Insaisissable : Deuxième chapitre.
Deux mois s'étaient écoulés, et tous avaient enfin fait leurs choix d'internat. Ils avaient tous été très bien classés, mais la palme revenait à Hermione, qui se situait à la 9e place au niveau national. Ainsi, ils avaient pu choisir les spécialités qu'ils désiraient, sans aucune difficulté. Hermione avait choisi la pédiatrie, Blaise l'anesthésie-réanimation, et quant à Draco et Harry, ils avaient tous les deux choisi la neurologie. Ils avaient également tous pu rester dans la même ville, ce qui était tout de même un exploit.
Nous étions fin Août, et il faisait extrêmement chaud. Torse nu, Blaise se débattait avec un carton et essayait de se faufiler dans la pièce remplie de toute part.
_J'te met ça où Harry ? Cria-t-il.
Harry ne s'en sortait pas mieux. Il s'était pris cinq fois les pieds dans des cartons, et avait failli tomber à chaque fois. Le front en sueur, il ôta également son tee-shirt, et le balança négligemment.
Cela faisait à peine deux jours qu'il avait obtenu les clefs de son tout nouvel appartement. Non seulement il se trouvait à cinq minutes à pieds de l'hôpital, mais il était également dans le même immeuble que celui de Blaise, Pansy et Draco.
Il était assez modeste… 40 m², un séjour-cuisine, une petite salle de bain et une chambre. Mais Harry en était très satisfait, et cela lui suffisait amplement. Il avait même une très belle vue sur le lac, et le soir, les lumières de la ville lui réchauffait le cœur. Mais par-dessus tout, il était près de ses amis, et bien sûr… de Draco.
Draco qui revenait d'ailleurs avec le dernier carton. Il observa furtivement Harry, mais détourna le regard aussi tôt.
_Hey, tu ne trouves pas que t'as trop de cartons pour un appart' aussi petit ? S'exclama Ron.
Hermione lui envoya son coude dans les côtes, ce qui fit rire Pansy et Blaise et grogner son petit-ami de douleur.
Harry sourit, et se laissa tomber lourdement dans le canapé tout neuf. Alors que ses meilleurs amis étaient comiquement en train de se disputer et que Pansy et Blaise se délectait de la situation, il en profita pour observer le blond. Appuyé contre un des murs du salon, ils les observaient également. Ce qui l'étonnait le plus chez lui, c'est qu'il avait l'air parfait en toute situation. Regardez Harry, obligé de se dévêtir, rempli de sueur et de poussière. Draco lui, avait l'air tout à fait à l'aise dans son jean et son tee-shirt moulant. Il n'y avait pas de trace de sueur, ni de poussière. Il se tenait droit, fier. Il était vraiment… parfait. Ou alors, il cachait très bien son jeu.
Harry soupira, puis frappa dans ses mains. Tous les regards se dirigèrent vers lui. Un grand sourire aux lèvres, il s'écria :
_Pizza ?
Il faisait nuit noire, et la seule chose qui venait éclairer la chambre silencieuse était la lumière du cadran numérique du réveil.
Ron était allongé sur le dos, attendant impatiemment le retour d'Hermione. Les minutes, les heures défilaient, et il n'arrivait pas à trouver le sommeil.
Cela faisant maintenant un mois que ses amis avaient débutés l'internat, et il fallait l'avouer, il les voyait beaucoup moins.
Harry venait chaque semaine lui rendre visite au commissariat, mais il voyait bien par ses énormes cernes sous les yeux qu'il aurait très nettement préféré être dans son lit. Blaise, Pansy et Draco, il ne les avait pas vus depuis trois semaines, la date à laquelle il avait organisé leur dernière réunion.
Et Hermione…
Il ne la voyait plus qu'en coup de vent. En garde presque trois nuits par semaine, et lorsqu'elle était en repos, lui travaillait. Ou alors, elle rentrait à des heures impossibles, comme ce soir.
Il était une heure trente quand Ron entendit enfin la porte d'entrée grincer. Il attendit quelques minutes, puis décida de la rejoindre en bas.
Hermione était tout simplement épuisée. Elle aurait dû rentrer chez elle depuis quatre bonnes heures, mais un des enfants a eu un problème et ils avaient dû l'amener en salle d'opération. Pas qu'elle se soit occupée de l'opération elle-même, mais l'enfant était à sa charge, et elle ne pouvait pas quitter son poste tant qu'il n'était pas revenu de son opération et tant qu'il n'était pas stable.
Elle mourrait de faim. Aussi, à peine rentrée, elle se rua sur le frigo, mais tout ce qu'il y avait à l'intérieur était des restes de pizzas, et une bouteille de lait à moitié vide. En voyant ça, elle se sentit terriblement coupable. Elle délaissait totalement Ron, et à voir le contenu du frigo, il ne s'en sortait pas vraiment tout seul…
Quelqu'un se racla la gorge, et elle se retourna vivement. Ron était justement en train de la fixer, appuyé contre le chambranle de la porte. Ses yeux trahissaient son agacement, et cela ne fit qu'amplifier le sentiment de culpabilité qu'elle éprouvait.
_Je suis désolée Ronald…
Son visage se fit plus dur, mais il ne bougea pas.
_Je t'ai réveillé ? Lui demanda-t-elle, plus pour faire la conversation qu'autre chose.
_Pas vraiment. Répondit-il, évasif.
Un silence s'installa, inconfortable. Hermione aurait voulu lui reprocher de ne pas avoir fait de courses, car lui avait beaucoup plus de temps libre qu'elle, mais d'un autre côté, elle était encore tiraillée par ses remords.
