Salutation à vous tous ! J'espère que vous profitez bien des vacances ! :D Moi c'est le cas, peut-être même un peu trop... x) Je joue vraiment la grosse flemmarde ces derniers temps, d'où le retard de ce chapitre. Bon d'accord... je l'avoue j'ai passé mon temps à relier les liens avec ma Ps3 ! Voilà vous êtes contents ?! x)
Bref, dans ce chapitre, vous allez enfin découvrir l'identité du joueur de flûte du précédent chapitre :) J'espère qu'il vous satisfera !
Je tiens à dire à ceux qui lisent également mon autre fiction que je suis désolée du retard pour le prochain chapitre, mais que je tenterais de le publier au plus vite ! J'ai déjà le squelette, il ne me manque plus que les détails pour finir de rédiger ;)
Sur ce; je vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre VIII
Un don
o*o
Jack resta sans voix. Il ne pouvait rien dire. Il ne savait que dire. Il restait là, au seuil de la porte à regarder le fin visage de cette jeune fille qui l'avait charmé juste en quelques pas de danse au milieu des flocons. Sans en être réellement conscient, un sourire béat étirait ses lèvres, tandis que ses yeux reflétaient comme de l'émerveillement. De près, comme de loin, cette fille le captivait, involontairement pour l'un comme pour l'autre. Le temps semblait s'être arrêté. Maintenant qu'elle était en face d'elle, le jeune Gardien prenait le temps de distinguer le moindre relief de ses traits. Sa peau lisse, ses joues rosée, ses lèvres pulpeuses… La jeune fille l'envoûtait de plus en plus à mesure qu'il la contemplait. Ce qui troublait néanmoins Jack fut son regard noisette et pétillant perdre subitement de ses étincelles à l'instant même où elle l'avait vu, laissant place à une crainte qui devenait presque vive.
Il vit du coin de l'œil sa main accrochée à la poignée de la porte trembloter légèrement. Sa respiration s'intensifia, il sentit son souffle contre son visage. Jack devina qu'elle était apeurée. Par sa présence. Elle ne cria pas, mais sa réaction faisait clairement comprendre sa frayeur. Elle aussi l'avait reconnu. La sensation de légèreté au creux de l'estomac de Jack s'évanouit alors pour laisser place à de la gêne. Il voulut la rassurer, lui faire comprendre qu'il n'avait aucunement l'intention de lui faire du mal. Il amorça une petite approche en tendant un peu le bras vers elle. Carrie sursauta, suffocant un gémissement.
-Ne… ne t'en fais pas, commença-t-il d'une voix douce. Je ne-
Et la porte se ferma brutalement juste sous son nez.
o*o
Bunny ne pouvait plus se contenir. Ses rires résonnaient à travers toutes les pièces, même cachées, du palais du Père Noël. Bien que cela ne perturbait en aucun cas l'activité des yétis, les éclats du Lapin de Pâques se firent encore plus intensifs chaque minute. Dans la Chambre du Globe, il se tenait les côtes tellement il en avait mal de rire. Bunny n'avait pas l'habitude de faire preuve d'autant d'hilarité, ce qui avait vivement surpris ses congénères, tous réunis avec lui. Excepté Jack, qui le toisait avec un regard pleinement vexé et presque enragé, sa peau blafarde mettant bien en évidence son nez rougi par le coup qu'il s'est mangé quelque peu. La Fée des Dents, toujours au bon soin, avait insisté pour lui coller un pansement au-dessus, ce qui provoqua des larmes aux yeux de Bunny.
- Hahaha ! Jack Frost… Se prendre une porte en pleine face !
Il repartit de plus belle. Jack se froissa encore plus et ne pouvait plus supporter ces rires. Il se retint avec grande difficulté de réfrigérer Bunny, l'œil sévère de Nord le lui contraignant. Sab, quant à lui, ne sut trop comment réagir. Il aurait bien voulu se joindre au Lapin de Pâques, mais son attachement envers le benjamin et l'énervement de ce dernier le laissa neutre. Il tenta toutefois de dissimuler ses rires silencieux du regard des autres. Au bout d'un moment, Bunny consentit à se calmer un peu et s'essaya les larmes de ses yeux.
- Franchement, qu'est-ce que j'aurais pas donné pour voir ça ! commenta-t-il entre deux rires.
- Encore un commentaire de ce genre et je peux t'assurer qu'il y aura du civet de lapin pour ce soir ! s'emporta Jack, le foudroya du regard.
- Oh mon pauvre petit !
- Bon ça suffit ! intervint alors le Père Noël en levant les bras. Maintenant que la rigolade est terminée, revenons sérieusement au cœur du sujet. Jack, tu veux dire que Pitch est de retour ?!
Le jeune Gardien se déraidit quelque peu en tournant le regard vers Nord.
- J'en suis pas sûr, dit-il en évitant de se toucher le nez qui lui faisait atrocement mal. Je suppose juste qu'il aurait attaqué Jamie et Carrie quand ils étaient à proximité, en entendant leur discussion.
- Il les a attaqués ?! s'affola la Fée des Dents, en plaquant ses mains délicates sur son visage.
- Ils sont sauvés, rassure-toi, répondit Jack avec un sourire consolant.
- Mais ça ne fait que quelques mois qu'on l'a renvoyé dans sa tanière moisie ! s'exclama à son tour Bunny. Il n'aurait pas dû bouger avant au moins plusieurs années dans le pire des cas !
Sab, qui avait tourné la tête entre ses amis Gardiens enchainant les dialogues avec rapidité, ne fut pas mécontent qu'un petit silence s'impose pour reposer sa nuque qui allait finir tordue à force de pivoter. Il se frotta l'arrière du cou, avant de se faire dominant en lévitant vers Nord et fit apparaître quelques symboles en or au dessus de lui. Les dessins représentaient la silhouette d'un enfant – Jack ne mit pas plus de deux secondes pour reconnaître Jamie – et à son côté un globe tournant dont plusieurs points brillaient, comme le Globe Géant. Nord hocha la tête.
- Tu penses que le fait que Jamie se soit approché de l'antre de Pitch, sa croyance envers nous l'aurait réveillé ?
Le Marchand de Sable répondit à la positive, fort ravi d'avoir été compris.
- Ça se tient, avoua Bunny. Sauf que Jamie n'est qu'un enfant parmi des millions. Sa lumière seule n'aurait pas suffi pour que Pitch récupère un peu en puissance…
- Jamie n'était pas seul à ce moment-là, rappela vivement Jack.
Les autres Gardiens se tournèrent alors vers lui, comme un seul homme.
- Ah oui ! fit le Lapin de Pâques avec un sourire en coin, en pointant son doigt vers le nez rougi du jeune homme.
