Disclamer: Toujours pas à moi


Chapitre 12 : Les vacances

Morcheeba – Gained the world


L'air sentait la misère.

Il était emplit d'une odeur de fumées nauséabondes, de graisse de friture rance, de pauvreté et de saleté.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, cet endroit avait été un simple hameau. Deux ou trois fermes plantées de ci de là et quelques jolies propriétés bordées de jardins et entourés de grands parcs, voilà c'était tout.

La vie passait doucement et paisiblement et les jours se ressemblaient.

Mais un jour, voilà, quelqu'un avait découvert un gisement. Un gisement de quoi, quelle importance ?

Un gisement d'une de ces choses sans chaleur dont les moldus sont friands.

Et cette chose qu'ils désiraient, ils en voulaient beaucoup. BEAUCOUP.

Alors la ville s'est crée. Elle s'est développée rapidement, comme une grosse termitière immonde et grouillante, et les moldus l'ont envahit. Les usines ont poussé comme des champignons, les mines ont été creusées et des enfants ont commencés à courir dans les rues de la ville.

Bientôt, il n'y eu plus beaucoup de place alors on resserra les logements, on éleva les immeubles, on créa des cités dortoirs sans âmes en périphérie et les rues furent de plus en plus tristes, sales et puantes.

Des ouvriers exploités en arpentaient les impasses, leur mégot au bec, à la recherche d'un café sordide où ils pourraient aspirer une quantité trop importante d'un tord-boyau infâme, avant de rentrer saoul, serrer contre eux des femmes bouffies par la tristesse, la fatigue et les accouchements.

Mais ce jour là, au milieu des odeurs d'alcool rance et de tabac froid, apparût une chose que les moldus n'avaient jamais vue. Et d'ailleurs, ils ne devraient jamais le voir.

Une ombre s'étendit au dessus des immeubles avant de se poser lourdement sur le bitume, renversant une petite fille qui fit un vol planée dans le caniveau et se mit à pleurer. Sa mère la releva après l'avoir réprimandée pour son inattention.

Mais nul ne vit la patte –car c'était une patte !-, immense pourtant, qui se décolla du sol. Et bientôt ce fût sa consœur qui écrasa un pâté de sable dans un parc miteux, quelques dizaines de mètres plus loin. C'était connu, les moldus ne voient pas grand-chose… Mais s'ils avaient eu de bons yeux, ils auraient été effarés de voir deux immenses pattes de poulet surplombées d'une petite bicoque biscornue.

La maison avançait à travers les rues étroites et malodorantes. Tout ici se ressemblait, quand soudain, à la fin d'une énième impasse, la maison à pattes de poule s'immobilisa devant les hautes grilles écaillées d'une jolie maison à tourelles, avec des murs en pierres roses et des toits d'ardoises bleutées.

La maison avait visiblement bien besoin d'un bon coup de neuf. Les murs étaient lézardés et recouverts de plantes grimpantes qui s'infiltraient dans les pièces par les trous de la toiture. Le jardin minuscule était envahit de mauvaises herbes et grouillait de gnomes.

C'était une belle demeure, ancienne à n'en point douter, mais négligée depuis trop longtemps.

La maison à pattes de poules finit par enjamber la haute grille de fer forgée avant de se coller contre la vieille bâtisse et ses pattes se replièrent sous elle, jusqu'à ce qu'elle finisse lovée parmi les broussailles, comme si elle avait toujours été là.

Dans la grande maison, une main écarta un rideau de dentelle défraîchit et un jeune homme pâle observa le dehors à travers la fenêtre.

Gellert tourna la tête vers une femme très mince qui tricotait sur une banquette de velours râpée. Il lui murmura:

-Grand-mère est arrivée…


Les cris avaient beaucoup diminués à présent.

La femme glissa une longue épingle parmi les boucles épaisses de sa chevelure sombre. Le miroir terni lui renvoya une image qu'elle ne reconnut pas. Elle avait vieillit. Elle l'avait vu dans les yeux de son fils. Elle glissa d'autres épingles –elle prit plaisir à sentir le métal racler son crâne- et le chignon commença à prendre forme. Elle qui avait toujours eu des cheveux si épais, sombres et fournis, se désolait de voir les rubans de cheveux blancs qui lui habillaient les tempes.

Un nouveau cri résonna, puis plus rien.

Son reflet lui indiqua une mèche qu'elle avait négligée et reconnaissante, elle glissa une dernière épingle parmi ses cheveux.

Dans le miroir, elle voyait le salon derrière elle. Il y avait quelques meubles anciens. Des affaires de familles. Et un homme de dos, qui lisait près de la fenêtre.

Ainsi tourné, avec sa grande taille, ses épaules larges et ses cheveux roux noués soigneusement, il ressemblait tant à Perceval que Kendra Dumbledore se sentit troublée.

Elle aimait regarder son plus grand fils. Il était ce que Perceval et elle avaient crée de plus beau, de plus droit, de plus parfait. Comme s'ils avaient trop donné pour le créer et qu'il n'en était plus resté pour les autres.

Abelforth, trop brut, toujours mal coiffé, toujours en quête d'affection et de reconnaissance, avait récupéré ce qu'il avait pût.

Ariana, frêle et transparente, semblait être toujours à la frontière entre le monde réel et celui des esprits.

Seul Albus semblait fait de la chair dont on pétrit les Hommes.

Quelquefois, elle avait peur de lui. Elle avait lu et conservé avec soin les articles de la gazette du sorcier où l'on relatait ses exploits au tournoi des trois sorciers. Mais quand elle était allée le chercher à la gare, elle n'avait su que dire au visage souriant et inexpressif que lui avait présenté son ainé. Elle n'arrivait plus à lire dans ses yeux l'éclat de ses chagrins comme quand il était un petit garçon.

Kendra se demanda vaguement qui était cet étranger qui lisait derrière elle et elle eu un frisson. La solitude la rendait inquiète, fragile.

Il régnait à présent dans la maison un silence mortel, seulement brisé par le pépiement des oiseaux sautillant parmi les feuillages qui composaient la tapisserie passée de mode.

La crise d'Ariana était passée.

