Petit retour furtif ! ^^
Merci à mes super revieweuses. Ca fait plaisir de vous retrouver !
Dinahe, j'espère que la suite va tout autant te plaire que le prologue.
Elisab, le chapitre 1 est nettement plus long. Est-ce que ça te convient mieux ? lol !
Chers lecteurs,
Dans les trois paragraphes qui suivent il y a une victime différente. Si la première est évidente, la seconde n'est que suggérée. Quant à la troisième ... ^^
Bonne lecture et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 1
Février 1999
- Fous le camp ! J'veux plus te voir ! Jamais ! Hurlait-elle en balançant ses affaires sur le trottoir où il se trouvait.
Il était planté là, les épaules tombantes, le visage décomposé. Il n'essayait même pas d'esquiver. L'une de ses chaussures le heurta violemment au visage mais il ne bougea pas d'un millimètre. Il était anéanti. Sa vie était détruite et tout était de sa faute. Comment avait-il pu se transformer en cet horrible monstre ? Au bout de quelques minutes interminables, les cris cessèrent, ponctués par le claquement de la porte d'entrée. Si sa femme n'était désormais plus dans son champ de vision, son image, elle, était à jamais gravée dans son esprit. Il voyait son visage ruisselant de larmes, ses yeux qui exprimaient sa colère et reflétaient sa déception. Il l'avait trahie. Comment avait-il pu ? Lui qui idolâtrait son épouse depuis plus de vingt ans.
Il se souvenait péniblement de ce qui l'avait conduit à cette nuit de débauche à peine douze heures auparavant. Il ne comprenait absolument pas ce qui avait pu l'y pousser. La veille, il avait levé le nez de ses dossiers pour s'apercevoir que la nuit était tombée. C'est en réalisant l'heure tardive qu'il avait rassemblé ses affaires et quitté son bureau pour rejoindre hâtivement sa famille. Il avait rencontré bon nombre de ses collègues dans les locaux mais il n'avait jamais vu cette femme avant. D'ailleurs, il n'avait même pas remarqué sa présence jusqu'à ce qu'elle lui effleure le bras en le croisant. C'est à ce moment-là qu'il était tombé sous son charme. Pourquoi ? Que s'était-il passé ? Il n'en avait aucune idée. A bien y repenser, elle n'avait rien d'extraordinaire. En tous cas, elle n'arrivait pas à la cheville de son épouse. Il n'en revenait toujours pas. C'était comme si ses désirs l'avaient emporté sur sa volonté, comme si son corps agissait sans que son esprit lui en ait donné l'ordre, comme s'il était prisonnier à l'intérieur de son propre organisme. Tout s'était déroulé dans un flou artistique et il s'était réveillé à ses côtés, complètement dénudé. Une fois ses esprits retrouvés, il avait été horrifié de comprendre ce qu'il avait fait. Il avait dû être honnête avec son épouse qui était terriblement inquiète de sa disparition, qui n'avait pas dormi de la nuit et qui s'était jeté dans ses bras, les yeux rougis et ruisselants lorsqu'il avait franchi le seuil. Malheureusement, ses aveux avaient eu l'effet escompté : elle ne lui pardonnerait jamais. Pourtant il se devait de lui dire la vérité. Il n'aurait pas pu vivre avec ce lourd secret, cette abomination. Il avait tout détruit et pour quoi ? Pour qui ?
Une légère brise vint frapper sa chemise trempée de larmes et il frissonna. Combien de temps était-il resté là, planté, à fixer cette maison ? Ce foyer si cher qui abritait sa famille, ses adorables enfants, sa merveilleuse femme. Il sentit ses jambes se dérober. Alors qu'il allait s'effondrer au milieu des vêtements et autres objets personnels qui jonchaient le sol, il fut retenu in extremis. Il sortit tant bien que mal de sa torpeur et observa qui l'avait secouru. Il tenta de se dégager lorsqu'il reconnut la tignasse blond platine et les yeux peinturlurés. C'était elle ! Celle avec qui il avait détruit sa vie. A ce moment précis, il la trouva d'une laideur épouvantable mais elle attrapa sa main et sa beauté le frappa de nouveau. Elle lui sourit et l'entraîna vers sa voiture. Il la suivit sans opposer de résistance.
