Un grand merci à tous ceux qui lisent cette histoire, rédigent des reviews ou des messages personnels.
Merci à vous tous et bonne lecture ^^
Chapitre 6
- Prem's ! s'écrièrent les deux hommes en même temps.
Un sourire malicieux s'étala sur leurs visages : La guerre était ouverte et l'affrontement serait féroce. Une jolie blonde, très féminine, visiblement perdue venait d'entrer dans le local de réparation du garage. En bons sauveurs de ces dames, Dean et son collègue se dirigèrent tous deux vers elle, empreints de « bonnes intentions ».
- Bonjour mademoiselle, je peux vous aider ? Demanda Jay avec un sourire enjôleur.
- Je l'espère, oui. C'est ma voiture …
- Où est-elle ? L'interrompit Dean sur un ton qui se voulait détaché.
- Je l'ai garé là-bas, à l'entrée du parking.
- Bien, je vais aller voir ça, l'informa-t-il, très professionnel.
- Souhaitez-vous un café, en attendant que mon collègue jette un œil ? Se précipita Jay pour attirer de nouveau l'attention de la jeune femme.
- Qu'est-ce qui vous inquiète ? S'interposa l'aîné des Winchester en se dirigeant lentement vers la fameuse voiture.
- Eh bien, elle fait des bruits bizarres et quand je roule, j'ai l'impression de faire du tout terrain dans un 4x4 tellement c'est chaotique, expliqua la jolie blonde qui trottait derrière lui.
- Depuis quand ?
- Ca fait bien une demi-heure ! Ca a fait un grand bruit, un peu comme une explosion. Heureusement que je ne roulais pas vite ! Aussitôt, j'ai recherché un garage. Et puis c'est là que je vous ai trouvé !
- Oh, belle mécanique ! S'exclama Dean en la détaillant alors qu'elle marchait depuis peu devant lui pour lui indiquer le chemin.
- Je vous demande pardon ? S'étonna-t-elle, presque outrée.
- Une Buick modèle Skylark de 1962, expliqua-t-il comme si de rien n'était, en désignant la décapotable rouge. Moteur V8 de deux cent cinquante chevaux, roues à bâtons chromés de chez Kelsey-Hayes et les ailerons si caractéristiques qui donnent à cette compacte sportive, un design très intéressant. C'est vraiment une belle mécanique que vous avez là.
- C'est tellement réconfortant de confier sa voiture à quelqu'un qui s'y connaît, papillonna-t-elle, impressionnée.
Le jeune homme lança à Jay son regard vainqueur et ce dernier abdiqua en secouant la tête, dépité. Puis il contourna le véhicule et trouva tout de suite où se situait le problème. Il désigna à la jeune femme le pneu crevé et l'informa qu'en continuant à rouler elle avait également abimé la jante.
- Vous devez me trouver stupide, s'inquiéta-t-elle, espérant très nettement qu'il la contredise.
- Bien sûr que non, mademoiselle …
- Genna, appelez-moi, Genna.
- Eh bien Genna, je ne devrais pas en avoir pour très longtemps.
- Vous êtes mon héros. Comment pourrais-je vous remercier ?
Il allait lui suggérer quelque chose d'extrêmement intéressant lorsqu'il vit une jeune fille courir dans sa direction. Il la reconnut aussitôt. C'était Jeanne, la copine de son frère et elle avait l'air paniquée. Il regarda derrière elle et quand il constata que Sammy ne l'accompagnait pas, il sut tout de suite qu'il lui était arrivé quelque chose. Délaissant complètement la jeune femme qui se languissait déjà de lui, il partit en direction de Jeanne tout en l'interrogeant du regard.
- Dean, c'est Sam, lui répondit-elle, essoufflée.
Déçue, Genna comprit qu'elle n'avait plus aucune importance aux yeux du jeune homme qui l'ignora complètement et porta toute son attention sur ce que lui racontait la jeune fille.
