Un merci tout particulier aux personnes qui prennent le temps de lire chaque chapitre et d'écrire un tit commentaire adorable ^^
Merci également à celles et ceux qui ont la gentillesse de m'inscrire parmi leurs auteurs favoris et/ou histoires favorites.
Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 9
- Oh, non ! Pas elle ! Râla Dean en tentant de cacher son visage derrière son sandwich.
Parmi tous les restaurants que Sammy aurait pu choisir pour déjeuner, il avait fallu qu'il prenne celui-ci ! Son cadet le regarda, étonné, jusqu'au moment où la jeune femme s'approcha de leur table.
- Dean ! S'exclama-t-elle froidement en croisant les bras pour montrer la rancœur qu'elle éprouvait à son encontre. Tu ne m'as toujours pas rappelée !
- Hey, Tina ! Lança-t-il comme s'il venait juste de remarquer sa présence.
- Genna ! Lui rappela-t-elle, offusquée. Tu avais dit …
- Wow, wow, wow ! Je n'ai jamais rien dit, ni même promis, d'ailleurs, l'interrompit-il, passablement agacé.
- Oui mais j'avais pensé qu'après notre soirée …
- Ah, mais j'ai passé une excellente soirée. Je m'en souviens très bien, avoua-t-il devant l'attitude fière et comblée de la jeune femme. Mais ce n'était pas celle-là et ce n'était certainement pas avec toi !
C'en fut trop pour Genna qui perdit son sourire, serra les dents, s'éloigna à grand pas et quitta la cafétéria en claquant la porte. L'aîné des Winchester soupira d'aise. Cette fois, il avait peut-être réussi à s'en débarrasser. Depuis qu'il l'avait rencontrée au garage, elle l'avait d'abord relancé pour passer une soirée avec lui – idée qu'il avait acceptée de bonne grâce – et elle l'avait ensuite harcelé pour « officialiser » les choses. A partir de là, c'était devenu problématique. D'une part, il détestait les engagements et il lui avait bien fait savoir. D'autre part, la soirée avait été agréable mais il en avait connues de meilleures. C'était comme si chaque minute passée avec cette femme lui rappelait qu'il n'avait rien à faire là, que sa place était ailleurs … Cette sensation ne l'avait pas quitté jusqu'à ce qu'il décide finalement d'écourter les réjouissances. Décision qu'il aurait dû prendre plus tôt car, en rentrant cette nuit-là, il avait trouvé Sammy en plein cauchemar, transpirant et haletant. Il avait eu toutes les peines du monde à le réveiller et lorsqu'il avait enfin réussi, cette tête de mule s'était murée dans le silence. Depuis, chaque nuit, c'était le même cirque. Autant dire que les événements ne jouaient pas en sa faveur. De toute façon, Sam n'allait vraiment pas bien ces derniers temps et il était de son devoir d'aîné de prendre les choses en main. Pour cela, il ne devait rien laisser interférer. Par conséquent, exit les jolies nanas … pendant un certain temps … en espérant que ce ne soit pas trop long quand même !
Il quitta la porte des yeux et se retourna pour se trouver nez à nez avec son frère dont les yeux ronds exprimaient pleinement sa contrariété.
- Quoi ? Lança-t-il le plus innocemment possible.
- T'as été HORRIBLE avec elle, expliqua son cadet, visiblement outré. T'es vraiment qu'un sale …
- Un sale quoi ?! Le défia l'aîné au bout de quelques secondes de silence. Vas-y ! J't'écoute.
De nouveau, il venait de déceler dans le regard de Sam, cette petite lueur hargneuse qui ne le quittait plus depuis quelques temps, une étincelle de rage qui ne lui ressemblait pas du tout, un éclair bourré d'agressivité qui ne lui convenait vraiment pas et qui le contrariait plus qu'il ne voulait bien le dire. Mais alors qu'il continuait à le fixer, les traits du visage de son irascible frangin changèrent du tout au tout et s'adoucirent jusqu'à ce que ses yeux soient attirés inexorablement vers son assiette pleine de salade.
