Un grand merci à tous ceux qui lisent cette histoire, rédigent des reviews ou des messages personnels.

Et un merci tout particulier à ceux auxquels je ne peux pas répondre car ce sont des anonymes ^^

C'est très agréable de constater que cette histoire ne plait pas ... qu'à moi ! lol !

Bref, merci à vous tous et bonne lecture ^^


Chapitre 4

- Arrête, Dean ! Si tu veux que je retourne au lycée c'est uniquement pour que je te foute la paix.

Le sourire moqueur mais approbateur de son aîné ne lui échappa pas. Il préféra donc détourner son regard du conducteur et feindre l'observation du paysage qui défilait derrière la vitre du côté passager de l'Impala.

Ca faisait deux semaines qu'ils avaient quitté l'hôpital et depuis il n'avait eu de cesse de prendre soin de son grand frère, s'assurant qu'il suivait bien son traitement, l'empêchant d'aller crapahuter à droite et à gauche et l'éloignant envers et contre tout des chasses trouvées par leur paternel. Et c'était comme ça qu'il le remerciait ? L'idée même de retourner en cours ne lui était pas venue à l'esprit et pourtant il était un fervent adepte de ce genre de chose.

Quand Dean lui avait annoncé qu'il l'avait inscrit au lycée du coin, il n'avait pas su comment réagir. D'un côté, il se réjouissait de pouvoir reprendre le cours normal de sa vie. D'un autre, combien de temps cela durerait-il ? Il craignait qu'en son absence, son aîné fasse n'importe quoi. Cet inconscient avait toujours cette fâcheuse tendance à présumer de ses forces et à se jeter dans la gueule du loup juste pour satisfaire les attentes démesurées de leur père. John ne tarderait pas à dégotter une des ces créatures surnaturelles impossibles à éliminer sans l'aide précieuse de son fils prodigue et alors tout reprendrait selon la rengaine habituelle : départ précipité, chasse, hôpital …

- T'as pas bientôt fini de bouder, Sammy ? Tu me bassines avec ça depuis des années et aujourd'hui tu freines des quatre fers pour aller en cours. Faudrait savoir ce que tu veux. Tu devrais être content de reprendre tes chères études et ta p'tite vie normale.

- Pour combien de temps ? Quand j'aurais le dos tourné, qu'est-ce qui me dit que tu ne vas pas faire n'importe quoi ? Je suis sûr que tu vas trouver un prétexte pour appeler papa et te jeter dans la première chasse venue. Pourquoi tu ne veux pas te poser un peu ? Qu'est-ce qu'il y a de mal à suivre les prescriptions du médecin ? A la première occasion, tu …

- Eh, oh ! C'est MA convalescence et je suis assez grand pour prendre soin de moi tout seul.

- Pfff ! Tu parles, rumina le plus jeune sans détacher son regard de la vitre. Et puis d'abord tu ne devrais même pas conduire.

- Me gonfle pas Sam ! L'aîné ici c'est moi. Alors tu t'occupes de tes cours et je m'occupe de ma santé. Point final.

Le cadet serra les mâchoires. Inutile de rétorquer. Impossible de discuter avec cette foutue tête de mule de frangin. Et pourtant il enrageait de pouvoir le faire.

Arrivés devant le lycée, il saisit son sac sur la banquette arrière d'un geste brusque, s'extirpa rapidement de la Chevrolet et claqua la portière sans un mot, ni même un regard en arrière. Satisfait, il entendit Dean râler tout ce qu'il pouvait.

Il observa un court instant l'immense bâtisse qui se dressait devant lui. Encore une nouvelle école ! Il ne les comptait même plus. Le vrai problème n'était pas d'y entrer mais plutôt de savoir combien de temps il allait y rester. Il soupira et profita de l'arrivée d'un car scolaire pour s'insérer au milieu du flot d'élèves. Il n'avait pas mis un pied dans l'enceinte de l'établissement, qu'il sentit une présence féminine se rapprocher considérablement sur sa droite. Pourvu que cette bonne âme ne lui adresse pas la parole. Il n'était vraiment pas d'humeur.

- T'es nouveau ?

Raté ! Il ne lui accorda même pas l'ombre d'un regard furtif, préférant scruter les pointes de ses chaussures, l'ignorant superbement. Seulement c'était sans compter la ténacité de la jeune demoiselle qui insista lourdement.

- Eh ! Salut ! T'es nouveau ?

- T'es perspicace.

