Eh oui ! Me revoilà enfin ! :D Oui bon, je sais que j'ai plus d'une semaine de retard par rapport à ce que j'avais dit... Mais je vous avez prévenus ! xP Bref, il n'empêche que je suis désolée de vous avoir fait attendre. J'avoue qu'après les épreuves du Bac, j'avais envie de souffler un peu, d'autant plus que j'arrête pas d'enchaîner des soirées depuis trois jours ! Je commence à être un peu fatiguée... xD
D'ailleurs, je tiens vraiment à vous remerciez pour votre soutien et vos encouragements ! Mon Bac s'est assez bien passé dans l'ensemble et je dois encore attendre jusqu'à vendredi pour connaître les résultats que je me ferais une joir de vous communiquez ! :D (si ils sont bons cependant... xD) Et aussi vous dire à tous un énorme super hypra giga merciiiiiiiiiiiii ! Pour toutes vos reviews, vos favoris et vos messages qui m'ont plus que plaisir ! Je suis extrêmement touchée à chaque fois, vous pouvez pas savoir :') Merci encore et encore !
Bon j'arrête mon blabla qui ne vous intéresse pas j'en suis sûre ! x) Je vous laisse enfin le septième chapitre, qui 'espère vous plaira. Ce n'est pas le meilleur chapitre, à vrai dire, je ne sais pas pourquoi, mais j'avais du mal à le rédiger... x) Je mettais plus de 5 minutes pour formuler une phrase ! Mais bon, il est enfin là !
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture ! :)
Chapitre VII
Le chant de la flûte
o*o
Devin détestait les grottes. Ce genre de cachettes était trop sombre, trop humide, trop étroite pour lui qui avait passé bien plus que des milliers d'années prisonnier dans l'ombre. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Malgré tout, cette caverne ancrée à l'intérieur d'une montagne à quelques kilomètres de Burgess lui offrait un espace tranquille et isolé où il était sûr de ne pas être découvert. Il n'aurait pas dit non pour un endroit plus aéré, mais c'était mieux que rien. La péninsule lui offrait une vue sur la ville. Sous le ciel étoilé, les lumières de Burgess brillaient d'une couleur chatoyante. Il l'observa silencieusement, les mains derrière le dos, avec un visage neutre. Quoique de l'amusement se reflétait dans son étrange regard. En contemplant Burgess, Devin se demanda alors ce que pouvaient bien faire les Gardiens à l'heure actuelle. Sans doute devaient-ils être en train de comploter un moyen de le retrouver. Avec excitation, il réfléchit à l'idée de fausser sa piste, histoire de s'amuser à les faire tourner en bourriques. Mais cela attendra. Pour le moment, il devait se concentrer sur autre chose.
Il tourna le dos à Burgess et s'enfonça dans les profondeurs de son nouveau lieu de résidence. La lumière avait bien du mal à pénétrer en ce lieu obscur, mais cela n'empêchait en rien la perceptibilité de Devin. Le son des stalactites qui s'égouttaient accompagnait le tintement de ses pas. Devin marcha sur le sol rocailleux et distordu jusqu'à atteindre une surface plus régulière. Il prit place dans un mur creusé par l'érosion qui faisait office d'une sorte de trône aux formes funestes et démoniaques. Installé à son aise, il exécuta un mouvement circulaire de sa main et des fines ombres vinrent jusqu'à lui, tournant et s'effilochant entre elles pour fusionner. Les nuées noires prirent alors la forme d'un petit palier droit avant de se solidifier et de prendre l'apparence d'un damier qui lévitait au devant de Devin. Sur ce damier reposaient différentes pièces sculptées noires et blanches, semblables aux pièces d'un jeu d'échec. À l'exception que si on regardait de plus près, chacune des pièces représentaient une légende particulière. Parmi les pièces blanches, on pouvait reconnaître les répliques parfaites des cinq Gardiens, qui adoptaient des positions de garde, comme prêts à attaquer. Il y avait également les représentations d'autres mythes autour d'eux, qui honnêtement étaient pour le moment inconnus de l'esprit noir. Hormis une jeune fille ailée qu'il ne reconnut que trop bien. De l'autre côté, les Gardiens et les autres légendes figurants faisaient face à des monstres et créatures diaboliques qui entouraient des esprits maléfiques d'apparence plus humaine. Étrangement, Devin ne figurait pas parmi cette tablée. Il avait un autre rôle. Il était comme le Maître du Jeu. Il contempla le jeu d'échec avec un sourire satisfait.
- On dirait que ça va enfin commencer, susurra-t-il.
Les pièces se mobilisèrent alors, prenant chacune une place précise sur l'échiquier. Les Gardiens dominaient le centre tandis qu'une pièce noire était plus au devant par rapport aux autres. Celle-ci représentait un jeune homme encapé et habillé d'un pourpoint, la tête surmontant un large chapeau typique du Moyen-âge qui lui cachait les yeux. Dans sa main droite se trouvait une longue flûte semblant sculptée dans un os. Son visage arborait un sourire effrayant.
Devin remarqua que seule une des pièces de l'échiquier n'avait pas bougé. Sa position initiale paraissait même incertaine, étant située sur deux cases de couleurs différentes. Devin s'empara alors de la pièce blanche et l'examina sur toutes ses coutures. Elle représentait une jeune fille tout ce qui avait de plus normal, faisant tâche au milieu de tous ces personnages mythiques et extraordinaires. Devin la regarda avec curiosité, le sourire toujours présent sur ses lèvres fines.
