutoiement que pour la remarque désobligeante que le Gardien venait de faire. Mais Luer ne prit pas en compte son impolitesse et continua de sourire affectueusement.
- Samhriek, reprit-il. Veux-tu bien nous laisser seuls ?
Le polymorphe s'inclina respectueusement devant Luer, avant de quitter la salle, en veillant à bien refermer la porte derrière lui. Une fois fait, le représentant de l'Homme de la Lune se tourna vers les Gardiens.
- En effet, Bunnymund. Si je vous ai appelés, c'est pour une affaire de toute autre ampleur.
- Quoi donc ?
- La balance…, commença Nord.
Luer hocha la tête. Il avait à présent perdu son sourire et ses yeux argent étaient anxieux.
- C'est bien à ce propos, confirma-t-il, l'inquiétude s'entendant au travers de sa voix grave. Aussi, je tenais à m'en assurer en vous convoquant. Avez-vous remarqué des faits étranges récemment ?
En temps normal, Bunny se serait emporté à l'idée que Luer ne les aurait convoqués uniquement pour leur poser une question. Mais suite à la scène dont il fut témoin au Terrier, il en réagit autrement.
- Il y a eût un truc bizarre dans mon domaine.
Luer riva son regard argenté sur lui, attentif et prêt à écouter.
- Je ne sais pas trop ce que c'était, reprit Bunny. On aurait dit une ombre qui s'est transformée en fumée noire. Elle ondulait comme un serpent. Ce qui était effrayant, c'est qu'il y avait des murmures qui en provenaient. L'un d'eux semblait être une prévention, peut-être même une mise en garde : « Il s'en revient. » Puis après, elle a disparu, comme si de rien n'était.
Le représentant de l'Homme de la Lune avait gardé le silence depuis la fin du récit du Lapin de Pâques, songeur. Ce silence inquiéta davantage Nord.
- Sais-tu quelque chose à ce sujet ? lui demanda-t-il.
- Pas autant que je ne l'aurais voulu, répondit Luer, en plissant les yeux d'anxiété.
À ces mots, il se retourna pour à nouveau se poster devant la balance géante. Nord et Bunny se regardèrent, quelque peu soucieux, puis allèrent se mettre aux côtés de Luer. Ils observèrent à leur tour l'énorme relique.
- Cela fait maintenant deux jours que la Balance de l'Équilibre est ainsi, leur expliqua Luer. Elle n'avait pas reprit cette position depuis que vous aviez vaincu Pitch Black, il y a quelques mois.
- Tu veux dire qu'il est revenu ?! s'exclama Bunny.
Luer ferma les yeux et secoua la tête.
- C'était ce que je craignais lorsque j'ai vu la Balance se pencher vers le Mal. Aussi, j'ai questionné l'Homme de la Lune. Il ne m'a pas répondu.
Les deux Gardiens sursautèrent de stupéfaction. Tous savaient que Luer était l'esprit auquel l'Homme de la Lune se confier toujours. Le seul à qui il parlait en continue. Le simple fait que celui-ci soit silencieux avec son représentant était quelque chose d'inconcevable. Bunny et Nord étaient sans voix.
- Mais… comment est-ce possible ? ne put que dire Nord.
- Ce que tu me dis, Bunnymund, reprit Luer sans répondre à la question du Père Noël, à propos de la fumée noire me fait vaguement penser à quelque chose. Si je me souviens bien, cela s'appelle un nuncius umbra, ou une ombre messagère. Seulement, voilà bien des siècles que nous n'en avons plu revues sur Terre. Il me semble que cela remonte à la naissance de l'humanité.
- Avant même l'existence des Gardiens ? s'étonna Bunny.
- Qu'est-ce que cela signifie ? demanda Nord.
- Cela signifie que l'être qui est sans doute revenu, comme le disait le nuncius umbra, n'est plus apparut depuis ce temps-là. Il doit s'agir d'un ennemi du passé que les esprits ont vaincu à l'époque de l'Âge Noir.
- Je suppose que tu n'as pas la moindre de qui il peut bien s'agir, se douta Bunny.
- Il y en eût tellement. De plus, je soupçonne cet ennemi d'être réapparu sous un autre nom, pour ne pas que l'on découvre son identité.
- Donc, tu veux dire qu'il y a probablement un adversaire assez menaçant pour faire pencher la Balance, qui court les rues, mais on ne sait ni qui il est, ni où il est, ni ce qu'il veut !
- C'est plutôt bien résumé, commenta Luer, amusé.
