Disclaimer : Ils ne sont pas à moi !

Avant dernier chapitre ^^

Bonne lecture !


Chapitre 18 : Nurmengard


Stella splendens – Luc Arbogast


Le vent se lève!... Il faut tenter de vivre!

Le cimetière marin, Paul Valery


Le décès tragique d'un ancien auror

29 juin 1945

On ne cesse de nous le dire. De l'autre côté de La Manche, le vent se lève.

On ne vous présente plus cette triste figure qui revient de plus en plus sur le devant de la scène politique. Les rumeurs disant que Gellert Grindelweld monte une armée à l'est devient de plus en plus crédible alors que l'année s'écoule.

Cette fois, c'est le corps de Sergeï Prince qui a été retrouvé sans vie à son domicile, par son épouse, Katerina Prince. Cette dernière n'a pas souhaité s'exprimer et a quitté immédiatement le domicile conjugal avec sa fille de seize ans pour une destination privée.

Bien qu'ayant vécu toute sa vie à l'Est où il a officié comme auror, -puis comme professeur à l'école de sorcellerie de Durmstrang avant d'acquérir une ferme avec sa compagne- Sergeï Prince a malgré tout un père d'origine anglaise et avait effectué toute sa scolarité à Poudlard. Il n'est donc pas un inconnu pour énormément de sorciers anglais. Et pour beaucoup d'entre nous, nous ne perdons pas seulement un sorcier brillant mais aussi un proche.

Certains individus parmi les sorciers continuent à faire la sourde oreille à la menace en provenance de l'Est et prétendent injustement que le décès pourrait être lié au petit problème de lycanthropie de la veuve et non à un « soi-disant mage noir ».

Nous leur rappelons aimablement que le décès a eu lieu pendant le premier quartier et que le défunt a reçu un sortilège impardonnable. Mais les langues de vipères sauront trouver une faille dans notre raisonnement.

Nous prenons également quelques lignes pour rappeler qu'il s'agit de la huitième mort violente de ce type depuis le mois de juin et que nos derniers échanges avec les gouvernements polonais et hongrois demeurent des plus suspects. Il y aurait de l'imperium là-dessous que ça ne m'étonnerai pas.

Et que dire de cette immense tour sombre qui se dresse vers le ciel que Berthie Sombrouillard a aperçue depuis son balais et qui depuis n'est plus traçable par aucunes cartes ?

Mes amis, je vous le dit, nous allons vers des heures sombres et nous sommes en droit de demander ce que font nos gouvernements ?!

Ulric Boiteneige, reporter à la gazette.

Le petit sorcier essoufflé escalada les marches qui montaient à la volière du ministère au pas de course, l'article soigneusement plié dans la main. Il arriva dans la pièce circulaire dont le sol était jonché de fientes de hiboux et choisit machinalement un petit duc boudeur. Il attacha l'article autour de sa patte.

Il n'y avait pas de fenêtre au ministère de la magie, celui-ci se trouvant sous la terre, alors le petit employé essoufflé s'approcha de l'immense cheminée qui se trouvait dans la pièce. En passant par le conduit, le hibou se retrouverait aussitôt dans le Londres moldu.

Avant de laisser l'animal s'envoler, le petit sorcier lui glissa un nom à l'oreille:

-Albus Dumbledore !


Les sons graves et sonores du jazz emplissaient la pièce. Les hommes fumaient des cigares et étaient habillés de smokings, les femmes portaient des cheveux au carré à la Loulou et des robes courtes couvertes de brillants.

L'ambiance était à la joie.

New York célébrait la fin de la seconde guerre mondiale en Europe et la musique explosait dans les cafés. L'ambiance était à l'amour, à la fête, à la sensualité.

Albus redressa du doigt son haut de forme et alluma une cigarette. Le Plaza Hôtel brillait de tous ses feux et la fête se répandait jusqu'à Central Parc.

Assis sur une banquette de cuir, il sourit au jeune intellectuel qui lui exposait avec animation ses idées concernant le dernier bastion de la guerre contre les japonais.

Albus se concentrait pour l'écouter. Mais il avait du mal à ignorer les boucles blondes du jeune homme. Son regard ambré et exalté lui rappelait les brumes d'un passé troublant.

Il laissa filer la fumée entre ses lèvres et l'espace d'un tiers d'une seconde, celle-ci sembla devenir une main griffue qui se tendit vers le jeune homme.

Celui-ci se figea imperceptiblement :

-Oh... vous avez vus ?

Les cils roux d'Albus voilèrent doucement ses prunelles bleues et murmura:

-Quoi donc ?

Le jeune homme s'humecta les lèvres, hésita et lui fit un sourire désarmant :

-Rien. J'ai cru voir dans la fumée. Comme une main. C'était amusant.

-...

Albus se sentit vaguement désolé de s'être laissé aller à un peu de magie en présence d'un moldu, mais c'était amusant après tout. Ces yeux bleus pétillèrent de malice. Le jeune homme le fixait avec une admiration béate et Albus en ressentit de la gêne.

Il avait soixante-quatre ans et une longue vie derrière lui. Il était admirablement conservé, mince, le visage long, les yeux rieurs. Il fréquentait assidûment les intellectuels de son temps, des deux côtés du voile qui séparait le monde de la sorcellerie de celui des moldus.

Les vacances d'été lui avaient ouvert les portes de ce qu'il appelait « son petit secret ». Pendant deux mois, il s'autorisait une autre vie, loin du professeur de métamorphose de Poudlard.

Là, il s'autorisait des écarts que personne ne soupçonnait et fréquentait des personnalités moldus redoutables à la plume aiguisée comme Truman Capote ou Tennessee Williams. Il avait passé un certain nombre d'étés en Europe. A Paris en particulier, où l'homosexualité était extrêmement en vogue chez les artistes. Il avait suivit avec un plaisir enfantin le développement du dadaïsme puis du surréalisme.

Et c'est toujours avec une émotion étrange et teinté de mélancolie qu'il avait pensé à Gellert, debout devant la toile d'un sombre inconnu appelé Magritte, ou devant un Dali.

A chaque fois la même pensée entêtante lui trottait dans la tête :

« Tu avais tord Gellert. Parfois leur magie dépasse la notre. Peu importe l'étendue de nos pouvoirs... Le rêve et l'imagination sont toujours la magie la plus belle. »

D'une certaine façon, il avait fui l'Angleterre et ses mœurs encore très puritaines. Et il savait qu'il ne pourrait jamais y jouer la comédie d'une nouvelle vie. Son visage était trop connu.

