Disclaimer :Les personnages ne m'appartiennent pas, ils viennent de la série Queer as folk.
Rating :M
Pairing :Brian/Justin
Note de l'auteur : Bonjour à tous, voici le deuxième chapitre. N'oubliez pas, il faut oublier les couples originaux et beaucoup de liens familiaux. Les métiers, c'est pareil.
Dans ce chapitre il est question de la chason I don't like fell dancing des Scissor sisters.
Justin Petersen n'était pas du genre pudique, le fait de s'être fait surprendre à baiser ce serveur ne l'aurait pas perturbé plus que ça d'habitude (après tout, les back rooms de la ville n'étaient non plus ce qu'on pouvait appeler des endroits très « intimistes » et la présence d'un public était plutôt excitante !). Sauf que là, il n'avait pas croisé le regard de n'importe qui ! Il s'agissait de Brian Kinney, le prof de droit de Lindsay, celui-là même qui avait troublé son esprit par son air sombre et sa beauté particulière. Beauté qui, il n'en doutait pas une seconde, devait faire des sacrés ravages chez les femmes mais aussi, Justin en avait la certitude à présent, chez les hommes également ! Il sourit à cette pensée. Le prof de Lin était gay ! Bien sûr qu'il l'était, n'importe quel hétéro aurait détourné la tête ou provoqué un scandale en le voyant s'éreinter sur ce garçon de salle !
« Lilie, il ne serait pas un peu PD ton Kinney ? » Demanda-t-il brusquement à la jeune fille.
Lindsay essayait de se concentrer sur son travail, mais cette question lui fit redresser la tête.
« Qu'est-ce que tu vas chercher là ? Il est marié, et puis surveille ton langage devant les enfants s'il te plait ! Et regarde, mouche Sarah, son nez coule, et puis arrête de me tourner autour des oreilles, il y a une lessive de blanc à faire. Dégage de là, petite teigne ! »
« Ouai ouai, je sais ce que je sais, on en reparlera plus tard » Répondit le jeune homme en faisant signe qu'il ne pouvait pas parler devant les enfants. Puis, il ramassa le sac de linge et descendit en chantant jusqu'au sous-sol.
C'était une bien belle journée d'automne, de celles qui donnent envie de passer son temps à trainer au soleil. La lessive tournait dans la buanderie, Justin s'assit sur les marches du hall d'entrée et son esprit vagabondait.
« Alors, le lézard, on se fait griller au soleil ? » Emmet était planté devant lui, le sac de courses à la main.
« Hé ho ? Y a quelqu'un ? » Demanda-t-il plus fort.
« Hein ? Ah, salut Emmet, tu n'es pas au salon aujourd'hui ? » Demanda Justin.
« Allooooooo ? On se réveille, il est 13 h, c'est ma pause déjeuner. Tu es avec nous aujourd'hui ou tu as renoncé à l'atterrissage ? » Répondit celui-ci et agitant sa main devant les yeux du jeune homme.
Le coiffeur observa les yeux de son jeune ami. Il connaissait bien la vie, Emmet Grassi et ce regard dans le vague, cet air languissant, cette façon d'être ailleurs...
« Dites voir jeune homme, on ne serait pas un peu amoureux par hasard ? »
« Hein ? N'importe quoi ! Pourquoi tu dis ça Emmet ? » Rétorqua le jeune homme en rougissant légèrement.
« Parce que, quand un garçon prend un air crétin en souriant aux oiseaux, c'est que il y a de l'amour dans l'air, Sunshine ! »
Sunshine. Le surnom que lui avait donné Debbie dès leur arrivée dans la maison l'avait d'abord agacé, puis, il s'y était fait. Après tout, cela avait un côté doux et affectueux, une tendresse de mère dont il avait bien besoin quelque fois ! Alors ma foi, vas pour Sunshine ! Même Emmet s'y mettait de bon cœur, quand il ne lui donnait pas du « honey, trésor, chéri, mon cœur » !
« Emmet, vas t'occuper des bigoudis de tes Schroumpfettes (c'est ainsi qu'il appelait les mamies qui adoraient se faire faire des reflets bleutés dans leurs chevelures blanches), et lâche moi ! »
« Oh, aurais-je touché un point sensible ? » Ironisa le coiffeur en descendant les quelques marches qui menaient à son appartement de l'entresol.