- Eh bien, souffla Nord. Moi qui pensais pouvoir organiser Noël l'esprit tranquille…
- Mais si c'est ça, reprit Bunny, presque affolé, comment on fait pour y faire face ?
- Malheureusement, nous ne pouvons qu'attendre que cet être ne se manifeste, répondit Luer, inquiet. Maintenant que vous êtes prévenus, je compte sur vous pour intervenir si les choses se présentent mal.
- Très bien ! s'exclama le Père Noël, d'une voix forte et déterminée. Nous allons prévenir les autres Gardiens et nous serons prêts à agir si les enfants sont à nouveau menacés !
- Compte là-dessus ! renchérit Bunny.
- Au traîneau Bunny ! fit Nord en se dirigeant vers la sortie.
- Hein ? Pas question ! Je refuse de remonter sur ton véhicule de malheur ! s'écria Bunny, en le suivant. Je retourne au Terrier vérifier si rien ne s'est passé durant mon absence.
- Ce que tu peux être rabat-joie ! rit le Père Noël.
- Moi, rabat-joie ?!
- Ce n'est pas comme si Pâques était dans quelques jours. Et puis, ce n'est pas aussi important que Noël.
- Nous y revoilà ! s'exclama Bunny d'agacement. Je t'ai déjà dit de ne pas avoir ce genre de propos avec moi !
- C'est pourtant la vérité.
- Pâques a autant d'importance que ta fête de Noël, mon pote !
Luer regarda Nord et Bunny quitter la salle en se chamaillant, le sourire aux lèvres, pensant que ces deux là ne changeront jamais. Une fois ces derniers partis, l'antichambre devint nettement plus calme. Avant que la porte ne se referme, Samhriek était à nouveau rentré pour rejoindre son maître. Celui-ci le regarda, dénonciateur.
-Tu nous as écoutés ? demanda-t-il avec calme, sans pour autant être sévère.
- Pourquoi leur avez-vous menti ? questionna Samhriek.
Luer marcha à lui pour lui poser sa main sur l'épaule d'un geste affectif. Puis il s'avança jusqu'au rebord du bassin et leva la tête pour observer le ciel bleu entre l'ouverture du plafond. Bien qu'étant la fin de la matinée, la Lune apparaissait dans le ciel, légèrement masqué par le soleil dominant.
- Je ne leur ai pas vraiment menti, dit enfin Luer, d'une voix sereine. Mais je préfère attendre, avant de leur révéler quoi que ce soit. Si l'Homme de la Lune refuse de me parler, c'est que la situation doit être plus grave que je ne le pensais. À moins… qu'il ne soit concentré sur autre chose…
o*o
- Carrie !
Carrie suffoqua de surprise lorsqu'un petit garçon châtain se jeta sur elle brutalement. Celui-ci la serra dans ses bras avec force. Carrie fut presque émue lorsqu'elle reconnut Jamie, et se mit à sa hauteur pour l'entourer de ses bras à son tour.
- Jamie, comme tu as grandi ! lui dit-elle d'une voix douce.
- Toi aussi, commenta Jamie, joyeux. Tu m'as tellement manqué ! Je suis content que tu sois revenue !
- Oui, moi aussi, rit Carrie.
- Bon, je vais finir par être jalouse, si ça continue ! s'exclama une voix à côté d'eux.
Carrie se dégagea des bras de Jamie et faillit exploser de joie quand elle aperçut son amie d'enfance, Aurel, se tenir devant elle, la main de Sophie accrochée à la sienne. Elle se releva, les yeux écarquillés et le sourire jusqu'aux oreilles. Au bout de quelques secondes, les deux jeunes filles crièrent à tue-tête en se jetant dans les bras l'une de l'autre, attirant le regard de tous les passants. À cet instant, Jamie aurait bien voulu être invisible.
- Je suis trop troooooooop contente de te retrouver ! s'écria Aurel, excitée.
- Oh moi aussi ! répondit Carrie. Ça fait si longtemps qu'on ne s'est pas revues !
Après un câlinage qui dura un bon moment, Aurel se dégagea enfin pour récupérer la laisse d'Abby qu'elle avait lâchée entre-temps et s'approcher de Sophie, qui s'était écartée, surprise par l'euphorie soudaine des deux jeunes filles.
- Je ne sais pas si tu te rappelles de ma petite cousine, Sophie, lui désigna Aurel.
- Mon Dieu, comme elle a changé ! s'exclama Carrie.
- C'est que ça grandit vite, ces petits machins !