- C'est ton frère là-bas ? Poursuivit-elle, loin de s'offenser de son manque de dialogue, ni de son ton abrupte.

- Ouais, fit-il blasé, sans même prendre la peine de vérifier de qui elle pouvait bien parler.

- Ben dis donc, il …

- Ouais je sais : Il est beau, il est cool et il a une super bagnole. Laisse-moi deviner : Tu veux que je te le présente.

- Waouh ! Quel caractère ! Je vois : cas avéré de jalousie aigue !

- Moi, jaloux de mon frère ? Pfff ! J'aurais tout entendu ! Maugréa-t-il sans détacher son regard des marches qu'il gravissait pour atteindre la porte du bâtiment principal. Tu lui dis « parallèle » et il stresse parce qu'il croit qu'il va devoir partir en avion !

Il avait marmonné cette dernière phrase histoire d'évacuer sa rancœur à l'égard de Dean sans penser que la jeune fille l'aurait entendu mais elle devait avoir l'ouïe fine car elle éclata de rire avant de poursuivre avec un accent qu'il n'avait pas décelé jusque-là :

- J'allais effectivement dire qu'il avait une très jolie voiture mais pas besoin que tu me le présentes puisque j'ai déjà un exemplaire familial sous la main. Au premier abord, le physique pas désagréable c'est un trait de famille, minauda-t-elle pour le faire réagir. Alors si j'ai bien compris, ton frère a hérité du gène du mec cool et toi, celui de l'asocial de service ? Ben tu sais, faut pas t'en faire, ton cas n'est pas complètement désespéré.

Il s'arrêta de marcher et quitta ses chaussures des yeux pour rencontrer le visage souriant, un tantinet moqueur de ce moulin à paroles. Cette fille était magnifique. Ses cheveux châtains, longs et lisses retombaient en cascade sur ses frêles épaules. Ses yeux reflétaient sa gentillesse, son intelligence et sa simplicité. Sa tenue vestimentaire était vraiment sobre et pourtant c'était comme si elle rayonnait. Et sa silhouette menue ne l'empêchait nullement d'imposer une présence plutôt agréable.

- Jeanne, se présenta-t-elle.

- Prénom français ? Demanda-t-il en acceptant la main qu'elle lui tendait.

- Toi aussi t'es perspicace ! Se moqua-t-elle gentiment avant de s'expliquer. Je suis née en France et j'ai vécu un peu partout. Mon père voyage beaucoup avec son boulot. Ca n'est pas toujours facile de s'intégrer quand on est nouveau. Je sais ce que c'est, j'en ai fait souvent l'expérience.

Au bout du couloir, deux autres jeunes filles la hélèrent joyeusement. Jeanne leur fit signe qu'elle arrivait puis reporta son attention sur le jeune Winchester.

- Si tu cherches le secrétariat, c'est par là, lui indiqua-t-elle avant de se diriger vers ses amies. Et si tu cherches quelqu'un avec qui parler, je serai dans le coin.

- Euh, moi c'est Sam, la renseigna-t-il finalement alors qu'elle s'était déjà éloignée de plusieurs mètres.

Elle se retourna quelques secondes, tout sourire, pour lui lancer :

- Enchantée, Sam.

Elle entraîna ses amies dans une des salles de cours et il se dirigea vers l'administration.

x*x*x*x

Après un dernier coup d'œil aux voitures qui circulaient tant bien que mal devant le lycée, Sam monta à regret dans l'autocar. Ses cours étaient terminés depuis un peu plus d'une heure mais il avait préféré attendre sur le trottoir jusqu'à ce qu'il n'ait pas d'autre choix que de prendre le dernier transport en commun en mesure de le ramener chez lui.

Il s'installa près d'une vitre, calla son sac entre ses pieds et scruta l'horizon avec l'espoir d'apercevoir la Chevrolet noire. La perspective d'être coincé pendant une heure n'était pas réjouissante. « Coincé », c'était bien le mot ! Ses jambes étaient tellement longues que ses genoux s'incrustaient carrément dans le siège devant lui. En plus son sac entravait le moindre de ses mouvements. Il aurait pu le poser sur la place à côté de lui mais ça n'enlèverait rien au fait qu'il aurait été bien mieux installé dans l'Impala ! Il resserra ses bras autour de son torse et appuya son front sur la vitre. Pourquoi Dean n'était-il pas venu le chercher ? Où était-il ? Qu'avait-il bien pu se passer depuis ce matin qui pourrait justifier son absence ? Il n'était tout de même pas reparti en chasse avec leur paternel ? Ca, non ! Il lui avait promis et en plus, il était loin d'être guéri …

- Tu as l'air préoccupé.

