Disclaimer : Quelle surprise ! Les personnages ne sont pour la plupart toujours pas à moi
Hello !
Je commencerai juste par dire que je suis heureuse d'avoir finit ce chapitre car je viens de passer un des moins bons mois de mon existence et que toute démonstration d'un talent artistique quelconque est un signe que je vais mieux !
J'espère que vous allez bien aussi et que beaucoup d'entre vous ont des vacances et voili-voilou )
Je croise les doigts pour que la lecture de ce chapitre vous soit agréable ! D'ailleurs je crois qu'il s'agit du plus long depuis le début…
Chapitre 8 : La retenue
Caprice-the last dance
-Oh non, ce n'est pas vrai ! Gémit Augusta tandis que son poussin poussait quelques vociférations à peine contenue.
-Quel est le problème ? Interrogea Ernest, suivis de près par un Albus un tantinet blasé depuis quelques jours.
Ils rejoignirent leur amie devant le tableau d'affichage qui se trouvait à l'intersection des entrées des trois maisons. Celle-ci se tourna vers eux et roula des yeux avant de protester :
-Les cours de soins aux créatures magiques qu'on avait tous les mardi matin sont annulés pour tous les septièmes années. A la place, on a rendez-vous dans le grand hall pour prendre des cours de danse !
Ernest la regarda avec surprise :
-De la danse ? Mais enfin, pour quoi faire ?
Albus leur lança un regard renfrogné mais il n'avait pas l'air surpris. Il se souvenait qu'il y avait eu un bal à Noël l'année où le tournoi des trois sorciers avait eu lieu à Poudlard, même s'il avait été trop jeune alors pour pouvoir y participer.
-Il va y avoir une grande fête juste avant les vacances. Avec un bal et normalement, ce sont les champions qui doivent ouvrir la première danse. C'est une tradition de la coupe des trois sorciers, expliqua t-il d'un air morose. Il va falloir t'y faire Ernest, parce qu'on va être aux premières loges.
En entendant ça, Ernest jeta un œil à Augusta et rougit jusqu'à la pointe des cheveux tandis que la jeune fille marmonnait un juron en replaçant son sac sur son épaule :
-Par Merlin, je déteste ces conneries ! La seule chose qui me console, c'est que l'affreuse Margie ne sera pas là pour glousser à chaque fois qu'un garçon passera devant elle à l'idée qu'il puisse l'inviter.
A ces mots, Ernest sembla se ratatiner légèrement, comme une vesse de Loup qu'on aurait percée.
« La cavalière », il n'y avait pas encore pensé, songea Albus en jetant à son ami un regard qui mêlait compassion et pitié. Lui-même ne se sentait pas très enthousiaste à l'idée d'inviter une fille. Mais Ernest n'aurait qu'à inviter Augusta. C'était la meilleure solution pour enfin rapprocher ces deux là.
C'est avec un total manque d'entrain que les trois compères se décidèrent enfin à se rendre dans la grande salle, et comme ils l'avaient déjà à moitié prédit, le couloir qui permettait d'y accéder était remplit de filles gloussantes regroupées par grappes.
-Elles semblent même ignorer ce que signifie le mot décence, grinça Augusta en émettant un reniflement dédaigneux.
Ernest n'ajouta rien mais il avait le teint cireux.
Le professeur de danse était déjà là. C'était une petite bonne femme joufflue au visage dissimulé derrière une paire de lunettes à épaisse monture rouge, qui portait une sorte de tailleur à volants qui ne leur disait rien qui vaille. Alors qu'il marchait, Albus croisa le regard de Katerina qui attendait en compagnie du frère de la mi-vélane contre le mur. Elle lui fit un clin d'œil en jetant un regard vers le professeur puis fit des gestes qui imitaient de multiples vomissements. Cela lui arracha un demi-sourire. Dieu merci, l'autre petit imbécile blond était en sixième année et il ne risquait pas du tout de se ridiculiser devant lui.
Et comme toujours, il s'était promis d'être merveilleusement aimable et courtois, jusqu'à ce qu'il se fasse à l'idée qu'il lui fallait peut-être trouver une cavalière dans l'immédiat. Et soudain ces cours de danse lui firent revenir en tête un souvenir enfoui, vestige d'une époque oubliée.
Un soir de Noël, où ses parents avaient dansé ensemble et où, plongé dans un livre, il s'était émerveillé de leur valse languide. Il les avait trouvés beaux comme les personnages d'un conte. Sa mère et ses lourds cheveux noirs remontés en chignon, très grande, mais pas autant que son père, ce colosse qui avait légué à ses fils ses cheveux roux et ses yeux très bleus.
Ariana, toute petite, avait piaillé jusqu'à ce qu'il accepte de faire avec elle un semblant de ronde pataude. Abelforth avait protesté et avait proposé de prendre la place de son grand frère mais Ariana était formelle : Pour la ronde, Albus était meilleur.
Le jeune homme crispa ses doigts sur la lanière de son sac. Il jeta un nouveau regard sur Katerina. Il se souvint que les premiers jours, il aimait à marcher à ses cotés, comparant leurs deux hautes silhouettes à celles de ses propres parents, du temps de leur bonheur. Et puis ses yeux virèrent lentement sur le professeur de danse et il se dit avec un sourd sentiment d'aigreur qu'il détestait se trouver là et qu'il en avait assez, toute sa vie, de faire toujours semblant.
Alors soudain il dit à ses amis d'un ton très calme :
-Je crois que je vais sécher ce cours là, on se retrouve plus tard, OK ?
-Hein ? Mais pourquoi ?
-Je sais déjà danser…
La ronde certes, mais ça ils n'étaient pas obligés de le savoir.
Ernest et Augusta le regardait comme s'il avait été recouvert de furoncles. Augusta aurait bien dit : « Qui êtes-vous et qu'avez vous fait d'Albus Dumbledore ?! » mais cela aurait pu être considéré comme du plagiat.
-Mais c'est sécher un cours Albus ! Protesta Ernest en roulant des yeux.
Augusta jeta un regard blasé au champion de Beaubâton avant d'enchainer :
-En fait, je crois qu'Albus a raison, nous n'avons rien à faire ici ! Je pars avec toi. Après tout, je n'irais sans doute même pas à ce bal alors au diable le cha-cha !
Ils étaient déjà à faire demi-tour quand ils entendirent Ernest qui leur courrait après :
-Attendez-moi ! Oh par Merlin qu'est ce que je fais ?! Il va falloir ouvrir le bal et je ne sais pas du tout danser !