- Hé ! s'écria Jamie, vexé.
Carrie éclata de rire en ébouriffant les cheveux de Jamie, puis elle s'agenouilla devant sa petite sœur, qui était restée discrète par timidité.
- Bonjour Sophie, lui dit-elle tendrement.
- Bonzour ! répondit la petite fille en souriant.
La jeune fille rit doucement avant d'embrasser Sophie.
- Toi aussi tu as bien changé ! commenta Aurel. Attend, tourne-toi pour que je te vois !
Carrie soupira, mais se releva et tourna sur elle-même malgré elle, pour faire plaisir à Aurel. Celle-ci n'avait pas tort : en trois ans, la jeune fille avait beaucoup changé. Sa silhouette était plus élancée et ses hanches s'étaient arrondies, maintenant qu'elle était devenue une femme de dix-huit ans. Sa posture était plus assurée qu'autrefois. Outre cela, elle était toujours reconnaissable par ses cheveux bruns mi-longs, légèrement ondulés au niveau des pointes, sa peau lisse et claire, ses yeux noisettes pétillant de joie de vivre et son éternel sourire qui traduisait toute la gentillesse et la bonté qu'inspirait cette jeune fille. « Un sourire qu'elle avait perdu, il y a bien longtemps… » pensa Aurel.
Carrie eût le cœur léger suite à ces retrouvailles. Après avoir récupérer ses bagages, Aurel emmena tout le monde pour boire un verre. Les deux filles en profitèrent pour discuter de tout et de rien, rattrapant le temps perdu. Aussi bavardes qu'elles étaient, les enfants se réjouirent qu'une aire de jeux se trouve à proximité. Carrie et Aurel alla enfin les rejoindre, avant de quitter l'aéroport. En sortant, les yeux de Carrie s'illuminèrent lorsqu'elle observa le paysage.
- Ça fait longtemps que tu n'as pas revu la neige, lui dit Aurel, taquine.
- C'est toujours aussi beau, murmura Carrie.
- On fait une bataille de boule de neige ? lui demanda Jamie, excité.
- Avec plaisir ! lui répondit Carrie.
- Bon alors dépêchons-nous ! fit Aurel. Ma tante nous invite à déjeuner. Après, on ira poser tes affaires à l'appartement.
Malgré cela, la bataille de boule de neige dura plus longtemps que prévu. Ce fut l'équipe de Jamie et Carrie qui gagna contre Aurel et Sophie. La petite troupe dut aller au pas de course, pour arriver à temps chez les Bennett. À nouveau, Carrie fut chaleureusement accueillie quand la mère des enfants la prit dans ses bras, ravie de la revoir après toutes ces années, tandis que son mari se chargea des bagages de la jeune fille. Il se proposa de ramener les deux amies chez elles, dans leur appartement, après le repas. Jamie était resté un peu dehors avec sa sœur, pour profiter encore de la neige avant que sa mère ne les appelle pour déjeuner. Il aida Sophie à construire un château de neige, quand il sursauta.
- Ma foi, tu as la côte avec les jolies filles ! fit une voix malicieuse familière derrière lui.
Jamie se retourna et ne fut pas surpris de découvrir Jack Frost allongé sur la palissade, les jambes croisées, son bâton à la main, le sourire en coin. Sophie se mit à courir vers lui quand elle l'aperçut, suivie de son frère.
- Ça va pas ?! s'exclama Jamie, toutefois amusé par la remarque. C'est ma cousine Aurel et sa meilleure amie Carrie. Elles sont revenues à Burgess depuis pas longtemps.
- Je me disais aussi, je ne les avais jamais vues jusque-là, répondit Jack, descendant de la palissade.
- Normal ! Elles sont parties pour leurs études, il y a quelques années. Avant qu'elles ne partent, on n'arrêtait pas de jouer ensemble ! Quand mes parents sortaient, Aurel et Carrie venaient toujours pour me garder et on faisait des tas de trucs !
- Je vois. Tu dois être content qu'elles soient de retour alors !
- Ah ça oui !
- Bon, je suppose donc que tu vas passer ton temps avec elles et finir par m'oublier, fit Jack lui tournant le dos, en faisant mine de partir avec un air attristé.
- Hé ! Non ! Attend ! Jamais je ferais ça !
Naïf, Jamie ne vit pas la comédie de Jack. Ce dernier se retourna vivement et se jeta sur le garçon, le faisant tomber au sol. Puis il se mit à lui recouvrir le visage de neige, dans un concert de rires.
