Chapitre 2 : Vérité !

— Señor Monastario, ne croyez-vous pas que nous devrions mettre un terme à la mascarade ?

— Je ne sais pas… C'est si agréable de voir Don Diego ainsi que je l'aurais laissé plus longtemps dans le flou.

— Je ne pense pas que Doña Salena approuverait votre raisonnement.

— En effet, dit Monastario en se frottant la joue encore meurtrie et en se tournant vers les cavalières à trente mètres derrière eux. Mais je présume que Zorro ne vous a pas laissé de mauvais souvenirs, Capitán Toledano, auquel cas vous comprendriez mon envie de l'humilier.

— Votre rancœur est-elle encore si forte ? interrogea Arturo.

— Non, je l'admets. Mais je m'amuse tant de la situation.

— Ils vont finir par se blesser si nous n'intervenons pas. Qui plus est, dois-je vous rappeler que Don Diego ne s'est pas encore remis de son agression ?

— C'est inutile, mes souvenirs à ce sujet sont encore clairs. Allons-y, Capitán, affirma Monastario qui arborait toujours un sourire ironique.

Le plan expliqué au capitán était simple. L'idée était de faire croire que Don Diego avait commandité le vol d'une arme à feu « légendaire » et que le señor Del Amo était le voleur. L'arme à feu devant exploser dans les mains de Diego et provoquer ainsi son arrestation… Sauf que Monastario avait rajouté sa touche personnelle, car Don Diego, commanditer un vol… Jamais de la vie !

Après avoir quitté l'ami du jeune De la Vega, il avait été trouvé le capitán Toledano avec qui il échangeait régulièrement depuis l'épisode avec El Lobo. Il avait imaginé la mise en scène de la mort accidentelle de l'officier. Bien évidemment le docteur Avila avait été mis dans la confidence… Et un peu forcé par Monastario. Raquel n'avait cependant pas été informée de la comédie. Monastario avait fait charger l'arme juste avec un peu de poudre et le coup devait partir facilement. À la détonation, Arturo devait simuler sa mort et Avila la confirmer avant que quiconque ne s'approche. Arturo avait eu le temps de faire mention de l'affaire au vice-roi qui en avait souri. Espiègle, il lui avait fait part de son intention de participer mais sans rentrer dans les détails.

Arturo se frotta à son tour la joue gauche encore légèrement endolorie. Il faut dire que lorsque sa femme avait découvert le pot aux roses, sa première réaction avait été de le gifler pour avoir prétendu être mort. Elle avait éprouvé une telle douleur en le voyant à terre…

Le plus dur à convaincre après la scène avait été Don Alejandro. Le don n'était pas présent lors de l'incident, mais Doña Salena n'était pas restée à pleurer dans les bras de Bernardo. Sitôt remise de ses émotions, elle avait fait signe au serviteur en lui indiquant la calèche et les deux étaient partis rapidement tandis que Diego et Ricardo étaient menés vers les cellules où ils avaient fait un bref séjour avant d'être conduit sur la zone des travaux. Lorsque Salena était arrivée à l'hacienda, Don Alejandro avait été surpris de ne pas voir Diego avec elle. Il avait dû forcer sa belle-fille à ralentir et à se calmer car ses explications n'avaient ni queue ni tête. Salena avait inspiré longuement et répéta plus posément ce qu'elle savait. La réaction de Don Alejandro avait été immédiate. Il s'était dirigé vers les écuries et avait fait seller deux chevaux puis il avait demandé à Bernardo de rester à l'hacienda au cas où…

Au pueblo, Don Esteban ne fut pas étonné de voir la señora revenir un peu plus tard avec un appui de poids en la personne du Señor De la Vega.

— Je crois que la plaisanterie va toucher à sa fin, dit-il aux deux hommes à ses côtés.

— En effet, répondit l'un d'eux avant de s'éclipser dans la pièce voisine. Ils ne doivent pas me voir pour le moment, ajouta-t-il avant de fermer la porte

Don Alejandro et Doña Salena étaient entrés dans les quartiers du commandante sans attendre et ce n'était pas le sergent qui aurait pu les en empêcher. Salena se trouvait néanmoins en retrait de Don Alejandro. Bien sur le tir était accidentel, mais le vieil hidalgo était tant remonté qu'il avait été difficile de lui cacher la vérité bien longtemps. Toledano avait fini par se montrer, subissant verbalement la colère de Don Alejandro.