Il avait dû s'évanouir car, lorsqu'il ouvrit les yeux, il s'aperçut qu'il était allongé sur le canapé au milieu d'un appartement miteux. Elle était là et lui parlait mais il ne l'entendait pas. De toute façon, plus rien n'avait d'importance. Il avait tout perdu. Il n'avait plus de raison de vivre. Alors, lorsqu'elle lui caressa le visage, il ne réagit pas. Il n'esquissa pas le moindre mouvement non plus au moment où les doigts délicats de la jeune femme s'allongèrent anormalement et pénétrèrent dans ses narines et ses conduits auditifs. Il n'eut même pas le réflexe de se débattre quand ces sondes improvisées traversèrent douloureusement ses tympans et accédèrent tout naturellement à son cerveau. Il ne pouvait rien entendre mais les battements réguliers qu'il percevait indiquaient un mouvement de succion. Une substance indéterminée s'évacuait de l'intérieur de son crâne. Il sentait bien que quelque chose de mauvais était en train de se produire mais peu lui importait. Elle pouvait bien lui manger le cerveau à la petite cuillère, au moins il ne penserait plus à ce qu'il avait fait, peut-être même, avec un peu de chance, que ses remords s'évanouiraient avant de mourir. Après tout, le monstre qu'il était devenu méritait amplement de subir ce martyre. Il assista, impuissant, à la jouissance de l'étrange créature qui se tenait à califourchon sur son abdomen. Au bout d'un moment qu'il ne put déterminer, tout devint noir. Sa conscience le réveilla un peu plus tard et il discerna l'étrange femme. Les traits déformés de son visage semblaient montrer qu'elle souriait. Ce qui lui servait de lèvres bougeait mais il ne distinguait que des grondements sourds. De nouveau, elle s'installa sur lui et les doigts froids et rigides pénétrèrent ses narines. Revivrait-il cet instant éternellement ? Peut-être était-ce ça l'Enfer ? Il eut l'occasion de se poser les mêmes questions à deux reprises avant de sombrer définitivement dans l'inconscience.
*x*x*x*x*x*x*
1 mois plus tard.
Assis à la table du petit espace cuisine, Sam essayait en vain de se concentrer sur son livre. Intrigué, il jetait régulièrement des regards à son frère, affalé dans le sofa tout miteux du coin de la pièce. Ca faisait bien une heure que Dean était plongé dans la lecture du document que leur père lui avait soumis avant de partir enquêter. D'après ce qu'il avait pu entendre, c'était une copie du rapport légiste de la dernière victime, le fameux examen médical qui les avait entraînés jusqu'ici pour une chasse.
Dans la région, le taux de suicide était anormalement élevé mais aucun élément surnaturel n'avait attiré l'attention de leur paternel jusqu'à ce que l'oncle d'une des victimes ait pris l'initiative d'exercer sa profession de médecin légiste sur son propre neveu. Le résultat de l'autopsie avait dû provoquer un électrochoc à John parce que moins d'une heure plus tard, ils étaient en route.
Dean sortit enfin de sa fascination morbide et leva les yeux vers son cadet qui l'observait toujours en coin.
- Quoi ? Lui demanda-t-il en soulevant un sourcil inquisiteur.
- Ca a l'air fascinant ce que tu lis, décréta le plus jeune sur un ton ironique pour tenter de ne pas montrer l'intérêt qu'il pouvait porter au dossier que son frère avait entre les mains.
- Non, c'est dégueu ! Répondit franchement Dean en jetant le document à côté de lui sur le canapé et en se levant d'un coup pour se dégourdir les jambes. Ca m'a presque coupé l'appétit … enfin presque ! Papa en a pour un moment et j'ai besoin de prendre l'air. Ca te dit de faire un p'tit tour, histoire qu'on se trouve un café et un truc à grignoter ?
