Encore un postage furtif !
Merci à mes super revieweuses ... de toute sorte ^^
Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 3
« Il y a eu un problème … j'emmène ton frère aux urgences … je t'appellerai lorsque j'aurais plus de nouvelles. » Ces quelques mots de son père tourbillonnaient et résonnaient dans son esprit lui provoquant une migraine effroyable. Il sentait son cœur battre la chamade, son inquiétude le dévorant insidieusement de l'intérieur.
Le taxi s'arrêta devant la porte de l'accueil de l'hôpital général. Il tendit les billets qu'il avait déjà préparés au chauffeur et sortit du véhicule en trombe sans attendre la monnaie. Pourquoi ces portes coulissantes étaient-elles aussi lentes ? Il rattrapa tout ce temps perdu en courant vers l'accueil et en arrivant au comptoir en une fraction de seconde. Il poussa presque la personne âgée qui s'en éloignait à pas mal assurés et demanda des nouvelles de son aîné.
- Comment s'appelle votre frère, jeune homme ? Lui demanda l'infirmière qui pianotait déjà sur son clavier avant de relever la tête devant l'absence de réponse.
Il s'aperçut avec horreur qu'il n'avait aucune idée du nom d'emprunt donné par son père.
- Dean …, articula-t-il difficilement, il est arrivé aux urgences il y a peu de temps, mon père est avec lui, s'embrouilla-t-il.
- Calmez-vous, jeune homme, nous allons trouver votre frère, essaya de le rassurer cette femme d'un certain âge, prisonnière du regard torturé et suppliant de l'adolescent.
Elle ne pouvait absolument pas résister à ce visage si triste et angoissé et rechercha activement sur son ordinateur. Elle parcourut du regard le moniteur en fronçant les sourcils et expliqua :
- Nous avons effectivement un Dean Beard, d'une vingtaine d'année.
- Oui, c'est lui ! S'exclama-t-il, associant immédiatement ce nom à Franck Beard, le batteur de ZZ TOP. Où est-il ?
- Il a été admis il y a plus de trois heures déjà. Il est resté presque deux heures au bloc et vient de sortir de la salle de réveil. Il est dans la chambre 412 au quatrième …
- Merci, lança Sam sans attendre la fin de la phrase.
Il se rua vers l'ascenseur, attendit qu'il arrive avec une patience si limitée qu'il se dirigeait déjà vers la cage d'escalier lorsque les deux portes s'ouvrirent, accompagnant le tintement significatif qui annonçait sa venue. Il s'engouffra dans la petite cabine et appuya sur le bouton du quatrième étage. La lenteur de l'ascension lui fit regretter amèrement de ne pas avoir gravi les marches quatre à quatre. Il se maudissait toujours pour sa stupidité lorsqu'enfin il arriva au niveau demandé. Il se glissa dans l'entrebâillement que lui offraient les deux portes en s'ouvrant. Loin de se préoccuper de l'infirmière postée derrière la vitre de l'accueil, il balaya rapidement des yeux les différents panneaux et se dirigea à grands pas dans le grand couloir de droite. Arrivé au bout, il s'orienta de nouveau et parvint enfin devant la chambre 412. Il ouvrit la porte à la volée et se figea. Sa respiration haletante se bloqua quasi instantanément.
Sur le lit en face de lui était étendu son grand frère, un tube enfoncé jusque dans sa gorge, son bras droit branché à une perfusion et le haut de son torse bandé, muni d'électrodes reliées au monitoring. Le souffle de la pompe qui faisait gonfler sa cage thoracique de manière calme et régulière faisait écho au bip retentissant qui rythmait le battement de son cœur. Il déglutit difficilement devant ce spectacle épouvantable.
- Dean, souffla-t-il imperceptiblement en retrouvant provisoirement l'usage de ses poumons.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Je t'avais dit de rester à l'hôtel.
Il tourna la tête vers son père, assis sur une chaise dans le coin de la petite chambre. N'ayant que peu de considération pour ce qu'il était en train de lui dire, il reporta son attention sur son aîné et s'approcha précautionneusement de lui comme s'il voulait éviter de faire trop de bruit.