Le jeune Gardien grinça des dents. La main de Fée sur son épaule lui dissuada de s'emporter davantage, tandis que Sab et Nord furent troublés par ses dernières paroles. Le Marchand de Sable fit apparaître à nouveau la silhouette en or de Jamie au-dessus de sa tête, suivi d'un signe égal et à son côté la forme d'une jeune fille qui devait sans doute désigner Carrie, puis termina par un point d'interrogation. Jack haussa un sourcil perplexe, ne comprenant pas l'allusion du petit homme.
- Ce que veut sans doute dire Sab, expliqua le vieux Gardien, c'est que tu sous-entendrais que cette Carrie aurait influencé l'attaque de Pitch ?
Sab hocha la tête pour confirmer ce qu'il tentait de dire. Jack semblait comprendre maintenant. La présence de Carrie en plus de celle de Jamie aurait peut-être attiré le sable noir hors de l'antre du Croquemitaine. Pour une raison inexpliquée.
- Alors… continua Nord, il y aurait quelque chose en elle qui…
Il n'eût pas besoin de terminer sa phrase pour que les autres présents de la pièce comprennent son équivoque.
- Jack, s'enquit Fée après un court silence, es-tu bien sûr que cette jeune fille t'ait vraiment vu ?
- Évidemment qu'elle m'a vu ! Comment crois-tu que j'ai pu me faire ça ! s'exclama l'interpellé en désignant son visage.
Il tourna le regard vers Bunny qui paraissait être à deux doigts de s'esclaffer à nouveau. Ce dernier serra les lèvres non sans mal pour se retenir.
- Mais c'est impossible… souffla Nord, songeur. Elle a déjà bien passé l'âge de croire en nous.
- J'ai entendu sa conversation avec Jamie, reprit Jack. Apparemment elle peut nous voir depuis toute petite et interagir avec nous.
- Comment cela se fait-il ? s'étonna Fée.
- Elle est peut-être attardée dans sa tête, préjugea Bunny.
- Non, le contredit le Père Noël. Même si c'était le cas, elle doit avoir perdu naturellement l'innocence et l'imagination qui caractérisent les enfants.
- Dans ce cas, comment peux-tu expliquer que cette mortelle peut voir l'énergumène qui nous sert de congélateur.
- Tu sais ce qu'il te dit, le congélateur !
- Qu'il est vide peut-être ?
- Stop ! Arrêtez vous deux, somma la voix de Fée. Laissez un peu vos disputes de côté !
Bunny et Jack se toisèrent furieusement avec insistance, avant de se détourner l'un de l'autre et de croiser les bras. Le Père Noël soupira devant le comportement des deux fortes têtes.
- Bon, reprit Bunny, admettons qu'elle peut nous voir, qu'est-ce que ça change ?
Nord écarquilla ses grands yeux bleus enfantins, semblant presque outré par la remarque du lapin de Pâques.
- Comment ça, qu'est-ce que ça change ?! Te rends-tu compte qu'elle serait la première adulte à voir les légendes depuis plusieurs siècles ! De plus, si cette fille aurait vraiment influencé le réveil de Pitch, elle doit être spéciale...
- Devin… murmura alors Jack.
Il revit avec précision le sourire hautain de l'esprit, la nuit de leur confrontation.
Les enfants ? Comme si ces petites choses frêles et insignifiantes m'intéressaient ! soupira-t-il d'ennui. Néanmoins, la fille brune soutire fortement mon attention…
- Il… veut Carrie…, finit-il par dire pour répondre aux regards interrogateurs des autres Gardiens.
La Fée des Dents frémit à l'idée qu'un esprit ait l'intention de faire du mal à une humaine, tandis que Bunny et Nord froncèrent les sourcils.
- Alors, fit le Lapin de Pâques en fixant Jack, elle serait vraiment spéciale…
- Je te l'ai dit, signala le jeune homme, je n'étais pas là quand ça s'est passé.
- Mais ça pourrait expliquer comment Pitch ait pu revenir, jugea Fée d'une voix inquiète.
- Inutile de s'affoler ! s'exclama Bunny. Il n'est pas encore revenu, il s'est juste un peu manifesté et encore, nous n'en sommes pas sûrs puisque nous n'avons rien vu.
- Il vaudrait mieux être prudent vis-à-vis de ça, insista la Gardienne.
- Le seul moyen de s'en assurer, souffla Nord en caressant sa barbe, se serait d'interroger l'un des deux témoins à l'attaque de Pitch.
Le regard des autres était rivé sur le Gardien des Merveilles. Ils méditèrent ses paroles, craignant d'avoir mal compris. Quel que fut l'aboutissement de leur réflexion, il était clair que le « témoin » que qualifier le Père Noël n'était en aucun cas un petit garçon. Bunny allait répliquer, quand un mouvement sur le Globe géant attira l'attention de tous les Gardiens. Ils affichèrent un air épouvanté lorsqu'ils prirent conscience qu'un nombre important de lumières de part et d'autre du globe terrestre venaient de disparaître.
o*o
- C'est pas croyable !
Le père de Jamie reposa brusquement sa tasse de café sur la table, visiblement troublé par ce qu'il venait de lire dans le journal qu'il tenait entre ses mains. Son exclamation fit lever la tête de sa femme et de Jamie de leur assiette remplie d'œufs brouillés. Sophie continuait à s'amuser avec un lapin en peluche, sans se soucier de son entourage.
- Qu'est-ce qui se passe ? s'interrogea Mrs Bennett.
- Écoute-moi ça, lui somma son époux. Plus de soixante enfants sont portés disparus dans le comté de Clare. Apparemment, cela se serait produit dans la nuit. Et ce n'est pas tout ! Ce genre d'évènement s'est aussi réalisé dans d'autres pays : Russie, Brésil, Birmanie, Chine,… Des centaines d'enfants à travers le monde se sont volatilisés ! Quelques uns en Inde ont été retrouvés noyés dans le Gange.
Un bruyant raclement de gorge interrompit la lecture de Mr Bennett, alors qu'il leva le regard pour découvrir sa femme le fixer de ses yeux furibonds. Elle désigna du coin de l'œil leur fils Jamie qui regardait intensément son père. Le jeune garçon avait la bouche entrouverte et les yeux arrondis, suite au choc de la nouvelle. Les gestes de son père furent plus hésitants lorsqu'il prit compte que ce genre de discours n'était pas des plus appropriés devant un enfant. Il referma prestement son journal pour le reposer et reprit sa tasse en main pour boire une gorgée. Mrs Bennett se tourna vers son fils, à son côté, et lui caressa tendrement la joue.
