Disclaimer : Rien ne m'appartient de tout cela...
Bonjour, encore un chapitre posté rapidement, je suis relativement fière de moi. Dans la foulée, je relis le début vu que ça fait maintenant plus d'un an que j'ai commencé cette fic et je le corrige pour le re-poster.
En effet, j'ai l'impression de ne pas avoir pris le temps de bien corriger mes fautes ni un certains nombre de détails incohérents comme le nom du directeur de Beaubâtons qui a du changer trois fois, les lunettes d'Augusta qui ont miraculeusement disparus à la fin du premier chapitre et une foule d'autres petits détails...
J'espère que vous apprécierez ce chapitre qui met fin à la première partie !
Chapitre 14: La fin de l'année
Garden of Love-Emily Loizeau (Katerina)
Ederlezi – Dikanda (Gellert)(1)
Mother's journey – Yann tiersen (Albus)
Une table ronde avait été installée dans le bureau du professeur Borya Drowski.
Installés dans de gros fauteuils garnis de coussins multicolores, les intervenants semblaient mal à l'aise, mais chacun avait son mot à dire.
Les trois directeurs trônaient ensemble entourés de tous les professeurs.
Le professeur Black consulta une liste et prit la parole d'une voix froide et monocorde:
-Bon, il va falloir aborder la question du loup-garou... Que va-t-on en faire?
Drowski leva les bras au ciel en signe d'impuissance:
-Et bien, que devons nous faire? Il n'y a rien à faire. Il faut qu'il soit enterré et qu'on l'oublie, voilà tout!
Le professeur Pierredecou protesta:
-Mais enfin ! Cet homme doit sans doute avoir une famille ! Et sa disparition posera des problèmes...
Le directeur Black renifla:
-Est ce que vous nous pensez stupide, madame? Cet homme est un paria, un va-nu-pieds. Il n'a ni famille, ni patrie. Nous lui avons proposé un important cachet pour participer à cette épreuve et il a signé une décharge qui attestait qu'il était au courant des risques. Nous sommes parfaitement en ordre sur le plan juridique, si l'on oublie les maladresses de Monsieur le professeur de magie noire.
Sergeï Prince ne broncha pas, il se contenta de fixer calmement le directeur de Poudlard dans les yeux.
Le professeur Drowski enchaina:
-Professeur Prince, vous avez toujours été un excellent collègue et j'ai beaucoup d'estime pour vos habilités. Cependant, vous comprenez que je ne peux pas garder à mon service un homme qui s'est permit d'user d'un sortilège impardonnable au sein même de l'école. Cela serait arrivé à Poudlard ou à Beaubâtons, on vous aurait condamné à plusieurs années de prison pour avoir effectué ce type de sortilège sur un hybride. Bien sûr ce sort a été lancé dans le but de protéger nos élèves donc on vous laissera tranquille. Cependant, il va falloir que vous nous quittiez, j'en ai peur...
Le visage de Sergeï ne bougea pas plus. Il répondit d'une voix monocorde et calme:
-Je comprends parfaitement, Monsieur. D'ailleurs, mon raisonnement avait suivit le même chemin. Ma lettre de démission est déjà sur votre bureau.
Le professeur Mirepoix eu un sourire condescendant. Ah si tous les employés pouvaient être aussi complaisant à se faire virer ou remonter les bretelles!
Sergeï n'aimait pas cet homme.
-Et bien, cela au moins semble réglé, continua le directeur Black en fronçant les sourcils. Sujet suivant. Nous pouvons passer le problème du vampire. Ces créatures sont protégées et nous allons devoir payer une importante amende en vertu de ce qu'il lui est arrivé au sein de l'épreuve. C'est totalement injuste, étant donné que tout le mal a été causé par le loup-garou, mais enfin il faut bien que quelqu'un paie pour les autres. Ensuite... Nous disions donc... L'a vie de mademoiselle Svantovit étant hors de danger -Merlin que c'est résistant à cet âge...-, nous allons pouvoir mettre en place une cérémonie pour célébrer la fin du tournoi et son vainqueur...
-Reste à déterminer s'il y a un vainqueur, marmonna le professeur Pierredecou en échangeant un regard qui en disait long avec le professeur de botanique.
Le directeur de Beaubâtons leva les yeux au ciel tout en touillant dans son thé avec sa petite cuillère:
-Évidement qu'il y a un vainqueur! Les règles sont strictes. Le premier à récupérer le trophée est champion.
-Dans ce cas, la chèvre doit avoirrr son mot à dirrre, se moqua Drowski.
-La chèvre n'a jamais été sacrée championne d'une école en particulier à ce que je sache, susurra d'un ton précieux Sylvestre Mirepoix.
-Albus a été le seul a réellement finir sa potion! Protesta Phinéas Black, mais personne ne l'écouta.
-Soyons bons joueurrrr, ajouta Drowski. Célébrrrrons la victoirrre de Beaubatons, mais nous devrrrions fairre parrrticiper la chèvre à un petit évènement. Tous le monde a besoin d'un d'humourr aprrrès tous ces évènements navrrants.
-Ça me paraît être une idée ridicule, ajouta Mirepoix en pinçant les lèvres, bien conscient que cette comédie n'aurait que pour but de ridiculiser son champion.
-Ça me paraît excellent au contraire, conclut le professeur Black avec un sourire féroce.
Sergei Prince pensa que ces gens étaient répugnants.
-Professeur Prince ? lui demanda Miranda Pierredecou. Est ce que Katerina Svantovit sera sur pieds pour la cérémonie?
-Elle le serait si nécessaire. Mais je ne pense pas qu'elle souhaite se mêler à la cérémonie. Elle n'est pas encore prête... Psychologiquement.
Le professeur Drowski s'étala davantage parmi ses coussins et se rengorgea comme une gigantesque grenouille:
-Il faudra qu'elle le soit, Prince, nous avons un tournoi à sauver. La situation est suffisamment critique comme ça.