Justin ne répondit pas, déjà absorbé par ses pensées. Amoureux, lui ? C'était une étrange question. Il ne se l'était lui-même jamais posée ! Des garçons, et des hommes, qui lui avaient juré un amour éternel, il en avait connu, oui, des plus ou moins agréables, de plus ou moins sincères, et peu lui importait ! Justin les avait bien aimés, ils avaient fait 3 petites tours, puis, certains lassés de son manque de conviction et d'engagement avaient fini par comprendre qu'ils n'obtiendraient jamais plus de lui que son corps, mais que son âme et son cœur étaient hors de portée !
Justin n'était jamais tombé amoureux. En écoutant les aventures extraordinaires d'Emmet qui rencontrait l'homme de sa vie tous les 3 jours, il sentait bien que ce qu'il ressentait pour ses amants passagers n'avait rien à voir avec ça, pas de fourmis dans le ventre, pas de tête qui tourne, pas de sensation de cœur qui s'arrête de battre ! Alors quand cet homme était apparu sur le palier, ce Brian Kinney, il s'était dit qu'une chose étrange était en train de se passer, une chose inconnue qui prenait possession de lui et ça lui foutait une putain de trouille.
OoO
Lindsay se rendait compte qu'elle s'était peut-être montrée un peu grossière d'avoir ainsi écourté la visite de son professeur, l'autre soir. Il s'était simplement montré serviable et elle n'avait eu de cesse que de le foutre dehors. Pauvre homme, pensa-t-elle en réprimant une crise de rire dans le métro bondé. Il ne devait pas avoir l'habitude ! La quasi-totalité des filles de sa classe auraient vendu leur mère pour que Maitre Brian Kinney passe ne serait-ce que 2 minutes chez elles et elle, Lindsay Petersen, elle avait fait quoi ? Elle l'avait quasiment viré comme un malpropre ! Ma foi, il ne lui faudrait pas attendre très longtemps pour savoir s'il était vexé ou s'il était déjà passé à autre chose !
La sonnerie avait fini de retentir quand il fit son apparition dans l'amphi. Tout de même, c'est vrai qu'il avait belle allure ! Son manteau de cachemire posé sur le dossier de sa chaise, l'homme dégageait dans son costume impeccablement coupé une aura particulière, un mélange d'autorité de de séduction innés, qui sans doute étaient pour beaucoup dans son succès professionnel !
« Bien, j'espère vous vous êtes bien reposés pendant les quelques jours où vous n'avez pas eu le privilège de vous faire torturer par votre professeur préféré, parce que aujourd'hui, nous attaquons, la Loi, et ses infinis amendements sur le harcèlement sexuel au travail et ne ricanez pas messieurs, car nous verrons que cela peut arriver à tout le monde ! »
C'est la sonnerie stridente indiquant la fin du cours qui fit soudain se rappeler à Lindsay qu'elle devait apporter la convention de stage à Mr Kinney afin qu'il la signe.
« Monsieur Kinney, je vous ai rapporté les papiers, il faudrait les signer pour l'administration... » avança-t-elle en tendant son dossier.
« Mademoiselle Petersen ! Alors, comment-allons-nous depuis ce week-end ? » Lindsay crut sentir un brin de moquerie dans la voix de son professeur, elle ne savait quelle contenance prendre.
« Bien je vous remercie. Je suis désolée, vous êtes un peu mal tombé, nous étions un peu bousculés vendredi soir, et… » Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase.
« Et il n'était pas prévu que je débarque à l'improviste. Ne vous inquiétez pas, j'ai compris. Au fait, jolie famille, ce sont vos enfants ? » Ajouta-t-il en la fixant de son regard d'aigle.