Culpabilisant de voir le capitán porter le chapeau, le señor Monastario intervint et expliqua l'origine de l'affaire. Don Alejandro se calma un peu… Certes Ricardo devait tirer une leçon de cette expérience… On ne pouvait pas plaisanter à longueur de temps, mais Diego… Non, pour son père et Salena, Diego n'avait rien à voir avec la farce et lorsqu'il sut que Monastario était le second instigateur de la plaisanterie, ce ne fut pas difficile pour lui de comprendre le pourquoi mais sa colère subsista.

Quant à Salena, elle s'était approchée de Monastario avec vivacité et l'avait giflé si fortement que Don Alejandro en avait retrouvé le sourire. Enrique s'était raclé la gorge et refit face à la señora.

— Que penserait votre nièce si nous lui racontions votre dernière trouvaille ? interrogea-t-elle sans lui laisser le temps de réagir.

Monastario se sentit blêmir à cette seule idée.

— Capitán, je crois que nous devrions aller les chercher, balbutia-t-il.

— Si, señor Monastario, dit-il en partageant la gêne et la douleur d'Enrique même s'il voulait en rire.

La señora avait du tempérament.

— Je viens avec vous, affirma Salena.

— Señora, commença Toledano.

— Comptez-une personne de plus, rajouta Raquel en sortant de la pièce voisine.

— Comme vous voudrez, Señoras, dit-il en s'inclinant bon gré mal gré.

Il savait qu'il était inutile de discuter avec deux femmes en colère.

Quelques instants plus tard, Enrique Monastario, Salena De la Vega, Raquel et Arturo Toledano furent sur le départ. Une autre señora se joignit à eux en la personne de Doña Angéla De Santa Anna qui avait entendu la rumeur de la fausse arrestation de Don Diego. Elle voulait connaître le fin mot de l'histoire et s'était alors jointe à la petite troupe. Don Alejandro était resté avec le vice-roi, non pour le sermonner, il ne se le serait pas permis, mais pour discuter un peu.

Aux abords du chantier, Toledano avait fait ralentir les señoras pour s'assurer que les vrais forçats étaient bien surveillés, puis il avait fait signe au señor Monastario de le rejoindre. Ils observèrent les deux hommes un court instant avant de s'approcher d'eux au pas.

— Diego, je t'en supplie, pose moi à terre.

— Pourquoi ?

— Veux-tu de nouveau te couvrir de sang ?

Sur ce, Diego sembla se calmer et fit un pas en arrière avant de relâcher son ami… Seulement l'orage récent avait aussi abîmé les abords de la route et rendu la terre glissante malgré la chaleur étouffante qui n'avait pas réussi à assécher toutes les zones humides. À peine à terre, Ricardo avait perdu l'équilibre et était tombé dans le ravin, roulant le long de la pente.

— Ricardo, s'écria Diego avant de réaliser que le bruit de fer qu'il entendait n'était autre que la chaîne le reliant à son ami par la cheville.

Il fut à son tour entraîné dans la chute. Les deux cavaliers hâtèrent leur allure et le garde en charge de leur surveillance courut aux abords du ravin. Les cavalières avaient elles-aussi assistées à la scène, impuissantes, et s'étaient dirigées vers eux sans attendre une seconde de plus.

Les deux hommes glissèrent le long de la pente encore humide et finirent leur course dans une espèce de mare maronnasse, tête la première. En haut, les deux cavaliers les virent se relever couverts de boue de la tête aux pieds. Enrique Monastario en eut un sourire de satisfaction avant de s'esclaffer de rire en voyant les visages hagards des deux hommes, bien vite suivi par Toledano qui tentait cependant de se retenir.

Ces rires… Diego leva la tête vers le sommet du petit ravin et nota en premier Monastario. Puis, il aperçut le capitán bien vivant et sentit un poids disparaître de ses épaules. Il sourit et se mit à rire à son tour, laissant son ami bien perplexe. Ricardo n'avait pas encore vu les deux cavaliers et restait hypnotisé par le visage de Diego. Là, son idée saugrenue refit surface, toute coïncidence s'estompa… Et la douleur de son ami… Il la rapprocha du coup de poignard que le Renard avait reçu.

— ZORRO ! s'exclama-t-il soudainement devant le loup de boue qui recouvrait le visage de son ami.

— Où est-il ? demandèrent Toledano et Monastario regardant autour d'eux l'air de rien.

Diego se tourna vers son ami en souriant.