- Quel rôle peux-tu bien jouer dans tout ça, Carrie ?
o*o
Un rayon de soleil se pointa sans avertissement, brouillant à l'instant la vue de Bunny qui regardait l'horizon depuis le parc. Il se frotta ses yeux de jade avant de se relever, de s'emparer d'un de ses boomerangs qu'il avait planté dans le sol enneigé, pour faire un dernier tour de la ville. Depuis plusieurs jours, il avait patrouillé autour de Burgess chaque nuit, fouillant les moindres recoins et même parfois au-delà des frontières de la ville, dans le but de repérer ne serait-ce que la moindre petite manifestation suspecte. Mais rien. Jusque-là, il n'y avait aucune trace de Devin. Il avait disparu du jour au lendemain. Après s'être enfui à l'arrivée des Gardiens lors de leur confrontation dans la forêt, il ne s'était plus montré au grand jour. Bunny refusait l'idée qu'il se soit résolu à se tenir tranquille. Devin devait être en train de trafiquer quelque chose, pendant qu'il les faisait languir. Plus le temps passait, plus les Gardiens s'inquiétaient. Même Sab s'était mis à patrouiller avec le Lapin de Pâques quand il passait par Burgess pour assurer son ébauche. Mais le nombre ne faisait pas de différence quant aux succès de leurs recherches dans les environs. Jack Frost, qui connaissait la ville comme sa poche, aurait été là, rien n'aurait vraiment avancé.
En parlant de ce givré, où était-il donc passé ? Voilà plus de six jours qu'il avait disparu lui aussi et les autres Gardiens restaient sans nouvelle de leur benjamin. Précisément depuis son altercation avec Nord. Le Père Noël leur était revenu la mine dépitée, annonçant aux autres que Jack s'était volatilisé, ayant mal reçu ce que le leader des Gardiens exigeait de lui. C'était tout de même prévisible, pensa Bunny. Demander à Jack Frost de ne plus s'approcher directement des enfants, c'était inconcevable. Ainsi, depuis ce jour, Jack était introuvable et ne daignait même pas de donner le moindre signe de vie. Bunny grommela à cette pensée. Déjà que la situation était plutôt tendue, il a fallu en plus que ce garnement se laisse aller par ses états d'âmes. Comme s'ils avaient besoin de ça en ce moment. Le Lapin de Pâques jura que la prochaine fois, s'il n'était chargé d'une quelconque responsabilité, il irait lui-même chercher Jack et non avec douceur !
Une fois son tour de garde terminé, Bunny tapota du pied et le sol s'effondra en un trou de terrier dans lequel il s'empressa de pénétrer. De vive allure, il traversa les galeries pour arriver jusqu'au Pôle Nord. Ce cher lapin frileux fut soulagé de rentrer dans la demeure chaude du Père Noël pour échapper au froid persistant de l'extérieur. Il alla retrouver le propriétaire des lieux qu'il reprit en compagnie de deux yétis, auxquels il faisait des recommandations quant à la gestion des préparatifs de Noël avant de les congédier.
- Alors ? demanda Nord à son ami, comme il en avait pris l'habitude depuis plusieurs jours.
- Rien à signaler, certifie Bunny à la fois rassuré et inquiet. C'est comme s'il n'était jamais apparu.
- Devin doit préparer quelque chose… Nous devons rester prudents !
Le Marchand de Sable vint alors les rejoindre, à bord de son avion en sable, ayant terminé sa tournée de rêves quotidienne. Grâce aux symboles apparents au-dessus de sa tête, il leur attesta que tout c'était bien passé de son côté, ce qui tranquillisa au moins ses collègues.
- Et Jack ? quémanda le Père Noël, avec espoir. As-tu de ses nouvelles ?
Malheureusement, Sab lui répondit à la négative, accentuant un regard triste dans le regard habituellement joyeux de Nord. Bunny secoua la tête.
- Arrête de culpabiliser ! De toute façon, il aurait fallu lui dire un jour ou l'autre qu'il était bien trop proche des enfants. Tout ne pas se faire comme ce gamin l'exige !
- Je le sais bien Bunny, le calma le Père Noël, mais j'aurais peut-être dû le lui dire d'une autre façon. Peut-être… Lui laisser plus de temps à s'adapter de sa situation de Gardien et de profiter des enfants jusqu'à ce que la solitude qu'il a cumulée depuis des siècles s'évanouisse.
- Il en a déjà bien profité ! commenta Bunny. Tu es trop protecteur envers lui, Nord. Nous aussi nous étions au contact d'enfants avant d'être choisi par l'Homme de la Lune. Nous aussi nous avions du nous en séparer et nous en avions autant souffert. Tu le sais aussi bien que moi.
Malgré lui et son attachement pour le jeune Gardien, Sab approuva les paroles du Lapin de Pâques. Nord fut contraint de reconnaître qu'ils avaient raison, même s'il n'appréciait guère que Jack et lui soient en froid.
C'est alors que le son d'une brise légère parcourut toute la salle centrale du château, bien percevable en dépit des cris incompréhensibles des yétis attelés à leur travail. Nord écarquilla les yeux, envahi par une espérance soudaine. Il accourut alors jusqu'à la Chambre du Globe, en compagnie de Sab et de Bunny. Au grand soulagement du Père Noël, il découvrit Jack posté sur la barrière du balcon surplombant la grande salle du palais, au-devant du Globe. Le jeune homme contemplait les lumières vives de la croyance des enfants à travers le monde, quand il remarqua la présence des trois autres Gardiens. Il se retourna vers eux puis leur adressa un doux sourire un peu gêné.
- Salut les gars, leur dit-il simplement.
Nord et Sab lui renvoyèrent son sourire, soulagés de retrouver leur petit protégé. Ils commencèrent à venir vers lui, quand Bunny les devança, l'air courroucé.
- Toi ! s'écria-t-il en se redressant juste devant Jack, le pointant d'un doigt menaçant. Je peux t'assurer que la prochaine fois que tu décides de prendre des vacances sans prévenir, je t'étriperais jusqu'à ce que mort s'en suive !
Jack dû reculer devant la frénésie du Lapin de Pâques, manquant de tomber du balcon. Mais il abandonna vite son air surpris pour céder à un sourire insolent.
- Oh désolé mon lapin ! Je ne voulais pas t'inquiéter ! Tu t'es fait du souci pour moi ?
- Sale morveux égoïste et irresponsable ! T'as conscience qu'on est peut-être en situation critique ?! Je vais te-
- Allons allons ! interrompit Nord, en levant les bras. Cessez donc de vous disputer comme un vieux couple tous les deux.
