Disclaimer : Tous les personnages originaux appartiennent à J.K Rolling
Bonjour à tous,
J'espère que vous allez bien et que vous passez de très belles fêtes.
J'ai adoré écrire ce chapitre. Particulièrement les dernières scènes et j'espère que vous les apprécierez aussi. Ce texte clos l'arc se passant à Godric's Hollow et je suppose que vous en devinez déjà le contenu mais j'ai essayé d'aller un peu plus loin...
J'ai un petit mot à dire concernant la chanson d'introduction. Bien que ce ne soit pas une chanson dont les paroles collent parfaitement, je pense qu'elle est parfaitement adaptée à l'ambiance ce chapitre.
Si vous ne la connaissez pas, il s'agit d'une chanson mondialement connue et interprétée par des dizaines d' artistes du monde entier en passant par Billie Holliday, Gainsbourg, Bjork et j'en passe….
Gloomy Sunday est un morceau de Jazz Hongrois composé en 1933 par Renzso Seress dans un contexte politique assez pourrit.
On l'appelle la « Chanson d'amour et de mort » et la légende dit que son écoute sur les ondes a provoqué un grande vague de suicides. C'est pour cette raison que la chanson a été interdite en Hongrie pendant de nombreuses années.
Bien qu'il soit à peu près acquis que cette histoire de suicide puisse être uniquement liée à la situation économique moisie du moment et pas du tout à cette chanson, il n'en reste pas moins que cette musique a gardé une certaine aura. Pour ma part elle me fascine particulièrement.
Enjoy'
Chapitre 17 : Ariana
Gloomy Sunday – Bjork
Gloomy Sunday – Renzso serres (with lyrics)
Son rire s'étouffa tout seul comme une chandelle qu'on souffle. Il articula juste avec les lèvres, sans qu'aucuns sons ne sorte de sa bouche :
-C'est impossible.
Et Gellert, allongé nu à côté de lui, lui répondit de la même manière:
-Il n'y a rien qui soit impossible. Nous sommes la magie…
Leurs mains étaient enlacées sur la terre poudreuse et Albus était émerveillé de voir qu'il n'avait même pas froid, même pas besoin de respirer.
Ils avaient fait l'amour sur la lune et devant leurs yeux émerveillés se levait le clair de terre.
Une fois de plus, leurs ébats avaient été marqués par le silence, leurs gémissements happés par l'absence d'atmosphère. Albus ne savait pas comment ils étaient arrivés là ni comment ils pouvaient y survivre. Il avait demandé au moins quatre fois à Gellert comment il avait pût réaliser ce prodige et ce dernier s'était contenté de sourire mystérieusement en posant son doigt sur sa bouche « C'est un secret, garçon ».
Albus soupira en souriant avant de s'abandonner à la contemplation de ce ciel étoilé. Bientôt deux mois déjà… Deux mois de rêves, de projets, de longues lettres et de ballades clandestines. Jamais il n'aurait pu imaginer que sa vie serait si belle après toutes les épreuves qu'il avait du traverser.
Il se sentait profondément heureux et satisfait. Seul les jours qui s'égrenaient et allait marquer la fin des vacances d'été étaient capables d'assombrir son humeur. Bientôt Gellert allait partir. Bien sûr, il allait essayer de revenir le plus souvent possible mais il n'était pas vraiment possible de mener le projet qui était le sien en continuant de jouer à la dinette avec son petit copain.
L'idée de le suivre se faisait doucement un chemin dans son esprit mais il finissait toujours par la repousser. Ariana. Impossible. Bien sûr, le sort que Gellert lui avait apprit avait considérablement amélioré les conditions de vie de sa jeune sœur.
Mais cependant…
Il s'humecta les lèvres tandis que Gellert tournait paresseusement le visage vers lui en articulant du bout des lèvres :
-On rentre ?
Albus acquiesça doucement et il ferma les yeux tandis que les doigts de Gellert serraient doucement sa paume. Il sentit le paysage lunaire se dérober sous ses pieds et il se sentit aspiré en avant dans un gouffre qui ressemblait vaguement au transplanage. Ils atterrirent tout les deux dans le jardin de Bathilda, les mains toujours étroitement liées.
Il était tard. Ils se dirent au revoir et Albus transplana en silence jusque devant chez lui. Toutes les lumières étaient éteintes. Son frère et sa sœur étaient sans doute endormis depuis longtemps. Il faisait toujours attention à ce que ses sorties non déclarées se déroulent pendant qu'Ariana dormait. Elle n'avait presque jamais eue de crises la nuit. Et puis Abelforth connaissait le sortilège lui-aussi. Il saurait gérer en cas de problème. Puis Albus se faufila en silence derrière la maison avant d'escalader doucement le mur pour rentrer dans sa chambre. Son passage provoqua une vague de bêlement chez les chèvres. Epuisé, il se jeta sur son lit, un vague sourire sur le visage.
Et soudain la lumière s'alluma.
Etonné, Albus mit un certain temps avant de s'habituer à la lumière. Abelforth, vêtu d'une étrange robe de chambre en peluche verte, le fixait avec hargne depuis la porte entrouverte. Puis il entra et referma le battant juste derrière lui. Albus lui demanda d'un air étonné :
-Qu'est ce qui ne va pas, Abel ? Il y a un problème ?
Son jeune frère le foudroya du regard d'un air furibond. Il siffla entre ses dents :
-Où étais-tu passé ? Ca fait des heures que je te cherche !
-Je… J'ai fais un tour au jardin. J'avais besoin de réfléchir.
-Menteur ! Je sais que tu étais encore avec Lui ! Ca fais deux heures que tu es parti. Que ce serait-il passé si Ariana avait eu une crise ?
-Tu sais parfaitement lancer le sort pour la calmer Abel…
-Pas aussi bien que toi, Al. Et je sais le lancer dans le vide. J'ai peur que dans une situation particulière, je perde mon sang-froid. Pour le moment, je n'ai jamais eu à m'en servir alors que toi tu l'as fait au moins deux fois avec succès !