- Ne t'en fais pas Jamie, lui dit-elle d'un ton rassurant, ce ne sont que des histoires pour que les journaux aient quelque chose à dire.
Jamie ne put que hocher la tête suite à ses paroles. Il ne fut pour le moins pas autant convaincu. Mais il se garda d'en faire part à sa mère. Après avoir terminé son jus d'orange, il demanda l'autorisation de sortir de table.
- Bien sûr, acquiesça sa mère. Tu n'as qu'à jouer dans le salon avec Sophie en attendant l'arrivée d'Aurel.
- Carrie ne viendra pas ? quémanda Jamie, étonné.
- Elle est retenue. Je crois qu'elle va faire une visite chez le docteur. Elle ne se sent pas très bien ces derniers temps, d'après ce que m'a dit Aurel.
Le garçon n'en demanda pas plus et partit dans le séjour avec Sophie. Il se doutait que l'absence de Carrie était due aux derniers évènements. La jeune fille n'avait plus osé lui parler depuis ce qu'il s'est passé dans la forêt. Même si Jamie ignorait très précisément ce qu'elle avait vécu dans le passé, il supposait que les mauvais souvenirs refaisaient surface en elle. Il craignait que Carrie soit fâchée contre lui. Il rejeta la faute sur lui, il n'avait pas su tenir la promesse qu'il avait faîte à sa cousine, peu avant l'évènement. Jamie espérait qu'elle ne sera pas trop déçue de lui quand elle arrivera.
Ses pensées divaguèrent ensuite vers les nouvelles du journal qu'avait énoncé son père. Des centaines d'enfants volatilisés ? C'était peine croyable ! Il songea aux Gardiens. Leurs forces et leurs pouvoirs se puisaient de la croyance des enfants. Que leur arriverait-il s'ils venaient à disparaître ? Attristé de n'avoir plus aucune nouvelle de Jack depuis plusieurs jours, il espérait toutefois fort que les Gardiens trouveront une solution à ce problème. Ils sauront y faire face. Après tout, ils ont bien déjà réussi à vaincre le Croquemitaine en personne !
o*o
- C'est vraiment indispensable ?
James O'Clock ne supportait pas qu'on l'oblige à jouer les pigeons voyageurs. Mais que pouvait-il faire d'autre ? Ses pouvoirs n'avaient pour fonction que de modeler et déformer les lieux, ou de relativiser le temps. Or, cela lui était strictement réglementé par l'Homme de la Lune, au risque de provoquer de graves conséquences.
- Plus que tu ne puisses le croire, lui certifia Luer. J'ai besoin que tu retrouves les tiens. Les temps qui suivront risquent fort de s'affermir et il faut que tu les réunisses pour s'assurer qu'ils ne se dispersent pas.
- Vous savez bien que je n'ai aucun contact avec eux, répondit sèchement James, les aiguilles de son œil gauche tournant à vive allure. Je préfère nettement être maudit de malchance par le Leprechaun ou rendre visite à Satan plutôt que côtoyer ces individus !
Un sourire narquois se dessina sur les lèvres du jeune Samhriek, ayant adopté actuellement l'apparence d'un centaure à la robe alezane, positionné en arrière par rapport au représentant de l'Homme de la Lune. Sa chevelure brune était plus longue, une barbiche pointait son menton et des muscles saillaient son torse devenu plus large. La seule caractéristique qu'il conservait toujours malgré ses différentes métamorphoses était ses yeux entièrement jaunes pourvus d'une petite pupille noire. C'était uniquement à ce trait que l'on pouvait éventuellement reconnaître un polymorphe. Sinon, ils n'ont tout simplement pas de visage propre.
En entendant les plaintes de l'esprit du Temps et de l'Espace, il ne peut s'empêcher de rétorquer :
- Sois prudent, James ! Tes paroles risquent d'être prises trop au sérieux.
L'interpellé ignora sa remarque et se retourna vers Luer qui avait conservé son regard impassible.
- Je t'en prie, James, lui somma Luer sans pour autant être sévère. Il en va de nôtre intérêt à tous.
James décroisa ses bras mécanique et soupira d'ennui.
- Je ne vois vraiment pas ce que vous comptez faire avec les esprits de l'espace-temps. M'enfin si vous insistez, mais je ne vous garantis rien !
Le représentant de l'Homme de la Lune lui afficha alors un sourire satisfait que James ne prit même pas la peine de répondre. Son regard semblait amusé. Luer était-il en train de se moquer de lui ?
- Allez va ! fit ce dernier. Tu as une livraison à faire, il me semble.
Il désigna en conservant son sourire l'énorme sac qui s'affalait an sol aux pieds métalliques de James. Il était en effet plein à raz bord de boules à neige. L'esprit grommela, se rappelant de la requête du Père Noël. Il saisit le sac et créa à la seconde un vortex lumineux et multicolore dans lequel il s'empressa de pénétrer, ne voulant guère rester plus longtemps dans cet endroit.
L'antichambre du Temple de la Lune retrouva son calme. Les vortex spatiotemporels pouvaient provoquer un de ces boucans lorsque l'un deux étaient ouverts. Néanmoins, ce calme était loin d'être apaisant, comme le lieu en avait l'habitude. L'ambiance était plutôt froide et pesante. Luer se mobilisa pour s'approcher du bassin au centre de la salle, encore remplie du liquide autrefois cristallin et opalescente, devenue noirâtre et épais après la visite de Devin. L'eau sombre suintait lugubrement, laissant transparaître des ombres démoniaques à travers chaque mouvement, des miasmes survolant la surface, prêts à contaminer le premier qui oserait y pénétrer. Les auras noires semblaient lécher les rebords, comme pour inciter le représentant de l'Homme de la Lune de venir les rejoindre.
Luer était maintenant à la bordure du bassin. Il leva la tête vers le plafond ouvert, donnant lieu à la nuit étoilé où trônait l'astre de la Lune de tout son éclat. Si magnifique. Si silencieuse. Après un temps de réflexion, le regard décidé, il ôta ses sandales et sa ceinture en argent. Son fidèle Samhriek sursauta.
- Maître, vous n'y pensez pas ?! s'écria-t-il d'une voix paniquée.
- Sois tranquille. Ce n'est qu'une tentative, tout ce passera pour le mieux.
La voix de Luer était sereine mais le polymorphe aurait juré avoir perçu un ton d'appréhension, malgré l'assurance de son maître.
- Vous savez que c'est un trop gros risque ! Ces miasmes pourraient vous consumer jusqu'à la moelle !
- Je n'ai d'autre choix, Samhriek, fit-il tout simplement. Si l'Homme de la Lune refuse de me parler… alors, je vais le lui obliger.
