Disclaimer: Ils ne sont pas à moi. Ca vous étonne ?

Et voilà, encore un nouveau chapitre. J'espère bien finir le deuxième arc avant Noël, ce qui nous fera environ un chapitre par semaine.

En passant, je me replonge sérieusement dans les Harry Potter et je me fouette douloureusement en voyant que j'ai manqué de vigilance pour pleins de petits détails. Contrairement à ma fic death note où tout était soigneusement léché et où mon intrigue était dessiné sur une frise chronologique tracée à la règle. Je m'aperçois de plus en plus que cette fic manque sur certains points de cohérence et cela me hérisse le poil (celui qui pousse sur mon menton quand je ne fais pas trop gaffe).

Par exemple, Albus et Gellert sont trop vieux d'un an. Normalement Gellert à 16 ans quand ils se croisent. Là mes personnages ont 17 et 18.

Je sais que vous vous en fichez mais moi j'ai l'impression de trahir le canon et ça me rend dingue !

Bonne lecture !


Chapitre 15 : Godric's hollow

Golden apples – Faun


Le vieil homme était assis devant son bureau.

C'était une pièce sombre et mal éclairée qui sentait fort le bois ainsi que l'odeur de cette colle magique à base de caoutchouc baveur. Sur le sol se trouvait une quantité non négligeable de petits copeaux de sciure.

Le vieil homme avait coiffé un casque excentrique surmonté de différentes lunettes télescopiques et à ressorts. Il observait avec attention un long objet de bois qu'il manipulait avec précaution.

A la seconde où il avait vu cette baguette, il avait voulu la posséder. C'était son arrière grand père qui lui avait raconté la légende des reliques de la mort alors qu'il n'était qu'un enfant. Et dans le monde des fabriquants de baguette, on savait que celle-là existait. On retrouvait régulièrement son ombre teintée de sang dans l'histoire du monde. La baguette de mort. La baguette de Sambucus.

Cependant, Walkia Gregorovitch était perplexe. Il avait eu une longue discussion avec Sergeï Prince au sujet de sa baguette et il lui en avait offert un bon prix. Cependant, l'ancien professeur de magie noir avait protesté avec véhémence. Alors comment se faisait-il qu'il ait pu obtenir cette baguette à bas prix sur des enchères sorcières ?

Il renifla la baguette. La huma avant d'en gouter la saveur. Il frissonna. Cette baguette avait un goût métallique de sang.

Le simple fait de la tenir entre les mains lui procurait une sensation étrange. Comme si la baguette essayait de lui dire quelque chose. Elle était bizarrement froide et distante. Il ne ressentait pas la même complicité qu'avec sa propre baguette.

Mais c'était bien la baguette de sureau, il en était certain.

Il essaya de jeter un sortilège simple et sa lampe à huile explosa dans un grand bruit d'éclats de verre.

Il n'eu que le temps de se protéger le visage afin de ne pas être blessé. Tremblant, il posa la baguette sur le meuble et enleva son casque étrange. Heureusement, il n'avait rien.

Il entendit un léger bruit derrière lui et se retourna.

Dans l'encadrement de la porte, son plus grand fils, Mykew, l'observait avec perplexité.

-Qu'est ce que tu fais ? Demanda-t-il.

-Rien, un simple accident… Marmonna le vieil homme en essayant de dissimuler la baguette de sureau sous son bras.

Mais il savait que Mykew l'avait vu. Il connaissait l'existence de la baguette et à quoi elle ressemblait. Il était là lors de l'examen des baguettes, au tournoi des trois sorciers et il avait vu quand Prince l'avait sortit.

Mykew fronça les sourcils et commença à ramasser les morceaux de verre.

-Ne t'occupe pas de ça. Je le ferai.

Le jeune homme leva son regard perçant vers son père et ses yeux dévièrent pendant quelques secondes sur le bout de bois qui dépassait sous le coude du vieil homme.

Celui-ci observa le visage de son fils et lui trouva un air avide.


Nous voici aujourd'hui au bord du vide
Puisque nous cherchons partout le visage
que nous avons perdu.
Il était notre avenir et nous avons perdu notre avenir.
Il était des nôtres et nous avons perdu
cette part de nous-mêmes.
Il nous questionnait et nous avons perdu sa question.
Nous voici seuls, nos lèvres serrées sur nos pourquoi.
Nous sommes venus ici chercher,
chercher quelque chose ou quelqu'un.
Chercher cet amour plus fort que la mort.

(Paul Eluard)

La Chrysanthème est une fleur qui fleurit tard dans l'année.

Alors on couvrait les tombes fraichement creusées de roses pâles et de clochettes de muguet.

Ce printemps magnifique qui se posait sur la mort semblait moqueur.

Albus inspira.

Leur mère était enfouit sous la terre et les crocus perçaient les pelouses du bout de leur pétales. Les oiseaux oiselaient. Les amoureux amouraient. Les fleurs fleurissaient.

Il n'y avait presque personne. Le cimetière était vide.

Les gens profitaient du soleil, de la vie!

Ils jouaient au Quidditch, prenaient un pot à l'alchimiste jovial et mangeaient des glaces en flânant.

Albus se sentit étreint de pitié.

Ils étaient quatre avec la morte. Lui, Abelforth, Igor le fossoyeur et un employé du ministère qui leur avait débité un discours si vide de sens qu'Albus avait envie de vomir. Bathilda Tourdesac est restée chez eux pour prendre soin d'Ariana. Albus avait refusé que Dodge vienne. Il aurait fallut l'acceuillir à la maison. Ca aurait été une difficultée supplémentaire pour Ariana.

Quatre personnes. Maigre salaire pour toute une vie de douleur.

Que dois-je faire? Pensait Albus.

Il jeta un œil à Abelforth.

Son frère était raide dans son costume solennel et son visage rouge était bouffi de colère et de larmes. Il avait fait un effort pour essayer de dompter sa tignasse rousse mais le résultat était discutable.

Ils s'étaient disputés dès qu'ils s'étaient retrouvés à Godric's hollow. Tout ça parce que non, Albus ne voyait pas comment Ariana aurait pu faire pour assister aux funérailles de leur mère.

Abelforth soutenait qu'il fallait qu'elle vienne, même si les gens la voyaient. Parce que Kendra était leur mère et qu'Ariana devait lui dire au revoir.

Albus était complètement contre. Ariana avait douze ans. Elle était perturbée mais pas idiote. Elle allait comprendre très vite qu'elle était responsable de la mort de leur mère. Et quel meilleur endroit pour faire une crise et tous les mettre en danger que l'enterrement de celle qu'elle avait tué sans le vouloir ?