Abelforth était avec elle. Kendra s'en voulu d'avoir laissé le jeune homme. Ariana était imprévisible. Mais elle était si épuisée…

Fatigué de rester debout, Albus finit par s'installer dans un des fauteuils… La vie de Beedle le barde avait été à proprement parlé palpitante, sans compter qu'il avait également vécut ici même à Godric's Hollow pendant quelques mois afin d'écouter des témoignages concernant le conte des trois frères.

De plus en plus intrigué, il laissa ses doigts courir sur les lignes tracées à la main.

Il avait trouvé le livre posé sur son lit après l'épisode avec Katerina. Gellert avait sans doute pensé l'appâter avec ce genre de stratagème.

Il n'avait plus aucune raison de s'intéresser aux reliques de la mort après tout. Mais le sujet ne pouvait s'empêcher de le titiller intérieurement, indépendamment de ce que pouvait en faire Gellert.

De toute façon, depuis qu'ils avaient envoyé leur manuscrit au département des mystères, il n'avait plus grand-chose à faire ni à lire.

Gobelure, le gros chat de son frère vint se caler confortablement sur ses genoux avant de s'appliquer avec sadisme à se faire les griffes sur sa robe de sorcier. Albus le jeta par terre sans pitié.

-Hé, pas la peine de le traiter comme ça !

Son frère qui venait de refermer la porte de la chambre de leur petite sœur, avait vu Albus houspiller Gobelure et fronçait sévèrement les sourcils. Albus haussa les épaules. Il n'avait pas vu son petit frère depuis la rentrée de septembre et les relations qu'ils entretenaient semblaient être au plus bas.

Leur mère se rapprocha. Ses traits étaient tirés et amaigris. Elle n'avait même plus l'air d'avoir la force de s'inquiéter :

-Ariana ? Demanda-t-elle simplement.

-Elle dort.

Après avoir prit son matou dans ses bras, Abelforth ronchonna tout en grattant la bête entre les deux oreilles :

-Je ne sais pas ce qu'on fait dans cette ville… On aurait dû s'expatrier dans une ville moldu. Personne n'aurait sût qui on était et personne n'aurait essayé de mettre son nez dans nos affaires !

Albus ne releva même pas le nez :

-Et permettre aux moldus de voir Ariana perdre le contrôle et ainsi mettre en péril le secret magique ? Très intelligent Abe.

-Ça n'aurait pas été plus difficile que de cacher Ariana ici, Al, rumina Abelforth, Et maman aurait beaucoup plus pu sortir…

Albus ne répondit pas.

Kendra était d'origine moldu, mais elle provenait d'une famille noble. Son arrivée chez les sorciers avait été pour elle à la fois une révélation et une très importante chute sociale. De « Mademoiselle de », elle était devenue la « sang-de-bourbe » de certains…

Elle avait rencontré leur père à l'école. Perceval, sans venir d'une famille aussi illustre que les Malefoy ou les Lestrange, venait d'une famille de sorcier de sang pur sans histoire qui s'était juste beaucoup illustré au quidditch dans les années 1800.

Malgré son mariage, Kendra, d'un naturel fier, avait toujours ressentit de la rancune à l'égard du monde sorcier où elle s'était sentie si mal accueilli.

Abelforth revint à la charge :

-En plus, dès la rentrée, tu seras là pour aider maman.

Albus répondit d'un ton égal, sans détacher son regard de son livre :

-Pas du tout. Dès que j'aurais terminé ma scolarité, j'entamerai un tour du monde avec Elphias.

Cher Elphias ! Ils s'étaient écrits plusieurs fois depuis son retour et Albus avait été extrêmement soulagé de retrouver la relation reposante qu'il entretenait avec le jeune homme.

Il ne remarqua pas les épaules de sa mère légèrement s'affaisser et son jeune frère se mettre à gonfler comme un crapaud-buffle :

-Qu'est ce que c'est que cette histoire ?

-Ça fait un moment qu'on en parle, avec Phias. On en parlait déjà en troisième année. C'est un rêve qu'on a depuis longtemps. Pas un caprice.

Abraxas lui explosa au visage :

-Et qui va s'occuper de maman et d'Ariana ?! Tu vois bien que maman n'en peut plus ! Il ne s'agit pas de caprice, Albus. Est-ce que tu peux au moins faire ça pour ta famille en attendant que je sois diplômé ?!

Le visage d'Albus se ferma et il ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre et il le savait.

-Ca suffit, Abelforth.

La voix douce et ferme de leur mère suffit en une seconde à clore le débat.

-Ton frère à des choses importantes à faire lui-aussi.

Abelforth murmura, le regard farouche :

-Pourquoi tu le défends ? C'est toujours comme ça. Il a toujours des choses à faire plus importantes que les autres. Plus importantes que sa famille. Ton petit chouchou. Pourquoi c'est comme ça ? Pourquoi est-ce que tu l'as toujours aimé plus que nous ?

Kendra détourna les yeux et ne répliqua pas. Passive, elle acceptait la vérité sans chercher à la dissimuler. Pendant un court instant, la silhouette de son mari se superposa à nouveau avec celle d' Albus.

Quelques années plus tôt, les larmes lui serraient venues aux yeux devant une telle accusation d' Abelforth. Mais ses yeux s'étaient taris à force de chagrins et elle ne ressentait plus rien.

Albus se força à reporter son attention sur son livre. Pour ne pas avoir honte.

Sur les murs, les portraits de ses ancêtres paternels jugeaient la scène avec sévérité. La grande photo moldu en noir et blanc du père de Kendra continua à sourire d'un air absent.


Augusta avait terminé ses devoirs de vacances et elle s'ennuyait.

Il faut dire qu'en temps normal, elle serait allée s'installer sous la tonnelle, malgré le froid, avec un gros manuscrit sur les genoux et tout serait allé pour le mieux. Cognard, le niffleur de compagnie de la famille lui aurait léché la figure avec enthousiasme et elle aurait siroté un thé à la gentiane préparée avec juste ce qu'il faut de sucre.

Ou bien elle aurait pu faire ça devant la cheminée. Tant pis pour son chien adoré qui n'avait pas le droit de mettre une patte dans la maison en raison de son enthousiasme trop débordant pour tout ce qui brillait.

