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Chapitre 10

Séra en avait plus qu'assez d'écouter les louanges de Dean Winchester ! Il n'avait rien du mec formidable décrit par Sam. C'était plutôt un sale petit branleur qui avait anéanti un travail de près de deux semaines en à peine vingt-quatre heures ! Comment s'y était-il pris ? Ca, c'était un mystère !

Lorsqu'elle l'avait vu partir à bord de sa Chevrolet le samedi dans l'après-midi, elle en avait été enchantée. Il avait laissé Sam seul, au moins pour la soirée, et ça lui procurait une bonne marge de manœuvre pour peaufiner ses affaires en cours. A ce moment-là, l'état de sa victime favorite atteignait la perfection, après s'être dégradé bien gentiment. Ne voulant pas relâcher l'effort, elle l'avait appelé pour lui proposer de passer un moment avec lui. Idée qu'il avait tout naturellement rejetée. Ces derniers temps, étrangement, il n'avait plus goût à rien ! C'était jouissif ! Elle n'avait pas insisté, surtout qu'il lui avait appris que Dean était parti retrouver leur père et qu'il ne rentrerait certainement pas avant la fin du week-end. Encore une bonne nouvelle qui lui laissait une chance de rester avec Sam toute la journée du dimanche. Mais sa joie avait été de courte durée lorsqu'elle était arrivée le lendemain matin et qu'elle avait vu les deux frères partir en Chevrolet, sans espoir de pouvoir les suivre.

La journée lui avait paru interminable. Elle détestait se retrouver dans l'ignorance la plus totale. L'après-midi, elle avait appelé Sam pour glaner un peu d'informations. Mais cet imbécile avait éteint son portable ! Dans la soirée, ils étaient enfin rentrés. Ils s'étaient couchés après avoir fait et échangé des banalités affligeantes. Elle n'avait donc rien eu à se mettre sous la dent … et pourtant elle avait les crocs ! La seule chose qu'elle avait remarquée l'horripilait au plus haut point : elle n'avait pas pu ignorer le changement intégral qui s'était opéré chez Sam. Il avait l'air détendu et il souriait. Ca, c'était vraiment inacceptable, insupportable ! Même son hôte se foutait d'elle ! Cette sale gamine avait le chic pour la titiller de l'intérieur. Comme si elle n'avait pas suffisamment à gérer avec les frangins Winchester !

Que devait-elle faire pour que ces deux là s'étripent une bonne fois ? Ce n'était pourtant pas si compliqué d'habitude ! Et puis, ils étaient tellement différents que tout ça aurait dû se faire naturellement sans même qu'elle n'ait à bouger le petit doigt. Mais à chaque fois qu'elle pensait atteindre son objectif, elle devait faire face à un nouvel obstacle.

Ce matin, alors qu'elle espérait enfin comprendre ce dernier revirement de situation, elle avait été exaspérée de constater que Sam ne montait pas dans le car. Elle avait donc fait une heure de trajet avec tout un tas de boutonneux aux hormones surdéveloppées et à l'hygiène parfois douteuse, pour rien ! Arrivée au lycée, elle l'avait vu descendre de la voiture de son frère, frais et dispo. Il lui avait expliqué que « Dean avait préféré l'emmener ». Ben voyons ! Et vue sa tête, il avait bien profité de ce temps supplémentaire pour dormir. Au moment où elle avait abordé le sujet « activités du week-end » la sonnerie du lycée avait retenti et ce p'tit crétin lui avait dit qu'il n'avait pas le temps de lui raconter car les cours allaient commencer. Argh ! Mais qu'avait-elle fait de si répréhensible pour mériter ça ?! Il avait fallu qu'elle supporte toute une matinée de cours ennuyeux comme la mort avant d'atteindre enfin l'heure du déjeuner. Et comme si son calvaire n'était pas suffisant, maintenant, il fallait qu'elle écoute les éloges de cet abruti de Dean ! Bien évidemment, Sam ne faisait qu'énumérer les différentes étapes qui avaient constitué sa journée de la veille. Il était visiblement enjoué mais il modérait ses propos. A aucun moment, il n'avait utilisé de mots concrets pour encenser son frère. Mais elle le connaissait parfaitement. Elle avait appris à lire entre les lignes. Et tout, dans son comportement, montrait à quel point il respectait son aîné. C'en était écœurant ! … Et surtout tellement éloigné de son objectif !