- Mais non ! rassura Jack en riant. Je sais bien que je peux toujours compter sur toi pour jouer !
Voyant les deux garçons dans leur petit jeu, Sophie se mit à rire et sauta à son tour pour atterrir sur Jack.
- Ha ha ! Et toi aussi Sophie ! rit-il.
Jamie commença à étouffer sous le poids de Jack et de Sophie. Ces derniers se dépêchèrent de se dégager pour le laisser se relever. Quand Jamie eût finit d'enlever la neige de son visage, il se tourna vers le Gardien.
- Ça longtemps que tu nous regardais ?
- Eh bien, je vous ai vus depuis l'aéroport et je vous ai suivis, avoua Jack, en mettant Sophie sur ses genoux.
- Tu as dit « jolies filles » ? dit Jamie, en regardant le jeune homme d'un air accusateur, le sourire aux lèvres.
- Euh oui. Et alors ? s'étonna Jack. Hé ! Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Je sais pas, mentit Jamie, taquin. T'étais pas en train de mater ma cousine et Carrie, par hasard ?
- Non mais ça va pas ! s'exclama le Gardien. T'es pas bien pour penser des trucs pareils !
- Chacun son tour ! répliqua Jamie, en éclatant de rire.
Tout ce que le garçon gagna fut une énorme masse de neige qui s'aplatit sur son au visage, avec les ricanements de Jack et de Sophie en accompagnement. Jamie se dégagea puis se mit à balancer des boules sur les deux traîtres. Jack se releva en riant et protégea Sophie des offensives de son frère. Ainsi commença la deuxième bataille de boules de neige des enfants de la journée. Malheureusement, celle-ci ne dura pas plus longtemps.
- Hé Jamie ! appela Aurel qui venait de sortir de la maison. Qu'est-ce que vous faîtes ?
- Ben, on joue avec Jack Frost ! répondit innocemment le garçon.
- Jack Frost ?
- Oui, celui qui fait tomber la neige !
- D'accord… Bon, vous venez, toi et Sophie ? Le repas est prêt !
Jamie fit une mine déçue, et se tourna vers Jack.
- Bon ben faut qu'on y aille. On se retrouve bientôt, hein ?
- Pas de soucis, répondit Jack, souriant.
Aurel afficha de gros yeux lorsqu'elle vit Jamie parler tout seul, avant de venir vers elle. Puis elle se mit à ricaner doucement, ne faisant pas attention aux regards de ses cousins.
- Alalah ! Ces gosses, murmura-t-elle entre deux rires, avant de retourner à l'intérieur, avec Sophie.
Lorsque Jamie se dirigea vers l'entrée de sa maison, il aperçut Carrie au seuil de la porte. Celle-ci avait les yeux grands ouverts et fixes. Intrigué, le garçon suivit son regard et fut surpris de constater qu'il était en fait rivé sur Jack, qui s'envola après avoir salué une dernière fois les enfants. Jamie retourna le visage vers Carrie. Le regard de la jeune fille avait l'air apeuré et Jamie crut la voir trembler quand il arriva à sa hauteur.
- Ça va Carrie ?
Carrie respira fort en revenant à elle. Elle ferma alors rapidement la porte, sous le regard embarrassé de Jamie. Elle tourna le visage vers lui, souriant avec difficulté.
- Oui, ça va Jamie, souffla-t-elle. T'en fais pas !
Jamie la regarda rejoindre les autres adultes au salon, avec perplexité. Il y avait réfléchi pendant un bref instant, mais à présent, il en aurait sa main à couper. Il avait la certitude que Carrie venait de voir Jack.
o*o
La nuit tombée, Jack Frost foulait flegmatiquement les câbles de ligne téléphonique et les toits des maisons de Burgess, en traînant son bâton dont le bout laissa des traces de givre à son passage. Il observa comme chaque soir le spectacle qu'offraient les traînées de sable d'or du Gardien des Rêves, venant depuis le ciel étoilé. Une fois le travail de Sab achevé sur la ville, il reprit son chemin, avant de s'arrêter sur le toit de la maison de Jamie pour contempler la Lune. Appuyé sur son bâton, il la regarda silencieusement pendant un moment. Il repensa à toutes les fois où il avait imploré l'Homme de la Lune de lui parler, l'avait blâmé pour son silence alors qu'il se sentait si seul, pendant trois longs siècles. Depuis qu'il était devenu un Gardien, que les enfants le voyaient et qu'il avait une nouvelle famille, il regardait la Lune autrement. L'Homme de la Lune n'était pas si cruel que ça, pensa-t-il. En le choisissant comme Gardien, il lui avait offert bien plus qu'une heure de gloire. Il n'était plus seul. Pour la énième fois, Jack le remercia du fond du cœur. Bien entendu, seul le silence lui répondit.
