Disclaimer : Ils ne m'appartiennent pas, que ce soit dit !
Dernier chapitre ! Il restera l'épilogue, mais je le poste en même temps.
Un gros conseil: Ne lisez pas si vous êtes fatigué! Ce chapitre fait beaucoup de sauts temporels et il faut être concentré sinon vous ne comprendrez rien!
Chapitre 19 : Le Procès
Il n'y a pas d'amour heureux – Georges Brassens
Trois petits nègres se promenèrent au zoo.
Un gros ours en étouffa un
et il n'en resta plus que Deux.
Deux petits nègres s'assirent au soleil.
L'un d'eux fut grillé
et il n'en resta donc plus qu'Un.
Un petit nègre se trouva tout seul.
Il alla se pendre
et il n'en resta plus Aucun.
Agatha Christie
Vingt huit novembre mil neuf cent quarante-six
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Voici le jour
En trop : le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d'un supplice.
Paul Eluard
-Légilimens !
La réalité se troubla, comme si elle n'était qu'un reflet aqueux dans lequel on jette une pierre. Albus se laissa tomber en douceur dans l'inconscient de Gellert. Comme un oiseau qui se pose.
La jolie maison était entourée d'une campagne luxuriante. Un petit garçon était debout, accroché aux grilles de fer forgée. Albus s'approcha. L'enfant ouvrait des yeux immenses, couleur de terre et des boucles blondes lui tombaient sur le visage.
Et ce fût comme si à l'intérieur du jardin le temps était resté le même mais qu'en dehors, tout c'était accéléré. Sur la campagne luxuriante, des maisons furent construites, des écoles bâties. Des immeubles montèrent, se serrèrent et s'entassèrent. Le petit garçon regardai, les yeux ébahis, immenses, la bouche sévère, les doigts tremblants.
Il ferma les yeux. Une pierre est jetée à la surface du rêve. L'image changea.
Le souvenir semblait plus net que le précédent.
La petite fille montait les marches. Albus pouvait la distinguer avec une incroyable précision. Sa nuque toute blanche et ses cheveux noirs soigneusement noués en nattes avaient quelque chose de familier. Sans voir son visage, il en devinait l'identité.
Albus reconnu le couloir qui menait aux classes de sortilège, à Durmstrang. A côté de lui se trouvait un Gellert d'à peu près onze ans, vêtu d'un uniforme soigneusement repassé. Un groupe de filles plus âgées les dépassèrent en riant. La plus grande, une très jolie blonde, poussa sans vergogne la petite fille qui trébucha et dévala les marches jusqu'en bas. La blonde pouffa de rire. La petite fille se releva lentement, le visage fermé, les genoux écorchés.
La fille blonde lui lança d'un air méprisant :
-Ce que tu peux être maladroite, Kat !
Les filles s'enfuirent en ricanant.
Albus regarda Gellert. Son visage était déformée par une grimace de dégoût. Il s'approcha timidement de la gamine. Katerina, seulement âgée de douze ans, bien sûr. Gellert semblait intimidé. Elle le regarda et il rougit. Puis il marmonna :
-Est-ce que ça va ?
-Oui.
-Cette fille. Quelle garce.
La gamine grimaça :
-Je sais. C'est ma sœur.
La scène se troubla et le paysage se transforma.
Gellert courrait dans la rue. Des enfants moldus le poursuivaient en lui jetant des pierres. Un d'entre eux parvint à le toucher à l'arcade et il poussa un juron. Il voulut leur courir après, mais les enfants étaient déjà en train de s'enfuir. Le temps qu'ils fassent demi-tour, ils se cognèrent contre une vieille dame qui venait dans le sens inverse. Elle regarda froidement les gamins la contourner sans s'excuser.
Albus reconnut la femme qu'il avait vu dans Nurmengard. La Yaga. La grand-mère de Gellert.
D'un pas léger elle rejoignit son petit fils. Sa voix était sèche :
-Est-ce que ça va ?
Du sang coulait de l'arcade de Gellert jusque dans son œil :
-…
-Tu ne dois pas te laisser faire. Tu connais ces gosses ?
Gellert acquiesça doucement. La vieille dame lui lança un regard acéré :
-Est-ce que tu vas laisser les choses rester comme ça, garçon ?
Albus regarda avec pitié le visage du jeune garçon qui semblait figé de crainte. Il finit par marmonner timidement en baissant les yeux:
-Je pourrais leur envoyer du pus de bubobulb dans une enveloppe ?
La Yaga fit un rictus méprisant et soupira:
-Oui, tu peux commencer comme ça. Mais la prochaine fois, ils y perdront des doigts.
Mal à l'aise, le Gellert âgé onze ans ne répondit rien.
Le paysage se fond.
Gellert se brossait les dents dans pendant qu'une fillette aux longs cheveux noirs s'entraînait à teindre ses sourcils en vert. Elle bailla.
-Je m'ennuie…
Gellert regarda Kat et rougit. Il murmura, la bouche pleine de mousse:
-Est-ce que tu voudrais aller au match de Quidditch avec moi ?
Katerina lui lança une œillade blasée :
-Pour voir Bianca jouer, non merci.
Déçu, Gellert cracha son dentifrice. Puis il fronça les sourcils en fixant son reflet dans la glace et rajouta en hésitant :
-On pourrait lui jeter un sortilège ?
Katerina ouvrit de grands yeux :
-Quel genre de sortilège ?