Il lui offrit un sourire malicieux, qui sur le moment tranquillisa le polymorphe. Celui-ci recula alors de Luer, ses sabots de centaure répercutant bruyamment contre le sol en marbre. Une fois bien à l'écart, il fixa intensément son maître, surveillant et prêt à intervenir.
Le représentant de l'Homme de la Lune se retourna vers le bassin, laissant son visage illuminé par la lueur argentée de la Lune. Finalement, il retira entièrement sa fine tunique, qu'il laissa tomber au sol. La Lune émit un instant un vif éclat, comme une alerte. Mais Luer fit comme s'il n'y prenait aucune attention. Dénudé, portant uniquement son talisman en pierre de lune en forme de croissant autour du cou, il plongea un pied dans l'eau noire. À cet instant, l'aura sombre de l'eau semblait remonter le long de sa jambe. Luer crut que les miasmes étaient en train de dévorer son membre par petit rongements. Cette douloureuse sensation lui fit serrer les dents d'une force qu'il lui était inconnue. Mais il ne se résigna pas à se dégager, au contraire il pénétra l'autre jambe dans le bassin. Les ombres filant entre les ondulations de l'eau s'extasiaient. Elles se dirigèrent d'une allure lente mais menaçante vers le corps de Luer à moitié submergé. Ce dernier tentant de les ignorer, malgré la souffrance qu'il ressentait de leur toucher. Le cœur battant dans la poitrine, il savait que les miasmes étaient en train de le savourer avec délice. Il grimaça, mais trouva la force de continuer à s'avancer dans l'épais fluide, jusqu'à atteindre le centre même du bassin.
La lumière de la Lune s'était ternie, comme angoissée pour l'état de son représentant. Luer leva le visage vers elle, les moindres traits baignant dans son éclat. Il ferma alors les yeux et attendit.
Les ombres étendirent à mesure leur bras autour du ventre et du dos de Luer, pour remonter peu à peu jusqu'à sa poitrine. Elles le serrèrent, l'étranglèrent, et le rongèrent. Luer grimaça sous la douleur de leurs morsures, mais il retint ses cris qui lui brûlaient la gorge. Il sentit les filaments noirs arriver jusqu'à sa nuque, faisant hérisser ses cheveux. Samhriek commençait à angoisser. Si Luer ne réagissait pas, il finirait par être entièrement anéanti par l'aura ténébreuse. Mais la voix de son maître lui ordonna de ne pas intervenir. Il ne restait plus que son visage à ne pas avoir été enveloppé par les ombres. Au fil du temps, sous cette enveloppe visqueuse , Luer se sentit mourir à petit feu. Bientôt, il allait succomber.
La Lune, furieuse et affolée, brilla subitement de mille feux. Sa lueur forma un cône de lumière qui entourait intégralement le corps de Luer. L'éclat était tel que Samhriek dut se couvrir les yeux. Lorsque le représentant de l'Homme de la Lune fut illuminé, les ombres qui le sinuaient se figèrent, puis tremblèrent. Des plaintes semblaient s'émanaient depuis leur forme ténébreuse comme endolorie par la lumière soudaine. L'aura d'argent qui se créa dans le cône de lumière se mêla à l'aura noire du bassin. À son contact, l'eau devint moins opaque et se clarifia. Les miasmes semblaient chassés par cette lumière purificatrice. Les ombres qui consumaient la silhouette du représentant s'affaiblirent à leur tour. Lentement, elles s'évanouirent en poussant des gémissements stridents à glacer le sang.
Luer lâcha une forte expiration, libéré enfin. Lorsqu'il regarda autour de lui, l'eau claire du bassin le caressait paisiblement, aussi étincelante qu'auparavant. Son talisman brilla sous le rayon lunaire. Samhriek osa se rapprocher, soulagé de retrouver son maître indemne. Rassuré, Luer leva à nouveau la tête vers l'astre et sourit en guise de remerciement. La Lune semblait désolée.
- Je t'en prie, mon ami, murmura Luer. Dis-moi ce qu'il se passe…
Le chantage avait fonctionné. La Lune fut contrainte à parler. Cette fois, le silence du lieu se fit plus serein. Luer venait de rentrer dans une transe, les yeux clos, à l'écoute des dires de son ami lointain. Après quelques secondes, il ouvrit subitement les yeux, étonné.
- Revenue… souffla-t-il avec curiosité.
La Lune provoqua une vague de lumière, comme pour confirmer. Luer eût peine à le croire.
- Son nom, Lunar, implora-t-il. Dis-moi son nom !
o*o
- Carrie Everlynn ? C'est votre tour !
Carrie sursauta en entendant l'appel de l'infirmière. Elle se dépêcha de fermer et de reposer le magazine datant du mois dernier qu'elle lisait en patientant. C'était un fait incontournable dans les salles d'attente des médecins : les journaux non d'actualité. Carrie ne savait pas d'où lui tenait cette envie de lire à chaque fois les magazines chez le docteur, rapportant les ragots que tout le monde connaissait déjà. Curieusement, il y avait toujours quelque chose à lire dans ces vieux journaux, un détail, une petite histoire qui nous ait passé juste sous le nez sans qu'on ne le remarque la première fois.
L'infirmière aimable, quoique bien trop maquillée au goût de la jeune fille, la conduisit jusqu'à la porte du médecin, avant de se retirer. Carrie fit face à la porte, peinte d'un blanc nacré et supportant un écriteau en argent qui figurer le nom « Dr. K. Goldman ». Une certaine appréhension se forma dans le creux de son estomac, la rendant plus mal à l'aise qu'elle ne l'était en venant. Finalement, elle leva la main et frappa à la porte. Elle attendit l'autorisation de l'occupant avant de rentrer dans le cabinet.
L'intérieur était beaucoup plus chaleureux que le reste de l'établissement. Pas de murs blanchâtres, pas de néons éclairant à en donner mal aux yeux, pas de matériaux en argent à faire peur. Le papier peint du cabinet était plutôt dans les tons crème, la seule lumière du lieu provenant de la grande fenêtre donnant vue sur un bel espace vert, malgré la nappe de neige recouvrant tout le jardin.
À l'autre bout de la pièce, dos à Carrie, se tenait la grande silhouette d'un homme en blouse blanche qui prenait soin à se laver les mains. Lorsqu'il se retourna, il découvrit la jeune fille avec surprise. Celle-ci émit un faible sourire, constatant que le docteur n'avait pas beaucoup changé. Sa chevelure claire s'était juste un peu ternie avec l'âge, il arborait toujours sa fine barbe blonde et ses lunettes carrés sur son nez aquilin qui amplifiait son regard mordoré. On aurait donné la quarantaine à cet homme, mais plusieurs laissaient entendre qu'il était bien plus vieux qu'il n'y paraissait.