-Je ne pense pas monsieur. Je ne crois pas que la vue d'une jeune fille de leur âge qui a été défigurée devant leurs yeux fasse sensation. De plus, je pense que ses parents pourraient vous faire un procès. Et s'ils ne le font pas, croyez-moi que je les convaincrais de le faire.
Il y eu un silence de mort uniquement brisé par le petit rire de crécelle de Sylvestre Mirepoix.
Le professeur Black foudroya l'assemblée de ces yeux noirs:
-Je croyais que les parents ne voulaient plus voir leur fille. Maintenant qu'elle est... Maintenant que...
Sergei coupa, tranchant:
-Ils ne veulent plus la voir, ce qui ne signifie pas qu'ils rêvent que d'autres puissent le faire et qu'elle soit montrée du doigt comme un animal dans un cirque !
Drowski tapa du point sur la table, les yeux étincelants:
-Assez d'effronteries comme ça, professeur! C'en est assez!
-Je ne suis plus votre employé, il me semble. Je n'ai plus d'ordres à recevoir de vous.
-Dans ce cas là, je vous demanderrrai de bien vouloirrr quitter cette table!
Dans un silence glacé, Sergei Prince se leva et quitta la table des négociations. Des murmures accompagnèrent son départ.
Le professeur Phinéas Black leva une fois de plus son nez de son papier:
-Il ne nous reste plus qu'à savoir ce que l'on va faire du jeune Gellert Grindelwald...
Tous les professeurs se regardèrent les uns les autres, mais nul n'osa prononcer le moindre mot.
-Que se passe t-il? Demanda sèchement Black.
Le professeur Drowski se repositionna doucement sur son siège et il jeta un regard appuyé à son collègue:
-On ne fait rrrien du jeune Grrindelwald, professeurrr. C'est l'école qui va décider s'il va rrrrester ou partirr. C'est tout. Nous ne décidons rrrien. S'il rrrreste, il rrrrecevra une rrretenue, voilà tout.
-Mais enfin ! Il mérite tout de même des remontrances beaucoup plus sévères que ça! Il est clairement responsable de ce qui s'est...
-Savez-vous de quelle famille vient ce garrrçon, professeurrr? Il y a des choses qui se passent dans nos contrrrées sauvages des choses que vous n'imaginez pas...
-De quelle famille vient-il?
-Même chez vous ce nom doit être crrraint. On l'appelle la Yaga. La mèrrre poule. Elle sème ses petits aux quatrrrre vents. Huit enfants et une trrrentaine de petits enfants. Gellerrrt est le plus jeune. Son petit chouchou parrait-il. Une trrrès grrande sorrrcièrre. Mais terrrrrrible! Et toute sa descendance est forrrmidablement bien placé, et ceux qui ne rrréussissent pas finissent par disparraîtrrre comme ça « pouf ». Pas de place pourrr les poussins faiblarrrds.
-Et il n'y a rien contre cette sorcière?
-Tout le monde sait que la Yaga flirrrt avec le secrret magique et avec la loi. Mais que fairrre quand les hauts magistrrrats sont dans sa poche ou dans son arrrbrre généalogique? On se tait. On digèrrrre. On prrrrofite aussi. Il n'y aurrra pas de fuites dans les journaux. Ce qui s'est passé ici resterrrrra ici.
-Les élèves parleront...
-Non. On trouverrra une excuse. Gellerrrrt n'y était pour rien. Il essayait de prrrrotéger le vrai coupable.
-Et s'il est expulsé?
-Il n'y a pas grrrrand chose en quoi la Yaga crrrroit. Mais elle est rrrrespectueuse avec la magie. Et ce qui unit cette école est une magie extrrrêmement ancienne et puissante. Un élève a rrrefusé la décision d'expulsion une fois. L'école l'a avalé. Littérrralement. Il s'est appuyé contrrre un murr et tout le monde a vu les murrs se rrrefermer autourrr de lui. Son cadavrrrre doit encore y êtrrrre. La Yaga n'a aucune envie que ça arrive à son petit dernier. Si Gellerrrt est expulsé, elle ne pourrrrra rrien dirrre.
Il y eu un nouveau silence entrecoupé de murmures.
Le professeur Mirepoix sirotait son thé comme si tout cela ne le concernait pas. Quand la tasse fût vide, il la posa sur sa coupelle et sourit d'un air mielleux:
-Y a t-il encore autre chose, professeur Black?
Albus attendait devant l'infirmerie, le dos appuyé contre le mur quand Ernest arriva.
Il remarqua tout de suite son regard fuyant et son « salut » marmonné tandis qu'il s'installait à côté de lui -mais pas trop près-.
Albus laissa filer les minutes jusqu'à ce que l'ambiance lui paraisse insupportable.
-Est ce que tu vas bien? Demanda t-il doucement.
Ernest hésita :
-… Je ne sais pas trop Albus. Je me pose pas mal de questions…
-Tu m'en veux ?
-Je ne sais pas trop non plus. Augusta t'en veux. Parce que tu m'as refilé la patate chaude alors que je t'avais dit que je ne m'en sentais pas capable. Mais ce n'est pas ce qui est important maintenant...
-Qu'est ce qui est important ?
-Tu le sais bien. C'est Katerina. C'est ce qui va lui arriver maintenant. C'est de savoir qui…
Il se tu.
-Qui quoi ?
-Qui est responsable de tout ça…
Les yeux bleus mats d'Albus se posèrent avec tristesse sur son ami :
-Ça ne te parait pas évident que tout cela est la faute de Gellert ?
Les joues d'Ernest s'empourprèrent de colère. Il souffla :
- Non. Je déteste Gellert. Vraiment. Mais ce genre de situation ne vient pas toute seule. Gellert à fait ça parce que Katerina et lui se sont disputés. J'ai adopté Katerina mais on sait tous les deux qu'elle est capable d'être… horrible.