- Jay, il faut que j'y aille, lança Dean en courant vers les vestiaires pour saisir sa veste avant de se précipiter dans la ruelle où il avait stationné l'Impala.
x*x*x*x
- Où est-ce qu'il est ? T'es sûre que c'était là ?
- Je ne sais pas, Dean ! Quand je suis partie, il était là.
- Sam ! Hurla-t-il tout en scrutant les alentours.
Il était sorti de la Chevrolet pour avoir une meilleure vision mais pour plus de sécurité il avait demandé à Jeanne de rester à l'intérieur. Il aurait même préféré qu'elle attende au garage avec Jay mais elle était la seule à connaître exactement l'endroit où la bagarre avait eu lieu et donc la seule à pouvoir lui indiquer où était son frère. Mais lorsqu'ils étaient enfin arrivés, l'ensemble du secteur avait été déserté. Il devait pourtant être au bon endroit car il y avait des signes de lutte çà et là. Bien sûr, avec la réputation du quartier, il se pouvait que ce champ de bataille date de plusieurs heures, voire de quelques jours. Mais les traces de sang, elles, étaient toutes fraîches. Il déglutit en se redressant. Il y avait un peu trop d'hémoglobine à son goût ! En reculant d'un pas, son pied heurta un monticule de canettes de bières. Instinctivement il jeta un œil et découvrit une lame en métal. Il balaya la zone de la pointe de sa chaussure et reconnu le manche de l'objet : c'était le couteau de Sammy. Il souffla pour tenter d'évacuer son angoisse et ramassa l'arme pour l'enfouir discrètement dans la poche de sa veste. Il profita de ce mouvement pour ressortir son téléphone et composa le numéro de son petit frère. La première sonnerie retentit en quelques secondes. Intrigué, il s'aperçut qu'il entendait également la mélodie caractéristique du portable de son cadet. Il éloigna le combiné, tendit l'oreille et fixa son attention sur l'Impala. A l'intérieur, Jeanne agitait l'objet à proximité du pare-brise pour qu'il le voie.
- Qu'est-ce que tu fous avec le téléphone de mon frère ? Lui demanda-t-il sèchement tout en ouvrant la portière.
- Je … je l'ai entendu sonner. Il était sous le siège. Sam a dû …
- Quelle merde ! La coupa-t-il tout en claquant la portière. Sam ! S'époumona-t-il dans une nouvelle tentative désespérée.
Et bien sûr, il n'y avait pas âme qui vive dehors, personne qui puisse l'aider à retrouver son frère ! Certains rideaux des premiers étages s'étaient fermés comme par magie dès son arrivée. Une furieuse envie de faire bouffer les stores à ces enfoirés lui avait traversé l'esprit. Il ne pouvait même pas prévenir les flics car son père lui avait dit et répété de ne jamais faire appel à eux ou de ne les utiliser qu'en tout dernier recours. Hommes de lois et affaires familiales ne faisaient vraiment pas bon ménage ! Mais ce ne serait certainement pas ce qui allait l'arrêter. Puisqu'il le fallait, il irait taper à toutes les portes de chaque appartement de chacun de ces immeubles pourris et si personne ne voulait lui ouvrir, il forcerait le passage ! Il allait appliquer cette excellente résolution lorsque son téléphone se mit à sonner. Il ne prit pas le temps de regarder qui l'appelait et décrocha :
- Putain Sam ! Ca va ? Où est-ce que tu … Papa ?
x*x*x*x
C'était presque trop facile ! Avec le savon que lui passait son père, Dean ne pourrait être que furieux vis-à-vis de son frère. C'était hilarant de constater que l'objet de sa vengeance était un allié de choix dans l'exécution de celle-ci. Ce devait être ce que l'on appelait à juste titre, l'ironie du sort !