Ariana est dangereuse. Il faut continuer ce que faisait maman. On ne peut pas la laisser sortir. C'est pour son bien.

Il jeta un nouveau regard à son frère qui sanglotait doucement. Il posa une main protectrice sur son épaule et lui tendit un mouchoir.

-Viens. Rentrons à la maison.

Abelforth se dégagea de l'étreinte sans violence et se dirigea vers la sortie du cimetière sans un mot.

Sa détresse était si lourde, si palpable qu'Albus se sentit coupable de ne pas pouvoir l'apaiser, pas plus qu'il ne pouvait la partager.

Le fossoyeur leva sa baguette et la lourde plaque de marbre s'éleva pour se poser doucement sur la terre fraichement retournée.

Albus ne pleurait pas. Il n'y arrivait pas. Il avait essorés les quelques larmes qu'il avait en lui sur la lettre de Bathilda, quand il avait appris la nouvelle. Et depuis, il se sentait comme une coquille vide, une branche sèche, trop maigre pour faire sortir de la peine.

Il rangea dans sa poche le mouchoir qu'Abelforth n'avait pas dénié prendre et il remercia l'agent du ministère et le fossoyeur sans les regarder dans les yeux.

La vérité, c'est que quand il avait apprit la mort de sa mère, Albus n'avait pas ressentit de peine. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas sa mère. C'est plutôt qu'il ne ressentait rien de particulier pour elle. Elle avait toujours été pudique, raide, et toujours obligée de gérer les deux autres. Albus, lui, voulait être libre de faire ce qu'il voulait et d'accomplir tout les caprices qu'exigeait son esprit génial.

Il était adoré et adulé de sa mère mais de loin. Tout allait bien tant qu'elle ne devenait pas trop envahissante. Ils avaient pourtant été complices il y a longtemps. Elle lui avait appris à mentir avec un regard franc. A manipuler sans se sentir coupable.

Mais leur lien était tari depuis longtemps.

Il avait été désespéré de voir sa liberté fuir, pas de perdre sa mère. Voilà la vérité.

Et il en avait honte.

Le retour dans leur demeure familiale fut difficile. Quand il arriva devant la bâtisse blanche et biscornue, avec son toit d'ardoise, il poussa le portail et réalisa avec effroi qu'il était à présent prisonnier de cet endroit.

Alors qu'il traversait le jardin, deux chats émergèrent des hautes herbes et se roulèrent contre ses jambes en ronronnant. Il les caressa distraitement.

Le terrain était dans un état déplorable. Leur mère n'avait jamais eu le temps de s'en occuper. Il n'y avait que d' immenses haies noires et hérissées de ronces qui faisaient le tour de la maison. Une barrière impénétrable entre Ariana et le monde. Elles étaient ensorcelées mais Albus ne connaissait pas comment. Nul ne pouvait voir à travers, peu importe comment. Il faudrait faire des recherches là-dessus. Les chèvres d'Abelforth mâchonnaient le peu de verdure qui arrivait à pousser tandis que trois poules à trois pattes, maigres comme des coucous, essayaient de trouver leur nourriture là où elles pouvaient –Le garçon se mordit les doigts en réalisant qu'il les avait oubliées-. Puis, Albus pensa à faire un potager afin de cultiver des plantes magiques dont il aurait besoin pour ses potions. Il remarqua aussi que la boîte aux lettres était en train de déborder.

Il entra dans le hall de la maison et se débarrassa de sa cape légère.

La maison était bizarrement silencieuse mais il planait dans l'air une douce odeur sucrée provenant de la cuisine. Abelforth était enfoncé dans un gros fauteuil et caressait Gobelure d'un air sombre.

-Tu sais où sont les clés de la boîte aux lettres? Demanda Albus à son cadet.

Abelforth fit un sourire méprisant:

-Oui, dans la boite à clefs qui est dans le bureau de maman.

Il aurait dû le savoir s'il s'était un tant soit peu occupé de sa famille. C'est ce que voulait dire le sourire de son frère.

-Ok. Merci.

Il n'avait pas d'énergie à perdre pour faire face à la crise d'adolescence d'Abelforth.

Albus ressortit dans le jardin et revint les bras chargés de notes magiques, de prospectus publicitaire pour des balais de courses brossdur et pour du détergent magique qui efface même les fautes d'orthographes.

Il en jeta les trois quarts à la poubelle. Il n'y avait que deux ou trois courriers qui retinrent son attention. Mais il s'en occuperait plus tard et les déposa sur le bureau de leur mère.

Puis Albus revint au salon. Abelforth n'avait pas bougé d'un iota.

-Tu sais où est Ariana?

-Dans sa chambre.

Il devait aller lui parler. Jouer son rôle de chef de famille.

-Il faut que je lui parle.

Abelforth l'observa avec une certaine méfiance avant d'ajouter à voix basse:

-Je viens avec toi...

Quand ils entrèrent dans la chambre, Ariana était assise sur son lit et elle lisait. Trois chats extrêmement gros dormaient roulés en boule sur les couvertures. Quand ses frères entrèrent, Ariana leva vers eux ses immenses yeux bleus et les regarda avec sérieux :

-Bathilda est partie? Demanda-t-elle.

-Oui, répondit Abelforth. Elle est rentrée chez elle quand je suis arrivé.

-Elle avait dit qu'elle ferait des madeleines.

-Elles sont dans la cuisine. Bathilda les a sortis du four juste avant de partir.

-Je peux en avoir une?

-Bien sûr.

Abelforth se dévoua pour chercher les madeleines tandis qu'Albus hochait la tête. Quand son jeune frère fut partit, il entra dans la chambre lentement. Les origamis magiques vinrent voleter un instant autour de sa tête avant d'aller planer plus loin.

Ariana regarda son grand frère avec toute la gravité que lui conféraient ses douze ans:

-Elle ne reviendra pas, n'est ce pas?

Albus savait qu'elle parlait de Kendra :

-Non.

-Elle est morte?

-Oui.

-C'est à cause de moi?

-...

-Je ne me souviens pas du tout de ce que j'ai fait ce jour là, tu sais. J'ai un grand trou, jusqu'à ce que Bathilda vienne me chercher pour m'emmener chez elle.

-Ce n'est pas ta faute.

Albus se sentait glacé. La petite fille parla d'une voix posée, sans tremblements:

-Je l'ai tuée.

-Ce n'est pas toi. C'est eux. Les moldus qui t'ont fait du mal. C'étaient de mauvaises personnes. C'est la faute des moldus si maman est partie.