« Oui, Monsieur » Mon Dieu dans quoi s'embarquait-elle ? S'il y avait bien une chose sur laquelle elle n'avait vraiment pas prévu de discuter avec son professeur (ni avec qui que ce soit d'ailleurs), c'était de sa situation familiale ! Brian ressentit immédiatement son malaise, il y avait quelque chose d'assez énigmatique dans la vie de cette jeune fille et le fait qu'il ait passé une bonne partie de ces derniers jours à décortiquer le moindre des indices relevés dans cette maison de Greenwich village avait aiguisé sa curiosité à un tel point qu'il ne comptait pas en rester là avec elle.
Brian n'était pas encore arrivé au stade où il pouvait s'autoriser à penser que se rapprocher d'elle, c'était une façon de se rapprocher de LUI... Lui, Justin Petersen ! Cependant, le chemin qu'il empruntait le menait tout droit à ces yeux clairs, et son sourire d'ange déchu.
« Mademoiselle Petersen, ne faites pas cette tête, avoir des enfants à votre âge n'est pas un crime et vous avez l'air de vous en sortir très bien, votre mari vous aide » Holly shit, Brian savait qu'il allait beaucoup trop loin, mais il ne pouvait pas s'en empêcher, c'était plus fort que lui !
Lindsay sourit à cette dernière remarque, manière diplomatique de signifier que l'interrogatoire était clos.
« Encore Merci professeur » Dit-elle en brandissant sa feuille de convention de stage !
« De rien Melle Petersen, c'est vous qui me rendez service ! J'ai la garantie de ne pas me coltiner un abruti comme stagiaire cette année » Répondit-il avec une petite grimace qui lui faisait une fossette à la joue gauche.
« Quel con, non mai quel con ! » S'exclama-t-il tout bas une fois son étudiante partie.
« Brian mon vieux, reprend toi, tu perds tout sens commun ! » Il était temps de regagner son cabinet où l'attendait son nouveau client : Philip Carter dont il avait finalement accepté de prendre le dossier, non sans une certaine appréhension. Il se foutait bien de savoir si ce type affabulait ou pas. L'innocence ou la culpabilité des personnes qu'il défendait n'avait aucune importance, ce qui importait, c'était de savoir s'il pouvait gagner et de quelle manière ! Et l'affaire lui semblait jouable. Et puis, quelle pub ! Faire tomber une des plus grandes star d'Hollywood : James Trivalto. Ça valait le coup de mouiller sa chemise, comme disait son associé Karl Horwat. Entrer dans l'arène, sentir la chaleur des projecteurs sur lui, les micros tendus des journalistes, Brian adorait ces moments où il sentait que la vie d'un homme ne tenait qu'à son talent d'orateur !
« Monsieur Carter, entrez, je vous prie… »
Ooo
Le Moon River ressemblait à un vieux bateau de croisière échoué quand la lumière tamisée et le public du soir n'animaient pas encore sa coque dont le bois grinçait sous les pieds. Il avait été dans les années 30 un club de Jazz réservé aux Happy few. Sélect et pointu, puis il avait connu dans les années 50 la déferlante du rock. Il fut un temps aussi, une des premières boites à accepter les Drag Queen avant de devenir aujourd'hui, un club dont la programmation avait déjà une très bonne réputations dans le cercle des branchés New Yorkais. Le capitaine du lieu, Monsieur Aaron Gold, devait être presque aussi vieux que son navire, mais cet homme sage, qui avait vu passer toutes les modes, ne pouvait pas se passer de respirer l'air de cet endroit, les fantômes du passé, les gloires défuntes, les airs oubliés ! Aaron Gold, par sa seule présence, les faisait revivre à chacun de ses soupirs.
« Mmmm, Justin, sois gentil mon garçon, chante moi Moon river... »
Le Vieil homme s'assit prêt de lui, lui passa la main dans la nuque.
Le jeune homme pris une guitare, se concentra deux secondes le temps de retrouver les accords puis commença doucement :
Moon river wider, than a mile
I'm crossing you in style some day
Oh dream, maker you, heart breaker
Wherever you're goin' I'm, goin' your way
Two drifters off, to see the world
There's such a lot of world to see
We're after the same rainbow's end waitin', 'round the bend
My huckleberry friend moon, river and, me
(Moon river wider, than a mile)
(I'm crossin' you in style some day)
Oh dream, maker you, heart breaker
Wherever you're goin' I'm, goin' your way
Two drifters off, to see the world
There's such a lot of world to see
We're after that same rainbow's end waitin', 'round the bend
My huckleberry friend moon, river and, me
(Moon river moon, river)
« Elle était si belle tu sais, mon petit... »
« Qui ça Monsieur Gold ? » Demanda Justin.