- Toujours aussi bavard, plaisanta-t-il.
Le vent souffla doucement dans ses cheveux. Le jeune Gardien ferma les yeux et huma l'odeur de l'hiver, avant d'expirer avec apaisement. Puis il sauta pour atterrir avec souplesse dans le jardin des Bennett. Il s'avança vers la baie vitrée, à travers laquelle il vit Jamie et Sophie dans le salon, entourés de leurs parents, ainsi que d'Aurel et Carrie. Visiblement, les deux jeunes filles étaient restées toute la journée chez eux. Jack ne fit pas vraiment attention à ces dernières, son regard concentré sur les deux enfants. Quelque part, il sentait comme une jalousie montait en lui envers cette fameuse cousine et sa meilleure amie. Il aurait aimé partager plus de temps de jeu avec le petit garçon, comme il avait pris l'habitude, même au temps où il ne le voyait pas. Aussi, il avait perçu un moment les deux filles comme obstacles à leurs petits jeux. Surtout lorsque le garçon lui avait révélé son passé avec elles. Il secoua la tête, pensant qu'il était égoïste de sa part de vouloir garder Jamie pour lui tout seul. Après tout, il était en pleine croissance et viendra le jour où le garçon gagnera en maturité et finira par ne plus croire aux légendes. Cette pensée secoua le cœur de Jack, autant qu'elle paraissait invraisemblable, connaissant la passion que Jamie consacrait aux mythes, au point de se forcer à rester éveillé pour voir le Père Noël ou la Fée des Dents passer.
Jack sortit de ses rêveries quand il vit Mrs Bennet montée à l'étage avec Sophie, endormie dans ses bras, Jamie et Carrie à sa suite. Sans doute l'heure était venue pour les enfants de se coucher, étant restés levés jusqu'à très tard, ratant le passage du Marchand de Sable – sauf en ce qui concernait Sophie, apparemment. Jack s'envola jusqu'à la fenêtre de la chambre de Jamie, où il vit sa mère le coucher, sa chienne Abby s'étant installé à son pied. Puis elle sortit pour aller mettre Sophie au lit. Ce n'est que lorsque Jamie éteignit la lumière de sa chambre que Jack sentit une présence à ses côtés.
Le Gardien tourna vivement la tête sur sa gauche et vit une silhouette noire postée devant la fenêtre de la chambre de Sophie, à travers laquelle on voyait Carrie et Mrs Bennett au chevet de la petite fille. Jack ne put la distinguer clairement à cause de la pénombre, mais il était évident pour lui que cette silhouette n'avait rien de bienveillant.
- Hé toi ! s'exclama-t-il.
La silhouette tourna lentement le visage vers lui. Jack Frost sursauta en voyant les yeux émeraude cerclés de rouge de celle-ci luire à travers l'obscurité. Puis sans que le Gardien ne s'y attende, la silhouette fila rapidement en se dirigeant vers le toit. Surpris, Jack la suivit pour la rattraper. Lorsqu'il atterrit sur la toiture, il fut presque soulagé en voyant que la créature était toujours là. Il discerna la silhouette d'un homme, un peu plus grande que lui, se distinguer au devant de la lumière de la pleine lune, les épaules surélevées, les formes de son corps finement dessinées. Bien qu'il lui tournait le dos, Jack devina que cet homme avait senti sa présence, percevant un sifflement provenir des lèvres de ce dernier. Le jeune Gardien prit appui sur ses pieds et se mit en position défensive, en pointant son bâton vers la silhouette sombre et s'approchant d'elle aussi furtivement que possible, malgré l'appréhension qui montait en lui.
- Qui t'es toi ?! lança-t-il en élevant la voix, les sourcils froncés.
L'homme prit le temps de se retourner face à lui, découvrant son visage droit et quelque attrayant. Jack sentit un lourd poids au creux de son estomac quand il vit le sourire carnassier dominant le faciès de l'individu, qui s'accordait parfaitement à la lueur torve de ses étranges yeux. Le Gardien serra son emprise sur son bâton. Le voyant faire, le sourire de l'homme s'élargit encore plus. Il pencha la tête sur le côté tout en fixant le jeune esprit avec un rictus moqueur.
- Jack Frost, je présume… siffla-t-il entre ses dents.
