- Hermione ! Ouvre cette foutue porte, nom de Dieu !

Ginny tambourina une fois de plus sur le battant en bois, désespérant de le voir un jour s'ouvrir. Seul le silence lui répondit et elle se dit qu'il était temps d'intervenir.

- Ecoute, arrête un peu ce comportement puéril. Tu connais mon idiot de frère, pas une once de délicatesse. Je me doute que ça a dû t'affecter, mais tu ne vas quand même pas laisser un minable commentaire te miner éternellement, n'est-ce pas ? Tu sais bien qu'il peut être indélicat par moment, mais ça ne veut pas dire qu'il pense un seul des mots qu'il a prononcé !

L'absence de réponse la poussa à insister.

- Lavande m'a dit que cela faisait plus de 20 minutes que tu étais enfermée dans cette damnée salle de bain, donc si tu ne sors pas immédiatement, je vais chercher Harry je te préviens, et il ne sera pas aussi tendre.

Elle réalisa, à peine les mots ayant franchi la barrière de ses lèvres, le pathétique de la situation. Elle n'arrivait même pas à contredire son frère, et se retrouvait à invoquer Harry, le plus nounours d'entre tous pour arriver à quelque chose. Elle baissa la tête, vaincue et lâcha dans un souffle :

- Sache que dans tous les cas je suis là, si tu veux parler ou même remédier à la situation, enfin je veux dire, tu vois quoi, si tu voulais faire quelque chose, pas que tu ais quoi que se soit à changer mais …

Voyant qu'elle faisait plus s'enfoncer qu'autre chose, elle tourna les talons en lançant « je t'attends en bas, tu as 5 minutes », avant de descendre l'escalier, se maudissant de ne pas trouver les mots.

ooOoo

De l'autre côté de la porte, Hermione percevait vaguement le discours de son ami, mais son cerveau semblait inapte à percevoir le moindre sens à cette litanie de parole. Son attention était en effet bien trop focalisée par ce qu'elle avait devant les yeux, désespérant de voir ses neurones se remettre en marche et lui expliquer comment diable elle avait pu se retrouver dans cette situation.

En effet, sous ses yeux s'étalaient, de long en large sur presque la totalité de sa peau nue, des marques tirant du violet au bleu, quelque unes tournant déjà au jaune profond. Tout son organisme semblait prendre un malin plaisir à lui assurer que rien de cette nuit n'était un rêve, un de ses songes qui disparaissent dès lors les paupières ouvertes.

* Elle avait marché sans se retourner. Ils s'étaient regardés une dernière fois dans les yeux, le souffle court et le corps brûlant. Il l'avait transpercé de ses iris argenté, avant de s'arracher sans ménagement à la chaleur du corps offert. Elle était resté pantelante, avant de récupérer rapidement sa culotte et de se diriger un air neutre sur le visage vers sa tour. Le soleil au loin commençait déjà à percer derrière la montagne. Une douleur insidieuse pulsait entre ses cuisses, et un trop plein de sensation lui donnait l'impression d'être une bombe à retardement. Ne pas penser, ne pas penser. Pas tout de suite, pas maintenant.

Elle s'était ensuite faufilée jusqu'aux escaliers de son dortoir, soulagée de ne croiser personne. En entant dans la pièce, elle entendit l'eau de la douche couler, Parvati, comme à son habitude, avait réglé son réveil une demi-heure en avance histoire de pouvoir profiter de la salle de bain. Dans quelques minutes, la vie s'éveillerait dans la pièce, au tintement des pendulettes. Elle se précipita sous sa couette, incapable d'affronter le moindre regard dans son état actuel. De déboussolée, elle était devenue amorphe. Seul un vide absolu occupait son esprit. Alors elle resta là, en boule sous son édredon, s'efforçant de ne surtout pas se mettre à l'introspection. *

Dès lors que les filles eurent effectué leur passage dans la salle de bain, elle s'y précipita prenant soin de refermer la porte derrière elle. Voilà où elle en était actuellement. Appuyée sur le rebord du lavabo, fixant aussi intensément qu'elle le pouvait son reflet dans le miroir.