-…
Albus soupira :
-Oui. Tu as raison. J'aurais du te prévenir. J'avais juste peur que ça t'angoisse et que ça t'empêche de dormir. C'est pour ça que j'ai attendu qu'Ariana dorme pour partir.
-C'était la nuit quand elle a tué maman.
Albus ne répondit pas, agacé. Abelforth insista :
-Je sais que c'est dur pour toi Albus. Mais je me rends bien compte qu'en ce moment, tu n'es pas du tout avec nous. Tu es avec lui. Tout le temps. Même quand nous sommes tous les trois, tu penses à lui. Je ne sais pas ce que vous fabriquez tous les deux mais je trouve ça très louche.
-Ariana l'aime bien, elle. Je ne comprends pas pourquoi tu as une dent contre lui.
Abelforth se renfrogna davantage :
-La relation qu'il a avec Ariana ne m'enchante pas plus que ça non plus. C'est comme si… Comme si il l'avait envoutée.
Albus se sentit troublé par cette information. Absorbé par le blond, il n'avait pas su voir l'évidence. Il répondit vaguement :
-Oh. C'est normal à son âge. Et puis Gellert est beau et intelligent…
-Vraiment ?
Abelforth lui fit un sourire maussade :
-Franchement, je le trouve plutôt puant. Dans le genre petit minet orgueilleux. Tu devrais faire gaffe toi-aussi Albus, il t'a complètement sous sa coupe.
-N'importe quoi. Tu ne sais pas du tout de quoi tu parles.
-Je crois bien que si.
-Ca suffit Abel! Je ne vais pas supporter tes insolences plus longtemps et surtout pas à cette heure de la nuit. C'est moi le chef de famille maintenant alors fais un effort pour rester correct.
-C'est bon. Je retourne me coucher. Promets que tu ne repartiras pas sans me le dire.
-Je n'ai pas de comptes à te rendre.
Abelforth le fixa d'un regard grincheux :
-C'est pour Ariana, Albus.
Le griffondor soupira :
-C'est bon. Va te coucher, je ferais plus attention de bien te prévenir à l'avenir.
Une fois que son petit frère eu quitté la chambre, Albus commença à faire les cent pas dans sa chambre, furieux contre lui-même de ne pas avoir été plus prudent. Un léger coup de vent le fit frissonner. Il avait laissé la fenêtre ouverte. Alors qu'il se rapprochait pour la fermer, une ombre se posa sur la margelle.
Fumseck le regardait d'un air peiné et se mit un siffloter un petit air très doux. Mais Albus était agacé et la mélodie ne lui donna qu'une vague sensation d'agacement supplémentaire, comme si l'oiseau était venu lui faire la morale. Il marmonna sans réfléchir :
-Oh, par Merlin, tais-toi !
Et il lui ferma la fenêtre au bec.
Le lendemain, Ariana se demanda s'il n'y avait pas un malaise entre ses deux frères, tout en ne parvenant pas à mettre le doigt sur ce qu'il se passait.
D'abord, Gellert était venu tôt le matin et il s'était isolé avec Albus dans la chambre de celui-ci. Alors qu'Ariana était monté dans sa chambre à la recherche de son chat préféré, elle avait surprit Abelforth en train d'écouter à la porte de la chambre de leur ainé. Troublée, elle avait fait semblant de ne rien voir. En l'apercevant, Abelforth avait disparu sans demander son reste.
Ils avaient passé l'après-midi au salon à jouer tous ensemble à la bataille explosive et aux échecs sorciers. La jeune fille avait trouvé que l'ambiance était vraiment bizarre. Albus abordait un visage froid et fermé, Abelforth faisait très clairement la gueule et envoyait des regards courroucés aux deux autres. Seul Gellert était souriant et détendu. Il en profita pour gagner la plupart des parties.
Ariana l'observait, le cœur battant doucement la chamade. Elle n'avait jamais vu une créature pareille.
Il était si beau qu'elle avait du mal à croire qu'il appartenait au monde des humains. Et il était toujours merveilleusement gentil avec elle. Quand il lui souriait, elle se sentait rosir de plaisir sans pouvoir sans empêcher.
Après sa cinquième défaite, Abelforth préféra se retirer du jeu. Prenant Gobelure sur ses genoux, il préféra observer son grand-frère et son ami se livrer à une partie d'échecs sorciers des plus épiques.
-…
Il n'aimait pas du tout ce qui était en train de se profiler.
Par Merlin, mais que fabriquaient donc ensemble ces deux là ?
Tout à l'heure, quand il avait écouté derrière la porte, il avait entendu des choses qui lui avaient fait se dresser les cheveux sur la tête, mais comme les deux ainés ne faisaient que murmurer, il n'était sûr de rien.
Et parfois leurs échanges s'entrecoupaient de long silences brisés de soupirs qui le mettaient très mal à l'aise.
Il avait cru comprendre que parfois ils parlaient de politique. De personnes qu'ils devaient avoir dans leur poche. De grès ou de force ? Etait-ce bien ce qu'il avait entendu ? Il ne savait plus. Il n'était sûr de rien.
Et souvent le nom d'Ariana revenait. Trois ans. Trop long. Impossible. Besoin l'un de l'autre.
Des tas de choses étranges qui paraissaient très loin pour Abelforth. Mais qui, peu importe dans quel sens il les voyait, lui paraissaient angoissantes et dangereuses.
La seule chose qui lui paraissait claire, c'est que Gellert semblait vouloir faire sortir Ariana de la maison et qu'Al bus n'était pas d'accord. Son frère paraissait toujours hésitant sur le sujet. Mais finalement restait ferme et chaque « non » qu'il prononçait faisait se gonfler de soulagement le cœur d'Abelforth tout en l'angoissant davantage. Car à chaque fois, ce « non » était de plus en plus faible.
Ce matin là, le soleil était particulièrement bleu et le jardin était percé de fleurs émergentes. Ariana était sortie dehors après son petit déjeuner. Elle avait le droit si elle restait soigneusement cachée derrière la maison. Elle se dirigea vers l'enclos et distribua du grain pour les poules et les chèvres.
-Salut !
Elle se retourna.