D'un autre côté, elle savait qu'elle avait misé juste en s'attaquant à ce lien si fort qui subsistait entre eux. Dès qu'elle aurait réussi à le briser, ces deux là seraient à sa merci. Ce n'était qu'une question de temps car elle y parviendrait. Elle n'en doutait pas. En revanche, sa patience avait des limites qui venaient d'être franchies. Et même si elle devait garder la tête froide, elle n'avait pas d'autre choix que de passer à la vitesse supérieure.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda soudainement Sam.

- Quoi ? Moi ? Rien ! Bafouilla-t-elle, surprise.

Elle pensait pourtant avoir fait son possible pour garder un air béat et enjoué, à la limite du débile !

- Ah, ben, tu devrais voir ta tête.

- Dis donc, tu sais parler aux femmes, toi ! Ironisa-t-elle tout en réfléchissant à une réponse digne de son insatiable curiosité. C'est juste que je viens de m'apercevoir que c'était ton anniversaire et je ne t'ai même pas fait de cadeau.

- Oh, ben, c'est pas grave. Tu ne pouvais pas devi …

Elle l'empêcha de terminer sa phrase en l'embrassant et se félicita intérieurement pour cette initiative. D'une part, elle n'avait plus à l'écouter parler de tous les « trucs merveilleux » qu'il avait faits avec son « formidable frère ». D'autre part, son hôte n'opposait pas réellement de résistance à cette action. Et enfin, cette méthode était bien plus efficace pour les échanges – que ce soit de fluides … ou de rage. L'homéopathie n'étant pas très efficace, elle passa directement à un traitement lourd, tout en prenant garde à ne pas provoquer d'overdose.

- Joyeux anniversaire, Sam, lui susurra-t-elle en le fixant droit dans les yeux.

Elle était toujours à quelques centimètres de son visage. La place idéale pour assister à son changement d'humeur. Ses iris clairs s'assombrirent soudainement et les traits de son visage se durcirent comme par enchantement. Voilà une bonne chose de faite. A présent, elle devait canaliser toute cette fureur et l'orienter dans la bonne direction. Une petite formalité qu'elle allait régler dès à présent.

x*x*x*x

- Apparemment, nous avons affaire à des créatures de la famille des Hyaenhomnidae.

- Des Hyanenquoi ? S'étonna Dean entre deux bouchées de pizza, la savourant bruyamment pour inciter son petit frère à en manger un peu.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Ne put s'empêcher de réagir Sam en faisant mine de ne pas avoir remarqué les insinuations à peine dissimulées de son aîné. C'est bien la première fois que j'en entends parler.

Les trois Winchester étaient réunis dans leur pièce de vie autour de documents divers éparpillés sur la table. Tout en leur montrant une photographie, le père exposait leur future chasse.

- Ce sont de grands carnivores d'apparence humaine mais qui vivent en meute comme les hyènes. Ce ne sont pas des charognards à l'instar des goules. Ce sont des chasseurs comme les hyènes tachetées. Ils ont l'agilité des félins, l'instinct des plus grands prédateurs et leur apparence leur permet de se fondre dans la masse.

- Génial ! Ironisa Dean.

- Et comment on fait pour les reconnaître alors ? Se préoccupa le cadet.

- Quand ils ont trouvé leur nourriture, ils émettent des cris suraigus qui ressemblent à un rire ignoble.