Les deux fortes têtes se calmèrent, sans pour autant arrêter se fusiller du regard. Sab ne put s'empêcher de sourire devant cette scène, ravi de voir qu'ils n'ont pas changés. Nord s'avança auprès de Jack, qui eût du mal à le regarder droit dans les yeux.
- C'est bon que tu sois revenu Jack, lui dit-il d'un ton bienveillant.
Le jeune Gardien hocha la tête avec un faible sourire.
- Désolé… j'étais occupé à enneiger tout l'hémisphère.
- Oh la bonne excuse ! ironisa Bunny. Comme si ce genre de chose te prenait six j…
Le Lapin de Pâques fut coupé par le regard sermonneur de Nord. Il abandonna ses reproches envers Jack et compris le message. Il tapota l'épaule de Sab, l'invitant à quitter la Chambre du Globe pour les laisser discuter. Une fois seuls, Jack et Nord se tournèrent l'un vers l'autre. Il eût un bref instant de silence, montrant que tous deux ne savaient comment aborder le sujet. Ce fut le Père Noël qui osa parler le premier.
- Jack… Je suis navré que notre dernière discussion se soit terminée sous une mauvaise entente. Je ne voulais pas que ça soit ainsi. Je sais qu'après ce que tu as vécu, tu-
- J'ai réfléchi Nord, souffla subitement Jack.
Le vieux Gardien s'interrompit, étonné. Il fut surpris par le regard sérieux de l'esprit de l'Hiver.
- C'est pour ça que je me suis éloigné pendant quelque temps après avoir fait tomber la neige sur la moitié du Globe. Je n'ai pas osé revenir avant de mettre ça au clair dans ma tête. Et j'ai pris une décision.
Le Père Noël écouta attentivement les paroles de Jack, quoique un peu déçu intérieurement. Pendant ces derniers jours, il s'était entraîné à préparer au mieux son discours pour s'expliquer, une fois le jeune homme revenu. Bien que cela semble inutile à présent, Nord était rassuré de savoir que Jack avait également raisonné de son côté. Jack s'appuya sur son bâton et prit son inspiration avant de parler.
- Et tu as raison, continua ce dernier d'une voix posée. Je suis peut-être trop présent dans la vie des enfants. Je me suis même attaché à certains d'entre eux. Mais je ne supporterais pas de les voir partir. Comme tu l'as dit, ils grandissent et finissent par vivre leur vie d'adulte, jusqu'à… mourir.
Jack ravala sa salive avec difficulté, mais le visage doux et compréhensif de Nord l'encouragea à continuer.
- Jamie… est le meilleur ami que j'ai pu avoir au cours de ma vie. Mais le jour où il ne me verra plus finira par venir. Je sais que j'en souffrirais…
Nord s'approcha de Jack et lui posa délicatement sa géante main sur l'épaule. Son sourire allégea le cœur du jeune Gardien.
- Je resterais auprès des enfants, poursuivit-il, je trouverais le moyen de leur apporter joie et jeux sans être directement impliqué dans leurs vies. Tout comme toi et les autres. Mais… progressivement. S'il te plaît Nord, laisse-moi du temps. Je te promets de m'éloigner d'eux au fur et à mesure. Mais laisse-moi juste le temps… de leur dire « au-revoir ».
Le Père Noël ne put que hocher, acceptant la requête de Jack. Il jugea que ce garçon espiègle et farceur avait bien grandi depuis qu'il était devenu un Gardien. Il pouvait toutefois lui accorder ce privilège.
- J'ai ta parole Jack, répondit Nord, tu as la mienne.
Jack releva la tête vers lui et afficha une grande expression de joie, ce qui amusa le Père Noël. Il allait le remercier, mais le vieux Gardien ne lui en laissa pas le temps et le saisit vivement par les épaules pour le soulever et lui coller une bise à chaque joue. Lorsqu'il le reposa, Jack avait l'air un peu étourdi mais se mit aussitôt à rire, vite rejoint par le Père Noël.
L'ambiance était dorénavant plus allègre dans le château et cette année, Jack avait pris l'engagement d'apporter son aide à Nord pour préparer sa tournée. Toutefois, quelques yétis refusaient de lui laisser toucher le moindre objet, connaissant son côté farceur et maladroit. Jack en profita donc pour aller charrier un peu le Lapin de Pâques, qui était resté se poser quelques temps dans le palais – en restant toujours près de la cheminée, évidemment. C'est qu'il lui avait manqué ce kangourou, il devait le reconnaître. Au grand désespoir de Bunny, le Gardien du Jeu vint vite le rejoindre et commença à l'embêter en éteignant subitement le feu de la cheminée grâce à son givre. Le lapin râla et eut bien du mal à se retenir de se jeter sur lui. Malgré les rires de l'adolescent, Bunny ne put s'empêcher de se dire qu'il y avait quelque chose d'étrange dans son regard. Il remarqua même que ses blagues n'étaient pas aussi extravagantes que d'habitude. Il semblait même… distrait, par moment. Sentant les yeux insistants du Gardien de l'Espoir posé sur lui, Jack se retourna et prit un air intrigué.
-Quoi ? s'exclama-t-il.
- Rien, répondit Bunny.
- Ben dis-moi, si tu as quelque chose à me dire, incita le jeune homme, le sourire en coin.
- T'as une tête d'abruti.
- Ah bon ? s'étonna Jack, sans pour autant être vexé.
- Jack… Il s'est passé un truc pendant que t'étais absent ?