Sam sursauta en s'apercevant que Jeanne venait de s'installer sur le siège à côté de lui. Il la considéra un instant afin de reprendre ses esprits. Devant le regard concerné de la jeune fille, il se décida à partager son appréhension.

- Mon frère m'a laissé un message pour me dire de prendre le bus. Devant le regard incrédule de son interlocutrice, il poursuivit. Il m'a dit de ne pas m'en faire, qu'il m'expliquerait tout ce soir mais quand j'ai essayé de le rappeler, je suis tombé sur sa messagerie.

- Si tu t'inquiètes pour lui, tu devrais appeler tes parents. Ils en sauront peut-être un peu plus que toi.

Le jeune Winchester se stoppa net. Il parlait avec elle comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Mais tout bien considéré, il ne l'avait rencontré que le matin même. Il venait de réaliser qu'elle ne savait rien de lui, tout comme lui, ignorait totalement qui elle était.

- J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? S'inquiéta Jeanne.

- Ma mère est morte quand j'étais bébé et mon père est un fervent adepte des abonnés absents.

- Oh, je suis désolée.

- Tu ne pouvais savoir, tenta-t-il de la rassurer.

Après un bref silence, elle reprit.

- Si ton frère t'a dit de ne pas t'inquiéter alors peut-être que tu devrais l'écouter. Si ça se trouve, il sera chez toi quand tu rentreras et il pourra tout t'expliquer.

- Ouais, répondit-il peu convaincu. C'est juste que ce n'est pas son genre. Il est plutôt du style à me materner. C'est la première fois qu'il n'est pas là, à m'attendre, après une première journée de cours.

Jeanne lui sourit avec compassion. Elle avait tissé le même genre de lien avec son aînée et faisait de son mieux pour être une grande sœur à la hauteur vis-à-vis de son petit frère. Malheureusement, elle ne les voyait pas aussi souvent qu'elle le voulait car tous deux étaient en France avec leur mère pendant qu'elle, de son côté, étudiait à l'étranger pour ne pas laisser son père seul. Elle en fit part à Sam qui l'écouta avec attention. A chaque mot, chaque sourire, chaque expression de son visage, il se sentait de plus en plus proche d'elle. Il n'avait aucune idée d'où ce phénomène pouvait provenir. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance, voilà tout. En l'écoutant vanter les mérites des membres de sa fratrie, il décida qu'il était temps pour lui de rendre justice à son aîné.

- Oui, euh, à propos de ce que j'ai dit ce matin sur mon frère … commença-t-il, j'ai peut-être un peu exagéré.

- Quoi ? Ton frère est encore plus cool qu'il le parait ? Se moqua-t-elle gentiment.

- En tous cas, il l'est plus que ce que j'ai pu te dire. Tu sais parfois il peut être vraiment exaspérant mais …

- Mais c'est ton frère.

- Ouais et au fond, c'est quelqu'un de bien.

- J'en suis persuadée et finalement, j'ai bien envie que tu me le présentes. Si tu veux, je pourrais l'attendre avec toi, ce soir ? Mon père ne rentrera pas avant des heures.

Il l'observa un moment, méfiant. Ce n'était vraiment pas dans les habitudes familiales de ramener une inconnue chez eux, encore moins lorsque celle-ci avait été rencontrée le jour même. C'était enfreindre sciemment l'une des principales règles des Winchester. Mais leur père étant absent pour une durée indéterminée, seul Dean pourrait lui en faire le reproche. Ce même Dean qui, le matin même, lui avait dit – ou plutôt ordonné – de reprendre une vie normale. Qu'y avait-il de plus normal que d'inviter une copine de lycée à la maison ? En plus, son frangin pourrait constater de ses propres yeux que son cadet n'était pas en reste lorsqu'il s'agissait d'être en compagnie d'une très jolie fille. Enfin … Dean ne rencontrerait Jeanne qu'à la condition qu'il daigne rentrer. A ce propos, ce serait plutôt à lui de fournir des explications ! Son grand frère n'avait aucune considération pour le souci qu'il se faisait pour lui. Au moins Jeanne, elle le comprenait. Celle-ci l'observait, attendant patiemment une réponse de sa part. Il croisa son regard d'une extrême douceur et prit sa décision. Il accepta sa proposition en lui offrant de l'accompagner chez lui jusqu'au retour de Dean. La jeune fille en fut ravie et lui expliqua qu'elle détestait rester seule chez elle.