-...

- As-tu entendu chanter l'oiseau Ariana? Le beau phénix que j'ai ramené?

-Oui. Il chante très bien. C'est très joli et je me sens apaisée.

-Alors ce n'est pas de ta faute. Fumeseck ne chante bien que pour les bonnes personnes. Sinon son chant fait peur. Tant que le chant de Fumeseck sera beau, alors ce ne sera pas de ta faute, d'accord?

-D'accord.

Il s'apprêtait à sortir de la chambre quand Arinana l'appela:

-Est ce que tu peux me lire quelque chose?

Albus hésita. Il fallait qu'il s'occupe du repas et de trier le courrier. Mais la situation était spéciale. Mais il avait d'autant moins de temps que la situation était spéciale.

-Tu sais très bien lire toute seule.

-Oui, mais j'aime bien écouter quelqu'un qui lit. Je trouve ça apaisant.

Albus soupira. Il allait céder quand Abelforth réapparut :

-Je vais le faire Ariana. Albus est trop occupé pour ce genre de choses.

Le plus grand regarda son frère cadet s'installer à côté de leur sœur en lui prenant leur vieil exemplaire des contes de « Beedle le barde » des mains. Il en ressentit du soulagement et un vague sentiment de culpabilité. Cependant un détail le taraudait : Abraxas savait-il lire ?

-Tu ne voudrais pas plutôt que je te raconte « Grincheuse, la chèvre pouilleuse » ?

Albus sourit. Une histoire qu'Abraxas connaissait par cœur. Le mystère restait entier.

Il les laissa seuls et descendit les marches pour se rendre dans le bureau de leur mère.

Il tria machinalement les factures qu'il empila soigneusement. Il n'en avait jamais payé de sa vie. Désœuvré, il resta assis pendant quelques instants avant de commencer à ouvrir les tiroirs du secrétaire. Il y a avait là la baguette magique de Kendra. Bois d'orme et ventricule de dragon. De la poudre pour les joues et des lunettes cassées. Il trouva également la clé du coffre de Gringotts et une bouteille de parfum qui n'avait jamais servi. Et une vieille bible qu'elle gardait depuis son enfance. Et plusieurs livres moldus, cachés jalousement.

Dans un vieux classeur qui s'auto-rangeait se trouvaient tous les documents importants qui les concernaient son frère, sa sœur et lui. Il sourit distraitement en contemplant l'acte de naissance d'Ariana. Il était totalement responsable d'elle à présent.

Dans le dernier tiroir se trouvaient de nombreux rouleaux de parchemin dont le sceau brisé était toujours le même. Albus remarqua avec curiosité qu'il y en avait un neuf arrivé par la poste quelques jours auparavant. Le jeune homme prit le rouleau et contempla doucement la cire marqué du sceau des geôliers d'Azkaban. Son cœur se mit à battre plus fort. Il savait que les gardiens lisaient les missives de leurs prisonniers et qu'ils les frappaient de leur sceau. Et il savait ce que cela signifiait.

Précautionneusement, Il brisa la cire, déplia le parchemin et commença à lire :

Azkaban, 13 juin 1899,

Ma douce Kendra,

Merci pour le livre que tu m'as envoyé. Je n'ai toujours pas beaucoup de loisirs et les sorties dans la cour sont si rare que je ne sais pas ce que je ferais si mon quotidien n'était pas éclairé par tes missives et par tes lectures.

La prochaine fois, j'aimerai un livre drôle. Il me semble n'avoir pas ri depuis au moins mille ans.

Je n'ai malheureusement pas grand-chose à te raconter que tu n'ais entendu mille fois. Je t'en prie parle-moi encore de toi et des enfants. Comment va la santé d'Ariana ? Est-ce qu'Abelforth tente toujours d'apprendre le sort qui transforme les rutabagas en tarte à la citrouille ? Il a toujours tant détesté ça et ce sort devrait être à sa portée maintenant.

Je crois deviner que le tournoi des trois sorciers est terminé maintenant. Dis-moi comment Albus s'en est sorti. Je devine que notre fils s'en sera remarquablement tiré. On le croirait taillé pour ce genre d'aventures mais je ne peux m'empêcher de m'inquiéter un peu.

Mon temps d'écriture est écoulé à présent.

Je t'embrasse fort et pense à vous quatre,

Tendrement,

Perceval

Albus reposa la lettre sur la table. Son père était vivant. Sa mère avait été en contact avec lui toutes ses années et elle ne leur en avait jamais rien dit. Mais peut-être étais-ce sa faute ? Parce qu'il avait honte d'avoir un père en prison ? Il lu une par une toutes les autres missives. Sa mère avait gardé les brouillons de ses propres lettres et de cette façon il pût suivre les différents échanges qui se déroulaient entre ses parents.

Elles ne disaient jamais rien d'important et se ressemblaient. Mais il chercha entre les lignes des petits détails de l'existence de l'homme qui était son père.

Après avoir hésité, il prit un rouleau de parchemin vierge sur une étagère ainsi qu'une plume bien affûtée. Il trempa la plume dans un vieux plumier plein d'encre et entama une nouvelle lettre :

Godric's Hollow,

2 juillet 1899

Cher papa,

Je suis désolé de t'écrire pour la première fois depuis bien longtemps pour te rapporter une bien triste nouvelle.

Maman nous a quittés il y a quelques jours et c'est maintenant moi qui prend soin d'Ariana et d'Abraxas. Tu le sais peut-être, mais je suis diplômé depuis un mois et je peux à présent rester à la maison tant qu'il le faudra.

J'espère que de ton côté, la vie est le moins pénible possible.

Affectueusement,

Albus

Le jeune homme relu sa missive et grimaça. Puis il la roula en boule et la jeta dans la poubelle. Il ne pouvait pas décemment annoncer la mort de sa mère de cette façon. Son père avait déjà subit tant de peines, il ne voulait pas que cette nouvelle l'achève. En hésitant, il prit une nouvelle feuille de parchemin ainsi que l'un des brouillons de lettre de sa mère. Avec soin, il écrivit la date en s'appliquant soigneusement à recopier l'écriture de sa génitrice.

Godric's Hollow

2 juillet 1899

Mon doux ami,

Je n'ai malheureusement rien de lu de bien drôle durant ces dernières années mais je vais m'empresser de chercher quelque chose qui vous apportera des moments de rires et d'apaisement…

Albus leva les yeux et mâchonna sa plume, à la recherche de la suite.


Deux semaines plus tard...

Albus explosa de rire.