- C'est juste que … t'aurais pu être plus sympa quand même, marmonna-t-il finalement.
Dean soupira. Sammy n'avait pas totalement tort.
- D'accord ! Accepta-t-il en fin de compte mais avec une idée derrière la tête malgré tout. Je suis tout ouïe, monsieur l'expert en gente féminine. Explique-moi : Comment tu t'y prends avec Jeanne ?
Sam abandonna sa verdure pour fixer à nouveau son aîné.
- Pour la millième fois, Jeanne n'est pas ma petite amie, Dean !
- Il se passe bien quelque chose entre vous.
- J'te dis qu'non ! S'énerva le plus jeune devant tant d'insistance.
Cette réponse n'était pas très satisfaisante. Dean avait non seulement remarqué l'étrange comportement de son frère mais également les changements qui s'étaient effectués chez la jeune fille. La première fois qu'il l'avait rencontrée, Jeanne était joviale, pleine de vie et incontestablement séduisante. Au fil du temps, il avait appris à l'apprécier en tant qu'amie de Sammy. Les deux lycéens s'entendaient très bien et il n'avait jamais vu son petit frère aussi heureux. Mais depuis quelques temps, elle n'était plus elle-même. Elle avait gardé son sourire mais il sonnait faux. Quant à son regard, il cachait quelque chose d'étrange, presque malsain. Le changement l'avait vraiment frappé le fameux jour où il était allé récupérer son frangin au poste. Ca avait été une foutue journée ! Le plus bizarre dans cette histoire, c'est que son frère n'avait pas l'air d'avoir remarqué ces changements. Ou plus exactement, il refusait de les admettre …
- Et si tu me racontais ta chasse de cette nuit, l'interrompit Sam dans ses pensées, en essayant d'être le plus naturel possible.
Dean l'observa, suspicieux.
- Quoi ? Se renseigna le plus jeune en se concentrant sur sa dernière fourchette de salade.
- Toi ? Tu veux savoir comment s'est passée la chasse ?! T'aurais pas plutôt envie de changer de sujet ?
- Non ! J'm'intéresse, c'est tout ! Et puis j'vois pas c'qu'il y a d'étonnant là-dedans. Tu m'as dit que c'est un simple « salt and burn » alors moi j'aimerais comprendre pourquoi papa avait tant besoin de toi.
Voilà bien une question à laquelle l'aîné n'avait pas réellement envie de répondre. D'autant plus que derrière cette interrogation plutôt banale de Sammy se cachait la véritable problématique : « Pourquoi lui avait-il demandé de rester là alors que, pour une fois, il voulait venir avec lui ? » Surtout que leur père avait exigé la présence de ses deux fils – élément que Sam ignorait totalement.
Impossible de lui expliquer la vraie raison de ce départ précipité. Il ne pouvait pas lui dire qu'il s'inquiétait énormément pour lui et que cette chasse n'avait été qu'un prétexte pour pouvoir discuter de ce qui le perturbait avec leur père. Même si, malheureusement, cette conversation tant attendue n'avait pas été à la hauteur de ce qu'il avait imaginé. Au début, John avait montré un grand intérêt pour ce qu'il lui racontait au sujet de son cadet mais finalement, il lui avait dit de ne pas s'en faire, que Sammy traversait difficilement l'adolescence et qu'ils ne pouvaient rien faire d'autre que d'attendre que ça passe. Bien sûr, il respectait les paroles de son père. Sa sagesse et son expérience attestaient sans aucun doute qu'il avait raison. Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose clochait. L'adolescence, hein ? Elle avait bon dos ! Sammy était bien plus mature que les jeunes gens de son âge. Il était également très intelligent et suffisamment cultivé. Ce n'était pas dans ses habitudes de réagir aussi bêtement et encore moins d'être à ce point agressif, voire violent. Il ne dormait plus, il ne mangeait plus et son humeur changeait du tout au tout en moins de cinq minutes. Bien évidemment, il n'était ni son père, ni médecin mais pour lui, ce comportement s'apparentait plus à une dépression qu'à une simple crise d'adolescence. Alors plutôt que d'attendre que ça passe, il allait garder un œil sur son petit frère et faire de son mieux pour que cette situation s'améliore.