-Je ne sais pas. Quelque chose de stupide. A chaque fois qu'elle laisse passer un nouveau but, on lui jette un sortilège de confusion de mot. Par exemple, elle pourrait remplacer le mot cours par camping sans s'en rendre compte. Ou professeur Black par Tête-de-troll…
Katerina éclata de rire et battit des mains :
-Oh oui ! Ça me plairait beaucoup ! Faisons ça Gellert !
Le Gellert de douze ans fit un sourire désarmant et ses joues rosirent de plaisir.
Noir.
Le parc.
Katerina dormait sous l'arbre. Il la regardait.
L'automne étendait ses couleurs sur la nature environnantes et sur les ramures. Avec une patience maniaque, Gellert faisait planer d'un coup de baguette chaque feuille qui se détachait de l'arbre et la faisait tomber à un endroit précis.
Les feuilles dessinaient sur le sol un large dessin composé d'entrelacs et de boucles. Une immense auréole dont l'adolescente endormie serait le centre. Les traits passaient sur elle puis se mêlaient au reste. Un intense plaisir se lisait sur le visage du blond dont les joues étaient rougies par l'excitation après au moins une heure de ce jeu-là.
Quand Katerina se réveilla, elle ouvrit les yeux et observa autour d'elle.
-Que c'est beau ! Dit-elle et Gellert en avait l'air tout réjoui.
Puis elle bailla et ajouta :
-Je meurs de faim, on y va ?
Et elle se leva tandis que tout le long travail était détruit et piétiné. Une vague ombre passa sur le visage de Gellert. Puis il la cacha sous un masque.
Noir.
Ils riaient.
Tandis que les deux préfets en chef les poursuivaient après un énième délit, ils coururent jusqu'à en avoir mal. Jusqu'à piquer deux balais dans le local réservé à l'équipe de Quidditch avant de s'envoler par la fenêtre pour aller se percher sur un des toits de la citadelle.
Une fois là-haut, ils s'allongèrent sur la partie la plus plate, profitant du maigre soleil qui perçait les nuages. Gellert sortit un sac de cerises de sous sa cape.
-Je les aie chippées en cuisine… Que dirais-tu de cracher les noyaux sur les passants ?
Elle rit encore en piochant dans le sac :
-Dix points si tu arrives à toucher quelqu'un sur la tête !
-Vingt si c'est ce crâne d'œuf de professeur de divination !
-Tenu…
Allongé au bord du toit, les deux garnements attendaient que quelqu'un passe. Parfois, ils échangeaient un long regard et partaient dans un fou rire. Et puis soudain, Katerina enroula un de ces doigts autour d'une des boucles blondes. Elle murmura, gentiment :
-Tu es si drôle. Je t'aime bien.
Gellert retint son souffle, et Albus à côté d'eux, vit son pouls s'accélérer au niveau du cou. Mais Katerina se détourna et l'image se brouilla.
Noir.
Installé sur un canapé dans un salon qu'Albus ne connaissait pas, Gellert se laissait aller, la tête à l'envers. Il avait l'air un peu plus vieux maintenant. Quatorze ou quinze ans peut-être. Pensif, il appela doucement :
-Grand-mère ?
Assise devant un secrétaire, griffonnant à la plume dans un antique grimoire, la Yaga se retourna vers son petit fils :
-Qu'y a-t-il Gellert ?
-Je me disais… Je me disais que les gens gentils ne recevaient pas ce qu'ils méritent dans ce monde. Parfois je suis gentil, mais j'ai l'impression qu'on m'aime plus quand je suis un peu cruel. Les gens trouvent ça drôle.
-Ce n'est pas seulement une question d'humour. C'est aussi une question d'autorité. De pouvoir… Celui qui sait rire est celui qui contrôle, garçon. Et il n'y a que ça dans ce monde. Ceux qui ont le pouvoir et ceux qui sont faibles, les « gentils » comme tu dis.
-Ça me rend un peu triste.
La vieille sorcière le regarda sévèrement :
-Tu as encore été embêté par les garçons de l'autre jour?
Un sourire confiant s'étala mollement sur les lèvres de Gellert :
-Oui, il y a environ six mois. Ils tiraient sur moi avec leur ballon qui ne sait pas voler. J'ai riposté. Un peu de contrôle mental et le ballon allait exactement là où je le voulais. En un tir et un certain nombre de rebonds, j'ai pu les toucher tous. Avec deux nez cassés, je doute qu'ils essayent de revenir.
-Tu as trouvé ça triste ?
Le nez de Gellert se fronça :
-Non. Ils étaient stupides, petits, ignares, fats. Non, c'était drôle.
La Yaga fit un étrange rictus :
-Oui. C'est cela. C'était seulement drôle.
Noir.
Gellert n'avait pas vu Katerina depuis que les cours avaient reprit et cela commençait à l'ennuyer. Il avait changé de maison et depuis, c'était beaucoup moins facile de la croiser. Il espérait pourtant la retrouver en excellente forme. Bianca avait finit ses études le printemps dernier et elle n'était plus à Durmstrang.
Il finit par l'apercevoir, à la table de Pietrov. Quelque chose n'allait pas. Son visage était livide, effrayant. Elle ne toucha pas à sa nourriture ou bien seulement du bout des doigts.
L'image se troubla et se déforma. Le souvenir était le même mais le lieu était différent.