Le jeune Gardien ne répondit pas, ce qui interrogea plus Bunny qui arqua un sourcil. Mais il n'insista pas davantage, voyant que Jack ne se décidera pas à parler. Celui-ci lui tourna finalement le dos. Son envie de faire des farces s'était calmée instantanément. Un sentiment étrange le submergeait. Il ne saurait comment l'expliquer, cela lui faisait comme l'effet de papillons dans son estomac, comme s'il était sur un petit nuage. Il marcha tranquillement jusqu'à une fenêtre et s'installa à son rebord. Appuyé contre la vitrine, il observa le paysage blanc du Pôle Nord, sans vraiment trop le regarder. Ses pensées s'étaient déjà envolées auprès de la jeune danseuse au parc de Burgess.
o*o
La grande silhouette de l'homme se posta non loin d'une maison dont les lumières étaient éteintes. Après avoir jeté un bref coup d'œil vers celle-ci, il amena une longue flûte à sa bouche. Ses doigts se posèrent délicatement sur les trous de l'instrument et il souffla. Une douce mélodie, une musique envoûtante résonna en écho. Un enfant répondit à son appel.
Sortant discrètement de la maison, il la suivit, les yeux étincelants, comme ensorcelé. Le musicien étira un sourire satisfait avant de reprendre sa musique, s'assurant qu'elle restait à portée des oreilles du jeune garçon. Tout en jouant son morceau, il recula en douceur, s'éloignant progressivement de la maison. Sans un mot, sans vraiment le vouloir, l'enfant se laissa guider par cette musique enchanteresse. Le son de la flûte l'encouragea à le suivre, et il ne se fit pas prier. Pieds nus, uniquement vêtu d'un pyjama, il ignora la griffure des épines des plantes sauvages qui lacéraient sa peau, les coupures provoquées par les rocailles et l'humidité qui trempait ses vêtements. Il suivait d'un rythme lent et paisible le chant de la flûte, n'ayant à peine conscience de ce qu'il faisait réellement. Le musicien semblait le conduire vers les falaises, au bord du grand large de la côte irlandaise.
Fasciné, la frappe violente du vent qui amplifiait à mesure que l'enfant continuait sa route vers le son de la flûte ne le ramenait même pas à la réalité. Pas plus le lourd fracas des vagues contre la falaise ou la grande silhouette de l'homme qu'il suivait inconsciemment. Tout cela lui importait peu, il était heureux. Un sourire ravi dessina ses petites lèvres alors que ses pas se dirigeaient toujours vers cette mélodie insolite et féérique.
L'enfant s'arrêta subitement, le bout de ses pieds venait de toucher le bord du vide. Le vent soufflait brutalement dans ses cheveux fins, mais rien ne le sortait de sa torpeur. L'océan se déchaîna de plus en plus contre les rochers, semblant réclamer enfin leur victime. L'enfant ne bougea pas, il restait immobile, attendant l'ordre de la flûte. Le musicien à son côté le toisa de ses petites pupilles noires, alors qu'un sourire fou déchira son jeune visage. Lentement, comme pour faire durer le plaisir, il posa ses lèvres sur le bec de la flûte et souffla une dernière note. Une note émouvante, une note qui chavira le cœur de l'enfant, au point qu'une larme coula soudainement le long de sa joue. Il leva le pied et l'avança devant lui. Et son poids l'entraîna dans sa chute.
Pas de cri. Pas de pleur. Juste la plainte des vagues qui dévorèrent le corps de l'enfant, pour l'engloutir dans les flots. Jamais on ne le retrouvera.
Le flûtiste regardait la scène depuis le haut de la falaise, montrant un sourire carnassier. Il se retourna finalement, exécutant un large mouvement de sa cape et s'éloigna de la rive. Alors qu'il traversait un bosquet, des silhouettes se mirent à sortir de l'ombre progressivement, la plupart difformes, et suivirent le musicien nonchalamment. Un sourire aliéné dominait le visage de ce dernier, ravi d'avoir accompli son rôle. Son devoir était terminé, il n'avait plus rien à faire ici. Les enfants de ce village ont payé.
Telle était la tâche qu'il s'attribuait en ce monde. La punition. La sanction. Ces enfants qui ont volé, menti, trahi,… Tous des pourris. Ils devaient payer. Ce qui est dû, doit être rendu. Telle était sa philosophie. Ainsi, le flûtiste foulait les terres de ce monde, afin d'assurer un juste équilibre, et châtier ceux qui s'y opposaient. Particulièrement ces enfants, maudites petites vermines qui ne cessaient d'occasionner les pires bêtises. Alors, il leur faisait payer en réponse à leurs délits. À n'importe quel prix.
Il était le Porteur de la Justice, comme il aimait se faire appeler.
Malheureusement pour lui, ses pratiques n'étaient pas aussi bien vues par tout le monde. L'Homme de la Lune lui avait imploré de cesser ces adoptes qui devenaient bien trop excessives. Mais cela, le flûtiste l'ignora, convaincu par l'équité de ses actions. Au contraire, il semblait même se moquer de l'esprit lunaire en riant face à chacune de ses supplications.
Maintenant qu'il jugeait le comté de Clare « purifié », le flûtiste réfléchit à un nouvel endroit où il saurait pratiquer son idéologie. Sa réflexion lui fit rappeler la suggestion d'un esprit qu'il avait rencontré quelque peu. Un certain Devin Shade, si sa mémoire était bonne. Ce dernier lui avait assuré qu'une ville du nom de Burgess nécessitait d'urgence sa venue.
o*o
Jamie était accoudé au bord de la fenêtre, pensif. Voilà plusieurs jours que son Gardien préféré ne s'était plus montré. Lui était-il arrivé quelque chose ? Jamie secoua la tête. Il devait probablement être occupé par ses responsabilités en tant que protecteur et garant de l'enfance. Mais le jeune garçon ne peut s'empêcher de penser que curieusement, Jack l'évitait depuis ces derniers temps. Encore une fausse idée, se répéta-t-il pour la énième fois. Dès lors, Jamie ne cessait de rester auprès de la fenêtre à guetter la venue du Gardien.
Le rire jovial de sa petite sœur le sortit de ses cogitations et il tourna la tête juste à temps pour la voir s'effondrer par terre, après avoir tenté une pirouette plutôt ratée. Carrie accourut auprès d'elle, aussitôt.
- Ça va, Sophie ? s'exclama-t-elle, affolée.