Pour la première fois, un frisson parcourut violemment les épaules de Jack, qui ressentit ses cheveux se redresser au niveau de la nuque, à l'entente de son nom. Il n'avait aucune idée de l'identité de cet inconnu, mais celui-ci le connaissait apparemment. Ce qui ne le rassura guère. Jack ne baissa pas un instant sa garde, braquant toujours son bâton vers l'homme à l'allure sombre.
- Que faisais-tu à la fenêtre de Sophie ? interrogea-t-il, d'une voix enragée.
- Moi ? répondit l'homme, en prenant un air innocent. Mais je ne faisais rien d'autre que contempler les moments chaleureux de cette charmante petite famille !
Il laissa échapper un petit rire fort peu consolant. Jack se retint difficilement de se jeter sur lui, face à une telle arrogance.
- Si jamais tu t'en prenais aux enfants, sache que je m'occuperais personnellement de ton cas ! menaça Jack avec un regard hardi.
L'homme pouffa, tout en conservant son sourire hautain.
- Comme si ces petites choses frêles et insignifiantes m'intéressaient ! soupira-t-il d'ennui. Néanmoins, la fille brune soutire fortement mon attention…
Jack prit un air confus, ne comprenant les allusions de l'individu.
- Qui es-tu ? reprit le Gardien, tout en restant en alerte.
- Oh ! Pardonne mon impolitesse, ricana l'homme. Mon nom est Devin Shade.
- Je n'ai jamais entendu parler de toi.
- Rassure-toi ! Tu ne m'oublieras pas de sitôt ! répondit-il, un sourire en coin.
À ces mots, le dénommé Devin sauta en arrière, prenant au dépourvu le Gardien, et atterrit avec adresse dans le jardin, faisant trembler le sol sous ses pieds au passage, avant d'accourir à travers les ruelles du quartier. Jack, surprit, s'élança à sa poursuite. Il prit de l'élan en courant sur le toit avant de s'envoler et de se laisser porter par le vent. Il vola aussi vite qu'il put, jusqu'à ce qu'il repéra à nouveau la silhouette noire de Devin, qui prenait soin de se dissimuler dans l'obscurité de la nuit. Celui-ci était plus rapide que l'esprit ne l'avait prévu, aussi il le perdit de vue pendant un long instant et eût bien du mal à le dépister de nouveau. Devin avait à nouveau escaladé les toits et sautait au-dessus d'eux avec une aisance déstabilisante. Une fois alors, Jack sentit son cœur tressauter en voyant le corps de l'homme prendre une teinte entièrement noire, s'allonger et prendre la forme d'une nuée épaisse et poussiéreuse, qui fila telle une ombre serpentant dans la nuit. Le Gardien fut dérouté, n'ayant aucune idée de vers où se dirigeait Devin. Mais il continua à le poursuivre d'arrache-pied, malgré l'essoufflement qui commençait à le gagner.
La course effrénée sur les toits finit par s'interrompre, lorsqu'ils atteignirent la limite de la ville de Burgess, à l'approche d'une forêt à l'ambiance sinistre. Devin posa pied à son entrée, Jack atterrissant à quelques mètres de lui. Ce dernier menaça à nouveau l'homme de son bâton, cette fois-ci ayant l'audace de s'approcher davantage de lui. Devin tourna le visage vers le Gardien, il avait perdu son sourire, montrant une expression froidement agacée.
- Tu commences à être collant, Jack Frost, souffla-t-il, sa voix s'étant étonnamment aggravée. C'en devient exaspérant !
- Tu croyais vraiment que j'allais te laisser partir comme ça ! provoqua le jeune homme.
- Je pensais que tu aurais un minimum de bon sens, ainsi qu'une once d'instinct de survie…, siffla Devin, avec raillerie.
- Si tu crois me faire peur, tu as tout faux, mon gars !
L'homme éclata de rire. Jack sentit encore une fois un frisson le parcourir. Lui qui était naturellement glacé, jamais il n'avait éprouvé une telle sensation. Devin sembla se douter du ressenti du jeune homme, à en croire l'expression de satisfaction dans ses yeux. Le son de son rire amplifia de volume et résonna dans la forêt comme un écho funèbre.
- Tu ne me fais pas peur ! répéta Jack, à la limite de crier.
Son exclamation interrompit l'hilarité de Devin, qui le toisa avec dédain, le sourcil levé. Jack s'était calmé et redressé, se tenant droit debout, comme pour vouloir dominer Devin de sa taille et lui certifier ses propos. Ses yeux de glace affinés par la furie, l'esprit avait recouvert son assurance et son hardiesse aussi vite que son opposant ne l'aurait cru.