D'où elle était, elle pouvait apprécier pleinement le spectacle. La voix colérique de John dans le combiné lui parvenait parfaitement et elle avait un visuel très intéressant sur le fils aîné qui, de toute évidence, n'attachait d'importance qu'à une seule phrase : « Oui, Sam va bien … » A ce moment précis, le soulagement était apparu sur son visage marqué par l'angoisse. Depuis, aucun autre sentiment n'avait été ne serait-ce qu'esquissé. Et pourtant il y avait matière à s'énerver dans les propos du père. Parmi les vociférations, il y avait entre autre, la fin de la phrase « … mais il a été arrêté, Dean ! », ou encore des « C'est de ta faute ! … Si tu n'es pas foutu de prendre soin de lui correctement … Tu dois t'occuper de ton frère ! C'est ton job ! » et enfin un « Tu te démerdes comme tu veux mais je ne veux plus entendre parler de cette histoire ! Va le chercher et occupe-toi de lui comme tu aurais dû le faire dès le départ ! » Un simple « Oui, monsieur. » ponctua cet énergique monologue très instructif.
Puis Dean réintégra la voiture et mit le contact sans même lancer un regard à sa passagère qui s'adressa à lui sur un ton très concerné :
- Ca va ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Sam a été arrêté. Je vais le chercher au poste de police, grogna-t-il tout en appuyant sensiblement sur l'accélérateur.
- Oh ! Fit-elle compatissante. Et il va bien ?
- Oui.
Voilà une réponse brève et concise digne de Dean Winchester ! Si elle avait pris l'habitude de son manque d'élocution, elle avait toujours autant de mal à cerner ses émotions. Elle l'observait discrètement du coin de l'œil mais ses tentatives restaient vaines. Et puis, de son côté, elle devait maîtriser son propre engouement.
Bon sang qu'il était difficile de simuler l'ignorance et de feindre l'inquiétude lorsqu'on savait tout et qu'on était excité et enjoué à ce point ! Elle n'avait qu'une envie : lui éclater de rire au nez ! Mais bien sûr qu'il allait bien son cher petit frère ! Sam avait mené le combat de bout en bout, lançant un coup de pied par-ci et un crochet par-là ! Ses assaillants avaient vu voler leurs couteaux sans qu'ils puissent réagir. Alors bien sûr il avait dû encaisser quelques coups bien placés mais à aucun moment il ne s'était trouvé en réelle difficulté. Il avait même réussi à aligner le flic qui avait tenté de le maîtriser. Et puis il avait eu la présence d'esprit de planquer son couteau quand il avait vu qu'il allait être arrêté. Du grand art ! Un combat superbe ! Des membres cassés, des nez explosés, des côtes brisées … que d'images qu'elle souhaitait garder en mémoire ! Et pour conclure, un bon rendement : Sur les six combattants, trois étaient partis en ambulance et Sam ne faisait pas partie du lot. Pourtant, il avait été pas mal amoché lui aussi. Mais le fait qu'il ait frappé un policier avait dû jouer en sa défaveur et il s'était retrouvé à l'arrière d'une voiture banalisée en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Quel moment exaltant ! Cette première expérience allait bien au-delà de toutes ses espérances et sa vengeance se présentait sous les meilleurs augures.
Et puis ça lui avait permis d'en apprendre bien plus sur les facultés de Sam en matière de combat. Il n'avait rien à envier aux deux autres membres de la famille. Sa taille et sa jeunesse étaient de sérieux atouts. En revanche, son âge aurait pu refléter une totale inexpérience et ce n'était visiblement pas le cas. Lors de l'affrontement, il avait enchaîné les prises avec une facilité déconcertante et il avait encaissé les coups sans broncher. Son visage était resté serein alors qu'il calculait mentalement chacun de ses mouvements. Ses yeux si doux, à la limite de l'innocence d'ordinaire, s'étaient métamorphosés en un regard dur et froid comme l'acier. A présent, le « petit Sammy » lui paraissait bien moins fragile et innocent qu'aux premiers abords. Elle avait tout intérêt à se méfier et à la jouer fine.