-Mais tu ne peux pas dire que c'est la faute de Katerina enfin...
-Non, je ne le dis pas. Mais je dis aussi que quand il s'est dénoncé, il avait les yeux tout rouges et pochés. Je suis sûr qu'il pleurait. Il ne voulait pas que ça se passe comme ça. Et on sait qu'il a essayé d'en parler au professeur Prince durant l'épreuve. Prince a essayé d'en parler à Borya Drowski mais le directeur a fait la sourde oreille.
Albus contempla son ancien ami avec stupéfaction. Il répondit lentement :
-Maintenant que tu me le dis, Gellert a aussi essayé de me parler juste avant le tournoi. Il voulait me dire une chose importante mais je l'ai envoyé bouler. Il était bizarre.
Ernest ne répondit pas. Albus se tordit les mains :
-Je suppose… Je suppose que si je ne t'avais pas laissé te charger du loup-garou, il ne se serait pas intéressé à vous. C'est de ma faute aussi…
-Tu n'y es pour rien. C'est ma faute également, si j'avais riposté, il n'aurait pas pu me désarmer et ça ne se serait pas passé de cette façon...
-Je suis désolé Ernest. Tellement désolé.
-Je suis désolé aussi de ne pas avoir été à la hauteur de ce que tu attendais de moi.
-Sommes-nous toujours ami ?
Ernest fit un sourire rêveur et un peu triste :
-Je ne sais pas. Quelque chose a été brisé ce jour-là. Nous étions juste des enfants en quête de gloire et maintenant je ne sais plus.
Abus ne sut pas très bien quoi dire.
C'est à ce moment là que l'infirmier ouvrit la porte et les interpella :
-Monsieur Londubat, Mr Dumbledore, vous pouvez entrer. Elle est réveillée à présent.
Les deux garçons se jetèrent un dernier regard pétrifié avant d'oser timidement suivre l'infirmier.
Il y avait une pièce isolée au fond de l'infirmerie. Ils en poussèrent la porte lentement, angoissés à l'idée de ce qu'ils pourraient trouver.
Katerina était assise pieds nus sur le rebord de la haute fenêtre d'ogive. Elle portait une robe d'hôpital toute simple fermée derrière le dos par des pressions et ses longs cheveux étaient noués en une natte qui lui tombait sur les reins.
Elle était installée de profil et le soleil faisait ressortir la beauté de son visage.
Mais Albus savait qu'on ne guérissait pas des blessures faites par un loup-garou. Il savait que de l'autre coté… Oh de l'autre coté…
Il savait aussi qu'elle ne voulait pas qu'ils voient, qu'elle s'était assise là exprès pour qu'ils ne puissent pas trop la dévisager.
-Kat… Murmura t-il d'une voix étranglée.
Elle fit un ersatz de sourire et marmonna d'une voix étranglée :
-Hey…
Ernest ne dit rien. Il éclata en sanglot.
Puis il se précipita vers elle et la serra très fort dans ses bras, le nez dans ces cheveux.
-Pardon. Pardon… répéta t-il inlassablement.
Katerina l'enlaça lentement, gênée avant de jeter un œil à Albus qui se rapprocha également et ils se serrèrent fort, tous les trois.
Quelque chose avait été brisé. Et quelque chose d'autre avait été créé. Un lourd sentiment de peine commune. Comme s'ils avaient fait la guerre ensemble.
Albus ne pu s'empêcher de regarder le visage de Katerina et ce qu'il vit lui souleva l'estomac.
Ils finirent par se séparer et Katerina se mit à nouveau de profil d'une façon qui n'avait rien de naturel.
-J'ai quelque chose à vous demander, murmura-t-elle.
Intrigués, ils attendirent la suite.
-J'aimerai connaître son nom…
Albus fronça les sourcils :
-Je ne comprends pas…
Mais Ernest avait compris, lui :
-Il s'appelait John Buttler. Ils l'ont enterré dans le parc.
Les yeux d'Albus s'agrandirent en comprenant. Oh le loup.
-Merci Ernest, dit-elle.
-Qu'est ce qu'il va t'arriver maintenant ?
Elle laissa planer un étrange regard rêveur sur son visage :
-Je ne sais pas.
-Est-ce que…
Il n'osa pas aller à la fin de sa question. Mais ils en devinèrent tous la fin.
Est-ce que tu es un loup-garou maintenant, toi-aussi ?
Et une fois de plus, elle se contenta de sourire.
Quelqu'un toqua à la porte et ils se tournèrent vers le nouvel arrivant.
Sergeï Prince était appuyé sur sa canne, tenant de l'autre main un bouquet de fleurs qui ressemblait à un troupeau de petit mufle de chiens grouillants. Il hocha la tête doucement en voyant les deux garçons :
-Monsieur Londubat. Monsieur Dumbledore.
-Professeur.
L'homme les fixa intensément, jusqu'à ce qu'ils se sentent un peu mal à l'aise. Et jusqu'à ce qu'Ernest propose élégamment de les laisser seuls.
Une fois les deux garçons sortis, Sergeï Prince s'approcha d'une des tables et entreprit d'installer le bouquet dans un vase. Tandis qu'il arrangeait les fleurs, les petites têtes de chiens essayaient de lui mordre les doigts.
-Des Dandelion cannis, dit Katerina. Tout simplement…
-Elles te faisaient rires, quand on en offrait à ta mère.
-Je n'en avais jamais reçu. Merci…
Il se tourna calmement vers elle :
-Comment vas-tu ?
Elle haussa les épaules :
-Je suis vivante. Ça suffit comme émotion pour le moment.
D'un pas décidé, il s'approcha d'elle et comme elle se dérobait, il saisit son visage entre ses mains, fermement, et la força à le présenter en pleine lumière avant de se pencher sur elle.
Elle ne dit rien, ne montra pas d'émotions. Pas de pudeur inutile. Pas de colère pour sa brutalité. Les grands yeux noirs fixaient les iris verts et lui, il détaillait le sourire de l'ange.