Le regard pressant de Sammy lui rappela qu'il était censé répondre à sa question. S'il ne le faisait pas, ce p'tit fouineur deviendrait suspicieux et il le harcèlerait jusqu'à ce qu'il obtienne satisfaction. Alors autant céder avant qu'il ne soit trop tard. Et puis, tout bien réfléchi, s'il prenait soin de minimiser certains événements pour que son frère ne sombre pas dans le dramatique, il y avait matière à raconter.
- OK ! Mais pas ici, lança-t-il finalement en se levant et en payant l'addition.
x*x*x*x
- Papa avait besoin de moi parce que les os qu'on devait brûler étaient enterrés dans la cave de la maison qui, bien sûr, était hantée par l'esprit vengeur qu'on voulait exterminer. Donc, pendant que je creusais, Papa me protégeait.
Tout en conduisant, Sam détailla son passager de la tête aux pieds.
- Ah, ouais ? Ben il n'a pas été très efficace sur c'coup-là, observa-t-il finalement.
- Garde les yeux sur la route, ordonna Dean pour toute réponse, conscient des ecchymoses qui devaient consteller son corps. Papa a fait tout ce qu'il a pu … c'est moi qui n'ai pas fait assez attention.
- Ben, voyons.
- Sam !
- Quoi ? Se défendit le plus jeune devant le ton réprobateur de son aîné. Tu l'as dit toi-même : il devait te protéger ... Raconte-moi c'qui s'est passé. J'veux tout savoir.
Dean n'était pas vraiment d'humeur à entamer son récit. Il était terriblement fatigué et n'aspirait qu'à une chose : dormir. Mais Sam avait encore quitté la route des yeux et braquait son regard sur lui, alors …
Il commença par encenser leur père qui avait fait un travail de recherche remarquable et qui avait su mettre à profit toute son expérience pour mener à bien cette chasse. Devant l'ennui évident ressenti par son cadet, il aborda l'entrée dans la maison. Il se souvenait parfaitement de chaque moment, du plus inquiétant au plus douloureux.
Le quartier étant très fréquenté, leur père et lui avaient dû attendre le milieu de la nuit pour intervenir. Ils s'étaient équipés au mieux, avaient traversé discrètement le jardin et s'étaient efforcés d'ouvrir une fenêtre du rez-de-chaussée. Cette dernière étape avait constitué l'un des premiers obstacles. De toute évidence, l'esprit qu'ils étaient venus exterminer n'était pas très enclin à les laisser faire. Impossible donc d'entrer, malgré leur acharnement. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il aurait carrément mis le feu à toute la baraque mais pour le côté discret, il y avait mieux. Sans compter qu'il aurait pu embraser tout le quartier avec la sècheresse qui sévissait depuis quelques jours.
John et lui avaient donc cherché une alternative à leur problème. Chacun de leur côté, ils avaient contourné la maison à la recherche d'une petite trappe ou d'une ouverture quelconque qui leur aurait permis d'accéder à la cave de la vieille demeure.
Au bout d'un temps qui lui avait paru interminable, il s'était retrouvé, de nouveau, devant une petite fenêtre, à environ deux mètres cinquante du sol. Elle était recouverte d'un film plastique, certainement pour préserver des regards extérieurs. Cette lucarne devait déboucher sur une salle de bain ou une pièce d'eau quelconque. Il s'était donc reculé pour évaluer son envergure et son accessibilité. Puis il avait entassé de vieilles palettes trouvées au fond du jardin, de manière à monter dessus et avoir un meilleur angle pour défoncer la vitre avec sa pelle. Le tranchant de l'outil étant en fer, ce foutu fantôme ne pouvait rien tenter pour le contrer. Tout se déroula comme il l'avait prévu … ou presque. Comme il s'y était attendu, le film plastique collé sur la vitre avait retenu tous les éclats de verre et l'ensemble s'était brisé avec un bruit sourd, inaudible pour les voisins endormis. Ce dont il n'avait pas pensé, en revanche, c'était que le monticule sur lequel il était grimpé se serait écroulé sous son poids au moment où il avait frappé la vitre. En dehors d'un certain nombre de blessures superficielles, le bruit avait provoqué l'aboiement de tous les chiens des environs. Leur père avait accouru. Et cet acte irréfléchi lui avait valu le premier regard réprobateur de la soirée.