Il avait traversé l'Europe ainsi que les États-Unis et il connaissait la souffrance que peuvent laisser deux grandes guerres. A chaque fois, les yeux des hommes et des femmes se tournaient vers l'Est. Et lui, il ne pouvait y faire face. Pudiquement, il détournait les yeux. L'ombre de l'Est avait toujours le même visage rieur et les mêmes canines féroces qu'il tentait d'oublier depuis si longtemps.

Albus prit une nouvelle bouffée de tabac en évitant soigneusement le regard du jeune homme.

Il ne connaissait pas son nom mais il savait ce qu'il voulait.

Les homosexuels se donnaient souvent rendez-vous au Plaza Hotel et leur communauté ne faisait que grandir à New York. La manière dont ce jeune homme qui ne devait pas dépasser les trente ans le fixait ne lui donnait pas de doute.

Il savait qu'il y avait quelque chose de différents en lui qui attirait certains moldus comme des papillons vers la lumière. Ils aimaient quelque chose dans le profil à la fois mélancolique et rieur de cet homme magnétique, sensuel et insaisissable.

Il savait également que son apparence était menteuse et qu'il vieillissait plus lentement qu'eux.

Il se demanda s'il coucherait avec lui si le jeune homme se montrait suffisamment empressé.

Chaque année, Albus avait une aventure de quelques mois qui se terminaient sans éclats. Les amants qu'il se choisissait étaient éternellement blonds, jeunes, rieurs... Il était toujours celui qui dominait ces relations éphémères qui n'avaient pas d'autre but que de lui donner l'illusion de corriger une antique erreur.

D'une main, il caressa sa barbe parfaitement taillée tandis que le jeune homme frôlait sa jambe du bout des doigts. Il ne broncha pas.

Soudain une grosse boule de plumes fit irruption dans le café, accompagné par de multiples cris et rires. Le hibou s'écrasa sur la table du café avec un manque total d'élégance. Les gens se tournèrent vers eux et Albus pinça les lèvres.

Il se leva et empoigna l'oiseau avec la plus grande délicatesse possible.

-Je reviens, dit-il à son compagnon, qui le regardait avec des yeux ronds. Il faut le remettre dehors.

Il se glissa parmi la foule et sortit dans la rue. A deux pas, les arbres de Central Park lui donnèrent un excellent abri pour récupérer le message roulé autour de la patte du hibou.

Le visage fermé, il parcourut l'article des yeux et resta silencieux. Il appuya sa cigarette contre l'article de journal qui se consuma dans la nuit.

Perché sur son bras, le hibou lui tendit la patte. Albus lui fit non de la tête et le relâcha dans le ciel.

Il s'humecta les lèvres et hésita un peu, les yeux durs.

Seirgeï était mort.

Dans quel état devait être Katerina Svantoviten ce moment ? Katerina Prince. Le nom lui sembla étrange. Il ne savait même pas qu'elle avait eu une fille. En fait, il n'avait eu de nouvelles d'elle que dans les articles qu'elle avait pût écrire. Principalement en matière de métamorphose.

Tout cela était loin.

Les souvenirs lui prirent la gorge et elle se serra.

Kat. Le fiasco du tournoi des trois sorciers. Gellert.

L'Est.

Ses prunelles se dilatèrent et la peur se distilla dans ses veines.

Ariana. Ses yeux ouverts.

Morts.

Et par la faute de qui ?

Il reprit le chemin du café.


Quelques heures auparavant, Albus avait troqué son costume trois pièces pour une robe de sorcier de couleur prune qui était sacrément plus seyante que ces étranges vêtements moldus qui manquaient complètement de confort.

Ils étaient en septembre 1945 et la gare de King's Cross était noire de monde.

Albus se glissa parmi les sorciers bruyants et empressés avec la douce sérénité de celui qui rentre chez lui. Il aperçu Elphias Dodge avec sa femme et ses trois filles sur le quai et il les rejoignit en souriant. C'était pour avoir l'occasion de revoir son vieil ami qu'Albus s'était porté volontaire pour être surveillant dans le train à l'occasion de cette rentrée des classes.

-Albus ! Mon ami ! Où étais-tu passé encore ?! Toujours pas monts et par vaux ! Qu'est ce que tu nous ramènes comme découverte cette fois ?

-Rien de très original. Une nouvelle propriété pour le sang de dragon, mon cher.

Albus sourit. Contrairement à lui, qui restait insolemment jeune, Elphias commençait doucement à se dégarnir.

Dans la foule, il aperçut d'autres connaissances. Après avoir échangé les nouvelles pendant un long moment, il prit congé d'Elphias et se dirigea vers Abraxas Malefoy qui bavardait gaiement en compagnie d'Augusta.

En voyant s'approcher quelqu'un, le visage du blond s'assombrit mais il parut soulagé en réalisant qu'il s'agissait d'Albus.

D'une certaine façon, Augusta avait fait la paix avec Albus deux ans après la fin du tournoi. Un ami commun avait aperçu Albus errant quelque part entre le monde des sorciers et des moldus, vivotant en grignotant sur ses économies mais sans jamais prendre réellement s'engager dans aucune voie.

C'était elle qui avait glissé un mot à son père, Armando Dippet, qui venait d'accéder au poste de directeur de Poudlard, afin qu'il lui propose un poste de professeur de métamorphose que Dumbledore avait finit par accepter.

-Albus. Tu as passé de bonnes vacances ?

-Beaucoup trop courtes. Comme d'habitude.

Augusta lui lança une moue qui cachait un sourire en coin. Il lui fit un sourire charmeur qui ne cachait rien de plus qu'une très longue habitude entre deux vieux amis. Il échangea un signe de tête aimable avec Abraxas Malefoy, impeccable dans sa robe de sorcier noire et argent.

Augusta portait une longue robe verte surmontée d'une étole en renard et était coiffée de son habituel chapeau bizarre. Excepté que le canari avait prit de l'envergure avec le temps et ressemblait à présent plutôt à une sorte d'épervier énorme et agressif. Elle était venue accompagner le cadet de ses enfants qui entrait en septième année à Poudlard et qui avait déjà filé pour rejoindre ses amis.

Sa fille ainée et son deuxième fils travaillaient déjà depuis quelques années.

Albus était ravit de la voir en bonne forme. Ils avaient recommencé à entretenir plus que des relations cordiales quatre ans auparavant, quand il l'avait trouvée effondrée en larmes dans une arrière salle pendant l'enterrement d'Ernest.

