La journée suivante se passa normalement, sans incidents majeurs pour Harry, à part que son manque de concentration flagrant persistait. Il réussit néanmoins à mettre en pratique une partie des enseignements de Snape, et à isoler loin de son esprit actif les pensées et découvertes qui le tourmentaient. En général, tout se passa un peu mieux que la veille. Harry ne pouvait s'empêcher d'entendre encore cette dernière phrase résonner en lui : « Vous pourrez revenir demain soir, si vous le souhaitez ». C'était loin de ressembler aux ordres auxquels il s'était habitué, mais c'était davantage qu'une invitation, dans le langage snapien.

Son dernier cours de la semaine arriva, et c'était encore une fois potions. Tous les élèves étaient réunis dans la salle de cours, papotant en attendant leur professeur, qui tardait à venir pour la première fois en dix-sept ans, sans doute.

Aussitôt que ses pas se firent entendre dans le couloir, avec difficultés vu le brouhaha ambiant, le silence se fit.

« Bien, aujourd'hui, déclara Snape en entrant, vous pouvez ranger toutes vos affaires pour ne garder qu'un parchemin et une plume. Vous passerez l'heure à m'expliquer quels sont les ingrédients présents dans la potion réalisée il y deux semaines précisément, leurs effets et leurs différentes réactions. Vous répondrez ensuite à cette problématique toute simple : cette recette est-elle optimale pour cette potion ? »

Tout le monde, y compris Hermione, semblait perdu face à leur parchemin qui restait obstinément vierge, malheureusement. Tout le monde, sauf Harry.

Il se souvenait sans le moindre problème de sa séance de lecture. Il fut si concentré durant toute l'heure sur son interrogation, qu'il ne remarqua même pas les regards curieux de ses camarades, ni leurs chuchotements, alors qu'ils essayaient désespérément de grapiller quelques points en ordonnant les malheureux souvenirs qu'ils pouvaient avoir.

Au repas, ce soir-là, Harry expliqua simplement que c'était le sujet de sa retenue la veille. Ron se dit que ça n'était qu'une nouvelle idée du bâtard graisseux pour rendre les retenues plus populaires, déjà que grâce à lui la moitié du château en écopait au moins une fois par mois…

À 20 heures, Harry se retrouva à nouveau face aux appartements de son professeur. Il toqua sur la toile vidée de son occupant, et la porte s'ouvrit d'elle-même. Il n'y avait personne dans le salon.

« Entrez, et installez-vous comme hier ! » La voix de Snape provenait d'une autre pièce. Harry obéit, mais ne trouva pas de livres. Il attendit donc son professeur.

« Aujourd'hui, vous allez devoir faire face à des attaques plus directes. Votre mission sera d'empêcher tout accès à vos souvenirs de ce qui s'est passé hier soir. »

Harry grimaça, dit comme ça, l'énoncé ressemblait un peu trop à ses cours précédents. Mais Snape continua : « La séance commencera dès que j'entrerai dans la pièce, tenez-vous prêt. »

Quelques secondes plus tard, son professeur entrait enfin, vêtu de son Kigurumi. Harry était pris de court, et Snape attaqua aussitôt. Et Harry perdit.

Pendant une heure encore, les attaques s'enchaînèrent, mais Harry n'arrivait définitivement pas à se défendre convenablement.

« Je pense qu'une pause est nécessaire, Monsieur Potter. Cela ne servira à rien de continuer l'exercice, tant que nous n'arrivez pas à comprendre ce qui vous empêche de vous concentrer et me contrer. Je ne peux pas vous aider pour cela. »

Harry n'eut pas besoin de se concentrer un instant pour découvrir la nature de son problème. Il avait admis que Snape était plus qu'attirant, et l'avait même fait en sa présence. Et l'homme ne l'avait pas rejeté. Non seulement ces pensées étaient promptes à le tourmenter, lui et ses défenses mentales, mais il ne pouvait pas sérieusement occulter la vision qu'il avait devant lui, de son professeur vêtu de la sorte. Il se demanda brièvement si Snape était nu en dessous, encore une fois, mais ce n'était certainement pas ce qui allait l'aider à se concentrer.

Quelques instants de calme et de réflexion passèrent, avant que Snape ne lâche : « Bien, reprenons ? ». Et sur ce, il attaqua de nouveau.

Harry ferma les yeux, et se concentra sur l'esprit de son professeur. La meilleure défense, c'est l'attaque, et il avait préparé son coup. Il planqua ses souvenirs bien au fond de son esprit et étendit sa conscience, tel un gant de baseball, prêt à recevoir la balle.