Il leur avait fallu se cacher et attendre que le calme revienne pour pénétrer enfin dans la maison. Afin d'accéder à l'ouverture, ils devaient s'entraider à tour de rôle. Comme le plus aguerri des deux chasseurs avait souhaité, ou plutôt ordonné, entrer en premier, Dean avait dû rester à l'extérieur en attendant son tour. Il n'était pas seul depuis une seconde que déjà il avait entendu le combat acharné qui sévissait juste derrière cette maudite cloison. Ne pouvant rester à rien faire pendant que son père se démenait contre l'assaut de l'esprit frappeur, il avait escaladé tant bien que mal la façade et jeté un œil par l'ouverture.
Dans la pièce sombre, une forme incertaine apparaissait par intermittence. La luminosité que cette chose dégageait éclairait faiblement le visage blafard de John. Celui-ci avait, de toute évidence, beaucoup de mal à respirer. Il était plaqué sur le carrelage grisâtre du mur qui donnait en face, à droite de la fenêtre. Ses pieds ne touchaient plus le sol et ses bras étaient maintenus par une force invisible. La chevelure hirsute de l'esprit s'approchait dangereusement de sa victime. L'heure n'était donc plus à l'observation mais à l'action. Alors il s'était démené et était entré de manière peu conventionnelle dans la pièce d'eau : il avait d'abord fallu qu'il se hisse à la force de ses bras, puis il avait « rampé » sur le bord pour se laisser finalement tomber lourdement sur le sol, épuisé. Bien évidemment, dans cette lamentable tentative de sauver son père, il avait attiré l'attention de l'esprit qui s'était intégralement tourné vers lui.
La chose était une femme d'une laideur épouvantable. La paille qui lui servait de cheveux ne suffisait pas à cacher son ignoble visage. La fureur qui déformait ses traits ne jouait pas non plus en sa faveur. Quant à son regard sombre, il lui avait fait l'effet d'un gouffre sans fond, un précipice dans lequel on tombe pour l'éternité sans jamais trouver l'espoir d'en sortir. A cette vue, son sang s'était glacé. Sa raison lui avait bien ordonné d'agir mais il était comme pétrifié. La vision d'horreur s'était approchée de lui et il avait eu tout loisir de discerner les distorsions de sa bouche qui se transformait en un rictus diabolique. Instinctivement, il avait porté sa main droite à sa cheville et saisit fermement le manche de son couteau. Dans un mouvement vif, il avait scindé en deux la silhouette immatérielle qui avait disparu instantanément.
Malheureusement, le soulagement avait été de courte durée et le grésillement significatif indiquant son retour s'était mis à siffler très vite dans ses oreilles. Il s'était redressé rapidement mais avait été aussitôt projeté contre le mur qu'il avait heurté de plein fouet. Sa respiration avait été mise à rude épreuve et sa vision s'était troublée. Mais au moment même où la chose était réapparue, John s'en était débarrassé une nouvelle fois. Momentanément, certes, mais la force qui l'avait maintenu contre le mur s'était évaporée avec elle. Libéré, il s'était affalé lamentablement sur le sol.
- Où sont tes affaires ? Lui avait lancé leur père en lui tendant la main pour l'aider à se relever.
Ce fut à ce moment précis qu'il s'était aperçu qu'il les avait laissées à l'extérieur. John l'avait vite compris et lui avait lancé un deuxième regard réprobateur. Cette fois, il avait dérogé à une règle fondamentale : un chasseur devait toujours avoir ses armes avec lui. Il s'était donc précipité à la fenêtre mais leur père l'avait retenu par le bras.