- Bof, non ! Je n'ai pas très faim. Devant le regard déçu de son aîné qui commençait à se rasseoir, il ajouta : Mais vas-y, va prendre l'air et j'veux bien que tu me ramènes un café.
- Et te laisser tout seul ici ?
- Dean, j'ai seize ans …
- Quinze et demi ! Rectifia-t-il en le pointant du doigt avant que son visage s'illumine d'un sourire malicieux. OK, j'te ramène ça … mais pas de bêtise en mon absence, hein ?
Sam se renfrogna et lui adressa une grimace acerbe. Quand est-ce que son irrécupérable frangin s'apercevrait-il qu'il avait grandi ? Ils faisaient tous les deux la même taille à présent et pourtant il le traitait comme s'il n'avait pas plus de dix ans ! Il le regarda sortir et attendit que le ronronnement de l'Impala s'éloigne pour se précipiter sur le rapport légiste.D'ordinaire, il accordait peu d'importance aux chasses dans lesquelles il était entraîné de force par son père. Ce n'était décidément pas la vie qu'il voulait et il avait d'autres ambitions pour son avenir – La principale étant de vivre normalement au milieu de gens normaux, dans un environnement normal ! Malgré tout, il avait toujours été d'un naturel curieux et il n'avait jamais lu ce genre de document auparavant. D'autre part, les différentes expressions affichées consécutivement sur le visage de son aîné l'avaient intrigué. Il s'installa donc à son tour dans le sofa et commença l'examen du dossier.
Sur la page de garde se trouvaient les informations administratives concernant la victime : Nom, Prénom, date de naissance et de décès, numéro d'identification, adresse … ainsi que les données relatives à l'autopsie : heure, date de début et lieu de réalisation …
Les nom, prénom, titre et juridiction de l'autorité requérante n'étaient pas renseignés. De même, il manquait les pièces autorisant cette autopsie telle que l'ordonnance du juge d'instruction. Ce document n'avait donc rien d'officiel mais il avait pourtant été complété avec un sérieux à toute épreuve ! Il suffisait de parcourir les pages suivantes pour en être persuadé.
La seconde feuille rassemblait les données de l'enquête, la levée de corps, les examens radiologiques prodigués ainsi que l'analyse externe du corps. La victime avait été retrouvée étendue sur son canapé, une bouteille d'alcool et deux flacons d'anxiolytiques et de somnifères vides à ses côtés. Les autres renseignements fournis dans cette partie étaient infimes et peu instructifs par rapport à leur chasse en cours : aucune trace externe ni signe distinctif justifiant le décès. Il n'y avait pas de lésion, ni déformation ou mobilité anormale. Malgré tout, Sam s'attarda sur la description des phénomènes cadavériques qu'il trouva très enrichissante. Il y était évoqué, entre autre, la rigidité du corps, la circulation posthume, le degré de décomposition du corps, tout d'abord dans son ensemble puis, plus précisément, en commençant par la tête pour finir avec les membres inférieurs.
Ce n'est que lorsqu'il aborda l'autopsie à proprement parlé qu'il comprit ce qui avait tant perturbé son frère. L'examen était relaté dans les moindres détails. L'explication était tellement précise que Sam avait l'impression de se trouver à côté du médecin légiste et de pratiquer les différentes incisions lui-même. Il sentit le malaise monter en lui.