« Audrey… Audrey Hephburn »
« Oh, elle est venue ici ? »
« Oui, bien sûr, elle, et bien d'autres : Marylin, la Callas, Elisabeth Taylor... Ah, c'était une autre époque. Aujourd'hui, c'est autre chose, n'est-ce pas ? C'est pour ça tu vois, je crois qu'il est grand temps que je passe la main. Je t'ai déjà parlé de mon petit-fils, Ethan ? Il va reprendre le flambeau, il a quelques idées pour dépoussiérer tout ça » Murmura la vieux monsieur en désignant la salle du bout de sa canne.
« Monsieur, Gold, je l'aime bien moi la poussière, et vos fantômes me tiennent compagnie pour chanter. »
« T'es mignon mon garçon, mais ne t'inquiète pas, tu as un talent extraordinaire, le Moon River est un tremplin pour toi, tu partiras vers des salles plus prestigieuses et tu le garderas dans un coin de ta mémoire, et puis, quelque fois, tu chanteras pour moi Moon River. De là-haut, si Dieu aura bien voulu de moi, je t'entendrais » Répondit Monsieur Gold en se levant pour prendre congé.
« Monsieur Gold, vous êtes malade ? » S'inquiéta Justin.
« Non, Sonny boy, je suis vieux. Remarque, c'est aussi une maladie » Sourit le vieil homme en lui serrant le bras.
OoO
Justin se souvenait du parfum de sa mère quand elle se préparait pour un concert. Son rituel était toujours le même : elle commençait par passer le bouchon sur ses poignets, puis dans son cou, et enfin derrière ses oreilles. Il grimpait alors sur ses genoux pour qu'elle lui fasse « sentir ». les mains de sa maman caressaient ses cheveux tandis qu'il enfouissait son visage sur son épaule. C'était il y a si longtemps. Le jeune homme essuya une larme, puis deux, avant de s'engouffrer dans les escaliers du métro. Pourquoi diable pensait-il à cela maintenant ? Sans doute parce que les paroles de Mr Aaron l'avaient perturbé. Justin appréhendait ce changement de direction. Il avait déjà rencontré Ethan Gold, le petit fils du propriétaire, un jeune loup aux dents longues, bourré d'ambition, assez imbu de sa jeune personne. Le regard qu'il avait posé sur lui ce jour-là n'avait pas plu à Justin, il s'était senti mis à nu, presque bousculé et une étrange sensation s'était emparée de lui. Ce type était malsain, voilà, il avait trouvé le mot exact : Malsain.
OoO
« Tu en penses quoi, toi ? » Demandait Lindsay après que Justin lui eut expliqué sa conversation avec Mr Aaron.
« Je pense que on ne va pas faire long feu au Moon River » Répondit celui-ci.
Lindsay accompagnait souvent le jeune homme dans ses concerts. Elle aimait chanter avec lui, mais la musique restait pour elle un hobby, pas une passion ! Si du jour au lendemain, le Moon River ne voulait plus d'eux, elle s'en remettrait. Pour lui, elle le savait, ça serait plus difficile !
« Allez, ne t'en fais pas trop, il arrive quand le grand méchant loup ? » Ironisa-t-elle.
« Ce soir » Répondit laconiquement Justin.
« Décroche lui ton plus beau sourire, chéri, personne ne résiste à ça »
Alors là, s'il y avait bien une chose que Justin ne voulait surtout pas faire, c'est séduire Ethan Gold.
Non, il y avait un paramètre, qui, semblait-il, avait totalement échappé à Lilie et Justin ne voulait pas l'inquiéter avec ça. Mais le fait était que, si Ethan Gold décidait de rompre son contrat, Justin se retrouverait avec un simple visa de touriste sur le sol américain. Lilie ne craignait rien, elle avait une green card d'étudiante lui permettant de rester le temps que durerait ses études. Mais lui, son permis de séjour dépendait directement de ses contrats de travail. Le jeune homme n'avait pas besoin d'argent, il avait besoin de rester à New York ou plus précisément, il fallait qu'il soit loin de l'Angleterre ! Il n'avait d'autre choix que de dompter Ethan Gold et cette pensée le fit frémir...