Quant aux complexes interactions entre les trois membres de cette famille de chasseurs, elles devenaient de plus en plus claires à ses yeux. C'était plus qu'intéressant : c'était fascinant ! Tout d'abord, il y avait cette adoration du fils aîné envers son père. Il le considérait indubitablement comme un héros – alors qu'à ses yeux à elle, ce John n'était qu'un meurtrier sanguinaire. Le cadet, lui, ne partageait pas les mêmes sentiments que son frère à l'égard de son géniteur. Il régnait de fortes tensions entre eux et toute occasion était bonne pour entrer en conflit. C'était le duo qu'elle préférait ! Elle n'avait même pas besoin d'intervenir. A chaque fois qu'ils étaient en présence l'un de l'autre, ils ne cessaient de s'envoyer des vacheries. C'était jubilatoire ! Jusqu'à ce que Dean intervienne et anéantisse le spectacle. Quel rabat-joie celui-là !
Elle avait beaucoup de mal à cerner John. D'abord parce qu'il n'était pas souvent présent et ensuite parce qu'il n'exprimait rien ni par ses propos, ni par son attitude. Quant à sa manière d'élever ses garçons, elle relevait plus de la discipline militaire inculquée par un instructeur que la protection naturelle d'un père affectueux. Mais cela ne l'inquiétait pas plus que ça : la fibre paternelle du chasseur se dévoilerait certainement à mesure qu'il perdrait ses fils !
Enfin, l'interaction la plus passionnante se situait incontestablement entre les deux frères. Ils étaient totalement différents et pourtant si proches. Leurs petites querelles s'opposaient en tous points aux conflits incessants entre le cadet et son père. Bien qu'ils ne soient pas toujours d'accord, ils s'octroyaient une confiance mutuelle qui leur permettait de vivre une relation fraternelle saine et harmonieuse. C'était révoltant ! Ils se connaissaient parfaitement et ne cessaient de s'inquiéter l'un pour l'autre. Si l'aîné avait endossé tout naturellement son rôle de grand frère protecteur, son cadet, de son côté, le lui rendait bien en lui vouant une admiration et un respect sans borne. Le lien qui les unissait était extrêmement fort. Mais bien heureusement pour elle et grâce à la rancœur qu'elle éprouvait à l'égard de cette famille, rien ne serait assez puissant pour réussir à l'arrêter. C'était là que résidait le challenge : elle devait tout faire pour les monter l'un contre l'autre.
Toute à ses pensées, elle se souvint que la partie du jour n'était pas encore terminée. Elle devait s'assurer que les sentiments éprouvés par Dean à ce moment précis correspondaient bien à ses attentes. Du coin de l'œil, elle essaya de déchiffrer une quelconque émotion derrière son visage impassible.
- Quoi ? Lui demanda-t-il de but en blanc.
D'abord surprise, elle préféra jouer la carte de la prudence tout en gardant une part de franchise.
- Tu es étrange. Je n'arrive pas à savoir si tu es inquiet ou fâché.
Il ne prit même pas la peine de lui répondre alors elle insista.
- Puisqu'on sait qu'il va bien, ça devrait nous rassurer, non ? Tu n'as aucune raison de t'inquiéter ... Tout à l'heure, c'était votre père au téléphone ?
Suspicieux, Dean fronça les sourcils mais acquiesça d'un léger hochement de tête. Elle poursuivit.
- Je ne pouvais pas entendre ce qu'il disait mais il avait l'air drôlement en colère. Je trouve ça vraiment injuste. Tu n'es pas responsable de ce qui est arrivé.
Tout en parlant, elle avait appliqué sa paume sur la main de Dean qui tenait le levier de vitesse. Elle devait s'assurer qu'il serait suffisamment furieux. Or, son don était un petit coup de pouce très appréciable dans ces moments-là. Elle avait donc fait en sorte que le toucher soit un geste très naturel, une simple attention de réconfort qui n'aurait choqué personne … sauf cette tête de mule ! Il avait dégagé sa main d'un geste brusque et avait braqué ses yeux sur la route comme si de rien n'était. Mais alors qu'elle pensait avoir échoué, elle vit sa mâchoire se contracter et ses poings se resserrer sur le volant. Satisfaite, elle fit mine de regarder le paysage qui défilait par la fenêtre pour dissimuler son sourire vainqueur.