— Tu as de la boue dans les yeux ? questionna-t-il malin avant de grimacer de nouveau et de s'attraper son épaule droite qui n'avait pas appréciée la chute cumulée aux coups de pioches.

Les deux cavaliers arrivèrent à côté de la mare et mirent pied à terre. Toledano s'approcha de Diego dont il avait vu la douleur et lui tendit la main pour l'aider à sortir de la mare.

— Je ne ferais pas ça si j'étais vous, murmura Monastario suspicieux.

— Gracias, mi Capitán, le remercia Diego en attrapant la main offerte de Toledano. Il avait bien entendu la remarque d'Enrique mais ne tomba pas dans cette mesquinerie.

En deux temps trois mouvements il se retrouva sur terre ferme. Monastario le regardait toujours avec ce sourire moqueur.

C'eut été moi, il n'aurait pas hésité, songea ce dernier.

— Quelqu'un peut-il m'aider ? demanda Ricardo en remarquant finalement les deux cavaliers.

Il remarqua le capitán qui s'inquiétait de l'état de santé du jeune De la Vega. Monastario soupira… Il hésitait, à juste titre, à se rapprocher du señor Del Amo. Néanmoins, il courut le risque et se rapprocha de la mare pour offrir sa main. Du coin de l'œil, Diego le remarqua et s'en amusa l'air de rien. Si Monastario pensait que Ricardo n'était pas homme à ne pas rendre la monnaie de sa pièce alors il se trompait…

Diego continua de parler avec Toledano sans se soucier de ce qu'il allait arriver, et eut quelques explications. Puis il avait eu le temps d'apprendre d'où venait la rougeur de la joue du Capitán. Par contre il n'eut pas de réponse quant à celle du señor Monastario. La discussion fut arrêtée par un grand bruit d'eau. Les deux hommes se tournèrent vers la mare de boue dans laquelle barbotaient désormais Monastario et de nouveau Ricardo.

Arturo et Diego se mirent à rire de bon cœur et furent bientôt rejoints par des rires féminins. Surpris, ou presque, les quatre hommes se tournèrent. Salena, Raquel et Angéla venaient d'arriver. Apercevant son mari couvert de boue et grimaçant malgré son sourire, Salena se hâta vers lui

— Mon pauvre mari, ria-t-elle en sortant son mouchoir pour lui essuyer le visage avant de l'embrasser tendrement.

— Prenez garde à ne pas vous salir, dit-il en reculant.

Angéla soupira en regardant son preux chevalier. Oh, oui, il avait fier allure le bougre.

Raquel s'était approchée de son mari. Elle lui en voulait encore de la douleur qu'avait causée sa prétendue mort. Elle remarqua que seul son mari était encore… propre. Le prenant pour parti responsable de l'état vestimentaire de Don Diego et de son ami, elle commit l'impensable. Tout en lui rappelant sa mauvaise farce, elle le fit reculer jusqu'à ce qu'il ne soit qu'à un petit centimètre de la mare.

— Voyons, ma chérie, dit Toledano en essayant de garder contenance alors qu'elle lui tourna le dos.

Elle savait très bien qu'il allait tenter de la retenir. Aussi, pour éviter d'être entrainé elle aussi, anticipa-t-elle son geste. Elle lui fit de nouveau face. Surpris par ce revirement brusque, Arturo perdit l'équilibre en évitant de la heurter et tomba à son tour dans la mare, créant fou rire autour de lui.

D'abord surpris par cette situation embarrassante, Toledano se mit à rire à son tour.

Ricardo en avait oublié l'illusion qu'il avait eu en voyant son ami avec un masque de boue mais il savait qu'il devait une explication et des excuses à Diego. De plus, il voulait connaître le fin mot de l'histoire. Qu'était-il arrivé à son ami pour qu'il grimace au moindre geste qu'il faisait avec son bras droit ?

Finalement les trois hommes sortirent de la mare et Ricardo se fit la promesse de ne plus vouloir plaisanter avec quiconque, mais allait-il seulement s'y tenir ?

Fin


NdA: C'était ma participation au challenge "test d'amitié". Les conditions, choisies par IcyWaters et Inuvik étaient les suivantes :

1) Diego et Ricardo enchaînés ensemble.

2) Diego et Ricardo recouverts de boue

3) Diego pris en flagrant délit avec un pistolet en mains

4) Ricardo dit : "Zorro va nous sauver"

N'hésitez pas à dire ce que vous en avez pensé.