Cependant, la fête de la biéraubeurre était en train de battre son plein dehors et les murs de la maisonnette résonnaient du bruit des concerts et des glapissements des ivrognes. Augusta jeta un regard venimeux à sa baguette qui en cette période de vacances n'avait même pas le droit de lancer un simple petit assourdiato.

Celle-ci était posée sur son bureau, juste sur la lettre que lui avait envoyé Ernest pendant les vacances. Augusta se mordilla les lèvres et se détourna pour mieux pester sur tous les imbéciles qui se baladaient en ville avec leur stupides colliers de bouchons de lièges et leur choppes de bière qui hurlaient d'un ton strident des chansons de plus en plus paillarde en fonction de l'ébriété de leur propriétaire.

Il faudrait aussi supporter les lâchés de jobarbilles qui engendreraient une quantité innommables de fientes sur les vitres de leur maison. Le seul avantage étant que ces fientes pouvaient être utilisées dans de nombreuses potions et qu'elle et ses frères pourraient les revendre à l'apothicaire du chemin de traverse pour un bon prix.

Elle allait devoir supporter leurs idioties pendant toute la semaine.

Et pour couronner le tout, elle avait attrapé une grippine fluorescentia dont elle n'arrivait pas à se débarrasser.

En reniflant, elle jeta un coup d'œil dehors.

Quelque part, dans la foule sombre et grouillante, il y avait Ernest accompagné de ses cousins.

Il lui avait écrit qu'il passerait quelques jours chez sa tante à Pré-au-Lard. Qu'il irait surement à la fête avec ses cousins pour boire quelques pintes et danser.

Il aimait danser cet espèce d'hyppogriffe !

Et puis voilà. Il aimerait bien la croiser, qu'ils ne se parlaient plus tellement ses dernières semaines et que ce serait chouette d'en parler pour que tout soit clair !

Foutaises ! Ca ne devait plus marcher avec Méliou alors il se rabattait sur elle ! Elle n'allait pas se faire avoir par ce goujat, mille quenouilles !

Pendant qu'elle grommelait dans son coin, quelqu'un frappa à sa porte avant de simplement passer sa tête par l'entrebâillement. Augusta jeta un œil indifférent à Alistair, son petit frère de treize ans qui la contemplait de son regard lunaire perdu au milieu de sa crinière de boucles blondes. Il lui dit d'un ton aimable et monocorde :

-Tu ne penses pas aller à la fête aujourd'hui non plus ?

-J'aimerai mieux manger une bombabouse que faire ça. Pourquoi voudrais-je me mêler à tous ses imbéciles ? Si tu voulais y aller, tu n'avais qu'à demander à Archibald de t'emmener…

Archibald et Alistair étaient faux-jumeaux et en dehors de leurs anniversaires, ils n'avaient pas grand-chose en commun. Alistair était aussi timoré et timide que Archibald était casse-cou et en rébellion avec le monde entier.

Il avait disparut de la maison dès les première notes de musique des fanfares et il finirait par se glisser dans son lit une fois minuit passé en passant par la fenêtre.

Il avait été le seul de la famille à être admis chez les serpentards alors que son jumeau était un parfait poufsouffle.

Alistair finit par répondre :

-Je n'ai pas du tout envie d'aller à cette fête idiote. Je me demande ça parce qu'il y avait un groupe de garçons qui rodait autour de la maison hier et avant-hier. Et aujourd'hui, il y a ce type qui est accoudé à la barrière depuis huit heures du matin et il n'a pas l'air de vouloir partir… Si papa le trouve en rentrant, ça va être sa fête…

-Un type ? Quel type ?

-Je ne sais pas, je ne le connais pas. Il ne doit pas être à Poudlard. Brun avec des lunettes.

-Le champion de Beaubâtons ? Il était en photo dans la gazette du sorcier la semaine dernière après la deuxième tâche ?

Alistair haussa les épaules :

-Je ne sais pas, je ne lis pas les journaux.

Augusta renifla et se dirigea vers le couloir. Elle écarta son petit frère d'une main et se mit à descendre les escaliers quatre à quatre. Elle lui cria une fois au rez-de-chaussée :

-Je m'en occupe, ne t'en mêle pas tant que je suis dehors ! Si je vois l'ombre d'un nez, je te transforme en chemisier à fleur.

-Tu n'as pas le droit d'utiliser la magie en dehors de l'école !

Mais Augusta ne l'écoutait plus.

Furieuse, la jeune sorcière poussa le battant de la porte au verni écaillé et se retrouva dans le jardin envahi de mauvaises herbes et de gnomes de jardin. Cognard lui fit la fête mais elle l'évita et couru jusqu'à la barrière peinte en verre où était accoudé un jeune homme à la chemise froissée et aux yeux cernés. ?

Augusta pinça les lèvres et apostropha Ernest d'un air plus que mauvais :

-Qu'est ce que tu fabriques ici ?! Ce n'est pas un emplacement pour garer les balais que je sache!

Ernest leva les sourcils bien hauts et lui fit un grand sourire plein de dents :

-Bon-jour… Tu as l'air sacrement en forme, comme d'habitude. J'ai patienté depuis ce matin pour pouvoir te parler. Ça mérite au moins un peu de politesse. Je peux entrer ?

En toute réponse, Augusta se posta fermement derrière les barrières afin de bloquer tout passage.

Elle remarqua avec dédain qu'il portait un collier de bouchons de liège et tenait dans sa main une choppe de biéraubeurre.

-Tu devrais rentrer chez toi.

-Il faut qu'on parle.

-Je n'ai rien à te dire, rentre chez toi !

-C'est en France et je n'ai pas le droit de transplaner.

-Tu sais très bien ce que je veux dire par là ! Retourne chez ta tante ou va faire la fête avec tes cousins, mais s'il te plaît laisse moi tranquille.

-Non.

Pour la première fois, elle hésita. Ernest avait l'air un peu différent de d'habitude. Il semblait moins niais et hésitant. Plus déterminé. C'est au moment où sa volonté se mettait à flancher que la choppe de biéraubeurre d'Ernest ouvrit grand son clapet et se mit à brailler d'une voix nasillarde :

Elle avait des nichons comme de vrais potirons !