Augusta lui jeta un sourire en coin en l'attrapant par le bras :
-Oh, ce n'est pas grave, tu iras la prochaine fois.
Et leurs éclats de rire rebondirent dans les couloirs au même rythme que leurs pas.
Gellert était assis sur le bord du toit. Les bras croisés derrière la tête, il se laissait aller à rêvasser. Le ciel était remplit de nuages bas qui menaçaient d'éclater en neige d'ici peu. Il remplit ses narines de l'odeur de sel qui empreignait l'air. Derrière lui, il sentait un regard sur sa nuque. Il devinait que de la fenêtre qui s'ouvrait sur le toit, l'homme au masque de renard de Bois-Renard le regardait. Il sentait son regard affamé sur sa peau et il frissonna.
-Amour…
La voix derrière lui le fit sursauter et il se retourna vivement. Mais ce n'était pas l'homme à visage de Renard. Accoudée contre le rebord de la fenêtre, Annoushka le contemplait de son habituel regard morose et accusateur :
-Qu'est ce que tu fais-là ? Je t'ai cherché partout.
Il contempla son visage en se forçant à sourire. Ah mon dieu ce qu'elle pouvait l'agacer. Son petit ton plaintif, ses beaux grands yeux figés de douleur, et son impeccable jupe trop courte. Il avait envie de la baffer et de la remettre à sa place. Mais après elle pleurnicherait avec un air de martyr et il détestait ça.
-C'est parce que je voulais être seul. Tu vois bien, non?
Elle le regarda fixement. Non, clairement, elle n'avait pas l'air de comprendre. Pourtant, au début, il l'aimait bien. Elle était plus jolie que les autres filles. Et elle avait cette langue de vipère, toujours prête à placer une vilenie avec finesse et cruauté, tout en restant une élève exemplaire et un objet d'admiration pour toutes ces adolescentes idiotes qui l'entouraient.
Mais très vite, elle avait dérapé avec lui. Trop collante, trop sentimentale. Il se disait parfois qu'il devrait juste se débarrasser d'elle, qu'elle commençait sérieusement à le faire chier. Mais une petite voix, à l'intérieur, lui soufflait de continuer à lui susurrer des mots mielleux tout en l'injuriant intérieurement. Elle était mieux là. Tranquillement sous sa coupe, plutôt que remontée contre lui. Et puis ce n'est pas comme s'il faisait tant d'efforts pour être agréable avec elle, de toute façon.
Tandis qu'elle le rejoignait sur le bord du toit, il jeta un regard dans le parc où il venait d'apercevoir trois silhouettes qui se déplaçaient :
-Tiens, c'est le petit champion de Poudlard avec ses amis. Qu'est ce qu'ils font là ? Ils n'avaient pas cours de Danse dans le grand hall ?
-Oui, Katerina y est allée avec mon frère tout à l'heure.
Gellert lui jeta un regard remplit de curiosité :
-Pietrov a fait ça ? Il espère être son cavalier pour le bal ?
Elle haussa les épaules :
-Je ne sais pas. Elle n'a jamais été trop son style, mais ça fait longtemps qu'il n'a pas eu de copine. Il est si difficile.
Gellert se releva et épousseta ses vêtements et changea de sujet :
-Oui, oui, aucune importance après tout. Il faut que je retourne dans la salle commune voir le tableau d'affichage, j'ai une retenue ce soir avec notre irascible rouquin et je ne sais pas encore où c'est.
Annushka se renfrogna :
-Tu ne parle que de lui ces derniers temps… Tu es amoureux ou quoi ?
Tandis qu'il s'apprêtait à enjamber la fenêtre, Gellert se retourna et lui lança un regard intensément moqueur :
-C'était quoi ça ? Tu me traites de pédale ? Tu veux que je t'enlève tout de suite ta jupe pour te prouver le contraire ?
Et comme elle s'apprêtait à répondre, il lui vola un baiser et lui susurra avant de disparaitre :
- Fais-moi plaisir et ferme juste ton petit clapet d'idiote…
La mort dans l'âme, Albus se dirigeait vers le bureau du professeur Mirepoix où il devrait rejoindre Gellert afin de subir sa retenue. Et à sa grande surprise, il n'avait pas encore atteint la porte qu'il entendit résonner des rires.
Mi-inquiet, mi-curieux, il toqua à la porte restée entrouverte avant de pénétrer dans le bureau qui avait été élégamment prêté au directeur de Beaubâtons durant son séjour.
Il vit sans surprise que Gellert était déjà là, confortablement installé dans un fauteuil sculpté recouvert de velours rose sombre. L'air profondément satisfait de lui-même, il sirotait du thé à petite lampées en face du professeur Mirepoix qui s'adonnait au même plaisir.
En entendant Albus entrer, le directeur se leva et l'accueillit avec chaleur comme s'ils s'étaient donnés rendez-vous pour un thé party plus que pour une retenue.
-Ah vous voilà enfin mon cher! Vous avez faillit être en retard uhu... Mais je vous en prie, mettez vous à votre aise. Une tasse de thé? Du sucre avec votre thé? Un nuage de lait? Oh asseyez-vous, asseyez vous... Nous étions justement en train de parler des aspirations futures de Monsieur Grindelwald. Naturellement, un jeune sorcier aussi brillant que vous doit certainement déjà savoir ce qu'il veut faire de ses merveilleuses capacités, n'est ce pas? Mais je ne voudrais pas couper la parole à mon invité... que disiez-vous déjà, Monsieur Grindelwald?
-... Je disais que j'hésitais à devenir historien professeur. Le passé du monde sorcier est absolument fascinant. Ma tante est une historienne célèbre d'ailleurs et elle a amplement joué son rôle dans la passion qui est la mienne. Mais je suis également très épris par l'art des potions et j'hésite à effectuer des recherches dans ce domaine monsieur...
Albus les écouta discuter d'une oreille distraite tout en jetant un coup d'œil au bureau autour de lui. La pièce semblait étrangement plus lumineuse que les autres salles de la citadelle. Une épaisse moquette avait été placée sur le sol et quelques meubles en bois de rose rehaussé d'or composaient le mobilier. Plusieurs tableaux représentaient d'anciens portraits de famille, et ses multiples personnages se disputaient à voix basse ou faisaient la sieste sur les murs.
L'air était lourd d'une forte odeur de rose et d'ailleurs, même le thé semblait être à ce parfum, ainsi que la petite corbeille de loukoum posée sur le bureau.