x*x*x*x
Il se sentait animé d'une rage féroce et ça ne lui ressemblait pas du tout. Il n'avait qu'une envie : étriper tous ceux qui partageaient sa cellule. En même temps, il aurait vite fait le tour ! Entre le poivrot de service qui venait de se vomir dessus et le toxico qui planait à deux mille, ça ne méritait même pas qu'il s'attire de nouveaux ennuis. Et par « ennuis », il voulait dire « vrai sale merdier » ! Sa raison refaisait peu à peu surface et il n'arrivait toujours pas à réaliser ce qui venait de se passer. Pourtant, il faisait de réels efforts. Son esprit menait une dure bataille contre son corps. Son torse ne lui faisait pas mal à cause des coups qu'il avait reçus mais plutôt parce qu'une pression énorme appuyait sur sa cage thoracique. Pris dans cet étau invisible ses poumons ne fonctionnaient pas comme ils l'auraient dû et sa respiration en était difficile. Pourquoi ne pouvait-il pas se raisonner et se calmer ? D'où venait cette colère froide qu'il ressentait encore ? Que lui arrivait-il ?
Il entendit la porte au bout du couloir s'ouvrir. Il jeta un œil entre les barreaux de sa cellule et découvrit qu'il s'agissait de l'agente qui l'avait enfermé ici. Etonnamment, cette femme gardait sa mine joviale et, curieusement, il la trouvait sympathique. Pourtant c'était elle qui l'avait menotté après qu'il ait cassé le nez de son collègue. C'était elle qui l'avait conduit jusqu'au poste de police dans sa voiture banalisée. C'était elle qui l'avait interrogé pour connaître son nom et le numéro de téléphone de ses parents ... Et c'était lui qui l'avait renvoyée balader ! Elle lui avait expliqué que, comme il était mineur, elle était tenue de prévenir son représentant légal mais il s'était obstiné à garder le silence. Qu'espérait-il à ce moment-là ? Qu'elle le relâcherait en lui disant « merci d'être passé » ? Quel idiot ! Décidément, cette attitude ne lui ressemblait pas du tout.
- Ca va mieux ? Lui demanda la gardienne en arrivant devant la porte de sa cellule.
Assis sur le banc miteux, Sam leva les yeux vers elle et acquiesça d'un infime signe de tête.
- J'ai une bonne nouvelle : vous allez bientôt sortir, lui annonça-t-elle en enfonçant la clé dans la serrure.
Il la regarda d'un air indécis. Devait-il se réjouir ou s'inquiéter ?
- D'accord, je l'avoue, poursuivit-elle en le conduisant hors de la cellule, j'ai un peu fouiné dans votre sac et j'y ai trouvé les informations dont j'avais besoin. J'ai donc pu joindre votre père mais comme il était en déplacement assez loin – d'après ce que j'ai compris – il envoie votre frère vous chercher.
Il ne manquait plus que ça ! Quelle poisse ! Dean allait être furax ! Et le pire dans tout ça c'est qu'il n'avait même pas une raison valable à évoquer pour plaider sa cause. Comment pourrait-il donner des explications à son frère alors qu'il ne comprenait même pas ce qui lui était arrivé ?
L'agente l'entraîna dans un box près du comptoir d'accueil et l'encouragea à s'asseoir devant un bureau. Puis elle ressortit tout en lui demandant de ne pas bouger et d'attendre patiemment. Où voulait-elle qu'il aille de toute façon ? Ca grouillait de flics ici. Inutile de perdre du temps à élaborer un plan d'évas… Il tendit l'oreille lorsqu'il reconnut la voix de l'autre côté de la fine cloison du box. De nouveaux sentiments vinrent s'ajouter à la colère, le soulagement étant le plus évident et le plus réconfortant. Mais il devait bien l'avouer, une légère appréhension assombrissait cette agréable sensation. Dean venait d'arriver et au-delà de cette apparente bonne nouvelle, il n'avait qu'une hâte : que cette histoire soit enfin terminée.