Gellert était dans le jardin et lui faisait un grand sourire. Il était particulièrement charmant aujourd'hui encore. Il avait remis un de ses anciens gilets brodés et avec sa casquette de cuir trop grande, il ressemblait à un gavroche rieur et espiègle. La lumière du soleil faisait luire ses boucles blondes et ses yeux pétillaient.
Ariana ne fût pas surprise. Albus avait désactivé l'alarme destinée aux étrangers en ce qui concernait Gellert. Elle le salua avec un grand sourire. Il lui dit :
-Je ne savais pas que tu pouvais sortir dehors.
-Pas beaucoup. Et derrière la maison. J'essaie de faire attention…
Il alla jusqu'à elle et tout à coup, son visage se voila de tristesse :
-Ariana... Ca ne te fait pas de peine de toujours rester enfermer ici ? Le monde est grand et plein de merveilles dehors, tu le sais ?
Elle cligna des yeux :
-… Non… Ce n'est pas grave.
-Tu ne t'ennuies pas ?
Le visage de la jeune fille se ferma et immédiatement, celui de Gellert prit une expression contrite :
-Excuse-moi. Je ne devrais pas te dire des choses comme ça. Ca ne peut que te faire de la peine.
Alors qu'il allait s'éloigner vers l'entrée, la jeune fille le rattrapa en lui saisissant la manche :
-Je… En fait, je…
-…
-Je ne peux pas en parler à mes frères. Tout le monde fait tellement d'efforts pour me protéger.
-…
-J'en ai marre de cette maison.
-Bien sûr que tu en as marre. Et c'est normal.
Gellert posa ses mains sur les épaules d'Ariana et lui sourit :
-Tu veux que je t'emmène quelque part ? Là où personne ne te connait ? Très loin d'ici ?
La jeune fille ouvrit de grands yeux :
-Mais si je fais une crise ?
-Je te protègerai. Allons dans un endroit désert. Si jamais on croise quelqu'un et que tu fais une crise, je lui jetterai un sortilège d'oubliette… Il ne se passera rien.
-Mais… Et mes frères ?
-Je prends toute la responsabilité pour cette escapade. Je suis désolé mais je ne peux pas être d'accord avec Albus en ce qui te concerne. Tu n'es plus une gamine. Tu es grande. On ne peut même pas savoir si après tant d'années, ce n'est pas ton enfermement qui a provoquée la plupart de ces crises. Tu as besoin d'espace, de liberté, de choses nouvelles…
Elle le fixait très fort. Elle voulait le croire. Gellert ajouta, très doucement :
-Il n'arrivera rien…
Elle se laissa faire quand il lui prit les mains et elle se sentit aspirée en avant alors qu'ils transplanaient. Elle ferma les yeux et aspira son odeur.
-OU EST-ELLE ? !
Albus leva les yeux de la bible moldue qu'il était en train d'étudier dans le bureau de sa mère. Dans l'encadrement de la porte. Abelforth était rouge d'angoisse et il respirait très fort. Albus se leva et lui demanda :
-Qu'est ce que tu dis ?
-Je ne sais pas où elle est ! Ariana a disparu ! Je l'ai cherchée partout !
Il essayait de respirer mais l'angoisse déformait ses traits et Albus craignait qu'il ne fasse une crise d'asthme. Il le prit par les épaules et le força à s'asseoir sur une chaise :
-Calme-toi ! Tu ne lui es d'aucune utilité dans cet état. Tu pourrais même lui donner une crise.
-Haaaa Haaa…
-Réponds-moi. Quand est-ce que tu l'as vue pour la dernière fois ?
Abelforth roula des yeux et se força à avaler sa salive :
-Ce matin, tous les trois au petit déjeuner. Elle est sortie donner à manger aux chèvres après. Et je n'ai pas fait attention, mais je ne l'ai pas vue rentrer.
-Ok, je ne l'ai pas vue non plus. Tu as fouillé toute la maison ?
-OUI !
-Refais-le. Toutes les pièces. Prends ton temps. Ouvre les placards, regarde sous les lits. On ne sait pas ce qui s'est passé.
-Et toi ?
-Je vais regarder au jardin et puis j'irais chez Bathilda. Gellert devait venir ce matin et je ne l'ai pas vu. Ça peut avoir un lien et ça me permettra de jeter un œil au village.
Abelforth le regardait d'un air paniqué. Le sang lui battait aux tempes. Albus augmenta la pression de sa main sur son épaule :
-Garde ton calme, ok ? Peu importe la situation, il ne faut pas que nous perdions notre sang-froid... J'y vais ! Commence les recherches. Je reviens d'ici une heure.
-D'accord…
Albus attrapa sa cape et sauta dans ses chaussures avant de faire le tour du jardin au pas de course. Les poules et les chèvres avaient été nourries mais n'avaient pas eues d'eau fraiche. Albus fronça les sourcils. Il y avait quelque chose de louche là-dessous.
Quand il traversa le village au pas de course en direction de chez Bathilda, tout était calme. Pas d'émeute, pas d'adolescente inconnue en cavale. Cela le soulagea autant que cela l'inquiéta. Il se précipita dans le jardin de Bathilda et appuya frénétiquement sur la sonnette.
Celle-ci lui ouvrit avec ses bigoudis sur la tête et le fixa avec surprise :
-Albus ? Qu'est ce qu'il y a ? Je ne t'attendais pas du tout.
-Bonjours Bathi. Est-ce que Gellert est là ?
-Gellert ? Il est partit il y a trois heures chez toi. Tu ne l'as pas vu ?
Albus s'humecta les lèvres, tendis que son visage devenait plus pâle.
Non, Gellert ! Qu'est ce que tu as fait ?
Il ferma les yeux.
-Est-ce que ça va, Albus ?
-… Ça va. On a du se croiser à un moment, je vais retourner le chercher.
Il prit congé et repartit dans l'autre sens. Il se demanda vaguement s'il aurait du informer Bathilda de la situation. Elle aurait pu les aider à rechercher Ariana. Mais il avait maintenant une petite idée de ce qui avait pu se produire.
Il retourna à la maison où Abelforth était en train de fouiller sous les lits. Il l'appela et son frère descendit les escaliers en courant :
-Tu l'as trouvée ?