Ça y est. Elle avait couché.

Étrangement, elle ne se sentait pas si différente, et guettait en elle-même la moindre preuve de ce cap franchi. Non ses seins ne s'étaient pas magiquement transformés pendant la nuit, ses hanches ne s'étaient pas adoucies et ses joues rondes ne s'étaient résorbées.

Elle alluma l'eau chaude et se laissa glisser contre le mur, laissant la chaleur diffuse du jet lui détendre les muscles. Bon. Elle avait couché. Bien, après tout c'était une étape naturelle dans la vie d'une jeune fille. Avec Malfoy.

Un cri étranglé s'échappa de sa bouche. Oh mon dieu. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Elle se prit la tête entre les mains et laissa des larmes ne sortant d'elle ne savait trop où, couler sur ses joues. Bien sûr qu'elle se savait naïve d'espérer ce roman d'amour qui vient ouvrir un cœur jeune aux passions de la vie d'une femme, bien sur qu'elle se savait crédule de penser que le premier serait le bon, serait doux, respectueux et amoureux à en crever. Elle savait que ce n'était que des illusions de petite fille. Mais merde, Malfoy ? Les larmes accélérèrent sur ses joues, alors qu'elle faisait une croix sur tant de projets rêvés et ressassés.

Au bout de dix nouvelles minutes, sa respiration se calma, ses épaules s'affaissèrent et ses yeux finirent bien par se tarir. Elle devait se reprendre. Elle ne pouvait rien laisser paraître. Dans un sens, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire pour tout le monde. Harry et Ron n'aurait pas à la regarder comme la trainée qu'elle se sentait être, peut être même Ron finirait par lui offrir une deuxième première fois magique. Après tout, il ne dirait certainement rien, oh elle ne pouvait être sûre de rien mais ce regard qu'elle lui avait vu la confortait dans cette idée. Quant à elle, elle finirait éventuellement par oublier ce fâcheux incident.

Oui, c'était exactement ce qu'elle allait faire, agir comme de si de rien n'était, et elle finirait tôt ou tard par se convaincre elle-même.

Rassérénée par cette idée, elle sortit rapidement de la douche et s'habilla en quatrième vitesse. Sans un dernier regard pour son image, elle referma la porte, laissant ainsi derrière elle tous les souvenirs de sa nuit à la belle étoile. Ne conservant en son fort intérieur que ce subtil mélange entre culpabilité quant à ce qu'on n'aurait du faire et satisfaction carnassière d'avoir côtoyer les noirceurs obscures de la jouissance.

ooOoo

- Mais Mione ! Tu sais bien que si tu ne m'aides pas, je n'arriverais jamais à le passer, pas avec les essais de Quidditch qui arrivent et ma retenue de vendredi …

- Ron, je ne te le répèterai pas, tu ne peux pas prendre mon devoir, tout d'abord parce que c'est de la triche, et deuxièmement parce que te savoir te planter me fait ma journée, lui lança-t-elle avec un faux sourire éclatant, dévoilant toutes ses dents.

En descendant vers la Grande Salle, elle avait réalisée, trop tard pour rester crédible, qu'elle devrait surement être en colère contre Ron. Heureusement, moins bonne actrice qu'elle ne l'aurait souhaité, tous avaient constaté son trouble et l'avaient automatiquement mis sur le compte de la dispute de la veille. Ainsi, elle se retrouvait à se défouler sur Ron depuis qu'il avait ouvert la bouche pour lui dire bonjour.

Harry ricana à sa remarque, ce qui lui valut de se prendre un coup de poing dans l'épaule suivit d'un « moi, au moins, j'ai fini astronomie » qui lui fit perdre instantanément son sourire. Le reste du déjeuner se passa plutôt confortablement, le sujet de la journée dernière proscrit. Il lui arriva même d'éclater de rire, deux fois, suite aux bouffonneries de Seamus et aux éternelles disputes entre Ginny et Harry.