Sam lança un regard goguenard à son frère qui y répondit par un sourire caustique, montrant qu'il avait compris le sous-entendu.

- Y a pas autre chose ? Parce que ça c'est pas vraiment un critère de sélection, insista le plus jeune.

- D'après ce que m'a dit Bobby, les femelles sont plus grosses, plus agressives et bien plus nombreuses que les mâles. Seules les femelles dominantes sont accompagnées d'un mâle.

- Leur mec ?

- Leur fils. On ne sait pas ce que deviennent les autres mâles. Autre chose : leurs organes sexuels sont plus développés comme chez certaines hyènes.

Au fur et à mesure des explications de leur père, les expressions de visage de Sam et Dean évoluaient simultanément, passant de la surprise au dégoût, de l'intérêt à l'inquiétude.

- Donc, pour résumer, abrégea l'aîné, on est à la recherche d'une bande de Castafiore dirigée par des grosses nanas genre travelos ! Ben, ça devrait se remarquer de loin.

- Pas dans une mégapole comme celle-là, lui fit remarquer Sam. Comment les exterminer ? S'inquiéta-t-il auprès de son père.

- Comme n'importe quel autre mammifère, dès qu'un point vital est touché, ils meurent.

- OK ! Ca ne devrait pas être trop compliqué, lança Dean en retrouvant le sourire.

- Laisse-moi finir ! C'est en quelque sorte une mort provisoire. Ils se régénèrent en moins de quarante-huit heures.

- Même si on les fait cramer ? S'étonna l'aîné.

- Non, c'est une option pour les plus jeunes. Mais le problème c'est que les femelles dominantes sont beaucoup plus résistantes et elles engendrent de nouvelles générations très rapidement. Ce sont donc elles nos cibles prioritaires. Chaque clan est composé de quatre ou cinq lignées matrilinéaires. Le meilleur moyen d'exterminer la meute est de couper la tête de ces femelles dominantes. D'après les informations qu'a recueillies Bobby, s'il l'une d'elle meurt, toute sa lignée disparaît avec elle.

- J'ai hâte de voir ça, ironisa Deanen ingurgitant le reste de sa part de pizza.

- Tant mieux parce qu'on part ce soir, décréta John en commençant à réunir les documents pour les classer dans le dossier.

- Quoi ? S'écria soudainement Sam. Non, pas ce soir. Demain j'ai un exam important et lundi aussi.

- Des vies sont en jeu, Sam, grogna son père.

- Et MA vie alors ?! Ces exams sont décisifs pour valider mon année …

- Tu pourras toujours les repasser !

- OK, inutile de s'énerver, on peut trouver une solution qui conviendra à tout le monde, intervint Dean pour éviter que la pression montante dans la pièce atteigne le point de non retour.

- Non ! Je n'ai pas l'intention d'aller au rattrapage alors que j'ai bossé et que j'ai toutes les chances de les avoir du premier coup, poursuivit Sam, trop concentré dans son débat avec son géniteur pour faire attention à ce que venait de dire son frère. J'en ai marre de passer après tes foutues chasses. Je suis ton fils, bordel !

- T'es surtout un putain de gamin qui ne pense qu'à lui …

- On est mercredi. Si on part demain soir, ça nous laisse trois jours et quatre nuits pour …

- La ferme, Dean ! S'écrièrent furieusement les deux autres Winchester.

OK ! Raz le bol de ces deux là ! Cette fois, ils n'avaient qu'à se débrouiller seuls. Ils pouvaient se faire la peau, ce n'était plus son problème. Exécuter les ordres de son père était quelque chose de naturel en soi, même si ces ordres lui étaient balancés en pleine poire comme maintenant. Mais il avait beaucoup plus de mal à affronter la haine qu'il venait de lire dans les yeux de son petit frère. Ce regard froid lui avait glacé le sang. Incapable de rester plus longtemps au milieu de cet affrontement infernal, il sortit prendre l'air.

