Ses insomnies étaient encore pires qu'avant.
Il s'endormait brièvement, pour se réveiller en sursaut, le corps trempé de sueur et les draps souillés.
Même durant l'adolescence, il n'avait jamais eu de pareils problèmes.
Comme de toute façon, il était un paria que personne n'approchait, il s'était vite consolé en s'impliquant dans ses études et dans la science: tout ce qui était de l'ordre du relationnel, du désir et du contact lui était resté inconnu jusque très tard.
Sans doute jusqu'à ce qu'il rencontre Joker. Ce dernier avait tenu à faire son éducation.
Il ne regrettait pas ces apprentissages, non plus que ce qu'il avait fait avec Law, bien qu'il en ressente une légère honte.
Il s'était déjà comporté ainsi, mais avec Joker, cela avait été un comportement de soumission qu'il s'était accordé pour entrer dans ses bonnes grâces. Et parce qu'il était puissant, bien plus que lui, qu'il l'avait sauvé, qu'il allait l'aider...
Il avait nié l'ampleur de son désir, la sincérité de ses attouchements. Mais aujourd'hui, tout cela lui avait explosé à la figure, le forçant à mettre le nez dedans. Dans tous ces sentiments incohérents qui le mettaient mal à l'aise. Lui, la figure charismatique de la Science avec un grand S, l'incommensurable génie...
S'abaisser à des conduites bestiales sous la domination d'un autre – et même pas Joker, son sauveur, mais Trafalgar Law, un garçon insolent, plus jeune, plus fougueux...plus beau, sans doute, dans ce qu'il avait de ténébreux et d'étrange. Un peu comme lui, finalement.
Ils avaient peut-être cela en commun : cette noirceur et cette bizarrerie qui les rendaient à part.
Se retournant une nouvelle fois dans son lit, Caesar ouvrit les yeux dans l'obscurité.
Trois jours. Cela faisait trois jours que Law lui avait donné son autorisation. Trois jours qu'il se torturait les méninges pour trouver une porte de sortie, sans que cela fonctionne assez pour lui permettre de dormir. Ses pensées revenaient toujours à ce qu'ils avaient fait – ce qu'il avait fait.
Il se morfondit, cachant son visage brûlant dans l'oreiller. Il ne comprenait pas quel démon le possédait à cet instant-là. Il voulait juste...
Voulait juste...
Voulait...
Il se recroquevilla. Le bas de son corps se réchauffait progressivement, comme de l'eau se mettant à bouillir, et les vapeurs qui lui montaient au cerveau le rendait fiévreux, délirant.
Il se caressa les fesses en tentant de se souvenir de la queue de Joker le besognant avec ardeur soudain, il s'aperçut que la dernière fois remontait à tellement longtemps qu'il avait du mal à ramener les sensations à lui. C'était trop flou, trop vague.
Ses jambes se mirent à trembler. Il devait l'admettre.
Il mourrait d'envies luxurieuses.
...
Law ouvrit la porte, sachant déjà ce qu'il allait trouver derrière. Et pourtant, il fut tout de même surpris d'avoir raison.
Caesar, en peignoir, lui jeta un regard furibond, avant de pénétrer dans sa chambre sans y avoir été invité.
Le Shichibukai referma la porte.
- Que me vaut l'honneur d'une visite aussi tardive ?
Le ton de sa voix était volontairement sardonique. Ils savaient tous les deux pourquoi Caesar était là.
Il se tenait debout, face au lit. Il laissa tomber son peignoir sans le regarder.
Law frémit d'un désir brut en contemplant son dos pâle scindé par la colonne vertébrale qui formait de petites bosses délicates jusqu'aux fesses. Le scientifique se plia en deux, les coudes sur le lit, et, en s'approchant, le jeune homme constata qu'il s'était lubrifié.
Il commençait déjà à durcir sans s'être touché.
- Dépêche-toi !, murmura Caesar d'une voix faible.
Les mains de Law se posèrent sur ses hanches.
- De faire quoi ?
- Tu sais très bien.
Les doigts de Law caressèrent sa fente humide sans y entrer, provoquant un long frisson dans les parties basses du savant. Il écarta les cuisses en gémissant, le corps en ébullition.
Il se sentait prêt à faire n'importe quoi pour se faire sauter. Il n'hésiterait pas à être le plus indécent possible, à crier, à supplier de façon obscène.
Tout ce qui comptait était l'onde de désir immense qui le submergeait, qui le faisait se soumettre en parfaite connaissance de cause à un garçon dont il ne pouvait gagner ni l'affection, ni la confiance.
Mais au moins pourrait-il y gagner son orgasme...
- Je veux ta queue, susurra-t-il finalement, tremblant. Je veux ta queue en moi, qui me transperce avec la force d'un soudard sur une pucelle.
Il se dissimula dans ses mains, mais Law le couvrit, pesant de tout son poids sur ses épaules. Caesar sentit le contact chaud de son gland entre ses fesses, et il frissonna d'appréhension.
S'il espérait de la douceur, il fut déçu. Mais au fond, il n'en espérait pas.