- Sam, je te parle, insista John qui s'était levé et l'avait rejoint près du lit.
- Tu m'avais surtout dit que tu me rappellerais, lui reprocha amèrement son jeune fils en essayant de contrôler l'intensité de sa voix. Qu'est-ce qu'il a ? Se renseigna-t-il, les yeux rivés sur le corps pratiquement inerte de son frère.
- Des côtes cassées, un poumon perforé et des contusions. Le médecin a dit qu'il était hors de danger.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Il a hésité. Il n'aurait pas dû. Je lui avais pourtant dit …
- Non mais tu vas me faire croire que c'est de sa faute en plus ! S'énerva franchement Sam, ne contrôlant plus rien et surtout pas sa voix.
- Ne me parle pas sur ce ton !
- Tu n'as pas d'ordre à me donner !
- Je suis ton père ! Tu me dois le respect et si ton frère m'avait obéi et avait écouté mes ordres, il ne serait pas là maintenant !
- Si tu ne lui avais pas demandé de t'accompagner dans ta chasse à la con, il n'y serait pas non plus !
Le monitoring de Dean s'emballa et les deux hommes entendirent un râle qui leur fit tourner la tête vers le jeune alité dont les yeux s'ouvraient péniblement.
- Dean ! S'étonna son jeune frère en se penchant au-dessus de lui. Dean, comment tu te sens ?
L'aîné n'avait malheureusement pas l'opportunité de lui répondre, ce que Sam apprécia finalement lorsqu'il croisa son regard. Le plus jeune était malade de voir son frère dans cet état mais ce fut pire lorsque l'infirmière entra précipitamment dans la chambre et leur demanda, à son père et à lui, d'en sortir. Il fallut l'intervention du médecin pour qu'il accepte enfin de patienter dans le couloir.
x*x*x*x
Si ce mec en blouse blanche ne lui enlevait pas rapidement ce foutu tube en plastique de la trachée, il se le retirerait tout seul et lui balancerait en travers de la tête ! Ca faisait bien dix minutes maintenant que le médecin avait fait sortir son frère et son père de la chambre et depuis il cherchait une explication au fait que son patient n'avait pas été extubé en salle de réanimation.
De son côté, Dean commençait à perdre patience. Apparemment, d'après ce qu'il pouvait entendre, ses constantes étaient bonnes. D'ailleurs, il ne se sentait pas si mal que ça. Alors il n'avait qu'une envie : partir d'ici au plus vite ! Il n'en avait rien à faire qu'on lui ait injecté du « solumédrolbidule » pour éviter une réaction inflammatoire, un œdème ou tout autre truc pourri ! Apparemment l'injection du « produit miracle » n'avait pas été faite au bon moment et pour éviter tout risque, il devrait attendre encore … quoi ? Une heure ? Alors là, certainement pas !
De l'autre côté de la porte, dans le couloir, les deux autres Winchester avaient cessé de s'affronter du regard et se concentraient sans en avoir l'air sur ce qu'ils entendaient dans la chambre.
- Non, monsieur Beard ! Soyez raisonnable ! …tentait le médecin pour raisonner son patient récalcitrant. C'est d'accord, c'est d'accord, je vais vous l'enlever mais lâchez ce tube ! Vous m'entendez ? Bien … Bon alors vous allez prendre une grande aspiration et quand je vous le dirai vous soufflerez aussi fort que possible. Prêt ? Maintenant !
La toux rauque et tenace qui s'ensuivit encouragea Sam à saisir la poignée de la porte pour aller rejoindre son frère. John le stoppa dans son geste lui rappelant que le personnel médical était plus capable que lui pour aider Dean, ce qui ne manqua pas de créer une nouvelle tension entre eux.