-Non, mais je pense qu'elle se trouve avec Gellert.
-QUOI !?
Abelforth avait l'air fou :
-Expliques-toi !
-Attends. Je ne suis pas encore sûr, il faut que je vérifie.
Ils sortirent dans le jardin et Albus examina les traces de pas marquées dans la terre meuble de la cour. Il devina les empreintes fraiches d'Ariana et celle de Gellert. Les marques disparaissaient à peu près au même endroit. Le jeune homme fit signe à son frère de cesser de ronchonner derrière lui. Il avait besoin de se concentrer. Il tira sa baguette de sa poche et sonda les recoins de l'air à la recherche d'une fêlure dans l'espace temps.
Il lui fallut deux minutes avant de trouver ce qu'il cherchait. Il ferma les yeux et soupira, baissant la baguette tandis qu'Abelforth ouvrait la bouche :
-Tu as trouvé quelque chose ?
-Oui. C'est bien ce que je pensais. Ils ont transplané. Je ne saurais pas dire si c'était pour fuir un danger ou si c'était de leur propre volonté. Ils peuvent être n'importe où en ce moment.
-Mais tu vas les trouver ?!
-Je ne vois pas comment… Il faut qu'on se pose. Rentrons au salon. Attendons pour le moment.
-Impossible. Ariana doit être en danger…
-Pas avec Gellert. Attendre est la seule solution. Si ce soir, ils ne sont pas rentrés, alors il faudra que nous prenions des mesures et nous lancerons un avis de recherche.
Le visage d'Abelforth pâli :
-Tu te rends compte de ce que ça signifierai Albus ?
-Oui. C'est pour cela qu'il faut que tu arrêtes de t'énerver. Ça m'empêche de réfléchir…
Il était bientôt midi quand Gellert et Ariana réapparurent. Ils étaient partis depuis trois heures. Gellert les fit transplaner dans le jardin, exactement là où ils étaient partis.
En entendant le bruit, Abelforth et Albus bondirent sur leurs pieds et coururent à leur rencontre. Le visage de l'ainé était froid comme la glace alors que le cadet semblait prêt à exploser de rage. Mais tout disparût quand ils virent le visage d'Ariana.
Quelque chose était radicalement différent sur son visage. Elle avait les joues rouges d'excitation et ses yeux bleus brillaient de joie. Elle couru vers eux avec exaltation et ils s'en sentirent bouleversé.
-Oh par Merlin ! Où étais-tu ?! S'écria Abelforth.
Étonnée, Ariana se retourna pour jeter un coup d'œil à Gellert qui avait l'air tout aussi surpris.
-Vous n'avez pas reçu mon hibou ? Demanda t-il avec toute l'innocence du monde.
-Nous n'avons rien reçu du tout, répondit Albus, froidement.
Ariana avait l'air navrée :
-Nous avons d'abord transplané chez Bathilda. C'est de chez elle que nous avons envoyé le hibou. Mais vous vous écrivez si souvent qu'il devait être trop fatigué pour délivrer immédiatement le message…
Un grand silence se mit en place, alors pour le combler, la jeune fille vida ses poches sur la table de la cuisine. Le trésor ainsi constitué avait quelque chose de touchant : Quelques pierres rondes qui avaient encore sur elles le goût glacé du torrent dans lequel Ariana avait trempé ses pieds. Une autre pierre coupée en deux dans lequel on pouvait voir le fossile d'un antique botruc, plusieurs racines utiles pour des potions et un couple de limaces cornues qui se mirent à se déplacer sur la table de la cuisine en bavant copieusement.
-Où êtes vous allé ? Demanda Albus d'une voix douce, les yeux braqués dans ceux de Gellert.
Celui-ci lui rendit son regard sans se démonter et répondit d'une voix fatiguée :
-Quelque part dans les montagnes. Il n'y avait personne. Je suis vraiment désolé que vous n'ayez pas eu mon mot, vous avez du être très inquiets.
Abelforth ne disait rien. Il avait visiblement envie de casser la figure de Gellert mais il n'avait pas envie de gâcher le bonheur évident d'Ariana. Albus reprit la parole :
-Gellert, j'aimerai te parler en privé, s'il te plait. Allons dans le bureau de ma mère. Abelforth, prends soin d'Ariana.
Gellert se raidit imperceptiblement. Le fait qu'Albus ne l'invite pas à monter dans sa chambre en disait long sur ce qu'il ressentait.
Il le suivit sans un mot tandis que le visage d'Ariana se teintait d'angoisse.
Quand la porte se referma sur eux, Albus appuya ses mains sur le bureau de sa mère, dos à son ami. La voix tremblante de rage, il laissa court à sa colère :
-Par Griffondor, qu'est ce que tu as dans la tête ?! Qu'est ce qui t'a prit d'emmener Ariana sans me demander mon avis ?
-Tu n'aurais pas voulu. C'est tout.
-Bien sûr que je n'aurais pas voulu ! ET JE SUIS SON FRÈRE ET LE CHEF DE CETTE FAMILLE ! ET TOI TU N'ES RIEN DE TOUT CA POUR ELLE !
-Peut-être. Mais ça ne fait pas de toi quelqu'un qui prend toujours les bonnes décisions. Je voulais te montrer quelque chose de différent.
-Explique-toi !
-Ta sœur est une jeune fille. Elle n'est plus un bébé. Elle ne peut pas se satisfaire d'une vie comme celle-là. Elle a besoin de vivre. Elle a besoin de sortir. De voir le monde, de parler à des gens. L'existence auquel vous la confinez est pire que la mort. Elle la relègue à un ennui éternel.
-…
-Maintenant tu vas me dire que vous faites ça pour sa sécurité. Et je suis d'accord. Et je sais que vous ne faites que ce que vous croyez être le mieux. Mais je ne peux pas être d'accord. Oui, faire sortir Ariana va lui faire prendre des risques. Mais il faut le faire.
-Gellert…
-Ta sœur n'est pas une poupée. Elle doit être active et actrice de sa propre vie. Nous avons des projets immenses Albus ! Nous allons partir à la recherche des reliques de la mort afin de protéger des personnes comme ta sœur. Ne serait-ce pas une merveilleuse revanche contre la vie qu'elle nous accompagne ? Qu'elle participe à cette quête pour sa liberté et son émancipation ?