Il posa sur le lit l'exemplaire de « Dédain la girgouflette et le sorcier qui ne savait pas se gratter » pour pouvoir essuyer les larmes qui lui coulaient sur les joues.

Il roula sur le ventre et reprit sa lecture en ricanant.

Au bout d'un moment, le visage interrogateur d'Abelforth se pointa au niveau de la porte:

-Qu'est ce que tu fais?

-Je lis ce livre dont Bathilda parlait. Elle a raison c'est très drôle.

Je vais l'envoyer à papa… Songea Albus.

-Il est bientôt midi. Arianan a faim. Tu veux que j'aille préparer quelque chose ?

Albus ferma le livre et regarda son plus jeune frère:

-Non, c'est bon. Je suis allé au marché hier et j'ai bien envie de cuisiner.

-Ariana veut manger de la tourte.

Albus sourit à son frère:

-Je dois avoir un sort qui pourra nous aider pour une tourte... Et toi, Abe, de quoi as-tu envie pour ce midi?

Abelforth le regarda avec des yeux ronds. Ce n'était pas tout les jours qu'Albus était attentif à son bien être. Mais le plus grand ajouta, avec un regard très doux :

-Il n'y a plus que nous trois dans cette famille, Abe. Il faut qu'on prenne soins les uns des autres…

Abelforth rougit et cela lui donna l'air un peu stupide. Il avait tellement grandi qu'il faisait presque la taille d'Albus maintenant. Il marmonna:

-Ce serait bien d'avoir de la salade avec la tourte.

-C'est une bonne idée. Je m'en occupe.

Abelforth ajouta du bout des lèvres:

-Tu veux de l'aide?

-Si tu as envie.

Et malgré son air ronchon, Albus savait qu'Abelforth était content.

Ils se rendirent à la cuisine et se mirent à découper la viande.

D'une certaine façon, la vie était très douce, mais Albus n'était pas dupe.

Il devait apprendre à gérer une famille et c'était quelque chose de nouveau pour lui, donc potentiellement quelque chose d'intéressant.

Il lui fallait apprendre à cuisiner, à faire le ménage, à gérer les papiers et potentiellement trouver un boulot qui lui permettrai de continuer à veiller sur Ariana depuis la maison -même si ce dernier point n'était pas le plus important, étant donné que Kendra avait laissé à leur disposition une somme assez rondelette qui sommeillait chez Gringott's-.

Pour le moment il essayait d'apprivoiser son frère, de se rapprocher de lui.

Il restait trois ans de scolarité à Abelforth avant qu'il ne quitte Poudlard et ne soit autonome. Abelforth avait clairement dit à Albus qu'il voulait mettre fin à sa scolarité afin de pouvoir s'occuper d'Ariana. Albus était contre. Même si Abelforth n'avait jamais témoigné d'aucun intérêt pour les études, il tenait à ce que son petit frère termine Poudlard.

D'ailleurs vu son niveau en matière de lecture, il ne savait pas très bien comment celui-ci faisait pour rédiger ses évaluations et ainsi passer dans les classes supérieures.

Albus vit Abelforth contempler le livre de recette avec perplexité. Bon, finalement, sait-il lire ou non ? Afin de le libérer de sa gêne, Albus lui donna comme tâche d'éplucher la salade et les pommes de terre manuellement pour commencer. A la manière moldue, bien sûr, puisqu'Abelforth n'était pas encore majeur.

D'ailleurs, l'aide d'Abelforth ne faisait que retarder Albus qui en aurait bien plus vite fini à coup de sortilèges. Mais le fait de cuisiner ensemble était une façon de créer un lien entre eux. Les deux frères qui ne pouvaient se parler sans se disputer trouvaient alors un terrain d'entente dans le partage de choses simples et essentielles.

Ils se sentirent soulagés de leur souffrance, l'espace d'un court moment.

Quand Abelforth eu terminé, Albus lui demanda d'emmener les reste aux poules tandis que lui-même recouvrait la tourte de pâte d'un coup de baguette magique avant de l'enfourner dans la vieille gazinière à charbon qui se mit à ronronner doucement quand le jeune homme la mit en marche à l'aide d'un feu magique.

Abelforth revint un quart d'heure plus tard après s'être attardé plus que nécessaire auprès des chèvres. Il trouva son frère dans le salon, lisant en compagnie d'Ariana qui tricotait paisiblement.

Il déposa une lettre sur la table du salon :

-J'en ai profité pour aller à la boîte aux lettres. C'est pour toi Al. Les hiboux ont l'air d'avoir comprit qu'on ne répondait pas. Ils déposent le courrier sans même venir toquer à la vitre avant.

Albus leva le nez de son livre et récupéra l'enveloppe sur lequel son nom était écrit en lettres d'or d'une façon très ampoulée et il en sortit le faire-part qui l'invitait très officiellement à la réception de fiançailles du jeune Abraxas Malefoy avec Angelique Black.

-Ah oui, la réception des Malefoy. Je lui avais dit que je ne pourrais pas venir à cause de mon tour du monde mais finalement je serais là. Cependant les conditions ne sont pas optimales.

-Tu devrais y aller, dit Abelforth. Ca te permettra de revoir des amis.

-Mais je vais déjà vous laisser seul demain… Bathilda veut me faire rencontrer son neveu qui va venir vivre avec elle pendant quelques temps.

Abelforth haussa les épaules et rougit un peu avant de marmonner:

-Ce n'est pas grave. Je peux m'occuper d'Ariana. Tu ne devrais pas en faire trop.

Ariana leva les yeux de son tricot et rajouta en souriant :

-Bathilda dit que ce sera la fête la plus incroyable de l'année. Les Malefoy vont mettre les petits plats dans les grands.

-Et toi, ça ne te gêne pas de ne pas pouvoir aller à des fêtes comme celles-là ?

Ariana secoua la tête en souriant nerveusement :

-Non, j'aurais trop peur de paniquer et de ne pas pouvoir me contrôler. Je préfère rester ici. Mais il faut absolument que tu y ailles que tu prennes des photos ! Comme ça tu pourras tout me raconter !

-Amuse-toi un peu Albus, finit Abelforth. Sinon tu ne tiendras pas…

Albus contempla son frère et sa sœur avec un mélange de tristesse et de fierté. En apparence tout avait l'air d'aller pour le mieux. Mais il savait qu'Abelforth pleurait jusqu'à s'endormir d'épuisement quand il était seul dans sa chambre. Et Ariana ne dormait pas du tout. Elle gardait les yeux ouverts et regardait les origamis planer lentement dans l'air, les bras enroulés autour de deux ou trois matous.