Tandis qu'il les écoutait babiller de théories d'avenir, Albus jeta un œil à Gellert qui pour une fois portait la robe de sorcier rouge sang qui composait l'uniforme de Durmstrang. Sa cravate était sagement nouée autour de sa chemise et ses longues mèches blondes étaient ramenées en queue de cheval.
Ainsi habillé, on lui aurait donné le bon Dieu sans confession. Albus essaya de maitriser sa nervosité mais il ne pût s'empêcher de sursauter quand il entendit l'autre demander d'un ton posé:
-Professeur, le pendentif que vous portiez l'autre jour... Je me demandais... N'était-ce pas le symbole des reliques de la mort que l'on trouve dans le conte des trois frères?
Langoureusement affalé dans son fauteuil et royalement vêtu d'une robe de chambre mauve brodée d'Edelweiss, le professeur Mirepoix jeta un regard amusé à Gellert, tout en remettant d'aplomb son chapeau qui ressemblait à s'y méprendre à un bonnet de nuit:
-Cela est exact mon jeune ami, vous me semblez fort bien informé...
Les yeux brillants et sans même chercher à dissimuler son intérêt, Gellert continua d'une voix exaltée:
-J'ai dévoré énormément de livres, professeur et j'ai lu à plusieurs reprises que ces reliques pourraient être plus qu'une simple légende? Cela est-il vrai professeur?
Le professeur Mirepoix eut un léger rire qu'Albus interpréta avec écœurement comme le symbole de l'orgueil de celui que l'on flatte de savoir quelque chose que l'on ignore. Mais déjà le vieil homme répondit:
-Allons, allons, qu'est ce qui vous fait croire que je puis en savoir plus que vous-même ? Qui semblez déjà en savoir très long sur le sujet par ailleurs...
Il garda un silence affecté auquel Gellert répondit par un regard emplit de tant d'espoirs et de dévotion que le directeur finit par répondre en souriant après avoir poussé un soupir feint, après que le jeune homme l'ai flatté de cette façon:
-Je vous en prie Professeur, un homme tel que vous doit connaitre de très grands sorciers. Ce serait incroyable que vous portiez ce pendentif par simple excentrisme. Il doit symboliser quelque chose pour vous !
-Gellert, Gellert, mon jeune ami. A vous entendre, je crois retrouver la passion qui m'animait quand j'avais votre âge. Mais allons donc, je suppose qu'il n'y a pas de mal à éclairer la lanterne de jeunes sorciers brillants et ambitieux qui veulent en savoir plus sur l'histoire de la sorcellerie.
Gellert retint son souffle, le regard brillant:
-Alors cela est vrai? Existent-elles Professeur? Mais comment en être sûr?
-Cela est simple mon cher ami. Comme vous, je me suis intéressé de près aux reliques de la mort. Et j'avais la certitude même qu'elles existaient, puisque l'une d'entre elles a causé la mort d'un de mes arrière arrière grands-pères. La baguette de sureau elle-même. La plus puissante baguette du monde, cela est certain. Il est possible de retrouver sa piste au cours du temps car elle a laissé derrière elle de terribles méfaits. Mon ancêtre l'a eu en sa possession autrefois. De quelle manière il l'acquit nul ne le sait, mais il le paya de sa vie car il fût assassiné et nul ne revit jamais la baguette depuis...
Gellert avait les yeux exorbités à présent:
-Et les autres reliques? Sont-ce des légendes? Où existent-elles pour de vrai?
Le directeur de Beaubâtons hocha la tête en souriant:
-Pour être sincère, je n'en sais absolument rien. Il n'y a aucune trace dans les livres de la cape d'invisibilité et de la pierre de résurrection. Sont-ce des légendes urbaines, cela est possible… Mais l'existence de la baguette de sureau étant attestée, il y a de fortes chances que les deux autres existent également, mais aient été dissimulées au cours des siècles par des hommes plus sages que ceux qui convoitaient la baguette.
Pour la première fois Albus prit la parole:
-Professeur, pensez-vous que si la baguette de sureau étaient en possession d'un sorcier plus sage alors ces massacres n'auraient plus lieu d'être?
Sylvestre Mirepoix le dévisagea avec gravité:
-Je suppose qu'il n'y a pas de véritable règle… Ce que l'on sait, c'est qu'au cours des siècles, les possesseurs de la baguette de sureau ont toujours cherché à acquérir plus de pouvoir. Il est difficile de savoir ce que produirait la baguette si elle était utilisée pour le plus grand bien...
Puis le professeur se renfrogna, comme s'il avait eu l'impression d'en dire trop, soudain. Il se leva et ânonna alors:
-Et bien, mes chers petits, j'aurais aimé poursuivre cette discussion passionnante avec vous, mais hélas, ce sont des choses moins drôles qui nous ont réunit aujourd'hui et je me dois de vous rappeler que vous avez une retenue à accomplir. Il vous faudra nettoyer toute la deuxième aile du troisième étage sans l'aide de vos baguettes magiques que vous avez déjà dût laisser dans vos dortoirs.
Puis tendant un trousseau de clef qu'Albus finit par saisir, il rajouta d'un air grave:
-Il va de soi que la petite conversation que nous avons eue doit rester entre nous. Ce genre de choses n'apporte en général que de mauvaises idées si elles tombent dans la mauvaise oreille.
-Cela va de soi, professeur, répondit Gellert d'un air au dessus de tout soupçon.
Et sur ce, ils prirent congé de Sylvestre Mirepoix.
Dumbledore prit la tête de la marche. Il entendait les pas de Gellert juste derrière lui et cela le fit se sentir nerveux. Il était déjà tard et les couloirs de la citadelle étaient éclairés de maigres torches de lumières éternelles qui parvenaient à peine à dissiper les ténèbres.
Le bruit des pieds qui tapaient contre le sol le rendaient nerveux et lui rappelaient ce cauchemar qui l'avait hanté enfant, la première année où son père avait été enfermé à Azkaban. Quand il avait refusé de lire et de répondre à ses lettres. Ce n'était pas qu'il détestait son père. C'était qu'il avait honte. L'humiliation était plus forte que l'amour. Alors il ne voulait pas penser à son père, ne pas en parler.
Mais la nuit, celui-ci l'avait poursuivit en rêve, colosse inquiétant, golem au regard creux dans des labyrinthes obscurs qui étaient à la fois des métaphores de la prison d'Azkaban et de son propre sentiment de culpabilité.