La plaie béante était recouverte de croûtes, mais laissait entrevoir les dents, brillantes à l'intérieur de la bouche. Les arceaux de la gencive apparente et l'arc dentaire donnait l'impression de pouvoir deviner le reste de l'os au niveau de la mâchoire.
La blessure remontait jusqu'à sa pommette. Il la caressa avec le pouce, le regard sombre.
Peu à peu le crâne se recouvrait de chair et redevenait une bouche qu'il connaissait.
Avec sa longue natte et la robe grise, elle ressemblait terriblement à cette petite fille monochrome qu'elle avait été. Cette blessure effrayante n'aurait été qu'un hématome de plus fait par Bianca.
Elle se dégagea doucement :
-Ça suffit.
Il s'éloigna d'un pas, s'appuya contre une table puisqu'il n'avait plus sa canne. Elle dit :
-Vous avez l'air fatigué, professeur.
C'était vrai. Il avait d'immenses cernes qui rendaient son visage ingrat plus laid encore. Il croisa ses bras sur sa longue robe de sorcier noire :
-Je ne suis plus professeur. J'ai démissionné. Et je me suis fait virer aussi. Peu importe...
-...
- Au fait, tu es libérée de tes aspics. Tu as dix-huit ans et tu es adulte. Nous pouvons cesser ce petit jeu de professeur-élève. Appelle-moi par mon prénom et tutoie-moi comme avant.
-Ton départ, c'est à cause de moi ?
-Ça a précipité les choses. Je ne supporte plus cette bande d'hypocrites. Mais oublions ça. Tu ne dois pas très bien savoir où tu en es, même si tu as eu beaucoup de temps pour réfléchir.
Elle sourit doucement :
-Peux-tu me servir un verre de whisky pur feu s'il te plaît ? Il y en a dans la commode.
Il lui jeta un regard sévère qui la fit rire. On n'arrête pas du jour au lendemain d'être professeur.
-Ne sois pas si guindé. Je suis majeur, tu viens de le dire.
Sergeï soupira et servit deux verres. Il lui tendit le sien et elle se mit à le siroter à petites gorgées. Trop vite à son goût à lui. Mais elle tenait bien l'alcool et il le savait.
-Je vais partir, dit-elle.
-Où ça ?
-Je ne sais pas… Loin. Je ne sais pas ce qu'il se passera à la prochaine pleine lune. Si je me transforme, il faut que je sois assez isolée pour être sûre de ne faire de mal à personne. S'il ne se passe rien, je verrai. Pour le moment, il me faut pas mal de matériel. De quoi construire un harnais de cuir assez solide pour contenir un loup garou. Une pièce blindée par des sortilèges. Et puis un laboratoire.
-Un laboratoire ?
Elle fit à nouveau ce sourire bizarre que son profil droit faisait ressembler à un rictus et elle tapota sur son crâne avec son index :
-Pour m'empêcher de réfléchir trop. Il va falloir que je m'occupe.
Pensif, il porta le verre de Whisky pur-feu à ses lèvres, le goût qui envahit sa bouche était âcre et brûlant. Il la contourna et elle appuya sa tête contre la fenêtre.
Il posa ses doigts sur le haut de la robe, juste là où les pressions s'accordaient et murmura :
-Est-ce que tu me laisseras venir avec toi ?
Et il tira. Les pressions sautèrent doucement. Une à une, dévoilant le dos jusqu'aux reins. Comme elle ne disait rien, il passa ses doigts sur la nuque et sur les épaules. Puis embrassa les cheveux.
Elle soupira.
-Pourquoi maintenant ? Demanda-t-elle. J'ai attendu si longtemps. Maintenant que j'ai enfin la force de m'éloigner… Pourquoi maintenant ?
La voix était froide alors il recula. Il savait que cette question viendrait et que la seule solution était d'être sincère, quelle que soit la cruauté de la réponse :
-Parce qu'il ne te reste plus que moi.
-…
-Ce que je t'ai dis l'autre jour dans le bureau était vrai. Je n'aimais pas la personne que tu étais devenu. Mais je te retrouve. De plus en plus. Je t'ai vue avec tes nouveaux amis. C'était bien. Mais même avant ça, ce n'étais pas tout…
-…
-J'ai toujours été lié par toi. J'adorais l'enfant que tu étais et j'étais attiré sensuellement par l'adolescente lascive dont tu as joué le rôle. Mais j'étais trop adulte et toi trop fausse. Nous avons cinq ans de différence. Je devenais un homme et toi tu étais une enfant-femme dangereuse.
-Tu aimais Bianca.
-Oui. Et cela m'a rendu malheureux. Et elle était exactement comme toi. Capricieuse et frivole dans ses relations.
-Je n'aurais pas été comme ça avec toi. J'aurais été plus mûre.
-Oui, mais ça ne suffit pas. Tu aurais grandit et changé. Tu aurais été belle et riche et intelligente. Et moi j'aurais toujours été un jeune homme laid, déshérité bien que de bonne famille et l'assassin d'un de ses collègues. Tu ne méritais pas ça et tu aurais fini par regretter. Tu aurais du avoir mieux.
Il entreprit de refermer les pressions, lentement, et continua :
-Maintenant tout est fini. Tes parents t'ont abandonnée quand ils ont su ce que tu étais. Tu n'es plus riche, ni puissante. Ton visage sera marqué à jamais de la déchéance qui est la tienne et tes anciens amis te craindront. Qui te reste t-il à part moi ?
Katerina posa sa main sur le verre de la vitre, bu une nouvelle gorgée d'alcool :
-Je ne veux pas que tu ais pitié de moi.
Il répondit froidement :
-Ce n'est pas ça. Je pensais qu'un autre aurait pu rendre heureuse la personne que tu étais mieux que moi. Mais je ne pense pas que quiconque d'autre que moi puisse m'occuper de toi maintenant. Et si tu pense que je ne t'aime pas alors tu es stupide.