Albus non plus ne dormait pas. La nuit, il restait à son bureau, à faire différents essais à l'aide du flacon de sang de dragon que lui avait laissé son ancien… son ancien quoi ?

Alors il pensait à lui. A Gellert. Et à ses ambitions brisées.

Albus écarta le sommeil de ses pensées et se força à sourire avec gaieté :

-Et bien dans ce cas-là, je crois que je n'ai pas d'autres choix que d'accepter !


Le lendemain, comme prévu, Albus se prépara pour se rendre chez Bathilda Tourdesac.

Alors qu'il sortait de la maison, il croisa Abelforth qui se cachait derrière une des haies, une pleine poignée de crottes de chèvre à la main.

-Qu'est ce que tu fabriques ? Demanda Albus en fronçant les sourcils.

-C'est cet âne bâté d'Enid Smeek. Il n'arrête pas d'essayer d'espionner par-dessus notre clôture.

-Qu'il essaye, les sortilèges de maman l'en empêcheront. Tu devrais rentrer maintenant. Reste avec Ariana pendant tout le temps où je serais chez Bathilda.

Abelforth laissa retomba les crottes sur le sol et rentra d'un air grognon mais sans rechigner.

Albus traversa le village en passant par les ruelles. Le plus possible, il évitait les autres sorciers. Les gens semblaient méfiants avec lui et se demandaient pourquoi on ne le voyait jamais ensemble avec son frère.

Parce qu'il fallait toujours que l'un d'eux se charge d'Ariana, pensa-t-il avec amertume.

De toute façon, il aimait cette partie de la ville. Il aimait se glisser derrière la petite église en pierre et longer les petites maisons de pierres brutes recouvertes de mousse et de plantes grimpantes, avec leurs escaliers de fer forgé et leurs lanternes éternellement allumées –ce qui attirait des essaims de fées des bois qui se collaient aux parois de verre pour faire des grimaces-.

Il traversa un jardin rempli de broussailles et de trous à gnomes et toqua à une petite lucarne. Aussitôt, Bathilda vint lui ouvrir. C'était une petite sorcière aux cheveux blonds coupés à la garçonne. Une trentenaire pas très jolie mais avec un regard pétillant. Et une sacrée dose de curiosité, ce qui lui avait permis d'ouvrir une à une toutes les défenses de Kendra et également de faire d'elle la plus redoutable historienne de la magie de son temps.

Elle l'embrassa chaleureusement sur les deux joues :

-Entre Albus. J'ai préparé un bon thé et les gâteaux secs que tu préfères. Mon neveu est déjà là ! Il est impatient de te rencontrer, il n'y a pas beaucoup de jeunes gens dans ce village. Tu verras il est très intelligent et je lui ai vanté tes nombreux talents.

Albus répondit avec humour :

-Oh, j'ai fait deux trois choses exceptionnelles, mais pas de quoi fouetter un hypogriffe.

Elle lui fit les gros yeux :

-Lauréat du prix Barnabus Finkley ?

-Je l'ai reçu en rentrant. Et je ne l'ai pas eu tout seul. C'était un travail commun avec Katerina Svantovit.

-Tu as été représentant de la jeunesse britanique auprès du Magenmagot.

-Ca date de plus d'un an Bathy. J'ai laissé tomber pour faire des recherches plus personnelles après.

-Et la conférence d'Alchinie au Caire ?

-Ca aussi. C'est du passé.

-Enfin, ça n'a pas d'importance, Albus. Tu es un sorcier brillant. J'y pense seulement, mais tu connais peut-être mon neveu…

Albus franchit la porte du salon et se glaça tandis que Bathilda finissait :

-Après tout, tu as passé une année à Durmstrang l'année dernière…

Gellert était assis dans le salon, une tasse de thé à la main. Albus resta figé comme un piquet.

-Je t'en prie assieds-toi. Albus je te présente mon neveu Gellert Grindelwald.

Gellert se contenta d'un simple hochement de tête en guise de salut.

Comme le griffondor ne bougeait pas, Bathilda insista :

-Assieds-toi Albus ! Prends une tasse !

Le jeune homme s'installa avec appréhension et observa son vis-à-vis. Gellert avait encore maigri et ses pommettes étaient plus que saillante. Il avait laissé tomber ses gilets extravagants et portait une robe de sorcier noire et sobre. Son regard mélancolique était rêveur et absent.

-Gellert, est ce que tu reconnais Albus ?

Un sourire pâle éclaira le visage du blond tandis qu'il dévisageait Albus:

-Evidement tante Bathilda. Albus était champion de Poudlard. Mais je ne pense pas qu'il se souvienne de moi, je n'étais qu'un élève parmi d'autres.

Le regard d'Albus se fit sombre :

-Je me souviens de toi, répliqua-t-il du tac-au-tac, durement. L'affaire Svantovit pendant la dernière épreuve.

Bathilda eu un regard gêné et se leva avec empressement :

-Oh oui, j'ai entendu parler de cette affaire. Mais Gellert n'y est pour rien, il y a un excellent article dans la gazette à ce sujet. Je vais aller te le chercher !

En quelques secondes, elle était dans le couloir et Albus et Gellert se retrouvèrent seuls. Gellert eu un rictus désolé :

-Pour une historienne, elle devrait savoir qu'il ne faut pas faire confiance à la gazette du sorcier.

Albus lui envoya un regard impénétrable :

-Qu'est ce que tu fais ici ?

-Je suis venu vérifier quelque chose de lié aux reliques de la mort. Il y a des tombes qui m'intéressent au cimetière de Godric's Hollow. Je ne vais rester qu'un mois ou deux, ensuite je m'en irais. Et je voulais aussi te voir. Te parler au moins une dernière fois.

-…

-Est-ce que tu me détestes à propos de ce qui s'est passé avec Katerina ?

Albus pinça les lèvres :

- Non. C'est de notre faute à tous. Ernest m'a aidé à la comprendre. Et tu as payé de ton exclusion. En revanche, le fait que tu ais été blanchit me parait intolérable.

-Je n'y suis pour rien. C'est un choix de l'administration. J'ai une grand-mère très influente et puissante. Ils se feraient dessus plutôt que de la contrarier.

-…

-Je n'y suis vraiment pour rien.

-… Soit. C'est tout ce que tu voulais savoir ?

-Non, je me demandais… Si on pouvait se fréquenter pendant mon séjour.

Albus voulu lui répondre sèchement qu'il n'en était pas question mais avant qu'il n'ait pu articuler le moindre son, Gellert continua :

-En d'autres mots, je voulais savoir si l'ultimatum que tu m'as donné était encore une possibilité.