Le reste du trajet ne parut pas si long à Sam. Avec Jeanne, ils descendirent du car et marchèrent pendant le kilomètre qui les séparait de la maison. Le jeune Winchester avait espéré que son frère l'attendrait à l'arrêt de bus mais sa déception fut encore plus grande lorsqu'il s'aperçut que l'Impala n'était pas garée à sa place habituelle. Frustré et de plus en plus inquiet, il pénétra dans la grande pièce principale, suivi de la jeune fille. D'un même mouvement, tous deux jetèrent un œil circulaire à l'intérieur. L'une par curiosité, l'autre à la recherche d'un indice qui l'aurait aidé à retrouver son grand frère. Il croisa, sans le vouloir, le regard amusé de Jeanne et se sentit soudainement gêné du désordre qui régnait dans la pièce. Il se hâta de rassembler les vêtements qui trainaient ça et là et les balança négligemment dans la chambre tout en prenant bien soin de refermer la porte. Puis il s'activa à débarrasser la table des cartons de pizzas et autres canettes avant de l'enjoindre à s'installer et de lui offrir quelque chose à boire. Il ouvrit le réfrigérateur et se tourna vers elle avec une grimace embarrassée.

- De l'eau, ça te tente ?

Sam ne prit pas la peine d'écouter la réponse car il venait d'entendre le ronronnement de l'Impala. Ce doux bruit familier eut le mérite de le rassurer. Ce soulagement fut de courte durée et laissa la place à l'exaspération au moment même où la porte d'entrée s'ouvrit.

- Eh Sammy … Wow, d'accord ... Ben pour une surprise ! D'habitude les choses super bonnes que Sammy nous ramène du lycée, ce sont ses notes.

- Dean ! S'offusqua le cadet dont les yeux devinrent aussi ronds que des soucoupes avant de reprendre un semblant de contenance pour s'adresser à Jeanne. Excuse mon frère, il a été élevé par les loups !

- Et lui, il a perdu ses bonnes manières à la maternelle. Donc, salut, moi c'est Dean ! Se présenta-t-il en tendant la main à la jeune fille.

- Enchantée, moi c'est Jeanne, souffla-t-elle indistinctement, charmée par son sourire angélique.

- T'étais où ? Les interrompit Sam.

La tournure de la conversation ne le satisfaisait pas vraiment et il estimait que son grand frère avait des explications à lui fournir. Dean brandit fièrement devant lui quelques billets verts. Aussitôt, Sam se renfrogna. Non ! Il n'avait pas osé ? Pas après leur dernière dispute de la veille !

- Arrête de froncer Sammy ou ton visage va rester figé en trou de balle ! … C'est pas ce que tu crois. J'me suis trouvé un job.

- Laisse-moi deviner : un lutin t'a recruté pour bosser dans une immense fabrique de jouets, au pôle nord ? Se moqua-t-il avec un regard suspicieux censé camoufler le profond soulagement qu'il ressentit à cet instant.

Dean lui lança son meilleur sourire acerbe. Puis tout en enlevant sa veste, il raconta que grâce aux talents qu'il avait développés avec leur ami Bobby, il avait été embauché dans un garage non loin du lycée où étudiait son frère.

- J'y donne un coup de main à l'occasion … quand il y a beaucoup de boulot. J'dois dire que mon nouveau patron est très content de mes prestations, se vanta-t-il devant la jeune fille qui ne détachait plus ses yeux de lui.

- Oui, Dean est un manuel, s'empressa de souligner Sam. C'est le travail physique qui le branche.

- C'est ce que je vois, confirma-t-elle en appréciant sa musculature.

- Les seules fois où tu le vois prendre un livre c'est lorsqu'il a peur qu'il n'y ait plus de papier aux toilettes, poursuivit le jeune Winchester pour détacher Jeanne de sa fascination.