-…
-Regarde-moi Al'.
Albus tourna la tête et rencontra le regard couleur de terre de Gellert et il sentit sa résolution vaciller. Le roux marmonna d'une voix pâteuse :
-Tu n'essaies pas de me manipuler, n'est ce pas ?
Gellert fronça les sourcils :
-Te manipuler ?! Mais Albus. Qui essaie d'avoir du pouvoir sur l'autre ? Je t'ai déjà dit que je t'aimais, mais toi tu es incapable de me rendre cet amour là… N'est-ce-pas toi qui possède le pouvoir entre nous ?
-…
-Mais tu as raison, je n'aurais pas du l'emmener sans vous en parler d'abord. Je suis désolé. Je n'interviendrais plus dans tes affaires de famille, c'est promis.
Albus, baissa les yeux et répondit d'une voix rauque :
-Elle avait l'air tellement heureuse. Je ne l'avais jamais vu comme ça…
Une lueur d'espoir brilla dans les yeux de Gellert. Albus continua, mollement :
-Nous l'emmènerons. Nous ferons comme tu as dit…
Gellert posa ses mains sur les avant-bras de son ami. Il ne dit rien de plus et l'embrassa le roux avec ferveur. Albus gémit doucement contre sa bouche et il sentit son dos se couvrir de chair de poule.
Gellert lui mordilla la gorge et glissa ses doigts froids sur son torse. Albus se sentit durcir.
-Mais enfin, qu'est ce que vous faites ?
Il y eu comme une faille dans le moment. Albus ne se souvenait pas comment il avait atterrit assis sur le bureau de leur mère. La voix d'Abelforth, debout à côté de la porte, l'avait sortit du rêve où il s'était enfermé.
Le regard de son frère sur lui avait quelque chose de terrible.
Les yeux bleus écarquillés les fixaient avec stupéfaction.
Albus se dégagea de l'étreinte de Gellert :
-Abel, je…
-Par Merlin, vous avez bu une potion de folie tous les deux ?!
Gellert fit une grimace blasée et fit un pas vers Abelforth qui dégaina sa baguette :
-Ne m'approche pas.
Albus leva les yeux au ciel :
-Abel, tout ceci devient un petit peu trop mélodramatique, tu ne crois pas ?
Abelforth les foudroya de son regard bleu :
-Je vous ai parfaitement entendus ! Je sais que vous voulez emmener Ariana dans votre quête illégale pour prendre le pouvoir ! Je ne vous laisserais pas faire ça !
Albus eu l'impression qu'une pierre lui tombai au fond du ventre. L'angoisse lui envahit les veines. Abeforth reprit tandis que Gellert serrait les poings :
-Albus ! Il faut que tu te réveilles. Depuis le début, je me disais qu'il y avait un problème avec ce type. J'ai bien vu ce qu'il te faisait. Est-ce que tu réalises que ces actes contre-nature sont répugnants ? C'est lui qui t'a entrainé sur le chemin du vice ?
Gellert eu un grand rire blasé :
-Comme si Albus avait besoin de moi pour aller de ce côté…
Albus se contenta de serrer les poings tandis qu'Abelforth reprit en s'adressant au blond cette fois:
-Tu as dispensé le malheur dans notre famille depuis que tu es arrivé ici. Je vais te demander de sortir et je ne veux plus jamais que tu remettes un pied dans cette maison !
Gellert lança un regard furieux du côté d'Albus :
-Tu vas le laisser me parler comme ça ?!
Albus détourna les yeux. Il ne voulait ni prendre parti, ni choisir entre son amant et son frère. Gellert regarda Abelforth, imperturbable, en dégainant sa baguette à son tour :
-Et si je refuse ?
Albus protesta :
-Ça va trop loin, calmez-vous !
Abelforth rugit :
-Je me calmerais quand cet enfoiré sera sorti de ma vie et de celle d'Ariana !
Gellert ricana :
-Tu penses vraiment pouvoir te mettre en travers de notre chemin ? Tu penses pouvoir empêcher ton frère d'accomplir de grandes choses alors qu'il est ton ainé et que tu n'es vraiment qu'une toute toute toute petite chose en comparaison de ses capacités ? Albus et moi avons un avenir et Ariana sera heureuse d'y avoir un rôle grandiose qui sera un vengeance contre ceux qui lui on fait du mal !
-Tu ne sais rien de ce que pense Ariana ! Cria Abelforth.
-Je sais à quel point elle s'ennuie seule dans cette maisons avec vous !
Albus avait envie de pleurer et les yeux d'Abelforth étaient également très brillants. Son petit frère éructa :
-PART DE CETTE MAISON !
-Non !
-Si tu ne le fais pas, je te tuerais !
Les yeux de Gellert se dilatèrent et il leva sa baguette, menaçant :
-Je ne crois pas que tu en ais le pouvoir ! ENDOLORIS !
-GELLERT ! NON !
Albus voulu empêcher Gellert de jeter son sort , mais le temps qu'il dégaine sa baguette, son frère se tordait sur le sol en poussant des cris inhumains. Le griffondor secoua Gellert pour qu'il arrête mais celui-ci ne se laissa pas faire.
Albus du lui lancer un maléfice de chauve furie pour qu'il arrête, mais ce n'était que le début.
Dès que le contact fût coupé avec lui, Abelforth ne prit qu'une seconde pour reprendre son souffle avant de jeter un maléfice d'entrave au blond.
Le reste ne fût qu'une lente descente aux enfers. Aussitôt Gellert riposta et Albus lui lança un maléfice qui fit dévier le sien et ricocha au plafond pour finalement toucher le bond lui-même qui se jeta dans la bataille avec encore plus de fureur.
Les trois sorciers se mirent à se battre sans que personne ne sache vraiment de quel côté était Albus. Bientôt de la fumée envahit le bureau et le couloir et les sorts continuaient à rebondir de tous côtés dans un grand désordre de lumières et de petites explosions. Albus se souvenait s'être cogné contre la bibliothèque de sa mère et d'avoir entendu les livres tomber sur le sol.