Le Dr Goldman répondit au sourire de Carrie, manifestement ravi de la voir.
- Bonjour Carrie, salua-t-il joyeusement. Ainsi donc, tu es bien revenue à Burgess ! Quel plaisir de te retrouver !
- Bonjour Karl, répondit aimablement Carrie, en refermant la porte derrière elle. C'est un plaisir également !
Le médecin sembla percevoir une sorte de trouble dans le regard de la jeune fille, du fait il fronça les sourcils. Il invita Carrie à s'asseoir et une fois celle-ci installée, il se mit en face d'elle.
- Que se passe-t-il, Carrie ? lui demanda-t-il d'une voix calme.
Carrie sentit sa gorge se nouer. C'était si difficile d'en parler. Elle chercha les mots, comment formuler, mais cela lui prenait trop de temps. Goldman ne voulait pas la brusquer, lui laissant le temps de s'expliquer, pendant qu'il commençait à l'ausculter. Il positionna sa main au niveau de sa gorge pour vérifier l'état des ganglions, quand finalement, Carrie lâcha de but en blanc :
- Ça recommence…
Goldman interrompit ses gestes pour la regarder droit dans les yeux. La jeune fille se raidit, mais elle se força à continuer.
- Les fantômes… je les revois…
Le docteur recula et s'affala sur son siège. Sa main caressa son menton, montrant qu'il réfléchissait. Carrie eût du mal à dissimuler son malaise. Son aveu lui avait été encore plus dur à dire qu'elle ne l'aurait pensé. Elle baissa la tête, ses poings serrés sur ses genoux. Comment peut-elle repartir de zéro ? Elle était convaincu que son passé n'était plus qu'un mauvais souvenir, qu'elle avait su dépasser tout cela. Il faut croire qu'elle s'était trompée.
- Qu'as-tu vu ? lui demanda alors Goldman.
- Euh… Je ne sais pas trop, hésita-t-elle. Je… Au début je ne voyais rien. Quand je suis arrivé à Burgess, tout semblait normal. Jusqu'à ce que… je vois un garçon.
- Un garçon ? répéta le docteur, le sourcil levé.
- Oui… Un garçon aux cheveux blancs, pieds-nus, blafard comme un cadavre, un pull bleu, et il pouvait voler !
Carrie s'étonna sur le moment d'avoir pu garder une description assez détaillé de cet être qu'elle avait cherché à oublier. Goldman l'écoutait attentivement, sans l'interrompre.
- Et… depuis que je l'ai vu, je revois tous pleins d'autres créatures… Des farfadets, des fées, des esprits, … il y en a partout ! Je les voies, ils me saluent et ils me parlent. J'essaie de les ignorer…
La voix de Carrie s'étouffa dans sa gorge. Elle n'osait en dire plus. Elle ne voulait pas être prise pour une folle.
- Continue, Carrie, l'encouragea le docteur d'une voix douce.
Après une grande inspiration, elle releva le visage. Elle enchaîna tout ce qu'il lui passait par la tête.
- Et il y avait… cette horrible chose noire ! Dans la forêt. On aurait dit une main, une énorme main faite de sable ! Elle nous a attaqués, moi et Jamie ! D'ailleurs, lui aussi il pouvait la voir ! Je ne comprends rien, Karl ! Je ne comprends pas ce qu'il se passe ! Pourquoi…
Contre sa volonté, des larmes jaillirent de ses yeux, alors qu'elle s'interrompit, couvrant sa bouche de sa main. Face au regard compréhensif de Goldman, elle osa laisser échapper quelques sanglots.
- J'ai trop souffert… à cause de ces… choses ! Je ne devrais pas les voir ! Elles ne sont pas réelles… elles ne sont pas réelles…
Le docteur attrapa une boîte de mouchoirs qu'il tendit gentiment à sa jeune patiente. Il la laissa se calmer, le temps de griffonner quelques notes sur son carnet. Carrie se moucha une dernière fois, avant de reprendre :
- Dîtes-le moi, Karl, souffla-t-elle. Suis-je folle…?
Goldman reposa immédiatement son carnet pour la regarder. Il la détailla minutieusement avant de lui rendre un sourire rassurant.
- Je te connais depuis toute petite, Carrie. Mais jamais je n'ai pensé que tu étais malsaine d'esprit.
Carrie garda le silence, émue par toute la sincérité qu'il lui renvoyait. Il se pencha un peu plus vers elle et porta ses doigts autour de ses yeux noisette, les consultant avec attention.
- Tu manques de sommeil, commenta-t-il en observant les cernes noirs qui alourdissaient le regard de la jeune fille. Tu devrais te tranquilliser, je vais te prescrire un calmant et de quoi te permettre de mieux dormir. Prend des infusions avant de te coucher, tu te sentiras mieux.
- Mais… Karl, hésita Carrie. Je ne sais pas quoi faire… Je ne peux pas faire semblant, comme si je ne voyais rien. Ça finira par devenir trop lourd. Je ne veux plus voir ces créatures…
- Tu sais Carrie, depuis le temps que je t'ausculte et que je t'ai observé, me parlant de ces personnages fantaisistes que tu voies, je me suis posé la question si cette capacité que tu as ne serait comme… un don que l'on t'ait confié.
Carrie fixa le docteur, outrée, les yeux écarquillés, comme si Goldman venait de dire une chose insensée.
- Vous appelez ça un don ?! s'écria-t-elle.
Il rit discrètement face à sa réaction. Carrie crut au début qu'il se moquait d'elle, mais l'estime qu'elle avait pour cet homme la convainquit qu'il était franc dans ses propos.
- À mon avis, reprit-il le sourire aux lèvres, ce n'est pas pour rien que tu peux voir les esprits.
- Mais… si c'est vraiment un don, rétorqua Carrie, douteuse, pourquoi me l'avoir confié ?
- C'est à toi de le découvrir…
o*o
Carrie se sentit le cœur plus léger après sa visite chez Karl Goldman. Cet homme était sans doute le médecin le plus renommé de la ville et un homme qui savait écouter les autres et leur accorder de l'attention. Carrie avait une entièrement confiance en lui.
Goldman était son médecin traitant depuis toute petite et il fallait croire que lui-même s'était lié d'affection pour elle. Il était l'une des seules personnes à l'avoir soutenue dans les difficultés qu'elle avait subies dans son passé. Si rassurant, si protecteur. Difficile de lui trouver des défauts à cet homme, mis à part son côté parfois très distrait. Il lui arrivait d'oublier un dossier important, de tâcher sa blouse de café ou de trébucher dans ses affaires. Le comble, c'est qu'il en riait, au désespoir de sa secrétaire.