Albus resta bouche bée.

-Je…

-Et voilàààààà le magasine !

Bathilda rentra dans la pièce et fit voler un exemplaire de la gazette sur les genoux d'Albus. Celui-ci mit quelque secondes à se ressaisir et ouvrit le magasine à la page de l'article. C'était un pavé indigeste qui racontait comment le jeune Grindelwald avait endossé bravement le rôle de coupable dans l'affaire Svantovit alors qu'il protégeait un de ses camarades de classe. Véritable coupable qui paierait grassement pour sa faute. Rien ne précisait que Gellert avait été expulsé.

Ecœuré, Albus reposa la gazette.

Son regard croisa celui, intense du blond. Qu'avait-il voulu dire à l'instant?

Albus lui avait dit clairement qu'il ne voulait plus le voir à moins que le type de relation qu'ils entretenaient change. Est-ce que cela voulait dire que Gellert envisageait d'avoir une relation de type amoureuse avec lui?

Il écouta vaguement Bathilda exposer les projets de sa prochaine expédition dans le nord de l'écosse, à la recherche d'information sur Eymeric le teigneux. Gellert répondait de manière habituelle. Il était drôle, insolent, joueur. Mais malgré tout, une pointe de tristesse transparaissait derrière son visage.

Devait-il lui faire confiance ? Il était évident que Gellert avait changé depuis l'accident de Katerina. Physiquement et moralement. Le regret était écrit sur son visage.

Il bu son thé en silence, ruminant des tonnes de questions, jusqu'à ce que Bathilda sorte pour aller au cabinet.

A nouveau, les deux garçons se retrouvèrent seuls. Ne perdant pas une seconde, Gellert murmura :

-As-tu réfléchis à une réponse ?

Albus fit rouler ses yeux :

-Je ne sais pas. Non. Oui. C'est trop brutal. Pourquoi maintenant ? Tu m'as dit clairement que tu ne t'intéressais pas aux garçons.

-C'est toujours vrai, mais tu es un garçon spécial Albus.

-… ?

-Tu es intelligent. Très beau. Ta maitrise de la magie est parfaite. Tu me tiens tête et tu m'entraînes vers le droit chemin et j'ai besoin de ça. J'ai essayé de m'imaginer avec toi. J'ai imaginé que tu m'embrasses encore comme tu l'avais fait dans la forêt. C'était beau et érotique et excitant ! J'y ai pensé si fort et si souvent ! Quand tu as embrassé la vitre du trou pour me dire au revoir, alors pendant quelques secondes, j'ai tellement voulu que ce soit vrai.

-…

-Je n'ai plus personne, Albus. J'ai désespérément envie et besoin de toi.

Il le regardait droit dans les yeux et Albus se sentait si troublé que ses mains tremblaient sur les accoudoirs. Gellert murmura de sa voix rauque et triste :

-Est-ce que tu veux essayer ?

Le griffondor fût incapable de répondre. Les yeux suppliants de Gellert ne lui arrachèrent pas un mot. Il le croyait. Il croyait sincèrement tout ce que lui avait dit Gellert. Vraiment ? Mais il savait aussi que le jeune homme était changeant et dangereux. Mais peut-être mentait-il en fin de compte ?

-Albus ?

Perturbé, le rouquin resta pétrifié jusqu'à ce que Bathilda revienne des cabinets. Dès qu'elle ouvrit la porte, il bondit sur ses pieds comme un ressort :

-Bathi, je suis vraiment navré, j'ai complètement oublié qu'il fallait que je commence à faire mijoter la viande pour ce soir ! Je repasserai une prochaine fois pour mieux faire connaissance !

-Comment ? Albus, mais tu n'es là que depuis une heure !

-Ca m'était complètement sortit de l'esprit, il va falloir que j'y aille sur le champ. J'ai été absolument ravi de rencontrer ton… heuh… neveu. Gellert, c'est ça ?

Gellert lui renvoya un regard peiné et Albus se sentit en colère. Bathilda avait l'air dépitée :

-Oh et bien c'est dommage, mais si je ne peux pas te retenir… Il faudra revenir nous voir, Gellert va s'ennuyer sans compagnie.

Albus ne répondit pas. Et il était sûr que Gellert l'avait remarqué. Il fit une bise rapide à Bathilda sur le pas de la porte et s'enfuit sans demander son reste. Il marcha à allure rapide dans les ruelles sombres, le cœur battant à cent à l'heure. Jusqu'à ce qu'il entende un bruit de course derrière lui.

Gellert. Il en était sûr.

Il accéléra.

-Albus, attends !

Il se retourna. Personne. Puis il se remit à marcher au pas de course dans la ruelle sombre éclairée de lampions. Et soudain Gellert était devant lui, baguette en main, lui bloquant la route.

-Il a transplané, pensa Albus.

-Albus je t'en prie…

La voix de Gellert était très douce. Il rangea sa baguette dans sa poche et leva les mains. Et puis il se rapprocha tout doucement, pas à pas. Albus le regarda faire, les muscles tendus, les yeux suivant chaque mouvement du blond. Au moment où il le trouva trop près, sa main jaillit pour récupérer sa baguette qui se trouvait dans sa poche. Lui aussi pouvait transplaner s'il le voulait.

Mais Gellert bondit et ils se retrouvèrent collés à un mur, entre deux porches, sous une arcade de fer forgé qui pliait sous les glycines et le lierre. Ils étaient très proches maintenant. Leurs torses se frôlaient. Albus tenait sa baguette dans la main que Gellert tenait appuyée contre le mur de pierre.

Albus sentait la force qui se dégageait de lui. Il était un peu plus petit que lui mais plus large d'épaule et mieux bâti malgré ses kilos perdus.

Les yeux de Gellert le fixaient. Immenses, dilatés, hypnotisant. Il sentit sa volonté s'affaisser tandis que sa prise sur sa baguette se faisait plus molle. La lueur des lanternes faisaient danser la lumière sur leurs visages. Une fée imprudente enflamma ses ailes par erreur et pendant le temps d'une flambée cruelle, leurs narines furent envahies d'une odeur de chair brûlée. Albus se raidit. A nouveau ses doigts agrippèrent sa baguette et il essaya de se concentrer en vu d'un transplanage.

-Ne le fais pas… Murmura le blond. Je t'en supplie reste avec moi…

Le regard à nouveau. Ces pupilles couleur de rouille.

Alors Gellert l'embrassa. Il se dressa sur ses orteils et ses mains lâchèrent celles d'Albus et vinrent agripper les cheveux roux au niveau de la nuque.