N'était-ce pas l'horrible craquement des côtes soumises à l'écartement de la cage thoracique qu'il venait d'entendre ? Et d'où venait cette odeur ? Du cœur posé négligemment sur la balance ? Ou encore des poumons que l'oxygène avait définitivement abandonnés ? Il sentit la nausée l'envahir. L'examen de l'abdomen n'arrangea rien. Il avait l'impression que c'était lui qui soutenait le foie de la victime dans sa main, le faisant pivoter pour mieux l'analyser. Les descriptions de l'aspect de la vésicule biliaire et de la rate provoquèrent une remontée acide qu'il réussit à contrôler jusqu'à l'inspection plus que détaillée du contenu de l'estomac et des intestins. Il se sentait de plus en plus nauséeux mais il ne pouvait détacher ses yeux de cette lecture morbide. Il n'y avait pourtant rien d'anormal : pas d'atrophie, pas de nodule, pas d'athérosclérose, d'ulcère, d'anévrysme ou de thrombose. C'était juste un corps ordinaire, banal … mais dépecé ! Dire que les médecins légistes faisaient ce boulot jour après jour !
Finalement, il oublia presque tout ce mal-être lorsqu'il tomba sur la première observation aussi intéressante qu'inattendue : le canal central de la moelle osseuse contenue dans le squelette vertébral et pelvien était étrangement sec. De ce fait la matière s'était asséchée et était maintenant réduite à une poudre granuleuse et opaque. Sam ne put réprimer une grimace de dégoût.
S'ensuivit alors l'autopsie du crâne. Là encore, au début, rien d'étrange n'apparaissait : pas d'hématome sur le cuir chevelu, absence de fracture sur la voûte, aspect normal de l'endocrâne … mais concernant les méninges, c'était une autre histoire. Leur volume était pratiquement réduit à néant. Seule une sorte de fine membrane desséchée indiquait sa précédente existence. Quant au cerveau, si on pouvait toujours l'appeler ainsi d'après la description, il se résumait à l'état de ridicules petits lobes déshydratés. Bien qu'il n'en ait pas réellement besoin, le médecin avait analysé de manière très rigoureuse les différentes parties de cet ensemble de matières entièrement dépourvues de liquide corporel. Comment cette substance vitale avait-elle pu quitter le corps sans laisser de trace ? De quelle manière était-il possible de l'extraire ainsi, dans son intégralité ? Elle ne s'était tout de même pas évaporée !
La réponse apparut dans le paragraphe suivant : Il y avait des marques d'irritation au niveau des narines et des conduits auditifs, ainsi que des traces de sang séché près des tympans déchirés. De nombreuses éventualités vinrent frapper l'esprit de Sam mais aucune d'entre elles n'étaient vraiment agréable !
Le paragraphe résumant l'autopsie et les examens des prélèvements réalisés indiquait clairement que les circonstances du décès étaient indéterminées. Il ne pouvait s'agir d'un suicide ! L'organisme ne contenait aucune trace de drogue ou d'alcool. Le corps ne révélait pas de marques de coups, ni de quelconque blessure. Les organes étaient sains. En revanche, la conclusion concernant la cause du décès était plus qu'évidente : La victime était totalement dépourvue de liquide céphalo-rachidien.
C'était comme si ce jeune athlète d'une vingtaine d'années s'était laissé ponctionner son liquide cérébrospinal sans se débattre, de manière tout à fait consciente. Rien d'étonnant donc que ce dossier ait fini dans les mains expertes de John Winchester.
Il tourna la page et trouva les photos rassemblées en annexes. Les images mentales qu'il s'était créées en lisant les différentes descriptions étaient déjà suffisamment immondes mais elles étaient bien loin de l'ignoble vérité. La nausée le reprit au moment où la porte d'entrée s'ouvrit à la volée. Surpris, il sursauta et releva la tête pour se trouver nez à nez avec son frère qui fronça aussitôt les sourcils :
- Wow ! T'en fais une tête ! T'as vu un mort ou quoi ?
Dean avait dit ça avec une totale décontraction et une touche d'humour toute personnelle accompagnée d'un sourire moqueur. Mais ses yeux reflétaient une certaine inquiétude. Ca, c'était lui tout craché ! Impossible de trouver le bouton off pour désactiver son mode « grand-frère ultra protecteur ». Sam ne prit donc pas la peine de lui répondre mais utilisa son arme à lui pour obtenir rapidement un accord à sa requête.