La petite fille rigola pour toute réponse. Carrie lui caressa la tête tendrement, soulagée. Comme au bon vieux temps, depuis leur arrivée, elle et Aurel se faisaient une joie de venir garder les deux enfants, pendant que leurs parents profitaient enfin des moments entre eux deux. Jamie se réjouissait de leur présence, mais il reconnut que Jack lui manquait terriblement.
Carrie souleva Sophie pour la remettre debout et cette fois, l'assista pour effectuer sa pirouette. Jamie la regarda apprendre à sa petite sœur comment danser, et la tentative fut une réussite. Sophie en était toute contente, ce qui amusa fort Carrie.
- Tu fais de la danse ? lui demanda Jamie.
- Eh bien… J'en ai fait quelques années, répondit Carrie, surprise par sa question. Dix ans, je crois. Mais j'ai dû arrêter entre temps.
- Ah bon ? Pourquoi ?
- Je commençais un peu à en avoir marre, avoua la jeune fille. Tu sais, je n'avais pas fait de la danse de mon plein gré. C'était ma mère qui m'a inscrite à l'école de danse classique. Moi j'étais plus garçon manqué et je voulais apprendre le baseball.
- C'est pour ça que tu as arrêté alors ?
- Disons que… j'ai vécu des choses qui m'y ont obligé.
Jamie fronça les sourcils. Il y avait beaucoup de mystère dans les paroles de Carrie. Même si elle n'était pas réputée pour beaucoup se dévoiler, il n'y avait aucun doute pour lui qu'elle cachait quelque chose. Carrie ne remarqua pas le regard inquisiteur que le garçon lui lançait, trop occupée à retenir Sophie. Il se leva alors et partit rejoindre sa cousine en cuisine, qui s'attelait à la pâtisserie.
- Tiens, Jamie, goûte-moi ça ! s'exclama cette dernière en lui tendant une cuillère remplie de crème. J'ai pensé en utiliser pour les cupcakes.
- Dis Aurel, commença Jamie en attrapant la cuillère, toi tu étais partie pour étudier à New York ?
- Oui c'est ça ! lui certifie-t-elle.
- Mais Carrie, elle, elle est partie de Burgess avant toi, non ?
- Euh… oui, c'est vrai, fit Aurel d'une voix hésitante. Mais pourquoi tu me demandes ça tout à coup ?
- Je voulais juste savoir pourquoi elle était partie. Par simple curiosité, s'empressa d'ajouter le jeune garçon.
Le visage d'Aurel se troubla subitement. Visiblement, elle ne s'était pas attendue à être interrogée sur ce sujet qui semblait tabou. Jamie commença à regretter d'avoir été trop curieux en voyant son expression. Sa cousine jeta un bref coup d'œil vers le salon, où elle vit Carrie essayer de positionner Sophie sur les pointes. Elle fit un petit soupir avant de se tourner vers Jamie en lui souriant. Elle était agréablement surprise par son intelligence et son côté observateur. Elle se baissa à son niveau et mit une main à son épaule, plongeant son regard bleu dans celui de son cousin.
- Jamie, dit-elle d'une voix douce, tu n'es qu'un petit garçon qui ne devrait pas être mêler à certaines histoires d'adultes. Mais tu grandis et tu as le droit de savoir, parce que je sais que tu es capable de comprendre. Cependant, j'aimerais que tu gardes pour toi ce que je vais te dire.
Aurel s'interrompit pour tourner la tête vers la pièce où se trouvait sa meilleure amie, voulant s'assurer qu'elle n'entende pas leur conversation.
- Vois-tu, reprit-elle, Carrie a vécu des choses difficiles. Tu sais qu'elle a perdu son père très jeune. Mais depuis toute petite, il lui arrivait parfois de parler toute seule. Au début, on pensait qu'elle ne faisait que s'adresser à ses amis imaginaires, comme beaucoup d'enfants. Seulement, cette habitude qu'elle avait a persisté et s'est même amplifié depuis la mort de son père. Carrie affirmait qu'elle parlait à des créatures réelles, mais qu'elle ne comprenait pas pourquoi personne d'autre qu'elle ne les voyait. Les gens ont commencé peu à peu à la prendre pour une folle. Même sa propre mère, qui a finit par l'envoyer à l'asile.
La révélation fut un peu brutale pour Jamie, qui commençait à comprendre la situation. Mais le doux regard d'Aurel avait suffi pour en atténuer l'effet.
- Malgré l'assistance de médecins, Carrie aurait eu du mal à guérir. Finalement, quand elle était sortie de l'asile, elle a voulu échapper à tout cela. Partir pour oublier. Maintenant, elle semble en être apaisée, mais je crains que certains souvenirs de cette période lui soient encore restés.
- Et toi ? demanda Jamie, après un court silence. Est-ce que tu as cru qu'elle était folle ?
Aurel s'attendait à ce que son cousin lui pose cette question. Elle réfléchit comment formuler sa phrase.
- En tant que meilleure amie, je n'ai pas le droit de douter de Carrie. Certes, cette histoire est très étrange, mais je suis sûre qu'il y a une explication plausible à tout cela. J'ai confiance en Carrie, je sais qu'elle dit vrai.
Jamie hocha la tête. Alors ce qu'il avait cru était bien réel. La dernière fois que Jack était venu le voir, il aurait juré que Carrie l'avait vu. Et c'était bien ce qu'il s'était passé. Carrie n'était pas folle, elle pouvait simplement voir les légendes, comme lui et les autres enfants. Il remercia Aurel pour ses explications, cette dernière lui ébouriffant les cheveux.
- Jamie, je n'ai pas envie que les mauvais souvenirs ressurgissent en elle, précisa-t-elle. Surtout, ne va pas embêter Carrie avec ces histoires. Je peux compter sur toi ?
- Promis ! jura Jamie.
