Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 5
Il aurait dû s'en douter. Il avait remarqué l'attitude étrange de Sammy la veille au soir. Il lui avait paru bien détendu … bizarrement détendu, avec son sourire idiot plaqué sur son visage de faux frère ! Et puis, ce crétin l'avait informé que ce matin, il prendrait le car pour aller en cours et qu'il était inutile qu'il passe le prendre le soir. Rien de très inhabituel là-dedans car depuis que Sammy avait rencontré Jeanne, tout était bon pour passer du temps avec elle – même rester coincé dans un bus bondé pendant une heure. Alors bien qu'il s'attendait à des représailles après sa dernière blague, il ne s'était pas inquiété plus que ça. Et du coup, il n'y avait vu que du feu jusqu'à cet après-midi où son boss lui avait fait remarquer l'affiche qui avait été scotchée sur son bébé, du côté passager. Voilà pourquoi toutes les personnes qu'il avait croisées s'étaient détournées sur son passage ! Et dire qu'il s'était même senti flatté par le regard de certaines jeunes femmes tout à fait à son goût. Dans la mesure où les hommes l'intéressaient bien moins, il avait fait abstraction de leur attitude étrange, dédaigneuse et parfois moqueuse. Personne, non personne, n'aurait pu ignorer ce gigantesque message écrit à la peinture rouge sur une affiche blanche :
Je suis une preuve vivante de l'adage :
grosse bagnole + grande gueule
= toute petite bite.
Enfin … personne n'aurait pu l'ignorer sauf lui ! Et à ce moment précis, il avait eu une folle envie de tordre le cou de son frère. Mais lorsqu'il avait essayé de décoller l'affiche, il s'était dit que la mort serait trop douce pour cet inconscient. Alors il était rentré, avait préparé deux ou trois petites choses et s'était assis sur le perron de leur maison pour attendre son retour. Cette attente ne fut pas longue car déjà il aperçut la démarche à la Gaston Lagaffe de son frangin. Dean se leva et les regards des deux garçons se croisèrent. Les enjambées de Sam diminuèrent considérablement et lorsque l'ainé brandit devant lui la fameuse affiche, le cadet esquissa une grimace significative. Malgré tout, le plus jeune poursuivit sa progression et, arrivé à sa hauteur, lui lança sans se démonter :
- Tu as reçu un mot doux de l'une de tes admiratrices ?
- Je ne trouve pas ça drôle ! Regarde ce que tu as fait à mon bébé ! Tu l'as toute défigurée !
Sam leva les yeux au ciel. Pourquoi fallait-il toujours que Dean exagère ? Contraint de regarder dans la direction indiquée par son aîné, il s'aperçut qu'il y avait effectivement quatre grandes bandes brillantes qui formaient un impeccable rectangle. La publicité n'était donc pas mensongère : Ce ruban adhésif était extrêmement puissant. Même lorsqu'on réussissait à l'enlever, la colle, elle, préférait rester. Voilà qui n'allait pas arranger ses affaires.
- Ben, au moins, ça n'a pas arraché la peinture, tenta le plus jeune pour minimiser le problème.
Dean lui adressa un regard meurtrier et prit une grande bouffée d'oxygène avant de décréter :
- Pour résoudre le problème, je ne vois que deux options. La première : tu utilises le matériel que je mets à ta disposition pour que mon bébé redevienne étincelant. Et ne t'inquiète pas ! Pour que le résultat corresponde à ce que j'attends, je me ferai un plaisir de superviser ton travail.
Sam jeta un œil au baquet plein d'eau moussante, à l'éponge végétale et aux gants en plastique roses placés bien en évidence sur le bord du seau. L'idée d'enfiler ses choses pour nettoyer la Chevrolet pendant des heures jusqu'à ce que Dean soit pleinement satisfait ne le réjouissait pas vraiment. D'un autre côté, son subconscient lui criait que la deuxième option ne serait pas meilleure. Alors il fit de son mieux pour ne pas poser l'inévitable question.
- Et la deuxième ?
Raté !