- Dean, tu m'emmènerais à la bibliothèque pour que je fasse quelques recherches ?
*x*x*x*x*x*x*
Décidément, il n'avait aucun pouvoir face au regard de chien battu de son cadet. Il s'était dit qu'avec le temps cette étrange aptitude fraternelle s'amenuiserait mais il savait pertinemment que l'espoir était vain. Sammy allait bientôt souffler sa seizième bougie. Malgré cela, ce qu'il voyait dans ces moments-là à travers ses yeux, c'était toujours le p'tit bonhomme de quatre ans qui avait besoin de lui. Comment pourrait-il lui refuser son aide ? Et c'était ainsi qu'il se retrouvait en train de s'ennuyer ferme à la bibliothèque de la ville d'à côté. Il n'avait aucune aversion pour les livres mais ce genre d'établissement lui filait des boutons : ça puait le renfermé, les seules filles présentes qui auraient pu l'intéresser étaient trop studieuses pour penser à autre chose qu'à leurs chères études et dès qu'on osait bouger un peu ou, pire, ouvrir la bouche, on se faisait inonder de « chuuuut ! » autoritaires !
Bref, il se maudissait d'avoir, une fois de plus, cédé à la requête de son petit frère. Foutue faiblesse ! Il devait au moins essayer de la combattre avant qu'elle ne le mène à sa perte ! Aujourd'hui, c'était faire face à un ennui mortel la bibliothèque mais un jour, qui sait, ce serait peut-être mastiquer de la salade et ronger une carotte dans un restaurant végétarien ! L'horreur !
Son affliction devait être gravée sur son visage, à moins que ce soit son attitude qui l'ait trahi, car Sam souffla son exaspération avant de lui chuchoter sur un ton faussement compatissant :
- Tu sais que tu n'es pas obligé de rester là, Dean ? Tu peux aller faire un tour si tu veux.
- Non, je préfère t'attendre. De toute façon, il va falloir qu'on y aille parce que papa va bientôt rentrer. J'peux peut-être te donner un coup de main, proposa-t-il avec l'espoir d'en terminer plus vite avec cette torture.
Sur ces mots, il lança un regard de défi à la bibliothécaire dont le « chut ! » prêt à sortir de ses lèvres pincées s'évapora comme par enchantement. Puis il rapprocha sa chaise dans un grincement strident et se pencha pour jeter un coup d'œil à l'écran d'ordinateur où son cadet s'affairait depuis ce qui lui semblait être des heures ! Il fut surpris de ce qu'il y vit et se tourna pour porter toute son attention sur cet étranger qui avait pris les allures de son frangin.
- Quoi ? Demanda Sam, légèrement sur la défensive en sentant le regard inquisiteur de son aîné.
- Je croyais que tes recherches concernaient un boulot pour l'école mais ça m'a tout l'air d'être en rapport avec la chasse de papa.
Seul un grognement à peine audible fit écho à cette remarque. Ravi de voir son petit frère s'intéresser aux « affaires familiales », Dean poussa plus avant son interrogatoire :
- Alors t'as trouvé des trucs intéressants qui pourraient nous aider ?
Sam lui lança une série de regards incertains. Que pouvait-il lui dire ? Il n'avait décelé aucun élément en lien direct avec leur chasse mais les recherches qu'il avait faites et la lecture du rapport légiste l'avaient ébranlé sur bien des points et il ressentait le besoin d'en discuter. Or la seule personne avec qui il pouvait le faire était en face de lui. Il savait que Dean l'écouterait et qu'il aurait certainement les mots qu'il fallait pour le rassurer. Seulement, en évoquant ses doutes et ses craintes, il montrait aussi à son grand frère qu'il avait besoin de lui et ça allait à l'encontre de ce qu'il essayait de lui prouver depuis un certain temps déjà : qu'il était assez grand pour se débrouiller tout seul et suffisamment mature pour prendre ses propres décisions !