Augusta et Ernest avaient eu une vie paisible et heureuse qui avait finit d'une manière tragique par l'explosion du servie de psychomagicologie dans lequel Ernest était madicomage. Tout ça à cause d'un cas particulièrement rare de souffle du souffre chez un patient dérangé.

Le hasard avait tristement fait que parmi les médicomages tués ce jour-là se trouvaient également les jumeaux Malefoy, Iruela et Ophélius, les enfants d'Abraxas.

Albus ne savait pas grand-chose de la vie d'Abraxas en dehors de ce qu'on en disait. La rumeur racontait qu'il ne s'était jamais entendu avec sa compagne et que leur vie commune avait été le pire des calvaires. Ils avaient eu très jeunes deux enfants que leurs père avait éloigné le plus possible de leur mère ce qui avait fait terriblement souffrir celle-ci.

Suite à la mort de leurs enfants, Abraxas avait subit tous les reproches du monde de la part de son épouse qui avait souhaité pour eux un autre genre de carrière. On disait qu'au jour d'aujourd'hui, le seul but de Mme Malefoy était de pouvoir redonner un héritier tardif à la famille, sans quoi la lignée Malefoy s'éteindrait. Malheureusement à près de soixante ans, l'horloge biologique semblait un peu déréglée et la pauvre âme continuait de s'empiffrer de potions en tout genre afin de pouvoir retomber enceinte d'un homme qui la méprisait au plus haut point.

A côté de ça, le deuil commun avait considérablement rapproché Augusta et Abraxas et les commères disaient tout bas que ces deux là entretenaient sans doute une liaison. Tout en ne se mêlant en rien de ce qui ne le concernait pas, Albus souhaitait secrètement que toute cette histoire soit vraie car il y avait peu de choses qui auraient fait plus de bien à ces deux têtes de mules.

Les trois adultes échangèrent quelques banalités avant qu'Augusta n'intervienne :

-Au fait, y a-t-il des nouvelles de ton frère ? J'ai entendu qu'il avait été convoqué par le magenmagot pour utilisation de l'imperium sur une chèvre.

-Ah oui, j'étais présent au jugement, répondit Abraxas, il a été innocenté et Enid Smeek a du payer une forte amende. Mais les mauvaises langues disent que ce n'est pas étonnant puisque c'est Albus qui préside depuis quatre ans maintenant.

Albus hocha la tête en souriant d'un air gêné.

-Alors c'est finit ?

-Oui. Enid souhaite mettre la main sur notre maison familiale de Godric's Hollow depuis des années. Elle appartient à mon frère maintenant et il n'a aucune intention de vendre, surtout maintenant que la tête de sanglier se remplit d'autant d'olibrius que notre monde en compte, gloussa Albus.

-Si je ne me trompe pas, on t'y a vu, pas plus tard qu'en juin dernier, le taquina Augusta.

-Oh, mais je suis bien le premier des olibrius de la tête de sanglier.

Abraxas ajouta :

-C'est d'autant plus heureux que ton frère commence à te laisser y entrer sans te lancer de crottes de chèvres. Ca ne fait pas si longtemps…

Mi-riant, mi-agacé, Albus continua :

-Toujours est-il qu'Abelforth a surprit Enid qui était entré par effraction dans le salon. Il mesurait les pièces pour savoir si ses meubles pourraient tous rentrer. Abel était si furieux qu'il a ensorcelé son bouc favori qui a jeté l'intrus dehors à grands coups de cornes. Mon frère a eu suffisamment de circonstances atténuantes pour s'en sortir indemne mais le magenmagot lui a quand même donné un avertissement. Il a intérêt à se tenir à carreaux.

Abraxas lui lança un regard perçant :

-Et il faut être prudent par les temps qui courent. Les condamnés sont souvent mis à disposition des aurors pour être envoyé à l'Est.

Albus se contenta de sourire vaguement. Il connaissait les nouvelles normes. Augusta rebondit aussitôt en fronçant sévèrement ses sourcils :

-Ne me dis pas que tu n'as pas entendu parler de tout ce qui se passe là bas ? Pour ma part, j'aurais pensé que le nom de Grindelwald t'aurait fait bondir !

Albus soupira :

-Comment ne pourrais-je pas être au courant ? Léonard Spencer-Moon me fait parvenir toutes les coupures de journaux sur le sujet.

Abraxas gloussa :

-Je crois qu'il se sent dépassé par les évènements et qu'il souhaite que tu reprennes la place de ministre de la magie à sa place.

Augusta ajouta d'un ton sec :

-Il faut dire que depuis l'assassinat de Prince, les meurtres ont triplés et que Grindelwald a dévoilé sa forteresse. Un bâtiment énorme, construit en haut d'une chaine de montagnes. Nurmengard. C'est là qu'il enferme ses opposants. Plus j'y pense, plus je me dis qu'on aurait du le mettre hors d'état de nuire quand il a défiguré Katerina. Comme s'il ne lui avait pas fait assez de mal. Il fallait maintenant qu'il tue son mari.

Comme Albus ne répondait rien, Augusta rajouta :

-Est-ce que tu penses faire quelque chose ?

-Quelque chose comme quoi ?

-Je ne sais pas. Tu as souvent donné des coups de mains quand des mages noirs trop actifs montraient le bout de leur nez.

-Ca n'a jamais dépassé les limites du territoire...

Abraxas leva un sourcil :

-Oui, enfin, le problème devient doucement d'ordre international. Il va finir par étendre son influence jusqu'à nous. Si ça continue, il y aura véritablement une guerre. Ca ne te contrarie pas ?

Mais une fois de plus, Albus détourna le visage.


28 novembre 1945

Une main frappa à son bureau et Albus leva les yeux des copies qu'il était en train de corriger. Le concierge glissa son visage dans l'entrebâillement :

-Professeur Dumbledore. Je suis navré de vous déranger aussi tard mais vous avez une visite.

Albus ouvrit de grands yeux étonnés. Il était plus de dix heures et il n'attendait personne.

-Une dame et une demoiselle, insista le concierge. Elles vous attendent dans le hall.

Curieux plus qu'ennuyé, Albus se leva de son bureau et quitta son appartement en suivant son collègue. Ils furent quelque peu dérangés par les escaliers qui se montrèrent particulièrement réticents à leurs faire atteindre leur destination sans rouspéter mais outre ce léger contretemps, ils parvinrent rapidement dans le hall.

Quand il aperçu la première silhouette, Albus devina immédiatement de qui il s'agissait. Il y avait quarante-cinq ans qu'il ne l'avait pas vue.