Le vent soufflait. Ils étaient sur la grève au bord de la mer, à côté du château. Albus reconnu l'endroit où il avait rejoint Gellert après son échec comme champion. Mais ce n'était pas le même souvenir.
Katerina était debout sur le bord de mer et le vent faisait battre sa longue jupe rouge sur ses jambes. Sa longue tresse noire était roulée sur son épaule.
Gellert s'approcha. Katerina avait toujours le même faciès livide et ses yeux étaient gonflés. Elle pleurait.
-Est-ce que ça va ?
Elle ne répondit pas.
-Kat. Parle-moi…
La jeune fille renifla et essaya de parler :
-Il… Il épouse Bianca…
Rageusement, elle donna un coup de pieds dans la mer de coquillages et éclata en lourds sanglots.
-Il épouse cette garce !
Le visage de Gellert se teinta d'incompréhension :
-Qui ça, Kat ? Qui est ce « il » ?
Elle ne répondit pas. Le regard glacé, elle pinça les lèvres en se forçant à ne pas pleurer. Gellert avait des yeux immenses et la peine se lisait sur son visage. Il se rapprocha et prit Katerina dans ses bras.
-Je ne sais pas ce qui se passe, mais ça va aller.
-Ca n'ira plus jamais.
Il recula un peu et la regarda :
-Kat. Pense à autre chose.
Elle ne dit rien et il l'embrassa en prenant son visage entre ses mains. Un baiser de carte postale pour enfant. Un simple contact un peu humide de larmes.
Mais elle l'éjecta avec violence et il tomba sur le sol :
-Qu'est ce que tu fais ! Laisse-moi tranquille.
Gellert essaya de se relever mais ses doigts s'appuyèrent sur les coquillages brisés du bord de mer.
-Kat…
-CASSE-TOI ! TU M'EMMERDES !
Albus contempla avec pitié le visage de cet enfant que Gellert était, se teindre d'une peine sourde. Comme absent, l'adolescent fixa ses mains couvertes de sang.
Noir.
Katerina marchait. En haut de l'escalier, il l'observait. Elle se rapprocha et il s'enfuit.
Noir.
Un banquet de début d'année. Un garçon se pencha à l'oreille de Gellert :
-Tu as vu Svantovit ?
Gellert avait vue. Katerina avait inexplicablement changé. Sa coiffure d'abord. La longue tresse avait été remplacée par deux nattes enroulées autour de son crâne. Elle ressemblait à Katerina telle qu'Albus la connaissait. Accompagnée de deux autres élèves, elle souriait et ses joues étaient roses d'avoir ri.
-Elle a l'air d'aller bien, murmura Gellert.
-Oui. Et c'est étrange si tu veux mon avis. Sa sœur est morte cet été.
Gellert ouvrit de grands yeux. Son étonnement s'afficha davantage quand Katerina s'assit à côté de lui.
-Salut ! Tu vas bien ?
En hésitant, il répondit :
-Très bien… Et toi ?
Elle grignota une grappe de raisin et lui sourit :
-Je vais bien.
Un autre élève se pencha vers eux :
-Regardez, on dirait bien qu'il y a un nouveau professeur de magie noire cette année.
-Tant mieux, je n'en pouvait plus de Berkins.
Gellert jeta un œil rapide sur l'estrade avant de revenir à Katerina.
Un intense sentiment d'exaltation brillait sur son visage et son regard était illuminé. Et c'était l'homme sur l'estrade qu'elle regardait.
Noir.
Des sorciers étaient réunis dans le petit salon qu'Albus connaissait déjà. Au milieu du cercle, se trouvait la Yaga. Assise devant une table, elle écrivait des signes compliqués sur un parchemin :
-Il faut que tu réussisses à obtenir ce poste Vadim. Ça nous aidera à obtenir des tas d'informations. Nous sommes déjà six dans le bureau des aurors mais ce n'est pas assez.
Un grand sorcier à l'air affable prit la parole :
-Pourquoi ne pas essayer de faire passer une loi qui interdirait davantage de territoires aux moldus ?
La Yaga secoua la tête :
-Non. Vladimir Pavel a trop de gens qui le soutiennent. Nous n'arriverons à rien. Il faudra à un moment où l'autre prendre le pouvoir par la force, mais nous ne sommes pas assez forts pour le moment. Il nous manque une figure emblématique pour rassembler les gens. Quelqu'un qui a du charisme et possède de l'éloquence.
Gellert entra dans le salon et se rapprocha doucement :
-Est-ce que je peux vous aider ?
Il y eu un silence durant lequel la Yaga plissa les yeux et fixa longuement son dernier petit fils avant d'ajouter avec un sourire indéchiffrable :
-Mais bien sûr, mon garçon.
Un des sorciers murmura :
-Ce n'est qu'un gosse...
Et la Yaga répondit :
-C'est pour ça. Parce que ce n'est qu'un gosse.
E à nouveau, elle plissa doucement ses yeux entourés de rides.
Il est encore malléable…
Noir.
-Gellert, je m'ennuie !
Katerina était affalée sur un des canapés de mâche ferraille et elle laissait sa main traîner sur le sol, tandis qu'une flopée de feuilles tombait de sa poitrine pour s'éparpiller par terre.
-Sors avec moi, ça t'occupera…
Albus cligna des yeux. Quelque chose avait changé, encore. Gellert portait un de ses gilets brodés habituel et il avait répondu d'un ton moqueur, sans regarder Katerina dans les yeux.