OoO
Un sauna, un bon sauna, voilà ce dont avait besoin Brian pour se délasser, après cette longue journée. Évidemment, l'Adonis, n'était pas vraiment un choix de père de famille pour aller se livrer à ce genre de « détente », mais il y avait bien longtemps que Brian avait abandonné ses états d'âme au vestiaire. Les yeux mi-clos, les habitués observaient discrètement les nouveaux arrivés. Le jeu pouvait commencer et dans l'épais brouillard qui nimbait les corps nus, il ne fallait jamais bien longtemps à Brian pour mettre à ses genoux celui qui saurait le faire planer quelques minutes. Ce soir, c'était un garçon au crâne rasé, et aux muscles saillants, qui fut servi le premier ! Au moins celui-ci ne ressemblait en rien à… Putain ! Brian aurait portant juré que petit à petit, il était en train d'oublier ! Fuck ! Pensa-t-il en crispant ses mains sur la banquette de bois, tandis que son partenaire relevait la tête.
« T'es sexe, on peut se revoir, pour... Approfondir ? » Dit celui-ci en souriant.
Le mot fit sourire Brian, qui sans daigner répondre, se releva pour se diriger vers les douches.
« Je connais ce mec » Se dit un petit homme brun qui suait à grosses gouttes dans un coin de la pièce.
« Bon sang, je suis sûr de l'avoir déjà vu... » Se torturait-il au passage de Brian devant lui.
« Oui, ça y est, à la soirée à Hampton Hall, c'est... Brian Kinney »
Michael Novotny venait de reconnaitre l'avocat...
OoO
« Emmet, tu peux me les couper très court, genre, style commando ? » Demandait Justin au coiffeur se regardant dans le miroir.
« Oui, Trésor, je peux, mais je ne le ferai pas. Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle lubie, raconte à tatie Emmet ! »
Le salon de coiffure « Scisors queen » annonçait la couleur, sans la moindre ambiguïté possible. Ici tout n'était que rose, taffetas et loukoum ! Les peignoirs sentaient la lavande, et le thé à la bergamote embaumait dès que l'on franchissait le seuil de ce salon boudoir. C'était le royaume d'Emmet Grassi, il y régnait en maître sur sa clientèle, et ses deux apprentis, un garçon, Willy, futur Barbier tellement concentré sur son travail, qu'il semblait comme hermétique au monde hallucinant qui l'entourait dans cet endroit et la jeune Daphnée, une demoiselle effrontée, qui tenait souvent tête à son patron, avec l'insolence de celles qui ne se laissent pas impressionner facilement !
« Emmet, je te demande pas ton avis, rase ! » Insistait le jeune homme !
« Tu me fatigues, Justin Petersen, si tu as l'âme dépressive en ce moment, viens pas te répandre dans mon salon ou alors parle ! » Rétorqua le coiffeur en se plantant derrière lui.
« J'ai plus envie de voir ma tête, je suis pas cute/mignon/baby/sunshine ! Coupe moi ça ! »
« Chéri, je veux bien rafraichir un peu, ça va te mettre les idées au clair, et puis si demain, tu as encore cette idée farfelue, on rasera, ça te va ? » Concéda Emmet, en l'entrainant vers le bac à shampoing.
« Vas-y Daphnée, finis avec un massage du cuir chevelu, ça va nous le détendre, le dur à cuire ! » Conclu-t-il en retournant vers la dame sagement installée sous le séchoir, qui attendait que le Maitre lui retire ses bigoudis.
« A nous deux Madame Ravelli, alors, prête pour le nouveau look Liz Taylor ? »
Daphnée avait un certain don pour les massages, les clients et clientes raffolaient de ce moment de détente, et son petit talent lui rapportait de jolis pourboires qu'elle accumulait dans une curieuse tirelire en forme de pagode Japonaise.