La jeune blonde lui sourit, reconnaissante. Jamie gouta enfin la nouvelle crème qu'elle venait de préparer. À première vue, il semblait fort apprécier. Le jeune garçon alla ensuite rejoindre sa sœur et Carrie dans le salon, quand il pressentit un mouvement à l'extérieur. Il tourna vivement la tête dans la direction de la fenêtre puis s'y précipita. Il remarqua que la brise s'était intensifiait, que quelque chose de rapide perturbait le mouvement des arbres. Cela se répéta à plusieurs reprises jusqu'à ce que Jamie crut apercevoir du coin de l'œil une silhouette bien familière, avant que celle-ci ne disparaisse. « Jack ! », pensa -t-il avec excitation.
Le garçon accourut vers l'entrée et enfila rapidement son gilet, son bonnet et ses bottes, sans répondre aux appels de Carrie. Il sortit de la maison et suivit la brise.
- Jack ! appela-t-il.
Pas de réponse. Mais les perturbations contre les arbres et le son du vent étaient toujours présents. Il continua à suivre la piste que lui traçaient les petites bourrasques.
- Jack ! répéta Jamie. Attend-moi !
Sans vraiment en prendre conscience, Jamie pénétra dans les profondeurs de la forêt. Les murmures de la brise cessèrent à l'instant, plongeant le garçon dans le silence morbide des bois. Malgré cela, il ne se laissa pas gagner par la peur et trouva même le courage de poursuivre sa route au cœur de la forêt. Il progressa à travers les arbres enneigés, en appelant le nom du jeune Gardien à répétition. Ce dernier ne semblait pas vouloir se montrer et Jamie crut à une nouvelle farce de Jack, voulant jouer à cache-cache. Le garçon joua franc jeu et s'enfonça davantage dans les bois pour s'adonner aux recherches.
Sur son chemin, il atteignit une large clairière à l'aspect plutôt lugubre. Au centre de cette clairière se trouvait un trou creusé dans le sol, dont tout le contour était dépourvu de neige et entouré d'une végétation sombre et sèche. Intrigué, Jamie osa s'en approcher mais, pour une raison qu'il ignorait, avec une certaine appréhension. Il eût alors le souffle coupé quand il remarqua qu'une sorte de faible nuée noire s'élevait depuis les abysses du trou. Malgré un sentiment de peur qui commençait à s'emparer de lui, Jamie se risqua à faire quelques pas de plus, ce qui lui permit de constater que la nuée était en réalité un amas de grains de sable noir. Celui-ci serpentait autour de la cavité d'un rythme placide et menaçant. Dès qu'il le perçut, Jamie comprit alors la sensation de peur qui l'accablait. Il était paralysait, il ne pouvait plus faire aucun geste. Et cette réaction était provoquée uniquement par ces tentacules de sable qui lui léchèrent le bout de ses chaussures. Jamie ne réagit pas, plongé dans sa transe. Son cœur battait fort contre sa poitrine et il sentait son corps tremblait peu à peu.
Une main lui saisit subitement l'épaule. Jamie sursauta violemment et cria. Mais il stoppa net en découvrant qu'il s'agissait de Carrie. Celle-ci semblait essoufflée.
- Jamie, souffla-t-elle, qu'est-ce qui te prend ?
Le garçon ne répondit pas, le cœur frappant encore rapidement, le visage apeuré. Carrie fronça les sourcils, inquiète par son expression.
- Pourquoi est-ce que t'es parti en trombe de la…
La jeune fille s'interrompit, alors qu'elle vit ce qu'il se produisait derrière Jamie. Celui-ci parvint peu à peu à se calmer. Voyant le faciès horrifié de Carrie, il comprit qu'elle exactement voyait les tentacules de sable noir.
-Qu'est-ce que…, commença-t-elle.
Soudain, un flot gigantesque de sable noir s'échappa du trou pour s'élever en hauteur, dans un mouvement assourdissant. Épouvantés par la scène, Jamie et Carrie observèrent alors l'énorme tas de sable se former en une main géante aux longs doigts crochus alors que leur peur les dominait considérablement au fil des secondes. Entièrement façonnée, la main se jeta aussitôt droit vers eux, cherchant à les attraper. Carrie attrapa vivement le bras de Jamie et l'emmena avec elle, courant à perdre haleine dans le but de s'éloigner le plus possible de cette chose démoniaque. Ils n'avaient pas le temps de réfléchir et laissaient leur instinct de survie prendre le dessus.
Jamie détourna légèrement le visage, apercevant la main toute proche, prête à s'emparer d'eux. « C'est la peur ! » pensa-t-il subitement, croyant comprendre, « c'est la peur qui l'a faite apparaître ! ». Sa peur et celle de Carrie nourrissaient cette chose infâme et lui permettaient de progresser. Si ce qu'il pensait était vrai, il lui suffisait de ne plus avoir peur pour que le sable noir disparaisse. Du moins, si la peur que ressentait Carrie n'était pas aussi intense que la sienne. Jamie se concentra et ferma les yeux. Il ne devait pas avoir peur. Ce n'est rien de plus que du sable, il ne lui fera pas de mal. Il pensa alors aux souvenirs des Gardiens, venant les secourir de l'emprise du Croquemitaine sur les merveilles de l'enfance. Il pensa à Jack Frost et se rappela de leurs moments de jeux. Il se souvint de la fois où il l'avait emmené dans les airs, lui donnant l'occasion de voir Burgess de haut et de toucher les nuages. Un magnifique souvenir.
En se remémorant tout cela, le cœur de Jamie s'allégea et il sentit la peur évacuer son être aussi vite qu'elle était apparue. Concentré sur ses pensées, il trébucha sur une lourde racine qui le fit effondrer à terre, entraînant Carrie de sa chute. Celle-ci se retourna et vit la main ensablée sur le point de s'écrouler sur eux. Elle tenta de reculer en poussant les pieds sur le sol enneigé, sans la quitter des yeux. Croyant à la fin, elle se cacha les yeux de ses mains.