Un Gellert beaucoup plus familier que l'adolescent timide qu'il venait de voir précédement. Katerina siffla entre ses dents :
-Très drôle. Ta copine sera ravie.
Gellert haussa les épaules :
-Elle me gonfle. Et toi te ferais mieux de renoncer à ton prof débile. Il n'en a rien à foutre de toi… Tu ressemble déjà à une vielle fille aigrie.
Elle ne répondit pas. Il se pencha et ramassa les feuilles sur le sol. Des lettres. Il se releva et les posa sur le ventre de Katerina :
-C'est qui cet Albus Dumbledore ?
-T'occupe, c'est pas de ton âge…
-Vraiment ?
Le visage de Gellert était devenu tout froid. En quelques secondes, il était penché sur son visage. Très près.
-Dégage Gellert, articula sèchement Katerina.
Il hésita. Ses yeux de glaise firent un aller-retour entre sa bouche et ses yeux avant qu'il ne la gifle sans raison aucune.
Katerina se redressa, furibonde tandis que le blond s'enfuyait en riant.
-C'est quoi ton problème ?! cria-t-elle tandis que le paysage s'effaçait.
Noir.
Le grand hall de Durmstrang était plein de monde.
Albus sursauta en s'auto-apercevant. Une version de lui-même de dix-sept ans qui était debout en train de discuter avec une Katerina très sûre d'elle.
-C'est qui ?
Albus tourna la tête pour réaliser que le Gellert adolescent regardait le couple Albus-Katerina, lui aussi. Anoushka lui lançait un regard interrogatif. Gellert répondit :
-Le correspondant anglais de Katerina. Dumbledore. D'après elle c'est un type avec un gros gros cerveau.
-Il t'intéresse ?
Gellert plissa les yeux mais ne répondit rien. Elle insista :
-Tu es jaloux ?
-Mais non…
Noir.
L'infirmerie. Gellert était assis auprès du corps endormi d'Albus. Juste après la première épreuve.
La gorge d'Albus se serra.
Gellert était en train de le dessiner. Il y avait quelque chose d'horriblement troublant à le regarder le fixer ainsi alors qu'il était inconscient. Gellert était incroyablement appliqué et Albus ne pût s'empêcher de repenser à la scène où il disposait des feuilles autour de Katerina.
Son lui-même du passé cligna des yeux en se réveillant. Il se redressa et Gellert lui sourit.
Noir.
Ils étaient dans un endroit sombre. Les coulisses, le soir de Noël. Gellert était seul.
-Albus ? Demanda t-il. Albus ?
Gellert fit un tour sur lui-même et scrutant les ténèbres. Il écarta d'un geste des costumes qui pendaient les uns à côté des autres sur une penderie. Rien.
-Albus ! Je sais que tu es là !
La seule chose qui lui répondit fût son reflet dans un miroir qui lui lança un regard suspicieux. Perplexe, il se rapprocha de la glace et passa ses doigts sur la trace de morsure qui s'étalait sur sa mâchoire. Gellert se mordit la lèvre et quitta les coulisses.
Noir.
-Que se passe t-il, Gellert ? Tu as l'air bien pensif…
Gellert était chez lui, debout devant une fenêtre et la Yaga était installée sur le canapé.
-Ce n'est rien de très important. Je réfléchissais.
-Qu'est ce qui te contrarie comme ça, garçon ? Viens t'asseoir près de moi.
A contrecœur, Gellert vint s'installer près de sa grand-mère qui l'encouragea à parler d'un mouvement de tête. Il craqua :
-Il y a un garçon. A l'école.
-Et bien ?
-Il m'aime bien. Et moi aussi je crois. Mais je ne peux pas l'aimer comme lui le voudrait. Je l'aime plus comme… Et bien je ne sais pas. Je trouve que la plupart des gens sont chiants. Mais lui, il a quelque chose de fascinant. J'aimerais être avec lui tout le temps. J'aimerai lui parler du Grand Projet. Il serait un allié merveilleux. Il est très très intelligent. Mais il veut autre chose de moi et je ne sais pas très bien quoi faire…
-Il n'y avait pas déjà une fille spéciale que tu voulais associer au projet ?
Gellert se renfrogna et ne répondit pas.
-D'accord. Ne parlons pas d'elle… Ce garçon, tu es sûr qu'on peut lui faire confiance ?
-Oui. Mais lui, il se méfie de moi. Mais je sais qu'il déteste les moldus autant que nous. Mais grand-mère, ce n'est pas ça qui est important à propos de lui. Ce n'est pas le grand projet. C'est ce que je ressens pour lui.
La vieille dame plissa ses yeux d'or :
-Tout n'est qu'une question de dosage, mon garçon. Il n'y a pas de réponse parfaite à ta situation puisque toi et ton ami ne désirez pas la même chose. Maintenant il n'est plus question de bien mais de mieux. Essaie de répondre sincèrement à ce que je vais te demander...
-…
-Est-ce que tu as du désir physique pour lui ?
-Non ! C'est un garçon, enfin !
-Est-ce que tu serais capable de faire semblant ?
Gellert ouvrit grand ses yeux :
-Je… Je… Non ! Enfin je pourrais mais je ne le veux pas !
-Mais tu le pourrais ?
-…
-Ça te fait plaisir qu'il t'aime ?
-Il ne m'aime pas. Il me désire. Je préférerai qu'il m'aime.