Il ne réalisa vraiment ce qui se passait que quand il entendit la voix de sa sœur pousser de grands cris paniqués et de puissants halètements :
-Arrr… Arrêtez ! Arrêtez ! Ne vous faites pas de mal !
Il vit flotter dans la fumée une lueur bleutée.
« Oh par Merlin, nous avons déclenché une crise ! » Pensa-t-il alors que les éclairs continuaient à fuser autour d'eux.
Il lança un sort pour contrecarrer Gellert. De longues étincelles d'origines inconnues rebondirent sur le mur, un éclair vert se perdit dans le néant.
Il y eu un cri. Puis un deuxième. Albus ne saurait dire qui avait fait quoi.
Et puis soudain, les sorts s'arrêtèrent.
-Ariana ? Demanda Albus mais personne ne répondit.
La fumée stagnait lourdement. Il aperçu Gellert, hagard et blême qui jura avant de tourner sur lui-même pour transplaner. Albus n'eu que le temps d'attraper sa manche et de crier à son frère « Occupe-toi d'Ariana » avant d'être emporté dans le tourbillon du sortilège.
Il rentra durement en contact avec le sol et fût ébranlé pendant quelques secondes. Gellert reprit ses esprits avant lui. Ils étaient dans la chambre que le blond occupait chez Bathilda.
Le jeune homme se jeta sur sa valise et commença à y entasser ses affaires.
Albus cligna des yeux. Ses pensées volèrent un instant vers Ariana avant de se reporter sur Gellert :
-Mais qu'est ce que tu fais ?!
Gellert lui jeta un regard hébété :
-Ton frère avait raison. Je me casse de là !
Albus resta les bras ballants :
-Mais…
Gellert se tourna vers lui et lui jeta un regard très étrange. Comme s'il savait quelque chose qu'Albus ne savait pas. Il voulu parler puis se mura dans le silence.
Désemparé, le griffondor, rassembla les affaires sur le bureau –des tas de lettres qu'il lui avait envoyé et qui parlaient de conquêtes, des plumes et du matériel de potion-.
Il lui tendit mollement et l'autre les lui arracha des mains pour les mettre dans sa valise. Albus murmura:
-Tu m'écriras pour me dire où tu vas ?
Gellert l'ignora. Ils avaient tous besoin de se calmer et de réfléchir alors Albus n'insista pas mais un puissant malaise commença à se distiller dans ses veines.
Il s'agenouilla pour sortir les cartons que Gellert avaient rangés sous le lit quand soudain une feuille glissée parmi le bric-à-brac attira son attention. Il l'a sortit, une boule posée au creux de l'estomac. C'était un simple parchemin sur lequel Gellert avait griffonné des phrases à la main et entouré des points importants. Il relu les phrases plusieurs fois, un peu hagard, reconnaissant ses propres mots.
Le griffondor se releva, très raide:
-Pourquoi est-ce-que tu as ça ?!
Gellert se figea et quand il vit ce que tenait Albus, il ne répondit pas.
-Réponds ! C'est un morceau de notre mémoire. Comment est-ce que tu as ça ?
Le blond murmura en évitant son regard :
-Ça trainait dans le dortoir quand tu le corrigeais. Je trouvais ça intéressant.
Albus eu un rire glacé.
Il avait été si stupide. Son propre travail. Et il n'avait rien vu du tout. Son travail sur la manipulation par l'occlumentie.
-Dis-moi Gellert… Depuis combien de temps est-ce que tu es dans ma tête ?
Le blond se mura à nouveau le silence.
-RÉPOND ! Nous ne sommes pas allés sur la lune n'est ce pas ?
-Non.
-Dans le lac, non plus ?
-Non plus.
-Tout ça. Tout ce qui s'est passé entre nous. Tout était faux. Tu as construit dans mon esprit une réalité dans lequel tu m'aimais. Et tu as osé me reprocher de ne pas être capable de te le dire ?!
-C'était vrai. Je t'aime.
-CA SUFFIT ! PLUS DE MENSONGES !
D'un geste, le roux renversa les alambics qui trainaient encore sur la table. Gellert frémit en entendant le bruit du verre qui se brise.
Albus murmura :
-Est-ce que je t'ai jamais embrassé ?
-Dans la forêt. Ce jour de neige.
Albus se mit à rire :
-Tu t'es bien foutu de moi, enfant de putain !
Gellert frémit sous l'insulte. Il s'approcha d'Albus et essaya de le prendre dans ses bras mais le roux se dégagea et hurla :
-VA-T-EN ! Disparais si tu ne veux pas que je perde ce qu'il me reste de sang-froid.
Sans demander son reste, Gellert attrapa sa valise et se volatilisa dans les airs.
Albus se retrouva seul, le cœur battant et brisé.
Ariana...
Au milieu de la brume où se trouvait son esprit, il trouva la force de se concentrer sur sa sœur. Il fallait qu'il aille aider Abel… Il se concentra et transplana devant chez lui.
Comme un zombi, il poussa la porte d'entrée et aussitôt quelque chose dans la froideur du lieu le frappa. D'abord, il pensa que c'était le silence, puis en tendant l'oreille, il entendit un faible gémissement.
-Ariana ? Abelforth ?
Personne ne répondit. Il longea le couloir et le bruit s'intensifia.
Son sang était gelé dans ses veines. Le bruit était celui d'un long sanglot enfantin et désespéré. Albus ouvrit une fenêtre pour que la fumée stagnante s'évacue.
Quand il arriva devant la porte du bureau. Une peine longue et puissante remonta dans sa gorge jusqu'à l'envahir de nausée. Il sentit que ses jambes le lâchaient et il du s'appuyer contre le mur pour ne pas s'effondrer.
Sur le sol, Abelforth serrait désespérément le corps d'Ariana en pleurant comme le font les gosses. Un long gémissement d'animal blessé. Un désespoir sans pudeur. Il ne leva pas la tête.
Albus contemplait en silence les yeux grands ouverts de sa sœur, figés pour toujours dans une terreur muette.