- La deuxième ? Se fit un plaisir de répondre Dean avec un sourire qui en disait long. Je serai contraint d'utiliser le matériel que j'ai à ma disposition pour parvenir au même résultat.
Sam serra les dents. C'était un piège. Il ne devait surtout pas poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Quel matériel ?
Encore raté !
- Ta langue !
Il aurait dû s'en douter ! Une nouvelle grimace fit son apparition sur son visage boudeur.
- Si j'accepte la première option, on fait une trêve ? Finit-il par demander sceptique mais en gardant malgré tout l'espoir d'une réponse positive.
Prisonnier du regard de son petit frère, Dean fit son possible pour rester intraitable. Sammy n'aurait pas dû toucher à son bébé ! C'était impardonnable … ou presque. Non, il était totalement inutile qu'il le regarde de cette manière car il ne cèderait pas d'un pouce ... bon ! une phalange à la rigueur, mais pas plus ! Un « On verra » peu audible lui échappa soudainement sans qu'il puisse l'empêcher. Maudit regard !
Les deux frères s'observèrent encore un instant. Dès qu'il fut certain d'avoir obtenu gain de cause, Sam se résigna à attraper les gants et les enfila devant son aîné qui se réinstalla sur les marches du perron avec un sourire comblé.
Brusquement, Dean abandonna son attitude radieuse et fronça les sourcils. Il arbora un air grave tout en portant son regard au loin, sur le petit bois qui dessinait la ligne d'horizon en direction de l'ouest. Depuis quelques temps, il avait toujours cette irritante impression d'être observé et ça avait pour conséquence l'activation de son alarme mentale.
x*x*x*x
Séra se réfugia instinctivement derrière un arbre avant de regagner finalement sa position initiale. Dean l'avait surprise en fixant son regard dans sa direction. Mais la distance qui la séparait des deux jeunes gens était suffisamment importante pour qu'elle soit totalement invisible à leurs yeux. Si elle pouvait les voir et même les entendre grâce à ses dons, eux, en revanche, n'en avaient pas la possibilité. Malgré tout, elle était intriguée par les facultés du frère aîné : Son instinct était aiguisé comme un couperet. Et par conséquent, toute tentative visant à l'approcher par la voie directe était vouée à l'échec. Il lui était difficile, voire impossible, d'assouvir sa revanche dans de telles conditions. Elle avait besoin de lui pour faire souffrir le père, l'assassin de sa sœur adorée. Elle allait donc devoir emprunter un chemin détourné.
Heureusement pour elle, une récente découverte allait lui permettre d'accomplir sa revanche. La famille de chasseurs était composée d'un troisième membre âgé d'une quinzaine d'années. Elle n'avait pas encore eu l'opportunité d'observer la relation qui unissait les garçons avec leur père mais elle avait tout de suite compris à quel point les deux frères étaient proches. Depuis quelques jours, elle les épiait et elle trouvait cette dépendance mutuelle fascinante. La marche à suivre était donc limpide : elle se rapprocherait du plus jeune et ferait en sorte de briser le lien fraternel. Cette étape ne présentait aucune difficulté apparente et aurait le mérite de plonger le jeune Sam dans la dépression. Cette condition était nécessaire : sans la volonté de vivre, ses proies plongeaient dans un état catatonique qui lui permettait de faire d'eux ce qu'elle souhaitait, et en particulier, les déguster aisément.
Ensuite, tout devrait s'enchaîner très naturellement. Brisé par la perte de son frère, l'aîné serait sa cible suivante. Elle prendrait un soin tout particulier à l'assécher lentement et avec une grande application, de manière à ce qu'il souffre le plus longtemps possible. Tout ceci devrait bien évidemment avoir lieu devant le regard impuissant de son criminel de père. Quoi de plus délectable que de se nourrir tout en savourant les cris et les supplications de ses victimes. Et lorsqu'elle puiserait la dernière goutte de ce succulent nectar, elle pourrait simultanément jouir du désespoir paternel. Un seul point restait à définir : Que ferait-elle de lui quand elle aurait exterminé ses deux fils ? Lui servirait-il de dessert ? Le laisserait-elle sombrer et vivre dans la désolation jusqu'à la fin de ses jours ? A moins qu'elle ne combine ces deux excellentes idées … ou qu'elle en trouve de nouvelles. Cette perspective plus que réjouissante contribuait à son réconfort.