-Tu voudrais qu'il soit avec toi tout le temps ?
-Oui.
-Dans ce cas ton choix est simple. Tu peux renoncer à ce garçon ou bien lui faire croire que tu l'aimes en retour. C'est à toi de savoir ce qui est le plus difficile pour toi. Jouer la comédie ou vivre sans lui. Ce n'est pas si compliqué, pas vrai ?
Gellert ne répondit pas.
Noir.
Les yeux ensommeillés, Gellert posa une serviette sur son épaule et se dirigea en baillant vers les douches. En entrant, il se cogna contre un autre élève qui se rendait au même endroit.
-Oh pard…
Il s'interrompit en voyant qu'Albus lui lançait un regard froid et le regarda nerveusement rentrer dans une cabine. Silencieusement, il entra dans la cabine adjacente et ferma la porte.
Son visage était soudainement perdu. Il jeta un regard sur le côté, comme s'il pouvait voir à travers la paroi. A côté de lui, la douche se mit en marche.
Pour faire bonne figure, il se déshabilla et ouvrit le robinet d'eau. Mais il ne se lava pas. Appuyé, contre le mur, le regard brumeux, il pensait.
Puis tout doucement, il commença à se masturber, la main collée contre la paroi qui le séparait d'Albus et en mordant l'autre pour ne pas faire de bruit.
Mais ses efforts ne furent pas concluants. Après quelques minutes, son sexe redevint flasque dans sa main. A côté de lui, Albus avait éteint l'eau et était retourné dans les dortoirs, enroulé dans sa serviette.
Gellert se laissa doucement couler le long du mur avant de poser sa tête entre ses mains.
Il murmura :
-Je ne peux pas faire ça…
Noir.
C'était la nuit. Le Albus du présent reconnu les dortoirs de bois-renard. Gellert ne dormait pas. Roulé en boule, il était assis sur son matelas, les yeux grands ouverts.
Il se tourna vaguement vers le lit du Albus de dix-sept ans et le regarda dormir, le visage emprunt d'une profonde mélancolie.
Sur la table de chevet du roux reposait un gros tas de feuillet. Une copie du mémoire.
Gellert glissa doucement ses pieds nus sur le sol et il s'approcha du lit de l'autre. Dans le sommeil, ses cheveux roux éparpillés en pétard autour de son visage, Albus avait l'air beaucoup plus jeune. Un sourire doux éclaira le visage du blond et il remit doucement une mèche de cheveux derrière l'oreille du dormeur.
Il s'apprêtait à retourner dans son lit quand ses yeux tombèrent sur la page du mémoire où Albus s'était arrêté.
Noir.
Elle était sur le sol. La mâchoire déchirée. Il enjamba la vitre brisée sans se préoccuper du verre tout autour, puis il la souleva :
-Kat ? Kat , tu m'entends ?
Mais le professeur Prince l'écarta et il emporta Katerina.
Noir.
La bouche d'Albus était posée contre celle de Gellert. Seulement séparée par le verre de la porte du trou. Gellert ferma les yeux.
Albus disparût.
Gellert ouvrit les yeux. Seul. Il toucha sa bouche, du bout des doigts.
-Est-ce-que ça te rendrais heureux ? Murmura t-il, comme pour lui même.
Noir.
-Ne le fais pas… Murmura le blond. Je t'en supplie reste avec moi…
L'arc de Godric's Hollow. Les glycines en fleurs.
Gellert contre lui. Son regard de rouille et ses lèvres qui murmurèrent un sort que le Albus du présent ne voudrait jamais avoir connu.
Son avatar du passé devint tout mou entre les bras du blond qui le rattrapa pour ne pas qu'il tombe. Gellert lui enserra le visage entre ses mains, les yeux braqués dans les siens.
Tout doucement, il se rapprocha, jusqu'à ce que leurs fronts se touchent. Cela dura plusieurs minutes. Et tout doucement, Gellert murmurait, inlassablement :
-Pardon, pardon… Je t'en prie. Sois heureux, d'accord ?
Le visage rêveur d'Albus le fixait. Inerte. Impénétrable.
Noir.
Les longs cheveux noirs ondulaient sous l'eau.
Le visage déchiré par des branchies, elle descendait dans le lac. Les mains palmées, Gellert vint à sa rencontre et l'enlaça. Katerina lui mordit l'épaule et il lui saisit la taille.
Et le Albus du présent s'arracha malgré lui à ce souvenir.
Noir.
Gellert marchait dans une forêt, tremblant comme une feuille, les joues baignées de larmes.
Le Albus du présent le suivit, l'estomac encore tout retourné par ce qu'il venait de voir. Quel était le souvenir précédent ? Ça n'avait absolument aucun sens!
Ils arrivèrent devant une petite maisonnette dont la cheminée fumait. Gellert se précipita devant la porte et frappa avec force. Très vite, celle-ci s'ouvrit et la Yaga apparût, le visage extrêmement surprit.
-Gellert ? Que se passe t-il ?
Elle le laissa entrer. Albus se glissa à l'intérieur pour avoir accès à la scène.
Gellert se laissa tomber sur un vieux sofa mangé de mythe et se prit la tête entre les mains :
-C'est finit ! FINIT. Nous l'avons tué !
-Calme-toi Gellert ! Qui a tué qui ? Je ne comprends rien.