- J'ignore ce que tu fais à Burgess, reprit Jack d'une voix grave beaucoup plus calme, montrant son sérieux, mais quoi que tu prépares, je n'hésiterai pas à te confronter et te transformer en marron glacé ! En tant que Gardien, je ne te laisserai pas faire de mal à qui que ce soit, tu m'entends ?
- Roh quelle tristesse ! soupira Devin, avec lassitude. Toutes ces accusations envers ma personne, alors je n'ai même pas commencé… Moi qui croyais que tu étais d'une nature joueuse, Jack ! Tu n'es finalement pas si drôle que tu en as l'air.
- Oh ! s'exclama Jack qui sourit alors à son tour, en prenant un air insolent. Tu veux vraiment jouer avec moi ?
Le jeune Gardien n'aurait sans doute pas regretté ses paroles, si la vue d'une aura noire presque diaphane autour du corps de Devin n'était pas apparue. Celle-ci prit progressivement une nuance de plus en plus sombre et opaque, jusqu'à ce que Jack, paralysé, remarque de la fumée tout aussi obscure s'émaner depuis le sol où se trouvait les pieds de Devin, et même des bras et des épaules de ce dernier. La nuée s'élevait dans les airs, sinuant comme des flammes depuis le corps de l'homme. Jack recula d'un pas en la sentant lui effleurer le pied d'une caresse froide et fort désagréable. Lorsqu'il regarda le visage de Devin, il suffoqua quand il vit son sourire tordu de perversité et le rouge et le vert de ses yeux briller d'une lueur… dangereuse.
- J'en meurs d'envie…, répondit Devin dans un sifflement sinistre.
Bien le bonjour à tous et à toutes !
Et oui, ça y est ! Le fameux chapitre 4 est enfin sorti après un peu plus de deux semaines ! Hallelujah ! *sonnent les clairons et les séraphins* Je peux vous dire que j'ai pris à vrai plaisir à le rédiger, ça je vous l'assure ! :D Aussi, je suis impatiente de connaître vos réactions !
Ouh lala ! On dirait qu'une confrontation entre Jack et Devin est sur le point de se déclencher... Mais qui donc sortira vainqueur à l'issue de ce combat ? Vous le saurez dans la prochain épisode ! A l'année prochaine ! *BANG* Ok ok, je rigole...
Je dois reconnaître que je me suis beaucoup amusée écrire le passage de Nord et Bunny ^^ J'adore mettre ces personnages ensemble pour les scènes d'humour, ils sont extras ! J'ai aussi hâte de voir vos impressions qu'en aux nouveaux personnages apparaissant dans ce chapitre, notamment Luer Silveris, et Carrie, qui concrètement a pris davantage d'importance dans ce chapitre. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter pour elle. Je vous le dis, ça va monter en crescendo ! *TUM TUM TUUUUUUUUM* Seigneur, je me fais peur à moi-même... -.-"
Petit mot spécial au personnage de Saint Pierre qui est une dédicace à ma très chère Alicy *w* Ce personnage est issu d'un de nos plus grands délires, je me souviens encore ! xD Petit hommage à toi et à tous ceux qui ont le mauvais réflexe de penser que Dieu et sa clique sont barbants ! xD Bon je vais m'arrêter là, sinon je vais devenir blasphématrice sans m'en rendre compte... (j'ai un doute quant à l'existence de ce mot). Juste pour vous préciser que le rôle de ce personnage n'ira pas plus loin que cela. A vrai dire, je doute qu'il ne réapparaisse dans un autre chapitre, étant donné que je ne l'ai pas autant travaillé que mes autres OCs et que je ne lui ai pas prévu de rôle précis. Ceci dit, je peux toujours changer d'avis, si jamais les demandes pour faire introduire ce perso sont massive x)
Vous devez vous dire "Mais où sont donc passés Fée et Sab dans tout ça !?" Rassurez-vous, ils apparaîtront le moment venu ;D D'ici le prochain chapitre en ce qui concerne notre Marchand de Sable préféré. En même temps, il n'y en a qu'un !