Katerina Prince portait une longue cape noire par-dessus sa robe rouge sang et elle lança un regard acéré à Albus dès qu'il apparût. Les longs cheveux noirs étaient à présent striés de mèches blanches, le visage était beaucoup plus osseux et les yeux étaient entourés de pattes d'oies.

Comme lorsqu'il l'avait connue, elle portait des bottines à talons haut et quand il s'approcha pour la saluer, ils faisaient la même taille.

-Par Merlin ! Kat ! Si je m'attendais…

Il hésita à la prendre dans ses bras avant de pudiquement lui faire la bise en posant sa main sur son bras qu'il sentit marqué de cicatrices sous ses doigts.

-Albus. Je suis heureuse de te voir.

Elle garda un visage impénétrable avant de se tourner vers la jeune fille qui les observait dans un silence maussade :

-Albus, je te présente ma fille, Elaine.

Le griffondor la détailla poliment.

Elaine était une adolescente maigre, à la peau pâle et maladive. Elle avait hérité du faciès disgracieux de son père et de ses cheveux gras. De sa mère, elle n'avait emprunté que les profonds yeux noirs, et l'ébène de sa chevelure. Quelque chose de farouche et de sauvage dansait dans son regard tandis qu'elle observait le hall, les bras résolument croisé devant une poitrine aussi plate que celle de sa mère était plantureuse.

Katerina reprit devant le regard interrogateur d'Albus :

-Je suis désolée de venir sans avoir prévenu préalablement. Il faut absolument que je te parle en privé. Mais nous avons fait un long voyage et nous sommes épuisées. Je ne sais pas très bien comment faire, mais serait-il possible de trouver une chambre dans un des dortoirs pour qu'Elaine puisse passer la nuit ici ?

-Bien sûr. Nous allons voir ça tout de suite avec Mr Perkins. Mr Perkins, voulez-vous trouver une place de libre dans le dortoir des griffondors pour cette nuit ? Je vous en serais hautement reconnaissant.

En grommelant un peu, le concierge accompagna Elaine vers les étages tandis que celle-ci leur adressait un salut mutique.

Quand elle eu disparût de leur vue, Katerina reporta son attention vers Albus :

-Ce n'est pas une jeune fille très sociable. C'est de ma faute, je suppose.

-Elle vient de perdre son père, c'est bien normal.

-Elle a toujours été comme ça. Mais que peut-on attendre d'une enfant élevée dans l'isolement d'une ferme avec un père handicapé et une mère lycanthrope qui risque de la dévorer à chaque fois que la pleine lune montre son nez. Même à Durmstrang où elle a passé les cinq premières années de sa scolarité, elle n'a jamais eu beaucoup d'amis.

Tandis que Katerina parlait, Albus la guidait vers les étages jusqu'à son bureau. Une fois arrivée, il lui proposa de s'installer sur le fauteuil en face de son bureau. Elle s'assit d'un air tendu. Albus se mit dans son propre siège :

-Un bonbon au citron ? Proposa t-il galamment.

-Non merci. Quelque chose à boire si possible. Quelque chose de fort.

Albus cligna des yeux et remarqua que son visage était légèrement plus bouffi que dans sa jeunesse. C'était soit l'alcool, soit les larmes. Elle était malgré tout toujours une très belle femme si on oubliait son profil droit. D'un geste léger de la main, un verre glissa de lui-même devant Katerina et il se remplit progressivement de whisky pur feu sans qu'aucune d'entre eux ne verse quoi que ce soit dedans.

Elle le vida cul-sec.

-Tu voulais me parler Kat, murmura Albus d'une voix douce.

Aussitôt, Katerina sembla embarrassée. Elle ouvrit la bouche puis la referma sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche. Puis sans qu'elle puisse s'en empêcher, des larmes lui montèrent aux yeux. Elle finit par fouiller dans son sac en bafouillant :

-Je ne savais pas à qui m'adresser. Tu es le seul véritable ami que je n'ai jamais eu… J'ai pensé que tu pourrais m'aider…

Elle sortit de sa poche une boule de papier froissé qu'Albus regarda avec perplexité. Il lui prit le papier des mains et le déplia lentement.

-Ce petit… Cette ordure… dit Kat d'une voix nouée et si pleine de haine qu'Albus en frémit.

Elle dût s'arrêter et quand elle réussit à finir sa phrase, de lourdes larmes coulaient sur ses joues :

-C'était dans la main de Sergeï… Quand je l'ai trouvé…

Albus ne sût que dire. Ses yeux suivaient la phrase tracée élégamment sur le papier. De cette écriture penchée et détestée qu'il connaissait par cœur.

« Bon anniversaire, Chat… »

Par Merlin…

Albus referma le papier et le posa sur la table avant de chercher dans ses tiroirs pour y chercher un mouchoir propre qu'il tendit à Katerina.

-Je suis tellement désolé.

-Non. Personne ne devrait être désolé pour ce monstre. Il joue avec nous Albus. Je ne sais même pas pourquoi il a tué Sergeï si ce n'est pour me faire du mal.

-… Qu'est ce que tu attends de moi ?

-Tu es professeur dans cette école. J'aimerai que tu obtiennes une place pour Elaine ici. Durmstrang n'est plus assez sûr.

-Rien de bien compliqué. C'est tout ?

-Elle pourra rester pendant les vacances ? Même les vacances d'été ?

-Toutes les vacances sauf celles d'été… Les élèves rentrent toujours dans leur famille à cette période de l'année.

Katerina eu l'air ennuyé :

-Je vois.

- Pourquoi toutes ces questions ? Tu parles comme si tu allais l'abandonner.

Il avait bien une petite idée sur la question et ça ne lui plaisait pas. Ses doutes se confirmèrent. Katerina murmura :

-Je vais le tuer.

Albus s'humecta les lèvres :

-Tu ne penses pas que ta fille a besoin de sa mère ? Surtout maintenant ?

-Ma fille a besoin de grandir dans un monde où elle n'a pas besoin d'avoir peur. Elle est grande et indépendante. Et elle ne veut pas plus que moi d'un monde où le meurtre de son père restera impuni. C'est tout. J'ai déjà beaucoup réfléchis Albus.

-Je m'en rends compte. Tu as l'air très déterminée. Quand comptes-tu le défier ?

-Demain…

Si tôt.

Albus hésita :

-C'est lui qui va te tuer, tu le sais ?