Un long frisson glacé parcourût sa nuque tandis qu'il y repensait. Derrière lui, Gellert, mi-monstre, mi-ombre du père continuait de le poursuivre, probablement ignorant de l'angoisse qu'il créait chez Albus.
Pour être tout à fait vrai, Gellert était plongé dans ses pensées et ne s'occupait jusqu'ici pas d'Albus. Il pensait aux reliques de la mort bien sûr mais quelque chose d'autre le titillait et c'est sur ce sujet là qu'il finit par interpeller son homologue:
-Hé garçon!
Le griffondor sursauta et s'arrêta brutalement jusqu'à ce que Gellert soit à sa hauteur:
-Quoi? Qu'est ce qu'il y a?
-Je me demandais quelque chose... Qu'est ce que tu penses de ce prof de Beaubâtons?
Surpris, le rouquin le dévisagea, avant d'hésiter sur la réponse à donner. Il ne pensait pas que des bonnes choses à propos du professeur Mirepoix, mais il était prudent quand il s'agissait de donner des avis négatifs:
-Et bien... Il a l'air d'être un excellent sorcier. Très cultivé. Je pense en revanche qu'il essaye de se donner un air sage et aimable mais qu'il aime se faire mousser et que cela peut nuire à sa sagesse. Pourquoi me demandes-tu ça?
-Oh rien, j'étais curieux d'entendre ton analyse, c'est tout. Je suis d'accord avec toi même si je serais plus sévère que toi je pense. Effectivement, c'est un grand magicien. Mais il doit être facile de le compromettre. Il se dissimule sous des airs de sagesse mais il doit être plutôt pleutre en vérité. Son regard chaleureux et sa barbe bienveillante sont là pour dissimuler un menton fuyant.
-Cela est dommage, car sa sagesse serait véritable, cet homme là serait un modèle.
Gellert eu un rire:
-Devenir un sage? C'est à cela que tu aspires Albus?
Albus réajusta nerveusement son catogan:
-Je ne sais pas trop, mais oui, je suppose que ce serait un avenir brillant.
Gellert le contempla en souriant tout en chuchotant d'un air énigmatique:
-Certes, mais dans ce cas veille à devenir Mithrandir et non Sharcoux... (1)
Albus voulu lui demander ce qu'il voulait dire par là mais l'autre jeune homme lui désigna la porte qui se trouvait devant eux comme la porte de la deuxième aile du troisième étage.
-Nous sommes arrivés, je vais aller chercher de quoi nettoyer. On se retrouve à l'intérieur...
Tandis qu'Albus était entré dans la salle qui se trouvait derrière la porte et jetait un œil curieux sur tous les objets qui s'entassaient sur les étagères, Gellert revint avec deux balais, un seau et deux serpillères. Il grimaça en voyant le foutoir, l'épaisse couche de poussière ainsi que les toiles d'araignées qui grimpaient jusqu'au plafond.
-Qu'est ce que c'est que cet endroit ? Demanda Albus en voyant des monceaux de livres scolaires empilés, des lunettes cassées, des plumes mâchonnées, quelques rapeltouts dans un cartons et d'autres centaines d'objets abandonnés.
-C'est la réserve des objets perdus. Il y a ici des machins perdus par des élèves il y a plusieurs centaines d'années. Il faudrait trier tout ça et en jeter plus de la moitié mais je suppose qu'ils vont encore repousser ça un petit bout de temps.
Il y avait plusieurs autres salles connectées à la première, toutes semblables, sauf la dernière où étaient simplement empilées des chaises.
Ils se jetèrent un œil et soupirèrent. Albus prit un balai et se dirigea ver le fond :
-Je vais balayer à coté, tu n'as qu'à faire cette pièce pour le moment.
-Hé attend, on devrait plutôt rester tous les deux ici... Tu balayes et je passe la serpillère juste derrière toi. Ca nous permettra au moins de discuter un peu. C'est d'un ennui mortel ici…
Le griffondor lui jeta un regard venimeux :
-Il se trouve qu'à cause de toi je me suis pris ma première beuglante et ma première retenue en moins de quelques mois. Je ne suis pas sûre de rêver de devenir ton ami, peu importe ce que tu m'as raconté comme idioties à l'infirmerie.
Gellert cligna des yeux d'un air perplexe avant de lui lancer un regard de pure culpabilité qui rappela désagréablement à Albus l'attitude qu'il avait adopté avec le directeur de Beaubâton.
-Albus… Je suis désolé d'accord ? Je me suis vraiment comporté comme un con. Je reconnais que j'ai été jaloux. Du fait que tu ai été choisit comme champion, du fait que pour la première fois, je rencontre un élève qui est aussi brillant, voir plus brillant que moi. J'ai été volontairement blessant avec toi, même provocateur. Et je suis responsable de la beuglante aussi et c'était parfaitement puéril de ma part.
Il fit une pause et s'humecta les lèvres tout en fuyant le regard froid et pénétrant que lui lançait Albus :
-Par contre j'étais sincère l'autre jour à l'infirmerie. Je te trouve intéressant et intelligent. Charismatique aussi. Mais tu as l'air de te faire chier. Je crois que dès le départ, j'avais envie de te secouer même si je m'y suis très mal pris. Et j'aimerais réellement être ton ami.
Le roux le fixa encore un instant et soupira avant de jeter les bras au ciel. Il ne savait pas quoi faire dans ce genre de situation. Il ne pouvait pas pardonner comme ça. Continuer à bouder lui semblait aussi puéril alors qu'on lui proposait une trêve. Finalement, il tendit une serpillère à Gellert et changea de sujet :
-Bon, quitte à commencer quelque part, on s'occupe de cette pièce là ?
Avec un léger sourire en coin, Gellert acquiesça.
Ils commencèrent leur travail en silence, avec application, car c'était leur façon de faire, bien qu'il ne s'agisse que de tâches ménagères.
Ils passèrent devant des montagnes de doudous perdus, dont certains avaient des sortilèges qui fonctionnaient encore à moitié. Quand le balai tapait dans leur carton, ils marmonnaient des bouts de phrases sans queues ni têtes… Tel que « Mange ta mère que j'te fasse un calinou » ou encore « Viens dans mon château, que j'te décapite Ned Stark »… D'autres semblaient juste malheureux d'avoir été abandonnés car ils marmonnaient des injures d'un ton sombre qui n'avaient plus rien de rassurant pour des enfants.