Il se serait bien installé au volant pour partir loin d'ici mais d'une part, son bébé était bloqué dans l'allée par le 4x4 de son père et d'autre part, ses clés étaient enfouies dans les poches de sa veste qui se trouvait sur une chaise de la pièce de vie, lieu exact qu'il voulait éviter par tous les moyens. Sans oublier qu'il ne pouvait pas partir trop loin : si ça tournait mal, il devrait intervenir. Les laisser « s'expliquer » ne voulait pas dire les laisser s'entretuer. Or, les hurlements étaient si violents qu'ils traversaient les vieilles cloisons épaisses de la maison. Il gardait donc une main sur la poignée, se demandant s'il devait entrer dès maintenant et surtout, lequel des deux il devrait assommer en premier. La réponse lui parvint au moment où une porte claqua violemment à l'intérieur de la maison, introduisant un silence de mort. Il tendit l'oreille un instant, s'assurant que cette dispute était bel et bien terminée. Puis il lâcha la poignée et s'assit sur les marches du perron. D'un geste las, il se passa la main sur le visage. Si seulement cet affrontement avait été le point final à tous leurs conflits. Parfois, une bonne bagarre pouvait résoudre beaucoup de choses. Malheureusement, il n'était pas dupe et ce souhait lui paraissait tout à fait irréalisable.

Quelques instants plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit derrière lui. Il tourna la tête et découvrit son père équipé de la tête aux pieds.

- Bobby m'attend sur place, l'informa-t-il en passant à sa hauteur. On va essayer de trouver la meute cette nuit. Mais on a besoin d'être plus nombreux pour les tuer.

- On viendra papa, lui assura-t-il, confiant.

- Demain soir, dernier délai, décréta John en balançant ses affaires dans son 4x4.

Il fixa son fils aîné pour s'assurer qu'il avait bien enregistré ses ordres. Dean était tout à fait conscient qu'il aurait dû se lever et lancer un « Oui, monsieur ! » énergique. Mais il ne bougea pas et se contenta d'un bref signe de tête. Il vit son père serrer les dents, s'installer au volant et s'éloigner rapidement.

Un de parti ! Il n'en restait plus qu'un à gérer. A priori, ce serait moins compliqué … quoique !

x*x*x*x

Tel qu'il le connaissait, Sammy était allongé sur son lit, la tête enfouie dans un coussin. Il attendait que leur père ait déguerpi et, peut-être aussi, que son grand frère vienne lui remonter le moral. Sur ce coup-là, il pouvait toujours courir ! Il n'avait pas l'intention d'écouter ses lamentations. Les seuls mots qu'il voulait entendre sortir de sa bouche, c'était des explications. Alors il allait attendre ici, bien patiemment, que cet idiot de frangin se décide à venir le voir. Il n'avait aucun doute sur le fait que Sam débarquerait dans les minutes à venir avec une phrase tout ce qu'il y a de plus banale, histoire de prendre la température. Il réagissait toujours comme ça : il culpabilisait énormément après coup. Son frère était un cérébral qui, parfois, se prenait la tête pour un rien. Pour qu'il se sente mieux il suffisait de trouver les mots justes ou d'agir de la bonne manière. D'ordinaire, c'était plutôt simple à gérer car, après tout, ça faisait partie intégrante de son job d'aîné. Mais ces derniers temps, ça devenait problématique. Avec tous ses changements d'humeur, il ne savait plus où donner de la tête.

Il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et ne prit pas la peine de se retourner. A quoi ça aurait servi ?

- Il reste de la pizza, l'informa doucement son cadet.

- C'est ta part, lui répondit-il pour lui rappeler qu'il n'avait encore rien avalé.

- J'ai pas très faim.

Ben voyons ! Dean soupira et ferma les paupières une seconde. Puis il se leva, gravit les deux dernières marches du perron et fit face à son frère.