Le cœur se mit en branle, comme un gigantesque mécanisme de métal. Bombom. Bombom. Oh par Merlin, la bouche de Gellert était contre la sienne. Il sentit ses lèvres gonfler, ses doigts trembler, ses veines se dilater.

Bobom Bobom a dit le cœur.

La baguette tomba sur le sol.

Le griffondor attrapa le blond par le visage et répondit au baiser. Ils se mordirent. Gellert grogna et plaqua davantage le jeune homme contre le mur. Albus sentit son cœur perdre le contrôle. Gellert lui tira les cheveux pour le maintenir contre lui et Albus lui enfonça ses ongles dans les joues, savourant le goût de sa langue sur la sienne.

Ils se séparèrent en haletant, encore relié par un fil de salive avant de s'embrasser encore.

Le corps de Gellert était pressé tout contre celui du roux. Albus frissonna en sentant le sexe de Gellert se gonfler contre le sien. Il entendit leurs deux cœurs. Bobom Bobom. Gellert aussi tremblait.

Albus l'agrippa par les hanches et leurs aines se cognèrent.

Gellert gémit.

C'est pour de vrai, Pensa Albus.


Albus s'allongea sur son lit et un sourire hésitant s'étala sur son visage. Des papillons batifolaient dans son estomac et il était incapable de réfléchir à quoi que ce soit d'autre qu'à la bouche de Gellert contre la sienne.

Il avait passé le reste de l'après-midi dans un état second, faisant brûler la viande du repas puis exploser une expérience dans sa chambre. Après le repas, il avait même perdu trois fois de suite à la bataille explosive contre ses frères et sœurs.

Soupçonneux, Abelforth lui avait dit d'aller se reposer et il était monté sans discuter. Soulagé de pouvoir être seul.

Soudain un bruit de miaulement aigu et insupportable se mit en marche. Albus se redressa. L'alarme ! Quelqu'un était entré dans le jardin ! Il sauta sur ses pieds et rejoignit Abelforth dans le couloir. Son cadet était aux abois.

Albus tenta de le rassurer :

-Ne t'inquiète pas, je crois savoir qui c'est. Retourne avec Ariana. Enfermez-vous. Je m'en occupe.

Abelforth eu juste le temps de faire ce que son frère lui avait dit qu'Albus entendit des bruits de cailloux contre une fenêtre. C'était celle de sa chambre. Il ouvrit les battants et regarda dehors.

Gellert lui faisait signe d'en bas. Il faisait sombre mais ses cheveux blonds se détachaient nettement dans sur le jardin noir.

-Hey ! Je peux monter ?

Albus hésita avant de céder :

-Tu veux que je te jette une corde ?

-Mais non, idiot.

Gellert monta le mur sans aucunes difficultés et s'engouffra par la fenêtre. Il embrassa rapidement Albus sur les lèvres et luis sourit :

-Un petit sort de pattes de grenouilles et le tour est joué !

-Tu ne devrais pas venir ici sans me prévenir. Il y a une alarme et tu as fait peur à mon frère.

-Je suis désolé. Il fallait absolument que je te parle…

Albus ne pu s'empêcher de sourire. Le ton empressé de Gellert et ses yeux brillants étaient communicatifs :

-Qu'est ce qu'il y a ?

-Je peux fumer ?

Albus regarda autour de lui :

-A la fenêtre… … Je ne savais pas que tu fumais.

Gellert s'assis contre le rebord et alluma une cigarette d'un coup de baguette. De longs filaments d'argent sortirent du mégot rougeoyant.

-Je ne fume pas souvent. Je tiens à ma santé. J'aime juste faire ce petit tour de temps en temps. Regarde.

Le jeune homme souffla un long jet de fumée qui se transforma doucement en une horde de daims bondissant dans l'air. Gellert les fixa intensivement. Albus vit ses pupilles se contracter tandis que les daims devenaient poissons, puis oiseaux…

Le cœur d'Albus se serra doucement. Gellert aimait la magie spontanée, lui aussi.

-Je peux ?

Gellert lui tendit la cigarette et Albus inspira longuement avant de recracher ce qui devint lentement un arbre s'épanouissant en un millier de branches qui se couvrirent lentement de feuilles.

Gellert rit et répondit à cela par une mer de fumée qui s'écrasa en rouleaux furieux contre la nuit.

Puis ils prirent chacun de la fumée en bouche et la firent sortir sous la forme de deux renards qui vagabondèrent ensemble dans les airs avant de s'évaporer.

Albus n'avait pas l'habitude de fumer. Toussant et riant, il rendit ce qui restait de la cigarette à son ami qui le regarda intensément. Gellert finit ce qui restait et souffla un long filet de fumée dans la direction de son compagnon. Pendant un instant, le gaz matérialisa son visage et ses mains et le Gellert de fumée embrassa Albus avant de se fondre dans l'éther.

Les entrailles du griffondor dansaient la gigue et il rougit. Cela fit sourire doucement Gellert.

Et puis soudain il le regarda d'un air extrêmement sérieux et il prit la main d'Albus dans la sienne :

-Albus, je suis tellement désolé pour ta maman. Je ne savais pas tout à l'heure.

Albus ne trouva rien à dire et Gellert appuya son front contre le sien. Ils restèrent ainsi pendant plusieurs minutes avant de se séparer mais leurs mains restèrent enlacées.

-Cela me donne encore plus envie de me mettre à la recherche des reliques, ajouta Gellert à voix basse, le regard sombre.

-Qu'est ce que tu veux dire ?

-Tu ne devines pas ?

Albus contempla longuement les yeux de terre de Gellert. La baguette de sureau, la cape d'invisibilité, la pierre de résurrection. La pierre de résurrection. Par Merlin !

Avec la pierre de résurrection, sa mère pourrait revenir des morts et prendre soin d'Ariana. Et lui, Albus serait libre !

-Ne me dis pas que tu n'y avais pas pensé ?

-Beaucoup de choses ont été très soudaines. Je n'ai pas eu le temps de penser à grand-chose jusqu'ici. Ma mère a laissé beaucoup d'affaires en suspend et il faut que je gère tout ça. C'est assez difficile et il faut aussi que je m'occupe de mon petit frère.

-C'est pour ça que tu as renoncé à ton tour du monde ?

-Oui. Dans la situation actuelle, c'est impossible. Je ne sais pas du tout quand je serais libre de m'en aller d'ici. Les choses sont très compliquées.

-N'hésite pas à demander si tu as besoin de quelque chose.

-Merci, mais ça ira pour le moment. Et toi? Tu m'as dit que ta venue à Godric's hollow était lié aux reliques.