Elle se tourna vers lui et il mit quelques secondes à se faire à nouveau au visage détruit:
-Quelqu'un d'autre m'a déjà proposé de m'accompagner.
Il garda un visage impassible:
-Tu as accepté?
-Je n'ai pas encore répondu.
-Qui-est-ce?
-Quelqu'un qui souhaite obtenir quelque chose de moi.
Le professeur Prince fronça les sourcils:
-C'est à dire?
-Un lien particulier avec toi. Et mon silence.
-De plus en plus intriguant.
-Je ne peux pas accepter que tu viennes.
-...
-Pas dans l'état des choses en tout cas. J'accepterai si tu réalises l'un de mes caprices.
Le regard de Prince s'assombrit:
-Qu'est ce que tu veux?
-C'est ta baguette. Elle nous met en danger tous les deux. Reprend l'ancienne et je me chargerai de la faire disparaître.
-...
-Je sais que tu l'aimes beaucoup. Mais ne trouves-tu pas bizarre que tu sois plus à l'aise avec une baguette dont tu as hérité qu'avec celle qui t'a choisit? Ça n'est pas une coïncidence. Cette baguette est spéciale et je ne suis plus la seule à le savoir désormais. Si tu la gardes avec toi et que tu m'accompagnes, je ne crois pas qu'un loup-garou soit ton problème principal.
-Et si je ne viens pas avec toi?
-Tu es grand. Tu feras ce que tu veux. Il faut choisir cependant. La baguette ou moi... Il y a suffisamment de danger dans ma vie sans que je m'embarrasse de ce nouveau problème.
Il hésita. La baguette était dans sa poche. Il la sortit et la contempla. Elle était tiède, agréable et une légère décharge électrique lui traversa la main. Il ressentit avec force le lien qui était présent entre eux. Il hésita et la posa sur la commode à coté de lui avec une répugnance manifeste.
-Qu'est ce qu'elle est exactement? Demanda t-il.
Katerina attrapa la baguette et l'examina sous toutes les coutures en fronçant le nez:
-Je pense que c'est la plus puissante baguette du monde...
Une lettre de Gellert à Katerina :
Chère Kat,
Peut-être que j'ai tord d'oser t'écrire après ce qui s'est passé lors du tournoi.
Je suis tellement désolé. Tellement, tellement désolé que je ne crois pas pouvoir jamais effacer ma dette.
Je te promets que je ne voulais pas ça. Que je voulais juste que tu rates ton épreuve et que tu sois furieuse contre moi au point de me casser la gueule mais jamais je n'aurais voulu te faire du mal comme cela.
Je sais également que tes parents t'ont coupé les vivres et je ne peux rien faire d'autre en compensation que de t'offrir mon toit. Ma maison sera la tienne si tu le désires et cela aussi longtemps que je vivrais.
Je n'ai malheureusement rien d'autre à t'offrir que la promesse de choses matérielles futiles ainsi que toute l'aide que je pourrais t'apporter dans la recherche d'un remède contre la lycanthropie.
Je pense fort à toi.
Gellert
Les semaines qui suivirent furent longue et pénibles.
Albus avait l'impression d'avoir laissé sa carapace se craqueler et qu'on en avait profité pour le poignarder par cette faille-là. Qu'avait-il fait d'autre que de jouer un peu le jeu lors de ce tournoi ? Était-ce un crime que de vouloir gagner ? Augusta semblait penser que oui.
Et Ernest était trop lâche ou trop empressé de ne pas contrarier sa moitié pour faire un pas vers lui. Ou peut-être était-il déçu tout simplement...
Il passait parfois voir Katerina qui étudiait seule à l'infirmerie quand elle n'allait pas faire un tour au jardin. Mais dans l'ensemble, elle se montrait songeuse, lointaine et mutique.
Un enclos royal avait été dressé dans le parc et la chèvre y coulait des jours plus qu'heureux. Une chèvre chanceuse en somme.
Cet enclos rendait Albus malade.
Les autres septièmes années étaient absorbés par leurs aspics et Albus regrettait presque de ne pas les passer. Étudier l'aidait à ne pas s'ennuyer alors il faisait réviser Abraxas Malefoy, une des rares personnes qui le réconfortait un peu.
Ce qui était terrible pour Abraxas, c'est que pour lui, les ennuis commenceraient à la sortie de l'école. Albus, lui, pensait qu'une fois l'école finit les problèmes seraient finit.
La réponse de Katerina à Gellert:
Gellert,
Je ne te déteste pas mais je veux que tu sortes de ma vie.
Je tiens également à te prévenir que la baguette de sureau n'est plus en possession de Sergeï. Il l'a vendu aux enchères du sorcier discret il y a trois jours. Comme tu le sais, Merlin seul peut savoir qui la possède à présent. Crois moi, cela est bien mieux pour nous tous.
Je te souhaite de trouver ce qui te rendra heureux.
Katerina
Nauséeux, Albus avait l'impression de s'être retrouvé par erreur au milieu d'un festin orgiaque.
Si le festin de bienvenue avait été somptueux, la fête de fin d'année avait des allures Pantagruéliques. Le buffet débordait de gratins, de viandes en sauces, de patates bouillies et de fruits secs. Les tables pliaient sous le poids de sangliers rôtis entiers avec des pommes dans la bouche.
Tout autour de lui, les élèves criaient, piaillaient, dévoraient, se prenaient dans les bras en se jurant de s'écrire de longues lettres et se juraient de se revoir pendant les vacances. Était venue l'heure des adieux. C'était la fin de l'année à Durmstrand et la remise du trophée des trois sorciers.
Albus avait juste la sensation de se retrouver dans l'œil du cyclone.
Il se sentait horriblement seul. A coté de lui, Abraxas Malefoy mâchonnait des raisins secs d'un air morose tandis que de l'autre, Sita Zabini embrassait son copain serpentard comme si elle voulait le gober. A leur table se trouvait également Méliou, en pleine discussion avec Epicura Lovegood.