-Morte, dit-il d'une voix dépourvue d'émotion. Partie pour toujours…
Le premier sanglot fut le plus difficile. Il jaillit comme un râle de souffrance. Et puis les autres suivirent comme s'il les vomissait.
Et à la longue souffrance des deux frères s'ajouta un long et beau chant funèbre. Fumseck était entré par la fenêtre et la tête posée contre celle d'Ariana, il pleurait et chantait. Et chaque note de sa berceuse pénétrait dans le cœur d'Albus et le remplissait de toute la terreur du monde.
« Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les mites et les vers font tout disparaître, où les voleurs percent les murs et dérobent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où ni les mites ni les vers ne font de ravages, où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur… »
La voix de l'exécutant s'éteignit alors qu'il finissait le texte.
Evangile de Saint-Mathieu.
Quand il était revenu dans le bureau après qu'on ait emporté le corps d'Ariana, Albus avait trouvé la petite bible de leur mère, ouverte sur le sol parmi les autres livres, avec cette phrase soulignée.
« Où est ton trésor, là aussi est ton cœur. »
Le jeune homme se força à regarder droit devant lui et il sentit la main d'Elphias se poser de façon apaisante sur son épaule.
Contrairement à l'enterrement de leur mère, à celui d'Ariana, le cimetière était plein. Tous les voisins curieux s'étaient permis d'assister à l'enterrement de la fille Dumbledore dont nul n'avait jamais soupçonné l'existence.
La mise en terre se fit dans un silence bercé par les sanglots de Bathilda. Abelforth ne pleurait pas cette fois. Comme Albus, il se sentait nauséeux et la proximité de tous les charognards du village le rendait dingue. Ils ne s'étaient que très peu parlé depuis le décès. Albus avait confié son petit frère aux bons soins de Bathilda en attendant que lui-même ne s'occupe des formalités.
Quand le cercueil fut complètement enfouit sous la terre et la dalle en marbre remise par-dessus la fosse fraichement creusée à côté de celle où était enterrée leur mère, les gens commencèrent doucement à s'éparpiller. Albus se sentit soulagé.
Il se dirigea vers Abelforth qui évita son regard tandis qu'il lui posait la main sur l'épaule.
Il voulu dire quelque chose mais n'en eu pas le temps. Le poing de son frère entra brutalement en contact avec son visage et il sentit que les os de son nez se brisaient.
-C'EST-DE TA FAUTE! Hurla son frère. Ramène-là ! Rends-moi Ariana ! Mais tu ne peux pas faire ça, malgré toute ton intelligence ! Mais tu n'y as pas pensé ! Tu ne pensais qu'à toi ! Pauvre con égoïste !
-…
-TROP TARD ! TOUT EST TROP TARD MAINTENANT !
Et il explosa en sanglots avant de quitter le cimetière à grandes enjambées. Albus ne fit rien pour le retenir. La main plaquée sur son nez qui dégoulinait de sang, il se contenta de fixer le sol en silence. Chaque mot lui semblait être une blessure méritée.
Autour d'eux, les gens murmuraient mais il s'en fichait. Il se fichait de tout désormais. Un Elphias très désolé lui tendit un mouchoir qu'il accepta avec reconnaissance et qui fut bientôt complètement imbibé de sang.
Bathilda vint lui parler précipitamment pour préciser qu'elle rentrait pour aller prendre soin d'Abelforth. Albus acquiesça et la salua vaguement. Elphias sortit sa baguette pour essayer d'arranger son nez brisé mais le griffondor lui fit signe de la ranger.
Il n'aurait plus jamais ce beau nez droit que Gellert disait aimer tant.
Et il se maudit d'avoir ce genre de pensées.
Il savait que le jeune homme ne reprendrait pas contact. Il avait envoyé un vague mot gribouillé à Bathilda pour la prévenir de son départ mais il n'avait pas précisé sa prochaine destination.
Tant mieux.
Le plus triste avait été l'arrivée tardive de Liselotte et du message du blond les prévenant de son escapade avec Ariana.
Albus revit le sourire de sa sœur à son retour et son cœur se serra douloureusement. Il avait tout raté. Tout.
Il n'aurait pas du penser à partir en campagne avec Gellert. Mais il n'aurait pas du non plus imaginer continuer à enfermer sa sœur. Ils auraient du faire tout autrement. Mais le temps avait filé et c'était déjà hier.
Ariana.
Morte.
Il ferma longuement les yeux et respira avec la bouche. La douleur sourde de son nez ne se dissipait pas.
-Que vas-tu faire maintenant ?
Albus ouvrit les yeux et regarda Elphias. Il haussa les épaules :
-Je vais vendre la maison. Bathilda va héberger Abelforth jusqu'à la rentrée.
-Et toi ?
-Je ne sais pas.
-Le voyage autour du monde est toujours une possibilité, tu le sais...
-… Merci. Mais je pense que j'ai besoin d'être seul.
-Je comprends.
Albus lui adressa un sourire doux, derrière le mouchoir :
-Je suis désolé Elphias.
-Pour quelle raison ?
-J'ai fait beaucoup d'erreurs cette année. Et j'ai besoin de me retrouver. Et toutes mes erreurs m'ont aussi permis de réaliser quelle valeur ont les amis comme toi. Je te promets que je reviendrais vers toi quand j'irais mieux.
Elphias lui serra la main avec les deux siennes :
-Prends tout le temps qu'il faut, Albus. Prends tout ton temps et reviens nous !
Albus retira le mouchoir de son nez. Son visage était poisseux de sang mais le flot s'était arrêté. Il jeta un dernier regard à la tombe d'Ariana et Kendra et fit ses Adieux en silence.
Le chaudron baveur était plein à raz-bord. En cette veille de rentrée des classes, les familles se pressaient sur le chemin de traverse pour acheter à leurs bambins braillards les dernières fournitures scolaires sur les listes.
Albus avala cul-sec son whisky pur-feu. C'était le quatrième de la soirée et il réalisait vaguement qu'il était éméché.
Il croisa quelques anciens camarades de Poudlard qui regardèrent avec une pitié étonnée cet ancien collègue auparavant si brillant et qui semblait s'enfoncer dans quelque chose qu'ils ne comprenaient pas.