Elle sortit de sa réflexion lorsqu'elle décela le bruit sourd d'un moteur. Le véhicule apparut dans son champ de vision une minute plus tard et dans les secondes qui suivirent les deux garçons s'étaient redressés et s'apprêtaient à recevoir ce visiteur assurément inattendu. L'ambiance si légère jusque-là se ternit soudainement sans demi-mesure. Le 4x4 noir se gara dans la petite allée derrière la Chevrolet. Un homme brun et trapu en descendit. Dean, souriant, avança pour le saluer tandis que Sam restait un peu en arrière, le visage fermé. Elle ajusta sa vision et attendit de découvrir le visage de ce nouvel arrivant. Il se retourna pour saisir un sac à l'arrière de son véhicule et ce mouvement confirma sa première impression : le meurtrier de sa sœur faisait son grand retour.
Elle réprima une furieuse envie de se précipiter sur lui pour lui arracher le cœur. Elle détourna donc son regard, s'adossa au tronc et se laissa glisser jusqu'au sol. Elle fit de son mieux pour maîtriser sa respiration haletante. La rage consumait sa raison et elle devait impérativement se reprendre pour mener à bien sa vengeance. La douleur s'estompa à mesure qu'elle imaginait l'insupportable torture qu'elle avait pris soin d'élaborer pour eux. Finalement, un sourire sadique se dessina sur son visage : les réjouissances allaient pouvoir commencer.
x*x*x*x
Les violents éclats de voix qui résultaient de l'affrontement entre le père et le fils cessèrent au moment où Dean entra dans la maison. Sam remarqua tout de suite qu'il n'avait pas l'air ravi. Le connaissant, leur « petite » conversation n'était très certainement pas à son goût. Son teint légèrement rougi, les traces de transpiration sur ses tempes et sa respiration saccadée étaient indubitablement dus à sa course quotidienne d'une heure. En revanche, son regard, lui, trahissait son humeur du moment. Et ça n'était pas bon du tout !
- On vous entend à des kilomètres à la ronde, fit-il remarquer froidement, évitant soigneusement les yeux réprobateurs et colériques de son père mais soutenant les prunelles pressantes de son cadet.
- Mais Dean … commença Sam pour se justifier.
Il s'arrêta là. Son aîné lui lançait son regard noir et ça lui faisait toujours le même effet. Tel un produit réfrigérant, il s'insinuait dans son corps et glaçait son sang. Et bien qu'il ait la même taille que Dean à présent, dans ces moments-là, il se sentait tout petit. Contrairement aux sentiments qu'il réservait à son père, il avait pour son frère un profond respect. Il se contenta donc de s'exécuter tout en le fixant de son regard implorant.
Dean n'avait pas eu d'autre choix que d'entendre le sujet de la dispute. Il fit son possible pour détacher ses yeux de son jeune frère et se concentra sur John qui fourrait rageusement le reste de ses affaires dans son sac. Il se passa une main apaisante sur le visage avant de s'adresser finalement à son père :
- C'est la chasse dont t'a parlé Caleb ?
- Oui et il faut partir maintenant.
- Je ne sais pas si je vais pouvoir t'aider, papa, admit l'aîné dans un souffle, devant les regards surpris des deux autres membres de la famille.
- De quoi tu parles ? S'inquiéta John en fronçant les sourcils. Je croyais que tu allais mieux.
- Oui, mais, euh … Ben, j'essaie de m'entraîner, de courir longtemps et de plus en plus vite. J'te jure, je travaille mes réflexes et tout mais je m'essouffle encore d'un rien alors je crois qu'il me faut un p'tit peu plus de temps pour me remettre. J'veux pas être une charge pour toi, tu comprends ?
- Je vois, fit son père quelque peu contrarié.