Elle lui fit un sourire étrange, déformé par la cicatrice répugnante qui lui ouvrait la joue, mais ne répondit pas. Albus soupira :

-Est-ce que tu sais où dormir ? Nous n'avons pas de chambre de libre pour des adultes.

Elle haussa les épaules, indifférente. Il insista :

-Tu peux m'emprunter ma banquette si tu le souhaites.

Katerina hésita :

-Ce serait bien… Merci.

-Je peux même prendre la banquette. Utilise mon lit pour te reposer le plus possible.

-Non, c'est bon. Je ne crois pas que j'arriverai à dormir cette nuit de toute façon.

-Est-ce que je peux faire quelque chose d'autre pour toi ?

Elle lui fit un sourire vide d'émotion :

-Oui. Venir avec moi demain.

Le visage d'Abus se ferma :

-Est-ce que tu réalises que tu me demandes de risquer ma vie ?

-Je pense qu'il a la baguette de sureau. Je pense que les meurtres ont augmenté parce qu'en tuant Sergeï, il est devenu le maitre de la baguette. On ne peut pas vaincre cette baguette par la force. Elle est la baguette la plus puissante au monde. Alors nous devons vaincre l'homme caché derrière. Et qui peut faire ça mieux que toi et moi. Gellert est orgueilleux. Emotif. Tu le sais aussi bien que moi.

Albus appuya sa tête contre ses poings :

-Je ne peux pas…

Katerina plissa les yeux :

-Pourquoi ? Si tu me dis que tu as peur de lui je ne te croirais pas.

-J'ai peur. Je n'ai pas peur de mourir mais je suis terrifié… Je suis trop lâche pour venir avec toi…

Katerina ouvrit de grands yeux surprit :

-Albus ?

A voix basse, il lui raconta tout. Durmstrang. Godric's Hollow. Les rêves que Gellert instillait en lui. Et surtout Ariana.

Katerina l'écoutait sans mot dire, désolée tandis qu'il se levait et faisait les cents pas en concluant son histoire :

-Tu comprends, je ne sais pas qui l'a tuée. Je ne sais pas qui de moi, d'Abelforth ou de Gellert l'a tuée. Si c'était moi ? Oh par Merlin si c'était moi ? Pire, si c'était Abelforth ? Il en mourrait ! Je ne peux pas faire ça…

-…

-…

-C'est une histoire très triste Albus. Je ne te demanderai plus rien, c'est promis. Mais je le tuerai demain. Et je le ferai pour toi aussi. Même si je dois mourir pour cela.

-…

Elle se leva et sourit avant de se diriger vers la fenêtre devant laquelle planait une lune gibbeuse :

-Si je meurs demain, alors je ne souffrirais plus jamais la souffrance de devenir ce monstre qui a fait son nid dans mon corps.

Il n'y avait rien de plus à dire. Ils s'installèrent dans la pièce secondaire, où le professeur de métamorphose avait ses appartements.

Katerina s'enroula dans sa cape et s'installa sur la banquette. Un peu gêné, Albus se mit en sous-vêtements tandis qu'elle regardait ailleurs et se glissa entre les draps. Puis il souffla les lumières en actionnant son déluminateur.

Les minutes puis les heures s'écoulèrent. Albus se retourna pour la millième fois et jeta un coup d'œil à la silhouette installée sur le canapé, la lumière de la lune se reflétant doucement sur ses yeux grands ouverts.

-Kat ? Appela t-il d'une voix aigue qui lui rappela l'adolescent qu'il avait été.

L'ombre sur la banquette bougea un peu.

-Si tu viens te coucher, j'irais avec toi demain.

Elle eu un petit rire. Puis elle se leva doucement. Albus lui avait proposé ça sans arrière pensée. Juste pour se trouver une excuse pour avoir du courage. Juste pour que cette silhouette solitaire rêve une dernière fois avant qu'ils ne se jettent en pâture au monstre.

Avec elle peut-être. Avec elle il pourrait ne pas penser à Ariana.

Il l'entendit s'asseoir sur le lit et lever les bras pour enlever les épingles qui retenaient sa natte roulée en chignon. Il se détourna quand elle enleva sa robe.

Quelques instants plus tard, elle était à coté de lui, de dos.

Il essayait de dormir quand il l'entendit chuchoter :

-Est-ce que tu as des nouvelles d'Augusta ?

-…

-J'ai appris pour Ernest. Dans les journaux… Je me demandais si elle avait refait sa vie…

-… Je pense qu'elle entretient une relation spéciale avec Abraxas Malefoy. Platonique ou non, ça n'a pas d'importance. Ils comblent leur deuils ensemble.

-Je vois.

-Essaye de dormir.

-Oui.

-…

-Albus ?

-Hum ?

-Si je dois mourir, je suis heureuse que ça soit avec toi.

Il se tourna à moitié vers elle et murmura :

-Dors.

Elle se tourna également et lui fit un sourire moqueur. Leurs regards se croisèrent longuement et Albus se sentit mal à l'aise. Il se retourna vers le mur.

Ce fût lui qui plus tard, lui effleura le ventre. Ses doigts s'attardèrent sur les multiples cicatrices qui lui marbraient la peau.

Et après, quand il la sentit gémir sous lui et que ses mains s'agrippèrent aux rideaux du lit, il comprit que Gellert était entre eux, omniprésent, tout comme le deuil était entre Abraxas et Augusta.

Faire l'amour avec cette femme avait remplit la blessure initiale. Parce qu'il ne pouvait pas la manipuler, elle. Pas la haïr, pas le dominer. Pas la baiser comme on se venge.

Rien de tout ce qu'il faisait avec les garçons blonds du Plaza Hotel. Il se rappela qu'avec le dernier, il n'avait pas pu. L'article de journal. Prince. Katerina. Gellert. Il n'avait pas pu. Vraiment.

Et quand il atteignit l'orgasme, quand elle se cambra sous lui, les lèvres entrouvertes, il ne savait pas encore que c'était la toute dernière fois qu'il ferait l'amour. La toute dernière fois que sa peau claquerait contre une autre.

La blessure avait été guérie par une autre détresse semblable à la sienne et plus jamais il n'aurait envie de se mélanger à quelqu'un sans l'aimer.

Epuisés, ils dormirent jusqu'à ce que l'aube les réveille.


La falaise donnait une vue imprenable sur la vallée.

Albus sortit de sa poche une petite paire de lunettes en argent recouvertes de diverses molettes.

-C'est ici.

Katerina jeta un regard perçant vers la plaine en resserrant les pans de sa cape sur ses bras. Loin, en haut d'une montagne escarpée se dressait Nurmengard, une haute tour carrée qui s'élevait jusqu'à une plate-forme d'où on pouvait observer à des kilomètres à la ronde.