Au bout d'un moment, alors qu'ils étaient passés dans la deuxième salle, Albus interpella Gellert qui semblait se relâcher :
-Fait attention, il ne suffit pas de mouiller le sol, essaie de frotter quand les traces sont persistantes… Ici tes dalles sont encore un peu sales…
Gellert fronça le nez car il détestait qu'on lui donne des conseils, mais frotta avec plus d'énergie, jusqu'à ce que la pierre soit nette :
-Hum, je n'ai pas trop l'habitude de ce genre de trucs. C'est la première fois de ma vie que je fais le ménage. Pas toi ?
Albus continua son travail et répondit d'une voix monocorde :
-Je le fais souvent à la maison pendant les vacances. Ma mère a beaucoup de travail pour s'occuper de nous et je suis l'ainé. J'essaie de lui donner un coup de main pour s'occuper de mon frère.
En toute sincérité, il était naturellement un peu maniaque. Il avait du mal à rester pendant trop longtemps dans la même maison qu'Abelforth qui passait ses journées avec ses chèvres tant aimées. Mais il garda la forte odeur de biquette de son frère pour lui.
-Et ton père ? Il n'aide pas à la maison ?
Albus se raidit et se redressa. Il chassa une mèche de ses yeux et répondit en mettant un soin particulier à ce que sa voix ne tremble pas :
-Mon père est mort.
Il avait mentit tout en sachant que peut-être que l'autre savait la vérité. Peut-être n'était ce qu'une énième provocation de sa part.
-… Je suis désolé, je n'aurais pas dû poser la question.
Le ton de Gellert avait l'air authentique alors Albus se força à prendre un ton réjoui –et artificiel- et lui demanda :
-Et toi, tu as des frères et sœurs?
Gellert eu un petit rire un peu sombre :
-Oui et non… Je suis le cadet de deux sœurs qui sont toutes les deux mortes de la dragoncelle juste après leur naissance. Je ne les aie jamais connues et ça ne me rend pas vraiment triste.
Se donnant des baffes mentales, Albus ne répondit pas, alors Gellert continua sur sa lancée :
-J'ai grandit avec mes parents et ma grand-mère dans la propriété familiale de ma mère, en Pologne. Mon père est Hongrois, mais il est brouillé avec le reste de sa famille alors je ne suis jamais allé là-bas… Et comme tu peux l'imaginer, étant le seul survivant, j'ai été extrêmement gâté. Ce qui explique pas mal de choses…
-Tu veux parler… De ton caractère de troll ?
Gellert rit et ne sembla pas se vexer :
-Entre autre oui… Oups !
En reculant il avait heurté une table et une corbeille remplit de petits objets métallique s'était renversée sur le sol.
-Oh flûte !
-Laisse, je vais t'aider.
Gellert commença par enlever un objet qui était tombé par-dessus et fronça le nez :
-Mais qui peut bien avoir perdu une moulinette à fromage ?
Ils s'accroupirent côte à côte et se mirent à trier les petits objets qui se révélèrent être des badges de cuivre sur lesquels étaient inscrits élégamment des noms d'élèves des temps passés.
-Qu'est ce que c'est ?
-Des badges de préfet je crois. Kat en a un comme ça mais elle ne le met jamais…
Albus continua rêveusement à ranger toutes ses petites identités inconnues, sans doute brillantes (ou seulement rigides) qui avaient atterrit dans ce même panier poussiéreux quand soudain un nom attira son attention plus que les autres. Il lu a mi-voix le prénom qui était inscrit dessus :
-Bianca Svantovit ? Une parente lointaine de Katerina ?
Gellert remis une mèche de cheveux derrière son oreille :
-Une parente pas éloignée du tout. C'est sa sœur ainée. Elle était à Durmstrang il y a quelques années.
-Oh… Tu la connaissais alors ?
-Oui et non. Elle était plus âgée que Kat et je n'étais qu'en troisième année quand elle a été diplômée. Elles ne se ressemblaient pas beaucoup, en fait. Bianca était aussi blonde que Katerina est brune. Mince, élancée, populaire. Kat est populaire aussi mais uniquement parce qu'elle fait peur aux première année et qu'elle est brillante. Bianca était batteuse dans l'équipe de Quidditch qui a gagné la coupe des maisons trois années de suite. Elle ne sortait qu'avec des tombeurs insipides et je crois bien qu'elle-même était un bel exemple de frivolité et de superficialité. En tout cas, elles se détestaient cordialement à cette époque. Bianca n'arrêtait pas de tourner Kat en ridicule…
-Elles ne se détestent plus ?
Gellert releva le visage et arrêta de ramasser des badges. Il eu un rire nerveux et regarda Albus dans les yeux d'un air gêné :
-Je suis désolé. Je crois que ça va commencer à en faire beaucoup pour une même conversation, mais en fait, elle est morte il y a un plus d'un an.
Albus se mordilla la lèvre et enchaina :
-Ce n'est rien. Qu'est ce qui s'est passé ?
Gellert hésita un peu, puis finit par raconter l'histoire, mais à voix très basse et Albus dût tendre l'oreille :
-Elle s'est noyée. Il y a un étang dans leur propriété et elle avait l'habitude de s'y baigner… Elle avait laissé sa baguette sur le bord et elle s'est fait importuner par de jeunes moldus. On ne sait pas vraiment ce qui s'est passé, en fait. On pense qu'ils lui ont jeté des pierres parce qu'ils savaient ce qu'elle était. Elle a été assommée et quand on l'a trouvée c'était trop tard. C'est Chat qui a tout découvert.
Albus ne dit rien pendant un long moment, perdu dans ses pensées et ils se remirent à trier les badges. Puis le griffondor murmura, à voix basse également :
-En fait je t'ai menti, mon père n'est pas mort.
Gellert cligna des yeux et attendit silencieusement la suite.
-Il est à Azkaban depuis très longtemps. Il s'est vengé de moldus qui avaient fait du mal à ma famille. Je n'ai pris aucune nouvelle de lui depuis plus de dix ans… En fait peut-être qu'il est mort...
Le visage d'Albus se referma soudain et il ne dit plus un mot. Il avait l'air d'être en colère contre lui-même d'avoir trop parlé. Il se demanda un instant s'il avait déjà dit ça à quelqu'un. Bien sûr, en Angleterre, tout le monde était au courant de la tragédie qui avait frappée la famille Dumbledore mais en avait-il jamais parlé de lui-même ?
Pendant ce temps, Gellert, le visage à moitié dissimulé dans la pénombre, l'écoutait, le cœur battant. Albus éleva la voix à nouveau, presque rageusement :
-Je n'aurais pas dût te parler de ça.