Et de grands yeux vicieux bien plus que malicieux,

Elle savait ce qu'elle voulait ! Doloris et fessés !

Et quand il fallut l'avoir, elle s'rendit à Poudlard…

Elle trouva un sorcier qui voulut l'exhausser !

Il brandit sa baguette, en ouvrant sa braguette !

Pour lui lancer un sort il l'entraîna dehors,

Depuis, de la forêt, on les entend crier…

Ernest contempla avec gaité le visage d'Augusta qui se fermait comme une drosera sur une mouche tandis qu'une moue particulièrement sévère lui donnait dix ans de plus :

-Ernest ! Tu es ivre ?!

Le plus sérieusement du monde, Ernest contempla sa chopine et admis d'un ton rêveur :

-Oui. Peut-être un peu…

Tremblante de rage, la jeune sorcière fit demi-tour et s'apprêtait à rentrer chez elle quand Ernest l'apostropha une nouvelle fois :

-Augusta, attends !

En s'appuyant légèrement sur son bras, il bondit avec légèreté par-dessus la barrière. Une légèreté qu'il n'aurait jamais eu s'il eut été sobre par ailleurs. Aussitôt le niffleur lui sauta dessus et entreprit de lui lécher les oreilles avec acharnement.

-Va t-en !

-Non ! C'est la dernière fois que je reviens vers toi, tu comprends ? Il faut qu'on parle et maintenant ! Après ce sera trop tard ! Si tu veux fuir, tu le peux. Mais alors tu seras une vraie lâche !

Augusta le foudroya du regard :

-Tu serais plus crédible si mon chien n'était pas en train de te lécher les oreilles.

-Ne change pas de…

-C'est bon. Dis ce que tu as à dire et finissons-en.

Il lui lança un regard blasé et morose et entama son speech d'un ton presque insipide :

-Il y a une fille qui m'aime bien en ce moment. Elle m'a proposée qu'on sorte ensemble tout les deux.

Augusta fronça les sourcils mais continua à écouter. Il reprit :

-Il se trouve que je ne suis pas vraiment amoureux d'elle. Mais c'est une chouette personne, marrante et mignonne. Je devrais sans doute accepter mais il y a une autre personne qui me plait. Une fille vraiment chiante et irritable. Et qui en plus me fuit depuis des mois. Et non, ne me fixe pas avec ces yeux là, c'est de toi que je parle. Je n'aime pas tellement courir après deux lièvres à la fois mais je ne suis pas non plus un garçon parfait. Si tu m'évites tout le temps, je n'ai pas de raison de m'accrocher. Et si tu ne m'aimes pas, je n'irais pas non plus me jeter dans les bras d'une autre mais je prendrais le temps d'apprécier les qualités d'une personne capable de me donner quelque chose, elle. Jusqu'à ce que peut-être je me sente attiré par cette personne.

-…

-Voilà, c'est tout. Je t'aime bien. Malgré ton langage de dresseur de dragon et tes cheveux impossibles. Mais j'en ai marre de ton attitude. Maintenant la balle est dans ton camp.

Augusta resta silencieuse pendant quelques instants avant de lui cracher au visage :

-T'es vraiment un crétin !

En deux mouvements, elle était près de lui et elle le souleva presque de terre en le tenant par le col :

- Ecoute-moi bien ! Si tu veux que je sois un peu plus sympa, alors il faudra que dans les trois premiers jours de la rentrée, toute l'école sache que je suis ta copine. Est-ce que c'est clair ? Et alors, peut-être que je consentirai à faire un effort pour mon langage de dragonnier.

Et sur ce, elle le lâcha et s'enfuit à grande enjambée.

Ernest lui lança :

-Hé ! Est-ce que je peux avoir un bisou ?

-Va te faire doloriser en enfer !

Il la poursuivit d'un pas dansant :

-Aller juste un !

Et alors qu'elle allait refermer la porte derrière elle, elle finit par la laisser un petit peu entrouverte. Mais juste un peu.


-Tu as l'air d'avoir bonne mine… Dit le visage en braises depuis la cheminée.

Le professeur Prince sourit d'un air absent. Il hésita à lui retourner le compliment mais il distinguait trop mal le visage de son ancien collègue pour cela.

-C'est joli chez toi, continua l'autre tandis que ses yeux roulaient de droit à gauche en détaillant la pièce.

C'était un large salon sorcier, aux murs couverts de soie verte où était brodé un bel arbre généalogique où des personnages morts depuis longtemps somnolaient paisiblement au rythme des craquements des bûches.

Le plafond était garni de moulures où des serpents mobiles évoluaient parmi des couronnes de lauriers dorés.

De hautes fenêtres donnaient sur un immense parc baigné par la lune.

Un paquet de cartes de bataille explosive était étalé sur la table basse. Il y avait également plusieurs cadres photos dans lesquels étaient toujours mise en valeur une jeune fille arrogante aux lourds cheveux noirs roulés en nattes autour de sa tête.

-Ce n'est pas ma demeure mais celle de ma belle-famille.

-Tu continues de t'y rendre malgré le décès de ta femme ?

-Ça arrange les affaires de mon père et celles des Svantovit. J'y suis habitué depuis le temps. Et puis mes beaux-parents sont plus affectueux avec moi que mes propres géniteurs. Je ne me force pas trop.

L'homme dans la braise –un auror en vérité- soupira :

-Pour être sincère, je trouve que tu as maigri. Mais tu ne vas pas aussi mal que ce que j'aurais pu imaginer. Ta jambe te lance toujours ?

-Ça ne disparaîtra jamais. Le venin d'acromentule est le plus redoutable paralysant que la terre ait porté. Tu peux paralyser un éruptif avec quelques gouttes de ce truc.

La voix de Prince était amère. L'autre s'excusa :

-Je suis désolé. Tout ça doit te rappeler tellement de choses mauvaises. Si tu n'avais pas perdu ta femme quelques semaines avant cette mission, tout cela ne serait pas arrivé. Tu aurais toujours ta jambe.