Alors elle attrapa un paquet de pâtes dans un placard, et fit bouillir de l'eau dans une casserole. Ron la regarda faire, puis au bout d'un moment, s'en alla. La fatigue n'aidant pas, Hermione fondit en larmes silencieuses.
Il était treize heures passées, et Draco venait à peine d'ouvrir les yeux. Il avait passé une garde particulièrement difficile la nuit dernière, et il profitait de son jour de repos pour se reposer. Ils avaient, lui et Harry, reçut un patient en urgence, et ils avaient dû se relayer pour surveiller son état. C'était aux infirmières normalement de s'en occuper, mais elles étaient totalement dépassées par le monde qu'il y avait, et il comprenait tout à fait.
Mais cela avait eu un avantage : il n'avait pas eu à rester dans la chambre de garde seul avec Potter. Déjà qu'il avait eu du mal à avaler le fait qu'ils allaient être dans le même service durant tout leur internat, s'il fallait également qu'il fasse toutes ses gardes avec lui, cela n'allait vraiment pas aller.
Ils étaient quatre internes dans leur service de neurologie, et ils devaient, la plupart du temps, être deux internes par garde. Malheureusement, ou heureusement, il ne savait pas trop, il se retrouvait avec le brun beaucoup trop souvent à son goût.
Il ne détestait pas Harry en fait. Il ne savait d'ailleurs pas vraiment ce qu'il ressentait pour lui. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il aimait sentir les yeux du brun sur lui. Il aimait sa voix aussi, sa façon de parler, son rire. Oui, son rire lui réchauffait le cœur.
Draco était un vrai con quand il était gosse. Un gosse de riche prétentieux qui se croyait au-dessus de tout le monde : éducation paternelle oblige.
Mais aujourd'hui, et depuis la fin du lycée, son père était en prison pour fraude fiscale. Cela avait été un grand choc pour Draco, car oui, il idolâtrait son père. Mais il était en prison, et Draco avait senti ses principes s'effondrer, les uns après les autres. Il était alors devenu totalement amorphe de la vie, blasé. Heureusement, Blaise et Pansy avait été là pour lui, et il leur en serait à jamais reconnaissant.
Et puis, ses amis s'étaient rapprochés du groupe de Potter. Il devait avouer que Ron et Hermione étaient sympathiques et que les voir se disputer pour un oui ou pour un non était plutôt distrayant. Mais le problème restait Harry Potter. Il était bien trop dangereux pour le blond, et il n'arrivait toujours pas à savoir pourquoi.
Rien que sa présence parvenait à lui chambouler le cœur, sa tête tournait légèrement, et même quelques fois où il se trouvait bien trop près, des frissons couraient le long de sa colonne vertébrale. Alors il essayait de minimiser les rapports qu'il pouvait avoir avec lui, il ne lui parlait qu'en cas de nécessité, et essayait d'éviter de penser à tout ça. Bien que maintenant, cela allait s'avérer un peu plus compliqué…. Car non seulement il allait le côtoyer beaucoup plus, mais ils habitaient également à un étage l'un de l'autre.
Draco rejeta la couette sur le côté, mais resta étendu quelques minutes, les yeux rivés sur le plafond. Pansy et Blaise travaillaient et il avait l'appartement à lui toute la journée. Il se décida tout de même à se lever et alla se servir un café, boisson obligatoire quand on devient médecin…
Des coups à la porte retentirent, et une tasse à la main, il alla ouvrir.
Harry Potter se tenait de l'autre côté de la porte, les cheveux encore plus en désordre que d'habitude, et portant des vêtements totalement froissés. Se grattant l'arrière de la tête, il resta là, sans rien dire.
_Tu comptes rester là toute la journée Potter ? S'impatienta le blond.
_Sympa l'accueil… répondit Harry en fronçant les sourcils. Je voulais juste savoir si tu pouvais me dépanner une ou deux capsules de café. J'ai pas les idées très claires tant que je n'ai pas eu ma dose de caféine…
Le visage impassible, Draco s'éloigna de la porte, laissant un Harry hésitant. Devait-il entrer ou attendre sur le pas de la porte ?
Trop fatigué pour se prendre la tête, il pénétra dans l'appartement et ferma la porte derrière lui. Il n'eut à attendre que quelques dizaines de secondes avant que le blond ne réapparaisse. Il lui tendit deux capsules et Harry le remercia.
L'ambiance était tendue, et ils restaient face à face, comme des cons, sans s'adresser la parole.
_Tu veux peut-être que j'aille te préparer ton café à ta place… ? Commença le blond.
Harry le regarda dans les yeux, contrarié.
_Dis-moi, Draco. Est-ce qu'un jour tu arrêteras de m'ignorer ?
Ce fut au tour de Draco de froncer les sourcils.
_Je ne t'ignore pas.
Ils s'affrontèrent regard quelques secondes, puis Draco détourna les yeux. Pour Harry, cela voulait tout dire.
_Bon et bien… Merci pour le café.
Puis Harry s'en alla, laissant Draco comme un con, planté au milieu du salon, avec un café qui avait refroidi.
Il était vingt heures, et Harry s'endormait presque devant le journal télévisé. Un bruit de clé le fit sursauter, et il tourna la tête vers la porte d'entrée. Il se leva, tandis qu'elle s'ouvrait. Il tomba sur Hermione, des larmes dévalant ses joues et les yeux rouges, une valise à ses pieds.
_Je peux rester quelques jours ? Lui demanda-t-elle.
Puis ses pleurs redoublèrent d'intensité, et Harry la prit doucement dans ses bras.
A suivre...