Albus n'avait même pas essayé d'entamer la conversation. Il avait jeté un œil morose à la table où Ernest et Augusta étaient assis, avant de remarquer qu'Abraxas aussi les fixaient.
Katerina n'était pas là. Pas plus que Gellert ou le professeur Prince.
Il avait été prévu tout d'abord que les champions mangent tous ensemble sur l'estrade, mais dans la situation actuelle et en l'absence de Katerina, on avait préféré les laisser se fondre dans la masse.
Les bagages étaient déjà faits et installés dans les wagons du Poudlard express. Il avait dit adieu au dortoir de bois renard et fait ses bagages avec Ernest dans un silence gêné. Quand il avait passé les portes avec sa valise à la main, il avait eu l'impression que l'homme au masque de renard le regardait de derrières les longues lianes qui se refermaient.
Il était aussi passé dans le bureau de Prince et avait longuement caressé Fumeseck.
Puis il était sortit dans le couloir et il l'avait vu à nouveau.
L'homme au masque de renard l'attendait. Quand se détourna, Albus le suivit. Et il savait parfaitement où est-ce qu'il l'emmenait. Parce qu'il y aspirait.
Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes. Les couloirs étaient sombres et interminables et se rétrécissaient de plus en plus. Enfin, Albus vit une petite tâche de couleur se détacher au loin.
Il cligna des yeux et l'homme-renard avait disparût.
« Il est dans ma tête pensa le jeune homme. Il m'a emmené ici parce que je ne pouvais pas partir sans le revoir… »
Le griffondor se rapprocha doucement de la porte -porte qui était la dernière chose au fond du dernier des couloirs-. C'était une vieille porte en bois avec une fenêtre de vitraux en croisillon.
Voilà. C'était la porte du trou.
Albus se glissa derrière le verre coloré et regarda à l'intérieur de la pièce.
Le trou ressemblait à un luxueux wagon de train.
De petits lits étaient bordés les un à côté des autres dans une lumière tamisée qui éclairait les murs de velours vert. Sur chaque table de nuit était posé un sablier. Le seul sablier dont le sable coulait était posé entre les mains de Gellert Grindelwald.
Albus l'observa avec un étrange mélange de tristesse et de pitié.
Le jeune homme était assis sur son lit, les coudes posés sur les genoux et il fixait le sablier d'argent dont le sable était presque écoulé maintenant.
Il avait maigri. Ses pommettes étaient plus apparentes et ses yeux étaient rougis et cernés.
Le griffondor posa sa main sur la vitre et cela fit un léger tintement. Gellert leva la tête et le regarda.
Ils restèrent comme ça pendant quelques secondes avant que Gellert ne se lève lentement et ne se rapproche de la porte. Il s'immobilisa juste derrière la vitre et Albus essaya d'apprendre ses traits par cœur.
Gellert leva le sablier à la hauteur de leurs yeux et ensemble, ils regardèrent les derniers grains de sables tomber à l'étage du dessous. Le sablier était finit.
Un sourire léger vint fleurir sur les lèvres de Gellert.
Il poussa un soupir qui était presque de soulagement tandis qu'il appuyait son profil contre le vitrail.
Albus murmura :
« Bye-bye »
Il se pencha en avant, hésita, puis embrassa le verre, juste là où était la bouche de Gellert.
Le blond ferma les yeux. Quand il les rouvrit, le roux avait disparût.
Albus grignota du bout des dents un morceau de pain, tout en se demandant s'ils allaient annoncer officiellement l'exclusion de Gellert.
Sur l'estrade, les professeurs entamèrent un discours qu'il n'écouta pas. Il entendit vaguement leurs rires quand ils plaisantaient sur la retraite dorée qu'ils avaient offerte à la chèvre pour avoir été le « champion surprise » du tournoi de cette année là.
Puis, dans le même rêve éveillé, il vit des gens traîner un Ernest plus que mal à l'aise sur l'estrade afin qu'il reçoive son trophée. Mais visiblement, il n'en voulait pas et ce fût finalement le professeur Mirepoix qui en hérita, ce qui avait l'air de le ravir.
Il y eu soudainement un silence parmi les élèves. Katerina était descendue. Elle ne portait pas d'uniforme. Juste une longue robe de sorcier en dessous d'une longue redingote noir. Le professeur Prince était avec elle.
Elle balaya la foule de ses yeux noirs en essayant d'ignorer les murmures qui naissaient quand les élèves se mettaient à commenter ses cicatrices. Puis elle repéra Ernest et Augusta et se dirigea vers leur table pour s'y asseoir.
Albus se sentit plus seul que jamais.
-Quoi ? Marmonna t-il à Abraxas qui essayait de lui dire quelque chose depuis au moins cinq bonnes minutes.
Le serpentard s'agaça :
-Je disais qu'il y aura une fête officielle pour mes fiançailles cet été. Je me demandais si tu viendrais… Ça ne m'enthousiasme pas plus que ça mais j'aimerai au moins voir des personnes que j'estime.
Albus lui répondit :
-Je ne peux rien te promettre. En quittant Durmstrang, je vais rejoindre directement Elphias Dodge sur le chemin de Traverse. On a prévu depuis longtemps de faire un tour du monde ensemble à la fin de nos études. J'essayerai de le convaincre de faire un saut en transplanant.
Abraxas fit la grimace :
-Non, oublie. Je n'ai jamais trop aimé ce Dodge.
Albus mit fin à la conversation avant de se tourner une derrière fois vers la table où se trouvaient Ernest, Augusta et Katerina. Il ne vit pas Prince.
Il avait chaud. Et froid. Il se leva pour aller prendre l'air avant le départ. Il n'en pouvait plus de rester ici.
Il ne voulait plus jamais revenir dans ce château.