-Et Dirk ne serait sans doute pas mort non plus, compléta Prince d'une voie dénuée d'expression.

-Ce n'est pas ce que je voulais dire, tu le sais bien. Personne ne pouvait prévoir ce qui arriverait. Aucun de nous ne t'a jamais rien reproché.

Prince eu un sourire énigmatique :

-Je le sais bien. C'est moi qui ne peux pas me pardonner. C'est pourquoi j'ai quitté le service. A quoi bon être auror si on n'est même pas capables de se protéger les uns les autres. Mais bon, le fait d'être un ex-auror me donne quand même quelques avantages. L'autre jour par exemple, le vieux Gregorovitch est passé me voir. Il voulait troquer ma baguette contre une neuve. Comme il ne voulait pas lâcher l'affaire, je lui ai promis de lui jeter toute la brigade d'auror aux trousses s'il ne se calmait pas!

-Ne soit pas si… Prince, retourne-toi!

-Qu'est ce qu'il y a ?

-Rien, il m'a semblé voir quelque chose… Comme si quelqu'un avait entrouvert la porte avant de la refermer. Mais qui qu'il soit, il a disparût.

Prince sauta sur ses jambes et sans prendre le temps de récupérer sa canne, il boita jusqu'à la porte qui donnait sur le couloir et colla son oreille contre le battant. Après avoir attendu quelques secondes, il ajouta :

-Quelqu'un est descendu et a ouvert la porte d'entrée…

Puis, il claudiqua vers une des fenêtres et contempla le parc de derrière les tentures, les sourcils froncés.

-Qu'est ce que c'est ? Demanda l'autre, qui ne pouvait pas voir plus loin que la pièce.

-Rien d'important. C'est ma belle-sœur. Elle est un peu fantasque. Ne fait pas attention…

-Au point d'aller courir dehors au beau milieu de la nuit ?

Prince ne répondit pas.

Katerina était du genre romantique échevelée. Et elle avait un chagrin d'amour. Il avait bien remarqué que depuis le début des vacances, elle l'évitait comme la peste, ne se limitant qu'à la plus stricte politesse. Mais ce n'était pas vraiment étonnant.

Il finit par soupirer :

-Les adolescentes font souvent des choses stupides. Je vais aller jeter un coup d'œil au cas où. On finira cette conversation plus tard…

-Pas de soucis. Prends soin de toi vieux.

-Salue l'équipe pour moi Rockwood.

-Je n'y manquerai pas.

Alors le professeur Prince ouvrit la fenêtre et le temps de lever ses bras, de longues plumes lui couvrirent la peau. Quelques secondes après, un hibou moyen-duc plongeait dans la nuit.


Arrêtez ! Sa sœur est une sorcière !

Katerina plissa les yeux.

Le lac ressemblait à une sombre tâche d'encre posée parmi les broussailles monochromes.

Oui, oui. Ma sœur est une sorcière et elle va vous transformer en grenouille si vous me faites du mal !

Ses orteils nus frôlèrent la surface de l'eau et elle frissonna. La terre elle-même était gelée. L'eau était glaciale. Elle fit un pas de plus et s'enfonça jusqu'aux genoux dans la vase.

Elle se souvint vaguement du corps bouffi et blanc de Bianca qui flottait à la surface de l'eau sombre. De ses beaux cheveux blonds et mêlés d'algues. De la blessure à l'arcade là où la pierre l'avait touchée.

Maintenant Bianca n'existait plus et elle, Katerina, était totalement seule.

La dernière photo de Bianca –celle où elle brandissait la coupe du tournoi de quidditch- avait été remplacée par une photo d'elle-même entourée d'Ernest et d'Albus, juste avant le début de la deuxième épreuve.

Plus elle avançait, plus sa chemise de nuit s'imprégnait de boue et d'eau malodorante. Ses orteils se pressèrent dans la vase, parmi les vers et les crapauds en hypothermie.

Les pointes de ses longs cheveux noirs effleurèrent l'onde qui se plissa en douceur.

Elle se revit, ce merveilleux jour d'été où Bianca était morte. Avec sa robe légère de couleur gris perle et son chapeau de paille. Il y avait le petit chemin bordé de mûres qui permettait de rejoindre le village. Et puis le petit groupe de moldus qu'elle avait croisé. Deux filles et trois garçons. A peine plus âgé qu'elle.

Katerina enfonça son visage dans l'eau saumâtre et laissa son corps sombrer pendant quelques secondes. La température de l'eau l'ankylosait. Elle ouvrit les yeux et contempla l'image de la lune, transformée en tâches de lumière par l'eau noire. Quelque part au fond de l'eau se trouvait la baguette de Bianca. La baguette jumelle en bois de pommier.

Pendant un instant, elle imagina se forcer à respirer. Elle aspira à la douleur de l'eau se déversant dans ses bronches, à la sensation de partir.

Et puis elle voulut s'identifier à Bianca au point d'être une fille morte et bouffie qui flotterait à la surface de l'eau.

Mais elle n'eut pas le temps d'y penser davantage car une main l'attrapa par les cheveux et la fit sortir brutalement de l'eau. Elle but la tasse et s'étouffa tandis que l'homme la tirait brutalement sur le rivage.

Elle le reconnu et il la gifla.

Le bruit de la main de l'homme sur sa joue humide fut si sonore qu'il résonna dans le froid de la nuit.

Alors comme elle ne semblait rien vouloir dire, il l'abreuva d'injures. Il lui parla de ce que pourrait ressentir sa famille. Il lui parla de Bianca. Et de ce qu'on pouvait être stupide à dix-sept ans quand on ne connaît rien, rien de rien à la vie. Et que c'était si pathétique, d'être si belle et stupide. Et beaucoup trop cliché et qu'elle ferait bien mieux d'être à la hauteur de ce qu'elle était. Et pas une petite idiote qui voulait mourir pour un chagrin d'amour qui n'en valait pas la peine.

Alors après un silence, elle marmonna qu'elle ne voulait pas mourir, juste réfléchir. Et elle ne savait pas trop si c'était vrai, un peu vrai ou un complet mensonge. Mais ça n'avait plus tellement d'importance maintenant.