Le sexe de son amant se fraya brusquement un chemin en lui, d'une poussée vigoureuse et rectiligne. Caesar se surprit à s'ouvrir facilement, malgré la douleur, et lorsqu'il cria, ce fut davantage par réflexe que souffrance. Il n'empêche que son hurlement d'agonie fut bien imité mais cela ne le fit même pas ralentir.
Cette absence de pitié excita Caesar davantage. La salive coula sur son menton de sa bouche grande ouverte, tandis qu'il savourait la grosseur s'infiltrant dans son intimité la plus profonde, butant contre les parois de ses viscères.
Après quelques minutes à se perdre, il reprit assez conscience de lui-même pour s'emparer de sa propre verge délaissée et lui donner un peu de friction. Rapidement, il se mit à japper comme la chienne qu'il se savait être, et ses doigts devinrent poisseux. Il continua néanmoins ses mouvements, ses hanches accompagnant, dans un léger balancement, les coups de rein de Law derrière lui.
Il eut une pensée fugace pour ses cobayes, les pirates qu'il avait « sauvé » que penseraient-ils de leur maître vénéré à le voir dans cette position, abjectement soumis et souillé, s'adonnant à ces pratiques répugnantes et aimant cela.
Il faillit rire en imaginant leur tête, mais l'orgasme lui coupa le souffle. Il se raidit, les jambes tendues, et il jouit dans sa propre main, contre la courtepointe du lit.
Son visage retomba contre la couverture. Il était vidé de toute énergie, comme si, après avoir subi tout cela, il avait finalement découvert sa limite, la fin de ses ressources, autant mentales que physiques.
C'était un grand soulagement une pression énorme venait de disparaître comme par magie de ses épaules et il se sentait libre.
Mais ce fut de courte de durée. Car alors les doigts de Law entourèrent son cou et se mirent à serrer.
Caesar paniqua, brièvement. Car alors, ce fut comme une vague énorme : l'excitation et le désir revinrent le frapper, avec la vitesse d'une balle de fusil qui fit éclater ses réflexions, son inquiétude.
Plus rien n'existait, à l'exception de la chaleur qui grimpait en lui, de la verge dure qui le pénétrait en cherchant à aller toujours plus loin, l'humiliation délicieuse de la saillie, et surtout les mains qui l'étranglaient.
Ses yeux se révulsèrent : jamais encore il n'avait été aussi dominé, aussi réifié. Il n'étais plus qu'un objet de plaisir. Il n'était plus rien, ni savant, ni génie, ni pathétique enfant doté de cornes disgracieuses. Juste un puits abyssale de désir, un trou noir dangereux, dévastateur. Rien d'humain, rien de triste, rien de malheureux.
Plus tard, quand il reprendrait ses esprits, il serait effrayé par la puissance de cette envie morbide. Plus tard, il angoisserait sur l'ampleur de sa propre folie.
Mais pour l'heure, il couinait sous les assauts brutaux du jeune homme derrière lui, qui martelait ses fesses sans se préoccuper de son bien-être, et l'empêchait de respirer.
Des larmes coulaient des paupières étroitement closes de Caesar: il écarta un peu plus les cuisses, voulant supplier Law d'y aller plus fort, de le malmener, de ne pas hésiter. Néanmoins, il ne pouvait guère parler, et peut-être était-ce mieux comme ça.
Car Law n'avait de toute façon pas besoin d'encouragement. Il ne montrait aucune sensibilité, arrachant à Caesar ses dernières parcelles d'humanité pour faire de lui un amas gémissant de chair avide. Il détestait cette image, et pourtant Caesar l'excitait terriblement en se laissant dominer de la sorte. Il ignorait s'il avait toujours eu ça en lui – cela lui faisait peur – ou si c'était un instinct bestial que Caesar, par son attitude vulgaire, avait su faire naître. Mais il ne pouvait pas reculer.
Il empoigna les cheveux longs de Caesar – il adorait le contact soyeux, et tirer dessus jusqu'à ce que ça fasse mal – pour le forcer à se cambrer. La vision de son dos courbé de la sorte était très érotique, et Law se mit à jouir en crispant ses doigts dans la chevelure sombre.
Sa semence explosa dans le fondement de Caesar, et celui-ci couina plus fort, ne pouvant plus hurler après le traitement reçu par ses cordes vocales. Il tressauta violemment, convulsant de plaisir à nouveau.
Law se rencogna une derrière fois dans son cul, et se retira aussitôt. Un filet de sperme s'accrocha sur une des fesses joliment rosie par leur fougueux exercice.
Caesar retomba contre le lit, la respiration sifflante. Il perçut faiblement un froissement de tissus, malgré le tambourinement de son cœur dans ses oreilles. Il devina plus qu'il n'entendit réellement le Shichibukai sortir, et il lui fut bizarrement reconnaissant de le laisser reprendre le contrôle de lui-même tout seul, sans lui faire de commentaire.
Il avait eu suffisamment d'humiliation. Et il était enfin satisfait.
Jusqu'à ce que la frustration revienne.