Albus regarda dans les lunettes. En tripotant les boutons, il fit un zoom et observa soigneusement le bâtiment. Les lunettes lui permettait de percer à jour un certains nombre de protections. Il y avait une bulle bleue qui protégeait le dôme et de multiples sorts de détection de présence posées sur le sol tout autour de la prison.

-Tu vois quelque chose ? Interrogea Katerina.

-Il n'y a pas de fenêtres. Deux moyens pour entrer là-dedans : Soit par la porte principale, soit par en haut, mais il y a un sort de protection qui empêche d'arriver par la plateforme.

-C'est tout ?

-Il y a un sort sur le sol, mais ça ne devrait pas nous poser de problèmes. Il suffira d'y aller en volant. Un petit sort d'oiseauombre devrait nous permettre de nous y rendre sans problèmes et en toute discrétion. Je vois aussi une faible lueur qui se dégage des murs. Une fois dedans, on ne pourra plus transplaner, mais c'était évident. Il va falloir montrer patte blanche.

-Tu proposes d'entrer par la porte ? Ce n'est pas se jeter dans la gueule du loup ?

-Sans doute un peu. Mais nous utiliserons un maléfice de désillusion. C'est notre meilleure chance. Je ne pense pas qu'ils s'attendent à ce que nous les prenions d'assauts juste à deux. Et si Gellert a effectivement la baguette, l'effet de surprise sera la seule chose qui pourra nous permettre de prendre l'avantage.

-Ok. Rien d'autre ?

Albus continuait de scruter le bâtiment au travers de ses lunettes. Il s'arrêta sur la porte d'entrée et sa mâchoire se contracta furtivement. Le signe des reliques de la mort se trouvait gravée au dessus du bâtiment, accompagné d'une légende : « Pour le plus grand bien ».

Albus se revoyait encore tracer ces mots exacts sur une des missives qu'il avait envoyées à Gellert des années plus tôt. Etait-ce une énième provocation ?

Il finit par répondre à Katerina, d'une voix dénuée d'émotion :

-Rien d'autre. Allons-y.

-Prends-ça d'abord.

Katerina lui tendis un poudrier.

Il reconnu un de ces miroirs à double entrée.

-Le service des aurors ont les doubles. En cas de besoin, nous pourrons les contacter. Ils ne pourront rien pour nous mais en cas d'échec, nous pourrons toujours leur transmettre des informations.

Albus glissa le miroir dans sa robe de sorcier.

Et l'un après l'autre, ils se jetèrent dans le vide et aussitôt les tissus de leurs robes se transformèrent en ailes et sous formes de deux grands corbeaux, ils traversèrent la plaine. A tire d'ailes, ils passèrent au dessus de la limite tracée autour de Nurmengard et se posèrent non loin de l'entrée. Avant même qu'ils ne reprennent forme humaine, Albus avait déjà jeté un sort de désillusion. Heureusement, car il y avait deux sorciers vêtus de vert qui montaient la garde devant la porte.

Tandis qu'Albus maintenait le sort sur eux, Katerina pointa sa baguette en avant :

-Impero…

Quelques secondes plus tard, le deuxième garde de l'entrée était réduit au silence. Il était plongé dans un rêve éveillé dans lequel il ne remarquait plus rien. Puis le premier garde, toujours manipulé par le sortilège de Katerina, ouvrit la porte d'entrée. Katerina et Abus s'empressèrent de se glisser à l'intérieur.

Juste à temps car deux sorciers armés de leurs baguettes vinrent aussitôt demander au garde ce qui se passait. Celui-ci répondit que son camarade dormait debout et qu'une relève serait la bienvenue. Il se fit rembarrer froidement et les portes furent refermées.

Albus et Katerina se trouvaient dans un immense hall de pierre éclairé de torches. Plusieurs petits groupuscules de sorciers discutaient, groupés autour des braseros.

Albus se concentra sur sa baguette et Katerina vit la sueur perler sur sa tempe. Le sort de désillusion devenait plus éprouvant en fonction de nombre de personnes présentes. Albus posa un doigt sur ses lèvres en signe de silence et fit un léger mouvement de tête pour indiquer des escaliers recouvert d'un riche tapis rouge. Ils s'engagèrent vers le haut et montèrent jusqu'au deuxième, troisième puis quatrième étage sans se faire remarquer.

Jusqu'ici, ils n'avaient croisés que des geôles. Rien qui puisse ressembler à des appartements privés.

Ils prirent ensuite l'escalier en colimaçon qui menait au cinquième étage et alors qu'ils allaient déboucher dans le couloir, un bruit de voix les interpella. Toujours sous le couvert du sort de désillusion, Katerina et Albus se collèrent contre le mur, retenant leur respiration.

Une sorcière encapuchonnée les dépassa en descendant les marches. Alors qu'elle le croisait, Albus sentit tous les poils de ses bras se dresser. Il serra les dents en voyant les manches de la sorcière le frôler. Cette sensation. Il connaissait cette sensation familière et désagréable. Une vélane !

La sorcière s'arrêta, tourna son visage vers eux et dilata ses narines.

Le sang quitta le visage d'Albus quand il reconnu Anoushka, plus vieille de quarante ans par rapport à ses souvenirs. Il essaya de se souvenirs de ce qu'il savait des vélanes, mais avant qu'il ne se rappelle de quoi que ce soit, la femme avait reprit sa route.

Albus les croyait sortis d'affaire, mais soudain, Anoushka brandit sa baguette dans leur direction :

-Stupéfix !

Ils n'eurent que le temps de se baisser et de filer en vitesse vers les étages supérieurs. Aussitôt la protection magique qui les rendait invisible se dissipa. Anoushka se lança à leur poursuite mais Katerina lui lança un incendio informulé qui mit le feu à sa robe.

Bien qu'ils se soient débarrassé de la sorcière pour le moment, leur échange de sortilège n'était pas passé inaperçu. Les deux infiltrés entendirent des bruits de pas courir dans leur direction. Dans la panique, ils réussirent à monter encore deux autres étages avant d'être rattrapés par cinq sorciers armés de leurs baguettes. Albus reconnu Pietrov parmi eux.

Albus et Katerina n'attendirent pas avant de décharger sur eux une tempête de sortilège qui en désarma la moitié avant qu'ils n'aient eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait. Un duel plus féroce s'engagea contre Pietrov et un autre sorcier qu'Albus ne connaissait pas.