« Mmmm, tu es une fée Daph » Lâcha le jeune homme dans un soupir.
« Chut, on se détend, on ferme les yeux et on ne pense plus à rien » Murmura-telle.
Être coiffeuse n'était pas la vocation de la jeune fille, ce qu'elle aurait voulu, elle, c'est être journaliste, pas shampouineuse, mais ses parents n'avaient pas les moyens de lui payer ce genre d'études et elle avait atterri dans une école de coiffure. Elle avait serré les dents et les poings au cours de ses stages chez les professionnels, jusqu'à ce qu'elle atterrisse au « Scisors Queen ».Voilà un an qu'elle était là à présent et si elle ne s'était toujours pas découvert une passion pour la coiffure, elle vouait à présent un profond attachement à son patron et à ce salon pas comme les autres !
Justin s'était presque endormi au contact des mains de la jeune fille, bercé par la chaîne musicale branchée par Emmet qui diffusait non-stop des airs populaires.
Daphnée passa une serviette dans les cheveux du jeune homme, les ébouriffa légèrement puis, tandis l'oreille vers les amplis et elle entonna :
Wake up in the morning with a head like 'What ya done?'
This used to be the life but I don't need another one
You like cutting up and carryin' on you wear them gowns
So how come I feel so lonely when you're up gettin' down?
Et Justin poursuivit en souriant :
So I play along when I hear that special song
I'm gonna be the one that gets it right
You'd better move when you're swingin' 'round the room
Looks like the magic's only yours tonight
Ils finirent par chanter ensemble le refrain à tue-tête en dansant autours des fauteuils :
Don't feel like dancin', dancin'
Even if I find nothin' better to do
Don't feel like dancin', dancin'
Why'd you pick up a tune when I'm not in the mood?
Don't feel like dancin', dancin'
Rather be home with the one in the bed till down with you
Quelques fois oui, l'espace de quelques instants comme celui-là, Justin retrouvait ses 20 ans et la faculté de changer d'humeur en quelques secondes, pour quelques notes de musique.
« Non mais regardez-les ces deux-là ! Ils vont me faire tourner mes couleurs » Râlait Emmet, en mélangeant une mixture nauséabonde dans un bol. Cependant, il ne put s'empêcher de prendre un air satisfait. On ne raserait pas cette belle chevelure blonde aujourd'hui.
OoO
Holly shit, il était déjà 21 h. Brian avait pourtant promis à Mélanie que ce soir, il rentrerait tôt pour discuter un peu des vacances de Noel, qui après Thanksgiving, arriveraient bien vite. Il s'était intéressé au dossier de Philip Carter, et n'avait pas vu le temps passer. Ce dossier serait sans doute l'un des plus pourris de sa jeune carrière. Client antipathique, aux mœurs très légères, aucun réel témoin à charge contre le prétendu harceleur. Voilà qui promettait ! Habituellement, ce genre de défi l'excitait, mais là, il se demandait s'il n'avait pas vu la montagne à gravir bien plus petite qu'elle n'était !
C'est en garant sa voiture dans le parking souterrain qu'il se fit cette réflexion « tiens, je n'ai pas pensé à LUI de la journée... »
Melanie avait laissé sur la table en verre du salon, une salade et une bouteille de vin. Elle venait de coucher Gus qui attendait le baiser de son père pour s'endormir.
« Vas vite l'embrasser, ses yeux se ferment déjà » Dit-elle. Il n'y avait pas l'ombre d'un reproche dans sa voix. Mélanie était une bête de travail, qui bien souvent, rapportait elle aussi, ses dossiers à la maison.
« Dure journée ? » Demanda-t-elle tandis que Brian la rejoignait pour diner.
« L'affaire Carter, je vais avoir du mal à trouver un angle d'attaque cette fois »
« Elle est bien glauque ton affaire chéri » Conclut Mélanie en faisant tinter leurs deux verres.
« Tiens ! Jette un œil sur les brochures, je suis assez tentée par ce chalet, qu'est-ce que tu en penses ? »
Brian jeta un œil distrait sur le catalogue.