- C'est quoi ton problème ? lui demanda-t-il le plus simplement du monde en le fixant droit dans les yeux.

- Oh, lâche-moi, Dean, souffla Sam sur un ton mêlé de fatigue et d'exaspération.

Non ! Il ne le lâcherait pas. Et ce regard fuyant qu'il avait en face de lui montrait qu'il avait raison d'insister. Alors il attendit qu'il se décide enfin à ouvrir la bouche.

- J'ai pas de problème, d'accord ? S'emporta finalement son cadet. En tous cas, c'est pas moi qui ai un problème … insista-t-il en montant le ton. Ca ne te suffit pas ?! Qu'est-ce qu'il te faut pour que tu comprennes ?! T'as pas remarqué que les deux dernières chasses que tu as faites avec lui ont merdé royalement.

Dean plissa les yeux et fronça les sourcils. Il avait de plus en plus de mal à reconnaitre son frère. Son calme habituel disparaissait au profit de cette attitude hargneuse qui ne le quittait plus depuis quelques temps. Et lorsqu'il était dans cet état, Sammy n'était plus capable de raisonner sereinement alors ça pouvait vite dégénérer. Ca devenait vraiment problématique puisque d'ordinaire, c'était plutôt Sam qui lui permettait de rester calme, quelques soient les circonstances. Or, dans ce cas précis, les rôles devaient s'inverser. C'était à lui de faire en sorte que cette discussion ne tourne pas au cauchemar. Malheureusement, il savait pertinemment que la patience n'était pas son point fort alors il puisa tout au fond de lui, la sérénité nécessaire pour poursuivre cette discussion.

Il relativisa. Une chose était sûre : Sammy ne lui disait pas tout. Mais c'était un début. Et il avait de quoi le rassurer sur ce point.

- Je te l'ai déjà expliqué. Ce n'était pas de la faute de papa. Lui, il a assuré. C'est moi qui ai déconné. Mais c'est le résultat qui compte et on s'en est très bien sorti. En plus, c'est en faisant des erreurs qu'on apprend. Alors, crois-moi, je ne me laisserai pas avoir deux fois.

Il lança un sourire confiant pour appuyer ses paroles. Satisfait, il ne s'attendit pas du tout à la réaction excessive de son cadet.

- Trop tard ! T'es con ou quoi ? C'est déjà la deuxième fois que tu te fais niquer la gueule. Jamais deux sans trois, Dean ! Et cette fois, ce sera peut-être la bonne.

Sur ce coup-là, Dean était complètement perdu. Il voulait bien faire des efforts mais il était évident que ça ne servait pas à grand chose. Tout ça ne présageait rien de bon.

- Et si tu arrêtais ton numéro du joyeux parano ?! lui suggéra-t-il en le fixant intensément. Ca va bien se passer. J'en suis sûr. Je le sens. Et puis, Papa sait ce qu'il fait sinon il ne nous demanderait pas de venir avec lui. En plus, il a besoin de nous, alors on va aller l'aider.

- Ouais ! Souffla Sam, acide. Comme d'habitude, il te siffle et tu accours.

- Oui ! C'est comme ça que ça doit se passer ! Et ce serait bien que ça rentre une fois pour toute dans ta foutue tête de pioche ! Répondit-il sèchement, sentant qu'il perdait son calme de manière progressive et irrémédiable.

- Ben, non ! Moi je ne suis pas un chien ! Et j'ai une vie, figure-toi ! Une vie à laquelle je tiens et je n'y renoncerai pas pour suivre le Grand John Winchester dans ses croisades à la con ! J'te rappelle que c'que t'as entre les deux oreilles ne sert pas qu'à exécuter les ordres de ce taré. Si toi, t'es pas foutu de vivre en dehors de son ombre, c'est ton problème. Mais t'as pas le droit de m'entrainer dans toute cette merde !