Albus parvint à assommer son adversaire en le projetant contre le mur situé derrière lui tandis que Katerina présentait quelques difficultés contre Pietrov. Le roux accourut à son secours. Mais déjà d'autres renforts arrivaient.

Albus commençait à se dire que la situation devenait délicate quand une voix résonna dans le couloir où ils se trouvaient :

-Qu'est ce qu'il se passe ici ?

Un frisson parcourut l'assemblée des sorciers et plus personne n'esquissa un mouvement, bien que les baguettes soient restées braquées sur Katerina et Albus. Ces deux derniers regardèrent arriver la nouvelle arrivante.

C'était un tout petit bout de femme. Un mètre quarante à peine. Un nuage de cheveux blancs noués en un minuscule chignon et une quantité astronomique de breloques cliquetantes sur le cou et aux poignets. Un visage si vieux et si ridé qu'il avait l'air de sortir de la nuit des temps. La bouche dont les lèvres étaient inexistantes se retroussa sur un sourire qui laissa étinceler plusieurs dents en or.

Katerina frémit. Albus ne pût se dégager du regard d'or froid qui démentait le sourire mielleux. Les yeux de Gellert. La bouche d'Albus se fit sèche. La vieille dame n'avait pas prit la peine de sortir sa baguette. Ses bras reposaient sereinement sur le grand châle noir qui lui couvrait les épaules.

Albus murmura :

-Vous êtes Baba Yaga ? La grand-mère de Gellert…

Elle le fixa avec un air de doux mépris :

-Nous vous attendions Mr Dumbledore. Vous aussi Mme Prince. Il vous attend. Suivez-moi.

Dans un silence glacé, Katerina et Albus passèrent au milieu des regards scrutateurs des partisans de Gellert. La vieille femme les entraina dans les escaliers, marchant d'un pas étrangement rapide pour son âge. Ils étaient seul avec elle, pourtant elle ne les surveillait toujours pas et n'avait pas davantage pris sa baguette.

Katerina jeta un long regard entendu à Albus. Il fallait se méfier de cette femme comme de la peste.

Au bout d'une dizaine d'étages, la Yaga s'arrêta devant un très grand escalier rouge. Sans mot dire elle les laissa passer avant de s'effacer.

Albus cligna des yeux. Au bout du tunnel, Gellert les attendrait. Katerina saisit sa main, étroitement et ils montèrent les marches ensemble, jusqu'aux portes. Cette montée lui sembla infinie. Et à nouveau il se revit avec Kat, des années auparavant. Si beaux et si droits dans les couloirs de Durmstrang. Qu'est ce qu'ils étaient devenus !

Katerina le regarda et il l'embrassa avec fougue. Elle murmura contre sa bouche :

-Il y aura une occasion. Soit prêt. Juste une toute toute petite ouverture.

Il acquiesça et les portes s'ouvrirent…

D'abord ils furent saisit par le froid. En haut de Nurmengard, les bourrasques de vent glaçaient les os plus que dans la plaine. Malgré ses lunettes, Albus dût plisser les yeux pour voir nettement devant lui.

C'était une grande place carrée entourée de remparts.

Dos à eux, Grindelwald observait la plaine. Et quand il entendit des pas derrière lui, il se retourna et leur sourit.

La dernière fois, c'était un adolescent et maintenant, c'était un homme qui leur faisait face. Il était un tout petit peu plus grand que dans les souvenirs d'Albus. Plus large d'épaule et plus musculeux. La mâchoire était plus forte, les yeux plus profondément enfoncé dans leurs orbites. Ses joues étaient mal rasées et ses cheveux étaient plus longs.

-Albus.

-…

-Et Kat.

-…

Il avait une voix plus rauque qu'avant. Très animale.

-Je me doutais que vous viendriez à moi… Mais ensemble ?

Il eu un rire ronronnant et ses yeux brillèrent :

-C'est presque Noël, les enfants…

La seule réponse fût un flot d'informulés qui jaillirent de la baguette de Kat dans un pêle-mêle furieux. Grindelwald leva sa baguette et un simple protego le mit à l'abri de tous les sorts qui lui avaient été jetés. Albus serra les dents en reconnaissant la baguette de sureau.

Trois fois encore, Katerina reprit l'assaut mais Gellert l'évita avec une facilité déconcertante.

-Ce ne sert à rien, Kat… Murmura doucement le blond. Tu perds ton temps.

Elle le fixa longuement :

-Sergeï… Pourquoi ? Pourquoi l'avoir tué ?

Gellert haussa les sourcils :

-Parce qu'il était le maître de la baguette de sureau, n'ayant jamais été vaincu. Il fallait que je le désarme pour que la baguette invincible me reconnaisse comme son maitre.

-Pourquoi ne pas juste le désarmer ? Pourquoi m'avoir nargué avec tant de cruauté?

Quelque chose de très doux glissa sur le visage de Grindelwald avant de disparaitre :

-Pour te laisser retourner te cacher ? Pour te laisser continuer à vivre avec ce type dans une sombre ferme dans le trou du cul du monde? Non. Hors de question. Je voulais que tu sois en colère. Peu importe que tu me haïsses. Je savais que tu viendrais…

-Espèce de…

-Tu me manquais Kat… J'aurai bien besoin d'un loup-garou dans mes rangs.

Cette dernière réplique provoqua un nouveau nuage de sortilèges. Et cette fois Albus participa à la fête. S'ils pensaient que le nombre allait poser des difficultés au mage noir, ils se trompaient. Au milieu des éclairs et des langues de feu, Gellert dansait. Il semblait s'amuser même.

Un immense cercle de flamme fit un rideau autour de lui et il le dissipa d'un simple geste de la main :

-Bon. Cela suffit.

Le cœur battant, Albus garda sa baguette levée. Katerina tremblait de rage. Grindelwald avait l'air presque blasé :

-Je ne vous ais pas laissé venir jusqu'à moi pour de telles sottises. Vous avez bien réalisé que votre combat est vain. J'espère bien que vous allez rejoindre ma cause. Je n'ai pas envie de vous tuer.

Albus eu un sourire méprisant :

-C'est une blague ?

Grindelwald leva une paupière :

-Albus, Albus. Mon pathétique ami. Puisque vous ne pouvez pas me vaincre, pourquoi ne pas rester à mes côtés pour essayer de me faire changer d'avis ? J'ai lu tout ce que tu as écrit sur les moldus et toutes tes théories ruisselantes de bons sentiments. Ce fut extrêmement… instructif…

Il y avait de la moquerie dans sa voix.