Gellert essaya de reprendre son souffle :
-La… La sœur d'Albus. C'était nous trois. Abelforth a jeté le sortilège et Albus et moi l'avons fait rebondir. C'était une erreur ! Une dispute. Ariana était au milieu…
Il éclata en sanglots :
-Je ne voulais pas ça. Je voulais qu'elle soit heureuse, je voulais qu'Albus soit heureux ! Je l'avais convaincu pour le grand Projet. Mais il sait que je lui ai mentit et il me déteste !
-Gellert.
-Pourquoi est-ce que je suis celui qui fait la ruine de tous ceux qui comptent pour moi ?!
-Gellert, arrête de pleurer.
Le ton était sec. Surprit, Gellert stoppa ses sanglots. La Yaga reprit d'un ton doucereux :
-Tu as toujours été exceptionnellement doué, garçon. Mais tu es pathétiquement émotif. Il n'y a toujours eu que ça pour toi. Pendant des années, ça a été cette fille qui n'en avait rien à faire de toi, et maintenant c'est cet autre garçon. Tu es un homme, Gellert. Il faut que tu te sortes ces niaiseries de la tête.
La vieille femme mima des voix ridicule :
-Il m'aime. Elle ne m'aime pas. ARRETE CA !
Gellert semblait tétanisé sur place. Elle reprit, froide comme la glace :
-Nous voulons changer le monde. Nous voulons le PLUS GRAND BIEN. C'est toi qui le dit, n'est ce pas ? C'est toi qui t'es le plus investi et c'est ton projet maintenant, non ? Tu ne peux pas changer le monde sans faire un peu de dégâts autour de toi. Est-ce que c'est trop difficile à comprendre ? Si tu crois que tu ne peux pas y arriver, il est temps de limiter les bêtises et de tout arrêter.
Gellert avait l'air d'un enfant prit en faute. Il bredouilla :
-Je ne veux pas te décevoir…
-Ce n'est pas la réponse que je veux entendre. Est-ce que tu vas le faire oui ou non ?
-Oui.
-Plus fort !
-OUI.
-Lève-toi !
Gellert se redressa et la Yaga lui attrapa le bras. En moins d'une seconde, le paysage se brouilla tandis qu'ils transplanaient. Ils ré-atterrirent dans une ruelle sombre, dans une obscure ville moldue.
La Yaga fixa son petit-fils :
-Choisit une porte.
En hésitant, Gellert indiqua une maison ancienne dont les fenêtres étaient cachées par des petits rideaux au crochet. Ils sonnèrent et un homme ouvrit la porte.
La Yaga brandit sa baguette et susurra :
-Impero !
Aussitôt, les yeux de l'homme partirent dans le vague.
-Va préparer un repas. Nous avons faim.
Une demi-heure plus tard, ils étaient installés dans le salon de ces gens. Un repas fumant était installé sur la table. Sur le sol, trois membres de la famille effectuaient des choses étranges. La mère et le père semblaient se prendre pour des poules tandis que le fils de quatre ans restait debout sur les mains. Un bébé de neuf mois pleurait, suspendu dans les airs par les pieds.
Gellert avait l'air très mal à l'aise, voir prêt à vomir.
-Tu ne manges pas ? Demanda la Yaga ?
-Je… Je n'ai pas très faim.
-C'est le spectacle qui te coupe l'appétit ?
Gellert ne répondit pas. La yaga compléta :
-Si tu n'aimes pas, alors mets-y fin...
Gellert tourna les yeux vers sa grand-mère qui enfourna une bouchée de viande sans se préoccuper du bébé qui hurlait. Elle mâcha lentement avant de regarder son petit fils :
-Nous ne sortirons pas tant que tu n'y auras pas mis fin. Il est temps de savoir si tu es un lâche ou si tu es des notre.
-…
-Tu sais ce que j'attends de toi. Quand ce sera fait, tout pourra commencer…
Gellert ne dit rien. La sueur coulait sur sa tempe. Il sortit sa baguette et le visage déformé par la pitié, il la pointa sur le père. Sa voix était tremblante :
-Avada Kedavra !
Une lumière verte jaillit de sa baguette et pendant que l'homme s'effondrait, tout le corps de Gellert se crispa d'horreur et de dégoût.
-Bien. Les autres aussi.
Gellert ferma les yeux, le cœur au bord des lèvres. La Yaga prit une nouvelle bouchée de viande et la mâchonna doucement.
Albus avait envie de mourir.
Il recula, recula, recula.
Jusqu'à sortir du rêve.
Le vent qui soufflait en haut de Nurmengard envahit ses poumons et l'aida à contenir la nausée qui l'avait envahit. Il tituba un instant avant de reprendre ses esprits.
Devant lui, Gellert avait l'air perdu, comme si le voyage qu'il avait fait dans son âme lui avait volé toute son énergie.
Albus le stupéfixia et Gellerts'effondra avant que Albus n'en finisse avec un maléfice du saucisson qui acheva de l'immobiliser. Il réalisa juste après que ses mains tremblaient. Avec la sensation d'être dans encore coincé dans le rêve, il s'approcha du corps de Katerina Prince et lui ferma les yeux.
Quelque chose grondait au fond. Quelque chose de terrible. Dans sa main, la baguette de sureau frémissait d'excitation.
Il réussit vaguement à sortir le miroir de sa poche et l'ouvrit afin de demander des renforts. Mais il n'était pas sûr d'en avoir besoin.