- Tu sais quoi ? Fais ce que tu veux. C'est ce que tu sais faire le mieux de toute façon, fulmina Dean en entrant dans la pièce de vie pour attraper sa veste.

- Où est-ce que tu vas ? Lui demanda son frère en le suivant à l'intérieur.

Il n'avait aucune intention de lui répondre. La seule chose à laquelle il pensait, c'était s'éloigner au plus vite avant de faire quelque chose qu'il regretterait par la suite. Alors, lorsque Sam attrapa son avant-bras pour le retenir, il se libéra rapidement et franchit le seuil tout en claquant la porte d'entrée derrière lui.

Ce ne fut qu'au moment où l'Impala commença à rouler qu'il réussit à reprendre une respiration normale. Quel sale petit con ! Comment osait-il critiquer et insulter leur père après tout ce qu'il avait fait pour eux ? Cet homme était un héros : Pour sauver des vies, il risquait la sienne chaque jour. Il devait sacrifier énormément de choses pour mener à bien cette cause si difficile mais tellement honorable. Il avait terriblement souffert après la mort de sa femme. Et depuis ce drame, toute son existence n'était que douleur et abnégation. Pourtant, il se tenait droit et ne relâchait jamais l'effort. C'était un exemple pour tous qui ne méritait certainement pas toutes les vacheries que lui balançait son fils cadet. Sammy n'était encore qu'un bébé lorsque leur maman était morte alors il n'avait pas pu voir l'état de délabrement dans lequel avait été plongé leur père. Il ne pouvait pas comprendre à quel point ça avait été dur pour lui. Il n'avait pas conscience de ce que John avait pu ressentir, ni comment il avait développé cet esprit de vengeance qui lui permettait d'avancer chaque jour. Cela nécessitait une force de caractère à toute épreuve. Alors, de son côté, même s'il avait conscience qu'il ne serait jamais à la hauteur de ce surhomme qu'était son père, il ferait tout son possible pour lui ressembler – que ça plaise ou non à Sam !

Il relâcha son emprise sur le volant pour se passer la main sur le visage. Il soupira et secoua la tête. Jusque-là, il était persuadé que la chasse à venir allait bien se passer car en plus de John, Bobby serait présent. Avec leur expérience, ces deux chasseurs pouvaient venir à bout de n'importe quoi. Quant à Sam et lui, ils formaient une équipe solide. Ils n'avaient jamais besoin de se parler pour se comprendre et ils partageaient une confiance mutuelle qui leur permettait de se concentrer sur ce qu'ils avaient à faire.

Mais la donne venait de changer. Il n'avait aucun doute sur le fait que son petit frère les accompagnerait malgré le refus catégorique qu'il lui avait balancé en pleine poire quelques instants auparavant. D'ailleurs, tel qu'il le connaissait, il était déjà en train de culpabiliser et de préparer son sac pour partir le lendemain. Mais ses changements d'humeur incessants de ces derniers temps étaient un vrai problème. Cette instabilité inhabituelle représentait un risque qu'il n'était pas prêt à prendre. Cette rage qui sommeillait en lui pouvait lui faire prendre les mauvaises décisions, l'empêcher de voir un danger ou pire encore, déverser toute cette haine à peine contenue vers l'un de ses alliés – leur père se situant en haut de la liste. Cette chasse était un travail d'équipe où la confiance entre coéquipiers était la clé de la réussite. Même s'il avait toujours pu compter sur Sammy et qu'il était profondément convaincu que rien ne pourrait changer ça, il ne pouvait s'empêcher de craindre le pire pour son petit frère. Il allait donc devoir s'assurer qu'il s'en sortirait indemne. Il ferait en sorte qu'il ne lui arrive rien. Il ne le lâcherait pas d'une semelle et le protègerait coûte que coûte.

Sa décision prise, il commença à se détendre. Tout se passerait bien. Il en était de nouveau convaincu. Peu importait ce qu'il devrait faire pour y parvenir, il veillerait sur lui.