Il investit ce gant de toute la douceur, l'affection et l'amour dont il était capable, puisqu'apparemment c'était une arme redoutable capable de défaire un mage noir, et que ça ne devait pas être le genre de choses auxquelles son professeur était habitué, malheureusement.

Harry reçut la balle sans problème, dans son gant, dans ses défenses.

.oOo.

Snape n'avait pas vraiment compris ce qui s'était passé ces deux derniers soirs, mais il avait remarqué que c'était une faiblesse de son élève, ce fameux Kigurumi. C'est pourquoi il avait décidé de l'utiliser également ce soir-là. Tout bien réfléchi, à la vue de ce qui s'était passé la veille, c'était aussi sa propre faiblesse.

Et une partie de lui se retrouva au contact d'un mur de défense qui n'en était pas un. Il se retrouva perdu dans cette douceur, cet amour. Il aurait dû penser à se rétracter, à battre en retraite, mais non. C'était sa faiblesse.

.oOo.

Harry ne comprenait pas trop ce qui venait de se passer. Il sentait l'esprit de son professeur étroitement mêlé au sien, sans pour autant qu'il n'ait réussi à franchir ses défenses. Un peu comme l'huile et l'eau, ils étaient étroitement liés, mais restaient pour autant bien distincts.

Il ouvrit les yeux et découvrit que Snape était étrangement détendu en apparence, même si sa posture et son corps criaient le contraire. Il voyait ses muscles se contracter comme s'il était la proie d'un difficile combat intérieur.

Harry rétracta son esprit, libérant ainsi celui de son professeur. La crispation de celui-ci disparut aussitôt, mais il ne réagit pas pour autant. Harry s'approcha de son professeur, il tendit la main et lui caressa la joue. Petit à petit, Snape revenait dans le monde réel.

Harry n'en revenait pas de son audace, et le sang battait à ses oreilles, son cœur tambourinait contre sa poitrine. Sous ses doigts, la peau de son professeur possédait une douceur insoupçonnée.

Harry avait envie de se coller contre le corps devant lui, si proche, et de nicher son nez dans ce cou. Il n'avait jamais ressenti ça jusqu'à maintenant, et il aurait dû se sentir perdu, mais il lui semblait que c'était la chose la plus naturelle au monde, et il avait juste pleinement confiance en Snape. Comment aurait-il pu en être autrement ?

« Ce n'est pas une bonne idée Harry.

- Je sais, Severus. » Il ne put s'empêcher d'apprécier le son sur sa langue alors que le nom roulait en lui. « Tu es mon professeur, et je suis ton élève. Il n'y a aucun interdit formel entre nous, mais nous sommes deux hommes… Et je suis jeune. Si jeune… pourquoi voudrais-tu perdre ton temps avec moi ? »

Harry voulut s'éloigner, mais Severus le retint.

« Comment peux-tu dire de telles choses ? Alors même que je suis l'homme le plus haï du pays ? Et que la vie m'a déjà tellement pris… Ne pense pas que qui que ce soit perde son temps avec toi Harry. Tu vaux plus que ce que tu crois. Ce que tu as accompli… Personne d'autre n'aurait pu le faire, et ce n'était pas qu'une histoire de prophétie. Depuis que le Seigneur des Ténèbres n'est plus, tu as acquis une sagesse que je n'ai jamais rêvé posséder.

- Tu oublies que ce n'est pas ma victoire. Sans mes amis, sans Dumbledore et sans toi, jamais elle n'aurait été possible. Tu m'as sauvé tellement de fois, alors que je n'arrivais pas à te voir pour qui tu étais vraiment. J'étais aveuglé par ma haine et par ma bêtise… »

Severus se pencha légèrement en avant, très doucement.

« J'ai fait la promesse de te protéger, même contre moi-même. Va-t'en, Harry.

- N'y comptes pas. Toi aussi tu vaux plus que tu ne le crois. » La main d'Harry remonta le long de l'avant-bras de son professeur, remontant la manche du pyjama ridicule pour dévoiler la marque ignoble. Il ne put s'empêcher de laisser ses doigts la caresser, comme pour en apaiser les souffrances. « Severus… Ne crois jamais que ce que je fais est de la pitié ou une question de te rembourser ce que je te dois. Tu l'as lu dans mes pensées, ce que je ressens pour toi. Je ne veux pas te faire de mal, je veux juste te donner ce que je peux, et ce qui n'est déjà plus à moi. »

Harry laissa ses doigts caresser les lèvres de Severus, et son autre main remonter sur son torse. Il s'approcha très doucement des lèvres offertes, sans défenses, et les embrassa tendrement. Il n'avait jamais douté qu'il désirait cet instant avec autant d'ardeur, des années de haine et de devoir ayant émoussé et repoussé au loin ses sentiments.

« Je t'aime, Severus. »