-Non… Ne regrette pas… Je saurai me taire.
Et en parlant, Gellert glissa un bras dans son uniforme et en sortit une fiole remplit d'un épais liquide rouge :
-Ca n'a rien à voir avec ce que tu m'as dit mais disons que c'est pour me faire pardonner… C'est pour toi…
Une fois de plus, Albus lui jeta un regard méfiant :
-Qu'est ce que c'est ?
-Du sang de dragon. C'est ce que tu voulais, non ? J'en ai chipé dans la réserve du professeur de potion.
-Hein? Mais du vol !
-N'oublie pas : Je suis un con… Répondit Gellert en reniflant dédaigneusement. Je ne sais pas très bien ce que tu vas fabriquer avec ça mais méfie toi. C'est utilisé dans certaines potions rares mais personne n'a l'air de très bien comprendre comment ça fonctionne ce truc…
Toujours grognon, Albus hésita puis prit la fiole des mains du garçon. Leurs doigts s'effleurèrent contre le verre et Albus se sentit troublé par la proximité de l'autre. Ils étaient si près qu'il pouvait détailler les différentes teintes d'ocre et de bruns dans les iris du garçon et humer son odeur –un mélange d'eau de Cologne et de sueur-… Il n'était pas d'un naturel très tactile alors il retira sa main le premier.
-Merci, grogna t-il d'une voix rauque en essayant de dissimuler qu'il était à la fois sur ses gardes, révolté, mais également touché.
Toujours à moitié dans la pénombre, Gellert lui sourit et Albus se sentit de nouveau très mal à l'aise devant ce beau visage qui était découpé en deux par la lumière des torches et l'obscurité de la pièce. Il avait l'air sans reproche mais lui jouait-il le même jeu qu'au directeur de Beaubâtons tout à l'heure ?
Il y eu un silence et rêveur, le blondinet finit par demander :
-A quoi penses-tu, garçon ?
Et Albus répliqua d'un ton froid :
-Je réfléchissais à ce que tu m'as dit tout à l'heure. Tes excuses…
-Et alors ?
-Pour être parfaitement franc. Moi aussi je me sens attiré par ta personnalité. Et j'ai aussi envie de devenir ton ami. Mais je me méfie de toi.
-…
-Je vais te donner une dernière chance. Si tu as l'intention de me piéger encore sache que ce sera la dernière fois et que je ne laisserai pas ça impuni. Si tu as encore envie de te moquer de moi, il est peut-être encore temps de renoncer.
-Garçon…
-Et une autre chose…
Albus renifla presque dédain :
-Arrête de m'appeler « garçon ». Je suis majeur et ton ainé. Je ne suis pas plus stupide que toi alors cesse de me traiter comme un gosse. Arrête aussi de faire le petit chef, et l'enfant gâté. Si tu veux être mon ami, traite moi comme ton égal et je ferai de même…
Gellert le fixa avec des yeux tout ronds pendant quelques secondes avant d'éclater de rire. Enfin, son visage se teinta d'un mélange de douceur et de tendresse et il murmura :
-D'accord. Albus.
Il se mit à rire encore tandis que le Griffondor faisait rouler sous sa langue le son de son prénom dans la bouche de l'autre. Il l'avait dit comme si c'était une plaisanterie, avec des yeux qui pétillent et en se mordillant les lèvres. Il le murmura encore en riant un peu. « Albus. Albus… »
-Oui. Faisons cela…
Ils se redressèrent enfin pour continuer leur travail qu'ils finirent en silence.
Une heure plus tard, ils soupirèrent conjointement de soulagement en refermant derrière eux la porte de la deuxième aile du troisième étage. Albus était en train de fermer la porte du placard à balais quand Gellert lui secoua le trousseau de clef sous le nez :
-Voilà une bonne chose de faite… Il faut ramener les clefs au directeur. Tu n'as qu'à aller te coucher et je m'en occupe. C'est ma nuit de bonté…
Albus savait qu'il ne faisait ça que pour entrer dans ses bonnes grâces, mais autant en profiter tant que ça durait. Il bailla à s'en décrocher la mâchoire et acquiesça :
-Pas de soucis. A demain alors ?
L'autre commença à s'éloigner alors il lui cria en brandissant la fiole:
-Et encore merci pour ça !
Gellert lui fit un signe de main avant de disparaitre dans les ténèbres.
Le vent était très fort et les vagues se jetaient violemment contre la base de la citadelle, ce qui la força à s'accrocher fermement à la rambarde de fer pour ne pas déraper sur l'escalier glissant qui grimpait en colimaçon jusqu'à la volière.
On était un samedi matin et elle avait renoncé à ses habituelles tresses pour laisser ses cheveux libres sous la capuche de sa cape qu'elle resserra frileusement autour d'elle. Elle expira et son souffle forma un nuage de vapeur au milieu des flocons de neige.
Mais quand elle parvint enfin en haut des marches, elle s'aperçut qu'elle n'était pas seule. Le professeur Prince s'occupait d'attacher une missive à la patte de son hibou. Raide et nerveuse, elle le dépassa en rabattant sa capuche sur son visage avant d'aller attacher son propre message à la patte tendue avec ennui d'une des chouettes de l'école. Mais cela n'était apparemment pas suffisant pour passer incognito:
-Katerine.
Elle se mordilla la lèvre en fronçant les sourcils. Ils ne s'étaient plus parlé depuis ce jour dans le parc et depuis elle séchait régulièrement ses cours. Elle tourna son regard vers lui tout en affichant une froideur parfaite.
-Professeur.
Il n'y avait pas d'expression particulière sur son visage à lui, peut-être un peu de lassitude. Voir de l'agacement. Il hésita un peu avant d'ajouter :
-Je t'ai vu lors du tournoi l'autre jour. Tu as été très bien. Tu devrais revenir en cours maintenant, être championne ne t'empêchera pas de devoir passer tes aspics en fin d'année.
Comme elle ne répondait pas, il soupira :
-Tu m'en veux toujours ?
-Je pourrais… Je pourrais vous pardonner si vous m'accordiez quelque chose…
Il haussa les sourcils et attendit qu'elle lui révèle quoi alors elle releva le menton, comme le font les enfants pour se donner du courage :
-En tant que championne, je devrai ouvrir le bal de Noël et je voudrais que ce soit vous qui m'accompagniez.