Mais Jamie n'avait plus peur. Face à la main géante, il tendit la main et ferma les yeux, espérant aussi fort qu'il put. Le bout des doigts crochues l'avait à peine frôlé qu'il se transforma en sable d'or. Le reste de la main se retira rapidement de sa portée, se tordant de douleur, avant de s'atténuer et de rentrer à nouveau dans les tréfonds du trou central. Le silence s'imposa brutalement dans la clairière, comme si de rien n'était. Carrie libéra alors lentement son regard de ses mains et fut subjuguée de ne plus rien découvrir devant elle. À son côté, Jamie regardait sa main, à la fois abasourdi et souriant.
- Mais… balbutia Carrie. C'était quoi… cette chose ?
- C'est sûrement Pitch Black ! s'exclama Jamie.
- Hein ? Quoi ? prononça-t-elle, encore paniquée par ce qu'il venait de se produire.
- Le Croquemitaine ! Tu sais, l'esprit qui se cache sous nos lits et nous fait faire des cauchemars. Je suis sûr que c'est lui, expliqua le garçon comme si c'était une évidence.
Carrie observa Jamie, sans comprendre. Elle secoua la tête.
- Ne dis pas de sottises, Jamie… soupira-t-elle. Il doit y avoir une explication logique à ça…
- Non, je t'assure qu'il existe ! affirma Jamie, voulant à tout prix convaincre la jeune fille. Tout comme les autres légendes. Tu as bien vu toi-même que ce n'était pas normal ! Je me souviens, le sable noir, c'était bien Pitch. Il faut prévenir Jack et les Gardiens d'urgence !
- Jack ?
- Jack Frost, le garçon qui jouait avec moi et Sophie l'autre jour. Tu te souviens ? C'est un des Gardiens qui protègent tous les enfants du monde entier. Les cheveux blancs, un pull bleu. Tu l'as même vu s'envoler après qu'on soit rentré.
Jamie crut un moment voir Carrie tressaillir. Elle baissa les yeux. Son regard devint neutre et vide, alors qu'elle prononça d'une petite voix :
- Je ne vois pas de quoi tu parles…
Cette phrase lui était si absurde qu'elle fit lever le jeune garçon du sol, qui se posta juste en face de Carrie, les poings serrés.
- C'est pas vrai ! Je sais que tu l'as vu ! s'indigna Jamie. Tu l'avais bien suivi du regard. Pourquoi tu veux me faire croire que tu n'as rien vu ? Tu peux voir les légendes, Carrie ! Tu peux les voir depuis toute petite et aujourd'hui encore tu les voies !
Son emportement le lui en fit dire trop. Jamie plaqua alors sa main contre sa bouche, se rendant compte de la gaffe qu'il venait de faire. Sa cousine lui avait fait promettre de ne pas mentionner le passé devant Carrie, mais pris dans son élan, il cela lui avait échappé. Carrie n'avait pas levé la tête, elle resta immobile pendant quelques temps, mais l'expression de son visage faisait comprendre que les souvenirs de son dur passé refaisaient surface. Jamie était désemparé, ne savait pas quoi faire pour se rattraper.
-Je… Pardon, Carrie…
La jeune fille secoua doucement la tête, en fermant les yeux. Un bref petit sourire apparut sur ses lèvres pour disparaître aussitôt. Elle leva enfin le regard vers Jamie.
-Ne… ne me parle plus de ces histoires, s'il te plaît, lui demanda-t-elle.
Jamie ne put que consentir à sa requête, gêné de l'avoir mise dans cet état. Il aimait beaucoup Carrie, il ne voulait pas lui faire de mal. Le garçon renonça alors à lui faire cracher le morceau. Il tendit sa main à la jeune fille, pour l'aider à se relever. Une fois debout, celle-ci retira la neige qui trempait son pantalon, avant de tourner les yeux vers le centre de la clairière.
- Il vaut mieux que n'approche plus cet endroit Jamie, conseilla-t-elle d'une voix un peu effrayée.
Jamie approuva et prit sa main dans la sienne. Tout deux rentrèrent ensuite vers la maison du garçon, se promettant de garder pour eux ce dont ils venaient d'être témoins.
o*o
Jack Frost s'en voulut énormément d'avoir filé comme un voleur et de ne pas avoir répondu aux appels de Jamie quand celui-ci le poursuivait. Le garçon aurait cru sans doute à une partie de cache-cache, mais la réalité était que le Gardien le fuyait vraiment. Après plusieurs jours d'absence, il mourait d'envie de le revoir. Mais sa discussion avec Nord refaisait surface dès qu'il y pensait. Jack avait alors songé à s'exercer à cette tâche, tentant de rester le moins en contact possible avec les enfants. Par conséquent, Jamie était dans le lot. Alors le jeune Gardien essayait de prendre l'habitude de veiller de loin sur son ami sans lui faire remarquer sa présence. Et cela se montra bien plus difficile qu'il ne l'aurait cru. Jack avait beaucoup de mal à se retenir, à contrecœur, de se jeter sur Jamie et de le serrer dans ses bras pour lui prouver qu'il était bien là. Mais surtout parce que le fait d'être aux côtés du garçon l'envahissait de bonheur. Et malheureusement, il devait s'en éloigner.
Nord lui avait certes permit de ne pas quitter les enfants dans l'immédiat, de prendre le temps de les laisser. Mais Jack avait bêtement pensé que plus tôt l'habitude serait prise, moins cela serait douloureux. Aussi, il craignait de céder facilement à la tentation s'il passait encore du temps à jouer auprès des enfants. Ainsi, Jack s'était imposé la règle de ne plus approcher d'eux le plus tôt possible. Et ce, en dépit de son cœur déchiré.
Les appels de Jamie étaient si insistants alors que Jack continuait à s'éloigner de lui. Il eut failli faire demi-tour un moment donné pour le retrouver, mais s'interrompit dans son élan et reprit chemin en pénétrant dans la forêt. Finalement, la voix de Jamie n'était plus perceptible, et Jack se posa sur une branche, croyant l'avoir semé. Il se répudiait lui-même, jugeant que ses actes n'étaient pas dignes de celles d'un ami. Mais la voix de la raison, comme il s'était mis à l'appeler, finissait par prendre le dessus.