« Oui, bien vas-y réserve. Pense aux billets d'avion aussi pour y aller, je ne veux pas me taper la route » Melanie sentit immédiatement que son mari n'était pas d'humeur, elle mit cela sur le compte de son job et essaya de ne pas trop se formaliser.
« Tu ne manges pas » Constata-t-elle.
« Non, excuse moi je n'ai pas faim, je vais prendre une douche et aller me coucher »
Se déshabiller, sentir l'eau couler au creux de ses reins, sur son ventre, son sexe, fermer les yeux et tenter de se vider de tout. Mais la buée qui envahissait la cabine aussi épaisse soit-elle, ne suffisait pas à remplir aussi son esprit... Il se souvenait du moindre détail, de l'arête du petit nez, du grain de peau, de l'arc des sourcils, de la cambrure de son dos, jusqu'au galbe des fesses du garçon blond nommé Justin Petersen, qui avait décidé d'élire domicile dans son esprit ! Son corps tout entier commença lui aussi à se souvenir de ses émotions, du coup de poing dans le ventre, jusqu'au feu dans le creux de ses reins. Brian bandait si fort à ce moment précis que sa main, posée sur son sexe ne lui fut d'aucune aide, la jouissance vint brusquement le soulager un court instant.
« Délivrez nous du mal » Avait coutume de dire sa bigote de mère quand elle parlait à Dieu.
Brian secoua la tête, passa la main dans ses cheveux, essuya la buée sur le miroir et se regarda longuement. Il avait 32 ans, et jusqu'à il y a quelques jours, il croyait se connaître ! Ce soir, il n'était plus sur de rien…
OoO
Le Moon River affichait complet encore ce soir, les frères Habbot terminaient leur concert de free Jazz. Lindsay et Justin attendaient dans la petite loge en grignotant des tapas. Ils discutaient sur le choix de leurs chansons pour la soirée quand la porte s'ouvrit brusquement. Ils furent d'abord surpris de ne pas avoir entendu frapper mais se ressaisirent aussitôt car devant eux, se tenait le nouveau capitaine du navire : Ethan Gold !
Le garçon avait un certain charme, on aurait même pu dire qu'il était séduisant s'il n'y avait pas eu ce rictus au coin de ses lèvres et ce petit je ne sais quoi dans le regard, qui avait l'air de signifier que la terre entière n'était faite que pour être écrasée par ses Weston vernies !
Lindsay se leva la première pour venir le saluer, il la toisa brièvement et répondit par un sourire. Il se dirigea vers Justin,
« Bonsoir, vraiment ravi de te revoir, c'est à ton tour je pense » Continua-t-il en désignant les coulisses.
« On se revoit après ton show ? » Ce n'était pas vraiment une question mais plutôt un ordre.
Sa main posée dans son dos tandis qu'ils quittaient tous les trois la loge, fit frissonner Justin. Il se souvenait des histoires de sa grand-mère, quand il était enfant et qui parlaient du souffle du démon sur le front des innocents. Il secoua la tête, prit une inspiration et monta sur la scène. Lindsay le rejoint pour s'asseoir prêt de lui.
« On va commencer par cette vieille berceuse du Sud » Un murmure de contentement parcourut la salle.
« I wish I wish, my Baby was born and sitting on It's papa's knees... »
Tant qu'ils chantaient, tant que la bienveillance du public réchauffait le cœur de Justin et pourvu qu'il ne croise pas le regard de serpent d'Ethan Gold qui ne le quittait pas des yeux, tout allait bien.
Justin savait très bien qu'avec ce type de prédateur, il ne fallait surtout pas montrer qu'on avait peur, ses efforts se concentraient donc là-dessus : ne pas montrer sa peur.
Car la réputation de l'héritier Gold dans le petit monde des clubs New Yorkais n'était plus à faire. On ne comptait déjà plus les scandales étouffés à coups de dollars pour faire taire les victimes de ce pervers qui ne connaissait pas d'autres limites que celles de son plaisir !
S'il n'y avait pas eu cette putain de green card, Justin aurait immédiatement demandé sa liberté à Monsieur Aaron. Car il savait, que la prochaine proie qu'Ethan voulait ajouter à son tableau de chasse, c'était lui !
A suivre...