Il écouta attentivement la conversation qui avait lieu juste de l'autre côté de la séparation en contreplaqué. Il entendit l'agente évoquer les charges et rappeler à quel point il était dangereux de passer dans ce quartier malfamé, même en plein jour. Mais après qu'elle eut insisté lourdement sur le fait qu'il serait bon de bien lui rappeler cet état de fait, il fut surpris de constater qu'elle trouvait également des excuses à son comportement odieux. Apparemment, il aurait été sous le choc après l'agression et il avait mis tant d'énergie à se défendre contre ses assaillants qu'il n'avait pas fait attention à l'agent de police qui était intervenu pour les séparer. Le fait qu'il lui ait cassé le nez n'était donc pas un geste prémédité. D'autre part, elle avait bien remarqué qu'il était un jeune homme de bonne famille et par conséquent une simple victime dans cette histoire et qu'il n'était donc pas nécessaire que cet événement devienne une affaire d'Etat. Affirmation sur laquelle Dean rebondit instantanément en demandant pourquoi, dans ces conditions, son petit frère était toujours retenu. La réponse arriva tout naturellement : Sammy était mineur et il devait être confié à une personne majeure.
Son aîné devait avoir son regard de tueur car Sam remarqua que la policière poursuivait lourdement sa plaidoirie. Cela ne signifiait qu'une chose : elle essayait de le calmer. Et elle était douée. Elle était terriblement convaincante mais malheureusement Dean connaissait son cadet mieux que quiconque et il n'allait certainement pas se laisser abuser par ce genre de propos. En toute honnêteté, son aîné serait certainement plus proche de la vérité en étant absent que cette pauvre femme qui lui cherchait désespérément des excuses bidons alors qu'elle était présente. Dommage, c'était bien tenté !
A entendre l'agente se démener pour prendre sa défense, son sentiment de culpabilité s'amplifia. Elle le faisait passer pour une victime alors qu'il était le seul fautif dans toute cette histoire. La totalité de ses actes était répréhensible. Il ne s'expliquait toujours pas pourquoi il avait agi comme ça. Il était pourtant parfaitement conscient de ce qu'il faisait à ce moment-là. Si, par exemple, il avait eu la présence d'esprit de planquer son couteau quand il avait vu les voitures de police approcher, alors autant dire qu'il aurait pu éviter de balancer son poing sur le nez du policier qui s'était interposé entre lui et les membres restants de la bande rivale.
- Où … est … mon … frère ? Entendit-il articuler Dean en exagérant sur chaque mot.
Il s'agissait, sans aucun doute, de montrer l'importance de sa question. Et le ton de sa voix révélait, sans aucun doute non plus, à quel point il était exaspéré.
- Il est là, juste derrière, répondit son interlocutrice. Vous pouvez allez le voir … Attendez !… Vous allez devoir remplir quelques formalités … D'accord, je retrouve les documents et je vous rejoins.
- Sammy, ça va ?
Il sursauta. Il ne s'attendait pas à ce que Dean l'ait rejoint aussi vite. Avait-il sauté par-dessus le comptoir d'accueil au lieu de le contourner ? Alors qu'il reprenait ses esprits, il réalisa que son frère venait d'utiliser son surnom. C'était plutôt bon signe ! Malgré tout, il se borna à regarder le ne pouvait se résoudre à croiser son regard furieux. Et il avait toujours cette colère inouïe qui sommeillait au fond de lui.
- Oui, souffla-t-il le plus fermement possible.
Cette réponse succincte ne convainquit en rien l'aîné qui fronça les sourcils et commença à faire un état des lieux général.
- Dean, je vais bien, lui rappela-t-il sur un ton irascible pour essayer d'échapper à ce trop plein d'attention.
Mais c'était sans compter la ténacité de son grand frère qui attrapa son menton et l'obligea à relever la tête sans ménagement. Ce simple geste eut des conséquences tout à fait inattendues.