Le Gardien sursauta alors quand il entendit des cris s'élever au loin et faire écho à travers les sapins. Jack sauta de sa branche et s'envola rapidement dans la direction où ils semblaient provenir. Son cœur accéléra le rythme quand il cru reconnaître le cri de Jamie. Il tenta de se hâter, mais son vol semblait durer bien trop longtemps. Il s'affola davantage lorsqu'il prit conscience que les voix venaient de la clairière où se trouvait le repaire de Pitch. Il atterrit prestement avant de continuer sa course à pied. Lorsqu'il atteignit enfin le lieu maudit… Rien.
Il n'y avait rien de suspect. Si ce n'est que de la neige semblait avoir été violemment remuée sur une large superficie autour du trou de la tanière du Croquemitaine. Jack sentit ses épaules s'affaisser lourdement suite au soulagement. En levant le regard plus loin, il aperçut Jamie aux côtés d'une fille qui lui tournait le dos, aussi il ne put distinguer nettement son visage, tous deux à terre. Jack prit alors conscience qu'il était bien en évidence et s'empressa de se cacher parmi les branches touffues des sapins. Toutefois, il était curieux et voulait à tout prix savoir ce qu'il s'était produit, quelle était la raison de leurs cris quelques minutes plus tôt. Il s'approcha discrètement, filant entre les bras touffus d'épines, pour que leur conversation soit enfin à sa portée.
- Je t'assure qu'il existe ! leva la voix du garçon.
Jack se stoppa sec, restant bien dissimulé dans les arbres, et tendit l'oreille.
- Tu as bien vu toi-même que ce n'était pas normal ! C'était bien Pitch, continua Jamie, il faut prévenir Jack et les autres Gardiens d'urgence !
Jack sursauta, il se doutait qu'il s'était passé quelque chose. Au moins, l'enfant et la jeune fille ne semblaient pas être blessés, auquel cas ce serait une excuse pour lui d'intervenir. Il médita les paroles de Jamie. Pitch… de retour ? Jack soupira d'angoisse. Non, pas maintenant.
Avant qu'il ne s'envole pour vite en faire part à ses amis Gardiens, une nouvelle phrase de Jamie attira son attention.
- Jack Frost, tu l'as même vu s'envoler après qu'on soit rentré.
- Je ne vois pas de quoi tu parles…, souffla si bas la jeune fille, que Jack eût du mal à l'entendre.
- C'est pas vrai ! Je sais que tu l'as vu ! s'emporta Jamie. Tu peux voir les légendes, Carrie !
Encore une fois, Jack fut retourné par les mots du garçon. Cette fille l'aurait vu… C'était impossible, elle avait dépassé depuis longtemps l'âge où l'innocence prédominait chaque être. Le jeune Gardien se risqua un jeter un petit coup d'œil. Sa réflexion avait était trop longue, car il vit déjà Jamie et la jeune fille partir et sortir de la forêt. En la voyant de dos, Jack se demanda s'il ne l'avait pas déjà vu quelque part.
Voilà des découvertes pour le moins inquiétantes et intéressantes. Une potentielle réapparition de Pitch et une fille majeure qui serait capable de le voir. Jack en voulut avoir le cœur net. Plutôt que de filer droit au Pôle, il se dirigea vers la maison de Jamie. Au diable les règles pour cette fois !
En arrivant à proximité, il vit de la lumière à l'intérieur de la maison. La nuit tombait rapidement dans cette région en période d'hiver. Jack se précipita à la baie vitrée et colla son visage contre la vitrine, du givre apparaissant dessus au niveau de ses doigts. Mais il n'aperçut que Sophie en train de jouer à la poupée, tant absorbée par ses jeux qu'elle ne remarqua pas l'esprit. Jack fit alors le tour de la maison, s'arrêtant aux fenêtres de la chambre de Sophie ou de Jamie, dans l'espoir de retrouver ce dernier. Sans succès. Le Gardien se demanda où avait-il bien pu passer. Peut-être n'était-il pas encore rentré ? Pourtant, Jamie et la jeune fille – Carrie, si il avait bien entendu – étaient partis bien devant lui. Jack pensa alors à une dernière idée. Une idée… un peu stupide, il devait avouer. Il se plaça au seuil de la porte d'entrée et, après un court moment d'hésitation, sonna. Au pire, si un adulte ouvrait, il croira à une farce d'un garnement qui aimait sonner aux portes.
Il attendit quelques secondes jusqu'à entendre des pas de l'autre côté de la porte et le verrou tourner. Jack sursauta en voyant qu'il ne s'agissait pas de Jamie. C'était Carrie qui venait d'ouvrir. Et à ce moment-là, le jeune Gardien fut chamboulé par deux choses. La première était que cette fille le voyait, juste en face d'elle, les yeux écarquillés. La seconde était son regard noisette et étincelant qu'il reconnut instantanément. Cette fille était celle qui l'autre jour avait dansé sous les flocons.
Alors mes chers, qu'en dîtes-vous ? :D
Je sais, il ne se passe pas grand chose dans ce chapitre, si ce n'est quelques petites révélations et l'apparition d'un autre ennemi. Mais j'espère néanmoins que vous l'aurez appréciez ! :D Notamment le petit avant-goût du nouvel antagoniste, auquel vous en apprendrez davantage dans les prochains chapitres ;D D'ailleurs, je pense que certains d'entre vous l'auront reconnu... Par rapport au retour de Pitch, j'avoue que je l'ai décidé au dernier moment. Autant vous prévenir qu'il aura un rôle plutôt secondaire dans l'histoire.
Merci d'avoir lu. N'hésitez pas à laisser des reviews pour me dire ce que vous en pensez ! :) A la prochaine !
PS : Pour ceux qui lisent également ma fiction crossover Rotg/Alice, rassurez-vous ! J'essaierai de sortir le prochain chapitre le plus vite possible ! ;)