Lorsqu'elle quitta le cabinet, Carrie n'avait pas l'intention de rentrer tout de suite. Elle se balada dans les rues de Burgess, passait dire bonjour aux commerçants, s'arrêtant à un café, au parc, à l'épicerie, la bibliothèque – elle adorait lire – et au cours de sa promenade, elle méditait les paroles de Goldman. « Ce n'est pas pour rien que tu peux voir les esprits ». Ces mots la troublaient, autant que l'assurance dont avait fait preuve le médecin en les prononçant. Si vraiment on lui avait dotée de ce « don », la raison de cela lui échappait entièrement.
Au milieu du parc, elle s'assit au pied d'un arbre, non loin du lieu où elle avait dansé en pleine nuit sous la pluie de flocons. Cette pensée lui fit esquisser un petit sourire. Même si elle était la seule à l'avoir partagé, quel moment magique ! Installée, elle entama un livre qu'elle s'était acheté dans la journée. Une chose qui caractérisait encore Carrie, c'était son côté rêveur. Plus jeune, elle adorait lire des romans, rêvassant d'être à la place des héroïnes, se déguisant pour rejouer les scènes qui l'ont marquées. Quand elle était petite, elle aimait être comparait à la princesse curieuse et avide d'aventures dans la Belle et la Bête, une histoire qu'elle affectionnait particulièrement.
Même si aujourd'hui elle avait dépassé tous ces contes de fées, elle restait toujours aussi rêveuse. Sa vision des légendes s'étaient simplement dénaturée. Elle s'était mise à penser que ce n'était qu'un moyen que les hommes ont trouvé pour rendre leur monde plus beau et extraordinaire. Rien de plus. Les légendes n'ont rien de réel. Et elle a persisté à y croire, malgré la visite de créatures insolites chez elle, qu'elle a finit par croire tout simplement issues de son esprit. Si ces choses existaient vraiment, comment pouvait-elle expliquer le fait qu'elle ne voyait plus aucun être fantaisiste depuis qu'elle était partie en Australie ? La seule explication plausible était à chaque fois la même : elle devait être folle. Pourtant, son retour à Burgess et les paroles de Goldman lui faisaient douter. Carrie secoua la tête, elle ne savait plus quoi penser. Ces réflexions finiront par lui donner la migraine.
Plongée dans son livre, elle n'avait pas vu que la nuit était déjà tombée. Sentant son portable vibrer pour signaler un message d'Aurel, elle se rendit compte de l'heure tardive et se dépêcha à sortir du parc, avant qu'il ne soit fermé au public. Les rues étaient désertes et silencieuses, donnant un aspect morbide, mais Carrie n'en fit guère attention. Alors qu'elle prenait le chemin de l'appartement, elle arrêta sa marche, croyant entendre quelque chose.
Lointaine, mais suffisamment perceptible, une musique retentit entre les quartiers. Carrie tenta de l'identifier, convaincue qu'il s'agissait du son d'une flûte. C'était magnifique. La mélodie berçait son cœur et la rendait presque heureuse. Animée par une étrange envie, elle suivit la direction de cette musique enchanteresse pour arriver jusqu'à sa source. Carrie marchait aveuglément, laissant ses pas la guider à travers les ruelles sombres, faiblement éclairées par les réverbères. La mélodie était plus proche, elle le sentait. Elle tourna vers une autre rue pour aboutir à un carrefour. Le son de la flûte retentissait toujours, mais il n'y avait aucun musicien.
Juste un enfant.
Carrie sursauta, restant sans voix. Un enfant en pyjama, seul, marchait lentement comme hypnotisé. Il ne devait pas avoir plus de huit ans, les joues rebondies et le regard innocent. Il ne réagit pas à l'appel de la jeune fille. Il semblait suivre quelque chose. La musique. Subitement, pour une raison qu'elle ne saurait expliquer, le sentiment de bonheur que Carrie ressentait en écoutant cette musique doucereuse s'évanouit pour laisser place à une angoisse qui la submergeait progressivement. Instinctivement, elle suivit l'enfant qui progressait nonchalamment, un sourire comblé sur ses lèvres. Carrie resta en retrait, craignant de provoquer le moindre imprévu en le touchant. Finalement, l'enfant traversa un pont passant au-dessus d'une rivière dont le courant s'était amplifié avec la saison froide. Carrie s'interloqua. « Mais que se passe-t-il ? Où diable va cet enfant ? ». Soudain, le son de la flûte cessa. Elle eût juste le temps de voir le garçon monter sur le rebord du pont et s'y tenir debout en équilibre, le regard vers le bas.
Carrie poussa un cri, comprenant avec effroi la situation. Le pont était d'au moins vingt mètres plus haut par rapport à la rivière et la violence du courant était telle que l'enfant pourrait s'y noyer. Un nouveau son s'éleva dans l'air. Et l'enfant avança le pied dans le vide.
Cela se passa si vite, mais Carrie le vit comme au ralenti. Elle se rua vers le pont, tandis que le corps de l'enfant commençait à tomber. Elle exécuta un grand bond et attrapa vivement le poignet du garçon. Elle n'attendit pas d'avoir un appui stable qu'elle s'entreprit immédiatement à le remonter, avant que la manche de son pyjama ne lui glisse des mains. Sauvé, Carrie cala le petit garçon fort contre elle, suffocant de peur et d'étouffement. Elle tenta de calmer sa respiration, pendant qu'elle regardait l'enfant qui était endormi dans ses bras. Elle lâcha un long soupir de soulagement.
Des pas se firent alors entendre, une démarche vive et déterminée. Carrie sentit la chaire de poule lui monter à la peau. De l'une des extrémités du pont, elle vit une grande silhouette sombre s'approchait d'elle. Elle serra davantage l'enfant contre sa poitrine, le regard pointait vers l'individu. Il ne mit pas longtemps pour la rejoindre et s'arrêta à quelques mètres d'elle.
- Puis-je savoir pour quelle raison tu oses perturber mon travail ? lança-t-il alors une voix agacée.
Maintenant qu'il était plus proche, Carrie pu davantage le détailler. C'était un jeune homme, extrêmement grand et à la silhouette fine, presque maigre. La jeune fille lui aurait donné la vingtaine. Il portait un curieux large chapeau qui évoquait plus un style médiéval. Il s'était attifé d'un pourpoint élégant dissimulé sous sa cape colorée lui arrivant au niveau du bassin et ses pieds étaient parés de grandes bottes en cuir lui montant jusqu'aux genoux. Des fines mèches blondes et bouclés encadraient son jeune visage calme, souriant, mais froid. Ses petits yeux noirs toisaient de leur hauteur Carrie avec amusement et irritation à la fois et un sourire distordu rendait son apparence effrayante. La jeune fille baissa le regard pour découvrir une flûte dans la main droite du jeune homme. L'instrument était scrupuleusement sculpté dans un os, lui donnant un style raffiné. Elle releva la tête la tête vers lui, les sourcils froncés mais la crainte transparaissant dans sa voix.