-Oui. Comme tu le sais déjà, ma tante est une historienne connue et cela fait un petit moment que je communique avec elle, même si je ne l'avais jamais rencontré en vrai jusqu'ici–C'est la grande sœur de ma mère en fait-. Je lui ai demandé si en fouillant dans le temps elle ne retrouvait pas une fratrie de trois frères célèbres qui aurait donné naissance à une génération sans histoire tandis qu'une autre finissait dans un bain de sang. Une fratrie antérieure à Beedle le barde évidement. Elle a fait quelques recherches et il y a une famille qui semble correspondre. Et ils sembleraient qu'ils aient vécu dans ce village. Je suis venu faire des recherches sur eux. Ca te plairait de me donner un coup de main ?

Albus hésita. Il devrait s'occuper de son frère et de sa sœur mais après tout. Il trouverait bien un peu de temps pour ce genre de recherche.

-Mais oui! Répondit-il, enthousiaste.

-Il y a autre chose qu'il faut que je te dise. J'ai retrouvé la baguette de sureau.

-QUOI ?

Gellert se mordit les lèvres :

-Mais je l'ai à nouveau perdue… C'est le professeur Prince qui l'avait. Cependant, quand Katerina s'en est rendue-compte, elle lui a fait vendre la baguette aux enchères sorciers. J'avais déjà parlé avec elle des reliques donc elle connait parfaitement la réputation sinistre de la baguette. Elle a préféré s'en débarrasser le plus vite possible afin que Prince ne soit pas en danger.

Albus ne sut pas très bien quoi répondre.

Les sourcils de Gellert se froncèrent :

-Tu as des nouvelles d'elle ?

-Non. Elle préfère qu'on ne s'écrive pas.

Gellert hocha la tête pensivement :

-Ca ne m'étonne pas. C'est mieux comme ça je suppose. Dans tous les cas, elle n'a aucun moyen de savoir plus que nous où se trouve la baguette de sureau à présent. Mais on peut rechercher du côté des collectionneurs ou bien des familles de sorcier les plus pauvres. Aucune personne avec un peu de sous n'achèterai une baguette d'occasion qui ne l'a pas choisit. Et puis se débrouiller pour la racheter en prétextant une vieille baguette de famille. Une excuse du genre.

-Pour ce genre de choses, il faudrait aller au pub. Les gens parlent là-bas.

-Ce n'est pas important pour le moment. Je voulais te mettre au courant de tous les derniers trucs mais on a le temps pour ça. Mais on ne devrait pas en parler plus aujourd'hui.

Albus ouvrit de grands yeux. Gellert lui toucha la mâchoire du bout des doigts :

-Je peux ?

Albus sourit :

-Tu n'as pas vraiment besoin de demander.

Alors Gellert se rapprocha de lui et l'embrassa. Albus agrippa la robe de sorcier du blond et Gellert dû s'appuyer contre la fenêtre pour ne pas perdre l'équilibre.

Il mordit la lèvre du roux et celui-ci du se concentrer pour ne pas perdre la tête. Ils s'embrassèrent encore et Albus ne reprit ses esprits que quand Gellert passa une main entre les boutons de sa robe de sorcier et que son pouce effleura la peau du bas de son dos.

-Non. Souffla-t-il.

Qu'est ce qui se passerait si son frère venait quand même voir ce qui se passait. Haletant, il s'éloigna de Gellert.

-Je suis désolé. C'est trop tôt. Laisse-moi un peu de temps pour m'habituer à tout ça.

Le blond cligna des yeux et finit par en rire :

-Je suis désolé. Je me suis un peu trop laissé emporter.

-Non c'est moi. Pardon.

-…

-J'ai juste besoin d'y réfléchir.

-Tu veux que je parte ?

-Oui. Mon frère n'a pas l'habitude des étrangers et il doit se poser pas mal de questions. Envoi-moi un hibou demain, on se débrouillera pour se voir.

-Ok. Pas de soucis. Passe une bonne nuit.

Gellert monta sur la margelle de la fenêtre et prit le visage d'Albus entre ses mains pour l'embrasser une dernière fois. Il allait sauter de la fenêtre quand les hurlements commencèrent.

Gellert ouvrit de grands yeux et se figea. Albus sentit son cœur s'arrêter et ferma les yeux. Bien sûr que la présence d'un étranger allait angoisser Ariana, qu'est ce qu'il croyait ? Et Gellert était resté si longtemps. Bien sûr que ça ne pouvait qu'arriver.

Le blond jeta au roux un regard interrogateur tandis que le visage de celui-ci se fermait. Gellert demanda:

-Par Merlin… Qu'est ce qui se passe Albus ?


Et voilà, ce chapitre est terminé.

Je voulais vous parler un peu de religion dans le contexte de ma fic. Le problème de la religion m'a toujours embêtée parce qu'on en parle pas dans Harry Potter ou bien très peu. On sait qu'à Godric's Hollow se trouve une église. Cette église est-elle un reste du temps où le village était mixte avec les moldus ? Ou bien une « vraie » Eglise pour sorciers ? Ou encore un bâtiment consacré à une autre forme de culte ?

On sait aussi que l'inscription qui est sur la tombe de Kendra et Ariana est un extrait de l'Evangile de St-Mathieu, donc de la bible. C'est également le cas pour l'inscription qui est sur la tombe de Lily et James.

Dans les deux cas, la probabilité que Dumbledore ai choisit la citation est importante (C'est un peu pour ça que le sujet m'intéresse à vrai dire). Mais sa mère est d'origine moldue, de plus une origine moldu qui est née avant 1898 donc dans une Europe hautement chrétienne.

Il va falloir que je situe Albus vis-à-vis de tous ces éléments et j'ai un peu du mal à m'arrêter sur quelque chose de concret.

Bref, je me pose beaucoup de questions à ce sujet. N'hésitez pas à me faire partager vos hypothèses.

J'espère que vous aurez apprécié ce chapitre. Il y a enfin des choses un peu cool dans l'air et par un hasard tout à fait merveilleux, les choses vont encore s'améliorer dans le prochain chapitre ). Enfin peut-être.

Autre chose : Je ne me souviens plus si on utilise une baguette pour transplaner. J'ai l'impression que non, mais je ne suis plus sûre. Si ma scène est incohérente, j'en suis désolée.

Je vous fais pleins de bisous et à bientôt. Merci de m'avoir lu !

N'oubliez pas que le tabac c'est de la merde. Je voulais leur faire des bonhommes de fumée avec une cheminée mais c'est le printemps. Flûte !