En ressortant de la chambre quelques minutes plus tard, le médecin fut assailli de questions par l'adolescent qu'il avait eu tant de mal à faire sortir. Mais lui aussi avait des interrogations qui nécessitaient des réponses claires et nettes. Il encouragea donc le père à aller voir son aîné et expliqua au cadet qu'il devait attendre son tour et qu'il lui expliquerait tout ce qu'il souhaitait savoir pendant ce laps de temps. Il l'entraîna dans un petit espace muni de chaises et d'un distributeur de boissons. Il le fixa gravement, ne sachant pas exactement comment aborder le sujet. Les yeux interrogateurs de l'adolescent devinrent véritablement inquiets.
- Ne vous faites pas de souci. Votre frère est hors de danger, tenta-t-il de le rassurer.
- Alors pourquoi vous me regardez comme ça ? C'est quoi le problème ?
- Eh bien, au regard des radios et autres examens médicaux, il apparait que votre frère a subi bon nombre de traumatismes. Certaines lésions datent de quelques semaines, d'autres encore les précèdent ...
- Oui, mon frère a un don pour se fourrer dans les ennuis, s'empressa de couper l'adolescent, alors que son regard affichait clairement sa méfiance à présent.
- Quel genre d'ennuis ?
Devant l'attitude suspicieuse de son interlocuteur qui venait de se refermer comme une huitre, il ajouta :
- Sachez que je suis soumis au secret professionnel et que tout ce que vous auriez envie de me dire restera entre nous. Je suis en mesure de vous aider et …
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, mentit le jeune homme. Quant au fait que je suis censé vous faire confiance, je vous rappelle que nous sommes ici parce que vous vous êtes engagé à répondre à mes questions.
- Absolument, concéda le médecin qui réalisa sans difficulté qu'il venait de perdre cette partie. Je vous écoute.
- Pourquoi mon frère est resté si longtemps au bloc ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ?
- Le choc qu'il a subi a provoqué l'enfoncement de sa cage thoracique et certaines de ses côtes se sont brisées. Je pensais que c'était l'une d'entre elles qui avait provoqué le pneumothorax mais il s'avère que la cause est tout autre. De toute évidence, c'est un objet en bois qui a transpercé son poumon droit. Heureusement, le foie n'a pas été touché, ce qui a évité une hémorragie beaucoup plus importante. Tout bien considéré, il a eu beaucoup de chance, insista-t-il en appuyant son regard pour que son interlocuteur comprenne la gravité de la situation. En entendant des pas lourds qui se dirigeaient dans leur direction, il poursuivit son explication. Nous avons donc effectué un drainage thoracique. C'est une technique très efficace qui assure la ré-expansion du poumon et qui favorise la cicatrisation.
- Comment ça marche ? S'intéressa Sam, sans aucune considération pour l'arrivée de son père.
- On place un drain thoracique en aspiration dans la cavité pleurale.
- Et alors, ça a fonctionné pour Dean ?
- Oui, il a très bien réagi. Malgré ses graves blessures, il a parfaitement supporté les différentes interventions. D'ailleurs, il est rare de voir un patient se battre avec autant de hargne.
- Quand pourra-t-il sortir ? Se préoccupa John.
- Dans quelques jours.
- Bien.
- Ce qui ne voudra pas dire qu'il sera totalement rétabli, s'empressa d'ajouter le médecin.
- Qu'est-ce qu'il faudra faire pour qu'il aille mieux ? S'inquiéta d'emblée Sam dont les yeux lançaient des éclairs de défi à son père.
- Pour le moment, nous lui administrons ce qu'on appelle une oxygénothérapie composée d'un mélange hélium-oxygène. Lorsqu'il va sortir, il devra suivre une bonne dizaine de séances de kiné respiratoire et surtout rester au repos pendant les trois semaines à venir car le taux spontané de ré-expansion d'un poumon est de deux pourcent par jour. Même si votre frère sera remis d'ici sept à huit jours, son poumon ne sera pas encore totalement fonctionnel et il nécessitera un temps de latence pour éviter tout risque d'un nouveau décollement. Je vais donc lui prescrire des antalgiques et surtout, j'insiste bien là-dessus, du repos. Il faut à tout prix éviter une récidive.