- C'est vous qui avez fait ça ? s'écria-t-elle
L'individu gloussa, puis éclata de rire. Un rire fort désagréable au goût de Carrie.
- Je ne fais que mon devoir, rétorqua-t-il en désignant l'enfant. Après tout, il le méritait !
Carrie blottit le visage du petit garçon, encore évanoui, dans son cou, les yeux fixés sur l'horrible personnage.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle sèchement.
Le jeune homme sourit. Il leva la main pour retirer son chapeau et exécuter une révérence, faisant voler sa cape autour de lui.
- Mon nom est Piper Rattenfänger, répondit-il d'une voix théâtrale. Mais tu dois plutôt me connaître en tant que le joueur de flûte de Hamelin !
Le visage de Carrie afficha un grand étonnement. Elle avait vaguement entendu parler de l'histoire d'un joueur de flûte. Si sa mémoire était bonne, il s'agissait d'un musicien enchanteur qui avait encorcelé des rats. Mais la singularité de la situation l'empêchait de le prendre au sérieux.
- C'est d'ailleurs étrange que tu puisses me voir, jeune mortelle…
Elle sursauta. « Le voir ?! » Elle secoua la tête. « Non ! Pas encore ! » Le dénommé Piper remit son chapeau en place avec soin et se rapprocha davantage d'elle.
- Enfin, peu importe ! Maintenant, si tu veux bien me remettre l'enfant, tu serais fort aimable.
Aussitôt, Carrie se releva, portant l'enfant dans ses bras et s'éloigna du musicien. Elle ne sut d'où lui venait cette audace de le confronter. Cet individu n'inspirait aucune confiance et paraissait dangereux. Voyant sa réaction, un rictus de colère se forma sur le visage du flûtiste et sa paupière droite palpita sauvagement.
- Tu ne devrais pas me défier, petite impudente, susurra-t-il d'une voix menaçante.
- Je ne vous laisserai pas lui faire du mal, rétorqua Carrie en reculant doucement.
- Tu ignores qui je suis… Je suis un magicien pouvant entortiller les rêves et les esprits à ma volonté !
Carrie écoutait à peine ses paroles. Prise d'un élan, elle lui tourna le dos et courut pour fuir le plus possible ce personnage détraqué, emportant l'enfant avec elle. Piper la regarda partir au loin, les dents serrer.
- Si tu refuses de me le céder, alors tu viendras me l'amener contre ton plein gré !
Sur le champ, il prit l'embout de sa flute entre ses lèvres et souffla plusieurs notes. Carrie stoppa alors subitement sa course, sentant ses jambes se raidirent. Piper afficha un sourire sournois, il reprit sa mélodie. Carrie ne pouvait plus contrôler ses mouvements, ses jambes ne lui obéissaient plus. Elle tenta de forcer et continuer à avancer. Mais en vain. Elle suffoqua d'angoisse. Ses jambes étaient comme figées dans de la pierre, elle avait beau forcer, tout ce qu'elle parvenait à faire fut de ressentir une extrême douleur à ses membres. Piper intensifia sa musique, Carrie fit volte-face et ses jambes l'amenèrent jusqu'à lui, contre son plein gré. Elle voulut encore résister, reculer, traîner des pieds, rien à faire ! La jeune fille resserra son étreinte contre l'enfant, comme pour le protéger de ses bras. Celui-ci respirait faiblement et gémissait. Piper avait les yeux rivés sur lui, une lueur de folie et d'envie vrillant dans son regard noir. Elle était à portée de main. Ramenée à son niveau, il l'obligea d'une dernière note à s'agenouiller à ses pieds. Carrie se pencha en avant, ses cheveux bruns retombant sur le visage de l'enfant. Elle ferma les yeux, voulant cacher ses larmes au musicien. Mais elle devait se l'avouer, elle paniquait. « Que m'arrive-t-il ? » D'abord la main de sable noir, ensuite ses jambes ne lui obéissant plus, … « Et vous appelez ça un don ?! » Sans le vouloir, elle lâcha un sanglot, refusant de se relever pour laisser l'enfant à découvert et n'osant faire face à son assaillant de peur qu'il ne lui inflige quoi que ce soit. Ce dernier se moqua de sa faiblesse.
- Allons, ma belle, donne-moi l'enfant ! ordonna Piper, pressant. Si tu le fais, je pourrais me montrer clément…
Carrie rehaussa lentement la tête. Alors qu'elle crut qu'il tenait sa flûte de son autre main enveloppé par sa cape, une lame d'argent luit dans l'ombre. Piper maintenait avec une forte poigne un stylet, prêt-à-porter le coup fatal sur elle. Cette fois, la peur n'a jamais était aussi intense. Sans que le flûtiste n'y soit pour quelque chose, son corps entier trembla violemment. Elle aurait voulu fuir, mais ses jambes ne pouvaient plus faire aucun mouvement. Pourtant, elle ne se résolut pas à dénouer ses mains autour du corps de l'enfant. Malgré les larmes, elle lança un dernier regard de défi à Piper et s'abaissa, attendant la sentence.
- Pfff… Pitoyable, souffla le musicien.
Carrie le sentit lever le stylet au-dessus d'elle, par le mouvement de la cape, et se crispa. C'est alors qu'elle eût l'impression qu'une violente bourrasque lui était passé à côté et qu'elle entendit Piper hurler de douleur. Par la suite, elle sentit la pression sur ses jambes relâcher. Elle ouvrit les yeux et osa regarder devant elle. Piper s'était reculer sous le coup de la douleur, ayant perdu son stylet des mains. Il lança un regard haineux vers la silhouette qui venait de l'attaquer. Entre lui et Carrie se trouvait… une sorte de grand animal poilu ?
- Un… kangourou ? se demanda-t-elle.
Elle entendit la créature grommeler et se retourner vers elle.
- Bon sang ! Pourquoi tout le monde se met à nous confondre ?! râla-t-il.
Carrie tomba des nues quand elle constata qu'il s'agissait d'un lapin géant, attelé d'une ceinture en travers du corps et deux boomerangs en main, paré comme un ranger. Sur le moment, il impressionna fort la jeune fille, qui sentant l'avoir vexé, ne put que lui renvoyer un regard désolé. Piper, quant à lui, grinçait des dents.
- Comment…
- Tu sais mon gars, j'ai l'ouïe fine, lui répondit le lapin géant avec assurance. Et vois-tu, ta musique me casse les oreilles !
