OS écrit dans le cadre de la (fantastique) nuit d'écriture du Fof pour le thème Feu

Voilà la première rencoooontre! :D (postées avec quoi, deux mois de retard? :p)


Feu

Il monta ses mains à sa bouche et souffla dessus pour les réchauffer. Au fur et à mesure que les jours passaient, la nuit s'était faite frisquette et aujourd'hui, il était forcé de se coller contre une source de chaleur pour ne pas sentir son sang se retirer de ses extrémités et une sensation glacée remplacer celle de sa circulation habituelle. Il les frotta ensuite l'une contre l'autre avant d'enrouler ses bras autour de ses genoux et de ses balancer d'avant en arrière. Si le temps devenait glacial, il allait falloir qu'il se confectionne un poêle ou une sorte de four le plu vite possible. Ce projet avait germé dans sa tête alors qu'il n'avait pas encore fini de construire son « habitation » sous un rocher avancé qui formait une sorte de grotte au sol couvert de sable blanc et fin, qui n'avait rien à voir avec celui qui recouvrait les plages de l'île.

Il avait pris la décision de fabriquer une sorte d'habitacle dans lequel il pourrait mettre le feu qu'il avait mis si longtemps à obtenir, afin que ce dernier soit protégé, notamment des éventuelles bourrasques de vent et des risques de tempête et, de son côté, ne menace pas non plus de brûler toutes ses possessions, déjà en nombre restreint, bien qu'il s'estime plutôt chanceux de ce côté.

Il ignorait encore comment il pourrait bien s'y prendre pour construire tout ça, mais de toute façon, il n'allait pas s'y mettre dans l'immédiat, et il reporta son attention sur le feu.

Le feu. Cet enchevêtrement de flammes qui dansaient les unes avec les autres, un ballet qui avait quelque chose de sensuel, qui léchaient le bois qu'il leur avait donné, aspirant à chaque coup de leurs langues brûlantes une infime part de l'essence de vie du matériau. Alec était hypnotisé par ce spectacle, comme un enfant qui, pour la première fois de sa vie, se trouve assis devant une cheminée dans une grande maison de campagne, et fixe l'âtre pendant des heures avec fascination. Il se souvenait de sa première fois à lui. C'était dans la grande demeure de sa grand-mère paternelle. Sa mère avait dû le menacer de le priver de dessert jusqu'à la fin des vacances pour qu'il quitte sa place attitrée, sur un coussin, devant la grande cheminée du salon.

Il eut un petit rire amer. Que n'aurait-il pas donné pour retourner à cette époque ? Sûr que ses parents ne l'auraient pas laissé prendre un bateau pendant un début de tempête. Lui, du haut de ses 17 ans, n'avait pas jugé important la possibilité qu'une tempête surprenne son moyen de transport. Il était jeune, insouciant, et se souciait peu des risques que comportaient ses agissements. Il ne ferait jamais plus ce genre d'erreur. Enfin, en espérant qu'il en ait un jour l'occasion, ce qui signifierait qu'il avait tout de même réussi à se sortir du bourbier dans lequel il s'était enfoncé.

Alors qu'il s'abîmait à nouveau dans la contemplation du feu, un bruissement le tira de sa torpeur et lui fit relever la tête. Ce bruit de tissu froissé ne pouvait pas provenir de Black, qui se tenait à une trentaine-cinquantaine de mètres de lui. Non. De toute façon, il était sûr qu'il venait de l'autre côté du feu. Il tendit alors son cou, et c'est là qu'il la vit pour la première fois. A travers la lueur mouvante et aveuglante des flammes, il distingua son visage fin, aux joues creuses, entouré de cheveux qui semblaient de la même couleur que cette masse brûlante qui les séparait. Elle darda sur lui un regard intense, surpris et soudain, se recula brusquement.

« Attends ! » s'exclama-t-il en vain, se redressant avec violence et courant après elle. Mais sa silhouette disparut bien vite, engloutie par la pénombre de la nuit.

« Attends… » répéta-t-il dans un souffles découragé. Elle s'était envolée. Pendant un bref instant, il avait cru qu'il avait trouvé une compagnie qui le tirerait de son affreuse solitude. Pendant un bref instant, il avait cru qu'il n'était pas seul. Mais cette lueur d'espoir s'était bien vite évanouie, comme la flamme d'une bougie sous la puissance d'une bise glaciale d'hiver.

Il retourna donc à son campement, tête basse, en trainant des pieds et, quand il y parvint, il remarqua immédiatement que quelque chose manquait. La boucle d'oreille à plume qu'il avait ramassée la veille avait disparu. Ainsi, elle appartenait à son étrange compagne d'infortune. Il soupira. Pourquoi cette dernière refusait-elle de se montrer, de lui parler ? Lui aurait donné n'importe quoi pour faire sa connaissance.