Elle éclata de rire et reporta son attention sur Sam qui n'en fut pas mécontent. Derrière elle, Dean plissa ses yeux et lança à son cadet son regard : « D'accord frérot, tu veux jouer à ça, on verra bien qui est le plus fort ! » Puis il se dirigea vers le réfrigérateur pour y stocker des plats à emporter et des packs de bière qu'il avait pris soin de rapporter. En tournant le dos aux deux jeunes gens, il ne put réprimer un sourire. Ca faisait un bail qu'il n'avait pas vu son petit frère aussi bien. Ravi de cette métamorphose, il n'en oublia pas pour autant d'élaborer sa revanche !

x*x*x*x

Quand Sam sortit de cours ce jour-là, il était hors de lui. Dean avait tout intérêt à être bien planqué parce que sinon, il lui ferait la peau ! Il jeta un œil aux voitures stationnées aux alentours et n'y décela aucune trace de la Chevrolet. Il attendit quelques minutes avant de se rendre à l'évidence : son imbécile de frangin n'était pas là. Il devait certainement travailler au garage. Deux possibilités s'offraient donc à lui : Soit il prenait le car et il attendait bien patiemment que ce p'tit comique à deux balles daigne rappliquer, soit il se rendait à pieds au garage pour lui expliquer sa façon de penser. La deuxième option lui parut bien plus adaptée à son ressenti du moment.

Sa décision prise, il commença à marcher d'un pas assuré. Seul problème, pour se rendre rapidement au garage, il devait traverser un quartier vraiment malfamé et – en dehors du fait que Dean lui ait strictement interdit de le faire – il était suffisamment raisonnable pour ne pas prendre de risques inutiles. Rien que la semaine précédente, une guerre de gangs avait provoqué la mort de plus de cinq jeunes âgés de douze à dix-sept ans. Il prit donc la direction du parc – itinéraire bien plus long mais plus sécurisé.

Il augmenta l'amplitude de ses enjambées mais ses pieds lui faisaient un mal de chien. Il réduisit donc l'allure et observa les baskets miteuses, source du désagrément. Il avait dû enlever ses chaussures si confortables avant même la fin de la matinée. Jeanne avait fait tout son possible pour lui trouver de quoi les remplacer mais sa pointure ne se trouvait pas si facilement. Ces reliques blanchâtres étaient tout ce qu'elle avait réussi à lui dégoter et bien qu'elles aient une taille en moins, il était très reconnaissant vis-à-vis de sa nouvelle amie.

Tout le temps du trajet, il rumina sa rancœur et lorsqu'il arriva finalement dans la rue où se trouvait le garage, une idée de vengeance s'était peaufinée dans son esprit. Ca faisait près de deux semaines que les plaisanteries se succédaient et prenaient de l'ampleur. Ca devenait ingérable et il fallait que ça cesse … mais pas avant qu'il ait prit sa revanche. Malheureusement, pour que le canular soit à la hauteur de la blague de mauvais goût dont il avait été la victime, il allait devoir impliquer la seule chose qui avait réellement de la valeur aux yeux de son frère. Et le retour de bâton risquait de faire très mal. Mais tout bien considéré, Dean méritait d'en baver lui aussi et il était tellement furieux contre lui en cet instant qu'il se moquait éperdument des conséquences de ses actes.

Quand Sam entra dans le local, son aîné était plongé dans le capot d'une voiture accidentée. Il communiquait à Jay, son collègue du même âge, les coordonnées de la pièce à changer qu'il devrait commander. Il lui fallut une fraction de seconde pour s'apercevoir que son petit frère venait d'arriver et s'était posté, droit comme un i, à ses côtés. Il se redressa et prit le temps d'évaluer le degré de rage qu'il pouvait lire dans ses yeux. Satisfait, il lui lança joyeusement :

- Hey, Sammy ! Comment s'est passée ta journée ?

- Tu me dois une paire de godasses neuves !

- Quoi ? Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles, lui répondit-il avec un sourire ravi et des yeux faussement innocents.

- Tu ne vois pas de quoi je parle, hein ? S'énerva le plus jeune en levant sa jambe droite pour montrer les vestiges de ce qui avait pu être une chaussure de sport.

- Chouettes baskets ! Tu t'es inscrit dans l'équipe de foot pour impressionner ta p'tite amie ?

- Jeanne n'est pas ma … ! Il respira un grand coup avant de poursuivre. Tu sais quoi ? Je te hais et faudra pas venir te plaindre quand je me serai vengé !

- Eh, mon p'tit Sammy ! Je te rappelle que c'est toi qui as commencé et tu sais très bien comment ça se finit en général. Tu devrais prendre cette petite blague avec humour et t'arrêter là avant d'atteindre le point de non retour.

- Prendre ta « petite » blague avec « humour » ? S'écria Sam hors de lui en marquant les guillemets de ses doigts. Mais putain Dean, quel frangin sain d'esprit irait planquer des tranches de fromage puant et dégoulinant sous les semelles, dans les chaussures de son petit frère ?