Piper lâcha un grognement de rage. Il empoigna sa flûte et à son ordre, elle s'allongea pour former une longue épée à double lame. Aussitôt fait, il se jeta droit sur le lapin. Celui-ci parvint à réceptionner son coup aisément et partit à l'assaut à son tour. Le joueur de flûte et le lapin enchaînèrent les coups à une vitesse ahurissante. Carrie n'en croyait pas ses yeux. Elle était figée sur place devant un tel spectacle.
- Ne reste pas plantée là ! lui cria le lapin. Prend l'enfant et va-t-en !
Il eût tout juste le temps d'éviter une offensive de Piper, après avoir fini sa phrase. Sans réfléchir, Carrie répondit docilement et se leva en emportant le garçon avec elle. Le musicien était beaucoup trop occupé pour l'hypnotiser cette fois. Voyant la jeune fille s'évader, il recula et fit tournoyer son arme. Le vent tapant contre son instrument rallongé provoqua des sons, des notes de musiques dorées se matérialisèrent et adoptèrent une apparence stridente. À son ordre silencieux, elles fusèrent droit sur Carrie. Cette dernière s'abaissa juste à temps, laissant des rayons glacés et des plumes colorés détruire les notes au-dessus de sa tête, qui disparurent en émettant une cacophonie. Carrie releva la tête et eût encore une grande surprise pour ce soir.
Quatre individus étranges se tinrent race à elle. Un géant cosaque à barbe blanche et armé de sabre, qui lui évoquait un peu l'apparence du Père Noël, un petit homme à l'air ensommeillé et fait de sable d'or, un femme-oiseau aux ailes opalescentes entourées des petites créatures qui gazouillaient et… le garçon aux cheveux d'argent ! En les voyant, Carrie recula, prise de peur. Elle vit la femme ailée appeler le lapin qui se frottait à Piper, l'air inquiet.
- Fée ! ordonna le vieux géant barbu, en désignant Carrie. Prend-lui l'enfant et ramène-le chez lui !
La femme-oiseau se dirigea vers elle. Carrie retint un hoquet en la voyant si prêt. Mais la créature lui renvoya un regard rassurant.
- Ne t'en fais pas, je m'occupe de lui.
La jeune fille ne put que la laisser lui prendre l'enfant de ses bras, trop subjuguée par ces manifestations. Fée s'envola au loin, ses petites alliées lui guidant le chemin vers la maison du garçon. Carrie se rendit compte que les trois autres s'étaient joints au combat pour épauler le lapin. Instinctivement, elle se leva et prit ses jambes à son cou. Elle courut comme elle ne l'avait jamais, étouffant presque, comme si sa vie en dépendait. Elle entendit derrière elle les individus hurler de rage. Furieux, Piper fila comme le vent entre les armes de ses adversaires et réapparut subitement au devant de Carrie, au milieu d'une tornade. L'ombre de son chapeau assombrissant davantage son regard, il lorgna avec haine la jeune fille.
- Tu vas payer pour ça !
Il bondit dans les airs et secoua sa double épée dans tous les sens, refaisant matérialiser une multitude de notes dorées qui tournoyèrent autour de lui et émirent des sons disharmonieux à s'en briser les tympans. D'un grand mouvement, il fit abattre les notes pointues sur la jeune fille. Celle-ci émit un cri quand une explosion de vent et de fraîcheur, accompagnée de sons assourdissants, détonna dans un bruyant fracas. Le garçon aux cheveux d'argent avait positionné horizontalement son bâton, créant un mur de glace sur lequel se sont effondrées les notes. Même si cela avait entièrement préservé Carrie, l'une d'entre elles avaient touché le jeune homme, lui entaillant gravement le bras gauche. Un long filet de sang coula le long de son membre, tandis qu'il s'appuya sur ses genoux sous le coup de la douleur. Le petit homme doré se précipita vers lui pour s'assurer de son été, puis usa de fouets en sable pour obliger le musicien à descendre du ciel. Celui-ci atterrit souplement et les regarda tous avec dédain.
- Vous croyez vraiment pouvoir me vaincre ?! Vous croyez pouvoir m'empêcher d'assouvir mon rôle ?!
Il prépara une autre attaque, refaisant apparaître d'autres notes. Mais le grand barbu ne laissa pas le temps à Piper de lancer son coup. Il tournoya vivement dans sa main ce qui semblait être une boule à neige et la jeta juste face au musicien. Sous l'effarement de Carrie, un vortex se créa et attira le joueur de flûte. Trop surpris, il n'eût pas le temps de s'échapper et se retrouva aussitôt engloutit par le portail coloré. Le vortex se referma aussitôt qu'il y ait pénétré dans un claquement sourd.
Le silence tomba dans les rues. Carrie sentit ses jambes lâcher. Elle ne sut vraiment comment réagir suite à ce qu'il venait de se passer. Les discussions entre les étranges personnes lui parvenait à peine.
- T'avais dit que c'était ta dernière !
- Non, répondit malicieusement la voix russe, avant-dernière !
- Dépêchons-nous de rentrer, fit une vois plus juvénile.
Carrie ne comprit pas tout de suite ce qu'il lui arriva. Elle fut saisit subitement par le col de son manteau par une créature poilue non identifiable qui grommelait des paroles incompréhensibles et se retrouva fourrer dans un sac en toile. Elle eût à peine le temps de se rendre compte de la situation qu'elle fut déjà envoyée à travers un autre vortex.
Alors alors ? Qu'en dites-vous ? :D J'avoue que je me suis éclatée en écrivant ce chapitre ! :)
Que pensez-vous de ce fameux Piper Rattenfänger ? J'ai trouvé que c'était un personnage plutôt intéressant à exploiter dans une fiction des Cinq Légendes :) Anecdote sur son nom : j'ai choisi Piper, pour faire référence à "pipeau", qui évoque son instrument, et Rattenfänger est un mot allemand signifiant "dératiseur", si je ne me trompe pas, en référence à la légende.
Je suis contente de ce chapitre car Carrie commence vraiment à être présente ! :D Là, on peut dire que la phase introductive de la fiction touche à sa fin ! Je vous avoue que je suis fière de sa preuve de courage à vouloir protéger l'enfant, malgré tout ce monde tordu qui se pointe ! xD
A votre avis, comment va réagir Carrie quand elle se retrouvera dans le pôle Nord ? xD Va-t-elle crier ? Fuir ? Jeter des portes sur les légendes ? Quoi que vous puissiez imaginer, je vous garantis que ça va être marrant !
N'hésitez pas à me laisser des reviews, ça fait toujours plaisir ! ;) Merci d'avoir lu et à la prochaine !