Le vieux chasseur n'était pas dupe et connaissait ses garçons mieux que quiconque. Une fois encore, son fils aîné avait pris le parti de son frère et avait dû trouver une excuse plus que douteuse pour satisfaire aux exigences de son petit protégé. Si d'un côté, il était rassuré de les voir aussi complices, d'un autre, il rageait de constater les subterfuges qu'ils utilisaient pour lui désobéir. Il savait que Dean aurait préféré se crever les deux yeux plutôt que d'admettre une faiblesse qu'il l'empêcherait de participer à une chasse. Seulement voilà, son fils cadet exerçait une telle emprise sur lui qu'il lui cédait tout. A l'inverse lorsqu'il voulait s'assurer que son plus jeune fils fasse ce qu'il lui demande, il n'avait pas d'autre choix que de passer par son aîné. Celui-ci était le seul à pouvoir lui faire entendre raison. Et quand ces deux là s'alliaient, ils faisaient bloc et nul ne pouvait contrecarrer leur plan, même pas lui. Il était pourtant leur père ! Ces fils ne lui devaient-ils pas le respect ? Ses mâchoires se serrèrent et sa respiration devint laborieuse. La colère essayant d'évacuer son corps par tous les moyens possibles, il sentit ses narines se rétracter et ses yeux se plisser. Il s'exhorta au calme sans grand succès. Ses relations avec Sam étaient plus que tendues et elles ne s'amélioraient pas avec temps. Jusque-là, il avait toujours pu compter sur le soutien et la totale dévotion de Dean. Mais aujourd'hui, son aîné soutenait tant bien que mal son regard, tiraillé entre ses obligations d'obéissance à son père et son désir irrationnel de soutenir son frère quoiqu'il lui en coûte.
Malgré sa rancœur, John abandonna. Il fit son possible pour inhaler suffisamment d'air et décréta finalement :
- Tu as tout intérêt à être prêt pour la prochaine chasse.
Il empoigna son sac d'un geste vif et se dirigea vers la porte sans accorder un seul regard à ses fils. Avant de sortir, il lança :
- Tu sais ce que tu as à faire.
Au moment où le moteur du 4x4 du patriarche se mit à vrombir, de nombreux sentiments se partageaient l'espace de la pièce miteuse où étaient restés plantés les deux jeunes Winchester. Le soulagement, la joie et une immense reconnaissance émanant de l'un d'eux s'opposaient au mal-être et à la culpabilité de l'autre. Dean ne se souvenait pas d'une seule fois où son père était parti sans lui rappeler que c'était à lui de prendre soin de son petit frère. Si d'ordinaire il en avait assez d'écouter sans cesse la même rengaine, étrangement ce jour-là, il aurait préféré l'entendre.
Malgré tout, l'échange d'un simple regard entre les deux fils Winchester suffit à apaiser les tensions et les appréhensions. Et sans un mot ils reprirent leurs activités respectives.
x*x*x*x
Séra avait beaucoup de mal à s'adapter à ce nouveau corps. Jusque-là, elle avait pris le temps de ne choisir que des enveloppes charnelles simples d'utilisation, sans grande volonté, et qui lui permettait d'accéder facilement à sa nourriture. Mais depuis qu'elle avait quitté l'Afrique précipitamment pour assouvir sa vengeance, de nombreux obstacles se mettaient en travers de son chemin.
Pour survivre, elle devait passer d'un corps à un autre. Elle avait donc abandonné celui qu'elle avait habité depuis près d'un an pour se glisser provisoirement dans celui d'une hôtesse de l'air. Le plus difficile avait été de passer inaperçu auprès des collègues de cette jeune femme et s'occuper au mieux des passagers. Pour cela, elle devait fouiner dans la mémoire et les habitudes de son hôte – tâche plus ou moins aisée selon la personnalité de l'individu qui l'hébergeait. Dans ce cas précis, ce fut une vraie galère !