Albus s'humecta les lèvres. Le mal être lui broyait les entrailles.
Il n'avait pas encore revu Abelforth. Il ne voyait personne à vrai dire.
Il écrivait à son père parfois. Dans ses lettres, il usurpait toujours l'identité de sa mère et tout allait toujours bien. Il inventait toutes sortes d'anecdotes sur lui et ces frères et sœurs. Cela lui donnait l'illusion d'un mieux éphémère
L'idée de faire de la recherche ne le tentait plus du tout sur le moment, même s'il n'arrivait pas à jeter la bouteille de sang de dragon. Il n'avait aucune idée de ce qu'il voulait faire de sa vie, en fait.
Il était libre, mais la liberté du corps n'a pas de goût quand on est prisonnier de soi-même.
Il pensait à Gellert souvent.
Où était-il ? Que faisait-il ?
Il le haïssait.
Et Ariana…
Le sort qui avait été lancé. Qui ? Cela pouvait être n'importe lequel d'entre eux. Il n'avait pas parlé de ça avec Abelforth mais il se doutait que Gellert devait connaître la réponse. Il avait juré quand Ariana avait crié.
Des sorciers curieux l'observaient et se mirent à chuchoter en le fixant.
Agacé, Albus paya ses verres et se décida à retourner dans la chambre qu'il avait prise au chaudron baveur. En se levant, il fit tomber un petit livre qu'il avait dans sa poche. Il le ramassa et regarda avec perplexité la petite bible de leur mère.
Et soudain, une toute petite chose éclaira son esprit éméché. Une petite idée de quelque chose de différent. Quelque chose pour recommencer à changer.
Il se leva et se concentra pour marcher jusqu'à la porte. Il la poussa en hésitant.
Il n'avait jamais poussée cette porte. Il était toujours venu en tapotant les briques magiques.
Il jeta un regard curieux et méfiant à toutes ces femmes en bottines et à ces hommes en haut-de-forme juste là dehors.
La simple vue d'une automobile solitaire parmi les calèches le fit sursauter. Et puis tout doucement, il referma la porte derrière lui et se glissa dans le monde moldu.
25 ans plus tard…
Le chien avait aboyé alors la femme était sortie sur le perron.
Elle poussa un sifflement rassurant et posa une main sur le cou de l'immense molosse qui gardait la ferme. Il n'y avait rien.
La femme leva sa baguette devant elle, sur ses gardes. Il faisait sombre. On était le soir, entre chien et loup et il y avait du brouillard sur la campagne. La femme fit le tour de la cour. Elle n'entendait que le souffle du vent dans les aulnes mais c'était rare que le chien aboie s'il n'y avait personne.
Méfiante, elle retourna dans la maison et prit une lampe à huile. Alors qu'elle traversait le couloir, elle sursauta mais ce n'était que son reflet dans le miroir. Ce n'était pas la première fois. La lumière de la lampe rebondissait sur les dents apparentes à travers la plaie béante de sa joue.
Elle remit soigneusement une mèche de cheveux noirs veinés de gris derrière son oreille.
Dehors, le chien avait recommencé à aboyer.
Nerveuse, la femme se décida à prévenir son mari.
Elle toqua à la porte de son bureau mais ne recevant aucune réponse, elle se permit d'entrer.
-Sergeï ?
Ses grandes prunelles d'obsidienne se dilatèrent et elle poussa un hurlement.
Et sur ce… Joyeux Noël !
J'avais pas mal de chose à dire mais il faut que je me souvienne de tout.
D'abord, je suis vraiment désolée que la relation entre Gellert et Albus ait été faussée. Pour être franche, ce n'était pas prévu quand j'ai commencé la fic mais entre temps, j'ai trouvé un témoignage de J.K. Rolling qui disait que l'amour « charnel » d'Albus ne lui a pas été retourné. Et si je peux faire mentir les personnages, il est difficile de faire mentir les auteurs -_-'.
Au passage, la modification de la mémoire de quelqu'un en passant par l'occlumentie est abordée par Katerina et Albus, lors de leurs rendez-vous de mémoire dans le chapitre de la première épreuve (Je le précise car j'ai horriblement galéré à retrouver ce passage).
Vous avez peut-être aussi remarqué un léger retour de l'appellation « garçon » qui pour moi traduit chez Gellert une impossibilité de rester sur un plan d'égalité avec quelqu'un et de plus, je pense qu'il ne s'en rend pas compte. Et le fait qu'Albus l'accepte est aussi une façon de montrer que l'ascendant psychologique que Gellert a sur lui a augmenté.
Cependant, l'attachement de Gellert pour Albus était vrai, mais on en reparlera plus tard…
Du coup, vous pourrez remarquez si jamais vous relisez certaines scènes que les passages romantiques commencent toujours d'abord par un échange de regard. Dans la seule scène qui fait exception, Gellert repousse Albus jusqu'à ce qu'il le regarde.
Quand au commentaire sur l'homosexualité d'Abelforth, n'oublions pas que nous sommes en 1899. L'abolition de la pendaison pour sodomie n'est en vigueur en Angleterre que depuis 1860 et des patates et l'homosexualité est toujours passible d'emprisonnement.
De part chez nous, l'homosexualité masculine est autorisée depuis la révolution Française tant que les gays ne s'embrassent pas trop en public. Et on les fiches quand même parce que non mais ho, on sait jamais si la loi change on pourrait faire une rafle générale.
Alors, oui, nous sommes chez les sorciers donc ce n'est pas pareil… Les sorciers hein ? Ces types aux idées super ouvertes, on le sait tous…
Enfin, je suis assez heureuse qu'Albus aille faire un tour de l'autre côté parce qu'un certain nombre de détails montre qu'il s'y connait quand même en culture moldue. J'en reparlerai au prochain chapitre.
Voilà, voilà, j'ai été assez bavarde aujourd'hui.
Je vous dis à bientôt pour le chapitre 18 où nous allons arriver à ce duel de légende sur lequel je tripe depuis deux ans.
Tout commentaire me ferait terriblement plaisir.
Merci beaucoup de me lire ! Et encore de joyeuses fêtes !
Lou