La chose qui enflait en lui prit encore de l'ampleur.
Albus n'aurait su dire si cette chose était de la haine, de la tristesse, de la pitié, du mépris ou bien tout ça ensemble, mais quand une véritable tempête se mit à gronder au dessus de sa tête, il n'était pas certain de l'avoir crée rationnellement.
Il descendit les marches pour rentrer à l'intérieur de l'immense prison.
La Yaga l'attendait. Impénétrable.
Albus leva sa baguette et le pouvoir qui envahit son bras lui fit ressentir un immense sentiment d'euphorie et de toute-puissance. Les sortilèges jaillirent de ses doigts, sans qu'il eu cherché ni à les provoquer, ni à les contenir.
Les sorciers qui lui faisaient face levèrent leurs baguettes mais tout cela était vain. La Yaga eu un sourire résigné.
Plusieurs heures plus tard, quand Albus s'arrêta, quand la baguette de sureau fût repue, ils étaient tous morts…
La lourde porte en fer forgée grinça quand Albus pénétra dans le cachot. A l'intérieur, tout était petit, sombre, malodorant. Debout, sa tête raclait presque le plafond. Il y avait deux chaises et une table mais Gellert était accroupit sur le sol, tout au fond, le visage pressé contre une meurtrière qui laissait à peine passer la lumière.
Quand il l'aperçut, Gellert se retourna tandis qu'Albus s'asseyait sur l'une des deux chaises. Un silence pesant flotta entre les deux hommes.
-Je suis désolé de t'avoir demandé de venir, dit Gellert.
-C'est bon. Moi aussi je voulais te parler encore une fois. Tu voulais me dire quelque chose de précis ?
Gellert hocha la tête avant de venir s'installer en face d'Albus :
-Oui. Mes appartements privés se trouvent au douzième étage. Tu y trouveras un laboratoire. J'ai de multiples tests dedans et pas mal de notes griffonnées pêle-mêle mais je pense avoir trouvé quelque chose qui permet de mieux gérer la transformation pour les loups-garous. Ce n'est pas parfait du tout mais je pense avoir une piste. S'il te plaît récupère mon travail. Au cas où quelqu'un le reprendrait...
-tu faisait ça pour Katerina ?
Gellert eu un sourire bizarre :
-Peut-importe. C'est trop tard maintenant…
-Tu l'aimais.
Ce n'était pas une question mais une affirmation.
-C'était il y a longtemps.
-Je pensais que tu ne pouvais aimer personne.
-Toi aussi je t'aimais. Tu dois le savoir maintenant. C'est trop tard pour ça aussi.
-Je suppose.
-Elle est morte… J'ai attendu si longtemps et voilà qu'elle est morte.
Le visage de Gellert semblait hébété.
-Elle ne l'a comprit que maintenant. Elle pensait que ce n'était qu'un caprice d'enfant. Elle n'a comprit que tu l'avais aimé qu'à cet instant avant de mourir. Et elle s'est sacrifiée pour ça. Pour que tu ressentes quelque chose et pour créer une brèche dans ta défense.
-…
-Je l'ai vue dans tes souvenirs. Le souvenir douloureux qui te rends triste quand le phénix chante. Et il y en avait un autre. Dans le lac. La même scène que tu avais instillée dans mon esprit. C'était un moment réel pour toi alors…
-Pas un souvenir. Un rêve. J'ai essayé de te faire vivre ce que j'avais imaginé avec elle.
-Mais pourquoi ?
Gellert eu un sourire rêveur :
-Nous ne pouvions partager la même réalité, mais te faire partager les mêmes rêves me semblait rendre les mensonges moins pénibles. D'une certaine façon, nous l'avons vraiment vécu, je crois... Je voulais que tu sois heureux. Vraiment…
-Et ton grand rêve ? Et ton coup d'état ?
Gellert secoua la tête :
-Ce n'était rien. Juste pour trouver une raison de vivre… C'était l'ambition de ma grand-mère. J'ai été si faible.
-Rien ? RIEN ?! Tu as tué des milliers de moldus et de sorciers ? Et ce n'était RIEN !?
Le regard de Gellert était égaré :
-Je ne savais pas comment arrêter. Elle me faisait peur.
Albus comprit tout de suite qu'il parlait de Baba Yaga. Une vague de dégoût l'envahit :
-Elle est morte, elle aussi.
-…
-La baguette de sureau l'a tuée. Je l'ai tuée.
-C'est bien.
-Non, ça ne l'est pas.
-Tu me méprises, n'est ce pas Albus ? Je suis incapable d'avoir des remords pour ceux que j'ai tué. Pas de compassions pour ceux que j'ai effrayés.
-…
-Je n'ai pas eu de peine pour Katerina quand j'ai tué Prince. J'étais simplement excité à l'idée qu'elle viendrait se venger.
Il se pencha en avant et attrapa la main du roux. Albus essaya de se dégager mais l'autre s'agrippa à lui comme à une bouée. Son nez se perdit dans ses cheveux. Il le huma et murmura :
-Je suis si vide, Albus…
Albus hésita à appeler un auror. L'homme qui s'accrochait à lui lui inspirait une répugnance sans nom.
Et Albus n'avait pas eu le temps de se laver avant que les aurors ne viennent boucler le secteur. Il savait ce que Gellert pouvait sentir sur lui… Une odeur de sang, de peur, de transpiration aigre. Et l'odeur de la peau de Kat sur la sienne. Gellert la sentirait-il ? La peine lui serra la gorge quand il pensa que le véritable adieu aurait lieu quand il se débarrasserait de sa crasse et quand il laverait ses draps.