Puis elle avait intégré l'infirmière qui, une fois la surprise passée, avait fait son possible pour l'évacuer de son corps. Heureusement qu'elle pouvait maîtriser ses gestes car cette folle aurait été capable de s'injecter une substance mortelle dans les veines juste pour être libérée. D'ailleurs, dès qu'elle avait eu quitté son corps, elle s'était demandé si elle ne ferait pas mieux de l'exterminer pour de bon.
En général, elle tissait des liens affectifs avec ses différents hôtes. Après tout, elle les choisissait toujours avec soin. Plus elle restait longtemps et plus ce lien était fort. Quand elle les quittait, c'était un déchirement – même si eux n'avaient plus aucun souvenir d'elle. Elle laissait derrière elle des corps désorientés et amnésiques. Mais avec l'infirmière, c'était différent et elle avait hésité longtemps sur la bonne marche à suivre. Finalement, en s'apercevant qu'elle avait bien perdu la mémoire, elle lui avait laissé la vie sauve. Son bon cœur la perdrait ! Et puis, elle devait bien avouer que, grâce à ses deux précédentes hôtesses, elle avait pu faire de succulents repas. La nourriture dans les avions et les hôpitaux était bien plus goûteuse qu'on ne s'accordait à le dire ! En plus, avec ces apparences, il était vraiment facile d'approcher et de caresser les hommes. Les disputes maritales qui en avaient découlé étaient excellentes et l'état dépressif dans lequel ses proies avaient été plongées était tout autant savoureux. Son déjeuner lors du long courrier avait même fait les gros titres : « Un jeune marié pris de démence frappe sa nouvelle épouse avant de se suicider dans les toilettes ». C'était amusant de voir son œuvre dans le journal. Ah, la possession ! Tout un art !
A présent qu'elle était rassasiée, elle pouvait se consacrer entièrement à sa mission. Elle devait malgré tout gérer le tempérament de sa nouvelle enveloppe charnelle. La détermination de la jeune fille était tellement forte qu'elle en arrivait à se demander si elle ne ferait pas mieux d'élaborer un nouveau plan. Ces ados, quelle plaie !
Heureusement pour elle, tout n'était pas si compliqué. John, le patriarche de la famille était reparti en chasse. Tout généreusement, il lui avait abandonné ses deux rejetons qui avaient préféré rester dans le coin. Inconscients ! Elle allait donc pouvoir réaliser, en toute quiétude, un petit essai sur sa victime numéro un. Le défi de la journée consistait à faire enrager Sam au point de lui faire faire quelque chose dont il n'aurait jamais eu l'idée. De préférence quelque chose de violent, susceptible de créer une première querelle avec son frère mais qui ne l'endommagerait pas totalement et qui n'attirerait pas trop l'attention. Ces deux derniers points seraient les plus délicats. C'était bien connu : dans l'euphorie de la situation, il était toujours plus difficile de se maîtriser. Or il ne fallait pas achever le cobaye dès la première expérience. Ce ne serait pas très professionnel ! Quant à la discrétion … c'était plus complexe ! En Afrique, elle se servait des différentes guerres pour couvrir ses traces. Elle pouvait même créer de nouveaux conflits sans que ça ne choque qui que ce soit. Ce mode de vie était bien plus confortable que celui qu'avait choisi sa sœur. Malgré tout, si aucune guerre n'était déclarée sur ce continent, elle avait repéré des moyens tout aussi utiles et elle saurait, sans aucun doute, les mettre à profit.
x*x*x*x
- Oh ! J'le crois pas ! On a manqué le car !
- Bah, c'est pas grave, Dean nous ramènera. Il bosse au garage, expliqua Sam à son amie tout en farfouillant dans son sac. Mais où est-ce que je l'ai fourré ?
- Qu'est-ce que tu cherches ?
- Mon portable. Pourtant, j'suis sûr de l'avoir pris ce matin.
D'ailleurs, il ne risquait pas de l'oublier. Depuis que ces trucs-là existaient, Dean l'obligeait à l'avoir toujours sur lui. S'il ne le retrouvait pas rapidement … Il sortit de sa réflexion lorsqu'il sentit la main de Jeanne sur la sienne.