Il la fixa d'un air atterré puis finit par éclater d'un rire grave et rocailleux :
-Oh mon Dieu Katerine, tu ne peux pas me demander cela…
Il se reprit et continua avec un sourire moqueur sur les lèvres :
-Ne me fais pas croire que tu manques tant de succès que tu sois obligé de te rabattre sur un professeur de potion disgracieux et boiteux qui plus est ? Ne soit pas ridicule.
De nouveau, comme l'autre jour, elle devint livide et ses mains tremblèrent :
-J'ai déjà un cavalier. Mais c'est avec vous que je veux…
Le professeur fit un geste d'impatience et son visage devint sévère :
-C'est complètement impossible ! Tu es mon élève et ce ne serait pas correct.
-Et pourquoi ? Je suis majeure. Je suis adulte !
Il lui lança un regard sombre et pénétrant de ses profonds yeux verts et termina d'un ton sec :
-Il ne suffit pas de le crier pour l'être. Si tu veux qu'on te traite comme une adulte alors comporte toi comme une adulte. Ce que je vois ressemble à une gamine prétentieuse et gâtée qui fait un caprice. Reprends-toi enfin !
Katerina le regarda comme s'il l'avait giflée et dû s'appuyer contre le mur pour ne pas tomber. Il continua, plus doucement :
-Je m'excuse pour l'autre jour. J'avais tord d'essayer de te mettre sur la piste du Dragon. Maintenant arrêtons cette histoire stupide ou je serais obligé d'en toucher un mot à ta famille et au directeur.
Katerina ne répondit pas. Chancelante, elle finit d'accrocher sa lettre à la patte de l'oiseau qu'elle avait choisit avant de l'aider à prendre son envol par la fenêtre.
Alors qu'elle s'apprêtait à partir, il demanda encore :
-Je te verrai en cours dès lundi, c'est bien compris ?
Elle répondit d'une voix blanche :
-Oui professeur.
Et alors qu'elle dévalait les marches quatre à quatre, elle poussa un grand cri tandis que ses pieds trébuchaient et qu'elle tombait la tête en avant.
-Wingardium Léviosa!
Avant d'avoir eu le temps de se rompre les cervicales, le professeur Prince avait dégainé sa baguette magique et avait amortit la chute par un long flottement qui permit à la championne de Durmstrang d'atterrir en bas des marches sans trop de mal.
-Tu vas bien ?
Il la rejoignit en descendant prudemment à sa suite. Elle le fixait avec un immense étonnement :
-Comment fais-tu ça ? Je suis beaucoup trop lourde pour ce type de sors.
Dans sa confusion, elle négligeait son vouvoiement habituel. Puis elle chercha des yeux la baguette dans la main de Sergei Prince :
-Je l'avais déjà vu l'autre jour, ce n'est pas votre baguette !
Il contempla son instrument avec une sorte de tendresse :
-Oui, je l'ai reçu d'un héritage d'un grand oncle. Elle était bien cachée au grenier, mais elle m'a plut tout de suite. Je ne crois pas m'être jamais sentit aussi en phase avec une baguette… Je ne sais même pas ce qu'i l'intérieur, mais le bois…
Il porta la baguette à son nez, et en huma l'odeur :
-… Du sureau, non ?
Trois semaines s'étaient écoulées depuis leur retenue commune et Albus se sentait étonnamment heureux. La deuxième épreuve lui semblait encore loin, bien qu'il lui soit arrivé souvent de tourner la clé entre ses doigts le soir, en cherchant le sommeil, avant de la glisser dans le tiroir de sa commode. Une fois, Ernest l'avait vu faire et avec un clin d'œil, il lui avait montré sa propre clé, planquée sous son oreiller.
Les recherches avec Katerina avançaient rapidement et il continuait à sécher les cours de danse avec une profonde délectation.
Dehors, le parc s'était vêtit d'un épais tapis blanc qui le faisait ressembler à un livre de conte pour enfants, ce qui encourageait de longues promenades et de nombreuses batailles de boules de neige en compagnie de ses amis.
Et puis il y avait Gellert. Ils avaient reprit leurs cours de potion communs avec un enthousiasme que le professeur Pierredecou semblait trouver presque suspect tant leurs résultats étaient couronnés de succès. D'une sorte d'accord tacite, ils ne se parlaient jamais en public en dehors des cours, allant même jusqu'à faire semblant de se lancer des regards courroucés pour mieux en rire au prochain tournant de couloir.
Ils se retrouvaient parfois à la bibliothèque, dans une alcôve discrète, ou dans un coin du parc. Mais toujours, ce n'était que quelques paroles prononcées à voix basse, une plaisanterie murmurée, un mot griffonné et roulé en boule glissé dans la paume de l'autre.
Albus vivait ce début d'amitié avec une excitation de gosse qui possède un secret. Sa méfiance fondait comme neige au soleil et il dût plusieurs fois se rappeler à l'ordre pour conserver un minimum de recul.
Il avait enfin recommencé à écrire à Elphias tout en ayant le sentiment de lui dire la vérité. Enfin presque toute la vérité…
Cependant, les semaines passaient les unes après les autres et ils ne leur restaient qu'un mois avant le bal et aucuns d'entre eux n'avaient encore de cavalière ni de cavalier…
Un soir, devant un thé, Ernest avait finit par avouer qu'il comptait demander à Augusta, mais depuis, il n'avait pas amorcé la moitié d'une tentative sans rougir jusqu'à la racine des cheveux.
Pendant un moment, Albus s'était bien demandé à qui il pourrait demander cela et puis la réponse s'était imposée d'elle-même. Il ne connaissait pas trente-six filles à Durmstrang. Augusta était « réservée » à Ernest, Katerina y allait avec Pietrov, le frère d'Anoushka. Il avait donc finalement décidé de demander à Sita Zabini.
Il n'avait pas particulièrement d'affection pour elle mais elle était jolie, d'une famille presque respectable et avant toute chose, c'était une fille.
-Et ce sont tes seuls arguments ? Objecta Abraxas Malefoy en haussant un sourcil tandis qu'ils marchaient en compagnie d'Ernest en direction de la grande salle où ils espéraient retrouver Augusta et Sita.
Apparemment, il trouvait qu'Albus manquait cruellement de romantisme, voir de testostérone. Il argumenta :
-Mais enfin, c'est déjà assez chiant de devoir participer à un bal et en plus tu n'es pas foutu d'en choisir une qui te plait vraiment. Et par-dessus le marché, tu choisis une super jolie fille sans même penser à tous ceux qui vont crever de jalousie parce que EUX ils la trouvaient sexy en diable ?!