-Je l'ai tuée, dit-elle.

-Je sais, dit-il.

Alors elle le regarda avec de très grands yeux et il répéta :

-Depuis le début, je savais.

-C'est impossible.

-Les enfants ont parlé.

-…

L'herbe haute. Le parfum entêtant de la lavande et des massifs de romarins. Le chant des criquets et la sensation voluptueuse de sa robe contre ses cuisses.

Et puis ces cinq adolescents. Avec leurs visages laids et ingrats. Leurs sourires victorieux et ignobles.

Katerina se demanda à quel point elle avait modifié le souvenir qu'elle avait de leur faciès répugnants.

Elle avait oublié sa baguette et ils étaient plus forts qu'elle. Ils ne l'aimaient pas. La petite fifille du châtelain local. Un type puant et condescendant qui traitaient leurs parents comme des moins que rien. Elle était innocente et prude. Ils trouvaient ça drôle.

Ils lui ont dit des choses sexuelles qu'elle ne comprenait pas. Ils lui ont soulevé la jupe et lui ont lancé des cailloux. Elle a pensé que les moldus n'étaient pas des Hommes. A peine des insectes.

C'est alors qu'une des filles l'avait dit. Qu'il ne fallait pas aller trop loin.

-Sa sœur est une sorcière !

Parce que Bianca les avait déjà croisés, elle aussi. Mais elle ne s'était pas laissée faire comme Katerina, elle. Non, non. Elle leur avait fait peur, à ces petits voyous. Et ils en gardaient de la rancune, oui, oui.

-Est-ce que tu voulais qu'elle meure ?

Elle secoua la tête :

-Je les ai ait encouragé, je les ai excité pour attiser leur stupidité et leur violence. Je ne pensais pas qu'on en arriverait là…

Ma sœur est une sorcière et vous ne pouvez rien contre elle. Elle peut vous casser en deux en claquant des doigts ! Vous n'êtes que des minables qui ont peur !

-Je leur ai dit où la trouver. J'espérai me débarrasser d'eux tout en attirant des ennuis à Bianca. Ils l'ont trouvé au lac. Et ils lui ont jetés des pierres. Le reste n'est qu'une malheureuse suite de mauvaises coïncidences. Mais le résultat est le même. C'est moi qui ai tué Bianca.

-Tu ne le voulais pas. Tu as du tant souffrir…

Elle le fixa de ses yeux noirs qui se détachaient sous ses sourcils épais et tracés parfaitement :

-Je l'ai regardé dormir et je n'ai pas ressentit de remords. Je me suis sentie forte. Victorieuse. Elle était la fille parfaite de nos parents. Et elle t'avait toi. Elle te méprisait et toi tu l'aimais. Ne dis pas le contraire, je ne te croirais pas. Elle était cruelle mais les garçons aiment les filles belles et méchantes qui ne les regardent pas. Et ça me rendais si malheureuse.

-Katerina.

-Voilà, tu sais tout à présent…

-Tu me promets que tu n'avais pas voulu la tuer ?...

-Je promets. Je ne suis pas si stupide.

Il hésita et pendant un instant, elle ressentit comme si quelqu'un avait posé son regard à l'intérieur de sa tête. Elle le repoussa de toutes ses forces et siffla :

-N'utilise pas l'occlumentie contre moi ! Je te l'interdit. J'ai dit la vérité !

-Je te crois.

-Tu n'en a pas l'air…

Il eu l'ai très las tout à coup. Très vieux. Elle finit par demander :

-Pourquoi ne l'as-tu pas dit ? Pourquoi n'as-tu pas dit que les enfants avaient parlé ?

-A cause de Dirk.

-Dirk ?

-Il y avait ce type avec moi pendant les interrogatoires. Dirk. C'était un jeune auror de quelques années plus jeune que moi.

-Je connais Dirk. C'était le petit ami de Bianca à l'école. Et elle continuait de coucher avec lui après votre mariage. Ca me rendait folle. Il est mort peu après dans cette mission suicide où ta jambe a été paralysée.

-… La mission était un prétexte. Je me suis débarrassé de lui pendant cette mission…

-Quoi !?

-Il était distrait par la mort de Bianca… Il n'aurait pas du. Je l'ai stupéfixié et j'ai laissé les acromencules lui faire son affaire. Puis je me suis chargé d'elles et j'ai poignardé ma jambe avec un crochet pour faire croire que j'avais fait mon possible pour le sauver.

Katerina resta la bouche ouverte, le cœur au bord des lèvres :

-Mais pourquoi ?! Toutes ces années, je… Je croyais…

-Pourquoi ?! Pourquoi tuer l'amant de ma femme ? La mission a débuté avant que nous puissions faire notre rapport. Tout ce que tu as fait aurait été pris en charge par un tribunal pour mineur. Ton nom aurait été traîné dans la boue et ta vie brisée. Il fallait qu'il se taise. Il fallait que je lave mon honneur. Et puis j'ai retrouvé les gamins qui t'ont agressé et j'ai fait disparaître leurs souvenirs. J'ai creusé loin dans leurs têtes. Au point que trois d'entre eux ne seront jamais des adultes normaux…

-…

-Je ne pouvais pas décemment rester auror après ça. J'ai quitté le ministère pour devenir professeur. Je t'ai regardé t'enfoncer dans le noir en pensant que ton crime allait te faire couler, mais peut-être que c'était moi qui sombrait après tout.

Katerina ne le regardait plus. Elle avait passé sa cape autour de ses épaules mouillées et regardait le sol en silence. Attendant la suite.

Il ajouta :

-Le chant du Phénix… Je l'écoute encore et encore… Et chaque fois je me rappelle à quel point je mérite la peur qui m'envahit. Elle est une punition parce que j'ai tué… Je voulais tant que tu ne ressentes pas la même chose…

Katerina ferma les yeux, bouleversée et elle saisit sa main si fort que ses ongles lui entaillèrent la peau.

-Je t'en pris. Tais-toi.

Le lac, l'homme, la nuit. Le cadavre de Bianca qui lui jetait un long regard emplit de reproches. Elle avait si froid.


L'eau était trop chaude et la peau de ses doigts s'était flétrit et ramollit.