Ce n'est qu'en remontant vers la salle de Métamorphose que les choses se gâtèrent.

Au détour d'un couloir, il fallut immanquablement que Ron se prenne les pieds dans la robe de Goyle, qui ne rata pas si belle occasion d'engager la discussion. Elle resta quelques mètres en arrière, incapable de détacher son regard des deux orbes argenté la fixant. Elle ne prêta pas une seconde attention aux éternelles répartis, qu'elle connaissait de toute manière par cœur. Il ne bougea pas non plus, restant inhabituellement en retrait. Pas une expression ne transparaissait de son visage, il aurait tout aussi bien pu penser à sa prochaine heure de cour. Mais leurs regards ne se détachèrent pas. Ses propres yeux devant certainement refléter plus qu'elle ne l'aurait voulu, le sien la paralysant entièrement. Se sentant prise de tremblements, elle recula de quelques pas avant de faire marche arrière, tant pis, elle arriverait certainement en retard, mais il fallait qu'elle respire.

Oublier cette histoire serait plus difficile qu'elle ne l'avait cru de prime abord. En effet, tout son corps s'était transformé en un puissant brasier, chaque parcelle de sa peau semblant irradier d'une chaleur anormale, et chacune de ses cellule réclamant à grands cris qu'il la prenne, ne serait-ce qu'une dernière fois, qu'elle ressente à nouveau sa présence en elle.

Elle se passa rapidement la tête sous l'eau, tentant de calmer sa respiration. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait ? Elle ne se comprenait pas, du moins, elle ne se comprenait plus. Et pourtant, elle savait qu'elle ne s'était jamais sentie aussi vivante que fixée par son regard. Tout en soupirant, elle se remit en marche, se disant qu'elle aurait tout le temps pour y penser plus tard.

ooOoo

Il avait bien entendu fallut qu'il tombe sur cette satanée bande à Saint Potter. A peine sorti de sa léthargie matinale, il se retrouvait là, confronté sans préparation à celle qu'hier encore il embrasait. Il aurait menti en disant qu'il s'en foutait, mentit en disant que là devant elle, il restait de marbre. Alors il se contenta de paraître. C'est ce que son père lui avait toujours dit : quand tu ne sais pas, alors fais semblant.

Un air neutre sur le visage, un regard froid et une bouche figée, voilà ce qu'il lui réservait. Néanmoins, dès que leur regard se croisèrent, il sut que ce ne serait pas aussi simple. Les prunelles chocolat de Granger se firent d'un coup le reflet de l'ouragan. Elle lui semblait à la fois tellement forte et tellement facile, là sous ses yeux.

* Il était rentré rapidement dans sa chambre, sans se préoccuper des regards étonnés que lui lancèrent les matinaux. Et ce n'est qu'une fois sous la douche qu'il se mit à réfléchir. Sa nature serpentarde lui permit de dépasser en un temps record la traditionnelle tempête émotionnelle et les inévitables questionnements éthiques et techniques. Seules restèrent les préoccupations de l'avenir.

Il était, en réalité, plus chamboulé qu'il ne l'aurait pensé. Ses émotions lui échappaient et ses mains ne semblaient pas prêtes de s'arrêter de trembler. D'un geste brusque, il s'enserra le poing jusqu'à ce que ce dernier se stabilise. Il fallait reconnaître qu'il se sentait plutôt bien, étrangement serein. Et lorsque les cris de sa partenaire avaient surgis dans l'obscurité, il lui avait semblé que c'était ses propres souffrances qui s'envolaient dans la nuit, comme englouti par la communion ces deux corps. *

Il la regarda trébucher en reculant, avant de s'enfuir dans un couloir menant dans la direction opposée de leur prochain cours. Un ricanement lui échappa. Il aurait tout le temps d'y penser plus tard, là tout de suite Potter avait sorti sa baguette et le pull de Weasley n'attendait que ses commentaires sarcastiques.