Sur ce dernier avertissement, il s'excusa, prétextant aller voir ses autres patients, et s'éloigna rapidement. John interrogea son cadet du regard. Celui-ci s'arma d'un sourire cynique et se fit une joie de lui répondre :
- Il pense que c'est toi qui as fait ça à Dean !
x*x*x*x
Contrairement à ce qu'avait l'air de penser Sam, John aimait ses fils. Il n'avait peut-être pas la façon idéale de le montrer, voilà tout. Il se demandait si ce foutu gamin essayait au moins de le comprendre. Son cadet s'opposait à tout ce qu'il essayait de lui inculquer. Il était désespérément récalcitrant. Cette attitude avait toujours existé d'aussi loin qu'il s'en souvenait et le passage de l'adolescence n'arrangeait rien. Ne voyait-il donc pas que tout ce qu'il faisait avait pour but de les protéger lui et son frère ? Il était tout de même leur père ! Il avait déjà perdu sa femme alors il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver ses enfants – que ses méthodes plaisent ou non à Sam.
Depuis l'hospitalisation de Dean, la situation s'était envenimée. Rares étaient les mots qu'ils échangeaient et l'ambiance était encore plus froide que le climat instable qui sévissait en cette fin d'hiver. Du coup, son fils aîné faisait le médiateur, comme à son habitude. Mais ses tentatives se soldaient inévitablement par un échec. Sam tenait son propre père directement responsable de ce qui était arrivé. Mais il ne savait rien : après tout, il n'était même pas là ! Il n'avait aucune idée de ce qu'il avait pu ressentir en voyant son fils agoniser à côté de lui. Ce n'était pas lui qui s'était senti démuni face à la respiration laborieuse de Dean. Ni lui qui avait failli perdre la raison au moment où il avait cru que la mort allait aussi lui prendre un de ses garçons. Non, il ne savait rien !
Il s'était efforcé d'être reconnaissant envers ceux qui avaient sauvé la vie de son aîné. Et ça n'avait pas été facile, loin de là. Il avait respecté toutes les prescriptions de ce petit fouineur de médecin. Il avait patienté de longs jours à la clinique, supportant les regards méfiants et souvent mauvais du personnel hospitalier. Malgré le boulot monstre qui l'attendait à l'extérieur il était resté près de son fils aîné, s'éloignant juste le temps de leur dégoter cette petite bicoque isolée. Là encore, il avait suivi les conseils des médecins et autres individus « bien pensants » – ces mêmes personnes qui le prenaient pour un père maltraitant. Mais toute rancœur mise à part, il devait bien admettre que Dean avait besoin de repos et de stabilité jusqu'à ce qu'il recouvre une santé digne de ce nom.
Alors il avait prospecté et il avait choisi cette vieille baraque. Celle-ci répondait parfaitement à ses critères de sélection : elle était située suffisamment en retrait de la ville, évitant ainsi d'attirer l'attention les voisins étaient pour ainsi dire inexistants ou grabataires et surtout elle était loin de l'hôpital où avait séjourné son fils aîné et donc loin d'éventuelles enquêtes sociales.
Evidemment, cette maison comportait également quelques inconvénients. La distance avec le lycée le plus proche constituait le point qu'il redoutait d'aborder avec Sam. Il fallait près d'une heure pour y accéder par le transport en commun. Et connaissant l'importance des études aux yeux de son cadet, il fut vraiment surpris de constater qu'il n'avait pas encore émis l'idée de profiter de ce temps de pause pour s'inscrire dans le premier établissement du coin. Il avait bien essayé d'évoquer ce sujet avec lui mais le dialogue était impossible. A moins que ce soit son fils qui soit impossible ! D'ailleurs, en ce moment même, il l'entendait se disputer avec son frangin derrière la porte qui séparait les deux seules pièces de leur logement de fortune.
Il n'y avait qu'une chambre qu'il avait dotée de lits jumeaux pour ses garçons. Lui s'était octroyé le canapé de la pièce de vie. Cette couchette improvisée n'avait rien de confortable mais son intention n'était pas d'y dormir souvent. Le boulot n'attendait pas et il tournait en rond depuis trop longtemps maintenant. Il avait appelé ses contacts mais Bobby faisait en sorte que les chasses n'arrivent pas jusqu'à ses oreilles. Ce vieux renard avait pris la fâcheuse habitude de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Et quand ça concernait les garçons, il devenait carrément irrationnel.