- On n'a pas le temps ! On s'débrouillera avec les miennes, lui avait-il soufflé en l'entraînant dans le couloir.
La traversée de ce passage exigu avait été tout aussi folklorique que l'entrée dans la vieille bâtisse. Les tableaux et autres objets contondants volaient en tous sens et il était vraiment très difficile de les éviter dans l'obscurité environnante. Seuls les éclairs liés aux successives apparitions de l'esprit et l'extraordinaire mémoire de John leur avaient permis de trouver la porte qui menait à la cave. Bien évidemment, ouvrir le battant avait constitué le défi suivant. N'ayant pas le temps de faire dans la subtilité, leur père avait entrepris de la défoncer à grands coups d'épaule. Il s'était donc immédiatement associé à lui et avait déployé toutes ses forces pour obtenir un résultat satisfaisant. La bonne nouvelle : leurs efforts combinés avaient payé et l'accès à la cave avait été dégagé. La mauvaise nouvelle : Emporté par son élan, il avait été projeté sur le palier et avait dû attraper la rambarde pour éviter de plonger dans l'escalier. Malheureusement, le bois était complètement vermoulu et sa tentative s'était soldée par une chute spectaculaire, emportant avec lui quelques marches. Comme si sa maladresse n'avait pas été suffisante, l'esprit en avait profité pour s'attaquer à lui. Il avait donc été envoyé aux quatre coins de la pièce avant que John puisse descendre le rejoindre pour le secourir.
A eux deux, ils avaient combattu comme des forcenés tout en traçant un cercle de sel autour de l'endroit où avaient été enterrés les ossements. Lorsqu'enfin ils avaient retrouvé un peu de calme, ils s'étaient aperçus qu'ils n'avaient pas de pelle. A ce moment précis, même dans le noir, il avait pu ressentir le troisième regard réprobateur de leur père. Le sol était trop dur pour creuser avec leurs mains et leurs couteaux n'étaient pas adaptés pour que ce travail se fasse rapidement. Il leur fallait définitivement autre chose, comme l'un de ces instruments qu'il avait « rencontrés » lors de sa « visite forcée » de la cave. Alors, dans la mesure où tout ce désastre était de sa faute, il était sorti du cercle protecteur sous les cris surpris et mécontents de leur père. Grâce aux éclairs stroboscopiques lancés par l'esprit, il avait repéré les outils de jardin et s'était jeté dessus. Au moment où il avait senti ses pieds quitter le sol – alors qu'il ne leur avait rien demandé, soit dit en passant – il avait lancé la pioche à John. Le fait de la balancer à travers l'esprit lui avait donné quelques secondes de répit pour reprendre appui sur ses jambes et saisir la pelle. Mais alors qu'il s'empressait d'aller l'aider à creuser, il avait dû affronter la folle furieuse qui avait fait son grand retour … en force ! Il s'était débattu au mieux mais son calvaire n'avait vraiment pris fin qu'au moment où leur père avait allumé le feu de joie ! L'horrible chose immatérielle s'était consumée en des cris déchirants, tout aussi épouvantables qu'elle.
Le soulagement dû à l'extermination de l'esprit avait été de courte durée : cette fois, le nouveau regard réprobateur fut accompagné de réprimandes qui se poursuivirent jusqu'à ce qu'il rejoigne son bébé et qu'il reprenne enfin la route.
- … donc, comme tu peux le constater, je suis assez grand pour me faire des bleus tout seul !