Albus aurait du se sentir insulté mais il ne ressentait juste rien. Il essayait de reconnaitre la figure qui l'avait hanté derrière le visage de cet homme. Il laissa un léger sourire flotter sur ses lèvres.

-Je suis heureux que mes théories orienté sur l'amour de son prochain t'aient appris quelque chose. Avec un peu de chance, tu auras même un jour l'occasion de les mettre en pratique.

-Ne joues pas avec moi, Albus. Il pourrait t'en coûter plus cher que tu ne croies.

-Je ne joue pas, Gellert. Je n'ai jamais été si sérieux. Je ne traite pas avec un meurtrier sans un minimum d'implication.

Grindelwald voulu répliquer mais quelque chose dans le ciel retint son attention. La chose –un oiseau- se rapprochait.

Albus sentit son cœur battre un peu plus fort. Fumseck !

Le long chant lancinant du Phénix envahit la vallée et Albus sentit son cœur se gonfler d'espoir. Katerina sembla se tenir plus droite et ses doigts enserrèrent plus étroitement sa baguette.

Grindelwald grimaça :

-Parfait. Albus, j'espère que tu te sens mieux depuis que ton poulet magique est à tes côtés.

- Je te remercie de te soucier de mon bien-être. Et oui, je me sens mieux. J'espère que c'est ton cas également, Gellert…

Le blond lui adressa un sourire moqueur :

-Tu veux savoir si le chant du Phénix me remplit de crainte ? C'est cela n'est ce pas ? Déjà il y a quarante ans, ça te hantait. Je suis navré de te contredire mais ton oiseau n'a jamais provoqué cela chez moi. Pas plus que de l'espoir d'ailleurs.

-…

-De la tristesse. Voilà ce que le chant de Phénix rappelle chez moi.

-…

-Le souvenir d'une grève. L'odeur piquante de la mer. Les coquillages coupants sous mes pieds. La douleur lancinante d'un tout premier chagrin.

Katerina écarquilla les yeux. Se pourrait-il ? Se pourrait-il que…

Grindelwald leva sa baguette vers l'oiseau qui chantait toujours. Katerina lança un long regard suppliant à Albus. Le blond susurra :

-Fait le taire maintenant ! Ma patience à des limites !

Albus parla plus fort :

-Ne sois pas stupide ! Je sais que tu n'es pas comme ça ! Nous étions proches et tu n'es pas cette personne ! Tu n'es pas cette personne !

Katerina continuait de regarder le roux. Intensément.

Albus.

-FAIS LE TAIRE !

Albus capta le regard que lui lançait son amie.

Albus. C'est maintenant.

Tout se passa très vite et très lentement.

Gellert fit tourner la baguette de sureau et prononça mollement cette formule de cauchemar :

-AVADA KADAVRA !

Un éclair vert jaillit de la baguette.

Katerina leva sa propre baguette et en un instant elle fût à nouveau mi-femme mi-oiseau. Elle eu juste le temps de s'élever de quelques mètres avant que l'éclair ne la frappe en pleine poitrine. Une surprise muette s'échappa de ses lèvres et elle flotta quelques secondes entre la terre et le ciel. Les épingles qui retenaient ses cheveux s'arrachèrent. De longs cheveux noirs s'éparpillèrent autour d'elle.

Albus. Elaine. Bianca.

Puis, elle tomba comme un oiseau tiré à la carabine.

Sergeï…

Le souffle d'Albus s'accéléra.

Devant lui, les yeux dorés de Gellert se dilatèrent. Une stupeur épouvantée se peignit sur son visage et il hurla.

Comme dans un rêve, Albus cligna des yeux pour se réveiller.

C'est maintenant, Albus… Il y aura une occasion. Juste une toute petite ouverture…

Il leva sa baguette et souffla d'une voix éteinte :

-Experliarmus !

La baguette de sureau jaillit de la main molle de son propriétaire et Fumseck la saisit au vol.

Quelques secondes plus tard, elle était entre les doigts d'Albus.

L'envie de vomir envahit sa bouche.

Gellert se fichait de sa baguette. Il n'avait peut-être même pas remarqué qu'il ne l'avait plus. Tel un dément, il avait couru auprès du corps et l'avait enlacé.

Il serrait avec un désespoir farouche le visage sans vie à qui les nattes défaites faisaient une couronne absurde. Et Albus les regardait.

Gellert, agenouillé, criait:

-NON ! NON NON NON ! KAT ! KAT REPONDS!

Abelforth et Ariana. Les mêmes yeux grands ouverts. Le même regard hébété devant la mort.

Morte... Partie pour toujours…

Gellert se mit à pleurer. Il baisa le visage défiguré au front, puis aux lèvres.

Albus sentit à quel point le vide était proche. Quelle joie ce serait de se plonger dans l'oubli…

Il leva pour la toute première fois la baguette de sureau et murmura en la pointant dans le dos de Gellert Grindelwald :

-Legilimens…

Et il pénétra dans son âme.


Ce chapitre et terminé et la prochaine fois je posterai le dernier ainsi que l'épilogue, ce qui mettra fin à cette fanfic.

J'ai quelques explications à donner. Tout d'abord je voudrais vous parler de Katerina.

J'ai crée ce personnage pour deux raisons : Pour qu'elle soit la victime de Gellert au tournoi et qu'elle soit la grand-mère de Rogue. Ca me tenait beaucoup à cœur car j'étais très intriguée par Elaine.

Franchement, quelle genre de sorcière se laisse taper dessus par un moldu à qui elle pourrait lancer le pire sortilège ? Quel genre d'enfance peut faire d'une sorcière un être démuni qui a si peu confiance en elle qu'elle préfère la violence plutôt que la solitude.

J'ai essayée de faire d'Elaine une enfant paumée, élevée en pleine cambrousse, avec un père assassiné et une mère lycanthrope déçut par elle et qui l'abandonne pour poursuivre une vengeance.

Quand à la scène d'amour entre Kat et Albus, elle n'était pas prévue. Je dirais qu'il arrive que des personnages prennent une certaine indépendance parfois. Mais ça me servira pour la suite.

A ce sujet là, je jure solennellement que si un jour, j'écris une fic sur les maraudeurs, alors il y aura une scène où Albus balancera à Severus qu'il a couché avec sa grand-mère. De préférence avec un verre de vin à la main. Pour que la scène soit de plus mauvais goût.

J'espère que vous avez passé d'excellentes fêtes et que le nouvel an sera tout aussi cool !

Lou