En silence, elle rinça une énième assiette sous le jet bouillant et passa une éponge couverte de bulles sur un plat tâché de gras.

Elle avait presque terminé maintenant et elle espérait être passée inaperçue quand la voix tomba, sèche et impétueuse :

-Tu laves la vaisselle comme une moldue maintenant?! Tu tombes bien bas, ma pauvre fille…

Alors les larmes aux yeux, elle s'efforça de maîtriser le tremblement de sa voix et répondit :

-Oui, mère.

Il n'y avait rien de plus à dire. Rien de plus à espérer.

Elle aurait pu le faire pourtant. Elle aurait du le faire. Mais sur le moment, ça lui avait semblé impossible. La magie l'avait fuit comme une bougie qu'on souffle et elle était restée là, hagarde, avec sa baguette en main dont elle ne savait pas quoi faire.

Il fallait qu'elle l'accepte. Elle ne savait plus. Les sorts les plus simple lui échappaient et plus elle cherchait à s'en souvenir et plus son impuissance lui serait la gorge.

Anastasie Grindelwald avait peur.

Elle était très jeune pour une maman. Son ventre s'était arrondi sur sa première fille morte-née quand elle avait dix-sept ans. L'année suivante, la deuxième fausse couche et Gellert avaient suivit.

Anastasie était belle comme un ange. Elle avait un visage blanc parfaitement androgyne et une chevelure blonde et vaporeuse. Elle avait eu l'enfance la plus heureuse qui soit, avait été aimée et chérie dans une famille aisée sans être noble, avec des parents vieillissant qui s'en étaient allés trop tôt. Trop tôt pour la protéger de ce bon à rien avec qui elle avait fuit pour mener une vide de misère et qui l'avait engrossée sans trop savoir où cela mènerai.

Elle s'était laissé faire mollement, traînant dans le sillon de leur vie médiocre parsemée de menus larcins ce petit garçon qui était son portrait craché et qui était devenu son seul trésor en ce monde.

Mais il y avait un secret dans la vie de cet homme dont elle était devenue la femme. Elle avait pourtant toujours cru avoir fui avec lui la justice magique. Mais non. Ils fuyaient devant la Yaga. Et un jour, elle les rattrapa.

Ce jour-là, en rentrant, elle pensait trouver son mari au salon mais elle se retrouva face à la Yaga. Cette femme qui avait été la mère de son époux. De lui, elle n'entendit plus jamais parler. Il était partit au matin dans l'allée des embrumes pour y vendre sa camelote et on avait plus jamais entendu parler de lui.

Gellert avait cinq ans.

Aussi étrange qu'il y paraisse, personne ne s'était jamais rendu compte de sa disparition. Les voisins continuaient de demander des nouvelles, Gellert semblait croire qu'il vivait avec ses deux parents tout en ne construisant aucuns souvenirs avec son père.

La Yaga les avait emportés Gelert et elle, et Anastasie avait commencée à avoir peur.

La Yaga était une grande sorcière. Très puissante. Mais il n'y avait pas grand-chose de bon en elle. Elle était plus vieille que les plus vieux mages et même les moldus avaient entendu parler d'elle et la craignaient.

Une fois, Anastasie avait osé parler devant elle du père de Gellert et la Yaga avait répondu d'un ton froid qu'il avait été un vilain garçon et Anastasie avait compris qu'il était mort. Pour quel raison ? Avait-il volé un bijou à sa mère pour s'enfuir ? Peu probable, Baba Yaga était couverte de breloques, mais peu d'entre elles avaient de la valeur. Il avait plus vraisemblablement prit un objet magique ou dérobé un sortilège puissant.

Dans le fond, Anastasie savait fort peu de choses à propos de sa belle-mère.

Elle savait qu'elle était une femme qui court avec les loups et que les nuits très froides, elle parlait à la mère des os. Elle ne mangeait jamais un repas qui lui appartenait en propre et on disait que dans les campagnes profondes, elle arrachait les bébés moldus de leurs berceaux pour pouvoir les dévorer.

Après la disparition de son époux, Anastasie était retournée dans la demeure de ses parents qui étaient morts entre temps et elle y était restée depuis, malgré la ville moldue qui s'était infiltrée tout autour et qui provoquait chez Gellert une horreur croissante au fur et à mesure qu'elle avalait leur propriété.

Régulièrement, la Yaga venait les voir. Elle s'intéressait beaucoup trop à Gellert au goût de Anastasie, mais elle n'osait rien dire.

La Yaga avait quitté la pièce maintenant et Anastasie l'entendait parler avec Gellert dans la pièce d'à côté. Elle essuya mécaniquement une assiette avec un torchon et dans un état second, elle écouta son fils parler de conquêtes, de sortilèges… Et puis il parla d'un garçon, un garçon différent des autres. Un garçon qui devrait être à lui…

Gellert avait une voix chantante avec sa grand-mère, très différente de ce ton méprisant qu'il utilisait avec elle. La grand-mère répondit quelque chose à voix basse et Gellert se mit à rire.

Anastasie ouvrit la bonde de l'évier et se sécha les mains avec un torchon. Puis elle chercha quelque chose d'autre à faire dans la cuisine pour éviter de devoir se rendre au salon.


Ariana dormait encore quand Albus dut partir. Il déposa un baiser relativement tendre sur son front et jeta un œil dans la chambre trop enfantine où volaient paisiblement les origamis d'un mobile enchanté.

Il descendit les marches à pas de loup jusqu'à se trouver juste à coté de son imposante malle déjà bouclée.

Sa mère était prête également, il ne restait plus qu'à attendre l'arrivée de Bathilda Tourdesac qui s'occupait exceptionnellement de garder Ariana pendant que Kendra transplanerait avec Albus sur la voie 9 ¾.

Abelforth était déjà parti durant la matinée et Albus était plein d'appréhension à l'idée de se retrouver à nouveau avec ses amis fâchés et dans le même dortoir que Gellert. Mais d'un autre côté, l'année était bientôt terminée. Il restait uniquement une dernière ligne droite avant la troisième épreuve du tournoi et il pourrait oublier tous les déboires que lui avaient apportés Durmstrang et ses hautes tours de lave.