Il accompagna ses derniers mots d'un regard à Sammy. Celui-ci paraissait perdu dans ses réflexions. Il fixait l'horizon et ne disait pas un mot. Cet air sérieux plaqué sur son visage ne lui disait rien qui vaille et, étrangement, pour une fois, il n'était pas très sûr de vouloir connaître le fond de la pensée de son petit frère.
x*x*x*x
Pendant son récit, Sam avait été très attentif – tellement intéressé qu'il n'avait roulé que quelques minutes avant de stationner l'Impala près d'un lac. Puis tous deux en étaient sortis pour s'installer confortablement sur l'herbe, à l'ombre d'un arbre. Il avait pu poursuivre son histoire sans que son petit frère n'intervienne une seule fois. Ce qui était très inhabituel de sa part. Malgré tout, il n'avait pas besoin de l'entendre exprimer ses impressions puisque les différentes expressions qui s'étaient succédé sur son visage avaient parlé pour lui. A présent, tout en regardant au loin, il arborait un air grave, indéchiffrable, même pour lui. Peut-être préférait-il se taire plutôt que dire à voix haute ce qu'il pensait du comportement déplorable de son aîné au cours de cette chasse.
Il était très mal à l'aise face à cette idée. La déception dans les yeux de son père était une chose mais s'il devait la lire dans le regard de son petit frère … Pourtant, en faisant le bilan de cette soirée, il ne pouvait que constater sa médiocrité. Il n'avait pas assuré – vraiment pas ! Son manque de professionnalisme était évident. Il comprenait parfaitement les reproches de son père. Il se décevait lui-même. Il avait ressassé ça pendant tout le trajet du retour. Il avait beau faire tout son possible, jamais il ne serait à la hauteur du grand John Winchester.
- Papa a eu de la chance de t'avoir à ses côtés, décréta finalement son cadet avec sérieux.
Surpris, Dean observa son frère. Il ne s'était pas attendu à ce que ce silence pesant soit interrompu par ces quelques mots - des mots qu'il pensait ne pas mériter mais des mots qui avaient l'avantage de lui remonter le moral. C'était comme si un poids énorme venait soudainement de s'envoler. N'ayant aucune idée de la manière à laquelle il devait répondre à ça, il préféra garder le silence et se borna à fixer le scintillement du soleil à la surface du lac. Au bout d'un instant pourtant, il céda à la pression exercée par le regard de Sammy qu'il sentait de nouveau sur lui. Il lui accorda donc toute son attention et surprit un sourire facétieux se dessiner sur son visage.
- Quoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils et en plissant les yeux.
- Oh ! Trois fois rien ! Répondit son cadet sur le ton de la plaisanterie. Je me disais juste qu'en deux chasses, c'était la deuxième fois que tu te prenais une raclée par une femme.
- Non, non, non ! Réfuta-t-il sur un ton très pédagogique. Ce ne sont en aucun cas des femmes. J'te rappelle mon p'tit Sammy que l'une d'entre elles était une sorte de démon d'un autre siècle et que l'autre était une saloperie d'esprit vengeur ! Ce ne sont pas des femmes Sammy, ce sont des putains de créatures cauchemardesques !
- Mouais, si tu le dis, avoua Sam sur un ton destiné à montrer qu'il était peu convaincu. Enfin il n'empêche que ces « putains de créatures cauchemardesques » t'ont mis la pâtée ... deux fois ! Devant le regard très évocateur de son aîné, il ajouta : Non mais ne le prends pas mal, hein ?! Mais bon, jamais deux sans trois et tu me parais un tantinet rouillé.
- C'est gentil de t'inquiéter pour moi, Sammy, lui répondit-il, amusé, sur un ton faussement compréhensif. Et tu sais quoi ? T'as entièrement raison. J'vais nous concocter un entraînement aux p'tits oignons. Et on commence dès demain à six heures.
- Du mat' ? Ah, non mais ça va pas être possible ! Moi j'ai cours demain !
- Ah, oui, c'est vrai ! Donc cinq heures !
- Tu déconnes ? S'inquiéta le plus jeune sans prendre la peine de cacher son air déconfit.
Ravi de l'effet produit sur son cadet, Dean sortit son téléphone de la poche de sa veste avant de la plier pour s'en servir d'oreiller. Il vérifia qu'il n'avait pas d'appel en absence en provenance de leur père. Puis il déposa l'appareil près de lui et s'allongea confortablement.