Enfin, peu importait : il avait décelé deux ou trois petits problèmes dans la région qu'il se ferait une joie d'éradiquer. Le principal étant de s'éloigner quelques temps, d'être seul pour se recentrer et se consacrer corps et âme à retrouver l'enfoiré qui avait tué sa femme. Il n'aurait de repos que lorsqu'il aurait retrouvé et exterminé la chose démoniaque qui avait ça. Chaque jour, il imaginait les différents moyens qu'il pourrait entreprendre pour mettre à bien sa vengeance. Ses recherches progressaient petit à petit, trop lentement à son goût et parfois, ses découvertes étaient déconcertantes. Récemment, il avait eu vent de rumeurs redoutables qui touchaient de près son cadet. Cette nuit-là, la mort de Mary n'avait peut-être pas été le seul drame qui avait affecté leur famille. Il avait besoin d'en avoir le cœur net. Et pour ce genre de choses, il préférait prospecter seul.
De toute façon, il ne pouvait pas compter sur Dean durant sa convalescence. Quant à Sam, il était trop préoccupé à prendre soin de son frère ... contre l'avis du principal intéressé à en croire les grognements qui émanaient de la chambre. D'ailleurs, il s'étonnait de ne pas avoir encore vu son aîné sortir en trombe de la maison pour prendre l'air. Intrigué, il tendit l'oreille. La discussion paraissait plus calme qu'au moment de leur réveil, une demi-heure plus tôt. Apparemment, Sammy avait décidé de changer de stratégie et il vantait les mérites d'une activité stable et peu éprouvante physiquement pour gagner de l'argent en toute légalité. De toute évidence, il n'avait pas digéré la petite escapade de son aîné, la veille, pour gagner quelques billets au billard ou au poker – voire, participer à des activités plus … physiques. C'est à ce moment précis que la porte de la chambre s'ouvrit à la volée. Dean scruta la pièce principale, avança jusqu'à la chaise pour s'emparer de sa veste, vérifia que les clés de la Chevrolet s'y trouvaient et informa son père dans un marmonnement à peine audible :
- J'vais faire un tour.
Il avait abandonné son habituel sourire désinvolte. Son visage fermé affichait des traits marqués qui accompagnaient à la perfection ses sourcils froncés. Il gagna l'entrée à grandes enjambées et disparut du champ de vision de John en une fraction de seconde.
- Dean ! Tenta en vain le plus jeune qui se tenait debout dans l'encadrement de la porte de la chambre.
Les bras ballants, Sam soupira bruyamment. Ses mâchoires se crispèrent mais ses yeux restaient fixés sur le lourd battant en bois qui venait de se refermer derrière son aîné. Ce n'est que lorsque le ronronnement du moteur de l'Impala devint imperceptible qu'il soupira et daigna octroyer un regard à son père.
- T'aurais pu dire quelque chose, lui lança-t-il amère, avant de réintégrer la chambre en claquant la porte derrière lui.
John ferma les yeux et s'obligea à garder une respiration profonde et régulière. Les coudes posés sur la table, il enfouit son visage dans la paume de ses mains et le massa tout en se frottant les yeux. Il était fatigué de tout ça. Il en avait assez. Sa décision était prise : Il partirait dans la journée.
x*x*x*x
Ce foutu frangin allait le rendre complètement cinglé !
Dean s'était arrêté dans le snack d'une station service en périphérie de la ville voisine. Il sirotait son café tout en engloutissant quelques donuts. Le brouhaha qui régnait dans la salle lui paraissait bien plus reposant que le ton réprobateur de son petit frère dès le réveil. Avoir Sam sur le dos vingt-quatre heures sur vingt-quatre à surveiller le moindre de ses mouvements, à juger du bienfondé de ses actions et à lui dire ce qu'il devait faire ou – plus exactement – ne pas faire, lui tapait sur le système. Il ne pouvait pas faire un pas dehors sans avoir Sammy collé aux basques. Il en était à souhaiter sa prochaine séance de kiné respiratoire car, même si ce pot de colle l'accompagnait jusque dans la salle d'attente et même si ce n'était pas une partie de plaisir, il pouvait au moins avoir la paix pendant une heure.