Albus haussa les épaules :
-Je n'y peux rien s'il n'y a pas de filles qui me plaisent… Tu y vas avec qui toi ?
Abraxas se renfrogna et enfonça ses mains dans ses poches :
-Je ne lui ai pas encore demandé…
Ils venaient d'arriver dans la grande salle et Augusta venait de les rejoindre, accompagnée d'Epicura Lovegood :
-Quel est le sujet du jour ? demanda-t-elle de son habituel air un peu blasé.
-Nos futurs partenaires de bal, soupira Albus, avec le même enthousiasme.
-Oh… Répondit-elle en fronçant les sourcils.
Apparemment ça n'avait pas l'air d'être un sujet plaisant pour elle non plus.
-Laisse tomber, Dippet, lui lança Malefoy d'un ton trainant, pour aller au bal il faut que quelqu'un t'invite et ça n'arrivera jamais.
-Quoi ?! Non mais qu'est ce qu'il ne faut pas entendre ? D'abord je n'ai même pas envie d'aller à ce bal débile alors de quoi tu te mêles ?
-Tu dis que tu n'as pas envie mais je dirais que c'est pour mieux dire que tu ne peux pas?
Le visage d'Augusta était en train de devenir tout rouge et elle lui postillonna au visage :
-Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit !
-Allons donc ? Donc si quelqu'un t'invite cela signifie t-il que tu refuseras ?
Albus et Ernest suivaient la conversation d'un air perplexe tandis qu'Epicura avait l'air un tantinet perdue.
-Mais pas du tout, rugit Augusta, je n'ai jamais dit ça !
-Avoue que tu ne sais même pas danser !
-Je sais très bien danser !
-Alors prouve-le !
Augusta lui fit des yeux comme des soucoupes et répondit d'un air stupide :
-Hein ?
Il répéta d'un ton très sérieux, en la regardant droit dans les yeux :
- Prouve-le. Viens au bal avec moi comme ça on verra si tu sais danser.
Pendant quelques secondes, on entendit des doxys voler. Augusta semblait pétrifiée et Albus haussa les sourcils si hauts que trois barres de rides s'affichèrent sur son front.
Devant l'absence totale de réaction plus concrète, Abraxas enfonça plus soigneusement ses mains dans ses poches et marmonna :
-Et bien si tu n'as rien à y redire, alors faisons ça. J'ai des trucs à faire donc on se voit un de ces quatre… A plus…
Et sur ces mots, il s'enfuit plus qu'il ne s'éloigna.
Ce fût à ce moment là qu'Albus se réveilla :
-Sérieusement ? Ironisa t-il.
Il ne laisserait plus jamais Abraxas Malefoy lui faire la morale sur l'art d'inviter une fille à danser. Nerveusement, il jeta un coup d'œil à Ernest qui avait l'air complètement abasourdi et malheureux. Il lui tapota gentiment le bras.
Augusta explosa :
-Non mais c'était quoi ça ? Dieu qu'il m'énerve !
Epicura rajouta rêveusement :
-Il y a des garçons qui ne sont pas très doués avec les filles qu'ils aiment bien, tu sais.
-Sans commentaire…
-Tu vas y aller ? Demanda Albus.
Augusta rugit :
-Mais je n'en sais rien ! Furoncles et bouses de dragon ! Laissez-moi tranquille !
Et elle partit d'un air furibond tandis qu'un nuage gris se formait spontanément au dessus de sa tête. Elle disparût au moment où de la pluie commença à lui pleuvoir sur la tête.
-Tiens ce nuage me dit quelque chose…Ca lui était déjà arrivé en quatrième année, ce jour où Jude Diggory est tombée de son balai en se rattrapant à sa jupe, en plein match de Quidditch contre les serpentards… Elle doit être très contrariée, fit remarquer Epicura.
-Hum…
Albus se mordilla la lèvre. Il venait de repérer Sita à une table accompagnée de Meliou et d'Arthur et il lui vint soudainement une idée. S'excusant auprès d'Epicura Lovegood, il traina un Ernest quelque peu défait derrière lui jusqu'à la table des trois Beaubâtons.
-Salut ! dit-il d'un ton un peu trop enjoué auquel les trois compères répondirent avec enthousiasme. Je voulais vous demander… On cherche des partenaires de danse avec Ernest, ça vous dirait de nous accompagner au bal ?
Les deux filles gloussèrent, ce qui énerva Albus.
-Oh…
Sita Zabini le toisa de bas en haut comme s'il était un morceau de steak avant de lui murmurer un petit « D'accord » d'une voix suave qui le laissa froid.
-Et toi Meliou ? Tu en penses quoi ?
Il se souvenait que Meliou aimait plutôt bien Ernest, il n'y avait pas de raison que ça se passe mal. Elle finit par acquiescer timidement.
-Et bien c'est tout bon, on se voit en sortilège tout à l'heure ?
Ils se dirigèrent vers la sortie de la salle. Albus sentant bien qu'Ernest aurait sans doute plutôt envie de rester seul, bien qu'il eu une épine dans le pied en moins et sur ce, ils se séparèrent.
Albus remarqua alors Gellert, qui était assis seul sur un banc, un livre à la main. Il avait l'air studieux et cela fit rire Albus car il était plus probable que le blond soit en réalité en train de griffonner un de ces dessins bizarres sur les pages d'un livre de la bibliothèque. Cela ne le contrariait même plus.
Sans vraiment se cacher mais sans non plus se dévoiler, il observa les belles mains osseuses et les cils joliment baissé sur l'air concentré du jeune homme. Les cheveux étaient à nouveau attachés et bouclaient sur la nuque blanche qu'il trouva émouvante dans sa finesse et qui allait si mal (ou si bien) avec son agaçant propriétaire.
Il chercha une blague, une anecdote, n'importe quoi.
Une excuse pour aller lui parler.
Petite question : Gellert parle de Mithrandir et Sharcoux. C'est une référence à une merveilleuse œuvre littéraire fort connue, dont J.K. Rolling a été fort friande durant sa jeunesse. Est-ce que cela vous dit quelque chose? Bien sûr une recherche sur le net vous donnera la réponse si vous ne savez pas mais je le préciserai au prochain chapitre…
Voilà. Chapitre finit. Pour le prochain, le bal de Noël dont Albus se souvenait avec tant d'émotion dans l'introduction.
Comme d'habitude, des critiques sont les bienvenues.
Prenez soin de vous et allez lire des fics ! (Cette phrase est également un clin d'œil à quelqu'un que vous reconnaitrez peut-être)