- Dean ? Insista Sam, avec l'infime espoir qu'il lui avoue que tout ça n'était qu'une plaisanterie.
Pour toute réponse, il lui lança un sourire goguenard et ferma les yeux. Il l'entendit râler encore un peu avant de s'allonger à son tour. Complètement détendu, il s'endormit instantanément.
Lorsqu'il se réveilla, le soleil descendait derrière les arbres, de l'autre côté du lac. A environ deux mètres de lui sur sa droite, Sammy était toujours plongé dans un sommeil tranquille. Si le fait de dormir lui avait fait beaucoup de bien, voir son cadet aussi serein était une véritable bénédiction. Il ne se souvenait même plus depuis combien de temps il l'avait vu passer une seule nuit paisible sans se réveiller à cause de l'un de ses foutus cauchemars.
Tout en s'asseyant, il se passa une main revigorante sur le visage. Il s'étira et massa sa nuque avant d'attraper son téléphone. John lui avait certifié qu'il appellerait dans la journée et il trouvait très étonnant qu'il ne l'ait pas encore fait. Au moment où il allait vérifier l'écran, il constata que son frère venait également de s'éveiller et qu'il devait faire des efforts considérables pour se redresser et se maintenir dans une position assise. Il se moqua ouvertement de lui en voyant sa tête encore endormie.
Puis il reporta son attention sur son téléphone et se trouva face à un écran obstinément noir. Il avait du mal à croire que la batterie se soit déchargée en quelques heures. Mais lorsqu'il parvint à le rallumer, il comprit la véritable raison de son extinction. D'autant plus que l'attitude silencieuse de Sam et son regard fuyant révélaient incontestablement un lourd sentiment de culpabilité.
- Dis-moi qu't'as pas fait ça !
- Mais Dean, t'avais besoin de dormir alors …
- C'est pas vrai, Sam ! S'énerva-t-il en se levant d'un bond tout en composant le numéro de leur père.
Il s'éloigna de quelques pas en attendant que la première sonnerie se fasse entendre. La seconde n'eut pas le temps de retentir car déjà, la voix de John hurlait dans le combiné. Comme il s'y attendait, son père lui passa un savon dans les règles – qu'il encaissa sans broncher – avant de l'informer qu'il les rejoindrait Sam et lui dans la semaine avec un nouveau cas à leur exposer et qu'ils devaient se tenir prêts.
Ce n'est que lorsqu'il entendit la tonalité à l'autre bout du combiné qu'il comprit que la conversation était terminée. Les mâchoires crispées et la respiration laborieuse, il raccrocha avec la ferme intention de choper son débile de frangin par le cou et lui exprimer clairement sa façon de penser. Non mais de quel droit se permettait-il d'éteindre son … En se retournant, il se trouva nez à nez avec l'objet de sa colère et fit de son mieux pour cacher sa surprise de le voir si près. Sammy avait les mains dans les poches de son jean. Sa tête au trois quarts baissée était enfouie dans le creux que formaient ses épaules relevées. Quant à sa manière de le regarder …
Son cadet était presque plus grand que lui, il fêtait ses seize ans aujourd'hui et pourtant, dans ces moments-là, la seule chose qu'il voyait c'était le petit gamin, à peine âgé de quatre ans qui tirait sans cesse sur sa veste pour attirer son attention. Il ne se lassait pas de ces petits retours dans le passé. Il soupira et secoua légèrement la tête : de toute façon il était inutile qu'il s'énerve contre lui. D'autant plus que ses intentions n'étaient pas si mauvaises en fin de compte. Et puis, tout dans son attitude montrait qu'il ne recommencerait plus. Alors, il décida de mettre un terme à son calvaire.
- Dis t'aurais pas prévu une escale dans un petit resto sympa ?
- Quoi ? … Euh … T'as faim ?
- Tu rigoles ?! Je suis affamé !
Sam retrouva le sourire. Ils récupérèrent leurs affaires et regagnèrent l'Impala.