Kat…
Partie comme les autres…
Il essaya de se dégager mais le blond était tenace. Avec une violence non préméditée, albus lui mordit le visage. Dans un cri, Gellert le lâcha et recula de plusieurs pas.
La voix tremblante, Albus murmura :
-Tu vois, finalement, j'ai appris à mordre tout seul.
Il recula jusqu'à la porte. Gellert massait sa joue douloureuse où se voyait la marque des dents. Son regard se fit très doux :
-Adieu Albus.
Bouleversé, le professeur referma la porte.
Ils étaient trois sur ce banc du tribunal.
La salle était remplie de murmures.
Au centre de la salle était installé un siège sur lequel était assis un homme. De lourdes chaînes étaient enroulées autour de ses poignets.
Gellert avait le teint grisâtre et ses yeux étaient cernés. Ses boucles blondes étaient graisseuses et une barbe de quelques jours recouvrait son menton.
Sur une estrade, un haut sorcier à l'air sévère énumérait lentement le nom des victimes préposées de Grindelwald.
Le principal concerné ne moufta pas. Il regardait rêveusement en face de lui, comme si tout cela ne le concernait pas. Il regardait Albus.
-Vous êtes accusé d'avoir pratiqué le sortilège doloris sur la personne de Miranda Shekelbot et sur ces trois enfants, ainsi que sur la famille Berkins, sur la famille Pirweather…
Un maigre sourire éclaira le visage perdu de Grindelwald.
Albus frémit.
Au bout d'un temps qui parût extraordinairement long à Albus, la liste prit fin. Ce qui laissa place à un long silence.
Albus se leva. Parce qu'il le fallait. Parce qu'il ne pouvait pas garder ça pour lui toute sa vie. Il parla d'une voix claire et franche :
-Je t'aime.
Personne ne réagit à cette affirmation. Il reprit :
-Tu seras condamné à vie et ce sera un juste jugement, à la mesure de tes crimes, car la mort serait une punition trop douce. Cependant, après avoir vu tes souvenirs, je ne peux t'en vouloir plus longtemps. Je laisse cela au reste du monde. Je suis désolé pour toutes les peines avec lequel tu as du vivre. Je te pardonne pour ce que tu m'as fait. Je t'aime. Je t'aimerai toujours.
Et le même silence indifférent accompagna ses paroles. Le juré recommença à parler d'une voix monocorde.
Albus tourna la tête vers la personne assise à sa droite, une version plus jeune de lui-même qui observait la scène de la condamnation, le visage aussi fermé qu'un masque et lui adressa un regard remplit de compassion.
Puis il se leva et la personne assise à sa gauche se leva en même temps que lui, et ensemble, ils quittèrent le souvenir.
Ils se retrouvèrent dans le bureau du directeur de Poudlard qu'Albus était à présent, penchés au dessus de la pensine.
L'autre tenta de poser sa main sur l'épaule de Dumbledore mais il le traversa. Le souvenir dans le souvenir s'effaça et Gellert se retrouva dans sa cellule à Nurmengard.
C'était vrai. Albus était mort, quelques mois plus tôt.
Il posa avec précaution la pensine qu'on avait accepté de lui prêter sur la demande express de la nouvelle directrice de Poudlard.
Il murmura :
-Il était peut-être trop tard pour une déclaration d'amour Albus…
Il tourna son regard vers la maigre fenêtre. Dehors, quelque chose approchait. Quelque chose qui n'avait pas sa place dans ce monde. Une fumée noire se glissa entre les barreaux et se matérialisa devant lui sous la forme d'une créature qui n'était plus qu'un demi-homme.
Gellert plissa des yeux et sourit de sa bouche qui n'avait presque plus de dents. Voldemort.
-Vous voici donc. Je me doutais que vous viendriez, un jour. Mais votre voyage aura été vain. Je ne l'ai jamais eue.
-Tu mens !
La silhouette décharnée qu'était Gellert plissa ses yeux :
-Ça n'a plus d'importance. C'est donc vrai que l'on ne peux pas vous mentir...
-Qui a la baguette ? Dumbledore vous l'a prit, n'est ce pas ? Où est-elle maintenant ?
Gellert ne répondit pas. Ce qui répondait partiellement à la question.
Voldemort laissa éclater sa fureur et d'un geste assuré, jeta le sortilège doloris au vieil homme.
Gellert fût secoué de spasme et quand le sortilège eu cessé, il reprit son souffle avec difficulté avant
d'éclater de rire et de murmurer d'un ton méprisant :
-Tuez-moi donc, Voldemort, la mort sera la bienvenue ! Mais elle ne vous apportera pas ce que vous cherchez. Il y a tant de choses que vous ne comprenez pas.
A nouveau, Voldemort le punit de son insolence avant de le laisser presque inconscient.
-Tuez-moi, maintenant ! exigeait le vieil homme. Vous ne vaincrez pas, vous ne pouvez pas vaincre ! Cette baguette ne sera jamais, jamais à vous.
L'éclair de lumière verte le cueillit au milieu d'un nouveau rire. Et comme dans le conte des trois frères qu'il avait tant lu, il accueillit la mort comme une vieille amie.
Les commentaires de ce chapitre sont après l'épilogue !