- Laisse tomber. On a qu'à le rejoindre là-bas directement, lui proposa-t-elle en lui souriant.
- Ouais, mais c'est juste que … ça m'énerve de l'avoir perdu ! Et vue l'heure qu'il est, on a tout intérêt à se magner sinon il sera parti avant qu'on arrive. Quelle merde !
- Calme-toi, tenta-t-elle de le raisonner en caressant son avant bras. Allez viens, on y va !
Tout en commençant à marcher, Sam observa son amie. Comment pouvait-elle être aussi sereine alors que tout allait de travers ? C'était en train de le bouffer de l'intérieur et même le fait d'accélérer le pas ne lui était d'aucune aide. Une onde électrique avait parcouru ses veines et à présent c'était son corps entier qui bouillonnait. A force d'appuyer ses dents les unes contre les autres, il avait mal aux mâchoires. Quant à ses poings, ils étaient tellement serrés, que ses articulations étaient devenues blanches. C'était vraiment une journée pourrie !
- Tu crois que c'est raisonnable ? Demanda une petite voix à côté de lui.
- Quoi ? S'étonna-t-il, se rappelant soudain qu'il n'était pas seul.
- Traverser ce quartier. C'est un peu dangereux, non ? On ne ferait pas mieux de passer par le parc ? Suggéra Jeanne.
- Pas le temps, lui indiqua-t-il en accélérant encore la cadence.
Elle n'allait pas s'y mettre elle aussi ! S'il avait fait le choix de passer par là, c'est qu'il avait ses raisons ! Lesquelles, ça c'était un mystère. Mais il avait autre chose à faire que de se prendre la tête avec des questionnements foireux qui ne le mèneraient à rien. Une chose était sûre : il avait les nerfs !
Il sentit deux mains enserrer son bras. Quoi encore ? Il s'arrêta de marcher et regarda la jeune fille qui avait eu la mauvaise idée d'entraver ses mouvements. Il lui lança un regard agacé tout en soulevant les sourcils pour l'interroger.
- C'est que … hésita-t-elle, je n'aime pas trop la manière dont ils nous matent ceux-là.
Il se retourna pour regarder dans la direction indiquée par Jeanne et découvrit cinq paires d'yeux qui les fixaient étrangement. Les regards s'étaient à peine croisés que déjà la petite bande se dirigeait vers eux. Manquait plus qu'eux ! Ce n'était pourtant pas le moment de l'énerver plus qu'il ne l'était déjà. En plus, ils se prenaient pour des terreurs avec leurs muscles gonflés aux hormones et leurs regards à deux balles ? N'avaient-ils pas remarqué qu'il faisait une tête de plus qu'eux ? Ramenez-vous les nains ! Après tout, une petite bagarre aurait le mérite de le défouler. Si son père avait été là, il aurait été ravi de constater que son cher fiston ne manquait pas une occasion de s'entraîner.
- Sam, on ferait mieux de partir, suggéra Jeanne qui venait de lui prendre la main pour l'entrainer avec elle. Ils ont des couteaux.
Et alors ? Il avait l'habitude de se battre contre des loups-garous, des wendigos et des esprits frappeurs. Ce ne serait pas cinq minables petits caïds même pas surnaturels qui allaient lui faire peur. Peu importait le nombre, peu importait la force des adversaires, tout était question de volonté. C'était ce que Dean lui répétait sans cesse.
Cette dernière pensée lui fit l'effet d'un électrochoc. Il s'était libéré de l'entrave de Jeanne et pourtant il se sentait retenu par un lien invisible. Mais qu'est-ce qu'il était en train de faire ? Qu'est-ce qu'il foutait ici ? Si ces mecs ne l'achevaient pas, son frangin s'en chargerait sans aucun doute dès qu'il l'apprendrait. Malheureusement il était déjà trop tard pour reculer et de toute façon il avait beaucoup d'énergie à revendre. Il ordonna à son amie de s'enfuir et se prépara à affronter les cinq délinquants qui l'avaient déjà encerclé.