Plus que deux mois et il entamerait son tour du monde en compagnie de Elphias et tout irait bien.

La sonnette retentit et Kendra se dépêcha d'aller ouvrir à cette bonne petite femme qui était la seule personne que Kendra tolérait dans leur environnement et qui seule était au courant du secret d'Ariana.

Albus l'aimait bien. Elle avait été une aventurière connue dans sa jeunesse et elle passait son temps depuis à écrire d'énormes traités d'histoire de la magie. Albus aimait bien aller chez elle pour boire le thé pour grignoter des petits gâteaux et l'écouter parler de toute l'histoire d'Ulric le disgracieux et de la fondation de Poudlard.

Mais l'heure n'était point au thé et il fallait qu'ils se dépêchent s'ils ne voulaient pas rater le train. Kendra tendit le bras à son fils qui le prit avec agacement car il savait déjà parfaitement transplaner bien qu'il ne soit pas encore en droit d'utiliser la magie en dehors de l'école. Il sentit quelque chose le tirer en avant et l'aspirer d'une façon extrêmement désagréable avant de basculer définitivement dans l'air en compagnie de sa mère. Une semi-seconde plus tard, ils atterrissaient lourdement sur leur pieds sur le quai de la voie 9 ¾.

Albus jeta un regard autour de lui et repéra Abraxas Malefoy dans la foule qui avait l'air de ruminer comme à son habitude.

-Hé salut ! L'interpella Albus poliment, Tes vacances se sont bien passées ?

-Hum. Boarf, ça peut aller... Il s'est passé quelque chose entre ces deux là pendant les vacances ?

Albus jeta un œil par-dessus son épaule.

Un peu plus loin, devant la locomotive rutilante, Ernest aidait Augusta à monter sa malle et tous les deux se souriaient de toutes leurs dents.

Comme pour lui-même, Albus murmura :

-Je crois que ça ne fait aucun doute. Ils ne s'adressaient pas la parole avant les vacances et là, ils ont l'air de littéralement patauger dans le bonheur…

Abraxas se renfrogna davantage. A vrai dire, cette nouvelle ne comblait pas Albus non plus. Il avait espéré pouvoir se coller à Ernest comme il l'avait fait avant les vacances pour mieux pouvoir éviter Gellert. Il se sentit seul.

Un peu blasé, il rejoignit sa mère et lui fit une bise un peu sèche sur les deux joues avant d'agripper sa malle et de monter dans le train. En hésitant, il finit par rejoindre le wagon où se trouvaient Ernest et Augusta dont les mains liées ne laissaient plus aucuns doutes sur l'officialité de leur couple.

Augusta avait un air bizarrement orgueilleux et satisfait sur le visage tandis qu'Ernest semblait être devenu une sorte de grosse usine à ronronner.

Ils accueillirent Albus avec joie et pendant quelques instants, ils espérèrent tous les trois que leur amitié allait redevenir ce qu'elle était au début de l'année.

Le voyage se déroula dans l'allégresse, les blagues et les patacitrouilles et c'est d'excellente humeur –tout ses doutes évanouis- qu'Albus entra dans le Grand Hall de Durmstrang où les autres élèves étaient déjà en train de s'attabler.

Les assiettes débordaient de mets des plus délicieux et les pichets étaient pleins d'hypocras et de jus de citrouille.

Augusta fit la grimace en remarquant qu'Epicura Lovegood abordait fièrement le fameux collier de bouchons de la fête de la biéraubeurre.

Il s'assit avec Augusta et Ernest quand soudain ils furent rejoins par Katerina qui leur demanda avec un sourire extrêmement aimable si elle pouvait s'asseoir. Albus la fixa avec perplexité avant d'accepter.

Il y avait encore quelque chose de changé en elle. Son visage avait l'air plus doux, plus souriant. Comme si une arrête de poisson coincée dans sa gorge depuis des années avait finit par être avalée et digérée.

Le repas fût riche en rires et en plaisanteries et ils se sentirent heureux et satisfaits.

-Albus ? demanda Katerina en fin de repas. Je sais que nous avons finis notre mémoire mais on devrait continuer à s'entraîner pour la dernière épreuve du tournoi. Chercher à quoi correspondent les potions et s'exercer avec des sortilèges d'attaque. Tu devrais venir aussi Ernest.

Ernest contempla Augusta en hésitant. Ils n'avaient jamais trop aimé Katerina et voilà qu'elle se révélait plus sympa qu'elle ne l'avait jamais été. Ce fut Augusta qui compléta finalement, après avoir haussé les épaules :

-Faisons ça tous ensemble, ce sera plus sympa. Je vais vous concocter un programme d'entraînement dont vous me direz des nouvelles !

Et sur ces promesses là, ils se dirigèrent vers les trois portes de leurs maisons respectives en compagnie des autres élèves. Le regard d'Albus accrocha pendant un instant celui de Gellert mais ils se détournèrent tous les deux et continuèrent leur route.

Ils étaient dans un couloir qu'ils connaissaient bien quand la foule se mit à chuchoter. Albus leva le nez et vit qu'un grand symbole avait été gravé dans la pierre.

La cape d'invisibilité, la baguette de sureau et la pierre de résurrection. Il n'avait aucun doute sur la personne qui avait pu tracer ces symboles.

-Ca n'était pas là avant ce truc, si ? Demanda Ernest à voix basse.

Albus hocha la tête.

Il repensa à la vie de Beedle le barde qu'il avait lu pendant les vacances et aux reliques de la mort. Il se sentit enthousiasmé malgré lui et il lui fallut rassembler toute sa volonté pour se détourner.

Ça ne le concernait plus.


Je propose d'ouvrir un club de dépression pour les mamans de Gellert et Albus. Et j'écrirais une autre fic où elle deviendront lesbiennes ^^.

C'était un chapitre un peu lent au niveau de l'action de ce qui se passe entre Albus et Gellert, mais à partir du prochain chapitre, on aura droit à la troisième tâche et à beaucoup de bouleversements en perspective.

J'espère que vous avez aimé ce chapitre qui est encore une fois... En retard...

A bientôt !