Il décida d'exprimer ses découvertes sur un ton qui se voulait détaché, tout en espérant que son aîné parvienne aux mêmes conclusions que lui, sans qu'il n'ait à trahir ses appréhensions.
- Regarde ! Il est dit ici que le volume de liquide céphalo-rachidien d'un adulte est d'environ 150 ml et qu'il est renouvelé trois à quatre fois en moyenne par jour, c'est-à-dire toutes les six à huit heures …
- Ouais … et alors ? Demanda Dean qui ne voyait pas où cet intello de service voulait en venir mais qui, en revanche, avait bien décelé le mal-être évident qui émanait de lui.
- Ben … hésita encore l'adolescent.
Comme Sam s'y attendait et tel qu'il le connaissait, son frangin ultra protecteur était loin d'abandonner ses sales manies et, par conséquent, il ne le lâcherait pas avant d'avoir obtenu une réponse de sa part. D'ailleurs, même en fixant l'écran devant lui, il pouvait sentir son regard insistant braqué sur lui. Il n'eut donc pas d'autre choix que de poursuivre :
- Tu crois que … enfin, quelle que soit cette chose … tu crois qu'elle vide ses victimes et qu'elle attend que le liquide se soit régénéré pour recommencer jusqu'à ce que le pauvre gars meure ?
Après avoir froncé les sourcils en signe de compréhension, l'aîné afficha une moue de dégoût.
- Où est-ce que tu vas chercher ça ? Demanda-t-il finalement. J'imagine que quand on n'a plus de ce liquide, on est mort.
- Bah, j'en suis pas si sûr. Les rôles principaux du liquide céphalo-rachidien sont de protéger le cerveau, éviter les infections et transporter des hormones et des nutriments. Toutes les victimes ont été retrouvées allongées. Elles étaient donc à l'abri des chocs. Et puis il n'y a aucun renseignement sur le temps qu'il faut pour mourir quand on vient à en manquer.
- Peut-être parce que dans le monde normal, tout ça n'est pas censé arriver.
- Oui mais ce que j'essaie de t'expliquer c'est que rien ne nous dit qu'un seul prélèvement soit fatal !
- T'es un vrai geek ! J'vais te dire, j'espère que tu as tort parce que dans le cas contraire, j'aimerais vraiment pas être à la place de ces pauvres gars !
- Moi non plus. Tu trouves pas ça bizarre qu'ils ne se défendent pas ? Même s'ils étaient tous dépressifs, ça ne veut pas dire qu'ils aient eu envie de mourir de cette manière. Elle les a peut-être hypnotisés ?
Sam était de nouveau parti dans ses pensées, essayant d'analyser toutes les données qu'il avait en main afin de trouver une explication logique. Mais la pâleur qu'il affichait alerta Dean qui réagit aussitôt :
- Quoi encore ?
- Ils étaient peut-être conscients ? J'veux dire : si on part du principe que le liquide se régénère, il faut que la personne soit en vie. L'autopsie a révélé qu'il n'y avait aucune trace de coup sur le corps ni de substance inhabituelle dans l'organisme. Comment pourraient-ils dormir avec la menace qui plane au-dessus de leur tête sans un recours à la médicamentation ou à un assommage en règle ?
- Wow, wow, wow ! Arrête ! Tu te poses bien trop de questions ! On n'en sait rien, d'accord ? Inutile de te faire des films alors qu'on n'est sûrs de rien ! Moi, tout ce que je vois, c'est qu'il va falloir exterminer cette chose et le plus tôt sera le mieux.
- Mais … vous l'avez identifiée ?
- Moi, non. Mais je suis sûr que papa va trouver.
- Vous savez où elle se planque ?
- Non plus.
- Ben, comment vous allez faire pour l'exterminer alors ?
Contrairement à son cadet, l'unique question qui vint à l'esprit de Dean à ce moment-là fut : « Mais pourquoi ai-je laissé le rapport d'autopsie à sa portée ? »