Albus passa les portes qui menaient au parc. Il faisait toujours froid, malgré le soleil vif qui venait éclairer les premières pousses du printemps qui pointaient leur nez à travers la terre gelée.
Il n'avait pas fait trois pas qu'il entendit un pas irrégulier juste derrière lui. Sergeï Prince l'avait suivit. Une grande cage à la main, sa canne de l'autre.
-Monsieur Dumbledore, dit-il.
Albus hocha la tête pour le saluer. Il remarqua que le phénix était installé dans la cage, la tête sous l'aile. Il fixa le professeur avec perplexité.
Celui-ci hésita :
-J'ai pensé… Que peut-être vous voudriez le prendre…
Albus le considéra avec surprise :
-Pourquoi ? C'est un animal extrêmement rare et précieux...
-Je ne suis plus professeur ici. Et personne d'autre ne s'en occupera. Vous aviez l'air attaché à lui et je pense qu'avec vous il sera entre de bonnes mains. Il vaut mieux qu'il ne reste pas avec moi s'il ne veut pas se faire croquer par un loup-garou affamé.
-Je ne suis pas sûre que Kat goutte ce type d'humour…
-Elle s'y fera.
-Si je garde l'oiseau, je n'aurais pas de soucis avec l'administration ?
- Laissez-moi l'administration. Ils ont suffisamment brisé les règles pour qu'on les fasse chanter mille fois, croyez-moi.
Sergeï lui tendit la cage et Albus la réceptionna précautionneusement.
-Merci, je me souviendrais de ce présent.
-Je vous en prie...
-Je pense que je vais aller jusqu'à la gare à présent. J'ai envie d'être seul.
-Vous devriez encore attendre un peu. C'est pour vous dire au revoir qu'elle est descendue.
Albus avait deviné qu'il parlait de Katerina. Elle apparût sur le seuil quelque secondes plus tard. Elle les rejoignit et claqua sa langue de désapprobation quand Sergeï remis soigneusement son écharpe en place.
-Je ne suis pas en verre.
Sergeï sourit doucement :
-Je vais prendre un peu d'avance. Rejoins-moi quand tu seras prête.
Il s'éloigna et les deux jeunes gens restèrent seuls. Albus remarqua que Katerina faisait toujours attention de se trouver du coté où il ne pourrait pas bien distinguer ses cicatrices. Elle frissonna :
-On marche un peu ? Proposa-t-elle avant de lui prendre le bras.
Albus se souvint du premier jour. Déjà, ils avaient marché ensemble côte à côte et il s'était émerveillé de leurs hautes silhouettes si assortis.
Aujourd'hui, il y avait quelque chose de très doux entre eux. Quelque chose de paisible. Ils marchèrent pendant une vingtaine de minutes sur la pelouse sans parler. Jusqu'à la mer.
Ce fut lui qui brisa le silence :
-Est-ce que nous nous écrirons ?
Elle sourit et baissa la tête :
-Je ne crois pas. Tu vas faire le tour du monde tandis que je vais m'enfermer dans une ferme perdue au fin fond de la Scandinavie. Je n'aurais rien à raconter et je serais très jalouse.
-…
-Mais j'espère que tu vas continuer à faire des recherches. Je lirais tes futurs articles !
-Je suivrais les tiens avec intérêt…
Ils se serrèrent la main. Elle lui fit un grand, vrai sourire, malgré la déformation de sa joue :
-Sincèrement Albus… Merci pour tout.
Il répondit à voix basse, bizarrement ému :
-Merci. Prends soin de toi s'il te plaît…
-Toi aussi.
Et puis ce fût tout. Leurs mains se séparèrent. Ils hésitèrent à prononcer un « au-revoir » officiel. Alors Katerina se retourna et elle s'en fût en direction de la silhouette de Prince qui les avait suivis à distance.
Elle le rejoignit et il regarda Sergei se pencher sur elle et l'embrasser. Quelques secondes plus tard ils avaient disparus dans le claquement familier d'un transplanage.
Le nœud qui se logeait au fond du ventre d'Albus se défit un peu et il se sentit légèrement plus heureux.
Albus vécu le retour à bord du Poudlard express comme cette phase étrange entre la fin du rêve et le réveil. Ce n'était que la continuité du banquet après tout.
Il était seul dans son wagon. Le train glissait en silence au fond de l'eau noire.
Dans quelques heures, il serait à Poudlard et Elphias l'attendrait.
Il pourrait faire semblant que tout cela n'avait été qu'une bulle qui éclate et qu'on oublie.
Oublier le visage défiguré pour toujours de Katerina Svantovit. Oublier les Adieux maladroits avec Ernest et puis oublier Augusta qui l'ignorait.
Oublier Gellert surtout.
Oublier qu'il avait haït et désiré.
Au fond de la mer, rien n'existe.
Quelques jours plus tard...
Le chemin de Traverse était ensoleillé et des plantes médicinales pour faire des potions poussaient aux fenêtres et sur les balcons.
Albus et Elphias étaient installés nonchalamment à la terrasse du glacier et dégustaient avec délice le nouveau parfum de glace : au chocolat chaud. En la dégustant, on avait à la fois l'impression d'avoir la chair de poule et de se brûler la langue.
-Astucieux, certes ! Dit Albus. Mais pas une victoire sur le plan gastronomique.
Mais il se sentait heureux de pouvoir faire ce genre de choses. Ils passaient leur temps avec Elphias à s'acheter du matériel pour leur tour du monde. Le premier de leur achat avait été ce merveilleux sac sans fond dans lequel ils pouvaient entasser tout leur bazar sans se préoccuper ni de la place ni du poids.
Ils accumulaient avec délice de nombreux guides de voyage sur un grand nombre de pays ainsi que plusieurs capes de voyage possédant de multiples sortilèges intégrés. Des friandises en tout genre finissaient également dans leurs poches avant même de pouvoir voir le fond de la malle.