Dean soupira et avala d'un trait le reste d'un donut au glaçage multicolore. Il devait bien admettre que si les choses avaient été inversées, il aurait réagit de la même manière que Sammy. Après tout ses intentions n'étaient pas mauvaises. Il était juste inquiet. Le seul problème c'est que c'était à lui, l'aîné, de prendre soin de son petit frère, et non l'inverse. Et puis si son cadet voulait tellement l'aider, il pourrait commencer par arrêter de se friter avec leur père sans arrêt. Leur petite guéguerre le mettait sur les nerfs. Il ne se passait pas une journée sans qu'ils se jettent toutes sortes de saloperies au visage. Même leur silence était pesant. Quant aux regards qu'ils daignaient échanger, ils étaient souvent précurseurs d'une violente dispute se terminant momentanément par le claquage d'une porte. Il devenait urgent qu'ils se trouvent une activité qui nécessiterait toute leur attention. Les vacances, ce n'était pas fait pour les Winchester. Malheureusement, Sammy avait raison sur un point : il n'était pas assez remis pour participer à une chasse. Ses insuffisances respiratoires auraient fait de lui un boulet plus qu'une aide. Pourtant, il devait impérativement trouver une solution. Il ne pouvait pas se résoudre à fuir la maison constamment, comme il l'avait fait la veille ou encore ce matin. Leur père pourrait peut-être allé chasser seul. Quant à Sammy … Mais oui ! C'était si simple. Pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ?
Un sourire malicieux se dessina sur son visage. Une jolie blonde assise à une autre table lui rendit son sourire. Le physique fort sympathique de la jeune demoiselle l'enjoignit à lui faire un petit signe. Il aurait été dommage de ne pas profiter d'une occasion pareille. Ce n'est que lorsqu'il croisa finalement ses yeux qu'il rejeta l'opportunité. Il ressentit comme une onde électrique parcourir son corps. Le message d'alerte reçu par son cerveau le stoppa net dans son élan. Cette femme était néfaste. Derrière le masque charmeur de son visage jovial et proche de la perfection, son regard était voilé d'une animosité féroce, d'un petit quelque chose de malsain qu'il n'aurait su définir avec exactitude. Il reporta donc toute son attention sur son gobelet et termina son café. Puis il se dirigea vers le comptoir où il commanda d'autres boissons et provisions à emporter avant de payer la note.
Il sortit nonchalamment du snack et regagna sa voiture comme si de rien n'était. Cela ne l'empêcha pas de ressentir tout le poids du regard de l'inconnue qui suivait le moindre de ses mouvements. Il démarra l'Impala et partit retrouver sa famille tout en s'assurant qu'il n'était pas suivi.
Toujours installée à sa table, la femme le regarda s'éloigner d'un air satisfait. Elle n'avait pas eu de grandes difficultés à retrouver leurs traces. Il lui avait suffit de prospecter dans les hôpitaux les plus proches de l'immeuble où résidait sa sœur. Elle avait emprunté le corps d'une infirmière pour enquêter à son aise et avait compris, pour son plus grand malheur, que le jeune chasseur avait survécu. Toutefois, l'importance de ses blessures ne lui permettait pas de voyager loin et pour une rémission complète, il devait impérativement suivre des séances de kiné respiratoire. Voilà deux éléments qui avaient joué en sa faveur. Elle avait donc pu réduire son cercle d'investigations et la chance lui avait finalement souri ce matin en plaçant devant elle l'objet de ses recherches ! Inutile de le suivre. Le type de voiture que ce garçon conduisait serait facilement repérable. Elle ne devait rien faire dans la précipitation. D'autant plus qu'elle avait également découvert que les deux chasseurs étaient en réalité de la même famille. Alors, aujourd'hui, elle voyait les choses avec philosophie. Sa vengeance n'en serait que plus savoureuse.