Je vous revois avec vos reviews, aussi impatientes les unes que les autres à vous demander : "Mais QUI DIABLE est donc cet individu auquel Carrie s'est percutée ? Qui ?! QUIIIII ?!" Eh bien oui, c'est Devin ! ^^ J'aurais pensé que vous l'aurez reconnu sur le moment, mais il s'avère que vous êtes moins malines qu'il n'y paraît ! xD
En vous remerciant encore de votre fidélité ! Vos reviews me touchent droit au coeur et à chaque fois je prends du plaisir à les lire et les relire et les rerelire ! (ça peut durer longtemps cette histoire ! xD) Merci encore, j'espère que ce chapitre vous aura plu et que je vous retrouverez pour le prochain ! :)
Salut la compagnie !
Sucre d'Argent: Eh bien ! Je vois que tu es très inspirée par la nourriture ! xD Ta review m'a vraiment l'eau à l'eau bouche (j'ai encore de la bave qui dégouline en rédigeant ce message ! Yummy !) Je te remercie pour te commentaire ! Contente que mes OCs te plaisent tous autant qu'ils sont :D Et je t'annonce qu'il y en a encore toute flopée qui sera dévoilée tout au long de l'histoire ! Au fait, je ne lis pas les livres de William Joyce, les sources que j'ai ne sont issues que de notre meilleur ami Google. Mais j'ai vu qu'il était possible de les commander sur Amazone (ce que je compte faire pour mon anniversaire ! ^^) Merci encore pour ta review :)
Dark-Alex-Demon1: Ravie que tu sois toujours vivante ! x) Je me serais sentie coupable d'avoir provoqué non intentionellement la mort d'une lectrice xD J'espère que ta tête n'est pas trop en désordre après ce chapitre et surtout que tu auras pris du plaisir à le lire x) Ton ordre à quand même fait son petit effet, j'ai sorti ce chapitre bien plus vite que le précédent ! Faut que tu continues cette méthode, elle a l'air de bien marcher ! x)
Delph1762 : J'ai l'impression de te mettre dans tous tes états à chaque que tu viens me lire ! xD Décidément, je me marre bien en lisant tes reviews, un vrai régal ! (Tiens quand on reparle de nourriture... xD) Je suis soulagée de savoir que le passage du "rêve" t'ait plu, j'avoue que j'appréhendais les réactions, face à cette scène qui semblait n'avoir strictement AUCUN RAPPORT avec les Cinq Légendes. Mais il est encore trop tôt pour les révélations ! Je compte bien vous mijoter encore un petit peu ! x) Et non, tu n'es pas fatiguée concernant ta réflexion sur Sarah et Carrie... Je ne t'en dis pas plus ! :) Pour les musiques qui m'inspirent, il y en a tellement mais je t'en cite quelques unes ;) Ces derniers temps, je n'arrête pas d'écouter les compositions de John Dreamer, que je te conseille fortement d'écouter ! Notamment Brotherhood et Rise qui sont mes préférées ! ^^ Bien sûr, pour citer les grands classiques, il y a les fameuses musiques de Two Steps From Hell, Thomas Bergersen, Hans Zimmer et John Williams qui sont justes épiques ! En ce moment, je suis à fond sur l'album Skyworld de TSFH (si tu n'as pas encore écouté, fonce vite sur Youtube !) Aussi, il y la soundtrack du jeu Journey qui m'inspire particulièrement et qui me fait vibrer de sensations à chaque fois que je l'écoute ! Surtout le titre Apotheosis, une pure merveille ! *w* Je vais m'arrêter là, sinon ça risque de prendre toutes la soirée ! xD Et je maintiens le défi ! Il finira bien un moment où je parviendrais à te faire décoller les pieds de sur le plancher des vaches ! xD Je continuerai à écrire jusqu'à ce que je réussisse ! Foi de Gardien !
Marles83: Ta review m'a énormément touchée ! *w* Je suis heureuse de te retrouver à chaque chapitre ! Et Dieu que je m'amuse à te faire bouillir d'impatience ! xD J'ai peur que tu ne finisses par ne plus avoir d'ongles à t'arracher au final ! xD (C'est moi ou tu es en train de devenir mon jouet ? ^^) Merci pour tous les compliments que tu me fais, à chaque fois j'en suis émue ! Je suis sûre que tu as autant de talents que moi en écriture ;) (J'ai même entamé la lecture de ta fiction ! Je te donnerai mon avis, mais de ce que j'en ai lu, j'en suis euphorique ! :D) Je vois que tu as reconnu cette chère Léthé ! ^^ Serais-tu une passionnée des mythologies par hasard ? *w* J'espère que le personnage du "Grand Manitou" t'a plu et ce sera un plaisir de te retrouver au prochain chapitre ! ;D