Elphias passa sa langue sur sa deuxième boule de glace. Le parfum menthe crépitante lui donna des sensation de fourmis jusque dans les orteils. Le jeune homme était très satisfait d'avoir retrouvé la compagnie de son illustre ami. Il s'était sentit seul pendant cette année lui-aussi.
Cependant, il y avait quelque chose de différent chez Albus. Avant cette année, il lui avait toujours semblé si parfait. Il était toujours aimable, toujours de bonne humeur et toujours disposé à l'écouter.
Mais maintenant, il avait l'air distant. C'était la troisième fois aujourd'hui qu'il essayait de lui raconter une histoire drôle et qu'au moment de la chute, Albus secouait la tête distraitement en disant : « Je suis vraiment désolé Elphias, je n'écoutais pas... ».
Puis il avait ce regard sombre en dessous de ses sourcils froncés quand il se croyait seul.
Et il y avait autre chose. Elphias se souvenait avec un certain malaise de ce moment où il lui avait proposé de passer par le chaudron baveur pour se rendre dans le Londres moldu où ils pourraient trouver d'excellentes chaussures de marches.
Albus s'était rebiffé et un air méprisant que Elphias ne lui connaissait pas s'était peint sur son visage :
« Il n'est pas question que je me mêle à ces gens ! » avait-il dit.
Il s'était déjà dit que Albus n'était pas à l'aise avec les moldus. Il le connaissait bien. Mais cela s'était deviné par des silences et des regards fuyants. Depuis quand Albus était-il capable d'assumer à voix haute des opinions radicales qui pourraient affecter le regard que l'on portait sur lui ?
Et il refusait de parler de Durmstrang. Tout ce qui y était lié était pour lui un tabou. Elphias savait ce que tout le monde savait : Ernest Londubat avait gagné la coupe des trois sorciers et la championne de Durmstrang avait été blessée et s'en était sortit.
Et tout Poudlard savait également qu'Augusta était la copine du gagnant. Ruffhocker était trop bavard.
-Il commence à faire frais, dit Albus. On devrait rentrer et faire une petite sieste avant de descendre manger une soupe au chaudron baveur.
Elphias sourit et acquiesça. Albus jeta sur le comptoir la dizaine de noises que coûtaient les glaces et ils retournèrent à la chambre d'hôtel qu'ils louaient ensemble pour pas cher.
Ils s'endormirent rapidement, chacun sur leur lit séparé, épuisés d'avoir passé leur temps dans des futilités agréables qui leur faisaient du bien.
Elphias fût réveillé une heure plus tard par le bruit d'un bec qui tapait. Il entrouvrit un œil pour apercevoir un hiboux au plumage noir qui grattait à la fenêtre. Fumeseck lui lança un regard perçant depuis son perchoir.
Le garçon voulu se lever mais la voix calme de Dumbledore le persuada de rester tranquille :
-Ça va. Je connais ce hiboux. Rendors-toi...
Il ne se le fit pas dire deux fois.
Il se réveilla une petite demi-heure plus tard, gêné par des bruits inhabituels. La pièce était plongée dans la pénombre.
-Albus ? Appela-t-il, incertain.
Il distingua bientôt la silhouette de son ami, assis sur son lit, la tête entre les main. Il était secoué de tremblements.
Quelque chose n'allait pas.
-Albus, tout va bien ?
Il s'approcha et voulu lui poser la main sur l'épaule mais Albus le rejeta violemment :
-Laisse moi tranquille !
Elphias ouvrit de grands yeux. Il n'avait jamais entendu Albus élever la voix. Le gryffondor se leva et Elphias vit que sur ses joues avaient séchées des larmes.
-Pourquoi ?! S'écria le roux. Je pensais que tout était finit. Que tout irait bien maintenant !
-De quoi parles-tu Albus ? Marmonna Elphias d'une voix faible.
Le plus grand sembla se calmer doucement et son ami remarqua qu'une lettre était tombée sur le sol. Des larmes avaient fait couler l'encre mais elle restait lisible. Hésitant il la ramassa. Albus le laissa faire.
-C'est terminé Elphias, dit-il. Je ne pars plus. C'est fini. Abelforth, Ariana et moi, nous sommes seuls maintenant.
-Mais qui est Ariana, Albus ? Que se passe t-il bon sang !?
-Elle est partie, dit simplement Albus, d'une voix rauque. Partie...
Le 8 mai 1899,
Godric's Hollow
Mon très cher Albus,
C'est avec tout le chagrin et la compassion du monde que je t'écris pour te dire que ta chère mère nous a quitté il y a deux jours.
Je l'ai trouvée inanimée chez vous hier alors qu'il était déjà trop tard. Je n'ai rien pu faire pour elle. Ariana avait l'air en état de choc. Je pense que la malheureuse enfant n'est pas sans lien avec ce terrible accident mais elle est innocente de tout mauvais sentiment.
Elle a besoin de toi expressément Albus. Je l'accueille chez moi pour le moment, en attendant de l'aide de ta part, mais elle est perdue et réclame Kendra à corps et à cris et je crains qu'un nouveau malheur ne s'abatte sur votre famille.
Je n'ai pas encore mis Abelforth au courant de la triste nouvelle. Je suppose que tu seras plus qualifié que moi pour lui annoncer.
Je n'ai pas pu faire autrement que de prévenir le maire de la ville afin que des obsèques soient organisés.
Mettre Ariana à l'abri de toute cette agitation était la priorité.
Donne moi des nouvelles le plus vite possible.
Je t'attends,
Avec toutes mes condoléances,
Bathilda
1: Ederlezi est une chanson qui parle d'un jeune garçon qui est le seule à ne pas avoir le droit d'aller à une fête.
Voilà pour ce chapitre. Je vous retrouve bientôt pour le prochain qui sera baptisé « Godric's hollow » et marquera le début de trois chapitres qui composeront la deuxième partie.
Dites moi ce que vous en avez pensé, s'il vous plaît !
